Chapitre 17 : Le marché

Par Mary

XVII

LE MARCHÉ

 

 

 

 

 

Alban se réveilla au petit matin en s’étonnant d’avoir si bien dormi. Il tourna la tête de chaque côté. Ah oui. Fort-Royal. La Martinique. Le marché. Ravitailler. C’est vrai. Il s’extirpa de son hamac et se leva tant bien que mal. Une lumière bleutée commençait à s’étendre à l’est, derrière les collines. Il suivit la plage jusqu’au Perroquet Menteur, désert à cette heure-ci, et déposa à regret la couverture proprement repliée sur un des bancs. Encore un peu ensommeillé, il sentait le frais sur ses épaules.

            Le jeune homme rejoignit le chemin qu’il avait emprunté la veille pour retourner au Lotus Noir. Un arbuste agitait des sortes de plumets dentelés au bout de ses branches sous la brise et des troncs secs et noueux s’élevaient vers le ciel pour ne produire que de minuscules feuilles d’un vert éclatant. L’humidité de la nuit remontait par endroits en jolies nappes vaporeuses et les rares fleurs qui subsistaient sur les massifs de bignonias ouvraient lentement leurs corolles orangées. Une myriade d’oiseaux orchestraient une douce symphonie matinale et de petits animaux invisibles bruissaient dans les hautes herbes le long du sentier.

            Alban se réchauffa un peu en marchant et en profita pour mettre ses idées au clair. Entre le marché et la Compagnie, il ne manquerait pas d’informateurs potentiels concernant Yann ou son mystérieux sauveur. Il se contenterait de peu, un début de piste, une rumeur lui suffirait. Quelqu’un saurait forcément quelque chose. Dans le cas où il n’obtiendrait toujours rien, eh bien… il continuerait. Chaque escale, chaque port, chaque plage. Il ne laisserait pas tomber. La soirée d’hier lui avait redonné courage. Il s’était trouvé des amis dans son aventure improbable, des compagnons de route en qui il avait confiance. Une chance inespérée.

            La passerelle du Lotus n’était pas encore dressée quand il arriva au quai. Les autres avaient-ils aussi dormi en ville ? Certains étaient-ils remontés à bord ? Alban s’assit contre un des poteaux d’amarrage et attendit en rêvassant. Il dut s’assoupir car lorsqu’il rouvrit les yeux, le soleil était à moitié levé et il entendait du bruit sur le navire. Quelques secondes plus tard, le maître gabier apparut. Alban se releva et ils installèrent le ponton.

— Bonjour, Maugis.

— Alors petit ! s’exclama le gabier tout guilleret en mettant pied à terre. Bien dormi ? Tu t’es trouvé un lit ?

— Un hamac, en fait.  

— C’est bien, très bien tout ça. Ah, petit ! Ça fait du bien de marcher un peu ! Killian m’a donné la liste et de quoi payer pour le ravitaillement, mais où diable sont passés John et Oliver, ça j’en ai pas la moindre idée. Tu les as pas croisés en venant ?

Alban secoua la tête et attrapa un des paniers que Maugis lui tendit.

— Bah, peu importe. On commencera sans eux, ils nous retrouveront au marché.

Les deux hommes s’avancèrent encore une fois le long du chemin, mais au lieu de continuer vers le centre-ville, ils tournèrent à droite pour se retrouver derrière les entrepôts des quais principaux.

            Alban n’avait jamais vu de marché aussi grand, tellement plus que celui de Saint-Malo ! De nombreux commerçants terminaient l’installation de leurs étals, et déjà, il était subjugué. Finies, les halles ternes, déclinées dans les tons de gris, blanc et marron, au contraire, les comptoirs resplendissaient de couleurs. Des tissus bigarrés, rouges, bleus, jaunes ou orange tapissaient les tables et les tréteaux. Cela donnait un sentiment profond de vie et de joie. Et le contenu des corbeilles ! Alban n’en connaissait pas la moitié. Fruits ou légumes ? Comestible ? Cuit, cru ? Le regard du jeune homme passait d’un marchand à l’autre, émerveillé.

            Le charme se rompit lorsque Maugis et lui entendirent une sorte de grognement derrière eux. En se retournant, ils découvrirent Oliver, qui regrettait manifestement sa soirée de la veille.

— B’jour, marmonna-t-il les yeux éteints.

— Alors cuistot ? Sacrée fête ?

— Chhhut, te fiche pas de moi, Maugis. T’as pris la liste ?

— Oui, oui. Petit, je crois qu’on va pouvoir compter que sur nous-même, ce matin ! s’esclaffa le maître gabier. Ah, et voilà John !

Le médecin n’avait pas meilleure allure que son compagnon, mais n’en devenait que plus loquace et son accent encore plus prononcé.

Hello !

— Ah ! Quand John repasse à l’anglais, c’est que la soirée a été bonne ! glissa Maugis à Alban.

— Bonne nuit ? Nos nez n’avaient pas trompé, vous savez. Je pensais qu’ils faisaient seulement du rhum ici, mais cette bière n’était pas si mauvaise.

— Non, maugréa Oliver. Mais on aurait pas dû goûter ce rhum.

— C’est la plus drôle des histoires, on a nous a demandé si on voulait savoir quel goût avait le premier… le premier quoi ?

— Distillat, compléta le cuisinier. Direct de l’alambic. Mauvaise idée.

Anyway, c’était amusant ! Viens, allons prendre de la nourriture. Ça te… remontera le sourire.  

Maugis se moqua gentiment d’eux. Ayant quelques problèmes avec la lecture, il confia la liste à Alban. Celui-ci énuméra ce qu’ils devaient acheter et en quelles quantités. Il déchiffra certains noms sans même avoir la moindre idée de ce à quoi cela pouvait ressembler ou quel goût avoir.

            Oliver et John sur leurs talons, ils arpentèrent le marché. Ils commandèrent des patates douces, des choux de forme étrange, ainsi que plusieurs sacs de céréales. La plupart des denrées seraient livrées directement au Lotus dans la journée. Alban s’attarda devant un étal d’épices. Il essayait de mettre des mots sur ce que son nez captait comme nouvelles odeurs. Suaves, piquantes, intrigantes. Il manquait de qualificatifs.

Cela eut au moins le mérite de revigorer Oliver, qui prit le temps de lui parler des variétés qu’il connaissait : girofle, muscade, bois d’inde… Alban s’enivra du parfum des bâtons de cannelle et avec quelques sous, acheta quatre morceaux de poulet grillé « colombo », enrobés d’une drôle de sauce dorée dont le fumet l’avait mis en appétit. Maugis et Oliver grignotèrent leur en-cas prudemment, et ce n’est qu’après avoir avidement croqué dans le sien qu’Alban comprit pourquoi tant de précautions. C’était plus épicé que jamais, et très pimenté de surcroît. Il toussa, haleta et les larmes lui montèrent aux yeux pendant que ses camarades prenaient le fou rire. Il parvint à articuler :

— C’est… c’est très bon, mais alors…

— Faut parfois se méfier avec ces trucs-là, commenta Oliver, hilare. T’inquiètes, ça pique sur le coup, mais ça dure pas. Tu retrouveras l’usage de ta langue ! Continuons, nous avons encore pas mal de choses à prendre, et il ne faudrait pas rentrer trop tard au navire.

Ils s’enfoncèrent encore plus dans les allées animées du marché. Des gamins couraient en tous les sens, des femmes portaient des paniers sur la tête et des chiens errants tendaient la truffe pour suivre les effluves de poisson braisé. Alban profita de l’effervescence pour glisser quelques mots à Maugis :

— À qui pensez-vous que je pourrais demander pour trouver mon oncle ?

— À la Compagnie, déjà. Nous devons y passer tout à l’heure. Les gens d’ici sont adorables mais d’un caractère prudent. Il vaut mieux te renseigner auprès de gens qu’on connaît, sinon tu risques de te faire envoyer sur les roses. J’ai peut-être une idée, mais je ne sais pas s’il est là. Dis-moi si tu sens une odeur de brûlé.

Une odeur de brûlé ? Qu’est-ce que Maugis avait derrière la tête ? Alban ne se sentait pas très bien. Tant de couleurs, un soleil magnifique et une chaleur de fin de printemps, alors pourquoi était-il si tourmenté ? Il craignait de repartir aussi bredouille qu’à son arrivée, voilà ce qui se passait. Allez, reste concentré, sinon tu ne réussiras jamais. Et optimiste. Crois un peu en toi, pour une fois.

En continuant leurs courses, ils mandatèrent également des commis pour livrer plusieurs paquets de haricots rouges, de maïs, d’ail et d’oignons. Pour finir, ils prirent en supplément un jambon séché et plusieurs saucisses fumées. Alban reniflait régulièrement pour chercher une odeur de brûlé, mais ce n’est qu’à l’écart des principaux commerçants qu’il trouva enfin.

— Aah ! s’exclama Maugis. Pas trop tôt !

— Qu’est-ce qui peut bien sentir comme ça ? grimaça Alban en plissant le nez.

— Ça, mon garçon, c’est la spécialité des boucaniers.

— Des quoi ?

— Des boucaniers, répéta Oliver en se dirigeant vers un des étals. Généralement d’anciens pirates, qui ont pour spécialité de rester entre eux en petits hameaux sur certaines îles des Antilles. Ils vivent de la chasse au bœuf et au sanglier. Ils découpent la viande en lanières et la font longtemps fumer. On appelle ça du boucané.

— Ça a le goût très bizarre la première fois, expliqua John. C’est plutôt bon, mais surtout ça se garde longtemps.

            Les quatre hommes s’arrêtèrent devant un étal composé simplement d’une planche de bois brut, recouverte de longs bouts de viande racornis. Celui qui le tenait avait la peau si tannée par le soleil que c’était à se demander s’il n’était pas fait de cuir. D’apparence taciturne, son visage s’éclaira quand il les vit arriver. Il serra chaleureusement la main du gabier.

— Maugis, ça alors vieux briscard ! Comme ça t’es toujours en vie ? J’t’avais pas vu toi et ton équipage de dingues depuis bien longtemps. J’me s’rais même fait du souci.

— Salut, le Brun ! C’est vrai que ça fait un bout de temps qu’on est pas passés par là, mais on a eu quelques déboires du côté de la Jamaïque au début de l’année. On a mis plus longtemps que prévu, c’est tout. Pas de quoi te faire du mouron. Et toi, quelles nouvelles ?

— On s’porte pas mal ma foi. On se paye quelques belles expéditions, et le gibier est bon alors t’vois. Vous v’nez ravitailler ?

— Oui, et Alban que tu vois là aurait quelques questions pour toi. Vas-y petit, si quelqu’un a déjà croisé ton oncle, ce sera lui !

— Ton oncle ? demanda Le Brun en se tournant vers Alban. Et il s’appell’rait comment ?

— Yann Le Guirec. De ce qu’on m’a dit, un type large, brun, la barbe fournie. Plutôt bon épéiste.

— Le nom m’dit pas grand-chose, comme ça. Où est-ce que j’aurais pu le voir ?

— Il a fait partie de l’équipage du Lotus Noir à une époque, environ une dizaine d’années. Mais depuis, je ne sais pas.

— Désolé, j’crois pas avoir jamais entendu ce nom-là. C’qui veut pas dire que je l’ai pas croisé hein.

Alban soupira.

— Merci quand même. Et par hasard, un autre homme, avec un manteau brodé, ça ne vous dit rien non plus ?

— Brodé ?

— Oui, une sorte d’étoile coupée en deux, blanche.

Le Brun secoua la tête avec regret, et Maugis attrapa Alban par l’épaule.

— Ça valait le coup d’essayer. T’inquiète pas, petit, il reste encore la Compagnie, et puis on est pas encore partis !

Le cœur serré, Alban acquiesça. Oliver, qui inspectait la viande depuis le début de la discussion, annonça qu’il s’était décidé à prendre légèrement plus que ce que Killian avait noté sur la liste.

— J’pourrais pas vous livrer, messieurs, les avertit Le Brun. Le seul petiot que j’avais est déjà affairé sur un des pontons. Vous allez d’voir porter, ça ira ?

— T’inquiète pas. On va te prendre quatre livres de bœuf et cinq de sanglier s’il te plaît, commanda Oliver.

Le Brun enveloppa soigneusement le boucané dans du papier et ficela le tout.

— Je sais pas ce qui se passe du côté de vot’ Compagnie, mais c’t’à croire que vous vous êtes donné rendez-vous !

Oliver et Maugis se regardèrent, sans comprendre.

— Si j’ai plus de commis, c’est à cause de la Chimère, précisa Le Brun. Elle est arrivée tôt ce matin, et le cap’taine Laurens a promis de payer double les employés du port si le bateau était vide avant midi. Y’a aussi un p’tit navire marchand qu’est là depuis trois jours, le… ah oui, L’Hermès.

— Je croyais Laurens parti vers Haïti, murmura Maugis en fronçant les sourcils.

— Il a p’tet eu un problème sur le trajet. On a eu deux trois tempêtes assez coriaces y’a quelques jours. Et voilà, messieurs !

            Alban se saisit d’un des paquets. Il était demeuré impassible, mais n’avait rien manqué de la conversation. La Chimère avait-elle vraiment subi une avarie ? Sa présence ici avait-elle un rapport avec la discussion qu’il avait surprise à Saint-Malo, cette fameuse mission si importante pour la famille Le Bardelier ? Il devait absolument trouver un moyen d’aller au Perroquet Menteur et de faire parvenir un message à Nora. Dès le départ, elle n’avait pas été dupe au sujet de cette expédition.

Les emplettes terminées, il restait encore à passer à la Compagnie pour demander des ouvriers supplémentaires pour le ravitaillement. En longeant les quais, Alban et les autres aperçurent au loin La Chimère amarrée un peu à l’écart, comme en urgence, fourmillant d’activité. Maugis envoya Alban à la Compagnie d’un air entendu.

Le Comptoir se situait près des entrepôts et des salles d’enchères. D’une sobriété presque sinistre, même pour un bâtiment administratif, on ne pouvait pas le qualifier d’accueillant, tout comme ses employés. Alban s’avança à l’intérieur, mais aucun ne leva la tête. Il s’éclaircit la gorge et enfin, quelqu’un vint vers lui.

— Bonjour jeune homme. Je suis le secrétaire de ce comptoir, Jean Duclos.

— Bonjour, monsieur. Je viens pour le Lotus Noir, sur le quai sud.

— Le ravitaillement, c’est bien ça ? demanda Duclos en rajustant ses lorgnons.

— Les marchandises seront livrées cet après-midi.

— Entendu, je vous enverrai des hommes. Voyons… oui, huit suffiront. Et dites à votre Capitaine que la lettre de change pour votre prise sera prête demain matin.

— Je n’y manquerai pas, affirma Alban avec un signe de tête.  

— Ce sera tout ?

Derrière le secrétaire, une porte grinça sur ses gonds et on entendit quelqu’un sortir d’une pièce. Alban hésita. Il prit finalement son courage à deux mains, mais sa voix devint tout de suite moins assurée.

— Pas tout à fait. Je cherche quelqu’un, en fait, et peut-être pourriez-vous m’aider ?

L’autre soupira.

— Dites toujours.

— Il se nomme Yann Le Guirec.

— Yann Le Guirec ? répéta une voix.

Duclos qui se retourna. Un homme élégamment habillé, âgé d’une bonne trentaine d’années et doté d’un léger embonpoint, arrivait vers eux. Le secrétaire se fendit d’une petite révérence, avant de s’éclipser. Le nouveau venu détailla Alban de la tête aux pieds.

— Qui est donc ce jeune homme qui cherche le Yann ?

— Je m’appelle Alban. Vous le connaissez donc ?

Son cœur battait la chamade. Enfin une piste ! Après tout ce temps ! Il s’agissait maintenant d’en profiter.

— Enchanté, François Chatenay, je suis en charge de ce comptoir. En ce qui concerne Yann Le Guirec, je te trouve bien audacieux. Voilà un nom qui pouvait te valoir bien des ennuis, il n’y a pas si longtemps.

Alban frémit.

— Comment ça des ennuis ? Vous savez où il est ?

— Longue histoire, mais il s’est rangé à ce qu’on dit. Je serais toi, je ne le chercherais pas trop. En général, c’est lui qui te trouve. Sur quel bateau es-tu ?

— Le Lotus Noir.

Chatenay éclata de rire et tourna les talons. 

— Rentre chez toi petit, ça vaudra mieux pour tout le monde.

Alban sentit une bouffée de colère l’envahir. Il n’était pas arrivé jusqu’ici pour se faire rembarrer !

— Quels ennuis ? Où est-il ? Où est-ce que je peux le trouver ? insista-t-il d’une voix forte.

L’homme ne revint pas sur ses pas.

— RÉPONDEZ-MOI !

Des employés curieux se retournèrent, ne disant mot. Ulcéré, outré, Alban abattit si violemment son poing sur le mur qu’une fenêtre en trembla. Voyant qu’il n’obtiendrait pas plus d’informations, il sortit d’un pas furibond, mais quelqu’un le retint par le bras. Il se retrouva face au secrétaire Duclos.  

— Pourquoi tu cherches cet homme ?

Alban dégagea son bras, interloqué. 

— Yann Le Guirec est mon oncle.

Duclos le jaugea.

— Je peux peut-être t’en dire plus. Reviens ce soir, au coucher du soleil.

Il planta Alban sur place et repartit, sans rien ajouter. Le jeune homme rejoignit le groupe. Maugis remarqua immédiatement sa mine sombre.

— Ça va petit ?

— Si on veut.

— T’as rien trouvé là non plus, pas vrai ?

— On verra, bougonna-t-il, désireux de changer de sujet. Les ouvriers seront là dans l’après-midi, et l’argent de la prise disponible demain matin.

— Parfait. Viens, il est temps de rentrer.

Alban écouta distraitement ses trois comparses discuter sur le chemin du retour. Il ne décolérait pas. Pourquoi Chatenay s’était-il moqué de lui de cette manière ? Pourquoi toute cette histoire devait-elle être si compliquée ? Voilà qu’on lui faisait comprendre que son oncle n’était pas une personne très recommandable. On lui intimait une certaine prudence, pour ensuite lui rire au nez ? Cela n’avait pas de sens ! Sans compter le secrétaire Duclos, qui lui donnait rendez-vous comme un conspirateur. Il se débrouillerait pour y être.

Il aurait dû se sentir plein d’espoir et pourtant, il commençait à y avoir quelque chose de pas clair dans tout ça, et ça l’inquiétait sérieusement.

Lorsqu’ils parvinrent au quai, certaines livraisons en provenance du marché avaient déjà été effectuées, et les tonneaux d’eau attendaient d’être installés à bord dans une grande voiture à bras.         

            Tout le monde semblait rentré plus ou moins frais de ses escapades. Sur le pont, les jumeaux avaient le teint assez pâle de ceux qui manquent de sommeil et Miguel fixait un point au-delà de la baie. Martial discutait avec Ronan sur le gaillard avant et La Bombarde somnolait à moitié dans l’escalier qui montait à la dunette.

            Alban s’apprêtait à rejoindre Paul et Thibault lorsqu’il vit Killian qui arrivait sur le ponton, suivi de près par le Capitaine, toute encapuchonnée. Ils paraissaient tous deux reposés et d’excellente humeur.

— Bonjour la compagnie, lança Killian. Qu’avons-nous raté ? Oliver, le ravitaillement ?

— On attend les gars du port, ils ne vont pas tarder. Oh, et l’argent de la prise sera prêt pour demain matin.

— Juste à temps ! se réjouit le Capitaine. Killian ira le récupérer. Hector n’est pas encore rentré ?

— Je ne crois pas.

— Il semblerait que nous ne soyons pas seuls ici, la Chimère est arrivée ce matin, l’informa Maugis.

La Chimère? Je croyais qu’elle avait une mission en Haïti.

— C’est ce que nous avions compris aussi, quand nous avions un peu discuté avec les matelots avant de partir. Apparemment, il y a eu pas mal de tempêtes ces derniers temps. Une avarie, qui sait ? Ils ont peut-être fait une mauvaise rencontre.

— On pourrait leur demander s’ils restent un peu, l’air de rien. On s’entend bien avec quelques-uns d’entre eux, proposèrent les jumeaux, qui s’entendaient apparemment bien avec le monde entier.

— Combien de temps avons-nous ? On repart quand ? demanda Martial en s’avançant derrière Alban.

Le Capitaine soupira.

— J’espère lever l’ancre demain matin, à la première marée.

— Quel cap ?

Hector apparut à ce moment-là. Les traits tirés et le pas lourd, il n’avait pas dû fermer l’œil de la nuit. Il se tourna vers Erin et secoua imperceptiblement la tête.  

— Quel cap ? répéta Martial.

— Je dois en discuter avec Hector.

Elle avait l’air troublée. Si quelque chose inquiétait une femme pareille, cela ne présageait rien de bon.

— On repart vers Haïti ?

Le Capitaine lui lança un regard mauvais.

— Je te le ferai savoir en temps et en heure, Martial. En attendant, je te charge de surveiller le ravitaillement, veille à ce que tout soit prêt pour demain matin.

— Peut-on se parler ? En privé ?

— Non.

Elle fit signe à Killian et Hector et ils se dirigèrent vers le gaillard arrière. La porte se referma sur eux dans un claquement. L’équipage n’en menait pas large mais laissa passer l’orage. Les conversations reprirent, et au milieu du brouhaha pourtant discret, Martial murmura quelque chose d’une voix si basse qu’Alban fut le seul à l’entendre :

— Vous jouez à un jeu dangereux.

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Jowie
Posté le 22/03/2020
Wow ! Là encore, je n'ai aucune idée quelle direction prendra l'histoire !
Alors j'avoue que je commençait à perdre espoir parce qu'aucune des personnes qu'Alban interrogeait ne semblait connaître Le Yann. Je suis d'ailleurs très surprise et soupçonneuse à propos du fait qu'à peine 10 ans en arrière, le Yann était à bord du Lotus et maintenant, c'est comme si ce n'était jamais arrivé. L'équipage a-t-il complétement changé en 10 ans ? Ou alors certains membres de l'équipage cachent des choses ?
Mais là, dans ce chapitre, tu nous redonnes espoir ! Je n'ai pas bien compris la réaction d'Alban. Je comprends qu'il soit fâché, mais de là à ce qu'il hurle dans un lieu inconnu, sur des gens qu'il ne connaît pas et qui se trouvent au-dessus de lui... ça ne lui ressemble pas, je trouve. J'ai toujours eu l'impression qu'il savait très bien retenir ses émotions. En plus, crier comme ça pourrait compromettre non seulement ses recherches mais sa sécurité; surtout s'il prétend vouloir retrouver le Yann, qui n'a pas l'air très apprécié dans le coin !

En tout cas, tu sais bien nous garder en haleine, avec cette histoire de La Chimère qui semble avoir des ennuis et l'attitude mystérieuse de la Capitaine ainsi que le commentaire de Martial ! On a toujours envie d'en savoir plus. Bref, moi, je savoure vraiment cette lecture <3
Mary
Posté le 22/03/2020
Ooh merci ! Il faut savoir que les équipages tournent énormément entre les morts, les blessés, ceux qui tentent leur chance à terre. Ce n'est pas étonnant que personne ne se souviennent, puisque beaucoup n'étaient pas là.
L'idée c'est qu'Alban se libère de ses émotions, il ne les exprime pas. J'avais besoin de le faire s'énerver un peu. Autant sur le bateau, il voit que ça piétine mais il n'y peut rien, là il y a clairement de l
Mary
Posté le 22/03/2020
la retenue d'informations - puis la situation commence à le gaver aussi, le pauvre. Là tu vas commencer à arriver dans les chapitres....où c'est plus rock and roll :D
Keina
Posté le 06/10/2019
Ah ben, j'allais te laisser un commentaire comme quoi ça commençait à être frustrant que toutes les personnes que rencontrait Alban n'en sachent pas plus sur son oncle, mais enfin, tu laisses entrevoir une première vraie piste dans ce chapitre ! Il était temps !
Bon, du coup, j'ai hâte de voir ce que va donner ce rendez-vous. Par contre l'animosité entre Martial et Killian, et surtout l'attitude de Martial envers le Capitaine ne laisse rien présager de bon. Je sens venir un genre de mutinerie, ou une vengeance personnelle qui irait mettre le bazar... J'espère que ça ne va pas venir contrecarrer l'enquête d'Alban !
Mary
Posté le 06/10/2019
Oui, c'est vrai que ça met le temps, mais j'ai de bonnes raisons ;) Le rythme s'accélère après.
Le cas Martial est épineux, oui ! je te laisse découvrir ça alors !
Elia
Posté le 07/09/2019
Alors ce chapitre est vraiment passionnant, enfin Alban tient une piste ! Tu nous auras fait languir dis donc ! Après à voir ce que ça donne !
Alors j'ai juste eu du mal à saisir pourquoi Martial disait la phrase à la toute fin, mais en tous les cas j'ai hâte d'en savoir plus !
Mary
Posté le 08/09/2019
Mouhahha t'es pas au bout de tes peines !
Alors il faut savoir que j'essaie chaque chapitre de semer des indices sur tout et n'importe quoi. Mes intrigues progressent régulièrement mais par petites touches qui (normalement) s'intègrent toutes seules et si tout marche comme je veux, à la fin vous aurez presque rien vu venir - même si vous pourrez avoir quelques soupçons !
Aliceetlescrayons
Posté le 18/05/2019
Et hop! Trois chapitres d'un coup!
C'est vraiment un chouette voyage dans lequel tu nous embarques. L'ambiance exotique est vraiment bien rendue et les relations entre les membres de l'équipage se précisent. L'équipage n'est pas aussi soudé qu'il sembait au départ, c'est bien. Ça apporte un renouveau d'intérêt à l'histoire. J'aime beaucoup aussi le personnage du Capitaine. Elle en sait clairement plus long que ce qu'elle dit!
J'aurais juste un petit point à soulever par-rapport aux dialogues. Je trouve qu'il y a un contraste un peu trop marqué entre des passages descriptifs très fluides, voir envoutants et des blocs de paroles qui s'enchainent sans interruption. <br />Les phrases s'enchainent du tac au tac entre les personnages et je trouve un peu dommage que tu ne fasses pas de pauses en continuant à décrire les actes des personnages. Pour être plus claire, j'ai l'impression que, pendant tes dialogues, tes personnages restent debouts les uns en face des autres sans bouger. Ce qui est tellement dommage en regard de ce que tu peux par ailleurs faire passer dans tes passages de description.
Bon, je ne sais pas si j'ai été très claire. Si tu veux qu'on en discute sur ton JDB, je suis à ta disposition! 
Mary
Posté le 18/05/2019
Yaaay t'es à fond ! Merci !
J'ai l'avantage d'avoir pas mal de persos secondaires, finalement, ce qui permet d'apporter pas mal de nuances, oui. Par contre, quand tu dis " L'équipage n'est pas aussi soudé qu'il sembait au départ, c'est bien. Ça apporte un renouveau d'intérêt à l'histoire.", c'est amusant car je ne l'avais pas du tout réfléchi expressément pour ça. Ca tombe bien, du coup :D 
Pour les dialogues, oui, le JdB sera plus approprié, mais déjà, merci ! A bientôt !
Sorryf
Posté le 19/05/2019
Un de tes persos à le même prénom que moi ! Gloire ultime!! XD
ça bouge bien depuis quelques chaps ! J'aime beaucoup l'ambiance de Fort Royal, le marché, les infos sur les boucaniers, ces petits détails pleins de charme ! 
Le clash entre Killian et Martial : Je suis team Kiki 4ever mais la façon dont Martial s'est fait recaler par le capitaine, même pas droit d'en placer une, c'est pas correct è.é. Sa menace à la toute fin du chapitre est un sale présage.
Je suis étonnée que Alban lâche l'affaire si simplement, face aux gens qui se moquent de lui. Ces types sont les premiers qu'il rencontrent qui connaissent son oncle, il a de quoi insister jusqu'au bout ! moi perso j'étais surexcitée, ça a été dur pour moi de voir Alban partir, j'aurais voulu qu'il s'accroche plus que ça, qu'il se fasse mettre dehors plutôt que s'en aller en colère... Il a traversé la moitié du monde pour ces infos, pour rencontrer ces gens, il ne devrait pas partir parce qu'on se moque de lui ou qu'on le congédie. Je pense que tu devrais durcir un petit peu ce passage, que le lecteur ne puisse pas en vouloir à Alban s'il est parti sans aucune info.
Courage Alban ! Tu vas finir par le retrouver ! 
Mary
Posté le 19/05/2019
Coucou ! 
On est d'accord, c'est pas correct, mais pour une bonne raison (du point de vue d'Erin). Plus tard, plus tard ;p 
Ce que tu dis pour Alban me ramène des mois en arrière ! Quand j'avais eu les retours de l'agent, elle aussi m'avait dit qu'Alban ne semblait pas si concerné que ça par sa quête. J'avais réussi à corriger le tir jusqu'ici. Merci d'avoir réagi aussi vite, faut vraiment que je retombe pas dans mes anciens travers. Comme tu dis, c'est très important que le lecteur ne puisse pas en vouloir à Alban, sinon vous allez vous mettre à le détester/le trouver nul et c'est pas le but. 
Mais ouiiii il va le trouver, mais bon chercher deux gars à cette époque là avec aussi peu d'indice, il faut pas que ça lui tombe tout cru dans le bec non plus ! 
A très vite ! 
Gabhany
Posté le 20/05/2019
Salut Mary !
Eh bien, que de mystère ! On se demande en effet à quoi riment ces messes basses !
Je trouve que ces deux chapitres sont rythmés et fluides, même sil ne s'y passe pas grand chose. L'évolution des relations entre Alban et les autres membres de l'équipage est bien amenée.
Concernant le chapitre "fort-royal", j'ai vraiment apprécié les descriptions, on se trouve bien dans l'ambiance. A la fin j'ai pensé "oh c'est déjà fini" ^
Ce dernier chapitre remet l'accent sur les intrigues, pour l'une déjà débutée dans la partie à St Malo, celle autour du Corbeau. Pour ma part j'avais un peu oublié ce qui s'y passe, ce ne serait pas inutile d'intégrer un petit rappel, par exemple via Alban qui se remémore ce qui s'est passé ou qui les raconte à un membre de l'équipage.
JJ'ai hâte de savoir où tu nous emmènes pour la suite !
Gab  
 
Mary
Posté le 20/05/2019
Salut ! 
Merci pour ce commentaire bien agréable ! 
Ca va commencer à bouger, du côté des intrigues, oui. Patieeeence. 
Je vais vous emmener dans des contrées inattendues ! 
À bientôt ! 
Litchie
Posté le 22/05/2019
J'ai rattrapé mon retaaard ! *applaudissements*
Deux petites remarques :
 
Dans le chapitre 16, tu répètes deux fois l'expression "plus tard" (deux heures plus tard, deux jours plus tard).J'ai trouvé l'apparition de François Chateney et son dialogue un peu brouillon, en fait je n'avais pas compris qui parlait (Alban parlait à un autre gars puis François est arrivé c'est ça ? J'ai dû relire le passage en fait). Et je le trouve un peu trop expédié alors que ça me paraît être un moment important : enfin une piste, des menaces, puis une déception.  À part ça que du bon :)  
Mary
Posté le 22/05/2019
Clap ! Clap ! Clap ! 
Merci d'avoir pris le temps d'un retour <3 
Ouiii, alors Chatenay, voilà. Sorryf m'a déjà fait la remarque, t'inquiète, je suis en train de remanier tout ce passage-là, et les conséquences que ça va avoir dans le 18. Mais y'a teeellement de trucs à caser dans chaque chapitre (je me suis fait un tableau pour penser à tout mais même avec ça c'est difficile de tout faire rentrer habilement). 
Je vous mettrai un journal dans le Jdb dès que c'est remanier. Ce sera peut-être pas le Pérou mais je pense que ça aura déjà plus de sens :D
A bientôt ! 
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