Chapitre 18 : Complications

Plusieurs jours furent nécessaires pour peaufiner l’ébauche de plan de Rémi. Ce qui laissa à Sandy le temps de se rendre digne de nettoyer les chambres seule. Au départ, le planning de service prévoyait une attribution aléatoire des chambres pour que chaque membre du personnel d’entretien tourne sur tous les étages. Cependant, Sandy se rendit vite compte que chacune avait ses préférences et que des échanges étaient largement tolérés, tant que le ménage était fait. Doris n’était pas très favorable à ces modifications de programmation mais avait conscience qu’il lui fallait faire preuve de souplesse, du moment que certaines limites n’étaient pas dépassées.

La suite du quatrième étage, celle de Cutter, était la plus sujette aux négociations. Sandy en fut d’abord ravie mais elle déchanta lorsqu’elle finit par comprendre pourquoi ses collègues détestaient travailler dans cette chambre. La première fois qu’elle y fut envoyée, elle trouva un type - qui n’était pas Cutter - avachi dans le canapé du salon. Il leva le nez et poussa un grognement pour manifester qu’il l’avait vue. Sandy proposa de revenir plus tard mais le gorille lui signifia qu’il ne bougerait pas de là et qu’elle ferait aussi bien de se mettre au boulot en vitesse.

De fait, il finit par bouger. Mais pour uniquement pour suivre Sandy à chaque endroit de la suite où elle nettoyait quelque chose. Appuyé au chambranle de la porte lorsqu’elle était accroupie devant les toilettes, assis sur le lit quand elle passait l’aspirateur dans la chambre, à nouveau vautré sur le canapé lorsqu’elle vaporisa du produit à vitre sur la table basse en verre. À un moment, elle crut qu’il allait lui mettre la main aux fesses ou tenter une autre action du même genre mais il se contenta de ne jamais la laisser seule tout en affichant un ennui mortel.

Les collègues de Sandy lui firent le même retour : ce n’était pas toujours le même homme mais il y avait toujours quelqu'un dans la suite pendant le ménage. Il fallut ajouter ce paramètre au plan.

À dire vrai, ce n’était pas le plus gros problème de Sandy et Rémi. Leur souci principal était l’aspect aléatoire de leur projet : il leur faudrait saisir l’opportunité lorsque Cutter sortirait de l’hôtel en laissant son ordinateur dans le coffre. Ensuite, tout devait s’enchainer avec une précision d’équilibriste qui ne laissait pas vraiment de place à l’erreur.

La patience n’était pas vraiment le fort des deux cambrioleurs. Sandy, en particulier, rongeait son frein et ne pensait plus qu’à l’opération. Elle partait tôt chaque matin avec l’espoir que la journée apporterait le coup de chance qu’ils attendaient. Le seul avantage de ce délai fut qu’elle finit par rencontrer Cutter en personne.

Sandy se débrouillait pour récupérer la suite du quatrième le plus souvent possible sans éveiller les soupçons. Elle avait identifié trois gardes du corps différents qui se coltinaient régulièrement la surveillance de la chambre pendant le ménage. Eux aussi avaient l’air de prendre ces moments pour une punition. Cutter, lui, partait tous les matins vers 10h. Rémi avait tenté une filature une fois, qui l’avait conduit jusqu’à un immeuble de bureaux dans la partie plus moderne de La Nouvelle-Orléans. Par prudence, il n’avait pas réitéré l’expérience. Pendant ses journées de travail, Cutter emmenait systématiquement son ordinateur. Parfois, Sandy le voyait de loin traverser le hall, portant la mallette où il enfermait l’appareil. Ces jours-là, elle savait qu’elle ne pourrait rien tenter. Elle rentrait à la maison d’une humeur massacrante.

Une fois, Cutter rentra exceptionnellement à l’hôtel en début d’après-midi, quelques minutes avant la fin du service de Sandy. Rémi la prévint par texto mais elle ne s’affola pas. Cutter devait avoir prévu de travailler depuis sa chambre. Lorsqu’elle le croisa un peu plus tard, en train d’attendre l’ascenseur, elle n’en crut pas ses yeux : il avait les mains vides. Deux hommes l’accompagnaient mais aucun de portait de mallette. Sandy fonça au local de service le plus proche pour s’emparer d’une pile de serviettes. Ainsi équipée, elle se précipita au quatrième et frappa à la porte. Si la suite était vide, elle était bien décidée à entrer pour bloquer le coffre et enfin lancer le plan!

Au moment où, dans un élan d’espoir, elle commençait à chercher son passe, la porte s’ouvrit. L’acolyte de Cutter qu’elle avait supporté lors de son premier ménage dans la chambre se dressa devant elle, en bras de chemise.

« C’est pour quoi? »

Sandy glissa un regard par dessus la pile de linge.

« Je viens apporter les serviettes propres qui ont été réclamées. »

Le gorille leva un sourcil perplexe, puis tourna la tête vers l’intérieur.

« Y’a quelqu’un qui a demandé des serviettes?

— Non! » répondit un choeur de voix masculines.

La pièce était visiblement pleine de monde.

« Vous vous êtes trompée de chambre, ma petite.

— Désolée pour le dérangement.
— Pas grave. »

Il referma la porte. Sandy se retrouva devant le panneau de bois avec une furieuse envie de le défoncer à coups de pieds.

 

***

 

À la fin janvier, les festivités du Carnaval se mirent en pause. L’ambiance ne retomba pas pour autant, au contraire. Cette année, La Nouvelle-Orléans accueillait le Super Bowl. La ville était surpeuplée de fans de football américain en transes et prêts à en découdre. L’atmosphère électrique ne contribuait pas à détendre les nerfs de Rémi et Sandy. Le jeune homme craignait que son amie finisse par se laisser déborder par l’impatience et fasse une bêtise. L’épisode des serviettes aurait bien pu mal tourner.

Au moment de l’élaboration du planning des équipes de ménage pour le week-end du Super Bowl, les malheureuses désignées pour travailler ces jours-là émirent de nombreuses protestations. Sandy n’était pas du lot mais elle se porta volontaire pour les soirées du samedi et du dimanche. Elle n’avait aucune envie de faire la fête et travailler serait une excuse parfaite. Elle prétexta un manque cruel de finances pour justifier son zèle. Rémi tenta de souligner qu’un week-end de repos lui aurait fait du bien et permit de repartir du bon pied mais Sandy se contenta de hausser les épaules.

« De toute façon, on n’a pas de billets pour le match et j’irais pas au bar de Zeke pour le regarder à la télé. Autant qu’on se fasse un peu de fric. 

— On pourrait aller ailleurs pour voir le match...

— C’est trop tard. J’ai dit que je prenais ces horaires. Personne ne me remplacera. Mais sors, si tu veux, toi. Ça ne changera pas grand chose.

— Oh la la. Tu nous fais une belle déprime, toi! »

Rémi la prit dans ses bras. Sandy se laissa faire mollement. Pour la première fois, elle regrettait de s’être lancée là-dedans. Silvestri la prendrait pour une esbroufeuse pas de taille à relever son défi. Cette idée la faisait enrager, bien sûr, mais elle lui mettait surtout le moral au fond du trou.

Le dimanche 3 février 2013, en fin d’après-midi, La Nouvelle-Orléans était en feu. La populace, déjà bien chauffée par la période du Carnaval, se déchainait dans les rues dans l’attente du début du match. La police était sur les dents, à l’affut du moindre incident. Dans le Vieux Carré, les bars se remplissaient et l’alcool coulait à flots depuis déjà plusieurs heures. Des orchestres de rue se partageaient les zones stratégiques. Curieusement, toutes ces musiques mélangées ne produisait pas une cacophonie immonde mais un thème subtil qui battait au rythme de la ville : vite et fort.

Pour profiter un peu de l’ambiance malgré son humeur morose, Sandy passa par le devant de l’hôtel. L’animation des rues retomba dès qu’elle pénétra dans le hall feutré. Le brouhaha de la rue ne lui parvenait plus qu’étouffé, comme si, au « Trésor de Jean Lafitte », même les bruits se soumettaient aux bonnes manières.

En pilote automatique, elle se dirigea vers l’accueil derrière lequel se trouvait la porte d’accès aux parties destinées au service. Au passage, elle heurta un client qui sortait de l’ascenseur.

« Excusez-moi, monsieur, fit-elle distraitement.

— Je vous en prie. »

L’homme avait un visage mince et des cheveux châtains qui commençaient à grisonner prématurément. Il avait surtout un regard couleur acier qui transperça Sandy de part en part avant de s’en désintéresser totalement. Il remorquait à sa suite deux autres personnages plus massifs. Sandy resta plantée là, à regarder Aaron Cutter et ses gardes du corps sortir de l’hôtel. Sans mallette.

Sandy fonça au vestiaire en tapant un texto à toute vitesse. Elle revêtit sa tenue puis attacha ses cheveux en s’efforçant de prendre de profondes respirations. Doris apparut, un bloc-note à la main pour lui signaler les espaces à nettoyer. Avec le Super Bowl, l’hôtel était bondé et le personnel en congé nombreux. Les femmes de ménage présentes devraient s’activer pour finir les chambres qui n’avaient pas encore été faites. L’énumération de Doris semblait interminable quand Sandy arrêta de respirer.

« Ah oui, et Mr Cutter vient de sortir. Il faudrait faire sa chambre avant son retour. L’équipe du matin n’a pas eu le temps de s’en occuper.

— Pas de problème. Je commence par ça, si vous voulez. »

La voix de Sandy était calme. Elle resta debout, immobile, pendant que Doris regardait sa montre.

« Hmm, oui. Ce serait bien. Je ne sais pas trop quand il va rentrer mais il parait qu’il va au match, ce soir. Ça m’étonnerait qu’il y aille en costume Armani, donc il risque de repasser par ici dans la soirée.

— Pas de problème, répéta Sandy. J’y vais tout de suite. »

Un nouveau message à Rémi qui répondit du tac au tac. Serviettes et draps sur le chariot, produits et papier toilette en quantité suffisante... Sandy vérifia deux fois. Dans la poche de son tablier, à côté de son téléphone, une pile usée battait contre sa cuisse au rythme de ses pas. Elle poussa le chariot jusqu’à la porte de la suite du quatrième étage. Elle prit une grande inspiration, regarda l’heure, frappa à la porte.

« Bonjour. Puis-je faire le ménage? »

Un homme était - évidemment - assis sur le canapé. Il lisait le journal avec une mine de six pieds de long. Il jeta un regard peu amène à Sandy.

« Je suppose. J’aimerais bien que tu t’actives. C’est déjà pénible de rester bouclé ici toute la soirée, si c’est pour se taper l’aspirateur, en plus... »

Il replongea dans son journal. Sandy espéra qu’il la laisserait aller et venir sans faire preuve du zèle de ses acolytes qui la suivaient à la trace. Malheureusement, lorsqu’elle partit vers la salle de bain, il poussa un soupir bruyant et lui emboita le pas. Elle dut le contourner plusieurs fois en récupérant les serviettes ou en nettoyant le lavabo. Déjà tendue, elle ne put s’empêcher de protester.

« Vous savez, vos collègues restent à la porte au moins. C’est plus pratique. »

Elle jeta rageusement les serviettes hors de la salle de bain.

« Je dois voir tes mains.

— Mes mains? »

Il haussa les épaules d’un air maussade.

« Au cas où tu voudrais planquer quelque chose pendant que tu fais le ménage.

— Planquer quoi? Une bombe? Dites donc, il est un peu parano votre patron! »

À nouveau, il haussa les épaules.

« C’est ce qui l’a amené à l’endroit où il est aujourd’hui. De toute façon, c’est pas tes oignons. Active! Je voudrais pouvoir mettre la télé pour voir Beyonce sans bruit de fond.

— Je serais partie depuis longtemps quand elle démarrera le show.

— J’espère! »

Sandy expédia la salle de bain. Le stress faillit lui faire oublier de vider la corbeille. Ce n’était pas le jour à se faire remarquer. Passer l’aspirateur dans le salon lui sembla interminable. Enfin, elle passa dans la chambre après avoir jeté un coup d’oeil discret à sa montre, suivie par son garde-chiourme.

Dans la chambre de Cutter, rien ne trainait, ni vêtement, ni objet personnel, à l’exception d’un écrin protégeant sa montre qui était soigneusement aligné au rebord de la table de chevet. Le lit défait, dont les draps étaient repliés en un triangle presque parfait, était la seule preuve de l’occupation de la chambre. Sandy s’attaqua à la taie du premier oreiller. Son ange gardien restait debout à l’entrée de la pièce, les bras ballants et l’air de s’ennuyer ferme.

Soudain, des détonations éclatèrent. Le bruit venait des fenêtres du salon. L’homme de main se précipita avec un « nom de Dieu! » des plus énergiques. Dès qu’il sortit , Sandy lâcha son oreiller pour se précipiter vers la penderie. De là, en se penchant un peu, elle pouvait voir son gardien fourrager dans un tiroir, en sortir un revolver puis se précipiter vers la fenêtre. Dans la rue, des éclats de voix se faisaient entendre. Sans plus trainer, Sandy fit coulisser la porte du placard. À côté, son cerbère ouvrait furieusement la fenêtre.

« Ces petits cons! brailla-t-il. Je vais me les faire! »

Des rires accueillirent sa sortie sur le balcon. Sandy s’activa sur le clavier du coffre. Elle devait dégager le compartiment à pile qui était protégé par une petite plaque. Petite plaque qui semblait fermement décidée à rester en place. Sandy put coincer un ongle entre la plaque et la paroi mais ne réussit qu’à se retourner le doigt.

Sur le balcon, ça hurlait toujours. Son gardien fulminait contre la bande d’excités qui avait jeté des pétards sur la façade de l’hôtel. L’un d’entre eux se fichait ouvertement du bonhomme qui paraissait très tenté de faire usage de son arme.

Les doigts de Sandy étaient trempés par la transpiration. Elle ne savait plus par quel bout soulever cette saleté de plaque. Elle tripota le clavier dans tous les sens jusqu’au moment où son pouce enfonça la plaque qui bascula vers l’intérieur puis ressortit avec un petit déclic, faisant apparaitre la pile. Un tiroir à ressort. Pas une plaque à retirer. Sandy se serait giflée.

Dans le salon, elle entendit la fenêtre se refermer avec bruit. L’homme de garde fulminait encore.

« Ce petit connard! Je te recroise, je te bute, enfoiré! »

 

***

 

Jeremiah Penworth savait humer le vent. Lorsqu’il avait rencontré Aaron Cutter, il avait tout de suite su que l’homme irait loin et qu’il valait mieux être de son côté. Jusque là, il n’avait jamais regretté son choix. Mais cette putain de journée promettait de mettre à l’épreuve ses certitudes! Bloqué dans une chambre d’hôtel, le jour du Super Bowl pour commencer. Pendant que le patron irait s’éclater au Mercedès Benz Superdome, lui Jerry, se contenterait de mater le match à la télé. Tout ça parce que le boss était parano : il était persuadé que, si la chambre restait vide cinq minutes, les flics ou les fédéraux se précipiteraient pour coller des micros partout.

D’abord, dans cette saleté de ville humide, tu filais deux biffons à la flicaille et tu avais la paix. Bon, pour les fédés, c’était plus compliqués mais sérieusement, il croyait quoi? Que la blondinette maigrichonne qui faisait le ménage serait capable de planquer des mouchards...?

Nom de Dieu! La bonniche était restée seule dans la chambre! Le petit branleur qui avait lancé les pétards et s’était foutu de lui l’avait tellement mis en rogne qu’il avait oublié la femme de ménage. Si Cutter l’apprenait, il était cuit.

Jeremiah fonça dans la chambre, son revolver toujours à la main. Il fit irruption dans la pièce pour trouver la blonde à quatre pattes, le bras sous le lit. La literie était restée dans le même état que lorsqu’il était parti. Cette petite salope n’était quand même pas en train de réaliser les craintes de Cutter et de poser un micro?! Il bondit jusqu’à elle, la saisit par le bras et la remit sur ses pieds sans ménagement. Elle poussa un cri de surprise et de douleur.

« Qu’est-ce que tu fous?! Pourquoi rien n’a avancé ici?! »

Deux grands yeux bleu noyés de larmes le dévisagèrent.

« Je... je... j’ai fait tomber la boite de la montre sous le lit. Je n’arrivais pas à la rattraper. Je vous jure, monsieur, je n’essayais pas de voler quelque chose... »

Il se retint de lui coller une claque. Si jamais elle mentait... Jerry s’agenouilla pour regarder sous le lit. Sur la moquette, l’écrin Breitling semblait le narguer. Allons bon. Derrière lui , la fille sanglotait tout à fait maintenant. Si cette petite gourde allait baver à la direction, Cutter finirait par apprendre qu’elle était restée seule dans la chambre. Et Jerry n’aimait pas du tout l’idée de fâcher Cutter. Même un peu.

Il récupéra le boitier et se releva. La gamine faisait un cinéma pas possible, les joues trempées et le nez morveux. Jerry posa la boite sur la table de chevet.

« Écoute-moi bien. Il ne s’est rien passé. Tu as fait ton ménage, comme d’habitude. Si tu couines à ton chef que je t’ai fait mal ou quoi, je dis que tu as essayé de piquer la montre, c’est clair? »

Elle acquiesça du menton en reniflant. Ce n’était pas la peine d’aller plus loin. Si elle comprenait que Jerry craignait qu’on découvre qu’il avait foiré son tour de garde, elle risquait d’avoir l’idée d’en parler. Il valait mieux qu’elle croit qu’il ne voulait pas d’histoire pour lui avoir à moitié cassé le bras.

« C’est bon. Maintenant, tu finis et tu te casses. »

Jerry se sentait fier de lui. Il l’avait échappé belle. Heureusement qu’il avait l’esprit affuté.

La gamine se remit au boulot. Bien sage.

 

***

 

La porte se referma derrière elle. Sandy se retrouva dans le couloir, à côté du chariot du ménage. Elle avait fini la suite dans un état second, sonnée par la montée d’adrénaline. Il s’en était fallu d’une seconde que le garde du corps de Cutter ne la surprenne le nez sur le coffre fort. Elle n’avait eu que le temps de bondir vers le lit pour jeter le boitier Breitling par terre. L’excuse était foireuse mais c’est tout ce qu’elle avait pu trouver dans l’urgence. Heureusement, une bonne crise de larmes avait renforcé son baratin. Elle qui avait du mal à pleurer avait, pour une fois, laissé ses nerfs prendre le dessus.

Elle arracha quelque morceaux de papier toilette d’un rouleau du chariot et se moucha bruyamment. Ensuite, elle poussa son matériel hors de vue avant de décrocher son téléphone. Rémi répondit à la première sonnerie.

« Alors?

— J’ai changé la pile. Mais je n’ai pas eu le temps de tester le clavier. »

Rémi resta silencieux à l’autre bout du fil.

« La pile était morte. Il y a quand même peu de chance qu’il reste assez de jus pour ouvrir le coffre quand même...

— J’espère... »

Ils auraient l’air malin si le coffre se coinçait après que Cutter ait retiré son ordinateur.

« Le garde chiourme n’était pas trop énervé quand il est revenu? Je l’ai chauffé à mort pour qu’il reste sur le balcon! »

Rémi éclata de rire. Sandy jeta un oeil à la marque rouge sur son bras. Elle allait avoir un bel hématome...

« Bof, non. Juste ronchon. Ça s’est bien passé.

— Super! Maintenant, tu continues ton ménage. Quand Cutter arrive, je te bipe et on passe à la deuxième partie du plan.

— Ça marche! »

En remettant son téléphone dans sa poche, Sandy se dit que les prochaines heures allaient être difficiles. Attendre patiemment n’avait jamais été son fort.

 

***

 

Rémi posa son téléphone devant lui sur la table du café. Il s’était installé à l’intérieur de l’établissement juste après avoir donné congé aux quelques amis qui l’avaient aidé à mettre de l’animation devant l’hôtel. Il avait troqué son tee-shirt rouge bien voyant contre une sage chemise blanche et des lunettes qui lui mangeaient la figure. Un tas de feuilles et de bouquins complétait sa couverture d’étudiant studieux. Personne n’aurait fait le rapprochement entre lui et l’énergumène qui lançait des pétards en braillant des insultes quelques minutes plus tôt.

Depuis sa place, Rémi pouvait voir qui entrait et sortait de l’hôtel. Il était prêt à bondir sur son téléphone dès que Cutter rentrerait au bercail. S’il rentrait. Il rentrerait forcément. Tôt ou tard. En attendant, Sandy serait sur le pied de guerre. Donc, lui aussi. Il croisa mentalement les doigts pour qu’ils réussissent leur coup. Si ça foirait, tout serait à recommencer. Et probablement à repenser complètement.

« J’aurais du demander un truc magique à Rose », pensa-t-il.

Ou pas. Car Rosalyne était préoccupée par autre chose en ce moment. Rémi n’aurait pas su dire quoi mais il sentait lorsqu’il valait mieux la laisser tranquille. Quand Sandy et lui en aurait terminé avec l’affaire Cutter, il inviterait Rose dans un chouette endroit. Pour lui changer les idées, la faire sourire. Les yeux rivés sur l’entrée de l’hôtel, Rémi se mit à sourire aussi, par anticipation.

Quant à Sandy, il savait déjà comment lui faire retrouver sa joie de vivre. Le Carnaval arrivait dans moins de dix jours. Il lui trouverait un costume extravagant et l’entrainerait dans une fête inoubliable pour la nuit de Mardi-Gras... À condition qu’elle se rabiboche avec Zeke, sinon, bonjour l’ambiance. Rémi se rembrunit. Il se carra dans sa chaise, prit un bouquin, fit semblant de noter quelque chose.

Toujours pas de bagnole pleine de mafieux. L’heure tournait lentement. Il commanda un nouveau café. Il en renversa une partie sur ses feuilles, jura et commença à éponger. Tout en tapotant la table avec sa serviette en papier, Rémi jetait de fréquents coups d’oeil à la rue. Des tas de voitures circulaient mais pas celle qu’il attendait. De la façon dont les choses se présentaient, c’était loupé pour la soirée bière devant le match. Il aurait bien placé un petit pari sur les 49ers de Frisco. Il les sentait bien.

Histoire de passer le temps, il farfouilla dans son sac et en sortit une clé USB. Un nouveau contact professionnel, un certain Devon MacMillan qui touchait sa bille en informatique, la lui avait confiée. Une fois qu’ils auraient l’ordinateur entre les mains, il suffirait de l’allumer et d’y connecter la clé. Le petit appareil ferait tout le boulot. En tout cas, Rémi l’espérait de tout son coeur parce qu’il n’y connaissait pas grand-chose. De plus, le but du plan n’était pas du tout de repartir avec le portable sous le bras. Pour se retrouver avec un Cutter furax aux fesses, merci bien!

Alors qu’il tripotait la clé USB, Rémi gardait un regard rêveur fixé sur l’entrée de l’hôtel. Si rêveur que son cerveau mit quelques secondes à intégrer qu’il venait de voir le dit Cutter entrer dans l’immeuble avec deux de ses acolytes.

Rémi bondit sur son téléphone.

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Gwenifaere
Posté le 13/08/2020
Bon. Le coup du point de vue du garde, je le sentais venir que Sandy allait pas se faire choper.
Maaais en même temps j'étais pas sûre à 100%, pas confiante confiante, y avait de la tension ! Et puis quelle brute. J'aime bien que les sanglots de Sandy aient été à moitié vrai, tu lui donnes une vulnérabilité qui la rend vraiment plus authentique !
Aliceetlescrayons
Posté le 02/09/2020
Je suis contente d'avoir réussi à maintenir un peu de suspens ^^
Alice_Lath
Posté le 29/05/2020
Eh ben purée, ils sont très mal barrés dis-moi, surtout que Cutter a l'air vraiment hyper au taquet. Mais bon, j'ai foi en eux, puis après, Sandy ira se rabibocher avec Zeke et enverra péter l'autre mafioso italien de folie. Et ils iront faire la fête héhé, bon après, évidemment, je me doute que ça ne va pas se passer aussi simplement, mais je crois en leur potentiel. Puis Rémy et Rose, ça me fait de la peine se voir aussi timide l'un envers l'autre
Aliceetlescrayons
Posté le 01/06/2020
Si c'était facile, ce ne serait pas drôle :D
MbuTseTsefly
Posté le 07/04/2020
Bonjour Alice, voilà une situation qui pique la curiosité, comment vont-ils réussir? Je suis toujours à fond avec tes personnages.

J'ai relevé quelques coquilles dans ce chapitre et le suivant:
- "Mais pour uniquement pour suivre Sandy à chaque endroit de la suite où elle nettoyait quelque chose" - la répétition de pour mais aussi le mot endroit, un peu trop général. Proposition: il la suivait comme son ombre?

- il valait mieux qu'elle croit qu'il ne voulait pas d'histoire - personnellement je mettrais un subjonctif ici, croie - histoire au pluriel (faire des histoires)?

- 49ers : qu'est-ce que c'est ers? de l'anglais j'imagine. Fortyniners?

Pour la cohérence, une chose m'a un peu perturbée: au début du texte , "À la fin janvier, les festivités du Carnaval se mirent en pause" mais ensuite Rémi pense inviter Rose pour le carnaval.
Aliceetlescrayons
Posté le 08/04/2020
Bonjour MbuTseTsefly :)
je suis contente que le plan de Sandy et Rémi te tienne un peu en haleine ^^
Merci mille fois pour tes relevés de coquilles. Personnellement, à force de relire, je n'arrive plus à les voir... ><'
Oui, 49ers, ce sont les Fortyniners, l'équipe de football américain. Si ça ne te semble pas clair à la lecture, je vais le noter en toute lettre, ce sera mieux.

Pour ta dernière remarque : en fait, en 2013, la finale du Super Bowl est tombée en plein milieu de la période du Carnaval (qui dure plusieurs semaines à La Nouvelle-Orléans). Il y a donc eu une pause dans les parades et autres festivités du carnaval, le temps que le match ait lieu. Ensuite, la fête a repris de plus belle jusqu'au jour de Mardi-Gras, qui en est le point culminant ^^
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