Chapitre 16 - Le Paradis (partie 1)

– Nos deux nations n’étaient autrefois qu’un seul et même royaume. Les rois et reines faisaient figure d’autorité et la populace suivait aveuglement les dogmes du Panthéon. L’histoire aurait pu s’arrêter là si un groupe d’hommes éclairés n’avait pas bravé les interdits pour faire avancer les choses.

            – Cessez de vous jeter des fleurs, rétorqua Venzio.

            Adler lui jeta un regard noir pour avoir osé l’interrompre.

            – C’était il y a quelques siècles de cela, reprit-il. Ces hommes avaient dans l’idée d’offrir le progrès à leurs compatriotes. Sur tous les aspects de la vie, même si cela devait aller contre les directives de la royauté et de son maudit clergé. Aussi durent-ils exercer dans la clandestinité. Et avec ce qu’ils eurent sous la main. Mais au final, cela paya, et les premiers balbutiements de ce qui adviendrait la science virent le jour. Sauf que le royaume finit par s’en rendre compte.

Venzio étudia la posture du directeur. Il discerna au moins trois manières différentes de s’en prendre physiquement à lui.

Il aurait dû profiter de l’occasion pour s’en prendre à lui. Au lieu de quoi il restait bêtement assis, à l’écouter parler comme s’il eut possédé les secrets de l’Univers. La curiosité le dévorait. Il voulait savoir ce pour quoi ces deux nations s’opposaient depuis si longtemps. Même Etel ne disait plus un mot. Venzio était certain que lui aussi écoutait attentivement les paroles du scientifique.

– Les scientifiques capturés, la couronne leur proposa deux choix. Soit ils mourraient sous l’échafaud, mais leurs crimes leurs seraient pardonnés par les Dieux, soit ils partaient en exil, avec rien d’autre sur le dos que leurs vêtements.  

» Naturellement, ils choisirent de partir. Mais ils ne s’en allèrent pas seuls. Durant toutes ces années où ils avaient perfectionné leur art, ils avaient réuni autour d’eux toute une foule d’adeptes prêts à les suivre sur la voie du progrès. Au final, ce ne furent non pas une centaine de personnes, mais bien quelques milliers, qui quittèrent les terres du royaume.

» Des décennies passèrent. Puis ce furent bientôt deux siècles, sans que l’on entendit parler des exilés, qui d’après certaines rumeurs, s’étaient installés de l’autre côté de l’océan. Mais le doute avait déjà été implanté au sein du peuple, et menaçait de germer. Les nouvelles générations remettaient en cause ce que leurs ancêtres avaient tenu pour acquis. La couronne devait trouver un moyen de renforcer son pouvoir et celui des Dieux. Quitte à tricher un peu.

» Ironiquement, la solution leur vint d’un autre continent, dans un état nouvellement formé qui avait pour nom Concordium. Celui-là même que les exilés avaient créé. La couronne y dénicha ce que les technologues avaient fabriqué, en seulement deux siècles d’existence ! Ce fût la solution à tous leurs problèmes. La couronne et le clergé volèrent les secrets de leurs ennemis et s’en servirent afin de sublimer les foules. Ils modifièrent cette technologue selon leur bon vouloir, et appelèrent cela de la magie.

» Dès lors, ils déclarèrent officiellement Concordium ennemie des Dieux et frappée d’hérésie, puis entamèrent une guerre contre ses habitants. Car ils n’avaient peur que d’une chose : que leur technologie leur soit reprise, ou que la vérité soit découverte ! Nous sommes une épine dans leurs pieds chaussés de soie.

– A vous entendre, vous êtes de parfaits saints, tandis que le royaume n’est autre que le grand méchant.

– C’est évident !

Venzio n’en crut pas ses oreilles.

– Vous plaisantez ? Vous avez vu ce que vous faites ici !

         Adler secoua la tête. Il posa sur le mercenaire un regard hautain.

– En à peine quelques siècles, nous sommes passés de la misère sociale et écologique, sans parler du manque d’hygiène et de la santé déplorable, à une utopie ! Tandis que de votre côté, ceux que vous appelez vos rois et vos reines, ont perverti toutes nos créations !

– Vous dites qu’ils l’ont perverti ? Vous réalisez des expériences sur des enfants ! Vous en faites des armes, puis vous les envoyez à la mort sans une once d’hésitation !

– Je reconnais que nos méthodes peuvent paraitres troublantes pour quelqu’un d’aussi ignare que toi, mais la fin justifie ces moyens. Vois tout ce que nous avons accompli ! Les gens vivent jusqu’à cent cinquante ans, sans souffrir de la vieillesse, ne sont jamais malades, n’ont jamais faim, jamais froid, il y a du travail pour tout le monde, et ils respirent un air pur ! Vous, vous n’utilisez la technologie que pour asservir vos citoyens et leur faire croire à des chimères !

– Il a pas complétement tort. C’est pour ça que Taseo se bat en ce moment.

– Vous avez peut-être raison quant au fait que le royaume abuse de la situation… Mais Concordium a également ses torts !

Venzio pointa la machine du doigt.

– Et c’est pourquoi je vais détruire cette chose.

            Adler mit sa main dans l’une de ses poches et en tira un pistolet, dont il retira la sécurité.

            – Je ne te laisserai pas faire.

 

*

 

            Athéna sentit une piqure sur sa peau.

            Quelques secondes plus tard, un étrange calme s’empara d’elle. Il lui semblait qu’elle flottait sur une sorte de nuage et qu’elle aurait pu y dormir durant des jours. Elle se sentait si fatiguée… Et elle ne cessait de faire des rêves étranges, qui n’en finissaient pas de la perturber. Elle vivait dans un laboratoire, où des hommes et des femmes en blouses blanches le traitaient comme un animal. Puis ensuite, elle s’était enfuie et avait traversé l’océan pour trouver de l’aide auprès d’un mercenaire avec un démon dans le crâne. Mais ils étaient finalement revenus au point de départ pour…

            Pour quoi déjà ? Ha ! oui ! Ils avaient une mission à accomplir. Il fallait sauver quelqu’un. Mais qui ?

            L’esprit d’Athéna bouillait. Elle devait se souvenir. C’était important. C’était sur le bout de sa langue. Est-ce que cela avait un rapport avec elle ? Mais alors, elle n’était pas sur un nuage ?

            La fillette effleura du bout des doigts le support sur lequel elle était couchée. C’était dur et froid. Ce n’était pas comme ça qu’elle avait imaginé un nuage. Elle se rendit alors compte que tout son corps souffrait d’un terrible inconfort. Curieuse, elle voulut ouvrir les yeux. Mais son organisme protesta. Ce n’était pas ce qu’il était censé faire. Il luttait pour rester endormi, là où l’esprit d’Athéna voulait absolument s’éveiller. A cause de la piqure peut-être ? D’ailleurs, le dos de sa main la grattait furieusement.

            Elle devait ouvrir les yeux. Luttant de toute ses maigres forces contre son propre corps, Athéna parvint à ouvrir les paupières. Celles-ci étaient affreusement lourdes, mais la fillette résista à l’envie de se rendormir.

            Au-dessus d’elle, les néons des lampes renvoyaient une faible lumière blanche. Une fois sûre que ses paupières ne la trahiraient plus, Athéna tourna la tête sur sa gauche. Cela lui valut un terrible vertige, qui manqua de lui donner un haut-le-cœur. Trois tables de métal s’alignaient à côté d’elle. Sur chacune, un enfant était allongé. Parfaitement immobiles, seules leurs poitrines se soulevaient régulièrement, bien que faiblement. Leurs mains étaient reliées à des perfusions, qui versaient dans leurs veines un produit de couleur bleue.

            Athéna regarda sa propre main, et vit la même substance se déverser dans son propre corps. Elle devait la retirer. C’est à cause d’elle qu’elle croyait être sur un nuage ! La fillette voulut lever sa main, mais seuls ses doigts lui obéirent, en remuant faiblement. Elle gémit de frustration. Ce ne devait pas être plus compliqué d’avec ses yeux, il suffisait simplement de se concentrer !

            Athéna amorça une nouvelle tentative et parvint cette fois-ci à poser maladroitement son bras sur sa cuisse. Elle le fit ensuite glisser vers son visage, avant de se saisir du tuyau avec les dents et de l’arracher de sa main. Elle retint un sanglot quand l’aiguille quitta violemment sa veine, puis essuya la petite goutte de sang qui perlait sur sa chemise. Ce simple effort avait suffi pour que le front de la petite fille soit baigné de sueur. Mais au moins était-elle débarrassée de ce poison. Elle attendit quelques instants que les vertiges cessent, puis entreprit doucement de se redresser.

            Assise sur la table, Athéna pût voir l’intégralité de la salle dans laquelle elle se trouvait. Blanche, comme tout ce qui composait les laboratoires.

            D’autres enfants se trouvaient là. Deux de plus sur sa droite, et cinq en face d’elle, tous parfaitement alignés et endormis. Mais le plus curieux était le mur de gauche. Une large porte en métal épais, muni d’une poignée, était encastrée dans le mur. Une sorte de rail, positionné à mi-hauteur, en sortait sur quelques mètres.

            Athéna ne comprenait pas très bien ce qu’elle avait sous les yeux, pourtant elle sentit son ventre se tordre de frayeur. A moins que ce ne soit les effets du produit. Elle devait sortir d’ici rapidement, avant que quelqu’un ne revienne.

            Elle ramena ses jambes vers le bord de la table et les laissa pendre dans le vide. Le sol lui paraissait à des kilomètres de là. Il semblait bouger et tanguer. Athéna leva la tête pour ne plus le voir et se laissa glisser. Ses jambes encore flageolantes menacèrent de céder sous son poids. Elle se retint à la table en s’efforçant de calmer les tremblements de ses membres.

            Elle fixa alors du regard la porte coulissante sur le mur de droite. Seulement quelques mètres la séparaient de la sortie. Athéna s’élança. Du moins, aussi vite que le lui permettait le produit encore actif. Au bout d’un temps qui lui sembla infini, passé à se retenir contre chaque obstacle pour ne pas vaciller, la fillette arriva devant la porte.

            Mais au moment d’appuyer sur le bouton d’ouverture, Athéna jeta un œil en arrière. Les enfants reposaient toujours tranquillement. La fillette ne pouvait rien pour eux. Du moins pas dans cet état, incapable de tenir debout et avec ses pouvoirs qui semblaient devenus inertes. Ses camarades, peut-être même ses frères et sœurs, allaient finir leurs jours derrière l’épaisse porte de métal.

            Athéna inspira et appuya sur le bouton. La porte coulissa sans bruit. Le couloir était désert et plongé dans la pénombre. La fillette s’y engagea. Les lumières à détection de mouvement clignotèrent sur son passage, baignant le lieu d’une lumière crue. Un peu éblouie, Athéna cligna des yeux pour s’habituer à l’éclairage. La main posée contre le mur, elle remonta le couloir jusqu’à arriver devant un ascenseur. Le prendre était bien trop risqué, aussi le délaissa-t-elle au profit des escaliers de service.

            Descendre les marches était une épreuve. Elle glissa trois fois, trahie par ses jambes qui refusaient toujours de la porter correctement. Ce n’est pas dans cet état qu’elle risquait de s’échapper. Elle essaya de contacter Venzio, mais impossible d’utiliser sa télépathie. Avait-elle été déconnectée de l’interface ? Cela pourrait aussi expliquer pourquoi les nanorobots censés lui donner ses pouvoirs ne fonctionnaient plus.

            Athéna ignorait où le mercenaire avait été emmené. Elle espérait simplement qu’il soit toujours en vie… La fillette arriva devant une nouvelle porte. Elle avait le choix entre la franchir ou continuer de descendre les marches. Décidant de suivre son instinct (et ses jambes affaiblies) Athéna choisit la porte.

            Elle atterrit dans un nouveau couloir, sauf que cette fois, elle entendit distinctement des éclats de voix. Un rapide coup d’œil lui apprit que des laboratoires – contenant bons nombre de machines, au vu du puissant ronronnement qui emplissait les lieux – se trouvaient ici. Elle hésita. Il serait plus prudent de trouver une cachette, au moins le temps que le liquide n’agisse plus. Car si elle s’aventurait ici dans cet état, elle allait être incapable de se défendre. Heureusement, les effets du produit commençaient déjà à se dissiper. Athéna décida de tenter le coup. Elle pénétra dans le couloir et le longea. Elle frémit chaque fois qu’elle passa devant une porte ouverte, mais par chance, les scientifiques étaient trop absorbés par leurs travaux pour faire attention à elle.

            Du moins jusqu’à ce qu’elle percute l’une d’eux au détour d’un couloir. La femme posa sur elle un regard perplexe. Elles restèrent toutes deux interdites pendant ce qui sembla être une éternité. Puis la femme donna l’alerte. Athéna s’enfuit en courant. La scientifique tenta de l’attraper par le bras, mais la fillette parvint à lui glisser entre les doigts.

            Ignorant ses jambes qui protestaient, la fuyarde s’élança dans la première direction venue. Des voix ne tardèrent pas à se faire entendre. Celui des pas claquant le carrelage n’allait pas non plus tarder. Athéna laissa échapper (dans son esprit bien entendu) un gros mot qu’elle avait une fois entendue de la bouche du professeur Vancroft et qui lui parut parfaitement adapté à la présente situation.

            La fillette laissa les laboratoires et la scientifique qui l’avait trahi derrière elle pour s’engager dans de nouveaux escaliers de service. Elle ne commit pas de fois la même erreur et descendit les marches quatre à quatre. Heureusement, sa fuite avait réveillé ses membres endormis et l’adrénaline combattait efficacement la drogue dans son sang. Athéna cavalait comme jamais.

            Une alarme se déclencha. La sirène résonna dans tout l’étage, avant de se propager au bâtiment tout entier, tandis qu’au plafond, des lumières rouges clignotaient follement. Un bruit de porte qui claque suivit d’un éclat de voix lui parvint quelques étages plus hauts. A ce moment-là, Athéna eut la bêtise de lever la tête par-dessus la rambarde d’escalier pour observer la distance entre elle et ses poursuivants, permettant ainsi à ses derniers de la repérer. Elle continua sa folle descente, dépassant un étage, puis deux, puis trois. Elle n’avait pas souvenir que le bâtiment soit si haut. Se dirigeait-elle sous terre ? Elle n’aurait pas l’occasion de vérifier, puisqu’un groupe de vigiles armés venait aussi par le bas. Athéna était piégée. Elle leva ses mains vers son visage et se concentra, mais rien ne vint.

Pourquoi ses pouvoirs ne s’activaient pas ? Athéna espérait que cela soit dû au liquide bleu. Et que celui-ci allait rapidement devenir inactif. Elle tenta d’appeler à nouveau ses pouvoirs. A nouveau l’échec, bien qu’elle jurât avoir vu sa main briller l’espace d’un instant.

Un tir dans sa direction la ramena à la réalité. Elle aperçut le cadavre d’une fléchette tranquillisante qui roula à côté d’elle. Les vigiles venaient sur elle. Coincée au milieu des marches, Athéna n’avait aucune porte de sortie – littéralement. Elle se retrouva prise en tenaille entre six hommes et femmes armés.

– Viens par-là ! ordonna l’un d’eux en levant son pistolet.

La fillette fit non de la tête. Elle jeta également un discret coup d’œil par-dessus la rambarde, évaluant la distance entre sa position et le sol. Seulement un étage les séparait. Elle avait une chance de survivre si elle sautait.

– Dépêches-toi ! Nous n’avons pas tous des pistolets à fléchettes, ici, menaça-t-il.

Athéna lui lança un regard de défi. Puis elle sauta. Les vigiles hurlèrent dans son dos, mais elle s’était déjà élancée. Malheureusement, une femme parvint à la rattraper en lui saisissant une cheville. Athéna vacilla, et se protégea la tête in extremis avant que celle-ci ne percute le dessous des escaliers. Elle sentit alors la vigile la tirer à elle, aidée par ses collègues. La fillette s’agita dans tous les sens, refusant de se laisser faire, même après qu’une balle siffla à côté de sa tête.

Elle sentit alors une brulure à sa main. Croyant avoir été touchée, Athéna posa les yeux dessus, mais ne vit aucune blessure. En revanche, elle brillait d’une vive lumière dorée.

La fillette esquissa un sourire et leva sa main vers la rambarde. L’énergie accumulée s’échappa de sa main. Elle était encore faible et instable, mais suffit à faire sauter la barrière. Athéna se sentit alors tombée, entrainant la vigile dans sa chute.

Le carrelage se rapprocha à une vitesse folle. Par reflexe, la fillette tandis de nouveau la main devant elle. Un rayon jaillit.

 

*

 

            – Je croyais que vous vouliez « voler mes secrets », avant.

            – Cela ne m’empêches pas de te tirer dans les deux jambes, dit Adler avec un sourire cruel. Au contraire, cela n’en sera que plus…

            Le plafond s’effondra soudain, noyant le reste de sa phrase sous le bruit de l’explosion. Venzio recula juste à temps pour éviter les blocs de ciments et de béton qui lui fonçaient droit dessus. Jusqu’à ce qu’il aperçoive une petite silhouette aux cheveux blonds qui suivait le même chemin – ainsi qu’une autre, vêtue d’un costume sombre.

            Sans réfléchir, le mercenaire se releva et plaça sous la trajectoire d’Athéna. Pas sûr qu’après une chute de dix mètres de haut, il parvienne à la rattraper sans encombre. Venzio tendit malgré tous les bras. La fillette lui tomba dessus comme un boulet de canon. Elle le percuta de plein fouet, lui coupant le souffle. Le mercenaire bascula en arrière, s’écrasant le dos contre le carrelage. Il gémit de douleur et toussa, espérant ne pas s’être décollé les poumons au passage.

            – Je vais rien dire sur ce coup-là.

            – Ta… gueule ! toussa Venzio.

 

*

 

– NON !

            Taseo se précipita vers Maddy. Il tomba à genoux à côté d’elle et la prit dans ses bras. Les yeux vitreux de la jeune femme le fixaient sans ciller. Il posa son front contre le sien, imprimant son visage du sang de sa compagne. Il la supplia de lui parler, murmura son nom, le cria même, mais rien n’y fit. Elle resta immobile dans ses bras. Sa poitrine ne se soulevait plus et Taseo eut la sensation qu’elle commençait déjà à refroidir.

Il se laissa aller à la tristesse, tandis qu’il passait une main dans les cheveux de la femme qu’il avait tant aimé. Un de ses larmes vint s’écraser sur la joue de la jeune femme, avant de rouler jusqu’à ses lèvres. Elle semblait pleurer avec lui.

Taseo releva la tête vers le Saint-Premier, qui se tenait toujours près de la jeune femme. Les mains dans le dos, le religieux les observait d’un air neutre.

– Espèce d’ordure ! cracha Taseo. Pourquoi ?! C’est moi ton ennemi !

Le religieux soupira et s’adressa au rebelle comme s’il eut affaire à un enfant qui ne comprenait pas pourquoi on le punissait.

– Que tu es naïf. Cette femme a défié les Dieux. Tout comme toi. Quiconque s’oppose à eux doit en payer le prix.

Le Saint-Premier s’éloigna d’eux, les mains négligemment croisées derrière son dos, et reporta son attention sur la machine.

– Cette chose aussi doit disparaitre.

            – Non !

            Abel se retourna. Taseo s’était remis debout et défiait le religieux du regard. Une haine quasi palpable semblait l’auréoler. Dans ses yeux, brulait un profond désir de vengeance.

            – Tu n’auras pas. Cette machine. Il faudra me tuer pour ça !

            Il ouvrit la paume et en fit jaillir de l’énergie bleue, qui s’accumula pour former une boule.

            – Je vais te tuer.

            Abel le fixa sans ciller.

            – Si tu n’éteins pas rapidement ta machine nous allons tous mourir.

            Taseo fronça les sourcils et gratifia le Saint-Premier d’un regard méfiant.

            – Qu’est-ce que tu racontes ?! demanda-t-il sèchement. Encore une de tes divagations !

            Abel soupira de nouveau.

            – Cela n’a rien d’une « divagation ». Actuellement, mes camarades sont en train de réduire la ville en cendre et d’éliminer tous ceux qui croisent leur route. Si tu veux qu’une partie des Rouges-Pontois ait une chance de s’échapper, ou qu’ils ne meurent pas simplement étouffés à cause de la fumée et des flammes qui s’accumulent, je te conseille très fortement d’ouvrir ce dôme.

            » Je crains que ton plan ne se soit retourné contre toi.

            Taseo fût soudainement pris d’un doute.

            – Les plans… c’est toi qui… ? C’est toi qui me les as donnés ! Tu t’es introduit chez moi !

            Le Saint-Premier leva un sourcil intrigué.

            – Et c’est moi qui divague ? Je prévoyais déjà de tout raser pour rebâtir sur des cendres un monde meilleur. Ta petite révolution n’a fait que me donner la parfaite excuse pour mettre en œuvre mes plans.  

            – Tu… tu n’as pas fait ça… Tu n’as pas tué des millions d’innocents !

            – Si ! Et j’en ferai de même avec le royaume tout entier ! Alors ? Que vas-tu faire ? Laisser le dôme fermé et sacrifier Pont-Rouge ? Ou l’ouvrir afin de donner une chance à quelques malheureux et nous laisser déferler notre jugement sur tout le royaume ?

            Taseo ouvrit la bouche mais ne put répondre. Il n’aurait jamais pu prévoir que la supposée folie du Saint-Premier deviendrait réelle ! Avait-il vraiment donné l’ordre de raser la ville ? Taseo devait s’en assurer, cela pouvait très bien du bluff, bien que trop gros pour être crédible. Le rebelle dissipa sa boule d’énergie et se précipita dehors.

            Ce qu’il aperçut dans le ciel lui confirma que les dires du religieux n’avaient rien d’un mensonge. D’épaisses colonnes de fumée noire s’élevaient dans le ciel, et s’écrasaient contre la coupole d’énergie. Dans le lointain, Taseo s’aperçut qu’il manquait la plupart de tourelles du palais, et que celles encore debout étaient victimes d’attaques provenant de silhouettes qui volaient dans les airs. Un gigantesque brasier enflammait la ville. Les flammes rouges étaient visibles comme un soleil au milieu de la nuit.

            Taseo retourna dans le hangar. La mâchoire tremblante, il demanda :

            – Pourquoi ? Pourquoi ?!

            – Pour tout recommencer, répondit calmement Abel. Repartir de zéro, créer un monde meilleur à la gloire des Dieux. (Son visage se déforma soudain pour n’afficher plus qu’un masque de mépris). Ces nobles se moquent de leurs créateurs ! De ceux à qui ils doivent tout ! Du confort de leurs luxueuses maisons à leurs pouvoirs ! Ils n’ont même plus un instant pour exaucer une prière, pour se rendre à l’église et honorer ceux qui veillent sur eux ! Ils ne pensent qu’à leurs mondanités, à faire plus d’argent, encore et encore ! Et que dire ! de ceux qui constituent le peuple. Ces misérables sont peut-être pauvres, mais ils ont la vie sauve ! Sur la terre des Dieux ! Et ils ne leur sont même pas reconnaissants.

            » Une fois que j’aurai tout rebâti, il en sera autrement.

            Taseo sera les poings.

            – Les Dieux n’existent pas ! Ils sont votre invention ! De même que la magie !

            – Tu ne sais pas ce que tu dis !

            – Si, parfaitement ! Et je n’ouvrirai pas le dôme.

            Abel afficha une perplexité sincère.

            – Comment ? Tu serais prêt à laisser tout le monde mourir ? Des innocents ? Tes camarades de combat ?

            La détermination de Taseo sembla faillir durant un instant.

            – Je… oui ! C’est ce qu’ils auraient voulu. Je ne te laisserai pas mettre Aquilion entier à feu et à sang. Je vais te tuer, et je tuerai tous les tiens ! Jusqu’au dernier !

            Le Saint-Premier éclata d’un rire sinistre.

            – Nous tuer tous ? A toi tout seul ? Allons, Taseo ! Soit un peu plus réaliste ! Je t’ai mieux appris que cela.

            Il retira ses mains de derrière son dos. Taseo vit de l’énergie s’accumuler dans sa main. La petite boule rouge palpitait doucement. Ce n’était pas une attaque. Juste un simple avertissement. Taseo lui répondit en agissant de même. Le dispositif à son bras se mit en marche. Il devint chaud, et matérialisa de l’énergie bleue au bout des doigts du rebelle.

            Abel se déplaça, se retrouvant face à Taseo. A la droite de ce dernier, la machine poursuivait son œuvre, attendant que le gagnant décide de son sort.

            Taseo s’élança le premier. Il ne possédait pas des nanorobots aussi perfectionnés que ceux du religieux, mais il pouvait lui aussi augmenter sa vitesse s’il le désirait.

Il fit crépiter l’énergie au bout de ses doigts, prêt à l’assener en plein dans le visage du religieux. Ce dernier riposta. Il activa à son tour ses nanorobots, et se retrouva derrière Taseo. Ce dernier se retourna en urgence, ayant tout juste le temps d’activer un bouclier protecteur autour de lui. L’attaque d’Abel rebondit sur la surface protectrice. L’énergie projeta des étincelles qui se dispersèrent aussitôt dans l’air.

Abel modifia la forme de son énergie et lui donna l’aspect d’une lame. Il martela avec violence le bouclier de Taseo. Ce dernier ne pouvait s’empêcher de reculer sous l’avalanche des coups. Abel devait sans doute utiliser les nanorobots pour augmenter également sa force.

Il commença cependant à ralentir le rythme, voyant qu’il ne parvenait pas à briser la défense du rebelle. Ce dernier profita de l’occasion. Il retira sa barrière d’un coup, roula sur le sol et envoya un jet d’énergie en direction d’Abel. Ce dernier recula précipitamment, mais fût touché au bras. Une partie de sa manche brûla instantanément, sans l’intervention de la moindre flamme.

La peau sous le tissu avait été touchée. De petites cloques apparaissaient à la surface de l’épiderme. Abel jeta un regard dur au rebelle, qui esquissa un sourire triomphant. Il ne fallait pas relâcher pour autant.

Le Saint-Premier changea de stratégie et généra des flammes. Un torrent brulant se déversa sur le rebelle. Ce dernier se ramassa sur lui-même, invoquant à nouveau son bouclier protecteur. Les flammes meurtrières l’englobèrent, le plongeant dans un brasier brûlant. Même au travers de la paroi protectrice, Taseo pouvait sentir la chaleur étouffante sur sa peau.

Le torrent diminua soudain. Taseo voulut se relever et mettre de la distance, mais Abel fût plus rapide et lui donna un coup au visage avec sa lame rouge. Taseo hurla de rage, tandis qu’une profonde balafre déjà cicatrisée lui barrait le côté droit du visage, du menton jusqu’à l’arête du nez. 

Encore sous le choc, il se reprit juste à temps pour éviter une nouvelle attaque qui aurait pu lui être fatale.

– Tu ne pourras pas te cacher éternellement derrière ce bouclier ! menaça Abel.

Taseo ne dit rien, mais il savait que le Saint-Premier avait raison. Il n’avait pas prévu de se battre ainsi, contre un religieux à moitié fou qui avait réussi à garder l’usage de la « magie » que le rebelle était censé avoir volé. Le bouclier de Taseo commençait déjà à avoir quelques faiblesses. Il tressautait par moments, ce qui n’augurait rien de bon.

Furieux d’avoir engagé le combat sans réfléchir, Taseo serra les poings à s’en faire blanchir les phalanges. Il devait se reprendre. Etablir une stratégie, étudier son adversaire, et prendre rapidement l’ascendant sur lui s’il ne voulait pas subir un terrible sort.

Abel ne lui en laissa pas le temps. Percevant sans doute le trouble du rebelle, il profita de sa confusion et attaqua. Plusieurs sphères d’énergie jaillirent de ses mains. Taseo augmenta sa vitesse pour les éviter, courant le long du hangar. Il s’arrêta soudain et changea de direction pour s’élancer sur le religieux. Ce dernier, prit dans sa lancée, eut un instant d’arrêt. Il bloqua in-extremis une attaque de Taseo. Ce dernier avait à son tour matérialisé une lame. Il utilisa tous ses talents d’escrimeur contre Abel. 

Celui-ci était de toute évidence moins à l’aise avec le corps à corps. Il parait les coups de justesse et reculait face à son adversaire. Taseo eut un regain d’espoir en voyant qu’il avait petit à petit le dessus.

Du moins c’est ce qu’il crût. Sans prévenir, Abel effectua un violent moulinet avec sa lame et déstabilisa Taseo, avant de le blesser au bras. Le rebelle comprit trop tard qu’il s’était bien joué de lui. Surpris, Taseo n’eut pas le temps de riposter. Le Saint-Premier le saisit par la gorge et le jeta au sol dans un cri rageur.

La tête du rebelle heurta durement le sol de l’entrepôt. Sonné, il ne put que regarder, impuissant, Abel se pencher au-dessus de lui et le fixer avec tout le mépris dont il était capable.

– Es-tu donc si faible que ça ? Tu me fais honte !

Il donna un coup de pied dans les côtes de Taseo, lui coupant le souffle.

– Je me rend compte à présent que tu as été ma plus grande erreur, ma plus grande déception ! Moi qui t’ai élevé comme un fils après t’avoir sorti de la misère des mines. Après que ta famille t’ait rejeté ! J’aurai cru que tu m’aurais été plus reconnaissant.

Taseo toussa pour recracher le sang qui bloquait sa gorge. Il respira bruyamment, s’efforçant de reprendre son souffle. Puis il se redressa d’un coup et envoya un jet d’énergie en direction d’Abel. Peine perdue. Ce dernier le balaya comme s’il eut s’agit d’un vulgaire crachat. Il revint vers alors vers Taseo et s’accroupit près de lui, avant de poser son genou sur son estomac et d’empoigner ses cheveux. Il lui frappa la tête contre le sol par deux fois. Le rebelle se mordit la langue pour ne pas hurler, crachant ainsi une nouvelle gerbe de sang.

Le Saint-Premier ne s’arrêta pas là. Décidé à faire payer celui qui l’avait honteusement trahi, il s’empara d’un petit couteau de métal, qu’il gardait dans le pli de sa robe, et entreprit de dessiner une nouvelle cicatrice au rebelle. Il partit du milieu du front et continua le long du contour du visage, passant à proximité de l’arcade sourcilière et de l’œil gauche.

Le traitre les supplia de le pardonner, jurant qu’il ferait don de son propre sang maudit.

Abel murmurait des prières tandis qu’il le torturait. Taseo serra les dents, refusant d’offrir le plaisir de sa souffrance au religieux. Il battit furieusement des jambes, mais la prise d’Abel était trop forte. Le rebelle ne pouvait pas non plus se servir de ses pouvoirs. Déchainer de l’énergie, alors que sa cible se trouvait si près de lui – qui plus est en train de planter une lame dans son visage – présentait un risque important de les tuer tous les deux. Il ne pouvait que griffer son bras, mais le Saint-Premier semblait ignorer la douleur.

Celui-ci s’arrêta soudain en arrivant au-dessus de la joue. 

Estimant sans doute qu’il avait suffisamment torturé le rebelle, il retira sa lame et libéra Taseo. Ce dernier passa une main tremblante sur son visage. Elle en ressortit couverte de sang.

Le Saint-Premier s’éloigna à pas lents. Il leva le couteau devant ses yeux et observa quelques instants durant le sang perler le long de la lame.

– Je peux comprendre tu sais. Ta rébellion. Sans doute y suis-je pour quelque chose. Je n’étais pas assez présent, je n’ai pas su t’ouvrir assez les yeux. (Il essuya son couteau sur sa bure et le rangea). Mais à présent tu es pardonné. Il n’est pas trop tard pour tout arrêter et me rejoindre. Tu pourrais m’aider à créer un monde meilleur.

Taseo rit jaune.

– Jamais, espèce de vieux fou.

Abel posa sur lui un regard peiné.

– Je vois. Alors il ne me reste plus qu’à accomplir ce pour quoi je suis venu.

Il leva le bras et envoya un puissant rayon d’énergie en direction de la machine. L’entrepôt s’illumina d’une vive lumière rouge. Pourtant, aucun bruit d’explosion ne retentit. Une fois l’énergie dissipée, Abel pût constater que la machine n’avait subi aucun défaut. Toutefois, des reflets rouges semblèrent l’entourer par endroits. D’abord intenses, ils disparurent petit à petit.

– Ha ! je vois. Un bouclier. Je comprends mieux pourquoi tu ne la protégeais pas tant que ça. Qu’importe ! Il finira bien par céder !

– Pas si je m’en mêle.

Taseo essuya rapidement le sang qui lui gênait la vue et se releva tout en projetant une boule d’énergie sur Abel. Ce dernier l’évita, mais elle rebondit sur le bouclier qui protégeait la machine, et vint percuter le sol au niveau du religieux. A nouveau, une partie de la bure disparut et la jambe gauche d’Abel récolta des marques de brûlures.  

Il répliqua aussitôt avec une gerbe de flammes. Taseo les évita d’une roulade souple. Il posa alors sa main sur le sol et fit courir des jets d’énergies vers son ennemi. Ils coururent le long du plancher et explosèrent en arrivant au niveau du Saint-Premier. Celui récolta de nouvelles blessures au visage et aux bras.

Taseo continua de le harceler, envoyant toujours plus d’énergie, au risque de faire surchauffer son bracelet. Abel ne put toutes les éviter, assaillit par le flot des attaques du rebelle. Le religieux perdait l’avantage. Tout juste parvenait-il à riposter.

– Cette fois j’en ai assez ! hurla-t-il.

Abel cessa d’utiliser son énergie rouge. Au lieu de quoi, il sollicita davantage sa manchette, au point qu’il menaça de s’arrêter. Soudain, des langues faites d’une énergie noire en jaillirent et foncèrent vers le rebelle. Il tenta de les repousser, mais elles l’évitèrent et s’enroulèrent autour de ses jambes et de ses bras. Leurs extrémités s’encrèrent ensuite dans le sol. Taseo se retrouva suspendu au-dessus du sol, les quatre membres écartés comme s’il allait être écartelé.

– Qu’est-ce que c’est ça ?!

– Des nanorobots. Des milliards pour être exacts. Ils sont intelligents et obéissent à la volonté de celui qui les contrôle.

Abel jeta un œil sur son bracelet, qui était désormais éteint.

– Je l’ai trop sollicité on dirait.

Il détacha les lanières et le laissa tomber sur le sol. Les nanorobots qui retenaient Taseo s’activèrent soudain et lui arrachèrent son propre bracelet. Le Saint-Premier s’en saisit et l’attacha autour de son bras.

– Occupons-nous de cette chose.

Il leva le bras et tira en direction de la machine.

– Non !

Taseo se débattit, mais les nanorobots le retenaient fermement. Abel tira de nouveau. Le champ de protection sauta. L’instant d’après, une nouvelle attaque atteignit la machine. Elle eut un bruit de ferraille pliée déchirant, mais résista. Le Saint-Premier continua. Un rayon. Une sphère. Deux nouveaux rayons. Une des plaques de métal plia. Un des tuyaux se déchira. Les circuits de la machine étaient à présent visibles. Le Saint-Premier eut un sourire dément.

            Il plongea la main à l’intérieur et arracha une poignée de câbles au hasard. La machine toussota et émit plusieurs signaux d’alerte. L’intensité du rayon qui générait le dôme diminua, jusqu’à devenir de moins et moins large et finalement disparaitre. Puis la machine s’éteignit.

            Taseo sentit soudain de l’eau sur son visage. Il leva la tête et aperçut le ciel gris au-dessus de lui, qui n’était plus déformé par le coupole. Une fine pluie tombait sur Pont-Rouge.

            Au moins la tempête était-elle terminée.

            De petites étincelles jaillissaient de la machine. L’eau s’infiltrait à l’intérieur et mettait à mal les circuits.

            – Mes troupes vont à présent se diriger dans tout le royaume. Ce sera la fin de cette ère.

            Seulement quelques instants plus tard, un androïde passa à toute allure au-dessus d’eux, confirmant les sombres paroles du Saint-Premier. 

 

            Pont-Rouge tombait. La dernière tourelle encore debout du palais s’effondra sur elle-même, et tombant dans une gerbe de pierres blanches. Les autrefois si hauts et résistants remparts tombèrent. Tout un pan s’arracha de la partie est, permettant à la rivière de déborder dans la ville, engloutissant les trottoirs et bâtiments de cette partie de la capitale. 

            Les bâtiments en ruines disparaissaient, avalés par les flammes voraces qui se chargeaient de les changer en cendres fumantes. La brise d’après tempête s’engouffra dans la ville, soulevant la poussière des décombres, tandis que la pluie lavait le sang qui tachait les rues. 

Les quelques malheureux encore debout virent avec consternation les androïdes fendre le ciel pour filer vers une autre destination.

 

Le Saint-Premier avait donné l’ordre de commencer par les villes les plus importantes. Sainte-Estelle, tout au nord, ne devrait pas mettre plus de quelques heures à tomber. La ville, encastrée en partie dans la chaine de montagnes, verrait une partie de ces dernières lui tomber dessus. Plus au sud, Pahlarme et Rilerme ne poseraient pas non plus de grandes difficultés. Les deux villes abritaient toutes les deux un important siège du culte et un couvent. Les fidèles présents sur place répondraient rapidement à l’appel de leur chef.

Castion-Perenne, grande ville de l’ouest, devrait opposer plus de résistance. Plusieurs fois visée par les Concordiens, la citadelle savait se défendre. Mais au final, elle aussi tomberait. Le reste n’était que du menu frottin.

Il se tourna vers Taseo.

– C’est fini. Tu as perdu, laissa-t-il tomber.

            Le rebelle ravala des larmes de dépit. Il ne voulait pas s’abaisser à ça. En l’espace d’un instant, ses rêves avaient été balayés. Ses espoirs annihilés.

            – Je vais devoir t’éliminer. Comprends-tu ?

            Le rebelle ne répondit pas.

            – Bien, soupira Abel.

            Il leva son bras. Taseo entendit l’arme s’allumer et les mécanismes s’enclencher.

            – C’était un rêve stupide, murmura-t-il.

            Pourtant, au fond de lui, il espérait sincèrement qu’un jour, un autre que lui se soulèverait face à l’adversité. Abel tira.

Taseo ne put que contempler, impuissant, le tir mortel du Saint-Premier qui fonçait droit sur lui.

Il ne l’atteignit jamais.

Le révolutionnaire contempla avec stupeur, le tir se stopper en plein vol, et disparaitre en poussière. Le visage d’Abel se tordit de la même incompréhension.

Entre eux, se tenait une silhouette, vêtue d’une robe dont les multiples volants colorés ondulaient doucement. Taseo se sentit soudain pris d’un vertige. Sa vue se fit légèrement trouble. Pourtant, il put voir nettement la silhouette fondre sur Abel et lui toucher délicatement le front. Après quoi il s’effondra au sol. Taseo eut tout juste le temps de sentir les nanorobots le relâcher et de voir l’inconnue se retourner pour lui sourire.

Puis il sombra dans l’inconscience.

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