Chapitre 18 : Quand les barreaux, ils sont pas dans ton coeur

Inare se laissa tomber contre le mur dans un soupir. Carmen l'avait entraîné dans cette espèce de pièce ronde et désaffectée avant de disparaître. Un peu de lumière grise perçait depuis une fenêtre en hauteur. Le Sorcier s'était fait avoir comme un bleu. Dépité, il se prit la tête entre les mains. Il sentait le renard agiter ses entrailles et le mordre. L'animal en lui voulait fuir à tout prix. Celui avec lequel il avait fusionné. Il était tombé sur le renard, pris dans un piège, lors d'une promenade dans la forêt. Apeuré par l'idée de mourir, le renard lui avait demandé de l'absorber pour continuer à vivre à travers le garçon. Inare avait accepté, devant un mélange de renard et d'humain, par pitié. Un processu bien différent de celui des Vampires, puisque l'Esprit était non seulement consentant, mais demandant.

Sauf que maintenant, l'angoisse du renard tétanisait le garçon et le maintenait en cage bien plus que ces barreaux ridicules. Tant qu'il craignait pour sa vie, il ne pourrait pas se téléporter. Car quand on a peur pour soi, qu'on veut se sauver, on est pas altruiste. Vive la condition de Sorcier. Il avait beau essayer d'invoquer l'image de Na dans son esprit, rien ne se produisait. Peur. Il avait peur. Les mains moites, le coeur qui battait la chamade, de la fièvre et les larmes aux yeux. 

Une nausée le saisit. L'adolescent rapprocha les genoux de son corps pour se réchauffer puis déplia sa longue queue de fourrure autour de lui. Il ne se faisait que peu d'illusions sur son sort, sans doute les Vampires voudraient-ils le dévorer dans l'espoir de regagner le statut de Sorcier. C'était la rumeur qui courait en effet.

Inare essaya de se concentrer à nouveau. Diluer son souffle. Entendre les chuchotis de la mer qu'il percevait en contrebas. Il reniflait la roche, la mousse et surtout l'orage, mais tous les Esprits l'effleuraient sans jamais s'arrêter sur son cas. Il se sentait comme étranger dans une pièce d'invités qui murmureraient des secrets incompréhensibles. 

  Il tira sur son pantalon noirci par la poussière. Ses vêtements avaient fini par sécher depuis son retour, mais le froid persistait. Comme tout Sorcier, il avait beau avoir une formidable résistance à ce type d'inconvénients, il fallait croire que cela ne tenait pas à sur le long terme.

Na... 

Lorsqu'il repensait à elle, ce n'était pas l'adolescente qu'il avait quittée, devenue une étrangère et qu'il essayait de retenir qu'aux prix de douloureux efforts. Non. C'était la salle de classe à Brocéliande, l'odeur de la forêt et le ploc de la pluie. Des images adoucies par le passé d'une gosse heureuse avec qui il partait des heures en exploration dans les bois. Une camarade qui avait toujours été là quand ses parents ne le comprenaient plus. Lorsqu'il ne voulait plus retourner à la maison pour mieux éviter l'orage. 

Elle avait été son univers, mais lui n'appartenait qu'à une constellation lointaine de la vie de l'adolescente. 

Il était venu à Sainte-Marie après qu'elle l'ait rejeté l'été précédent, après qu'il eut appris pour Suihei et le départ de la Sorcière. Il pensait pouvoir l'aider, mais avait réalisé bien trop tard qu'il n'avait fait que se venir en aide à lui-même. 

Il aurait dû rentrer après leurs retrouvailles sur le toit du lycée. Au moins, Inare n'aurait pas été dans cette cage aujourd'hui. Et surtout, il n'aurait pas causé plus d'inquiétude encore à Na, alors que tout ce qu'il désirait, c'était lui en épargner. La sauver. La convaincre d'oublier de Suihei, puis de vivre, avec ou sans lui, mais en paix. Car au fond, lui savait que la Sorcière ne voulait pas vraiment son frère. Elle voulait juste ne plus jamais être seule.

Il ruminait ainsi depuis plusieurs heures, face à l'unique fenêtre de l'étrange bâtiment, lorsqu'un fracas métallique lui mit les sens en alerte. 

Le garçon se dressa et s'approcha des barreaux enfoncés dans le béton. Il n'y avait pas d'escalier visible à l'intérieur, mais un drôle de puits. Le son semblait provenir de là.

— Il y a quelqu'un ? appela-t-il. Ohé ! Vous m'entendez ? 

Un sifflement résonna. Effrayé, Inare recula jusqu'au mur. Qui sait ce qui allait sortir de ce trou ? Peut-être que Carmen avait décidé de venir se venger sur lui de tout ce qu'Amadeus lui avait subir. 

Mais à la place, une touffe de cheveux châtain dépassa. Ils étaient bizarrement coiffés, en chignon avec une multitude de pinces pour tenir les mèches. Puis, un visage pâle, inconnu, défila. Le trou était donc en réalité une sorte d'ascenseur imaginé par les Vampires. 

Mais pourquoi ? 

Quand l'étrangère poussa les roues de son fauteuil, Inare réalisa alors pleinement son état de santé. Un soupir des Esprits qui transitaient par elle lui suffit : elle ne devait pas avoir plus d'une poignée de semaines à vivre. C'était déjà un miracle qu'elle se tienne devant lui. 

— Que... murmura-t-il. Qui...

Lorsqu'elle tourna la tête, il croisa ses iris fixes. Ses yeux aussi avaient donc décroché. Vu l'état de l'organisme, peu étonnant que les Vampires eux-mêmes ne puissent rien y faire. En dehors de contrôler leur propre corps, ils n'étaient pas bons à grand-chose. Non, il faudrait un Sorcier assez altruiste pour accepter de prendre le risque d'une telle opération. Ou bien un Magicien assez documenté et talentueux. Et encore... Il ne connaissait peut-être qu'une ou deux personnes affiliées à la Nature capables de se lancer dans une pareille entreprise. 

— Bonjour, fit l'humaine de sa voix chuintante. Je me disais bien qu'il y avait des sons nouveaux. 

— Qui es-tu ? balbutia le Sorcier en se rapprochant des barreaux. Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devrais t'en aller, c'est dangereux. 

— Personne ne me fera de mal ici, rit l'inconnue avant de partir dans une quinte de toux.

Il lui fallut un moment pour parvenir à respirer de nouveau. Elle releva la tête, les yeux rougis. 

— Aaaah, souffla-t-elle. Toujours la même gêne. Désolée.

— Tu disais que tu ne risques rien, dit le Sorcier. Comment tu peux en être sûre ? 

— Suihei me protège. Je suis Sylvia, et toi ? 

Le Sorcier fronça les sourcils. 

— Tu es avec ce fou ? cracha-t-il. Tu n'as pas honte d'être avec un criminel pareil ? C'est une ordure, un crevard...

Sylvia voulut répondre, mais sa quinte de toux la reprit. Elle se tourna vers une perfusion accrochée à son fauteuil et vérifia le niveau de morphine dispensé par l'aiguille en tâtonnant la poche. 

— Je sais, murmura-t-elle. Je sais qu'il ne va pas bien. C'est de ma faute, tout ça. 

— Comment ça ? 

— Dis, tu fais de la magie toi aussi, non ? 

— On peut dire ça, maugréa Inare. Mais je ne peux pas te guérir, si c'est ta question. Sans être négatif, mais ton corps n'est pas vraiment en état. Il y aurait trop de travaux à faire.

Sylvia pencha la tête. Une pince se libéra de son chignon et une mèche tomba contre sa longue chemise blanche. La jeune femme frotta ses genoux. Elle semblait pensive, occupée à triturer les plis de son pantalon de soie noire. 

— Je sais. Personne ne le peut. Non, je voulais te demander autre chose. 

— C'est quoi ? 

Inare croisa les bras. Désormais, il pouvait se permettre de baisser sa garde. Sylvia ne présentait clairement pas une menace pour lui. Il valait mieux se la mettre dans la poche s'il désirait s'attirer les bonnes grâces de Suihei. Peut-être que lui parler de sa soeur pourrait le remettre dans la voie de la raison. 

— Je voulais, hésita Sylvia, je voulais... Tu dois savoir te téléporter comme les autres, non ? 

— Peut-être. Et alors ? Si c'était si simple, je serais déjà parti. 

La jeune femme trembla du menton puis releva la tête. D'un coup, toute hésitation disparut. 

— Je veux que tu m'emmènes avec toi ! s'exclama-t-elle avec un sanglot dans la voix. Suihei devient fou à cause de moi ! Je déteste ça ! Il fait n'importe quoi pour que j'aille mieux !

Puis, sa voix diminua pour ne plus devenir qu'un chuchotement. De gros bouillons de larmes coulaient le long de ses joues. 

— Je risque de le haïr si ça continue, murmura Sylvia en essuyant ses joues. Il ne me voit plus que comme une enfant, ou comme un poids. Il a toujours des relents de remords quand il me parle. Alors... Je veux partir tant que je ne le déteste pas. Si tu m'emmènes, je pourrai m'éteindre dans le lieu de mes rêves, toujours amoureuse de lui au moins.

Un frisson parcourut Inare. Le Sorcier se précipita sur les barreaux pour les empoigner. 

— Tu peux pas lui faire ça s'il t'aime ! s'emporta le Sorcier. Tu peux pas partir sans le prévenir ! Ni mourir dans ton coin !

Les larmes de la jeune femme se tarissaient peu à peu. Son maintien regagna de la fermeté. C'est même avec une certaine fierté qu'elle répondit : 

— Ma vie est déjà assez pénible pour qu'en plus je renonce à mes petits moments d'égoïsme. Je vais mourir. Mais laissez-moi au moins décider comment, et ce sera le sourire aux lèvres et amoureuse. J'aimerais que l'on arrête de décider pour moi, que ce soit Suihei ou les autres. 

Puis, elle glissa son fauteuil vers la cage où Inare continuait à serrer les barreaux si fort que ses phalanges blanchissaient. 

— Emmène-moi avec toi, siffla-t-elle. Ou je hurle à l'aide et tu seras puni pour ne pas m'avoir aidé. 

Le Sorcier frémit un instant puis baissa la tête, piteux. Il se laissa chuter sur le matelas défoncé qui faisait office de paillasse et se servit une rasade d'eau. 

— J'aimerais bien m'échapper, fit-il entre deux gorgées. Mais je ne peux pas. Il semblerait que je n'arrive pas à être altruiste envers toi. Tant que je suis piégé dans mon égoïsme, ça ne marchera pas. Et, ne le prends pas mal, mais je ne t'aiderai pas à partir comme ça loin de Suihei. On ne fait pas ça aux gens qu'on aime.

L'image fugitive de Na s'imprima sur les paupières du garçon-renard. Il secoua la tête pour la chasser. 

— Qu'est-ce qu'il se passe ici ? résonna une voix familière. Sylvia, Adèle t'a dit de ne pas te lever les premiers jours de ton nouveau traitement. 

Le crâne rasé de Suihei se découpa depuis le puits. La jeune femme pivota son fauteuil roulant à toute vitesse pour faire face au Sorcier. Suihei baissa ses yeux clairs sur elle avec une telle expression de douleur qu'Inare ressentit un élan de compassion. Le frère de Na s'agenouilla pour prendre la main de Sylvia dans la sienne. 

— Tu sais, glissa-t-il, je veux juste que tu ailles mieux. C'est temporaire. J'ai une solution, je te le promets. Juste cette dernière molécule et je pourrai te guérir.

Sylvia donna un grand coup aux roues de son fauteuil. Le mobile partit et percuta Suihei. Il chuta à terre et le temps qu'il se relève, l'humaine avait déjà regagné le puits. Là, elle tira un petit levier et la plateforme se mit à descendre. Suihei ne fit rien pour la rattraper. 

— Je suis pitoyable, hein ? dit-il sans essayer de se redresser. Incapable de l'aider. 

— Tu es pire que pitoyable, persifla Inare pour masquer son élan d'empathie. Tu es un traître. Na devient folle sans toi. Tes parents t'ont cherché partout et la Rotonde ne perd pas espoir. 

— Je ne leur ai pas demandé de me suivre, répondit Suihei sans quitter le sol des yeux. Ils auraient mieux fait de me laisser tranquille. Je comptais sur toi pour raisonner Na.

— Je n'aurais pas eu à le faire si tu avais eu un peu de bon sens. Pourquoi ne pas avoir amené Sylvia à Brocéliande ? Elle aurait pu y recevoir des soins. 

Suihei se releva avec lenteur. Les pans de son long manteau vert avaient attrapé un peu de poussière au passage, mais il n'en avait cure. 

— Les Sorciers ne peuvent pas la soigner, exposa Suihei d'un air désespéré. Pour eux, ce qui lui arrive est dans l'ordre des choses. Il ne faut pas risquer une opération. Il ne faut pas détruire l'ouvrage de la Nature. Et d'autres conneries du genre...

Il se passa la main sur son visage, blême de fièvre et de folie. 

— Je sais que c'est parce qu'ils n'ont pas assez d'altruisme. La Sorcellerie ne sert jamais à rien. Pourquoi être Sorcier si on ne peut pas sauver ceux que l'on aime ? 

— Parce que c'est la nature et la beauté du contrat, répondit Inare d'un air pincé. Le prix pour communiquer, c'est la pureté des intentions, comme garantie de la confiance. Leçon...

—  ... numéro une, enchaîna Suihei. C'est n'importe quoi. Ridicule. Une pantalonnade.

— C'est pour ça que tu as abandonné Na ? réattaqua aussitôt Inare. Juste parce qu'elle ne peut pas t'apporter ce que tu veux ? T'es pire encore que ce que j'imaginais. Quand je pense que tu étais un grand frère pour moi. Et aujourd'hui, tu vas laisser tes potes Vampires m'absorber !

— Tu ne seras pas absorbé par les Vampires. 

Un silence se propagea dans la pièce, à peine interrompu par le sifflement de la brise marine de l'autre côté du mur. Soulagé, Inare sentit sa poitrine se libérer quelque peu. Au fond de lui, le renard continuait pourtant de s'agiter. Il fallait qu'il le maîtrise sans quoi il risquerait de se lancer dans une tentative d'évasion suicidaire. Mais quelle douleur pour le Sorcier. Il en pleurait alors que le renard lui labourait les entrailles pendant qu'il essayait de le dissimuler au mieux. Ne pas laisser ses émotions prendre le contrôle, pas maintenant. Elles viendraient plus tard, une fois qu'il aurait le temps de guérir. Pas avant. 

—As-tu seulement une idée de pourquoi tu es ici ? reprit Suihei. Carmen aurait pu te tuer si je n'étais pas intervenu. Que sais-tu de ces gamins avec ma soeur ? Est-ce vrai que l'un d'entre eux a passé un pacte de Féal avec Na ? 

— Justement, répondit Inare. Je pensais que tu me dirais pourquoi je ne suis pas mort ou même déjà absorbé par tes copines. Quant à Amadeus, Camille et Valentine, je ne te dirai rien de plus que ce que Carmen t'a déjà raconté. Tu ne veux pas m'aider ni aider Na ? Ben pareil, je ne fais pas dans la charité. Débrouille-toi. 

À ce moment, Suihei se précipita sur les barreaux. Ses traits anguleux se contractèrent de colère. Il était ridé de furie. Inare fronça les sourcils tandis que son geôlier éructait :

— Na n'aurait pas dû se lier à un humain ! Ils sont inconstants et dangereux ! Un pacte de Féal ne fait que diminuer son lien à elle avec la Nature ! En échange de la part donnée au garçon, elle risque encore de s'affaiblir !

— D'abord Sylvia, murmura Inare, ensuite Na. On est pas si différents. Tu ne peux pas t'empêcher de vouloir les contrôler. Les protéger. Tu es bête. Na se met en danger pour toi. Sylvia souffre et tu fais qu'augmenter ses souffrances. C'est toi le problème, pas leurs décisions. 

Suihei frappa alors du poing sur les barreaux, si fort que sa main craqua et que la pièce résonna d'un écho métallique. Puis, il laissa son crâne se poser contre la cage. D'enragé il passait au désespoir, mais Inare e n'était plus dupe. Ce n'était plus celui qui l'accompagnait en excursions en forêt avec Na, le Suihei grand frère était mort. Il ne reconnaissait pas ce pantin anémique dévoré par l'angoisse. 

— Le Dernier Souhait n'a pas marché pour Sylvia ? reprit Inare. C'est pour ça que tu t'es allié aux Vampires ? 

— Je n'ai pas fait de Dernier Souhait...

Inare sentit ses oreilles se dresser, interloqué. 

— Alors tu es encore un Sorcier ? fit l'adolescent. Tu peux rentrer à Brocéliande !

Suihei secoua la tête et tapota son front contre le métal glacé. Ses doigts étaient devenus osseux. À le voir ainsi, Inare frémit. Il aurait pu le confondre avec un squelette. Heureusement que Na n'avait aucune idée de l'état de son frère, sinon elle aurait agi de manière encore plus erratique. 

— ... pour Sylvia, complète Suihei. À l'époque, sa maladie n'était pas aussi grave. Je pensais que ça irait. Alors, j'ai fait un Souhait égoïste, juste pour moi... Et j'ai perdu mes pouvoirs de Sorcier. Ensuite, sa santé s'est dégradée et je n'avais plus rien pour la soigner... J'ai payé pour mon égoïsme. 

— Tu ne pouvais pas le savoir, fit Inare encore perplexe de la révélation. Et ton Souhait ne peut rien faire pour l'aider ? 

Un lourd silence s'installa dans la pièce. Inare réalisait peu à peu l'ampleur de la frivolité de Suihei, si bien que lorsque l'aveu passa les lèvres de son vieil ami, il ne le surprit presque pas. 

— Elle ne sait pas ce que j'ai souhaité, chuchota-t-il. Elle ne connaît pas l'existence du Dernier Souhait. J'ai demandé à ce que l'on ne soit jamais séparés. Je préférais ça à sa santé.

Aussitôt, Inare tiqua. Il se précipita vers Suihei et le saisit par le col pour mieux le plaquer contre les barreaux. Ses iris lançaient des éclairs de fureur. Il aurait voulu démolir ce visage qui continuait à respirer ainsi sans honte. Lui labourer les yeux. Il feula alors que le renard reprenait possession de lui et, sans le réaliser, il planta ses dents devenues crocs dans la main de Suihei. D'un coup de mâchoire, il eut le temps de lui arracher deux doigts qu'il recracha dans un coin de la cellule. Puis, le Sorcier regagna sa paillasse, la bouche ensanglantée. 

— Aaaaaaaah ! hurla Suihei. À l'aide ! Quelqu'un !

— Imposer un Dernier Souhait à quelqu'un sans son accord... Sylvia est ta prisonnière et toi, tu es le dernier des monstres. Tu ne lui laisses pas le choix, juste parce que tu as peur qu'elle puisse en avoir marre de toi. T'es une honte ! 

— ADÈLE ! beugla l'homme toujours à terre, ses moignons dans sa main valide. Adèle ! J'ai besoin de toi ! Viens !

— J'aurais dû mordre plus fort, grommela Inare. C'est ton visage que j'aurais dû arracher. 

La gamine rose de la soirée surgit alors par le trou de l'ascenseur. Elle esquissa une moue boudeuse devant le spectacle, les mains sur les hanches : 

— Ce n'est pas le moment de faire l'idiot, Suihei, gronda-t-elle. On a pas le temps, là. 

Elle empoigna l'homme ensanglanté à bras-le-corps sans se soucier de ses gémissements. Puis, elle leva ses yeux pailletés vers Inare. 

— Tu as raison d'avoir peur, Sorcier. Je peux te garantir que si tu restes ici, tu souffriras comme jamais tu n'as souffert. 

Puis, le temps d'un battement de paupières, elle disparut. Inare sentit les larmes affluer au coin de ses yeux. Il avait beau savoir que cette menace n'était proférée que raviver la peur pour sa vie, et ainsi l'empêcher d'user de la téléportation, elle faisait son effet. Il en vint à regretter son coup de sang. 

Dans un vain espoir, il ausculta la zone à la recherche d'un Esprit assez puissant pour lui tenir compagnie, mais ces derniers restaient dans le lointain. C'était comme si le lieu tout entier où il se trouvait n'était que mort et désolation spirituelle. Impossible même de former un Dernier Souhait pour sauver sa propre peau. 

Il s'effondra, les jambes repliées, et éclata en sanglots. 

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Le Saltimbanque
Posté le 25/04/2021
Et bien c'était un excellent chapitre. Dans le top 5 fastoche. Et parce que je suis un salaud, je vais commencer par les défauts !

Les dialogues. Enfin, la moitié des dialogues. Jusqu'à la discussion de Suihei et Inare, j'ai trouvé les dialogues très patauds. Je pense que cela tient au fait qu'ils sont trop explicatifs : j'ai l'impression que Suihei et Sylvia ne font que directement déballer leurs sentiments, la situation... C'est un peu lourd et maladroit à lire.

Le début, lorsque le texte se concentre sur les pensées d'Inare. Là aussi, peut-être trop explicatif. J'ai vraiment eu l'impression de lire un résumé wikipedia, surtout quand tu introduit la relation esprit renard/humain qui constitue l'identité d'Inare. Après, certaines explications sont nécessaires (pourquoi il ne peut pas se téléporter...) mais là, tout d'un coup, c'était un peu too much.

Sylvia. Là, je chipote un peu. C'est juste que le personnage de Sylvia ne m'apparait que comme une victime/demoiselle en détresse, sans trop de profondeur. Le fait qu'elle "roule" sur Suihei ajoute cette une toute petite nuance, mais elle reste pour l'instant très impuissante et plutôt inintéressante selon moi.

Et... voilà. Parce que sinon je n'ai que du bon.

Inare ! Et dire que je n'aimais pas ce personnage quand il est apparu... Là, il a fait une remontée olympique dans mon estime. La relation esprit renard/humain a l'air hyyyyper intéressante, j'ai hâte de voir comment ça va évoluer. Inare est à la fois vulnérable et dangereux, fort et faible, plein de défauts (sa relation toxique avec Na est toujours là, son manque de tact...) mais compétent (mon dieu, ce qu'il fait à Suihei). Le fait qu'il éclate en sanglot m'a fait rappeler son jeune âge, et j'avoue avoir été touché à ce moment.

Adèle. Encore une fois, j'aime les personnages psychopathes, ambigus et avec une pointe de sadisme. Le fait qu'elle parait ne pas se soucier du sort de Suihei, sa menace à Inare... que du bon.

Suihei. Par-Fait. Je pensais qu'il était le héros edgy-mais-avec-un-coeur-sensible que Na allait "sauver" sans problème, mais en fait c'est vraiment lui le "méchant" de l'histoire. La révélation de toute sa toxicité est incroyablement bien amenée, toute sa détresse quand il s'accroche aux barreaux, son attitude plutôt rassurante envers Inare au début, puis sa douleur physique... enfin, c'est vraiment un personnage poignant. Un court instant, ton texte s'est approché de Shakespeare, et j'ai kiffé.

C'est peut-être justement parce que j'ai adoré Inare et Suihei que les dialogues sont bien mieux passés entre eux. Alors qu'ils restent très explicatifs.
Le rythme général est au poil, le décor est bien planté, l'ambiance est là, le fait de prendre le point de vue d'Inare pour changer était vraiment bien choisi.

Voili Voilou
Alice_Lath
Posté le 28/04/2021
Mmmmh, je note pour les dialogues, merci pour tes retours ! Pareil pour la vue intérieure d'Inare. Pour Sylvia, je vais voir aussi en fonction de ce que me diras par la suite

Jsuis graaave contente qu'Inare ait réussi ce changement dans ton estime hahaha c'est ce que je prévoyais pour lui et si ça marche, c'est full benef

Pour Adèle, on verra haha, pareil que pour Sylvia, je me permettrai de peut-être te poser quelques questions un peu plus tard

Et ouais, nan, les Dark Sasuke, c'est pas le style de la maison haha pas de beau gosse ténébreux edgy sensible et same que pour Inare, jsuis graaave contente que ce basculement ait marché

Bref, cimer encore pour tous tes retours. Genre, vraiment.
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