Chapitre 16 : Rémi se fait une nouvelle amie

Au même moment, Rémi ne restait pas complètement inactif. Le bilan de l’expédition de Sandy chez Silvestri lui avait laissé une impression en demie teinte mais il ne l’avait pas complètement découragé. Il se décida donc à décrocher son téléphone pour faire marcher son réseau personnel de renseignements. Entre ses amis d’enfance qui connaissaient - comme lui - La Nouvelle Orléans comme leur poche et la multitude de femmes toutes disposées à lui rendre service, il s’était constitué un répertoire capable de lui donner des informations sur à peu près n’importe quel sujet, jusqu’au plus improbable.

De fait, son premier appel fut pour Angela, une hispanique pétillante qui travaillait à l’Orleans Parish Criminal District Court (1). Il tomba sur son répondeur. Sans hésiter, il lui laissa un message pour l’inviter à prendre un café après le boulot. Une fois le téléphone raccroché, il réfléchit. Angela apporterait sans doute une réponse à la question de l’intérêt de Silvestri pour Aaron Cutter. Cependant, il était peu probable qu’elle puisse l’aider à cerner le personnage autrement que d’un point de vue judiciaire.

Qui pourrait le renseigner sur la vie privé du bonhomme? Avant de se tourner vers un de ses informateurs habituels, il devait en savoir un peu plus. Il ne raffolait pas de la méthode mais se décida à allumer l’ordinateur du salon. En appuyant sur le bouton du portable, Rémi eut un doute. Avaient-ils payé l’abonnement internet...? Il s’avéra que oui. Sandy avait du se débrouiller d’une façon ou d’une autre pour les garder connectés au web.

Il tapa simplement « Aaron Cutter » dans la barre de recherche, sans réel espoir de ramener quelque chose. À sa grande surprise, les résultats le menèrent sur le site d’une blogueuse people locale. Une mauvaise photo de foule amassée devant un restaurant à la mode illustrait un article plein de smileys et de gifs qui meurtrissaient les rétines. Le sujet de l’article n’était pas Cutter lui-même mais une certaine Marissa Durst, héritière new yorkaise établie à La Nouvelle Orléans, qui faisait apparemment autorité sur des questions cruciales de choix de chaussures ou de sacs à main. La photo remontait à l’année dernière. La dite Marissa s’accrochait au bras d’un grand type mince qui détournait résolument son visage de l’appareil. En légende de l‘image : « Marissa et son dernier flirt en date, Aaron Cutter ».

Un instant de réflexion plus tard, Rémi reprit son téléphone. Pour avoir accès à un carnet mondain bien rempli, il ne voyait qu’une personne susceptible de l’aider.

« Hello Bee! Comment tu vas?

— Rémi? Seigneur, ça fait une éternité! Je croyais que tu m’avais oubliée! »

Rémi pouvait entendre le sourire dans la voix de Beatrix.

« J’ai bien compris que tout était fini la dernière fois qu’on s’est vu, dit-il sur un ton malicieux. Tu ne touchais plus terre avec ton nouvel amoureux.

— Oh, tu es bête! »

Beatrix eut un petit rire à peine contrit à l’autre bout du fil. Rémi savait qu’il pouvait la taquiner tant qu’il voulait sur la question. Beatrix ne pouvait pas nier qu’elle avait pris ses distances depuis sa rencontre avec le nouvel homme de sa vie. Pour autant, Rémi ne lui en tenait pas rigueur. Au contraire, il était ravi pour elle.

« Comment va Benedict? demanda-t-il.

— Très bien. La galerie lui prend beaucoup de temps mais il est d’accord pour que je l’aide. Il se concentre sur l’administratif et moi sur les relations avec les clients. C’est merveilleux, si tu savais! J’adore ce que je fais!

— Et Travis, tu as des nouvelles? »

Il s’en voulait un peu de casser l’ambiance mais il préférait garder un oeil sur l’ex-mari de Bee qui n’avait jamais décoléré de s’être fait voler la statuette de Chiparus.

« Hé bien, on m’a dit que sa dernière conquête l’avait plaqué pour partir avec un de ses associés. Ce qui m’a bien fait rire. Mais je ne doute pas qu’il retrouve rapidement une autre petite gourde pour réchauffer son lit. »

Visiblement, le sujet n’intéressait plus beaucoup Beatrix, qui enchaina :

« Mais et toi? Raconte un peu. Quelles sont les nouvelles de ton côté?

— Pas grand chose. Tu me connais. Je traine ici et là, je rencontre des gens...

— Des femmes surtout, hein? »

Bee se mit à rire. Malgré le cambriolage, elle était toujours restée persuadée que Rémi n’était qu’un gigolo un peu moins intéressé que les autres. Il fallait dire que le jeune homme ne l’avait jamais vraiment détrompée. S’il n’avait pas demandé d’argent à Bee pour voler la danseuse, il avait largement profité de ses largesses pendant leur relation.

« Surtout. D’ailleurs, pour ne rien te cacher, j’aimerais beaucoup en rencontrer une en particulier. Tu la connais peut-être?

— Tu es un vaurien, Rémi.
— Oui, mais un gentil vaurien. »

Elle rit encore.

« Allez, donne-moi son nom. Je verrai si je peux faire quelque chose pour toi.

— Merci Bee. Je t’adore! Elle s’appelle Marissa. Marissa Durst. »

Beatrix resta un instant silencieuse.

« Ce n’est pas n’importe qui, Rémi, finit-elle par dire. Tu n’envisages pas... Tu ne vas pas faire de bêtises avec elle, n’est-ce pas? »

Rémi s’appuya au dossier de son siège. Un léger sourire ne quittait pas ses lèvres.

« Je fais toujours des bêtises, Bee. Tu sais bien. Mais je n’ai aucune mauvaise intention à son égard. À vrai dire, je voudrais juste lui parler de quelqu’un qu’elle connait.

— Oh, je sais bien comment tu fais parler les gens, mon chéri. »

La voix de Bee se fit plus chaude, plus grave.

« Parfois, tu me manques, Rémi, tu sais. Je repense... Enfin bref, Benedict est merveilleux et je ne veux surtout pas tout gâcher entre nous mais...

— Tu l’as dit, Bee. Je suis un vaurien. À part faire joli à ton bras, je ne t’apporte pas grand chose, non?

— Ne dis pas ça... »

Elle s’interrompit à nouveau. Rémi attendit patiemment qu’elle se décide.

« Oh flute! Tu as raison. C’est stupide de ma part de ressasser le passé. Pour répondre à ta question, j’ai déjà rencontré Marissa une ou deux fois mais elle ne fait pas vraiment partie de mes relations.

— Tu pourrais m’aider à la rencontrer? 

— Attends. »

Rémi entendit des pages qu’on tournait, puis deux voix féminines qui parlaient au loin. Bee reprit le combiné.

« Bon. J’en ai touché un mot à l’assistante de Benedict, Mimi. Elle est surexcitée. Elle pense que ce serait un super coup de pub d’avoir Marissa à notre vernissage de ce soir.

— C’est possible de l’inviter comme ça, au dernier moment?

— Tu ne connais pas Mimi. C’est un vrai requin quand elle est lancée. Ceci dit, je ne peux effectivement pas te promettre que Marissa sera là ce soir mais si tu viens, tu auras toujours une chance de la croiser.

— Merci mille fois, Bee. Tu es irremplaçable!

— Affreux flatteur! »

Au moment où il allait raccrocher, Rémi entendit Bee s’exclamer :

« Rémi?! S’il te plait, fais un effort pour ta tenue! »

Ah oui. La tenue. De l’aide serait la bienvenue.

 

***

 

Rosalyne entra dans la maison sans frapper. L’appel au secours de Rémi l’avait tellement intriguée qu’elle avait laissé en plan ce qu’elle était en train de faire pour se précipiter chez lui.

« Rémi? » appela-t-elle.

Le jeune homme dévala l’escalier, torse nu et le jean à moitié défait. Rosalyne envisagea de s’offusquer de son allure mais il était si attendrissant avec cet air débraillé qu’elle renonça. Arrivé au bas des marches, il lui saisit les mains.

« Je dois aller à une soirée plutôt chic et je n’ai aucune idée de comment m’habiller. S’il te plait, aide-moi!

— Je suppose que je peux faire ça. Après tout, ce n’est pas Sandy qui pourrait t’aider en terme de bon goût vestimentaire... »

Rémi l’entraina à l’étage.

« Je n’écoute pas tes méchancetés, Rose », fit-il avec un clin d’oeil.

Elle le suivit jusqu’à sa chambre. Sur le lit s’empilaient des vêtements de toutes formes et de toutes couleurs, dans le désordre le plus complet.

« Tu as mis un beau bazar... » murmura Rosalyne.

Elle s’approcha du lit et s’empara d’un premier tee-shirt pour le plier avec soin.

« Dis m’en plus sur ta soirée. »

Rémi lui planta le décors : Beatrix, galerie d’art, héritière à séduire. Rosalyne s’assombrit légèrement à la mention de la femme que Rémi voulait approcher mais ne fit aucun commentaire.

« Oublie le tee-shirt pour commencer. Tu dois bien avoir une chemise quelque part?

— Moui... Sûrement... »

Rémi fit la moue en regardant autour de lui d’un air légèrement égaré.

« Propre? Et repassée? continua Rose.

— Euh... Là, tu en demandes beaucoup, je crois... 

— Ça suffit. Pousse-toi du milieu. Laisse-moi regarder. »

Elle écarta Rémi du lit. Avec méthode, elle entreprit de plier et d’empiler tout ce qui trainait. La seule chemise qu’elle put trouver était en épaisse flanelle à carreaux. Elle ouvrit l’armoire pour prendre un cintre. Elle en profita pour jeter un oeil aux étagères, déjà à moitié vidées par Rémi. Celui-ci se plaça juste derrière elle, histoire de faire semblant de participer. Rosalyne prit son temps pour examiner pulls et pantalons. Les portes ouvertes du meuble et Rémi dans son dos formaient un cocon douillet. Elle se sentait bien, loin de tout souci. La simple présence de Rémi avait ce doux pouvoir. D’une main légère, elle fit passer les cintres de droite à gauche.

« Oh tiens! En voilà une de chemise, s’exclama Rémi en montrant une chemise blanche toute simple.

— Ce n’était pas celle que tu portais au mariage d’Antoinette?

— Oui, c’est possible, répondit Rémi en s’emparant du vêtement. Je la met alors? Ça ira?

— C’est un début », rétorqua Rosalyne.

Le souvenir du mariage lui avait donné une idée. Elle continua à chercher jusqu’au moment où elle brandit triomphalement un gilet de costume aux fines rayures. Elle le mit sous le nez de Rémi qui finissait de boutonner sa chemise.

« Enfile ça. Et garde ton jeans. »

Elle attendit le résultat, les bras croisés, un doigt sur les lèvres. Puis, elle tourna autour de Rémi, rectifiant un tombé ici, tirant sur un pli là.

« Tu es superbe, décida-t-elle finalement.

— Merci Rose. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi.

— N’importe quoi, sans doute. »

Elle lui tendit une main, qu’il prit avec douceur. Son pouce caressa la paume de Rose qui savoura cet instant. Il pouvait bien coucher avec son cortège d’idiotes. Elle savait que les liens qui l’unissaient à Rémi étaient tellement plus intenses que ça. Ces filles passaient et disparaissaient. Rosalyne demeurerait toujours.

L’image de Sandy parasita sa satisfaction. Elle, restait. Elle, devait rester. Avec tous les inconvénients que cela impliquait. Une soudaine angoisse saisit Rosalyne à la gorge. Elle se jeta dans les bras de Rémi. Malgré sa stupéfaction, le jeune lui rendit son étreinte sans hésiter.

« Là, Rose, murmura-t-il. Qu’est-ce qui ne va pas? J’ai encore dit une connerie? »

Rosalyne se contenta de secouer la tête négativement. Elle ne voulait que rester là, dans les bras de Rémi, pour toujours, sans plus penser à Gumbo Street... ou à l’entreprise dans laquelle elle s’était lancée. Pourtant, elle était bien consciente qu’elle ne faisait que voler de précieuses secondes avant de redevenir Rosalyne Laveau, petite fille de Tantine. Elle poussa un long soupir et s’écarta de Rémi qui la regardait d’un air un peu inquiet.

« Tu étais trop séduisant, je n’ai pas pu résister. »

Avec un sourire, elle caressa la joue de Rémi. Les yeux du jeune homme se troublèrent. Un instant, Rose sentit qu’il ne voyait plus en elle son âme soeur, connue depuis l’enfance, mais une femme désirable. Puis, le moment passa. Rémi battit des paupières et la lueur lourde de désir s’effaça.

Ils se sourirent, heureux d’être ensembles et complices.

 

***

 

Le départ de Rosalyne laissa Rémi un peu rêveur. Elle n’était qu’une toute petite fille lorsqu’il l’avait rencontrée pour la première fois. Mais elle impressionnait déjà tous ceux qui l’approchaient. Rémi, lui, avait vu en elle une enfant très seule qui mourrait d’envie qu’on la regarde autrement que comme une princesse ou un monstre de foire. Comment ces gens pouvaient-ils la craindre autant quand lui avait vu la petite Rose pleurer en coiffant sa poupée qu’elle appelait « Maman ».

Rémi s’ébroua. Étonnante cette façon que les souvenirs avaient de remonter aux moments les plus inattendus. Pour l’heure, il fallait qu’il se concentre sur sa soirée. Il imaginait déjà la tête de Sandy s’il lui ramenait des révélations fracassantes sur Cutter à son retour. Lorsque Angela le rappela, il s’empressa de lui donner le nom qui l’intéressait pour qu’elle puisse rassembler quelques informations avant leur rendez-vous. Il sauta ensuite dans sa voiture pour la rejoindre.

L’entrevue doucha un peu son enthousiasme. Si les renseignements d’Angela éclairaient la situation, ils ne la rendaient pas forcément plus simple. Au volant de la Mustang, en route pour la soirée de Bee, Rémi se sentait partagé entre le frisson du défi et une envie de prudence qui ne lui ressemblait pas beaucoup.

La galerie de l’ami de Beatrix était située dans un quartier tendance de Metairie. Rémi gara sa voiture à l’écart pour revenir à pieds car la Mustang rouillée risquait d’écorner son personnage. L’établissement était de taille moyenne. Une large baie vitrée s’ouvrait sur la rue pour donner un aperçu des oeuvres au passant ignorant ou à l’amateur éclairé. Dans la pénombre du début de soirée, la vitrine formait un îlot irradiant la lumière et la sophistication. Les mains dans les poches de son jeans, Rémi se présenta à la porte où une asiatique presque maigre pointait les invitations. Rémi n’ayant aucun carton pour autoriser son entrée, elle commença par lui opposer un refus ferme et définitif. Elle semblait, de plus, totalement hermétique au charme du jeune homme qui commença à craindre l’arrivée de complications.

Heureusement pour lui, Beatrix, en hôtesse avisée, gardait un oeil sur la porte d’entrée. Une flute de champagne à la main, elle traversa la foule des invités pour sauver Rémi des griffes du Cerbère. Elle accueillit le jeune homme avec un grand sourire et un chaste baiser sur la joue. Elle l’attira ensuite un peu à l’écart.

« Je suis heureuse de te voir.

— Moi aussi, Bee. »

Beatrix posa une main délicate sur la poitrine de Rémi. Son visage prit une expression légèrement embarrassée.

« Écoute, fit-elle. J’ai parlé de toi à Benedict mais j’ai... éludé un certain aspect de notre relation...

— Le sexe ou le cambriolage? »

Rémi s’amusait beaucoup. Beatrix lui donna une petite tape exagérée.

« Le sexe, nigaud! Pour lui , tu es un jeune homme prometteur avec qui j’ai sympathisé lorsque les choses allaient mal avec Travis.

— Et en quoi je serais prometteur? Histoire que je ne fasse pas de gaffe. »

Beatrix se mordilla la lèvre.

« J’ai dit que tu écrivais, finit-elle par avouer. Un roman policier qui se passerait à La Nouvelle Orléans. Je t’ai invité pour ça, parce que tu as besoin de documentation sur le monde de l’art. »

Rémi haussa les épaules avec bonne humeur.

« Rien que ça? Je devrais m’en sortir. C’est suffisamment vague pour que je puisse raconter un peu n’importe quoi. »

Beatrix aperçut un homme de haute taille à la chevelure argentée qui s’approchait d’eux. Elle saisit le bras de Rémi avec vivacité.

« C’est Benedict. Rémi, je t’en prie, surtout, pas de plaisanterie idiote!

— Promis Bee, je saurais me tenir. »

Benedict, vêtu d’un impeccable costume sombre, avança vers eux et tendit une main courtoise à Rémi.

« Mr. Duplessis? Beatrix m’a beaucoup parlé de vous. Il semblerait que vous soyez un jeune homme plein de talent. »

En saluant Benedict en retour, Rémi comprit que le marchand d’art n’avait pas été totalement dupe de la jolie fable que lui avait servi Beatrix. Malgré sa politesse, le regard de l’élégant homme mûr était glacial.

« Je vous suis très reconnaissant de m’accueillir, monsieur. Votre galerie est très belle. Si vous le permettez, je souhaiterais faire un petit tour pour admirer les oeuvres. Je ne voudrais pas accaparer Beatrix et la soustraire à son rôle d’hôtesse. »

Benedict signifia son accord d’un léger signe de tête. Il passa un bras possessif autour des épaules de Bee qui sembla un peu déçue par la retraite rapide de Rémi. Elle se dégagea et attrapa le bras de Rémi.

« Avant que tu ne files, le jeune fille que tu voulais voir est là. Mais dépêche-toi parce que je pense qu’elle ne restera pas longtemps.

— Quelle jeune fille? » demanda Benedict.

Beatrix revint se lover contre lui.

« Rémi voulait rencontre la célèbre Miss Durst. »

Benedict leva les yeux au ciel.

« Quelle idée avez-vous eu de l’inviter, Mimi et toi! Cette gamine infernale et sa bande de crétins ivres vont finir par gâcher la soirée. Et je serais bien étonné qu’ils achètent quoi que ce soit. 

— Ils partiront vite, ne t’inquiète pas, dit Bee d’une voix apaisante. Leur simple présence a attiré des photographes qui ne se seraient jamais déplacés, sinon.

— Hmm. Oui. Sans doute. »

Sans plus se préoccuper de Rémi, Benedict entraina Beatrix qui fit un petit sourire d’adieu au jeune homme. Celui-ci se trouvait assez content d’être seul. Il était libre de partir à la recherche de Marissa sans devoir trouver un prétexte pour se débarrasser de Bee.

La galerie n’était pas immense et le groupe de Marissa ne faisait pas dans la discrétion. Elle était accompagnée d’une fille et de trois chevaliers servants. Tous rivalisaient d’ingéniosité pour capter son attention. Rémi attendit patiemment, le regard braqué sur elle sans discrétion. La jeune femme finit par le remarquer. Elle le dévisagea d’un air interrogateur. Rémi lui adressa un franc sourire puis se détourna pour admirer la toile qui était derrière lui sans plus montrer son intérêt.

Il attendit. À l’instant où il pensait que son stratagème avait fait long feu, une fine silhouette en mini-robe moulante se glissa à côté de lui. Marissa fit mine de s’absorber dans la peinture en sirotant son champagne.

« Qu’en penses-tu? » demanda Rémi.

Marissa se tourna vers lui comme si elle venait à peine de prendre conscience de sa présence. Elle battit des paupières.

« C’est très intense, dit-elle. Le choix des couleurs est... intéressant. »

Rémi éclata de rire.

« Moi qui comptait sur toi pour me souffler une réponse au cas où le maître des lieux me cuisinerait. Tu es aussi larguée que moi, je me trompe? »

Marissa hésita à s’offusquer mais céda finalement au rire contagieux de Rémi.

« J’avoue. Je suis juste capable de dire si j’aime. Ou pas. Ou si je m’en fiche. »

Rémi se pencha vers elle avec un clin d’oeil complice.

« Je me sens moins seul. »

Marissa l’examina des pieds à la tête. Elle porta sa flute à ses lèvres avec un sourire gourmand.

 

***

 

Ils vidèrent beaucoup d’autres verres de champagne en décortiquant chaque tableau de la manière la plus fantaisiste possible. Bras dessus bras dessous, ils se comportèrent en enfants gâtés, protégés par la richesse et la popularité de Marissa, sous le regard furieux de Benedict et celui consterné de Beatrix. Lorsque l’amusement que leur procurait la soirée commença à s’essouffler, Rémi glissa à l’oreille de Marissa, dans un murmure brûlant, qu’il avait envie d’elle. Sans plus tergiverser, ils plantèrent là la soirée et les amis de Marissa et filèrent à l’appartement de cette dernière.

Plus tard cette même nuit, alors que Marissa, allongée sur le ventre, complètement nue, balançait en l’air un pied puis l’autre, Rémi se décida à aborder le sujet qui l’intéressait.

« Tu sais que notre rencontre n’est pas tout à fait un hasard? »

Marissa laissa retomber sa tête sur l’oreiller.

« Oh non. Par pitié, ne me dis pas que tu es un de ces fans tarés qui espionnent les peoples.

— Non. Mais j’avais déjà vu ta photo sur internet. »

Rémi pompa sans vergogne l’excuse que Bee avait inventée pour Benedict.

« J’écris un bouquin. Je faisais des recherches sur la jet-set et je suis tombé sur un blog qui parlait de toi.

— Ah oui? »

Marissa ne semblait pas très intéressée par la question. Qu’on parle d’elle n’était pas une surprise. Elle examinait une mèche de ses cheveux avec attention lorsque Rémi se décida à poursuivre.

« Tu n’étais pas toute seule sur la photo. Un type t’accompagnait. Je ne t’ai même pas demandé si tu avais un copain, au fait. Je ne voudrais pas avoir des problèmes. »

Il réussit à produire un ricanement à la fois insouciant et un peu inquiet. Marissa haussa une épaule.

« Je suis libre. La photo devait dater. 

— Tant mieux. Le gars n’avait pas l’air commode. On aurait dit qu’il ne voulait pas être pris en photo. »

Pour la première fois, Marissa parut concernée par le bavardage de Rémi. Elle se tourna vers lui.

« Ça devait être Aaron! » s’exclama-t-elle.

Rémi réprima un frisson d’excitation.

« Aaron?

— Oui! Mon ex. Heureusement pour toi que je ne suis plus avec. Il n’était pas du genre à rigoler avec la fidélité. Ce qu’il était chiant...

— Il m’aurait cassé la gueule? plaisanta Rémi.

— Pire que ça, sûrement. Il était soi-disant dans les affaires mais il avait toujours tout un tas de types louches qui l’accompagnaient partout. Et parano, avec ça! »

Marissa était lancée.

« Imagine! J’ai osé toucher une seule fois son foutu ordinateur et il a failli me mettre une baffe! Je voulais juste regarder mes mails, pas fouiller dans ses trucs top secrets! Quel connard! Je l’ai jeté, évidemment.

— Tu as eu raison. C’est pas comme ça qu’on traite une fille comme toi.

— C’est sûr!

— Et puis bon. Qu’est-ce qu’il peut y avoir de si important dans son ordi?

— Aucune idée. Mais il ne s’en séparait jamais. Et à l’hôtel - il vivait à l’hôtel, même pas un appart à lui! - il le bouclait systématiquement dans le coffre à peine arrivé. Comme si j’allais sauter dessus dès qu’il dormirait! »

Elle haussa les épaules.

« Je sais même pas pourquoi je te parle de lui. »

Rémi s’abstint de lui rappeler qu’il était celui qui avait dirigé la conversation sur Cutter. Il se pencha vers Marissa et l’embrassa. Il avait bien travaillé, autant s’accorder une petite récompense.

 

***

 

Lorsque Rémi rentra chez lui, au petit matin, Sandy n’était pas dans sa chambre. Elle rentra en fin de matinée et parut surprise de tomber sur un Rémi surexcité qui n’attendait qu’une chose : lui faire son rapport. Il lui sauta dessus dès le pas de la porte puis la traina dans la cuisine. Ce ne fut qu’arrivé au moment de son récit où il était question de la galerie de Benedict qu’il pensa à demander à son amie où elle avait passé la nuit.

« J’étais chez Zeke, se contenta de répondre Sandy.

— Ah ok. Donc je te disais, à la galerie je suis tombé rapidement sur la fameuse Marissa. Je te passe les détails mais j’ai des infos intéressantes!

— Mais accouche! »

Sandy tressautait d’impatience sur sa chaise.

« J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. »

Rémi prit une expression anormalement sérieuse. Sandy le pressa de continuer  en hochant nerveusement la tête.

« La bonne nouvelle, c’est que je pense savoir ce qu’il faut piquer à Cutter pour connaitre ses petits secrets. La mauvaise, c’est qu’il n’est pas vraiment un pauvre gars innocent qui se serait trouvé là au mauvais endroit au mauvais moment. »

Il regarda Sandy droit dans les yeux.

« Silvestri t’a lancée aux basques du type qui veut lui piquer son territoire par la force. »

 

1) Orleans Parish Criminal District Court : palais de justice de La Nouvelle Orléans

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Gwenifaere
Posté le 05/08/2020
Coucou !
Ah, le chapitre de Rémi ! Tellement contente de le retrouver. J'aime beaucoup sa relation avec Rose, ils sont adorables tous les deux, même si j'ai toujours un peu de mal à situer d'où vient Rémi, comment il a atterri à Gumbo Street. Ses parents y habitaient déjà peut-être ? Tout ça est très intrigant.

En tout cas sa manière de mener l'enquête est pour le moins originale, j'imagine très bien la tête déconfite de Beatrix XD

J'imagine aussi très bien Sandy qui tombe sur un Rémi surexcité à son retour, dans ma tête il ressemble un peu à un chiot qui a un tour à montrer ^^
Aliceetlescrayons
Posté le 02/09/2020
Coucou Gwenifaere,
Rémi raconte son histoire dans les premiers chapitres ;)
J'avoue, j'ai beaucoup ri en imaginant Rémi flanquer le bazar dans la galerie de Beatrix :D
Gwenifaere
Posté le 02/09/2020
Ah, désolée, j'ai juste mis trop de temps à lire, oups ^^°
Alice_Lath
Posté le 28/05/2020
Beh en même temps, Silvestri allait pas lui demander de lui ramener le Père Noël du coin hahaha C'est marrant n'empêche, je me demande ce que Cutter aurait pu trouver à une fille comme Marissa et la laisser partir aussi facilement quand même. Étrange que tout cela. Juste par rapport à la description de la bimbo, j'avoue que je m'attendais à un poil plus de... flair? de sa part hahaha je ne sais pas comment dire. Enfin, sinon c'est marrant que Rémi ait même pas tilté lorsque Sandy lui a dit avoir passé la nuit chez Zeke, en même temps, ça doit pas être la première fois... mais hâte de voir sa réaction quand il découvrira leur secret
Aliceetlescrayons
Posté le 01/06/2020
En ce qui concerne le flirt de Cutter avec Marissa, je dirais qu'il a été attiré par le fait qu'elle vienne d'une famille qui a pignon sur rue (et qui est très riche) et qui aurait pu lui apporter des avantages dans ses "affaires"
Après, vu le caractère de Marissa, il s'est dit que le jeu n'en valait pas la chandelle :D
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