Chapitre 16 : L'impasse

Par Mary

Chapitre 16

L’impasse

 

 

 

 

 

THE TIMES

Édition du lundi 9 janvier 1899

 

Il y a quelques mois, nous vous parlions dans ces mêmes colonnes du concours organisé par la Royal Society. À l’heure où nous écrivons ces lignes, plus de 300 candidats des quatre coins de l’Empire ont déjà déposé leur dossier d’inscription. Devant un tel succès, la rédaction du Times a décidé de lancer une chronique hebdomadaire présentant quelques-uns de ces scientifiques prometteurs.

Nous rencontrons aujourd’hui Mark Selby, âgé de 28 ans et originaire du Hertfordshire, diplômé d’Oxford et préparant une spécialité en mécanique des milieux continus. Son mentor, Lord Peter Bancroft, professeur émérite et titulaire de la chaire de physique de Cambridge, nous reçoit dans sa demeure de Bloomsbury.

« Qu’une institution comme la Royal Society organise un tel concours est tout à fait admirable », nous souligne-t-il. « Notre pays a une dynamique de recherche scientifique parmi les plus avancées du monde et il me semble juste que de nouvelles voix prennent le relais à l’aube du XXe siècle. Nos universités regorgent de talents, voici l’opportunité pour eux de s’exprimer. Mark Selby est de ceux-là. C’est un jeune homme doué et réfléchi, sans ambition démesurée et avec le désir profond de faire avancer la recherche. Je l’ai choisi pour ces capacités et ses qualités, indubitablement nécessaires à la poursuite du savoir. J’ai connaissance de certains autres candidats pour le moins originaux, tout comme leurs mentors respectifs. Je ne les blâme pas de participer, mais il serait regrettable qu’ils prennent la place de personnes plus naturellement qualifiées, ne serait-ce que par leur formation universitaire. »

Laissons ensuite la parole à son élève pour nous raconter son parcours d’études…

 

Le journal étalé sur la table du petit-déjeuner, je relis encore une fois l’article, atterrée. L’entretien avec Mark Selby, pourquoi pas ; il m’a l’air d’un jeune homme tout à fait sensé qui connaît son sujet — encore heureux compte tenu de son cursus. Mais le discours de Bancroft ! Je ne peux pas m’empêcher de prendre personnellement la remarque sur les candidats « originaux » et la grimace de Stone n’arrange rien :

— Je pensais pas qu’il lancerait les hostilités aussi vite, maugrée-t-il. Il n’a pas perdu de temps.

Mon thé est soudain bien amer. Le repos des vacances de Noël m’a fait beaucoup de bien, mais depuis une semaine, je me rends compte de tout le travail qui me reste à abattre. La tâche est colossale et on ne peut pas dire que les déclarations de Bancroft m’aident à garder confiance en moi.

Nous avons reçu les livres de Londres juste après le Premier de l’an. Le libraire nous a envoyé une quinzaine d’ouvrages et de journaux scientifiques. Si après tout ça, il ne se doute pas qu’il s’agit du concours… Sa sélection s’est avérée très pertinente, au demeurant. Il y a plusieurs traités très intéressants, notamment quelques travaux de Laplace et Poincaré sur les lunes de Jupiter dont je n’avais pas connaissance. J’ai essayé de m’y plonger, toutefois j’ai affronté une révélation cruelle : je n’ai pas le niveau. Même si certaines notions sont claires, d’autres demeurent totalement incompréhensibles. Je dois bien avouer que le choc a été rude à encaisser. Je n’ai pas l’habitude que les choses me résistent, du moins dès que ça touche à la physique. La stabilité orbitale, l’influence gravitationnelle, tout cela m’est familier. Pourtant, dans ces démonstrations, je perds le fil. Il va falloir reprendre, apprendre, tout remettre en question, alors que le temps m’est si précieux.

J’ai entrepris de démonter une vieille horloge hors d’usage pour personnaliser la maquette du système solaire dans le bureau de Stone. Grâce à une représentation plus visuelle, peut-être trouverais-je plus facilement la solution à mon problème ? Avec les rubans métalliques, j’ai symbolisé les forces d’attraction d’Uranus et Neptune, et de Saturne également pour faire bonne mesure. J’ai utilisé un agencement simpliste mais efficace d’engrenages pour simuler les révolutions sur le plan de l’écliptique ; ce n’est pas très précis, mais il s’agit de se figurer ce que cela donne dans l’espace.

Tout est juste, pourtant je n’arrive toujours pas à saisir comment cette planète peut impacter les deux orbites. Peu importe sa masse, ses dimensions, j’ai tenté en modifiant tous les paramètres possibles. Il y a forcément un moment où cela ne colle pas. Uranus est trop loin, Neptune potentiellement trop près ou pas assez.

Dans les livres que nous a fait parvenir M. Beddow se trouvait miraculeusement un extrait des comptes-rendus d’observation des perturbations orbitales ayant fait l’objet de l’encart dans l’Astronomical Journal. J’ai cru à une illumination salvatrice, mais non. Sur la maquette, en positionnant les planètes exactement au bon endroit, c’est encore plus incompréhensible : je ne vois pas comment ce corps céleste aurait évité une collision !

Ma frustration va croissante et à défaut de ne pas pouvoir travailler sur les lunes de Jupiter dans l’immédiat, mon programme d’aujourd’hui consiste à reposer point par point ces observations pour y déceler un modèle mathématique, une récurrence, n’importe quoi. Rien n’arrive au hasard. Il y a fatalement quelque chose qui m’échappe.

Par-dessus mon épaule, Adrian souffle :

— Trois cents candidats… C’est considérable !

— Pour les inscriptions seulement, rectifie Stone. Cela ne veut pas dire qu’il y aura plus de trois cents soumissions de projet. Au moins un tiers d’entre eux ne termineront pas à temps.

Je repose ma tasse sur sa soucoupe et me lève de table, désabusée :

— Je vais donc m’efforcer de faire partie des deux cents qui restent. Gentlemen, permettez-moi de vous fausser compagnie et d’aller retrouver mes suites de nombres sans queue ni tête.

— Faites-moi signe au besoin, glisse Stone en hochant la tête.

Dix heures sonnent lorsque j’arrive dans le bureau. Il est déjà tard. À ma décharge, nous avons passé une longue partie de la soirée d’hier avec Stone à chercher Uranus dans le ciel nocturne. Peine perdue. La lunette n’est pas assez puissante et si nous l’avons réellement aperçue, il était impossible de la différencier d’une étoile classique. C’était une idée de Stone, au départ, qui ne m’a pas vraiment conquise au premier abord. Je ne voyais pas en quoi observer Uranus allait m’aider, mais cela m’a rappelé que tout cela était bien plus qu’une succession de chiffres griffonnés, de lectures tardives et de démonstrations froides et implacables. L’astronomie, c’est aussi toute la poésie du monde, la beauté des nuits noires et l’éclat du firmament en plein cœur de l’hiver. Ce sont toutes mes insomnies lorsque j’étais enfant, le réconfort de la lune après chaque soirée désastreuse à Londres, mon premier acte de révolte et, même si j’essaie de ne pas trop y penser, ma longue complicité avec Miss Davies.

J’ai de la chance d’avoir Stone de mon côté, au-delà du simple fait qu’il m’ait accueillie chez lui. Il accepte d’être dérangé pour la moindre question et n’hésite pas à me réexpliquer un concept autant de fois que nécessaire. Plus que tout, il a confiance en moi et en mes capacités. Il me laisse mener mes expériences dans mon coin et encourage mon tempérament autodidacte :

— Si vous en êtes là aujourd’hui, c’est que cette méthode fonctionne pour vous. Chacun apprend à sa manière ! Je ne vais pas vous imposer la présence d’un vieux professeur si vous n’en avez pas le besoin. Je regrette l’université, mais je ne vais pas reproduire un archaïsme déplacé sous prétexte que c’est comme ça que l’on a toujours fait !

Il s’est faussement offusqué de la sorte avant-hier. Je doutais tellement de moi que j’ai fini par lui demander si ce n’était pas en partie mon entêtement à vouloir tout faire toute seule qui me paralysait dans mes travaux. D’une certaine manière, je crois que je l’amuse et que je le distrais. Même s’il ne le montre pas, il a très mal vécu le départ d’Evelyn, la semaine dernière. Il est souvent mélancolique et chaque enveloppe bleue qu’il reçoit le met profondément en joie. Cette séparation forcée depuis des années doit leur déchirer le cœur.

— MIAAAAAAW !

Je sursaute et vois Lancelot qui arrive avec panache de la chambre de son maître. Il saute élégamment sur la table, renifle la maquette qui doit encore sentir un peu la colle de poisson et s’assoit enfin sur une petite pile de livres, en me fixant de ses prunelles ambrées.

— Quoi ?

— Miaaaw, me répond-il en plissant les yeux.

— Tu vois bien que je travaille. Regarde-moi ces mesures, répliqué-je en lui pointant le rapport d’observation. Il doit bien y avoir un sens à tout cela, non ?

— Miaw.

Mon cas ne s’arrange pas.

Je me penche sur ce problème jusqu’à l’heure du déjeuner. J’ai passé beaucoup de temps sur la présentation de la page. Un travail bien fait est un travail propre ; un esprit clair raisonne sur une organisation claire.

Je m’apprête à descendre l’escalier quand j’entends la voix de Stone, manifestement au téléphone :

— Je dois bien dire que je ne sais plus quoi faire… Je sais… L’un est persuadé de n’avoir rien à offrir et l’autre n’envisage pas qu’on puisse s’— … Non… Non plus !… Mais quoi ?… Je crains d’avoir joué toutes mes cartes… Toi ? Renoncer ? … Si tu le dis… Oh et si c’est encore une de tes idées, tu peux… Oui… très bien… Oui, à plus tard.

Il raccroche et je fronce les sourcils. À qui Stone peut-il bien tenir un tel discours ? C’est étrange. Evelyn, peut-être ? De quoi, ou de qui, discutent-ils ainsi ? Surtout, ils ne s’appellent guère — à ma connaissance, en tous cas. En fait, cela ne me regarde en rien.

Après le déjeuner, je fais un détour par la bibliothèque. J’ai toujours besoin d’un petit moment de lecture avant de me remettre au travail. J’ai terminé hier « Rob Roy » que j’avais emprunté après qu’Adrian m’en ait vanté les qualités. Je l’ai trouvé accrocheur, non dénué d’aventures et d’émotions, mais il ne me laissera pas une impression de chef-d’œuvre éternel.

J’hésite à me lancer, sur les conseils de Stone, dans « L’île au trésor ». Il m’a longuement parlé de la littérature maritime et cela a éveillé mon intérêt. Qui ne tente rien n’a rien. Je m’assois dans mon fauteuil, récupère ma tasse de café et profite quelques secondes de cette plénitude diffuse. À part les discrets crépitements du feu et la pluie sur les fenêtres, la maison est plongée dans un silence apaisant. Immédiatement, je sens mes épaules se détendre, je prends des inspirations plus grandes et m’affaisse encore un peu, le dos calé par un coussin brodé, la porcelaine chaude au creux la main. J’ouvre le livre.

Il y a une lettre.

Voilà des semaines que je n’en avais pas trouvé ! Je la déplie, les doigts frémissants d’excitation :

 

Le temps passe et mon amour ne se fane pas. Au contraire, je le sens chaque heure plus vif et plus ardent.

Il me dévore et me plonge dans d’insondables tourments dont je n’aurais jamais imaginé être la proie.

M’avez-vous jeté un sort ? Une telle tempête engloutirait des civilisations entières.

Les jours s’embrasent et les nuits me mettent au supplice.

Quelle cruauté de songer un seul instant que tout cela soit vain !

Et si vous ne m’aimiez pas ? En mourrais-je ?

Je sais parler d’amour, pourtant lorsque je vous vois, mes mots s’envolent en silence.

Comment vous faire parvenir ce sentiment qui m’étreint ? J’aurais l’impression de vous déranger.

Moi qui n’ai aucune place dans ce monde, je me demande : y en a-t-il une à vos côtés ?

Je vous en supplie : soyons seuls ensemble.

Je vous serre dans mes bras.

 

À vous, à jamais.

 

— « À vous, à jamais. »

Ces mots. Ils sont la seule constante de ces lettres et peut-être les plus puissants de tous. Je ne saurais dire exactement ce qui se produit quand je les lis, mais ils me bouleversent profondément. Il me semble que la personne qui les écrit avoue un amour pur et sincère. Je l’espère. Quoique celle-ci est d’une intensité particulière, un peu moins chaste et plus mature, dans un sens. Nous ne sommes plus dans un béguin d’adolescent, c’est certain. 

La porte de la bibliothèque s’ouvre sur Adrian avant que j’aie le temps de ranger l’objet du délit :

— Veuillez me pardonner, Agathe ! s’excuse-t-il. Je reviendrai plus tard. Il est inconvenant de déranger une femme quand elle lit sa correspondance.

Surtout quand c’est celle de quelqu’un d’autre.

— Non, non, j’avais terminé, ne vous inquiétez pas.

Je remets la lettre dans le livre et il me regarde avec un drôle d’air.

— Un problème ?

— Aucunement. Cette missive était vraiment… charmante.

— Tant mieux. Que lisez-vous ? demande-t-il en pointant le roman du doigt.

— Oh, et bien… Je pensais commencer « L’île au trésor » de Stevenson.

Adrian me sourit et prend place dans le fauteuil en face de moi.

— Excellent choix. Dans un tout autre registre de Jekyll et Hyde, évidemment, mais je l’avais beaucoup aimé. Ma mère me l’avait offert quand j’étais plus jeune. Vous ne l’aviez jamais lu ?

— Non.

La confidence sur sa mère me touche à tel point que j’en oublie la lettre. Il n’en parle presque jamais. Depuis le soir de Noël, nos échanges sont de moins en moins formels, plus personnels. Nous nous racontons des souvenirs d’enfance ou des anecdotes de sa vie à l’université et de la mienne à Londres. Quelques débats d’opinion, aussi, rien de sensible — nous tombons souvent d’accord, de toute manière.

Je me permets de demander :

— Elle vous manque ?

Adrian hoche la tête.

— Oui. Nous étions très proches. Elle avait un caractère fort et fier ; elle restait droite, peu importe ce qui arrivait. À côté, elle a toujours été très aimante avec moi. J’ai eu beaucoup de chance.

— Et votre père ? A-t-il jamais eu la moindre attention pour vous ?

Il se rapproche de moi et répond d’une voix encore plus grave qu’à l’ordinaire :

— Je vais vous confier quelque chose que je n’ai jamais dit à personne. Je crois que mon père a sincèrement aimé ma mère et que cela le fait encore souffrir aujourd’hui. Je lui rappelle sans cesse que ce que sa vie aurait pu être si les choses s’étaient déroulées autrement.

— Je vous trouve bien compatissant compte tenu de la manière dont il vous considère.

— Peut-être. Je ne sais pas ce que je ressens pour lui. Je crois que j’ai toujours désiré qu’il me reconnaisse, mais cela ne changera en rien au fait qu’une partie de lui ne supporte pas ma présence. Pour lui, je ne suis qu’un outil, rien de plus. Je ne serai jamais son fils.  

Il ne m’a jamais parlé aussi ouvertement.

Je demande avec prudence :

— Que ferez-vous quand son enfant légitime naîtra ?

Il baisse légèrement les yeux :

— Si c’est un garçon, je disparaîtrais définitivement de sa vie, je suppose. Si c’est une fille, vous pouvez être sûre qu’il essaiera d’avoir un autre enfant dès que possible. Cela ne fait que repousser l’échéance.

Que c’est cruel d’avoir une vision si nette de son propre avenir !

— Je me pose une question, Adrian.

— Laquelle ?

— Je ne veux pas vous ennuyer.

— Si je ne veux pas y répondre, je ne le ferai pas. Allez-y.

— Pourquoi êtes-vous venu ici après la mort de votre mère ?

À mon grand soulagement, il esquisse un sourire :

— Ma tante a travaillé ici et j’avais déjà entendu parler de Stone en long, en large et en travers. Il a envoyé des fleurs pour les funérailles — à l’époque, j’ai cru que c’était parce qu’il avait un faible pour ma tante, imaginez-vous ! Le lendemain, j’ai reçu une lettre de lui. Il ne m’a pas caché ses griefs contre mon père et m’a avoué qu’il avait eu vent de ma situation et se proposait pour m’héberger. J’ai accepté, car je savais que je serais tranquille ici. Quand mon père l’a appris, il n’était pas très content, je vous l’assure. Il m’a envoyé nombre de lettres pour m’ordonner de venir vivre chez lui, arguant que cela serait plus simple si jamais la question d’héritage se posait.

— Et vous n’avez pas accepté ?

— Ma mère m’a élevé avec l’idée que je pouvais faire ce que je voulais de ma vie. Que je n’avais pas à être prisonnier de mon statut. Cela aurait été contre sa volonté de renoncer après sa mort — d’autant que je n’ai aucun intérêt dans la politique ou les affaires, c’est-à-dire tout ce qui fait la fortune des Bancroft. Régulièrement, il me somme de quitter Rosewood Manor. Je ne réponds même plus à ses lettres. D’une certaine façon, je suis un peu comme vous.

— Comme moi ?

— Tant que je suis sous la protection de Stone, je ne risque rien.

J’acquiesce en terminant mon café, désormais froid. Après un instant de silence, Adrian soupire :

— Je suis désolé, Agathe. Je ne voulais pas vous embêter avec mes histoires.

Je prends une grande inspiration :

— Au contraire. Merci de votre confiance. Vous… vous ne savez pas à quel point cela me fait plaisir. Même nos conversations lorsque nous prenons le thé me font très plaisir.

Votre seule présence me fait plaisir.

Il sourit pour de vrai, cette fois-ci, et m’envoie ce regard qui me transperce systématiquement.

— Votre compagnie est des plus délicieuses.

Cette voix.

Il se lève et me tend galamment le bras :

— Je vous ai retenue trop longtemps, laissez-moi au moins vous accompagner jusqu’au bureau.

— Vous avez raison, il est temps que je me remette au travail.

Le tissu de ma tunique me paraît bien fin contre celui de sa chemise et je crois que je serre un peu trop son avant-bras. Je me rappelle alors la sensation que j’avais eue à le sentir si proche de moi lorsque nous avons dansé au bal et celle-ci est presque aussi agréable.

Nous arrivons devant la porte du bureau bien trop vite à mon goût. Quand je retrouve mes crayons et mes calculs, j’ai la tête dans les étoiles, mais cela n’a rien à voir avec la physique.

 

Les semaines, puis les mois passent. L’hiver a laissé la place au printemps et la nature se réveille. Nous redécouvrons les plaisirs simples d’ouvrir les fenêtres les jours de soleil, les caresses du vent tiède sur les joues et les pépiements des oiseaux dès les premières lueurs de l’aube. Le parc de Rosewood Manor a doucement repris vie. Les arbres ont reverdi, les premières pâquerettes ont constellé le gazon et Ted lui-même n’a pas eu le cœur de tondre tout de suite. Le rosier de l’entrée prépare une floraison abondante et où que l’on regarde, le domaine est une explosion de verdure. Les fusains resplendissent, les lilas embaument. Jonquilles et narcisses tapissent le sol en grandes coulées et le long des plates-bandes s’élèvent de somptueuses marguerites. Martha et les filles composent de ravissants bouquets, pleins de jacinthes, de renoncules et de tulipes et les sèment partout dans la maison en les mélangeant à des herbes folles du plus bel effet.

Les couleurs et les odeurs de la forêt sont revenues et nous avons recommencé nos promenades avec Adrian. De temps en temps, Stone se joint à nous, mais nous sommes seuls la plupart du temps — je soupçonne l’aristocrate de le faire exprès. Nous nous sommes indéniablement rapprochés avec Adrian. D’après Lucy, il ne fait aucun doute qu’il a des sentiments pour moi et tout aussi plaisante que cette idée soit, je n’ose toujours pas lui dire ce que je ressens. Je me contente de le regarder lorsqu’il me guide dans les sous-bois ou quand il est tellement plongé dans sa lecture qu’il ne réalise pas que je ne le quitte pas des yeux. Je ne veux pas prendre le risque d’être rejetée et que ce que nous avons change. Je n’ai pas besoin de ça, surtout en ce moment où un autre problème bien plus important occupe mon esprit. 

Nous sommes début avril et j’ai perdu tout espoir de pouvoir rendre mon projet à temps.

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Elf
Posté le 25/06/2020
Hey !
Toujours charmant, quoique un peu lent ce chapitre par rapport aux autres, ce doit être l'effet du temps qui passe. Toujours est-il que les moments de complicité entre A & A sont tellement adorables, tout comme la conversation de Stone avec je suppose Iris xD J'ai une théorie sur les lettres, j'avoue peut être à côté de la plaque, mais comme Adrian aime la littérature et Agathe... Il se pourrait que ce soit lui qui écrive ces fameuses lettres... (Je shippe sûrement trop 😂)
Et j'ai bien aimé la galère dans la physique, c'est super (enfin pas pour elle mais pour le réalisme x)
Peace :)
Mary
Posté le 26/06/2020
Hahaha oui c'est bien Iris XD
Décidément ce chapitre a vraiment besoin d'une révision !
Merci pour ton retour, je m'en vais de ce pas répondre à tes suivants !
SalynaCushing-P
Posté le 24/06/2020
Qu'il est difficile de s'attaque à un gros morceau quand on a un parcours "atypique". Les "classiques" n'aiment jamais les atypiques. C'est un rude combat pour Agathe.
Le saut temporel est un peu "brusque" je trouve, ça aurai été mieux, peut être, de faire ce saut en débit de chapitre ? (débat sur le découpage de chapitre : ouvert).
Mary
Posté le 24/06/2020
Alors j'y avais pensé, mais il se passe teeellement de choses dans le chapitre 17 que j'ai vraiment ni la place de le mettre, ni l'envie de rompre l'unité. À part une illumination, je vais devoir le laisser là.
Je verrai aux corrections parce qu'il y a plein de choses à modifier dans ce chapitre !
Merci beaucoup pour ton retour !
Alice_Lath
Posté le 23/06/2020
Hahaha, naaan Agathe n'abandonne pas ton projet pour une amourette, ne fais pas ça, s'il te plaît! Et je veux savoir d'où vient la perturbation huhu, et avoir les résultats des calculs d'orbites. J'avoue que j'ai bien aimé le passage où elle avoue avoir du mal, ça fait très réaliste. Puis le coup de fil de Stone où il parle d'Adrian et d'Agathe haha, jte ferais un petit jeu pour les rapprocher vite fait moi, tu verras. Allez, Agathe, faut que tu sortes de tes nuages, stress, angoisse un bon coup, et surtout rafle la mise !
Mary
Posté le 23/06/2020
Tu as plus de détails dans le prochain chapitre, sur les sciences. Je retoucherai celui-ci qui est trop plan plan à mon goût pour lui redonner un peu de peps !
Rassure-toi, Agathe ne va pas abandonner :p

À très vite, merci encore !
Pluma Atramenta
Posté le 23/06/2020
"Votre compagnie est des plus délicieuses" Alalala... Dé-ses-pé-rant ! Non mais ! Combien de temps vont-ils encore se regarder comme deux merlans frits, ces deux-là ?
Pour l'histoire d'Adrian, je ne suis que très peu étonnée, je dois l'avouer. Eh oui ! Je ne me prends pas toujours des claques ! :D
Et pour le projet... Je suis assez d'accord avec Isapass. Agathe devrait être davantage galéré pour son projet, être anxieuse, se ronger les ongles, et là, tranquilou, son esprit fait : Adrian ! Adrian ! Adrian ! Alors qu'il devrait faire : Oh secours ! Je galère ! Je ne gagnerais jamais ! Bouhoouuuu ! (approximativement)

Mais bon, à part ce détail qui m'a fait tiquer, rien de bien perturbant, c'est toujours un plaisir de te lire :)

Puisse tu goûter aux saveurs de l'Inspiration de façon continue ^^
Pluma.
Mary
Posté le 23/06/2020
Comme je le disais à Isa, il y a pas mal de choses à modifier dans ce chapitre !
Merci de ton retour, quant aux claques... Méfie-toi.
Je poste le chapitre 18 ce soir !

Merci encore, à très vite !
Isapass
Posté le 21/06/2020
Je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas trop dans l'empathie avec Agathe dans ce chapitre. A propos du projet, je veux dire. En fait, au début, on sent bien qu'elle est tracassée, mais sur la seconde partie, quand le printemps revient, j'ai eu l'impression qu'en fait, comme les choses avancent côté Adrian, elle s'en fout un peu du projet. Du coup, la dernière phrase tombe à l'eau.
Je pense que ça vient surtout du fait qu'elle vient juste après un passage plutôt optimiste, qui ne parle que d'Adrian. Peut-être, pour qu'on ait vraiment peur pour elle, qu'il faudrait revenir un peu sur le projet et sur la façon dont elle galère. Montrer qu'elle est de plus en plus préoccupée ? Même si la romance avance et que ce sujet là la rend heureuse, elle devrait quand même s'arracher les cheveux sur ses démonstrations. Après tout, les enjeux sont multiples : à titre philosophique, pour les femmes en général, mais aussi pour se prouver à elle-même ce dont elle est capable, pour prouver à Stone qu'il a eu raison de croire en elle et de l'accueillir, pour montrer à ses parents qu'ils sont eu tort...
Je crois qu'on ne le sent pas tout à fait assez (à mon goût en tout cas).

Détail :
"Je crois que j’ai toujours désiré qu’il me reconnaisse, mais cela ne changera en rien au fait qu’une partie de lui ne supporte pas ma présence." : "ne changera rien au fait" ou "ne changera en rien le fait"
Mary
Posté le 21/06/2020
Re again,

Je note ton ressenti, je ne suis pas satisfaite de ce chapitre, pour tout dire. C'est même plus que le sujet des sciences, c'est un tout. Il fera l'objet d'une révision complète aux corrections, lui !
Franchement ça a été une horreur à équilibrer entre le 16 et le 17, qui au départ étaient prévus en trois chapitres au lieu de deux, et autant le 17 me plaît, mais celui-là, je le trouve un peu vide.

Merci de ces remarques ! <3
Palmyyre
Posté le 15/06/2020
Coucou Mary ! J’ai cru comprendre que l’écriture de ce chapitre a été assez laborieuse mais si ça peut te rassurer je l’ai trouvé très bien ^^. Je ne te cache pas que le rapprochement entre Agathe et Adrian m’a fait sourire de satisfaction derrière mon écran >< De plus le concours se concrétise et j’ai hâte de voir comment Agathe va faire ravaler sa cravate à Bancroft !
Mary
Posté le 15/06/2020
Oh merci Palmure <3 Oui ça a été assez compliqué à organiser tout ça.
Il était temps qu'ils se réveillent, ces deux-là (quoiqu'on est pas au bout de nos peines).
Ça me fait plaisir que ça soir clair, tout ce qui tourne autour du concours, je n'étais sûre d'être arrivée à être claire (et/ou intéressante) et à ce que ça soit "satisfaisant" pour le lecteur.

Merci pour ton retour et à très bientôt pour la suite !
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