Chapitre 17 : Cuisine du monde fusion

Lorsqu'Amadeus reprit conscience, une brusque bouffée moite lui monta au nez. Le cri des mouettes couvrait le Bosphore d'une mélodie qu'il n'entendait d'ordinaire que l'été, quand il allait à la mer. 

Sa vision se stabilisa et l'adolescent sentit son coeur rater un battement. 

Ils étaient sur les quais d'Istanbul, au départ des ferries. Les bruits de voitures qui congestionnaient les axes montaient de derrière lui. En face se déroulait l'Asie. Il ne sut dire pourquoi, mais le paysage, l'odeur des grillades des restaurants du port, l'iode qu'exhalait la mer et les minarets de mosquées dans le lointain firent naître une nostalgie inconnue dans son coeur. Il n'était pourtant jamais venu là. Alors pourquoi cette douceur qui le saisissait ? L'eau semblait trouble à ses pieds. Certains bâtiments s'abîmaient pour disparaître en silence, simples ruines dans le cas des vieilles maisons de bois centenaires. 

À côté de lui, Valentine fixait le paysage avec la même intensité. Ils demeurèrent face au détroit, tous les deux un bref instant. 

— J'ai toujours rêvé de venir ici, murmura l'adolescente. Un jour je retournerai en Turquie pour me battre sur le ring. 

— C'est bizarre, ajouta Amadeus. On a comme l'impression que le temps n'est pas le même.

— On y va, appela Na. On est pas venus pour le paysage. 

La Sorcière se dressait près de ce qu'Amadeus supposa être Titania. La fée s'était en effet drapée d'un long voile noir, comme ceux que l'adolescent avait vus dans ses livres de géographie sur le Moyen-Orient. Ne transparaissaient plus que ses yeux, toujours aussi changeants, mais personne n'oserait assez les fixer pour le remarquer. 

— Une seconde, fit Valentine. Je vois juste un truc avec Camille. 

La lycéenne attrapa son amie qui observait les allées et venues des tramways en dessous de la plateforme sur laquelle ils se trouvaient. 

— Maintenant, murmura Valentine en tirant sur le bras d'Amadeus, c'est quoi ton plan, Cam ? 

L'air d'Istanbul semblait avoir pleinement réveillé Valentine du songe dans lequel sa rencontre avec Adèle l'avait plongée. 

— Mon plan pour quoi ? chuchota Camille. De quoi tu parles ? 

— Je pense qu'elle parle du marché avec la fée, intervint Amadeus. C'est quoi ton idée pour éviter ça ? Est-ce qu'on doit préparer quelque chose à ce sujet ? 

— J'y réfléchis. Dans le pire des cas, je vivrai avec une Fée. Peut-être qu'elle m'apprendra de la magie ?

Puis, Camille repartit vers Na et Titania, un peu plus loin sur le trottoir. Valentine voulut la rattraper pour lui demander des explications sur le pourquoi du comment d'avoir pris un tel risque, mais Amadeus lui saisit par le bras avant qu'elle n'attire trop la suspicion de la fée. 

— Tout va bien ? susurra d'ailleurs Titania lorsqu'ils revinrent. Que préparaient donc nos petits comploteurs ? 

— Vraiment ri...

Na interrompit aussitôt Amadeus d'un geste de la main. 

— On a pas le temps pour ce genre de discussions, fit la Sorcière. Maintenant, il faut que l'on trouve ce Léopold. Inare risque d'être absorbé par les Vampires et Estelle pourrait bien tuer Suihei si elle tombe face à lui. 

L'adolescent se renfrogna. L'irritation le gagnait fortement depuis leur départ de sa maison et il en voulait encore plus à Na de ne pas l'avoir remarqué. Après tout, elle ne s'était même pas inquiétée de son silence pendant le trajet vers la forêt.

— Je sais pas, ironisa-t-il, tu as peut-être une idée ? On est pas des Sorciers, mais on se démène à chaque fois pour toi. Il serait peut-être temps que tu nous montres que tu sais faire quelque chose. 

Titania pouffa sous son voile. De son côté, la Sorcière vacilla sous le coup porté et lâcha un grognement de mauvais augure. 

— Demandons aux passants, suggéra Camille. Et allons voir les habitués des cafés. C'est un nom rare à Istanbul, Léopold. Quelqu'un saura sûrement quelque chose. Surtout qu'Estelle semblait certaine qu'il se trouve dans ce quartier. 

La Sorcière et le lycéen se foudroyèrent du regard puis baissèrent la tête. La vie de Inare était en jeu, ils auraient tout le temps d'approfondir leur rancune plus tard. Valentine montra l'exemple, saisit le bras de Camille, et s'approcha d'un Turc bedonnant occupé à prendre un café. Au passage, elle murmura des propos furieux sur le marché avec Titania à son ami. Amadeus l'entendait. Lui-même se demandait si Camille n'était pas devenue folle. Pourquoi les problèmes ne semblaient jamais diminuer ? Assis sur une chaise en plastique, le Turc fumait de la main gauche et parcourait d'un coup d'oeil le résultat du dernier match de Galata dans son journal. 

Amadeus observa les jeunes filles avancer vers l'homme et essayer d'expliquer ce qu'elles cherchaient. Il secoua la tête en signe de dénégation, mais appela le cafetier, un petit individu replet et chauve. Il sembla lui conter l'histoire de Valentine et Camille, mais le patron ne connaissait pas de Léopold non plus. 

Na s'étaient élancée de son côté. Bientôt, des groupes de locaux se formèrent autour des jeunes filles. Amadeus expira et se décida à y aller aussi. Il interpella un enfant qui portait un sac de course dans une ruelle. 

L'explication fut longue et douloureuse, comme aucun des deux ne parlait anglais. Cependant, à la fin, le gamin se frotta les cheveux et désigna les rues parallèles. Le mot de Léopold ressortait et Amadeus comprit que cela avait à voir avec un café, sans parvenir à déchiffrer quoique ce soit de plus. Le gosse finit par repartir et Amadeus retourna au point d'arrivée. 

Titania n'avait pas bougé, mais à en juger de la lueur qui pétillait dans ses yeux, la Fée s'amusait follement. 

Les trois filles le rejoignirent plus ou moins au même moment.

— Léopold vit bien dans le quartier, résuma Camille. Mais il a pas d'habitudes précises, il traîne dans un peu tous les cafés. Impossible également de savoir son adresse. 

— Du côté des téléphones ? demanda Amadeus. On a pas essayé de regarder. 

— On est en Turquie, rappela Valentine en se massant les tempes. J'ai essayé de mon côté, mais une recherche et je n'ai déjà plus de crédit. 

— Puisque c'est ainsi, trancha Na d'une voix grave, je prends la relève. Comme certains ici pensent que je ne suis pas capable de faire quelque chose. 

Amadeus s'empourpra de honte et de colère à la fois. Comment osait-elle ? Au moment où il voulut répliquer, Camille lui décocha un léger coup de pied dans le tibia. Si la Sorcière avait une solution, autant l'écouter. 

— Amaterasu, murmura Na. Je suis navrée. Et si j'acceptais de t'offrir ce que tu veux le plus au monde ? 

L’esprit se dénoua de son poignet pour se lover au creux de sa main. Cette fois, plus d'yeux ou de chapeau melon. Rien ne transparaissait d'humain dans le petit Esprit. Amadeus fronça les sourcils : il n'avait toujours pas pris le temps de confronter Na sur l'étrange pouvoir qui l'avait habité la veille dans la clairière. Et si cela avait un lien avec ce qu'elle s'apprêtait à faire ? 

— Cccc'est ccccertain que tu accccceptes ? Tu ssssais que cccce n'est pas réversssssible ? 

— Certaine, répondit la Sorcière. C'est la seule manière pour moi de repérer la trace de ce Léopold dans les temps. Sinon, je ne peux pas passer la clause d'altruisme. J'ai besoin de trouver l'endroit où est passée Estelle, elle y a forcément laissé une empreinte de chaleur spécifique. Seul, tu ne peux faire quelque chose d'aussi humain. 

— Mais ssssssi on fusionne, siffla l'Esprit d'un ton presque triste, tu ne ssssseras plus jamais la même. Moi, je veux être une humaine, mais toi, esssst-cccce que ma présencccce en toi ne te dérange pas ? Tu perdras encore de ton humanité. On mourra tous les deux un peu. 

— Est-ce que tu m'as fait quelque chose comme ça ? fulmina Amadeus en s'interposant. C'est quoi que tu as trafiqué avec mon corps ? Pourquoi ça prend le contrôle ? Pourquoi je t'ai vue quand on a combattu Carmen ? 

Na se mordilla la lèvre et n'osa pas lever les yeux de Amaterasu. 

— On en parlera plus tard, glissa-t-elle à voix basse. Ce n'est pas le moment. Et tu étais d'accord. 

— D'accord pour quoi ? s'emporta le lycéen. Je ne suis pas d'accord ! Qu'est-ce que tu m'as fait, Na ? C'est quoi ce foutoir avec mon esprit ?! 

— Calme-toi, tenta Valentine, ça ne sert à rien de se déchirer maintenant. 

— Et quand alors ? cracha Amadeus. Nous on te fait confiance, et tu nous caches des trucs ? RÉPONDS ! Qu'est-ce que TU M'AS FAIT ? 

Titania s'esclaffa cette fois franchement et dut se couvrir la bouche avec son voile. Amadeus lui jeta un coup d'oeil courroucé, mais elle n'était pas son problème du moment. Non, sa cible se trouvait devant et elle tremblait. Eh bien, tant mieux, songea-t-il, qu'elle prenne conscience de son irresponsabilité ! Qu'elle s'en veuille ! Quand il l'avait vue avec Amaterasu, une indicible évidence avait frappé son esprit. 

— C'était lors du premier combat contre Carmen, avoua Na. Tu as oublié ensuite à cause du choc. Nous avons passé un pacte, celui du Féal. 

— Cccccesssse-donc de l'agresssser ainsssssi, maudit humain ! Tu ne vois pas qu'elle ssss'en veut ? 

Amadeus ignora Amaterasu et réattaqua : 

— Et c'est quoi ce pacte ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ensuite ? Pourquoi tu me l'as caché ? Comment je peux te faire confiance ? 

— C'est un peu particulier, chuchota la Sorcière. Je pense que je me disais que si tu ne le savais pas, tu n'aurais pas de problème à vivre avec.

— Mais tu n'es personne pour prendre cette décision sur moi !

Na se mordit la lèvre de plus belle et caressa Amaterasu de la pulpe de son pouce. 

— C'est un pacte de Féal, dit-elle. Un moyen développé par les Sorciers pour se protéger, comme ils ne peuvent le faire d'eux-mêmes. On déverse une partie de nous dans un humain et une fusion s'opère. Comme ça, lorsque le Sorcier est en danger, le Féal peut intervenir pour le protéger grâce à la part de son Suzerain en lui. L'ennui...

Elle buta une seconde dessus. 

— L'ennui, c'est que comme il y a fusion, un lien se fait et l'humain n'est plus jamais le même. Il est un mélange entre son ancienne identité et celle de son Suzerain. 

Abasourdi, Amadeus demeura bouche bée. Et à en juger des visages de Camille et Valentine, il n'était pas le seul. Titania, en revanche, gloussa de plus belle, enthousiasmée par le drame sous ses yeux. 

Dans l'esprit d'Amadeus, tout prenait sens. Les étrangetés du Nouvel An s'illuminaient d'un éclairage neuf, de même que les petits incidents, ses éclairs de lucidité, qui avaient émaillé les semaines ayant suivi le combat contre Carmen. Il avait donc changé, et le plus difficile à admettre fut qu'il ne l'avait même pas remarqué. Le peu de recul qu'il avait sur sa propre identité le frappa de plein fouet. Mutique, il se détourna et alla s'adosser à la balustrade donnant sur la mer histoire de reprendre son souffle. 

Valentine le rejoignit et ne dit rien. À la place, elle posa simplement la main sur son épaule. À quelques mètres, Na échangeait avec Amaterasu sous la vigilance de Camille. Sans doute allait-elle procéder à cette fameuse fusion... Pour ce que cela lui importait. 

— Je comprends ta colère, fit Valentine. Mais Inare est en danger. Na n'est pas dans son état normal. Ni Camille. Tout le monde perd les pédales. Je dois pouvoir encore compter sur toi.

— Elle m'a menti, souffla Amadeus. Elle m'a menti et ne m'a pas jugé capable d'entendre la vérité. 

— Je suis aussi furieuse que toi. Mais il va falloir mettre ça de côté un temps. Moi aussi je m'en veux de n'avoir rien remarqué. 

L'adolescent soupira. Sa colère redescendait plus vite qu'il ne l'aurait cru. Une amertume de larme se glissa dans sa gorge alors qu'il contemplait le Bosphore sous le soleil d'hiver. Les bateaux passaient. Et lui boudait, et c'était le mot, au pire moment.

— On y retourne, grogna-t-il en se redressant de la barrière. Tu as raison, on discutera de tout ça au calme. Mais je ne suis pas près de lui pardonner.

Lorsqu'il tourna la tête, ce fut pour apercevoir Na approcher ses lèvres de Amaterasu. Fascinée, Titania s'était penchée pour observer le spectacle et le reflet des flammes scintillait sur le tissu de son manteau noir. Autour d'eux, il n'y avait plus de passants depuis un moment en dehors des habitués du café un peu plus loin. Camille cachait la scène autant qu'elle le pouvait avec son corps. 

Puis, à quelques millimètres de l'Esprit, Na inspira. Et Amaterasu s'évapora. 

Amadeus et Valentine échangèrent un regard inquiet et revinrent vers le groupe. Na s'était enfouie le visage entre les mains un instant et secouait la tête. Elle paraissait suffoquer. 

— Elle s'étouffe, s'exclama Camille. Aidez-moi !

Aussitôt, Amadeus s'approcha de la Sorcière pour lui tapoter le dos. Mais après un ou deux petits à-coups, tout cessa, le sifflement de sa respiration comme ses hoquets désespérés. 

— Tout va bien, coassa-t-elle d'une voix rauque. Je... Je n'ai rien. Je suis moi. Ou lui. Je suis qui ?

Lorsqu'elle releva la tête, ses yeux bleus s'étaient parés de reflets de flamme. Quelque chose avait changé dans son attitude, comme une lueur curieuse qui éclairait chaque coin de son visage. En même temps, les ombres qui l'accompagnaient d'ordinaire demeuraient là, nichées dans chacun de ses gestes. Na était encore un peu plus partie. Amadeus le percevait désormais : elle n'avait cessé de s'éloigner du monde depuis son arrivée. 

— C'est par ici, siffla-t-elle en évitant le regard accusateur d'Amadeus. Suivez-moi, on se dépêche. 

Ils se mirent à trotter sous l'air médusé du Turc bedonnant, toujours attablé devant son journal de sport. Même Titania courait, malgré ses voiles qui la gênaient.

— Vous n'auriez pas pu faire quelque chose ? la piqua d'ailleurs Camille au passage. Vous êtes une Fée, non ? 

— Je vous transporte, dit Titania avec les yeux souriants. Je n'ai pas signé pour davantage dans notre petit contrat. Il fallait penser à cela plus tôt. 

Ils montèrent une ruelle grisâtre. Épuisés par la nuit précédente, les adolescents avaient du mal à suivre et Na les distançait pour les attendre un peu plus loin. Arrivés sur une placette pavée, la Sorcière demeura un instant en suspens et papillonna des yeux avant de décider. 

— C'est là-bas, indiqua-t-elle. Juste ici. 

Le café ne présentait rien de particulier, avec ses chaises en plastique et son auvent tacheté de noir. Une poignée d'homme semblable au Turc du port y sirotaient leurs boissons en échangeant parfois quelques mots incompréhensibles pour les petits Français. 

Na ne perdit pas une seconde. 

Elle s'avança vers la table d'un quinquagénaire ventru, pâle et aux cheveux rares et blancs. Il évoqua à Amadeus une boule de pâte à pain pas cuite.

— Léopold ? fit-elle. Pouvons-nous nous asseoir avec vous ? 

Elle avait parlé en français. L'individu cligna des yeux un moment et frotta les pattes de ses cheveux qui descendaient jusqu'à l'angle de sa mâchoire. 

— Allez-y, sourit le dénommé Léopold. Installez-vous. Voyons voir, du beau monde, Sorcière et Fée. 

Chacun prit place sur une chaise en plastique. Mal à l'aise par rapport à Na depuis leur dernier accrochage, Amadeus s'arrangea pour se trouver de l'autre côté de la table, vers Titania. La Fée lui décocha un regard gourmand qui le fit frissonner des pieds à la tête, si bien qu'il attrapa le menu pour s'abîmer dans les images des plats proposés. 

— Nous sommes sur les traces d'Estelle Labaky, attaqua aussitôt Camille. Nous savons qu'elle travaille pour vous. 

Valentine hocha la tête vigoureusement. 

— Vous êtes un Chasseur, glissa Na avec une moue de dégoût. Le Couvent de Lazare. Je suppose que vous l'avez envoyée exterminer les Gourmets. 

Léopold leva le bras et héla le serveur. Il commanda quelque chose, sans qu'Amadeus ne puisse comprendre quoi. 

— Tu dois donc être le petit frère d'Estelle, s'amusa Léopold en tournant la tête vers Amadeus. Je vois maintenant l'air de famille. Elle m'avait dit que tu risquais de la suivre.

— S'il vous plaît, fit alors l'adolescent qui sentit une ouverture, dites-nous où est partie Estelle. 

— Ce n'est pas un endroit pour des enfants, répondit l'homme. D'ailleurs, tous les trois, vous ne devriez pas rester avec une Sorcière et une Fée. Ce sont des entités instables. Elles peuvent vous tuer en un soupir.

Dans le même temps, le serveur revint vers plusieurs verres de jus d'orange et les déposa devant chacun d'eux. Amadeus observa sa boisson avec suspicion et d'ailleurs, personne d'autre de l'assemblée n'osa y toucher. 

— Alors, venez avec nous, tenta Camille. Nous devons récupérer un ami et le frère de Na là-bas. Vous pourriez nous aider à trouver Estelle et à s'infiltrer. 

Léopold se jeta en arrière sur la chaise et tapota son ventre. 

— Ne croyez pas que je vous fasse confiance, gronda Na. Nous savons ce que le Couvent de Lazare fait subir aux miens.

Le Chasseur se gratta le menton puis se pinça l'arête du nez. 

— Je suppose que si je refuse, fit-il, la Sorcière va vous embarquer dans cette histoire qui vous dépasse, les jeunes.

— On le sait ! fit Valentine en fronçant les sourcils. Et oui, on ira avec elle ! Avec ou sans vous. Vous pouvez juste nous dire ce que vous savez et on repartira. 

Autour d'eux, la place s'animait peu à peu à mesure que les rues s'emplissaient de passants en balade. Quelques magasins sortaient des pancartes et l'odeur de la viande rôtie montait. Les jus d'orange se décantaient en silence devant chacun d'eux. 

— Il vaut mieux que je vous accompagne, finit par se décider Léopold. Je ne peux pas avoir la mort d'humains sur la conscience. Estelle ne s'en remettrait pas si je laissais son petit frère aller vers un danger pareil.

Le Chasseur se leva et tapota quelques grains de poussière qui parsemaient sa chemise blanche. Il déposa une poignée de piécettes sur la table. 

— Estelle est une Chasseuse très prometteuse, ajouta Léopold. Pas encore la meilleure, mais elle a du potentiel. Ce serait une perte pour l'humanité qu'elle parte. Je suppose que la Fée s'occupe de la téléportation ? 

Titania, presque muette depuis leur arrivée, hocha la tête avec enthousiasme, puis partit dans un grand éclat de rire sonore. Tout autour d'eux, les passants se retournèrent et les clients du café haussèrent le menton de leurs tasses pour fixer cette femme étrange. 

Lorsqu'elle se leva, les adolescents en firent de même et ils la suivirent vers une ruelle étroite, sans que son rire ne cesse. Aucun d'eux ne saisissait la cause de cette soudaine hilarité. Amadeus mit cela sur le compte de l'équilibre mental tout relatif de la Fée, mais il sentit Camille se tendre à ses côtés. Léopold fermait la marche. 

Une fois dans une impasse, entre un chat errant et plusieurs sacs poubelles, Léopold murmura les instructions à la Fée. Cette dernière hocha la tête et son rire cristallin repartit de plus belle, comme si elle n'avait pas ainsi rit depuis des siècles, et ce pour une blague connue d'elle seule. Le monde rebascula une nouvelle fois. De nouveau le gel et le tourbillon. Amadeus commençait sérieusement à maudire ce mode de transport écoeurant à souhait. 

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Le Saltimbanque
Posté le 25/04/2021
Et au milieu de tout ce drama, de toutes ses révélations, l'élément qui me marque le plus, c'est Titania.
Je ne saurai dire à quel point j'adore ce personnage. Les salauds ambigus, ouvertement toxiques, terriblement puissants et alliés dangereux des héros sont vraiment ma came. J'adore cette Fée. Camille a un bon plan, là.

Sinon, bon chapitre. Mes seuls reproches seraient peut-être le fait que j'aurais aimé une description un peu plus appuyé de Léopold. On dirait vraiment un PNJ comme un autre, il manque de présence pour un Chasseur aussi important. Aussi, je n'ai personnellement jamais remarqué le fait que la personnalité d'Amadeus ait été influencé celle de Na. Donc quand Amadeus découvre tout ce qui a changé chez lui, j'étais plus paumé que vraiment choqué.
Enfin, je trouve que Léopold accepte VACHEMENT vite d'aider les enfants comme ça. Je ne sais pas s'il leur tend un piège, mais s'il les mène vraiment au coeur du danger, c'est plutôt bizarre. "Estelle ne me pardonnerait jamais si je laissais son frère aller vers un danger pareil"... et pourtant tu les mènes TOI-MÊME vers ce danger !

Voili Voilou
Alice_Lath
Posté le 28/04/2021
Hahahaha j'aime beaucoup les persos comme Titania aussi, c'est toujours horriblement sympa à écrire

Pour Léopold... Je dirai rien hahaha je note et pour la personnalité d'Amadeus et Na, j'avais déjà eu ce retour en BL et c'est en cours de modification, tu fais bien de me le confirmer
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