Chapitre 17 : La comptine du Chasseur

Par Zephirs

Les paumes de Samuel s’enfoncèrent dans le sable noir alors qu’il s’extirpait de la trappe.

— Sam, qu’est-ce que tu fais ?

Plus aucune des monstrueuses ombres ne traînait dans les parages. En revanche, leurs traces déformaient la plage en des milliers d’empreintes.

L’homme au long manteau gris-noir s’élança à quatre pattes, puis sur ses pieds, en direction du fredonnement. Derrière lui, Ashley s’arracha des entrailles de la cachette. Son corps entier était douloureux, mais capable de la soutenir.

— Sam !

Il s’arrêta, tourné vers la mer, zyeutant les flots et les rochets éclaboussés par les incessants assauts des vagues.

Ashley arriva à sa hauteur, et posa sa main sur son épaule. Samuel la repoussa avec une brusquerie qui lui fit perdre l’équilibre. Sans même s’en inquiéter, il reprit sa course, ses pupilles fixés vers l’eau sombre à la recherche de l’origine du mélodieux son.

Ses pas le menèrent à longer le rivage sans jamais se retourner, et cela pendant une minute entière. Puis finalement, un point l’attira. Un point en haut d’un détachement de rochers, à plusieurs mètres de la côte, qui accueillait une forme que la distance empêchait de contempler avec précision.

Deux silhouettes glissèrent sous les flots en direction du mystérieux îlot rocailleux. Accompagnées par de lents fredonnements, aussi apaisants qu’envoûtants, elles surgirent des profondeurs de la mer pour rejoindre la créature sur les rochers.

Samuel s’affranchit de sa fatigue et s’élança à leur poursuite. Ses bottes agitaient l’eau dans des clapotis confus qu’un rire cruellement enjôleur amplifia un bref instant. Peu après, un murmure d’une douceur sans pareil se glissa dans ses tympans :

 

Les monstres déferlent dans la nuit,

L’espoir hurle son agonie.

Seul dans sa peine, un être au cœur vaillant,

Protège les mondes de la fin des temps.

 

D’un éclat,

Son épée tranche, tue.

Ses yeux resplendissent,

Face aux âmes corrompues.

Le Chasseur déterminé,

Abat les monstruosités.

Son saphir est la dernière chose

Qu’elles peuvent contempler.

 

L’eau arrivait à ses genoux, elle n’était plus très loin. Du haut de son perchoir, ses yeux rubis occultaient le reste du Pays Imaginaire. Le Chasseur ne pouvait quitter sa chevelure rousse flottante sous un vent inexistant, possédé par un désir charnel irrépressible. Des mèches tombaient sur sa poitrine, en cachant une partie. Sur plusieurs endroits, des cicatrices marquaient sa peau.

— Sam !

Le souffle court, Ashley tira sa manche en arrière. Elle ne savait pas par quel miracle elle avait réussi à le rejoindre sans s’écrouler de fatigue ou de douleur.

Samuel se libéra, dénué de tout ménagement.

— Laisse-moi, je dois la rejoindre.

Ashley jeta un coup d’œil horrifié aux trois monstruosités. Grises, pourvues d’une queue recouverte d’ écailles à la place des jambes et des dents pointues, leur apparence renforça sa conviction d’agripper le bras de Samuel pour le tirer de toutes ses forces loin de ces choses.

— La ?! Mais ces trucs sont trois… Et ce sont des monstres !

Sam la repoussa violemment, Ashley fut immergée par les vagues. L’eau salée piquait ses yeux alors que sa froideur coupait son souffle.

— Non. C’est ma faute, confessa-t-il sans pour autant retrouver l’étincelle de conscience dans ses pupilles. Elle n’est pas un monstre, elle ne voulait pas… C’est moi.

Les enjambées de l’homme au long manteau gris-noir l’enfoncèrent un peu plus vers les sirènes, rayonnantes de malveillance. La créature centrale enchaîna, après un sourire carnassier en direction des deux compagnons, la suite de sa mélodie :

 

La peur rôde dans les villes.

L’odeur du sang les rend fébriles.

Seul dans sa peine, un être au cœur brisé,

Combat les monstres de sa bien-aimée.

 

Condamné

Au pire des tourments.

La mort sur ses pas,

Le mensonge comme amante.

Le Chasseur obstiné

Ne peut épargner.

Sa cause justifie,

Ce que sa lame doit massacrer.

 

Le Chasseur posa un pied sur les rochers, déterminé à les gravir. Avec l’énergie du désespoir, alourdie par ses habits mouillés, endolorie par le réveil de sa blessure au ventre et tordue par celle le long de sa colonne vertébrale, Ashley se jeta sur lui. La dague dans son poing ne tenait que par la force de sa volonté.

— Sam, elles t’envoûtent. Réveille-toi !

Pendant une fraction de seconde, Ashley aperçut la femme aux longs cheveux roux devant les deux immondices. Puis ses horribles traits revinrent, comme lorsque Rebecca lui était apparue pour la première fois dans ce bar, à présent si lointain.

Ils tombèrent dans les flots noirs pour en resurgir aussitôt. Samuel n’eut pas besoin de la repousser. La jeune femme, à moitié immergée, crachait la moitié de ce qu’il venait d’entrer dans sa bouche contre son gré.

Samuel agrippa la roche quand un grognement de douleur s’échappa de sa gorge.

Du sang coulait du dos de sa main. Une lame, qu’il reconnaîtrait entre mille, y était plantée et ressortait par l’autre extrémité.

Samuel se retourna. Ashley lui faisait face, suffocante, les bras plaqués contre son ventre. Du revers de son autre main, il la gifla. Le coup la renvoya dans l’eau.

Après une seconde d’immobilité, comme si le Chasseur réalisait ce qu’il venait de faire, son regard regagna sa lucide. Il arracha la dague de sa main, puis la jeta sur la plage. La lame se planta dans le sable et y resta, debout, brillante sous la lumière des étoiles.

— Retourne sur la plage, Ash.

Le sang s’échappant entre ses doigts ne semblait pas l’inquiéter.

Ashley, malgré le poids incommensurable de ses membres, se releva, prête à en découdre alors que sa capacité à respirer normalement égalait celle d’un chihuahua ayant avalé de travers. Cependant, l’étincelle d’intelligence qui se reflétait de nouveau dans ses pupilles l’arrêta.

Comme pour dissiper ses doutes, son compagnon hocha subtilement la tête avant de pivoter et d’agripper un bout de la paroi rocheuse.

— Je te l’ai dit, je dois la rejoindre.

Les sirènes décrispèrent leurs visages. Pendant un instant, l’effroi avait traversé leurs corps. Pendant un instant, elles crurent leur charme dissipé. Néanmoins, les monstruosités n’avaient pas cessé leur chant, et heureusement. Face à un tel drame, prendre ses nageoires à son cou n’aurait pas été suffisant.

Après une pause de quelques secondes, la femme-poisson reprit sa comptine, joint aux fredonnements qui jamais ne cessèrent alors que leur proie escaladait avec empressement vers sa mort :

 

Les ombres guettent l’innocence.

L’horreur réfrène son impatience.

Seul dans sa peine, un être sans cœur,

Est l’instrument de son propre malheur.

 

Aveuglé

Par son unique désir.

Ses erreurs le conduisent,

À tout détruire.

Le Chasseur sans pitié,

Prêt aux pires atrocités,

Est devenu pire

Que ce qu’il affront...

 

Avant que les sirènes n’aient pu esquisser le moindre mouvement, son épée se tenait déjà entre les doigts de Sam. Sa lame s’enfonça dans le torse de la chanteuse. Toute trace de sa beauté factice s’envola.

Sa carcasse s’écroula vers le vide, puis percuta l’eau dans un « Splash » sonore.

— Plus de chanson pour accompagner votre dernière danse ? Allez, vous en avez bien une autre.

Prison enchaîna par un mouvement circulaire. La tête horrifiée du monstre aquatique de droite se détacha de son corps. La dernière sirène, plus en retrait, perdit son teint gris pour une blancheur sans équivoque.

— Att… attend, bredouilla-t-elle parcouru de tremblements, il vous veut vivant. On… on voulait pas… il nous à obli…

La créature mi-femme, mi-poisson, face au regard froid du Chasseur, tenta sa chance en plongeant vers les flots. La lame impitoyable de Prison la cloua au rocher dans une éclaboussure de sang.

Trois nuages gris sortirent des restes des monstres. Ils tournoyèrent, prêts à s’envoler, mais le saphir à la poignée de son épée les en empêcha en les attirant tel un aimant avant de les aspirer dans un éclat bleuté.

— Comment tu savais quoi faire pour me désenvoûter ?

Sur le bord du rivage, assise pliée en deux, Ashley jouait nerveusement avec sa dague en le fixant.

— Dans la forêt, lorsque le Slenderman s’apprêtait à te tuer, je voulais à tout prix réagir. À tel point, que je me suis mordue les lèvres jusqu’au sang. La douleur m’a permisse de retrouver le contrôle de mon corps, j’ai supposé qu’il en serait de même pour toi.

Samuel ouvrit sa paume ensanglantée, et la referma à plusieurs reprises, une grimace de douleur pendue à ses lèvres.

— Il n’était pas forcément nécessaire de me transpercer la main.

Des poches intérieures de son manteau, il sortit un bandage qu’il enroula autour de sa blessure.

— Ce n’est pas exactement ce que j’avais voulu faire, mais…

— Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave. Je serai guéri d’ici quelques heures.

En deux ou trois mouvements, le Chasseur sauta de pierre en pierre puis atterrit dans l’eau. Tout aussi rapidement, il quitta les flots, Prison redevenu gemme dans son poing.

Ashley s’attela à la difficile tâche de se relever, ce qu’elle réussit au moment où son ami touchait le sable de ses bottes.

— Sam... hésita-t-elle.

Les paroles de la chanson des sirènes l’avaient perturbé autant qu’elles confirmaient ce qu’elle supposait.

— Pas le temps de prendre le thé, répliqua-t-il d’un ton sec. Il faut qu’on parte. Vite.

La mer noire remua au loin. Des cercles apparaissaient sur sa surface, lentement rejoints par des bulles. Sans réfléchir plus d’une demi-seconde, Samuel saisit son bras et l’entraîna vers la forêt.

— On va passer une sale journée.

Ashley trébucha à l’orée des arbres. Son compagnon la releva avec une brusquerie qui n’arrangeait pas ses blessures.

— Argh ! Sam tu me fais m...

— Pas le temps pour ça. Appuie-toi sur moi, je n’ai sérieusement pas envie de découvrir ce qui peut sortir des profondeurs du Pays Imaginaire.

Sans plus tarder, son bras passa autour de son cou. Des bruits étranges se répercutaient de diverses directions.

Arrivé au-dessous des feuillages, la lumière des étoiles trouvait toujours le moyen de s’infiltrer, même si ce n’était que partiellement. Sans la moindre hésitation, Samuel s’engageait entre les troncs, comme s’il savait exactement où ils étaient.

— Sapristi, si des ombres nous survolent, j’ai peur qu’elles nous voient au travers des branches.

— Au moins, il fait encore nuit. Quand le jour se lèvera, là, on pourra paniquer.

— Depuis la... défaite de Peter Pan, il fait toujours nuit au Pays imaginaire. Pas de risque pour ça.

Le duo arriva au pied d’une montée à pic qui s’annonçait tout sauf être une partie de plaisir. Surtout avec l’état d’Ashley.

Des glissades menaçaient régulièrement de les emporter vers une roulade mortelle. Cependant, ils ne pouvaient rebrousser chemin. Des pas lourds s’approchaient, ce qui raya de la liste des « points qui font qu’on a une chance de réussir sur un malentendu » du Chasseur, l’espoir de tomber sur une patrouille qu’au plus proche de l’Arbre du pendu, quartier général de Peter Pan.

Samuel entraîna Ashley au sol et se recouvrit de feuilles, de boue et de branches, rapidement imité par cette dernière.

— Retient ta respiration et ne fait plus un g...

Ashley glissa de quelques centimètres sur la pente, les yeux ronds, avant de s’immobiliser. Son dérapage provoqua un éboulement de petits cailloux, lesquels roulèrent jusqu’en bas avec la discrétion d’une moissonneuse batteuse.

Entre les troncs, en contrebas, apparurent trois formes gigantesques que l’obscurité empêchait de discerner :

— Sirènes… en morceaux, cracha une voix rauque et puissante. Chasseur pas être loin avec fille que veut boss.

Des horribles sons de grattement traversèrent les tympans des deux compagnons, et s’éloignèrent aussi vite qu’il était venu. Aucun ne bougea ou n’expira.

— Cadavre encore chaud, donc ça vrai. Enfin, ce que dit gros calamar avant manger.

— Lui aurait pu nous laisser un peu, ragea une troisième voix plus aiguë mais toute aussi puissante.

— Tu sais bien que nous pas pouvoir, se lamenta la deuxième. Nous « ombre », nous pas manger, juste servir.

La première voix gronda les deux autres avec une telle intensité que le sol trembla :

— Fermez-là ! Devoir trouver d’où venait bruit, pas causer. Capturer fille et Chasseur au plus vi…

— Pourquoi capturer Chasseur, protesta la voix la plus masculine des deux autres. Tuer plus facile. Première demande est tuer, pourquoi changer ?

Une torgnole monumentale résonna entre les arbres.

— Toi discuter encore une fois ordres Boss, moi t’écraser. Cherchez ! Cherchez !

Les formes se séparèrent sans avoir l’idée de s’aventurer sur la pente, trop raide pour qu’inspecter ses hauteurs soit une tâche aisée.

Après plusieurs minutes de tension à contrôler sa respiration, Samuel remua, puis s’extirpa des feuilles et branchages, le visage partiellement couvert de boue. Ashley, dont le cœur battait à cent à l’heure, se dégagea aussitôt de son emplacement.

Avant qu’elle n’ait dit le moindre mot, le Chasseur porta un doigt à ses lèvres. La jeune femme remua la tête pour signifier qu’elle avait compris le message.

Lentement, mais surtout précautionneusement, ils gravir la montée et sa raideur sans lésiner sur l’utilisation des mains. Samuel s’aperçut rapidement que quelqu’un peinait toujours autant à avancer.

Peut-être était-ce dû à ses cheveux remplis de feuilles qui tombaient devant ses yeux, ou bien à la fatigue qui l’envahissait de plus en plus, ou encore à ses blessures vives à la douleur accentuée par l’effort. Dans tous les cas, il repassa le bras de son amie autour de son cou et la soutint afin de l’aider à continuer leur périple.

Au ras de la cime des arbres passèrent deux ombres à plumes. Les deux compagnons se figèrent, incapable de déterminer s’ils étaient repérés ou non. Au loin, un cri bestial retentit, cependant trop distant pour leur être destiné.

Le silence retomba. Sam reprit son avancée.

Le poids d’Ashley pesait sur ses épaules et le terrain ne lui facilitait pas la tâche. Progressivement, la prise autour de son cou se ramollit jusqu’à ce qu’elle ne s’écroule, simplement retenue par la force de son compagnon.

Une branche avec laquelle le Chasseur s’aida pour grimper se rompu, manquant de les emporter vers une mort certaine.

— Sapristi !

Il se mordit les lèvres, le mot lui avait échappé. Une ombre, plus haute que les précédentes transparut entre les branchages, puis fila aussi vite qu’apparut, suivit par un escadron d’engeances semblables. Par chance, elles ne semblaient pas les avoir repérées.

Le Chasseur sortit de son manteau une fiole avant de la déboucher avec ses dents. Son goulot passa sous le nez d’Ashley. Rien que l’odeur de l’horrible mixture, ingurgitée de force par sa personne à de trop nombreuses reprises à son goût, la remit d’aplomb.

— No… non, murmura-t-elle.

— Ne fais pas l’enfant.

Elle la but d’un trait sans résister davantage, et ses jambes récupérèrent des forces. Suffisamment pour la maintenir debout. Son visage retrouva également un peu de couleur.

D’un geste de la tête, Sam indiqua qu’ils devaient continuer. Les ombres à plumes hantaient ses pensées alors que le temps s’écoulait sans en montrer le moindre signe dans la nuit éternelle.

Le terrain s’aplanit tout en conservant une légère inclinaison. L’épaisseur de la forêt s’accroissait et obscurcissait la lueur des étoiles, limitée au compte goutte au travers des feuillages. Chaque arbre devenait une menace, une cachette pour toute horreur désirant bondir sur eux. Néanmoins, Samuel n’hésitait pas à s’engager dans leur direction.

Plus le Chasseur s’enfonçait dans les bois, plus son pas devenait sûr malgré son incapacité à voir plus loin que quelques mètres.

Son attention fut brusquement captée par la main d’Ashley qui sortait de sa poche un objet rectangulaire. L’écran de son portable s’alluma, Samuel le saisit immédiatement pour le cacher. De son index, il pointa le ciel puis montra son œil. Ashley acquiesça, l’air désolé. Elle ne pensait pas qu’avec cette densité de feuilles, le ciel représentait encore un danger.

La marche interminable ponctionnait le peu d’énergie qu’elle avait récupéré grâce à sa potion. Au fur et à mesure de leur avancée, d’étranges bruits pointaient de tous côté. Des craquements de branches, des grognements. Ashley se sentait épiée par des forces obscures. Elle se retournait régulièrement afin de vérifier que rien ne les suivait et observait avec insistance certains arbres qu’elle jurerait qu’ils n’en étaient pas.

Cette précaution ne se révélait pas des plus utiles dénuée de toute lumière pour dissiper ses doutes.

Samuel, les traits tendus, restait à l’affût du moindre signe étrange. Le problème étant qu’il en comptait déjà trop. Notamment ces discrets grattements dont il ne parvenait pas à identifier l’origine.

Le bruit cessa. L’intuition du Chasseur s’affola. Du coin de l’œil, il aperçut des traînées de terre rebondie derrière une butte :

— Sapristi...

Deux ombres de créatures humanoïdes à la peau écailleuse jaillirent du sol. L’une, avec ses avant-bras équipés d’ailerons, agrippa Ashley avant de l’immobiliser. Samuel virevolta dans un demi-tour, son épée illuminée par une lueur bleutée. Le buste de la deuxième créature se sépara en deux, puis se disloqua comme son autre partie.

De toute part accoururent des monstres, ameutés par les cris stridents d’oiseaux, matérialisés depuis les ombres, coiffés de crânes desquelles sortaient leurs longs becs crochus. La terre tremblait sous la cohue. Prison se tourna en direction des engeances les plus proches, prête à frapper. Leur nombre dépassait ce qu’il pouvait affronter, surtout dans cet état, et il le savait parfaitement.

— Sam, cours ! Ils nous veulent vivants, ils ne me feront aucun m…

L’humanoïde écailleux plaqua sa main sur sa bouche pour la faire taire, et l’attira dans le trou qui lui avait permis de les prendre autant au dépourvu.

Samuel ne bougea pas, il ne pouvait rien y faire. Les vingtaines d’essences monstrueuses autour de lui se rapprochaient, et leurs sourires déformés sur leurs visages ne présentaient rien de rassurant. De l’obscurité sortirent des ombres de créatures plus identifiables : des centaures, des minotaures, mais aussi des gnomes et des fées.

L’homme au long manteau gris-noir glissa sa main dans une de ses poches intérieures, et s’empara d’une fiole au liquide gris transparent. La dernière. Il la déboucha avec son pouce, et n’eut pas le temps de la porter à ses lèvres. Le double obscur d’une souris s’était jeté sur son épée pour parcourir sa lame avant de la faire sauter de ses doigts.

— Saloperie de rongeur ! pesta-t-il alors que son contenu se répandait sur le sol.

Au-dessus de sa tête, l’ombre d’un adolescent au sourire malicieux piqua des hauteurs avant de se stopper dans les airs, suffisamment loin pour empêcher le Chasseur d’engager le combat.

— Chasseur, ne rend pas les choses plus difficiles qu’elles ne sont déjà.

Prison se dirigea dans sa direction, propulsant la souris dans une foule de monstres aux abois.

Le garçon fit la moue.

— Comme tu voudras.

Ses lèvres se portèrent à sa flûte de Pan. Aussitôt, la masse frémit. Des hommes bêtes se détachèrent de derrière Samuel, de devant, de sur ses côtés, et foncèrent droit dans sa direction.

Les mains tremblantes, il les accueillit du tranchant de sa lame. Le premier se désintégra après que ses bras soient tombés et que Prison ait transpercé son torse. Le second, coupé en deux parties au niveau de la taille, mit plus de temps pour disparaître. Le troisième, après le passage d’une pirouette bleutée, perdit la tête et explosa en poussière. Le suivant s’empala sur son épée qui remonta jusqu’à son thorax, après quoi il s’éparpilla.

Plus Samuel en tuait, plus il en arrivait. Chacun de ses mouvements le brûlait un peu plus intérieurement.

Sapristi Rebecca, ramène toi !

L’homme au long manteau gris-noir posa un genou à terre. Il haletait à ne plus pouvoir respirer. Son épée se planta en soutien dans le sol sous les rires des monstruosités, friandes de ce triste spectacle.

— Rappelle-toi Chasseur, c’est toi qui l’a voulu.

Des sabots tambourinaient dans sa tête, ses membres refusaient de bouger. Au dernier instant, il se retourna pour apercevoir le minotaure qui le chargeait.

L’impact l’envoya dans les airs. Malgré sa tentative de résister, le noir gagna son esprit.

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