Chapitre 16 – Confession et amitié

Par jubibby

Le cœur battant, Emma pénétra dans la cour où une foule nombreuse se trouvait encore. Tous les villageois n’avaient pu pénétrer à l’intérieur de la grande salle d’audience royale et ceux-là devaient se contenter des annonces faites par le serviteur à la trompette.

Emma ne prêta pas attention aux chuchotements qui l’accompagnaient tandis qu’elle traversait la cour jusqu’au châtelet : elle devait quitter les lieux et le plus vite possible. Elle franchit la porte principale, passa sous la herse qui avait été relevée quelques heures plus tôt puis prit la route allant vers le sud. Des gardes se trouvaient en service le long des remparts aussi marcha-t-elle encore plusieurs mètres, de manière à ne plus être visible des soldats royaux. Elle s’arrêta à l’ombre d’un grand arbre, regarda de tous côtés pour vérifier une dernière fois qu’elle était bien seule puis entra dans le bois en direction du nord-ouest. Il ne lui fallut pas attendre longtemps pour entendre les premiers signes du torrent qui s’écoulait non loin. La jeune femme ralentit le rythme à l’approche de l’eau : elle avait besoin de faire une pause, de reprendre ses esprits. Elle enleva ses gants en prenant garde de ne pas toucher la lame empoisonnée puis les jeta dans le fleuve. Elle s’approcha du bord, s’agenouilla et mit ses mains dans l’eau. S’aspergeant le visage, elle garda les yeux fermés quelques instants.

Que venait-il de se passer ? Elle avait refusé d’accomplir la mission que lui avait confiée la Ligue, voilà qui était une première pour elle. Pourquoi donc avait-elle agi ainsi ? Le prince lui avait offert une occasion inespérée en la tirant dans cet étroit couloir mais, même là, elle n’avait pu s’y résoudre. Cela allait lui coûter très cher, elle le savait. Alors pourquoi donc n’avait-elle rien fait ?

La jeune femme expira longuement puis se redressa. Ce n’était pas ici qu’elle trouverait une réponse à sa question. Avant toute autre chose, elle devait récupérer ses affaires. Elle remonta la rive du fleuve jusqu’à ce que le fanion du donjon soit visible. Puis elle repéra la souche dans laquelle elle avait déposé ses armes et son sac le matin même. Elle s’en approcha et, une fois sur place, se pencha en avant. Elle prit sa cape dans laquelle elle avait enveloppé son épée mais sa lame ne s’y trouvait plus. Prise de panique, la jeune femme fouilla le reste de la souche : ses armes avaient disparu.

Crac.

Ce simple son à peine audible fit comprendre à Emma qu’elle n’était pas seule. Brusquement, elle se jeta sur le côté et fit une roulade au sol pour se retourner. C’est alors qu’elle vit un homme de grande taille au visage sinistre qui la regardait d’un air menaçant. Il était en train de dégager l’épée qu’il venait de planter dans la souche morte : elle s’était écartée juste à temps pour éviter ce coup. Celui de son épée. Elle ne laissa pas le temps à son agresseur de réagir et se redressa pour lui asséner un violent coup de pied dans le ventre. L’homme tomba en arrière, entraînant avec lui l’épée qu’il venait de retirer de la souche.

Seule, sans armes, de corpulence bien inférieure à celle de l’homme qui venait de l’attaquer, Emma savait que ses chances de l’emporter étaient minimes. Fuir ne faisait toutefois pas partie de sa formation, ce serait offrir une cible bien trop facile à son adversaire que lui tourner le dos. Elle n’avait donc pas le choix : elle devait lui faire face.

– Qui êtes-vous ? demanda-t-elle tandis qu’il se redressait.

Il ne répondit pas mais émit un reniflement sonore. Il saisit l’épée à deux mains et fonça sur elle. Emma l’esquiva au dernier moment mais se prit les pieds dans la jambe qu’il avait laissé traîner à son attention. Elle tomba, face contre terre. Elle se retourna à la hâte mais dut s’arrêter en pleine action : l’homme pointait son épée sur sa gorge.

– Si je dois mourir je voudrais au moins savoir pourquoi et de la main de qui.

– Ça ma petite, ça ne fait pas partie de ma mission.

Il éloigna la lame un bref instant pour prendre de l’élan. Emma savait que le coup fatal allait venir et elle le regarda sans ciller. Alors qu’elle s’attendait à sentir la lame lui transpercer le corps, elle vit l’homme s’écrouler devant elle, une pierre gisant à côté de lui. Emma se releva prudemment et examina son assaillant : un impact était visible à l’arrière de son crâne où du sang commençait à couler. Elle redressa la tête et la tourna dans tous les sens, cherchant d’où cela avait pu venir.

– Par ici ! finit-elle par entendre.

C’était William qui se trouvait dans un arbre à quelques mètres de là, une fronde à la main.

– Tu avais l’air en mauvaise posture ma vieille, j’ai bien fait de te suivre.

– William, que fais-tu là ? Je croyais que tu avais pris la direction du Sud lorsque nous nous sommes séparés l’autre jour ?

– C’était bien le cas, oui, mais je m’inquiétais pour toi. Tu n’étais pas dans ton état normal après t’être rendue au Trou des Disparus, je voulais être sûr que tout irait bien pour toi. Et visiblement, j’ai bien fait de revenir.

Son ami était descendu de son arbre tout en parlant et s’était approché de l’agresseur d’Emma qui gisait à terre. Il s’agenouilla près de l’homme et mit un doigt sur sa gorge.

– Vivant.

Emma s’approcha à son tour et, redoutant ce qu’elle y verrait, remonta la manche droite de l’homme sur son avant-bras. Un cercle inscrit dans un triangle était gravé dans sa peau.

– Il a été envoyé par la Ligue, dit-elle en déglutissant difficilement.

– Mais pourquoi voudraient-ils te tuer ?

– Cela je l’ignore mais une chose est certaine : il faut se débarrasser de cet homme sans plus attendre. S’il se réveille, il nous tuera tous les deux. Et tu peux être sûr que s’il échoue, d’autres viendront après lui. Je refuse que tu sois mis en danger par ma faute.

Emma prit une profonde inspiration, tentant une nouvelle fois de reprendre ses esprits. Ainsi donc la Ligue avait tenté de l’assassiner. Était-ce pour la punir de ne pas avoir tué le prince ? Elle savait les conséquences de son choix lourdes mais, tout de même, comment les membres du conseil pouvaient-ils savoir qu’elle ne remplirait pas sa mission ? Avaient-ils prévu de l’éliminer dès le début ? Depuis combien de temps était-elle suivi de la sorte ? Emma avait servi l’organisation loyalement pendant des années, pourquoi voudraient-ils soudainement se débarrasser d’elle ? Craignaient-ils qu’elle ne devienne gênante, qu’elle remplisse ou non sa mission ? Elle regarda William qui la fixait sans rien dire. Il semblait d’un calme déroutant devant le danger qu’ils couraient tous deux en cet instant.

– Je n’ai jamais voulu te mêler à tout cela, regretta Emma.

– Je le sais. Et je savais que cela ne serait pas sans risque mais c’était mon choix que celui de faire demi-tour. Laisse-moi t’aider un peu plus.

Emma vit dans son regard qu’il ne renoncerait pas. Pas cette fois. Elle acquiesça puis répondit.

– Très bien, répondit-elle dans un soupir.

Les deux amis transportèrent l’homme de main de la Ligue jusqu’au fleuve. Ils durent s’y reprendre à plusieurs fois car son poids et sa taille rendaient son déplacement difficile. Ils atteignirent la rive en sueur, les bras tremblants. Emma retira la ceinture qui était accrochée au pantalon de son ennemi et, aidée de William, le mit à plat ventre pour attacher dans son dos ses mains et ses pieds. Puis ils jetèrent le corps dans l’eau et le regardèrent s’éloigner, entraîné par le courant. Son ami n’avait pas objecté, il n’avait pas posé de question sur cette manière de faire. Emma n’osa pas croiser son regard, craignant d’y voir de la déception sur qui elle était vraiment.

Lorsque le corps de l’assassin ne fut plus visible, ils retournèrent près de la souche où Emma récupéra sa cape, son sac et l’épée que l’homme avait tenté de retourner contre elle. Son poignard se révéla introuvable. Tant pis, elle devrait s’en procurer un autre. Elle se tourna alors vers William, honteuse, prête à lui faire ses adieux. Il ne la laissa toutefois pas faire.

– Tu es mon amie, Emma. Tu refuses peut-être d’en parler mais je sais très bien ce que tu faisais au sein de cette organisation. Si je n’ai jamais compris pourquoi tu en voulais autant au roi François, j’ai confiance en toi pour faire les bons choix.

– Alors tu savais ? bredouilla-t-elle stupéfaite. Tu savais et tu n’as jamais rien dit ?

– Tu changeais toujours de sujet chaque fois que j’essayais de te parler de la Ligue. Et je comprends pourquoi. Mais pour que je puisse t’aider, tu dois tout me dire cette fois-ci. Que s’est-il passé au palais ? Tu semblais ébranlée en en sortant.

Emma hésita à répondre. Que savait William de la Ligue et de son rôle au sein de l’organisation ? Pouvait-elle réellement lui dire l’entière vérité sans crainte que cela ne change son regard sur elle ?

– Je n’ai pas accompli ma mission. L’occasion était parfaite pourtant mais… j’en ai été incapable. Tu étais au palais toi aussi ? Je ne t’y ai pas vu.

– Je n’y étais pas. J’attendais à l’extérieur, là où je me doutais que tu aurais besoin de moi.

– Tu savais ce qui allait se passer, n’est-ce pas ?

– Je savais pour les fiançailles. Et je savais pourquoi tu y étais.

Emma sentit son cœur faire un nouveau bond dans sa poitrine en entendant ces paroles.

– Tu savais ?

– Que tu devais tuer le prince ?

– Mais… mais… comment ? Tu ne fais pas partie de la Ligue, comment pourrais-tu être informé de leurs plans les plus secrets ?

– Disons que mes recherches dans le Sud m’ont appris quelques façons bien utiles d’obtenir des renseignements. Tu n’as pas idée du nombre de langues qui se délient après quelques verres offerts dans une taverne ! Cet homme n’échappait pas à la règle.

– Tu l’avais déjà vu ?

– Il y a deux jours, juste avant de vouloir prendre la route. J’ai aperçu la marque sur son avant-bras, celle-là même que tu t’évertues à cacher, et je l’ai suivi. Je n’étais pas certain alors de ce que j’avais découvert mais je savais que je devais te retrouver. Le venin que tu as récupéré chez l’apothicaire devait te servir aujourd’hui, n’est-ce pas ?

William se montrait aussi curieux qu’à son habitude mais Emma devait bien avouer que son sérieux était pour le moins déroutant. Il n’y avait qu’un sujet pour lequel elle lui connaissait cet air : celui de sa sœur, Marie. S’inquiétait-il pour elle autant que pour sa parente disparue ?

– Tu es décidément un observateur hors pair, on ne peut rien te cacher. Depuis quand sais-tu ? Pour… tout ça ?

– Pour tes missions au sein de la Ligue ? Un moment déjà… J’ai essayé de t’en parler plus d’une fois mais tu ne voulais jamais m’écouter. J’ai fini par me dire que tu te confierais à moi quand tu serais prête. J’ignore si tu l’es ni si tu le seras jamais vraiment mais il faut que je sache ce qui t’a amenée ici pour pouvoir t’aider à t’en sortir. Si tu devais tuer le prince, pourquoi t’en es-tu sentie incapable ?

Emma se sentait de plus en plus gênée devant le regard insistant de William. Il ne semblait pas la juger, il ne lui tournait pas le dos. Mais pouvait-elle réellement lui parler de l’obscurité de son âme, à lui, son seul et unique ami ? Elle plongea ses yeux dans les siens et comprit qu’elle n’avait guère le choix. Elle soupira avant de lui répondre.

– Je n’ai pas pu parce que je l’avais déjà rencontré.

Elle lui raconta alors tout ce qu’elle lui avait toujours tu : ses missions pour la Ligue dans le Sud, ces enlèvements et ces assassinats qu’elle avait commis dans le but de renverser le roi François. Pour la toute première fois, elle lui parla de Volgir et de ses origines. Si elle ne pouvait lui faire confiance à lui alors à qui d’autre pourrait-elle se confier à ce sujet ? William l’écouta sans l’interrompre, le visage impassible. Elle poursuivit en lui disant comment elle était tombée sur le prince dans les ruelles de Castelonde à la veille de son conseil, comment ils avaient échappé ensemble aux brigands, comment ils s’étaient séparés aux abords de Chênevert.

– Je me suis figée lorsque je l’ai reconnu au palais. Tu me demandes pourquoi je ne l’ai pas tué mais pourquoi l’aurais-je fait ? Cet homme est différent de tous ceux que j’ai pu rencontrer au cours de mes voyages, il veut voir le bon qu’il y a en chacun de nous, peu importe son rang ou ses origines. N’est-ce pas précisément ce dont Zéphyros et Calciasté ont besoin ?

Emma guetta la réaction de son ami. Il n’avait rien dit lors de son long monologue, n’avait pas bougé le pli de ses lèvres, n’avait pas même levé un sourcil. Maintenant qu’elle avait achevé sa confession, il semblait hésiter à lui répondre, l’observant de ses yeux perçants. Soudain, un tendre sourire fendit son visage.

– Je suis heureux que tu dises cela. J’espérais sincèrement que tu finirais par voir que tu ne servais pas tes intérêts, quels qu’ils soient, au sein de la Ligue. Que tu le ferais avant d’avoir fait quelque chose d’irréparable que tu regretterais.

Ces paroles inespérées libérèrent Emma du poids qui pesait sur son estomac.

– Tu ne me détestes pas alors ?

– Pourquoi te détesterais-je ? Comme je te l’ai dit : tu es mon amie et j’ai confiance en toi. Peut-être que tu as les mains tachées de sang, peut-être que tu as pris de mauvaises décisions par le passé mais je crois que tu t’es faite manipuler et que tes actions au sein de la Ligue ne te définissent pas en tant que personne. Je sais à présent que la vie ne t’a pas épargnée, que c’est la raison pour laquelle tu as pris cette route. Cela n’excuse peut-être pas ce que tu as fait mais je suis prêt à te pardonner car je sais que tu feras tout ton possible pour corriger tes erreurs.

– Oh William, comme je regrette de t’avoir caché mon passé ! J’ai cru qu’en te tenant à l’écart de mes secrets, je te protégerais des dangers que je courais. J’avais si peur de ta réaction que je m’étais interdit de t’en parler. Je sais maintenant que je ne peux pas t’empêcher de te soucier de ce qui m’arrive si c’est là ton souhait.

La jeune femme lui rendit son sourire. Se confier à son ami l’avait soulagée au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer.

– Tu vas vraiment m’aider alors ?

– J’en ai bien l’intention. J’ignore ce que tu comptes faire à présent mais il y a une chose que tu dois savoir. À propos de la Ligue.

– À propos de la Ligue ? répéta Emma interloquée.

– Oui. J’ai fait une découverte lors de mon dernier voyage à Rochefer. Les rapports qui sont envoyés au roi concernant l’état de la région… Je crois qu’ils ont été falsifiés.

– Falsifiés ? Que veux-tu dire par là ?

– Un homme de passage lorsque j’interrogeais des villageois à la taverne a laissé tomber des documents. J’ai voulu l’aider à les ramasser mais il m’en a empêché, il ne voulait pas que je touche à ses parchemins. Mais j’ai tout de même eu le temps de remarquer une chose troublante : ces documents portaient le sceau du roi François et personne n’avait jamais vu cet homme à l’air suspect.

« Alors je l’ai suivi jusqu’à l’auberge où il séjournait. Je me suis posté sur le toit de la bâtisse faisant face à sa chambre et je l’ai observé. Il écrivait sur des parchemins vierges, brûlait de la cire pour apposer un sceau en bas de chaque papier. Si quelqu’un frappait à sa porte, il refermait à la hâte le secrétaire sur lequel il travaillait afin que personne ne voie ce qu’il faisait. Puis, au milieu de la nuit, un homme l’a rejoint et tous deux ont remonté la manche de leur veste sur leur avant-bras droit. Il faisait trop sombre pour que je distingue clairement la marque qu’ils portaient tous deux mais je suis certain que c’était bien celle-là même qui est gravée dans ta chair. Ces hommes font en sorte que le roi ne sache pas que le Sud est ravagé par la pauvreté, ils font en sorte que les habitants de cette région se sentent délaissés par leur souverain. J’en mettrais ma main à couper. »

Emma avait écouté William sans l’interrompre, horrifiée par ce que son ami avait découvert. Elle savait que la Ligue jouait un rôle actif dans cette région pour s’y être rendue à de nombreuses reprises mais elle pensait que ses actions se limitaient à l’enrôlement de nouvelles recrues, à la prise de conscience locale que le roi François devait être renversé, au détournement des richesses spoliées à ce peuple. Se pouvait-il réellement qu’elle ait été aveugle aux agissements de l’organisation qu’elle servait ? Peut-être même à ses véritables intentions ?

– Admettons qu’ils falsifient ces rapports envoyés au roi comme tu le dis, qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? Pourquoi feraient-ils cela ?

– Tu dis que leur but est de détrôner le roi François, n’est-ce pas ? Alors cela me paraît évident : ils cherchent à l’affaiblir. Il ignore tout de la situation dans le Sud, ne fait donc rien pour améliorer le sort de ses sujets. Ceux-ci se retournent peu à peu contre lui, servant ainsi les intérêts de la Ligue.

Oui, cette théorie semblait plausible, Emma devait bien l’admettre. La Ligue chercherait donc à se débarrasser du roi en provoquant une guerre civile dans la région du royaume la plus vulnérable ? Cela avait des chances de fonctionner. Mais dans quel état Zéphyros en ressortirait-il ?

– Comment ai-je pu être aussi aveugle ? soupira Emma. La Ligue ne sert en rien les intérêts du royaume, elle ne fait que nous diviser pour mieux nous manipuler. Je me sens si stupide d’avoir pris part à cette entreprise !

– Ne dis pas cela ! Ils se sont servis de toi, ont nourri ta soif de vengeance pour pouvoir mieux t’utiliser à leur guise. Et au moindre faux pas, ils décident de t’éliminer. Ouvre les yeux Emma : tu n’es pas stupide, ce sont eux qui t’ont manipulée !

La jeune femme eut la désagréable sensation qu’on venait de verser sur elle un seau d’eau glacée. Ce qui avait constitué sa raison de vivre au cours des dernières années venait de se briser. Si elle désirait toujours ardemment la mort du roi François, elle se rendait compte grâce à son ami qu’elle s’y était prise de la mauvaise manière. Pourrait-elle seulement réparer ses erreurs pour le bien du royaume ?

– Il faut que je reste, finit-elle par dire. Il faut que j’empêche la Ligue de mener ses plans à exécution. Je crois sincèrement que le prince Édouard peut réparer les injustices que nous avons tous les deux si souvent observées dans le Sud. Peut-être même que son mariage avec la reine Blanche pourrait être bénéfique à nos deux royaumes en fin de compte. Il faut lui laisser une chance.

Un sourire naquit sur les lèvres de William en entendant Emma prononcer ces mots. Maintenant plus que jamais, elle se sentait apaisée de lui avoir parlé, de lui avoir dit qui elle était. Mais par-dessus tout, elle était heureuse que son ami se tienne là, à ses côtés, prêt à l’épauler.

– Je suis bien d’accord avec toi. Que comptes-tu faire ?

– Je crois que je vais me faire toute petite, me fondre dans la forêt jusqu’à disparaître. Je suis prête à parier que la présence de la Ligue va se renforcer autour du palais dans les jours à venir, il faudra que je sois dans les parages, sur mes gardes.

– Tu n’y arriveras pas seule.

– Je le sais. Mais justement, je ne suis pas seule.

Les deux amis sourirent et se prirent dans les bras. Emma savait qu’elle pouvait compter sur William, qu’il l’aiderait à déjouer les plans de la Ligue. Malgré le danger qui leur faisait face, elle n’avait pas peur. Au contraire, elle se sentait capable de renverser cette organisation qui s’était si longtemps jouée d’elle.

– Merci, murmura-t-elle en le prenant dans ses bras.

Ils n’échangèrent pas un mot de plus, savourant chaque instant de cette étreinte si réconfortante. Ils finirent par se lâcher, conscients tous deux que leurs routes devaient à présent se séparer. William donna de nouvelles provisions à Emma qui lui céda la bourse des brigands sans hésiter : elle n’en aurait pas besoin en se cachant dans la forêt.

Un instant plus tard, le jeune homme était parti comme il était arrivé. Par la voie des arbres.

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