Chapitre 19 : Alouette, gentille alouette

Notes de l’auteur : tw: automutilation, sang

Heather m'avait prévenu qu'elle passerait la journée chez elle. J'avais donc décidé de passer la voir sans même la prévenir et sans la moindre raison. Finalement, je n'aurais peut-être pas dû. Elle était en compagnie de ses amies, assises sur les canapés et les fauteuils de la pièce. Avec Heather, elles formaient un groupe de quatre amies assez atypique au premier coup d'œil.

La première était assise au centre du canapé. Une blonde, élégante, plutôt petite et très féminine. Elle était tout aussi ravissante que Heather, mais d'une autre manière. Elle cherchait l'attention de quiconque, et sûrement celle des hommes en particulier.

La deuxième était aux côtés de la première, dans un coin du fauteuil. Une blonde plutôt grande, au style vestimentaire masculin. Seulement ses traits fins et ses cheveux longs pouvaient aller à l'encontre de cette impression générale.

La troisième assise sur le fauteuil se tenait près d'Heather. Une femme aux cheveux colorés d'une couleur assez voyante, tout comme Heather. Cependant, elle arborait des cheveux violet clair qui ne passaient clairement pas inaperçus.

Elles n'étaient qu'une bande d'amies, mais je voyais bien que leur amitié était bien particulière. Le groupe ne passait sûrement pas inaperçu et il s'en dégageait immédiatement une bonne entente.

— Excusez-moi si je dérange...

Tous les regards se tournèrent vers moi. J'ignorais si Heather leur avait parlé de moi. Sûrement. Elles semblaient assez proches pour tout se dire. Après tout, il m'arrivait de dire certaines choses à mes plus proches amis, alors pourquoi pas elles ?

En fait, je ne le faisais pas avec mes amis les plus proches. Même Paris n'était pas au courant de ma relation avec Heather, ni même de l'idée tordue derrière tout ça. Elle me traiterait sûrement de gros con comme elle l'avait bien souvent fait et peut-être qu'elle aurait raison sur certains points.

Heather se leva et s'approcha de moi. Elle était souriante, ce qui s'accordait à la perfection avec ses yeux pétillants. C'était bizarre de la voir ainsi. Je me sentais presque mal et je tentai de répondre à son sourire. Jamais je n'avais dû paraître aussi peu convaincant de ma vie.

— Cole, voici Brandy, Catlyn et Ginger, me les présenta-t-elle en me les désignant du doigt. Et les filles, voici Cole. On sort ensemble.

Ses amies furent toutes enthousiastes. En particulier celle aux cheveux violets, Catlyn, qui tenait ses mains prête à applaudir. Ginger, la fille au look assez androgyne, adressa un sourire discret, tentant de contenir sa joie. Tandis que Brandy, la plus élégante, était suspicieuse et m'adressait déjà un regard dubitatif. Certaines semblaient avoir un a priori à mon sujet, et d'autres, non.

— Je devrais sûrement vous laisser entre filles, lâchai-je presque comme si j'étais intimidé. Je serais de trop.

— Oh non ! Tu ne nous gênes pas ! s'exclama Catlyn qui avait un sourire de plus en plus grand.

Celle-là voulait absolument me connaître, savoir tous les détails de ma vie depuis que je sortais avec son amie. Il fallait absolument que je me méfie d'elle. Je n'aimais pas donner le moindre détail de ma vie.

— De toute manière, je dois passer un important coup de fil, prétendis-je pour m'éloigner d'elles d'une manière convaincante.

D'un bref geste, j'embrassai Heather sous les yeux de ses amies, prenant délicatement son visage entre mes mains. Cet échange ne dura que quelques secondes, mais était bien plus intense que ce qu'elles en pouvaient en voir. Celles-ci appréciaient cette marque d'affection, sauf Brandy. Elle voyait déjà notre couple d'un mauvais œil. Je le sentais.

— Amusez-vous bien, lançai-je en caressant brièvement les cheveux d'Heather.

Je quittai la pièce pour me diriger vers une pièce juxtaposée. Alors que j'étais vraiment sur le point de passer cedit appel, je m'arrêtai en entendant leur voix. J'allais certainement regretter cette curiosité soudaine, mais tant pis.

Alors, je m'approchai de la porte de manière à pouvoir les écouter distinctement. Je ne connaissais pas vraiment leur voix, sauf celle de Heather, mais je pouvais me douter de qui parlait en fonction de l'intonation de leur voix ainsi que de leur propos.

— Tu sors avec Cole Triaghan ? Tu sais tout ce qu'on dit à son sujet au moins ? critiqua-t-elle comme si elle avait toujours raison.

Ce devait sûrement être Brandy. J'avais bien remarqué son regard désapprobateur. Elle croyait me connaître, comme n'importe qui. Il n'y avait rien de pire que de juger un livre par sa couverture...

— Je sais... Mais il n'est pas celui que l'on croit. Il est très charmant en dehors du travail, me défendit Heather.

Elle n'avait pas à me défendre. Vraiment, elle ne devrait pas. Elle ignorait vraiment tout de moi elle aussi, même sous la couverture.

De nouveau, j'entendis la voix de Brandy. Visiblement, j'avais loupé quelques parcelles de leur discussion, mais peu importe.

— Pardon ? Il y a encore des gens qui osent demander la main d'une personne à son père ?

— Arrête, c'est super mignon.

Ce devait être Ginger qui avait répondu. Ç'aurait très bien pu être Catlyn, mais j'avais l'impression que la blonde pourrait s'opposer à quiconque bien plus facilement que les autres.

— Il est très impatient. S'il le pouvait, il m'épouserait maintenant.

C'était Heather, je la reconnaissais à sa voix si posée et si tendre. Puis Ginger prit la parole :

— Je trouve ça vraiment trop mignon ! Il a l'air vraiment adorable... et dire qu'on le présente comme un enfoiré.

Celle-ci semblait totalement de mon côté. Elle ignorait les circonstances dans lesquelles ça s'était produit. C'était loin d'être romantique. Au contraire.

Et je ne pouvais vraiment plus écouter cette discussion, je ne pouvais plus y faire attention pendant quelques instants. J'avais juste l'impression que quelque chose sonnait faux dans toutes ces paroles, sans comprendre pourquoi.

Puis après une longue inspiration, j'écoutai de nouveau leur discussion, n'arrivant pas à m'en défaire.

— Arrête... Tu ne le connais pas, c'est tout, entendis-je Heather. C'est vraiment quelqu'un de bien, il suffit juste de le connaître.

En fait, je n'en pouvais vraiment plus de cette discussion. Alors, je m'approchai de la fenêtre et l'ouvris pour fumer une clope au rebord de celle-ci tout en profitant du vent frais qui frappait mon visage. Il y avait quelque chose que je ne comprenais pas, vraiment pas, et j'avais tellement besoin qu'on m'éclaire même si tout était bien trop obscur.

Pendant un instant, je laissai quelques larmes couler sur mes joues, n'ayant plus la force de les retenir. Quelque chose m'échappait...

Quand je finis ma clope, j'essuyai brièvement mes larmes puis fermai brusquement la fenêtre. Je constatai alors que Heather était entrée dans la pièce. Depuis combien de temps était-elle ici ? Je ne l'avais même pas entendue tellement j'étais perdu dans mes pensées.

À son regard attristé, elle avait compris et je ne devais absolument rien laisser paraître.

— Cole... Quelque chose ne va pas ?

— Non, tout va très bien, mentis-je.

— Tu es bizarre, constata-t-elle, inquiète.

Elle se doutait de quelque chose. Elle ne devait pas. Je m'approchai d'elle et pris fermement ses épaules entre mes mains.

— Tout va bien, lui assurai-je en la regardant dans les yeux.

Elle n'avait pas l'air très convaincue, mais elle n'en saurait rien de plus. Je ne pouvais pas lui dire la vérité. Je ne pouvais tout simplement pas. De quoi aurais-je l'air ?

Je jetai un bref regard vers le salon pour vérifier si ses amies étaient encore présentes. Je ne les voyais plus. Heather me le confirma immédiatement :

— Elles sont parties. Mais tu as pleuré ?

— Non.

Elle n'était pas du tout convaincue. Peu importe. De toute manière, je ne comptais rien lui dire.

Je finis par m'éclipser, ne pouvant pas rester avec elle bien longtemps et dans un tel état.

 

*

 

Arrivé dans ma chambre, je jetai ma veste sur le lit pour observer les dégâts sur ma chemise. Le souffle coupé, je me sentais vraiment comme un criminel. Il ne m'avait fallu qu'à peine un quart d'heure et en si peu de temps, ce sombre liquide s'était déversé sur chaque parcelle du tissu autrefois blanc.

Je ne savais pas quoi en penser. Mon reflet ne m'aidait même pas.

Il fallait que j'appelle quelqu'un. Mitt savait pour ma relation avec Heather, mais il ne connaissait pas ma vie. Il n'y avait que Paris en qui j'avais confiance. Elle était la seule.

Je repris ma veste à la recherche de mon portable. Me trompant de poche, je retombais sur cette lame. Je la fixai longuement. Oui, j'avais envie de continuer. Et peu importe que le sang coule encore. Peu importe cette chemise déjà souillée. Je sentis comme un murmure à l'oreille qui me proposait de succomber, encore une fois.

J'aurais pu replonger, mais mon fameux portable sonna. Juste une sonnerie basique, celle proposée par défaut. En fouillant de ma main libre dans ma veste, je pus le dénicher et répondis sans même regarder mon interlocuteur.

Ce devait être Heather, elle devait s'inquiéter que je sois parti si vite. Mes doutes se démentirent lorsque j'entendis le timbre grave et l'accent russe bien prononcé de Vitalik. Depuis notre sortie à l'opéra, nous nous étions seulement croisés pour quelques discussions professionnelles, mais rien de plus.

Il me lâcha quelques banalités pour lancer la discussion. Mais je n'avais pas le cœur à vraiment lui répondre. J'avais espéré que ce soit Heather, ou encore mieux, Paris.

— Je suis désolé Vitalik, mais je dois te laisser, lâchai-je d'un ton assez hésitant.

— Quelque chose ne va pas ?

Qu'est-ce qu'il savait de ma vie ? Absolument rien à vrai dire. Il n'était pas la bonne personne à qui je pouvais en parler. De toute manière, je mentais la plupart du temps en sa compagnie.

Je me rendis compte qu'un silence avait commencé à s'installer entre nous quand il vérifia si j'étais encore là.

— Tout va bien... Je suis juste... fatigué...

— Tu as vraiment besoin de repos, Cole, me prévint-il encore une fois.

Immédiatement, je raccrochai. Cette excuse marchait vraiment à tous les coups. La fatigue... Tout le monde tombait dans le panneau.

Puis mon regard se reposa sur mon éternel sujet d'attention. Cette lame. Je l'avais gardée en main durant toute cette brève conversation.

Il fallait vraiment que j'appelle Paris. Je ne tardai pas à la trouver dans les favoris de mon répertoire. Après tout, elle était la seule dans cette liste. Je n'avais encore trouvé personne digne de cette confiance.

Une sonnerie... J'espérais qu'elle soit chez elle et pas partie je ne savais où comme elle en avait l'habitude. Nous n'étions pas amis pour rien. Chacun sortait autant que l'autre, mais pas forcément pour les mêmes raisons.

Deux sonneries... Elle avait forcément dû sortir. De toute manière, je ne comptais pas sur elle pour m'aider. Je voulais juste... En fait, j'ignorais pourquoi je l'appelais.

Trois sonneries... Il fallait vraiment que je trouve une excuse, un prétexte pour cet appel finalement. N'avais-je pas un déplacement à New York pour une quelconque affaire ? Sûrement. Dans une ou deux semaines.

Encore une fois, j'avais trouvé une excuse pour ne rien lui dire, à croire que la notion d'amitié avait de moins en moins d'importance dans ma vie.

À la quatrième sonnerie, elle finit par répondre. Soulagé, j'en soupirai intérieurement parce que je ne voulais rien lui laisser croire.

— Tiens, pourquoi tu m'appelles Danny ? demanda-t-elle accompagné d'un rire.

— Pour te faire chier, répondis-je comme si de rien n'était.

Son rire s'accentua. Soudainement, il me rassurait. L'époque où nous étions toujours collés l'un à l'autre commençait à me manquer.

— Sérieusement, tu ne m'appelles jamais. C'est toujours moi qui t'appelle. Dis-moi ce qu'il se passe.

J'avais le malheur d'avoir des amis bien trop malins. Quand on traînait avec des gens intelligents, on l'était de même. Quand on traînait avec des gens stupides, on était un manipulateur. Je n'étais pas assez manipulateur.

— Tu me crois si je te dis que c'est un faux numéro ? ironisai-je tout en sachant que mon rire sonnait faux.

— Danny, sérieusement. Tu as recommencé ?

— Non, prétendis-je.

Mon mensonge ne devait convaincre personne. N'importe qui le verrait. Immédiatement, je détournai le sujet de la conversation.

— En fait, je vais sûrement faire un tour par New York pour le travail... Je me suis dit qu'on pourrait en profiter pour se voir.

— Tu ne sais pas à quel point ça me fait plaisir Danny ! s'écria-t-elle plus enjouée que quiconque.

Si elle était en face de moi, elle me prendrait sûrement dans ses bras, peu importe mon malaise. Elle n'hésitait jamais à montrer son affection, ne cessant de dire que ça me faisait du bien, que j'en avais besoin. Elle devrait arrêter de croire les discours psychologiques à deux balles...

— Tu te rends compte que ça fait trois ans ? Trois ans que je n'ai pas vu ta tronche ! plaisanta-t-elle.

— Crois-moi, tu n'as rien raté, murmurai-je.

— Ne dis pas ça ! répliqua-t-elle, presque indignée. Arrête de te renfermer un peu et profite ! D'ailleurs, quoi de neuf ? Ça fait très longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles de toi.

Elle avait compris que la discussion n'allait pas se ternir bien plus rapidement que prévu et que l'on garderait un semblant de bonne ambiance, sûrement pourquoi la vitesse de son flot de paroles avait soudainement augmenté.

— À part le travail, je n'ai rien à dire sur ma vie, lâchai-je presque d'une voix morose.

J'avais rencontré Heather et bizarrement, nous étions en couple. Mais ce n'était pas pour autant que j'avais arrêté de fumer, boire ou me couper. Oui, j'en avais des choses à dire. Mais je préférais l'éviter. Rien n'était suffisamment sérieux... Rien n'était sérieux...

— Tu as vraiment besoin de vacances Cole. Tu n'en as pas marre de rester dans ton bureau moisi à gérer des trucs à propos d'argent ou je ne sais quoi encore ?

— Ma vie me plaît comme elle est, m'enfonçai-je dans mon mensonge.

Il y avait mieux comme vie dans le fond. Mais au moins, j'en avais un certain contrôle. Enfin, j'essayais d'en avoir un certain contrôle.

— Je vais te montrer comment t'amuser quand tu seras à New York ! Je connais plein d'endroits sympas ! s'enthousiasma-t-elle, impatiente à l'idée que l'on se voit.

Elle commença à me déballer toute une liste de choses que nous pourrions faire là-bas. Je ne l'écoutais qu'à peine, ce pourquoi je finis par mettre fin à la conversation en sortant de nouveau un prétexte comme un autre.

— Ne fais pas de conneries, me prévint-elle comme à son habitude.

Un dernier "au revoir" puis je raccrochai. Je me laissai enfin soupirer longuement.

Je n'avais rien dit, encore une fois. J'aurais pu au moins lui dire à propos d'Heather. Mais à quoi bon ? Je n'avais même pas de nom pour ce qu'il se passait entre nous et c'était inutile. Un couple ? Non, ce n'était pas ça un couple. On ne proposait pas à quelqu'un un mariage bidon en espérant y trouver l'amour. C'était stupide et incohérent.

Puis en me concentrant sur mon portable, je vis qu'Heather avait tenté de m'appeler pendant ma brève discussion avec Paris. Je lançai le répondeur et m'assis sur le lit, toujours ma lame en main.

— Cole... Tu ne réponds pas... Je ne sais pas si je dois m'en inquiéter ou si c'est parce que tu as du travail. Mais je préfère t'appeler au cas où. Je voulais m'assurer que tout allait bien. Tu semblais bizarre quand tu es parti de chez moi... Je suis presque persuadée que tu as pleuré. Mais bon, je sais que tu ne me diras rien. Ce n'est pas grave. Je peux être là... même si tu n'ouvres pas la bouche de la soirée... même si c'est pour du sexe... enfin, je préférerais qu'on évite le sexe dans ce genre de situation.

Elle marqua un bref temps de pause puis reprit aussitôt :

— Je t'aime Cole. Alors je ne veux pas te voir souffrir... Je peux t'aider... Et je t'aiderais quoi qu'il arrive, parce que je t'aime... Je risque de passer dans la soirée au cas où. Mais si jamais ça ne va pas, je préférerais que tu m'appelles... De toute manière, je viendrai dans la soirée, au moins pour te voir. J'espère que tu entendras ce message.

Voilà comme elle avait terminé ce message : en m'avouant ses sentiments. Des sentiments qui ne devraient même pas exister. Je posai mon portable sur le matelas et rangeai la lame dans ma veste. Puis mon regard se posa sur ma chemise. Il fallait que je me change, ou plutôt que je jette celle-ci et prenne une bonne douche. En particulier si Heather prévoyait de me rendre visite, parce qu'elle le ferait quoi qu'il arrive...

Encore une fois, il était temps de masquer les apparences...

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
ManonSeguin
Posté le 11/03/2021
J'ai presque de la peine pour Cole, mais vraiment presque parce qu'il y a un je ne sais quoi qui m'empêche d'être TOTALEMENT de son côté, néanmoins je le préfère à Heather ahaha :') Donc je lui fais un câlin...mais de loin.
MissRedInHell
Posté le 30/03/2021
Hehe j'aime beaucoup foutre le bordel comme ça ! :D
En même temps, être totalement du côté de Cole dès maintenant, ce serait un peu trop facile huhu :'3
Vous lisez