Chapitre 16 : La deuxième étoile, à droite

Par Zephirs

La première idée qui vint à Ashley fut de se débattre. Mais ça, c’était avant que les cris de son compagnon lui rappelèrent qu’ils se situaient au-dessus d’un gouffre effaçant quiconque tombait dedans. L’ombre s’arrêta brusquement dans les airs. Si Samuel se fiait à la série de coup de pieds qu’il reçut, le vol n’acceptait pas les passagers clandestins.

Une odeur de gâteau mélangée à celle de cadavres agressa subitement leurs narines, puis un ustensile de cuisine, une cuillère en bois pour être exact, frôla la tête d’Ashley.

— Voyous, truands, terroristes ! Qu’avez-vous faits idiots d’êtres vivants ?

— Jimmy, tu viens de balancer ma cuillère préférée.

Les coups cessèrent, la silhouette d’adolescent prit de l’altitude. La brusque élévation décupla la douleur dans la main d’Ashley. Malgré les larmes qui lui montaient aux yeux, elle parvenait à voir les trois momies plantées au milieu des restes des marches. Une faisait un geste en leur direction à ne surtout pas décrire. Une autre, vêtu d’un tablier, se tenait à genoux les mains sur la tête, comme si elle venait de perdre la chose la plus importante de son existence. Et la dernière agitait un long bâton dans un costume moyenâgeux gris au grand chapeau.

— Vous... ne partirez... pas !

Un éclat doré apparut au sommet du bout de bois, après quoi un filet passa à quelques centimètres d’eux avant de se perdre dans la nuit.

L’étrange convoi volant franchi le trou au plafond, s’élevant toujours plus haut vers les étoiles. Ashley perdait ses mots tant la colère bouillonnait en elle. Ses pensées désorganisées l’empêchaient d’aligner deux syllabes sans bafouiller de rage :

— Tu allais… tu allais me laisser tomber pas… pas vrai ? Tu allais… tu allais me laisser être effacé pour sauver ta vie, hein ?

Des secousses la paniqua. Ce n’était que leur pilote qui souhaitait la faire taire. Peine perdue, évidemment.

— C’est…

Ashley se ravisa. L’important dans l’immédiat ne se trouvait pas dans son identité mais plutôt dans la raison de cette envolée sans fin.

— Cette chose nous emmène où ?

Une pression désagréable au niveau de ses épaules lui indiqua que l’ombre commençait à être vraiment mécontente. À peine fut-elle relâché qu’Ashley s’aperçut que sa main ne lui faisait plus mal. À vrai dire, elle ne lui faisait plus rien du tout. Plus aucune sensation ne la parcourait, mise à part celle qu’un mollusque en avait pris la place.

— On se dirige vers la deuxième étoile, à droite.

Clair, simple et d’une précision absolue. Certes, ça n’avait aucun sens dans l’esprit d’Ashley, mais si on écartait la peur dans sa voix, c’était du Chasseur tout craché. À défaut de l’éclairer, cette réponse lui rappelait étrangement son enfance, comme un souvenir à demi effacé. Peut-être allaient-ils atterrir dans un endroit agréable, coloré et plein de petits lapins accompagnés de licornes pailletés.

Un flash de lumière força Ashley à fermer les yeux, et aspira le trio dans une vitesse folle dépassant l’entendement. Les astres défilaient autour d’eux, le sables sous leurs pieds n’étaient plus qu’un lointain souvenir.

Un point se rapprochait à vive allure, entouré d’une eau lugubre d’où émergeaient des rochers à l’aspect de dents de requin. L’un d’eux, considérablement plus gros que tous les autres, ressemblait à un crâne humain géant.

C’était une île. Une îles aux nombreux reliefs, une îles envahi par une forêt touffue impénétrable, et aux côtes emplies d’un sable fin et noir.

La descente fut comparable à celle d’un wagonnet de montagnes-russes, au plus grand désarroi de Samuel qui peinait à s’accrocher. Malgré la précarité de sa position, c’est ce moment qu’il choisit pour se rebeller.

Prison se transforma et tenta de transpercer le garçon. Ses gestes lourds et imprécis ne parvinrent qu’à le déstabiliser. L’ombre fut contrainte de piquer plus bas qu’elle ne l’avait prévu, une véritable aubaine pour quelqu’un de déterminé à la faire lâcher prise. Malheureusement, la plage ne resta qu’à six ou sept mètres sous leurs pieds. Lorsqu’il aura libéré Ashley, un sort de ralentissement sera plus qu’une nécessité.

La blondinette se joignit timidement à la mutinerie. Dans un premier temps, elle essaya de dégager ses épaules solidement harnachées par leur pilote, puis sans prévenir, donna un violent coup de tête en arrière.

Il fit mouche. L’ombre changea subitement de cap pour faire des cercles au-dessus de la plage, ses mains positionnées sur son nez. Ashley profita de la fragilisation de la prise pour se libérer à l’exact moment où Prison allait enfin atteindre sa cible.

— NON !

Le sables s’approchait à vive allure, Samuel positionna ses mains dans sa direction :

Prohi...

Les deux compagnons s’écrasèrent dans un horrible craquement. Même si tout son corps était en feu, l’homme au long manteau gris-noir se redressa immédiatement. Il n’avait pas de temps à perdre, il devait fuir. La vision floue, il chercha à tâtons son épée. Sa poignée, illuminée de mille feux, apparaissait comme une grosse masse de pixels à ses yeux.

Une mélodie belle, courte, inquiétante s’échappa d’au-dessus de leur tête. L’ombre aux allures d’adolescent rangea sa flûte de pan à sa ceinture, un air mauvais au visage, après quoi elle fila vers les arbres.

Instantanément, une peur indescriptible envahit le Chasseur. Une peur bien plus grande que celle inspirée par Apophis, le dieu dévoreur.

— Ash, on part. Tout de suite.

Elle ne répondit pas, son corps resta immobile. Seul son ventre s’abaissait et se levait de manière irrégulière. Samuel se précipita à sa position, la chargea sur ses épaules puis s’élança sans réfléchir davantage.

Des branches craquèrent en nombre à l’orée de la forêt.

— Sapristi…

Entre les troncs apparurent des formes noires, difformes, sous un fond de grognements, de cliquetis et de battements d’ailes. Certaines, rampantes, se mouvèrent jusqu’au sable à une vitesse ahurissante. D’autres, géantes, déracinèrent des arbres sur leur passage en ébranlant le sol.

Des feuillages surgirent des horreurs volantes aux becs acérés et aux serres terrifiantes.

— Sapristi de sapristi.

À chaque instant, la forêt en recrachait toujours plus à leurs trousses. Courir ne suffira pas pour leur échapper, il le savait. De toute manière, ses jambes n’en seraient plus capables très longtemps.

Je peux le faire.

Toutes ses articulations le faisaient souffrir, la régénération de ses tissus cellulaires ne suivait plus.

Je suis tout près.

Le vent siffla dans son dos. D’un bond réflexe sur le côté, Samuel esquiva une salve de cailloux remarquablement bien tirée. Il n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’une bande d’ombres enfantines le talonnait, armée de lances-pierres, de haches et de massues.

Le Chasseur s’arrêta, la marée noire d’engeance le débordait. Les créatures déferlaient trop rapidement des abords de la forêt pour qu’il puisse les dépasser. De son manteau, Samuel dévoila un petit globe de verre à la blancheur opaque. Les monstres ne se trouvaient plus qu’à quelques mètres, prêts à l’engloutir.

Il l’écrasa dans son poing.

Un brouillard dense et épais se propagea tandis que des loups-garous, des stryges, des manticores et bien d’autres créatures sous forme d’ombres se jetaient sur lui. Des griffes par milliers déchirèrent le vide, des crocs claquèrent en tous sens. Des harpies piaillèrent avant de piquer dans l’écran de brouillard au centre de la mêlée, suivies de près par d’autres volants tous aussi immondes.

Une bestiole proche d’un pingouin à plumes se faufila entre les jambes d’un centaure sur le point de rentrer dans la fumée, puis poussa un hurlement strident qui la balaya avec les monstres prient dedans. Il ne fallut qu’une poignée de secondes à la horde pour remarquer que le Chasseur n’était plus là.

D’innombrable créatures précipitèrent leur truffe au sol, et reniflèrent la piste encore chaude sans trouver une quelconque explication à sa disparition. Celles pourvues d’ailes survolèrent la zone et ses alentours dans l’espoir d’apercevoir leur proie, sans plus de succès.

L’agitation cessa d’un coup. Les monstres se figèrent, les volants se posèrent. Une haie d’honneur se créa jusqu’à la dernière position connue de Samuel, entourée par une masse d’horreurs en tout genre. Après quelques secondes de silence complet, un adolescent émergea. Sa peau était pâle, presque fantomatique dans sa tunique verte d’où dépassait des collants plus foncés. Un poignard d’une taille tout à fait respectable pendait à sa ceinture, et il n’était certainement pas d’apparat.

L’ombre qui avait emmené les deux compagnons atterrit aux côtés du garçon avant de s’immobiliser, en attente de nouvelles instructions. Leurs traits étaient absolument identiques.

— Retrouvez-les. Vivants.

 

***

 

Le rire du chat résonnait dans sa tête alors que sa colonne vertébrale, ressoudée à la va-vite, crissait sous sa peau. De la sueur coulait abondamment de son front, tous ses muscles brûlaient. Respirer était une tâche qui nécessitait un effort soutenu.

Tais-toi. Mais tais-toi maudit chat.

Ashley se retourna difficilement dans l’espoir de trouver une meilleure position. Des reniflements assaillaient son esprit, d’incalculables bruits de pattes perturbaient ses sens.

Sa bouche s’ouvrit, prête à hurler de toutes ses forces restantes, quand une main l’en empêcha. La jeune femme se débattit du mieux qu’elle pu mais abandonna rapidement, trop endoloris pour opposer une vraie résistance.

Un liquide s’introduisit entre ses lèvres, son corps se détendit, le matou se tue. Le calme se fit dans son esprit pour l’emporter dans le noir absolu.

 

***

 

Ashley eut un soubresaut. Elle avait faim. Terriblement faim. Après un effort incommensurable, sa main réussit à passer sur son dos. Un choc électrique s’y répercuta jusqu’à son coude, elle pouvait de nouveau ressentir ses doigts.

De sa colonne vertébrale se dégageait une chaleur anormale, comme une aura qu’elle parvenait à effleurer.

La voix du Chasseur, cassée par la fatigue, s’éleva soudainement jusqu’à ses oreilles :

— Trois jours. Je n’ai pas osé te contacter avant.

Ashley tenta d’ouvrir les yeux. Ses paupières, trop engourdies pour une obscure raison, le refusèrent. Elle ne parvenait plus à se souvenir où ils étaient ou comment elle avait eu ces blessures.

— Tu ne devais pas la prendre avec toi, Sam, le blâma la voix de Rebecca. Tu ne…

— Je ne peux plus être seul. Je ne veux plus. Je n’y arrive plus, je...

La fée s’emporta. Toute trace de tempérance s’évanouit dans ses mots, remplacée par la colère et le reproche :

— Tes remords t’ont-ils déjà quitté ?

Elle marqua un temps. Il n’y eut pas de réponse.

— Est-ce par ce que j’ai approuvé ta promesse que tu t’évertues à faire le contraire ? Ou bien, est-ce par pur égoïsme ?

Rebecca s’autorisa une autre pause ponctuée par un soupire. Face à son mutisme, toute trace de colère disparut, remplacée par de la compassion :

— Tu as la sale manie de t’entêter. Les compagnons, chercher le Catalyseur… tout cela ne mène à rien ! Les premiers meurent inéluctablement, et l’autre, les seules fois où tu l’as trouvé, il t’a filé entre les doigts ou tu as échoué dans son utilisation contre… contre elle.

Le silence s’installa sans que le Chasseur ne réplique.

Ashley remua. Une douleur à son bassin s’ajouta à sa collection, déjà bien fournie, lorsqu’elle essaya de se tourner sur le côté. Ses paupières restaient hermétiquement closes, ce qui se révéla pas plus mal car comme sa tête, son estomac chaviraient à l’en faire vomir.

Plus hésitante, Rebecca reprit :

— J’ai perdu trop de fées pour t’aider. Mes éclaireuses parcourent les mondes, prennent des risques afin d’atteindre des endroits inaccessibles… Cependant, ça fait presque cent ans que le catalyseur n’a pas été retrouvé.

— C’est une bonne chose. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire que je te le rappelle ce que signifie la dureté de la tâche. Tous les sacrifices que j’ai fait...

Un choc sonore l’interrompit. Le poing de la demoiselle ailé venait de percuter une surface dure et creuse, probablement le bois d’un bureau.

— Sam, tu as fait trop de sacrifice. Il est temps d’arrêter les frais. Si tu ne nous avais pas aidé pour détruire l’abomination sans nom, ça ferait longtemps que mes fées...

— J’ai fait ce qu’il fallait. Et en parlant de ça… tu ne devineras jamais comment j’ai atterrit au Pays Imaginaire.

L’intonation de la fée changea du tout au tout.

— Qu… quoi ?

— Une ombre s’est jetée sur Ashley pour l’enlever, je me suis accroché à elle sans vraiment savoir quoi faire et… voilà. Ce genre de bunker ne me manquait pas, et sapristi, je ne te raconte même pas le comité d’accueil.

— C’est impossible. Il est mort. Détruit. On ne peut même plus prononcer son vrai nom.

Ashley parvint enfin à décoller ses paupières. En suspension au-dessus de la main droite de Samuel se trouvait une bulle à l’aura bleutée, seule véritable lumière dans la semi-obscurité. Dedans, Rebecca affichait une mine effrayée abandonné de ses traits gracieux. La fée, debout derrière un bureau massif taillé avec une élégance qui ne pouvait être que magique, vit virevolter ses cheveux bouclés en se retournant, les mains dans le dos.

La Chasseur mordilla sa lèvre inférieure :

— Si nous ne faisons rien, il reviendra. Je ne donne pas cher du monde des fées face à toutes les ombres qu’il a déjà volé. Des milliers, des dizaines de milliers. Peut-être plus.

— Je… je dois en informer mes supérieurs. En es-tu sûr ? Qu’est-ce qui te dis qu’il n’est pas déjà trop tard ?

— Si l’abomination sans nom serait de nouveau là, ce n’est pas son ombre qui serait venue chercher Ashley.

— Pourquoi elle ?

— Ce n’est pas le moment de se préoccuper de ça. Il me faut toutes les fées disponibles. Immédiatement. Je ne suis pas de taille contre lui. Pas dans cet état, pas sans le Catalyseur. Et ce, même s’il n’est plus qu’un vestige de ce qu’il était autrefois.

— Mais c’est impossible, nous avons banni son nom. Il ne peut pas revenir, nous l’avons détruit.

La voix de la petite bonne femme sonnait étrangement absente. Sam passa nerveusement la main dans ses cheveux.

— Rebecca ! Va donc le lui dire, il n’a pas l’air au courant.

Rebecca se cogna dans la chaise de son bureau en pivotant.

— Ça impliquerait que nous ayons fait une erreur lors du rituel… Ou peut-être a-t-il réussi à trouver un moyen de s’extirper du néant.

— Il est impossible de s’extirper du néant.

Rébecca s’assit, puis prit sa tête entre ses mains, s’accoudant sur la surface en bois.

— Sam, toutes ces fées mortes pour rien.

— Pas pour rien, je l’empêcherai de revenir. Venez au plus vite, je vais prendre les devants.

Son poing se referma sur la bulle. Cette dernière s’en extirpa aussitôt pour investir une fiole qu’il rangea dans son manteau.

Ashley se suréleva douloureusement sur ses coudes :

— Arfh… En quoi c’est une bonne chose de ne pas trouver la Catalyseur ?

Son compagnon ne s’étonna pas de la voir éveillée, ni même qu’elle ait épié la conversation.

— Le Catalyseur est lié à l’apocalypse. Plus il est dur à trouver, plus elle est loin. Maintenant, bois ça.

Samuel lui jeta un flacon rouge et crépitant tel du magma en fusion.

— Tu t’es brisé la colonne vertébrale, les cotes et… beaucoup de trucs, lorsque l’ombre nous à lâché. Tu risques d’avoir quelques difficultés motrices dans les jours prochains.

Après quelques pas désorganisés, Sam se laissa glisser contre un mur, à côté d’un bureau couvert de cartes, de sièges minuscules sur ses rebords et de pions en forme de diverses créatures.

Les cernes sous ses yeux reléguaient le mot « épuisé » au rang d’euphémisme tandis que les traces de dents sur ses lèvres témoignaient des nombreuses fois qu’il les avait mordu.

— Depuis combien de temps tu n’as pas dormi ? s’inquiéta Ashley.

Malgré l’obscurité, bravée par une lucarne au plafond, traversée par le rayonnement des étoiles, ce genre de détails ne lui échappaient pas.

— Depuis que nous avons battu le Slenderman. Pourquoi ?

Il sortit une fiole au liquide gris transparent d’une de ses poches, les mains tremblotantes, puis vida ce qu’il y restait d’un trait avant de la laisser rouler au sol.

— Tu devrais te reposer.

— Je ne le peux pas.

Ses pupilles divaguaient, maintenir ses paupières ouvertes devenait de plus en plus difficile.

— Il se pourrait que j’ai compromis cette cachette en disparaissant juste au-dessus, poursuivit par une horde d’ombres de monstres. Il faut que je me tienne prêt, il faut que…

— Que tu tombes de fatigues devant eux ?

Le Chasseur ne répondit pas. Progressivement, le cerveau d’Ashley se remettait en marche, des questions germaient des zones flous dans son esprit.

— Tu es déjà venu ici ?

Son compagnon fit un geste rapide en direction de ses doigts dans lesquels rougeoyait la fiole qu’il lui avait envoyé un peu plus tôt.

— Bois-là.

Elle s’exécuta avant d’essayer une autre question d’un ton plus déterminé :

— Sam, qui a essayé de m’enlever ?

Le goût épicé de la potion remonta dans sa gorge et la douleur dans tout son corps s’atténua alors que le Chasseur restait muet, trop fatigué ou dépourvu de l’envie de lui répondre. Braquée sur son visage, libéré du pan de son manteau, la lumière de son saphir le rendait plus inquiétant qu’il ne l’était déjà.

— Sam ?

— Une abomination. Un être sans nom que tu dois connaître sous celui de Peter Pan.

L’éclat bleuté vacilla. Ashley jurerait avoir entendu des bruits de pattes juste au-dessus de leurs têtes accompagnés par d’horribles reniflements. Pourtant, au plafond, à travers le carreau, aucune bestiole n’y était visible.

Son attention se porta sur le reste de la pièce, vide, sombre. En plus de la couchette et de la table aux allures de champ de bataille, un dortoir minuscule, rempli de lits de camp qui pourraient appartenir à des poupées aux penchants belliqueux, se casait dans un coin. Son estomac gargouilla lorsque son regard passa sur un garde-manger entre-ouvert, malheureusement vide, non loin de la table stratégique.

— Pourquoi moi ?

— Sûrement pour la même raison qui t’a permis de rester en vie après avoir utilisé le sceptre de Rê.

Un flash frappa Ashley aussi violemment que le sable lors de sa chute sur la plage. Les souvenirs bondirent dans sa mémoire tout comme le bourdonnement inquiétant du gouffre donnant sur le néant.

Elle fixa son compagnon au regard perdu dans le vide.

— Tu allais vraiment me lâcher ?

Le Chasseur remua, mal à l’aise dans sa position. Ses pupilles retrouvèrent leur vivacité pour fuir celles de la jeune femme. Machinalement, il rendit l’empreinte sur ses lèvres plus profonde, puis soupira. Samuel ne paraissait pas accepter ce qu’il avait été prêt à faire pour sauver sa vie.

— Oui.

Ashley resta la bouche ouverte.

— Oui ?

— Écoute Ash, je t’ai dit qu’il était dangereux de m’accompagner, que tu pouvais mourir.

— Je le sais. Mais de là à voir son existence effacée…

Le Chasseur trouva le courage de la contempler dans les yeux.

— Je comprendrais si tu souhaites t’en tenir là, une fois que nous aurons quitté le Pays Imaginaire.

Sa tête s’appuya contre le mur. La tristesse rejoignit la fatigue sur son visage alors que ses paupières se verrouillèrent pour quelques instants :

— Je me suis fait une promesse que je ne peux assurément pas tenir. Par ma faute, des femmes, des hommes, des héros, des dieux sont… encore et encore.

Samuel se tue. Ses paupières se rouvrirent. Sans bouger, sans ciller, ses pupilles fixèrent Ashley.

— À présent, je veux que tout soit clair entre nous, reprit-il. Je veux que tu comprennes cette seule et unique chose : je ferais mon possible pour te protéger, mais si c’est en échange de ma vie ou de ma mission…

— Tu me laisseras mourir ou pire.

Une fois de plus, Samuel se mordit les lèvres. L’épuisement n’effaçait pas la détermination qu’inspiraient ses traits.

— Je dois arrêter l’apocalypse à tout prix.

La réalité, trop douloureuse pour Ashley, ne parvenait pas à résonner en elle. Mourir. Oui. La mort l’avait déjà talonné. Mais de là à imaginer pire que le trépas. Le concept lui demeurait inimaginable.

Une part d’Ashley en voulait à son compagnon. Même après ses avertissements, même après l’exposition d’une si froide logique. Protéger les mondes de l’apocalypse, peu importait l’existence d’une petite journaliste. Point.

Elle s’aida du mur afin de quitter sa couchette, puis tituba jusqu’à la table en bataille, au centre. Les plans d’escarmouches achevées depuis longtemps se virent tachés d’une goutte, puis deux.

— Je vois.

Des larmes glissaient du coin de ses paupières, l’émotion la submergeait. Elle essuya rapidement ses joues, renifla, respira profondément.

Samuel chancela en se remettant sur pied. Lentement, il mit une botte devant l’autre, comme si l’opération lui demandait un effort incommensurable. Sa main se dirigea vers son épaule. Il souhaitait la réconforter, lui dire qu’il était désolé.

— Écoute Ash...

Ashley serra la mâchoire.

— Sam, j’ai compris.

Le bras du Chasseur se suspendit dans les airs avant de se raviser et de retrouver sa place. Elle se retourna. Malgré des yeux rouges, aucune larme ne perlait sur ses joues.

— Inutile d’en dire plus. Je dois être prête à disparaître si je veux t’aider, tel est le prix pour sauver les mondes de l’apocalypse. D’accord. Dis-moi plutôt qui est exactement ce tocard de Peter Pan et comment on l’arrête. Je connais uniquement le film de Disney, j’imagine que ce n’est pas un joyeux bambin dont le seul but est de s’amuser et ne pas grandir...

Samuel déglutit avant de s’éloigner, les mains dans le dos, le regard plus sombre qu’il n’était déjà.

— Peter Pan était un monstre comme un autre. Il enlevait des enfants, les enrôlait, après quoi il les pendait le jour de leurs seize ans. Et puis, il tomba amoureux d’une magicienne.

L’air subitement rêveur, le Chasseur zyeuta la couchette en s’en approchant, attiré par l’idée d’un peu de repos.

— Elle se nommait Wendy. Tout ce que je sais à son propos, c’est qu’elle calmait ses ardeurs. Le Pays Imaginaire a connu son âge d’or. Plus aucun enfant perdu n’était tué le jour de ses seize ans. À la place, Peter Pan les renvoyait sur Terre.

Ses genoux se plièrent, Sam s’assit en tailleur sur le matelas au ras du sol.

— Tout allait bien jusqu’à ce que la magicienne, cette Wendy, soit assassinée. On ignore toujours par qui, néanmoins les soupçons se portent sur une fée du nom de Clochette.

Il s’étira les bras, fit quelques moulinets avec ses épaules. Ses os craquèrent sous les mouvements.

— Ce jour-là, Peter Pan subit une mutation. Je ne peux que le supposer car ce genre d’événement n’arrive pas souvent. Même jamais d’ailleurs. Il semblerait que la douleur de cette perte l’ait métamorphosé en abomination. C’est un rang au-dessus des monstres, répliqua-t-il avant que la question n’ait eu le temps d’être formulé. Des trucs vraiment, vraiment pas très sympa. Ce petit chenapan est parvenu à se procurer le Catalyseur, aidé par Clochette, puis a commencé à siphonner l’énergie du monde des fées.

Ashley tira une chaise de la table, ses jambes tremblaient. Rester debout, effort en théorie minime, se révélait plus important qu’il ne le devrait.

Samuel inspira, expira un grand coup :

— Les fées n’ont pas trop apprécié, une guerre a éclaté. Celles du Pays Imaginaire tuaient celles de leur monde d’origine. Les ombres volées par Peter Pan durant des siècles se joignirent à la fête, puis se fut au tour d’un corsaire mandaté par la reine d’Angleterre en personne…

— Et c’est à ce moment que tu es entré en scène.

Samuel s’apprêta à manifester son mécontentement d’être ainsi interrompu, mais se ravisa. Un sourire en coin se forma sur son visage :

— En effet. Peter Pan usait d’une pratique interdite : la magie des Ombres, une magie capable de voler une partie de l’âme de ses victimes ainsi que d’arracher l’ombre des gens et des monstres. Ce qui m’a donné une raison supplémentaire de ne pas le laisser badigeonner plus longtemps. Enfin ça, et le fait qu’il représentait une atteinte majeure à l’équilibre entre les monstres et les bonnes créatures, ainsi que sa possession du Catalyseur. Pour le vaincre, nous avons dû bannir son nom. C’est un rituel… compliqué. Je doute être en capacité de le faire actuellement. Surtout que treize fées m’aidaient la dernière fois.

— Quel est le plan pour le battre cette fois-ci ? questionna Ashley en tapotant intempestivement la table entre des petits sièges et des pions à l’effigie de bataillons de fées.

— Je me repose un peu pendant que tu montes la garde, puis on sort dehors pour repérer la zone autour de l’arbre du pendu en attendant Rebecca et ses commandos.

Ashley déglutie, ses doigts s’arrêtèrent. La seconde partie du plan ressemblait à une opération suicide.

— L’arbre du... et après ?

— On improvise.

La Chasseur ferma les yeux, après quoi il plaça ses mains sur ses genoux. Aucune de ses réponses ne satisfaisait Ashley. Elle jeta un coup d’œil circulaire à la salle, comme si un monstre pouvait surgir des murs ou du plafond à tout instant. Comment monter la garde dans un endroit dénué de porte demeura un mystère pour sa personne.

— Sam, je suis supposée surveiller quoi ?

Il pointa un de ses index en direction de la lucarne au plafond.

— Si quoi que ce soit s’y présente, tire-moi de ma méditation.

Ashley acquiesça, ce que ne pu voir son compagnon qui avait toujours les yeux fermé.

— Euh… Sam ?

La Chasseur s’irrita.

— Quoi encore ?

— J’ai faim.

Ses traits se détendirent, un rire franchi ses lèvres malgré lui. Samuel glissa une main sous son manteau pour attraper la boite de « pilules de la mère Hésat » avant de la jeter à Ashley.

Aucun doute, elle allait mieux.

 

***

 

Pas de seconde chance. Soit ils réussissaient, soit ils mourraient tous.

— Chasseur, bouge-toi !

Un petit être ailé aux cheveux blond et bouclé, dans une robe verte semblable à une feuille, fit un tour autour de lui, puis le dépassa rapidement. Malgré ses aptitudes hors-normes, il ne parvenait pas à tenir la cadence. Les nombreux arbres sur le chemin n’aidaient pas, d’autant plus quand il devait esquiver des flèches, des balles, des sorts ainsi que des monstres en plein combat avec des fées et des matelots au service d’un certain capitaine « James Hook ».

— Facile à dire quand on a des ailes et une petite taille.

La fée se retourna pour lui tirer la langue avant de reprendre son vol avec un peu moins d’entrain.

Sur sa droite, l’ombre d’un cyclope déracina un arbre. D’une roulade, il esquiva le balayage du tronc ainsi, qu’au passage, une volée de flèches.

Des Cocatrix piquèrent dans de grands battements de leurs ailes de chauves-souris sur deux marins, non loin, en prisent avec l’ombre d’un centaure, et les emportèrent dans les airs à l’aide de leurs pattes de coq aux griffes acérées.

— Conseillère Greengrowth, un peu d’aide ne serait pas de refus, hurla Samuel alors qu’un loup-garou le maintenait au sol, ses crocs claquants à quelques centimètres de son cou.

Un groupe de fées débarqua dans une bourrasque glaciale. Des stalactites fusèrent de tout côtés, déchirèrent l’écorce d’arbres malchanceux et trouèrent des ombres qui se disloquèrent sans pousser le moindre glapissement.

La conseillère Greengrowth fit demi-tour, l’air agacé. D’un geste de la main, elle invoqua des racines qui empalèrent la silhouette de l’affreuse bête garou à quelques mètres du sol.

— Appelle-moi Rebecca.

Le Chasseur reparti dans sa lancée avant qu’une autre créature n’ait le temps de le repérer et soit tentée de le réduire en pièce.

— Appelle-moi Sam alors.

 

***

 

Les images se parasitèrent dans l’esprit du Chasseur. Quelque chose d’extérieur l’empêchait de se maintenir en transe. Un fredonnement envoûtant se répercuta dans sa tête, puis disparut.

 

***

 

Une forme noire émergea de la cime des arbres pour survoler la clairière.

— Le voilà.

Samuel resserra son poing sur son saphir sans pour autant le transformer. Il suivait du regard l’ombre de la pire des abominations, plus furieuse qu’une maman dragon qui aurait perdu son œuf.

— Elles ont dû réussir, se réjouit Rebecca en brandissant le poing en l’air.

Douze fées, enveloppées à l’intérieur de robes semblables à des feuilles aux diverses couleurs, sortirent des arbres, pourchassés par une armée d’enfants talonnée d’une myriade d’essences monstrueuses. L’une des petites bonnes femmes transportait un cylindre en forme de sablier sur son dos, plus volumineux que son propre corps, ce qui l’empêchait les manœuvres trop audacieuses pour esquiver projectiles et autres joyeusetés.

Dès que l’ombre de Peter Pan aperçu les fuyardes, ses doigts se précipitèrent à sa flûte de Pan et l’amenèrent jusqu’à ses lèvres. Un son mélodieux, inquiétant, s’échappa de l’instrument pour se propager en même temps que la peur à travers chaque arbre, chaque pierre, chaque être vivant ou non, présent au Pays Imaginaire.

— Plus vite ! s’écria la fée en robe violette à la tête du groupe.

Pour couvrir leurs arrières, l’une d’elle pivota brusquement en plein vol et lança un mini cyclone, sans même regarder où elle visait, avant de reprendre ses zigzags.

Dans les airs, l’ombre de Peter Pan se tordit. De la couleur remplaçait progressivement sa peau sombre. Sans perdre plus de temps, le Chasseur, devancé par Rebecca, fonça à la rencontre des fées. Les traits gracieux de la demoiselle ailée se déformaient dans une grimace de terreur :

— Sam, il manque une des hautes conseillères, et il… il arrive. Le plan est fichu, on ne peut plus rien contre…

— Tu vas prendre sa place.

Le vent sifflait aux oreilles de la conseillère Greengrowth, incapable de traiter l’ordre, plus qu’une proposition, qu’elle venait d’entendre.

La fée au Catalyseur s’effondra sur l’épaule à Samuel. Les autres se retournèrent en exécutant un arc de cercle, puis déchaînèrent flammes, vents et éclairs. Plusieurs hautes conseillères brisèrent la formation afin de repousser l’arrivage de monstruosité volante aux écailles reluisantes et de petites silhouettes aux battements d’ailes réguliers.

— Dragon ! se brisa la voix l’une de petites femmes.

— Et fées… murmura Rebecca, trop désœuvrée pour maintenir un contact visuel avec ce qu’elle venait de désigner.

Samuel saisit la relique tendue par la haute-conseillère, à côté de sa tête, avant d’y insérer son saphir dans une encoche, en son centre, parfaitement adaptée à sa forme.

Peter Pan, en chair et en os, se redressa au-dessus des feuillages, le regard injecté de sang.

— Rendez-le-moi.

Le garçon plongea dans leur direction sans leur laisser le temps de formuler une contre-proposition.

Samuel remonta ses manches.

— Haute-conseillère Greywood, prête ?

La fée à la robe violette acquiesça avant d’invoquer une gerbe de flammes en direction de Peter Pan qu’il évita d’un looping.

— Alors c’est parti.

Il plaqua ses paumes de part et d’autre du Catalyseur. En un instant, une bulle orangée se forma autour de la relique, puis grossit, grossit encore et encore. Ses parois englobèrent le Chasseur, les hautes-conseillères, Rebecca, l’abomination, mais repoussèrent les cohortes d’enfants perdus, les fées du Pays Imaginaire et les ombres de monstres.

Une volée de sorts élémentaires contra la tentative de Peter Pan d’arracher le Catalyseur. L’objet, taillé de plusieurs traits creux qui ne se croisaient jamais, était illuminé par une lueur bleutée ponctionnée du saphir en son centre.

Les mains de Sam se crispèrent sur ses bords :

— Phase deux.

À peine eut-il prononcé ces mots que la conseillère Greywood enleva une de ses mèches en bataille de devant ses yeux, puis s’écria :

— En position !

Les fées se déployèrent en cercle, incluant Samuel dans la ligne continue. Peu après, un tentacule orangé se matérialisa, relié à la relique. Vif, sans crier gare, il se précipita vers Peter Pan, dans les airs, afféré à invoquer nombre d’essences monstrueuse à l’intérieur de la bulle du Catalyseur, et s’enroula autour de son torse. Les ombres retombèrent toutes sous forme de flaques visqueuses et furent absorbées par l’herbe.

Rebecca resta hésitante aux côtés du Chasseur, laissant vacant l’emplacement à sa droite où aurait dû se trouver la treizième fée.

— Rebecca, bouge toi !

Elle sortit de son incertitude.

— Très spirituel Sam.

— Arrêtez ! cracha Peter Pan dans une rage sans nom. Rendez-le-moi. RENDEZ-LE-MOI. J’en ai besoin pour la ramener.

Il dégaina son poignard à sa ceinture. Aussitôt, les tentacules se multiplièrent pour entraver ses bras et ses jambes, pour enserrer son cou. Malgré sa résistance, l’abomination ne parvenait pas à se libérer.

— Phase trois.

Toutes les fées levèrent leurs bras afin de presque se toucher les unes, les autres. Celle à gauche de Samuel récita d’un ton rapide et déterminé :

— Que ce jour sonne la fin de cette abomination…

Elle s’arrêta net en poussant des hurlements. Sa robe s’embrassa, puis ce fut au tour de son être avant qu’elle ne disparaisse dans un nuage de fumée.

La suivante prit le relais :

— Que plus personne dans le passé, le présent, le futur…

Son enveloppe corporelle subit le même sort.

— N’invoque son nom…

Les murmures étranglés de Peter Pan ne suffisait pas à le libérer de l’emprise du Catalyseur et de sa magie accouplée à celle du Chasseur et des fées. La panique l’annexait tandis qu’une silhouette noire tentait de se détacher de son corps sans y parvenir.

— Qu’il disparaisse dans le néant et…

— À jamais…

Les enfants perdus, les créatures frappaient de toutes leurs forces la paroi orangée. Les dragons crachaient leurs flammes, les fées invoquaient tempêtes et cataclysmes sans provoquer la moindre fissure.

— Que ses actions soient déformées…

— Oubliées, effacées…

La haute-conseillère Greywood prit la suite, le visage pâle mais fier :

— Qu’il perde tout attache à ce mo...

— À… à… ce monde et aux autres…

La mort de leur leader déstabilisa les trois fées restantes, conscientes de leur mort prochaine.

— Allez, vous pouvez le faire ! hurla Samuel pour leur redonner du courage. Concentrez-vous, vous pouvez canaliser votre pouvoir et survivre.

La fée suivante, les cheveux attachés en queue-de-cheval, serra les dents plus déterminée que jamais.

— Que son corps soit détruit…

Malheureusement, cela ne suffit pas. Elle partit en poussière comme les autres dans un hurlement de douleur.

— Vous pouvez le faire, reprit-il le front plein de sueur, ses pupilles concentrées sur la relique et les prémices de fumée qui s’élevaient de ses mains. Vous en avez le pouvoir.

— Que son âme soit dévorée…

L’avant-dernière femme ailée entra en combustion. Sam quitta la lumière bleutée dégagée par le Catalyseur afin d’adresser un regard plein d’espoir à Rebecca.

— Tu peux le faire.

La petite demoiselle aux cheveux bouclés acquiesça sans sourciller. Plus que la peur, la rage avait pris le dessus face à la mort de ses sœurs.

— Par notre magie…

Aucune flamme ne dévora la conseillère. Samuel resserra ses doigts autour de la plus puissante des reliques. Maintenant, c’était son tour :

— Nous te bannissons.

 

***

 

Le fredonnement revint dans sa tête, plus fort, plus constant. Sa douceur harmonieuse tira Samuel de ses souvenirs, lui donna la délicieuse envie de trouver la source d’une telle mélodie. Ses yeux s’ouvrirent, Ashley sursauta sur sa chaise :

— Il t’a réveillé ? C’est vrai qu’il est plus fort que tout à l’heure, mais tu peux retourner à ta « méditation ». Ça ne fait que quelques heures que tu es dedans. Aucun monstre n’a appro… qu’est-ce que tu fais ?

Samuel, debout, fit apparaître une échelle d’un geste de la main. Le carreau au plafond n’y était plus. Ses rebords, occupés par des accroches du même bois, maintenait leur seul moyen de sortir.

Les yeux vides, il posa ses doigts sur les barreaux afin de grimper aussi vite que possible.

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