Chapitre 18 – Un rendez-vous inattendu

Par jubibby

Emma arriva dans la clairière peu avant la tombée de la nuit. Un sourire étira ses lèvres lorsqu’elle reconnut l’arbre des amoureux aux troncs enlacés. D’après William, c’est là que devait se tenir la prochaine opération de la Ligue. Elle ignorait précisément quoi mais elle savait qu’elle pouvait se fier à son ami. Ses informations s’étaient toujours révélées utiles.

Elle s’avança vers l’arbre de la légende et contourna son étrange tronc. Il était trop risqué de rester à terre pour cette nuit aussi la jeune femme leva-elle la tête, à la recherche d’un endroit où se poser. La singularité de l’arbre lui conférait une silhouette à part ; le tronc qui se scindait en deux après une multitude d’entrelacs n’y était pas étranger. Cela était difficile à voir depuis le sol mais ces deux larges branches qui partaient dans des directions opposées devaient certainement offrir le meilleur abri. Emma agrippa l’écorce et entama son ascension. Grimper dans cet arbre ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait connu par le passé, l’exercice était même plutôt simple en vérité. Les nervures du tronc offraient une prise facile pour ses mains et ses pieds et la jeune femme ne mit que quelques secondes pour atteindre l’endroit où le tronc se séparait en deux branches distinctes.

L’une d’elle partait à l’horizontale vers l’est tandis que l’autre remontait vers le ciel dans une courbe gracieuse. Emma s’arrêta et s’assit là quelques instants. Elle disposait d’une vue dégagée sur la clairière mais les quelques branchages qui commençaient tout juste à se reverdir ne suffiraient pas à la cacher. Tant pis, songea-t-elle, cela irait pour la nuit ; il lui faudrait trouver une autre cachette au petit matin. Elle s’adossa à la partie du tronc qui partait à la verticale et sortit de son sac le mot que William lui avait envoyé. « L’arbre dont tu m’as parlé. À midi, le jour suivant la prochaine pleine lune. ». Voilà trois jours qu’elle avait reçu ce message et, si elle ne s’était pas trompée, l’organisation secrète agirait le lendemain dans cette clairière.

Son regard se perdit au loin tandis que la lumière du jour commençait à baisser. Ses pensées glissèrent machinalement vers la Ligue et sa condition de hors-la-loi. Les crimes qu’elle avait commis au nom de l’organisation ne pouvaient que lui valoir de finir dans un cachot, si toutefois elle n’était pas condamnée à mort avant cela. Elle avait dédié sa vie à ces trois hommes dont elle avait si souvent reçu ses ordres et, par son choix de laisser le prince vivre, Emma se retrouvait désormais plus isolée que jamais, paria parmi les parias. La jeune femme avait l’habitude de la solitude, elle avait appris à vivre avec. Et pourtant, celle qui l’accompagnait depuis quelques jours était d’une toute autre nature. Elle ne cessait de se demander si elle avait pris la bonne décision, si sa vie avait encore une quelconque valeur. Et maintenant ? Qu’allait-elle faire ? Elle ne pouvait continuer à errer ainsi dans la forêt, à se cacher de ceux qu’elle avait trahis.

Il est vrai qu’elle aurait pu fuir le royaume, oublier son passé, recommencer une nouvelle vie ailleurs. Cela semblait si simple et, pourtant, elle s’en sentait incapable. Depuis qu’elle avait pris conscience que les agissements de la Ligue allaient à l’encontre des intérêts du royaume, Emma savait avec certitude qu’elle devait rester pour tenter de réparer ses erreurs. Elle se mordit la lèvre en songeant à son père. Elle s’était toujours dit agir pour lui rendre justice, mais l’aurait-il seulement souhaité ? Que penserait-il de sa fille s’il la voyait aujourd’hui ? Elle leva les yeux vers le ciel, à la recherche d’un signe, quel qu’il fût. Mais rien ne se produisit. Emma était seule, aujourd’hui plus que jamais.

Elle ouvrit son sac en grand et en sortit les restes de son repas de la veille. Un faisan qu’elle avait eu la chance d’attraper et qu’elle avait fait rôtir au-dessus de son feu de bois. La viande n’avait assurément pas la même saveur une fois refroidie mais cela importait peu. Il fallait qu’elle prenne des forces, qu’elle soit au maximum de ses capacités pour ce qui l’attendait le lendemain. Mais à quoi devait-elle se préparer exactement ? Difficile à dire. William n’était pas entré dans les détails, peut-être les ignorait-il. Emma n’avait qu’une seule certitude : ce serait là l’occasion de commencer à réparer les erreurs qu’elle avait commises en empêchant la Ligue de mener son plan à bien. Elle aurait sa vengeance envers le roi François, elle en était convaincue. Mais un autre jour. Et pas ainsi. Elle avait longtemps vu la mort du roi comme la seule façon de rendre justice à Volgir. Aujourd’hui, elle n’en était plus si sûre. De quel droit pouvait-elle infliger au prince Édouard ce qu’elle avait elle-même vécu sept ans plus tôt ?

Édouard.

Il n’avait plus fait irruption dans ses pensées depuis son rêve étrange et la conversation qu’elle avait surprise à l’entrée du palais. Elle s’était sentie rassurée de le savoir en sécurité dans cette forteresse de pierre. Mais tout cela lui apparaissait soudainement bien illusoire : depuis que le roi avait décidé de l’ouverture des portes aux visiteurs, il se trouvait en danger à chaque instant. Emma ne doutait pas de ses capacités à se défendre mais comment combattre un ennemi dont on ignore jusqu’à l’existence ?

Elle soupira en avalant son dernier morceau de faisan et en jetant les os au loin. Elle avait fui cet homme sans même le prévenir de la menace qui pesait sur lui. Pourquoi se souciait-elle soudainement de son sort ? Sans doute pour les mêmes raisons qui l’avaient poussée à traverser la forêt pour prendre de ses nouvelles. Cesserait-elle seulement un jour de s’inquiéter pour lui ?

Emma secoua la tête pour chasser ces pensées de son esprit. Elle accrocha son sac à une solide branche, ôta sa cape et la passa derrière le tronc. Le manteau était juste assez long pour qu’elle puisse faire le tour de son dossier improvisé et s’attacher à l’arbre pour la nuit. Elle n’avait jamais eu le sommeil agité mais mieux valait éviter de chuter de cette hauteur. La jeune femme noua les extrémités de sa cape autour de sa taille et leva la tête vers le ciel. La nuit était tombée et la lune avait fait son apparition, pleine. Elle ne s'était pas trompée.

 

Emma se réveilla aux aurores le lendemain matin. Son esprit lui avait refusé le repos que son corps réclamait, la laissant imaginer ce vers quoi William l’avait envoyée. Elle avait fini par s’assoupir, exténuée, et avait dormi par chance d’un sommeil sans rêve. Oubliant cette mauvaise nuit, elle s’étira et laissa échapper un long bâillement. Dénouant sa cape, la jeune femme se leva pour réveiller les muscles de ses jambes. Elle devrait attendre encore plusieurs heures avant d’enfin savoir en quoi consistait cette nouvelle opération fomentée par la Ligue. L’attente ne lui faisait pas peur, au contraire. Elle aurait tout loisir d’observer la clairière dans ses moindres recoins et de se préparer à toute éventualité.

Ne perdant pas un instant, elle grimpa le long de l’arbre des amoureux à la recherche de la cachette offrant le meilleur point de vue. Plusieurs choix s’offraient à elle mais chacun disposait d’un champ de vision incomplet. Il y avait d’une part le sentier qui menait à Chênevert, serpentant entre les arbres avant de disparaître au milieu de la végétation ; et d’autre part celui venant de Castelonde qu’elle avait emprunté quelques semaines plus tôt en compagnie du prince. Après une courte réflexion, elle opta pour le premier, espérant ne pas se tromper. Elle emmena son sac avec elle et l’accrocha solidement à une branche, le recouvrant de sa cape qu’elle noua autour de l’arbre pour parfaire son camouflage derrière les feuillages naissants. Puis elle s’adossa au tronc, croisa les bras autour de sa poitrine et attendit.

Il lui sembla qu’une éternité s’était écoulée lorsqu’elle aperçut le soleil haut dans le ciel. Il approchait doucement de son zénith et, à en croire le message de William, Emma devrait très bientôt assister à quelque chose. Alors que cette pensée effleurait son esprit, elle entendit un bruit continu se rapprocher de la clairière : des sabots qui heurtaient le sol, des roues qui sautaient à chaque crevasse qu’elles rencontraient. La jeune femme s’allongea à plat ventre sur sa branche et tendit l’oreille. Le convoi, quel qu’il fut, venait dans sa direction.

Elle en eut rapidement confirmation quand un carrosse au bois d’ébène tiré par deux chevaux apparut dans son champ de vision. Il venait de Castelonde et se dirigea vers l’arbre des amoureux pour s’arrêter juste sous la branche où la jeune femme s’était postée. Deux hommes, installés à l’avant de la voiture, à la place du cocher, portaient un uniforme à la couleur olive qu’Emma ne reconnaissait pas. L’un d’eux mit pied à terre et scruta l’arbre devant lequel ils venaient de s’arrêter. Un sourire moqueur apparut sur son visage.

– Nous y voilà, un peu en avance peut-être. Va chercher les autres, ordonna-t-il à l’adresse de son acolyte.

Le plus jeune des deux lâcha les rênes et descendit à son tour. Il contourna les chevaux, passant la main sur leur robe marron pour s’assurer qu’il pouvait les laisser ainsi, puis disparut le long du sentier menant à Chênevert. La jeune femme s’intéressa de plus près à celui qui s’était exprimé. De taille moyenne, les épaules carrées, des yeux noirs au regard dur, il avait des cheveux bruns mi-longs attachés en une queue de cheval. Cet homme dégageait un sentiment de froideur qui n’inspirait rien de bon à Emma.

Il s’avança sur le côté de la voiture et frappa un coup sur la porte. Celle-ci s’ouvrit et trois hommes en sortirent. La jeune femme se mordit la lèvre en réalisant à quel point ils avaient l’air jeunes, sans doute plus jeunes encore qu’elle ne l’avait été lorsqu’elle avait rejoint les rangs de la Ligue. Ils portaient tous trois le même uniforme que leur camarade. Le vêtement semblait familier à Emma et, pourtant, elle ne parvenait pas à se souvenir où elle avait pu le voir.

Les trois garçons se répartirent tout autour du carrosse tandis que l’homme à la queue de cheval refermait la porte. De toute évidence, il était le chef de la petite bande. Tout cela intriguait Emma au plus haut point. Qui étaient ces hommes et que faisaient-ils ici ? Sans parler de ce carrosse qui n’était assurément pas fait pour voyager dans cette partie de la forêt. Pourquoi donc William l’avait-il fait venir ici ? Emma reporta son attention sur l’homme à la queue de cheval. Il s’était adossé à la porte qu’il venait de refermer et avait sorti son épée de son fourreau. Il brandit son arme devant lui et la jeune femme remarqua aussitôt sa couleur sombre. La couleur du sang. Elle vit l’homme essuyer la lame sur le revers de sa veste d’uniforme. De toute évidence, ces hommes, qui qu’ils soient, venaient de remporter un combat.

Soudain, le carrosse s’ébranla légèrement. Des rideaux placés devant les fenêtres de la voiture empêchaient de voir à l’intérieur et, pourtant, cela ne faisait aucun doute : quelqu’un d’autre s’y trouvait encore et essayait d’en sortir. Sans lever les yeux de son épée, le chef de la troupe répondit avec un sourire narquois.

– Du calme, les portes ne s’ouvriront pas quoi que vous tentiez. Nous les tenons résolument fermées, votre altesse.

Votre altesse ? Emma sentit son cœur bondir dans sa poitrine à l’énoncé de ce titre. Elle ne connaissait qu’une seule personne qu’on appelât ainsi. Se pouvait-il que le prince Édouard se trouve à l’intérieur ? Elle s’efforça de garder son calme et observa plus consciencieusement l’homme qui se trouvait sous ses yeux. Cet uniforme vert olive lui était familier, mais pourquoi donc ? Il était somme toute assez banal, constitué d’un pantalon large rentré dans les bottes au niveau du mollet et d’une veste à col revêtue par-dessus une chemise blanche.

Le chef baissa sa lame et Emma remarqua un détail qui lui avait échappé : un dauphin brodé au fil d’or au niveau de la poitrine. L’emblème de Calciasté. Ainsi elle avait bien déjà vu cet uniforme, lorsque William et elle s’étaient rendus à Roquemer il y a des années de cela, cherchant tous deux le moyen de mener à bien leurs projets. C’est là qu’elle avait dû voir des gardes vêtus de la sorte. La jeune femme repensa à la conversation qu’elle avait surprise près du palais quelques jours plus tôt. Se pourrait-il que l’altesse présente dans ce carrosse ne soit pas celle à laquelle elle avait pensé ?

Elle aperçut du mouvement au niveau du sentier menant à Chênevert et constata que le cocher était revenu. Il contourna le convoi jusqu’à se poster devant l’homme à la queue de cheval.

– Les autres ne sont pas encore prêts, leur signal n’était pas allumé. J’ai déclenché le nôtre pour qu’ils nous rejoignent.

– Bien, répondit le chef. Ce carrosse ne doit pas arriver à destination, les fiançailles du prince Édouard et de la reine Blanche doivent échouer. Il en va de l’avenir du royaume.

Emma se raidit un peu plus. Ainsi elle avait vu juste : la reine Blanche devait être la prisonnière de ces hommes. Elle avait dû arriver par bateau à Grand-Baie et avait pris la route en direction du palais pour y rencontrer son fiancé. Mais qui étaient ces hommes qui l’accompagnaient ? D’après ce qu’Emma avait vu, ils portaient l’uniforme des gardes de la reine mais ils lui étaient en tous points hostiles. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : ils l’avaient enlevée.

Voilà donc en quoi consistait la nouvelle opération de la Ligue. Emma avait beau retourner la scène à laquelle elle venait d’assister dans tous les sens, elle ne comprenait pas en quoi cette mission pouvait s’inscrire dans la continuité du plan de l’organisation secrète. Si le but réel était de mettre un terme au règne du roi François, pourquoi s’y prendre de cette manière ? Pourquoi empêcher une alliance entre deux royaumes jadis ennemis et risquer ainsi de déclencher un nouveau conflit en enlevant sur les terres de Zéphyros la souveraine de Calciasté ? Cela pourrait effectivement signer la fin du règne du monarque, mais à quel prix pour les habitants de ce royaume ?

Quelles que soient les intentions de ces hommes, Emma comprenait qu’elles ne pouvaient être que mauvaises. Elle devait agir et les arrêter avant qu’il ne soit trop tard. C’était pour cela qu’elle était venue, c’était pour cela que William avait pris le risque de la contacter. Elle balaya la clairière du regard et passa en revue la situation dans laquelle elle se trouvait. Premièrement : des renforts avaient été appelés. De combien de temps disposait-elle pour agir avant d’être dépassée par les événements ? Sans doute bien trop peu. Deuxièmement : cinq gardes, tous armés d’une épée, se trouvaient dans cette clairière. Si l’homme à la queue de cheval semblait être un adversaire coriace, les quatre autres n’étaient que des adolescents, probablement encore trop jeunes pour avoir l’expérience d’un vrai combat. Ils avaient l’avantage du nombre, c’était certain. Emma bénéficiait, elle, d’un effet de surprise non négligeable.

Le jeune cocher contourna la voiture et retourna se poster près de la route d’où il était revenu quelques instants plus tôt. L’homme à la queue de cheval acheva de nettoyer son épée et la rangea dans son fourreau. Il s’écarta du carrosse et scanna la clairière tout autour de lui. Un plan se dessina dans l’esprit d’Emma, un plan risqué dont les chances semblaient incertaines. Elle n’avait toutefois guère le choix : elle devait intervenir sans plus attendre et l’occasion ne se représenterait peut-être pas.

Sans un bruit, elle sortit son épée de son fourreau, se redressa et avança sur la branche où elle se trouvait, pas après pas, prenant garde à ne pas tomber et à n’émettre aucun son. Le soldat ne devait pas se douter qu’il allait bientôt être attaqué. Emma se trouvait plusieurs mètres au-dessus du sol et une chute mal négociée, risquant de la blesser grièvement, viendrait totalement gâcher son effet de surprise. Elle s’arrêta lorsqu’elle se trouva juste au-dessus de l’homme à la queue de cheval. Par chance, il n’avait pas remarqué Emma lorsqu’elle s’était approchée. Elle balaya une dernière fois la clairière du regard, s’assurant que les jeunes soldats montaient toujours la garde de l’autre côté du carrosse. Puis elle prit une profonde inspiration et se laissa tomber sur leur chef. Elle le renversa au sol dans un bruit fracassant et se réceptionna tant bien que mal en faisant une roulade sur le côté. Son irruption soudaine avait fonctionné à la perfection : l’homme était à terre, désarmé, et il ne parvint pas à se relever avant elle. S’approchant de lui sans attendre, Emma le frappa violemment du pied sous le menton, le renvoyant au sol complètement sonné.

Interloqués par le bruit, deux des jeunes hommes qui montaient la garde de l’autre côté du carrosse arrivèrent. En voyant leur chef à terre, Emma une épée à la main, ils échangèrent un regard inquiet et sortirent leurs armes. Ils se précipitèrent dans sa direction, l’épée en avant, et la jeune femme les évita d’un pas sur le côté. L’un des deux revint à la charge mais elle para son coup et, d’un mouvement de poignet, lui fit perdre la prise de son arme. Son inexpérience au combat était flagrante et la peur pouvait se lire dans ses yeux. Emma devait le neutraliser sans le blesser. Elle lui asséna un coup de pied dans le ventre et le garçon se plia en deux. Elle en profita pour l’assommer en le frappant derrière le crâne avec la garde de son épée.

Elle se retourna juste à temps pour parer le coup du deuxième adolescent qui l’avait contournée et s’était rué vers elle. Il offrit plus de résistance que le premier, quoiqu’il semblât tout autant apeuré. Leurs lames s’entrechoquèrent à plusieurs reprises puis Emma le força à s’éloigner peu à peu du carrosse. Lorsqu’il fut à une longueur de bras de son épée, elle se précipita vers la place du cocher et y grimpa. Elle prit son élan puis, faisant volte-face, bondit sur lui et écarta son arme d’un simple coup, le faisant tomber à terre. Elle se précipita vers lui et, sans attendre qu’il se relève, l’assomma comme son camarade avant de se retourner promptement. L’homme à la queue de cheval avait disparu. Assurément, le coup qu’elle lui avait donné n’avait pas suffi à le neutraliser.

Sans attendre un instant de plus, la jeune femme grimpa de nouveau sur le banc du cocher et fonça droit devant pour arriver de l’autre côté du carrosse. Elle fut accueillie par un coup d’épée qu’elle para de justesse. L’homme à la queue de cheval avait contourné le convoi et se trouvait devant elle. Du sang avait coulé le long de son menton, preuve que le choc qu’il avait reçu avait dû meurtrir sa mâchoire. Emma le frappa à nouveau du pied en pleine poitrine et descendit à terre tandis que son adversaire reculait. Comme elle s’en était douté, cet homme avait l’expérience du combat et il se montra beaucoup plus coriace que les deux adolescents qui avaient tenté de l’arrêter. Leurs fers se croisèrent, se décroisèrent, les coups plurent de part et d’autre mais chacun les parait avec une aisance déconcertante. Il restait encore deux soldats dont Emma ne s’était pas occupée et chaque seconde passée à lutter contre l’homme à la queue de cheval était un risque de voir l’un d’entre eux l’attaquer dans le dos.

À l’instant précis où cette pensée lui effleurait l’esprit, son assaillant se jeta sur elle et elle sentit une vive douleur au niveau du bras. Emma fit volte-face et vit que l’homme n’avait pas relevé son arme. Elle s’engouffra dans l’ouverture qu’il venait de lui offrir et lui transperça le flanc d’un coup d’épée. Son adversaire laissa échapper un hoquet et s’affaissa brutalement. Un frisson traversa la jeune femme lorsqu’elle entendit quelqu’un approcher dans son dos. Elle retira son épée du ventre du soldat et se retourna aussitôt, la lame en avant, pour parer le coup de celui qu’elle venait d’entendre venir dans sa direction. Elle se figea en reconnaissant son assaillant dans l’entrecroisement des fers.

Le prince Édouard.

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