Chapitre 15 - Les secrets de la cité des Os

Par Soah
Notes de l’auteur : Bonjour à tous, voici le chapitre 15 de cette histoire, j'espère qu'il vous plaira ! La fin de la partie 1 arrive bientôt. C'est un chapitre plus doux et posé :)

Les cris joyeux des camelots retentissaient sur la place du marché. Chaque homme ou femme essayait d’écouler au mieux la marchandise qu’il avait sur son stand. Épices, tissus ou services. On pouvait toujours trouver son bonheur sur les étals. Cenerina allait de vendeur en vendeur, un sourire radieux sur les lèvres. L’incident concernant la lecture de mon avenir avec les cartes de Turöt semblait lui être sorti de l’esprit. Tant mieux, car plusieurs jours après le tirage la princesse n’arrivait à poser sur moi qu’un œil plein de tristesse. Et, comme tout un chacun le savait, la pitié ne pouvait guère faire office de ciment pour les bases d’une relation amicale.

— Nayla, venez voir ! C’est ravissant !

Avec Bromn, qui lui aussi avait revêtu des atouts civils, nous échangeâmes un regard complice. Si je devais me montrer tout à fait honnête, je ne boudai pas mon plaisir. Suivre Cenerina au gré de sa curiosité était quelque chose de plaisant. J’avais presque le sentiment d’être une jeune femme comme il en existait tant d’autres dans la cité. D’autant plus que pour l’occasion, j’avais emprunté deux robes à l’une des plus fidèles servantes de lady Agn pour que nous passions parfaitement inaperçues. Nos cheveux avaient été tressés en fonction de la mode qui sévissait en ce moment dans les faubourgs de la capitale.

— Qu’avez-vous trouvé ? demandai-je en m’approchant de la princesse.

— Ces bijoux sont ravissants, jamais encore je n’avais vu pareille pierre. Qu’est-ce ?

— C’est de l’ambre, mademoiselle, répondit le vendeur, il vient des carrières qui se situent à l’Est de la ville. C’est ma femme qui les taille. Ah, Bromn ! Comment vas-tu ?

— Bien et toi, Jæv ? Et ton fils, son apprentissage ?

Une causerie animée naquit entre mon Ombre et l’artisan. Quant à moi, je me concentrai sur ce que Cenerina observait. Son regard passait d’une paire de boucles d’oreille à une autre avant de dériver sur un collier ou un bracelet.

— Il y a quelque chose qui vous plaît, soufflai-je à voix basse pour ne pas déranger la conversation entre Bromn et le vendeur.

— J’ai presque envie de tout acheter, avoua-t-elle avec le même ton ténu, à Méridionne on ne trouve pas ce genre de bijoux. Les nôtres sont beaucoup plus lourds. Les nobles endossent uniquement de l’or pour montrer combien ils sont riches. Personne n’en revêt pour le plaisir d’en porter.

— C’est surprenant. J’aurai cru, en vue du goût prononcé que vous aviez pour l’esthétique, que les gens de votre pays auraient tendance à justement chercher l’élégance d’un accessoire avant de se soucier de sa valeur.

— C’est vrai que c’est étrange, admit-elle d’un rire, mais je pourrais formuler les mêmes observations à votre encontre ! Vous n’exultez pas d’une réputation de personnes très portées sur les décorations ou les arts et pourtant, on trouve de si jolies choses à la portée de tous.

Je ne pouvais qu’agrée avec elle. À mes oreilles pendaient de discrètes boucles délicatement ouvragées. Ma torque d’obsidienne était également une pièce qui avait été réalisée toute en finesse, et ce, malgré le fait qu’elle fut conçue et fabriquée dans un petit village de pêcheur du noir de Cnaimh. Plusieurs morceaux de mon corps avaient été imprégnés d’encres et de pigments bleutés. Certains tatouages existaient pour des intentions religieuses. D’autres, pour montrer que j’avais gravi certains échelons dans ma sororité. Cependant, quelle que soit la raison de leur présence, ils avaient été exécutés avec beaucoup de minuties et j’osai croire qu’ils mettaient en valeur certains endroits de ma silhouette.

— Lorsque je suis arrivée à la capitale, la mode était tout autre et les parures étaient rares. Nos goûts ont dû évoluer avec le temps. J’imagine que nous sommes tous bien plus que ce que les rumeurs laissent à penser, conclus-je avec un éclat sincère.

Cenerina hocha la tête avec un sourire et reporta son attention sur le marchand qui venait tout juste d’achever d’échanger des banalités avec Bromn. Le camelot, réalisant soudainement qu’il avait sans doute affaire à une personnalité importante se métamorphosa totalement, usant de mots aussi doux que le miel pour convaincre la princesse de céder aux sirènes d’un achat.

Quant à moi, je possédais assez de colifichets à mon goût – même si Lady Agn pensait le contraire, je m’engageai aux côtés de mon Ombre, observant tranquillement la foire. Je n’avais pas été au cœur de pareille ambiance depuis des années et en outre, le marché de la capitale déployait un faste sans commis de mesure avec celui qui existait à Sessrùn. Je me rappelais encore de l’odeur des fibres de laine que nous avions filée et mises en bobine avec ma mère afin de la vendre sur la grande place. Où qu’elle fût à présent, elle n’avait probablement plus à se soucier des deux vieux moutons. Peut-être avait-il été donné ou offert en sacrifice aux dieux, lors d’une fête de village.

— Vous êtes entrain de sourire bêtement, qu’est-ce qui vous passe par la tête ? me questionna Bromn.

— Je ne souris pas, répondis-je.

— Oh que si ! Et c’est tant mieux, ça se faisait inhabituel ces derniers temps.

Depuis l’installation officielle de la princesse, une poignée de semaines s’était écoulée. Bien que les obligations dues à mon rang se raréfiaient, je devais néanmoins assister à mes leçons et me fendre de quelques apparitions publiques lorsque cela était nécessaire. Je n’avais pas eu l’occasion de réellement discuter avec Trystan, ce dernier m’ayant sciemment évité une fois que nous avions pris congé de Cenerina. Je n’avais pas croisé Klæ non plus. Le château semblait s’être éveillé subitement pour retourner à un profond sommeil. Même les intrigues et les ragots se faisaient précieux. Cependant, lady Agn avait toujours un air grave ces temps-ci, je devais probablement moi aussi afficher une grise-mine à cause de cela.

— Bromn ? C’toi ? Qu’est-ce que tu fais là ?

Une femme de grande stature s’approcha de nous. Une couche noir de suie et de gras recouvrait sa peau, renforçant la blancheur de l’humeur de ses yeux. Elle souriait à pleine bouche, dévoilant une dentition imparfaitement charmante qui me rappela celle d’un petit lapin. Elle passa plusieurs fois ses paumes sur son visage, mais loin de nettoyer sa figure, cela ne fit qu’étaler la crasse. Un parfum de fer et de sueur l’entourait.

— Qui c’est ta copine ? C’ta petite-amie ? C’les parents que vont être content ! Tu sais qu’est vraiment inquiet depuis que tu es tout le temps au château ?! enchaîna-t-elle rapidement.

Diverses questions, toutes plus impertinentes les unes que les autres, fusèrent. Les mots qui sortaient de sa gorge frappaient aussi vélocement que des flèches décochées par un arc tendu. Le sourire que je déployai jusqu’à présent se perdit un peu et celle qui devait être la sœur de mon Ombre réalisa sa maladresse que devant le teint blafard qu’affichait son frère. Elle me détailla de la tête aux pieds avant de voir le bracelet sombre à mon poignet. Aussitôt, ses joues se saturèrent de rouge.

— Ah, euh je suis désolée vot ‘… ah je ne sais pas ce que je dois dire, majesté ? balbutia-t-elle en se ratatinant sur elle-même.

— Je vous présente ma petite sœur, g'hal. Pardonnez son indélicatesse, son apprentissage à la forge ne lui pas exactement inculqué à retenir sa langue. g'hal, voici lady Nå.

— Enchantée G'hal, assurai-je.

— Moi de même vot' grâce.

— Vous permettez que je parle avec ma sœur en privé ? demanda Bromn en se tournant vers moi.

Il n’avait pas attendu ma réponse pour attraper le biceps de cette dernière. G'hal esquissa une grimace, mais ne protesta pas. Son attitude me faisait penser à celle de Basile, le chien de Trystan. Il avait le même regard lorsque nous le prenions dans l’exécution d’une bêtise. Je hochai la tête et aussitôt, mon Ombre tira sur le bras de sa sœur, l’entraînant dans un coin de la rue où il pouvait converser avec elle tout en me gardant à l’œil. Quelques secondes plus tard, des éclats de voix se firent entendre. J’espérai qu’il ne la rabroua pas trop, malgré tout.

— Qui était cette personne, Nå ?

Je me retournai vers Cenerina qui venait tout juste de faire affaire avec le colporteur. Immédiatement, mon visage s’anima de lui-même, reprenant la composition naturelle qu’exigeait ma stature. La princesse attrapa de nouveau mon bras et non avançâmes un peu plus dans la rue.

— Il s’agissait de la sœur de mon Ombre. Je ne l’avais jamais rencontrée. C’est un personnage… Intéressant, commentai-je.

— C’est exactement ce que je me disais, renchérit-elle d’un rire léger, puis-je vous poser une question ?

— Bien sûr. Je vous en prie.

— Pourquoi avez-vous choisi Bromn comme Ombre ? En votre qualité d’héritière, vous auriez pu demander à n’importe quel garde de devenir votre protecteur.

— J’aime penser à croire que ce sont les Dieux qui m’ont donné cette idée. Que cela était écrit ! Lorsque je suis arrivée ici après la Cérémonie qui a révélé que je portais le sang sombre, il a été la première personne à se montrer sincèrement gentille avec moi.

— Oh. Je vois, c’est une bonne raison. C’est… Touchant même.

— J’ai l’impression que ce n’était pas là, la réponse que vous attendiez.

Aussitôt, les joues de Cenerina s’empourprèrent, faisant particulièrement ressortir l’ambre des boucles d’oreille qui pendaient à ses lobes et qu’elle venait tout juste d’acquérir. Elle baissa le regard et s’approcha un peu plus de moi, pour parler d’une voix basse.

— Eh bien… Comment dire cela ? Sa Majesté la reine, je veux dire, l’épouse du roi, m’a confié que beaucoup de Corbeaux avaient des relations plus que professionnelles avec leurs Ombres. Que cela avait attrait à l’intime, parfois. Alors…

Je ne pus m’empêcher de laisser s’échapper un soupir rêche, mélange de rires et de frustration. Cela ne m’étonnait guère de la part de cette vipère couronnée. Le meilleur moyen d’affaiblir la crédibilité d’une organisation comme la nôtre était les ragots et les petits épanchements de facettes tout à fait innocentes. Mais qui venaient lentement, mais assurément pervertir l’opinion d’autrui.

— S’il n’est pas totalement faux que certaines d’entre nous et leurs Ombres tissent des liens qui vont au-delà d’un aspect strictement professionnel, quoi que l’on vous ait dit, ce n’est pas mon cas. Ni celui de ma reine, puisque son Ombre a rejoint les Dieux il y a de ça de nombreuses années.

— Je suis désolée d’avoir posé la question, c’était indélicat de ma part.

Mon ton sonnait presque avec un peu trop de brusquerie ou de sècheresse. Même si j’hésitai parfois de mensonges ou si je masquai la vérité pour obtenir de précieuses informations, je n’appréciai guère que de telles armes soient utilisées contre notre organisation. Nous n’étions pas là pour jouer aux comédies de la cour en engageant des intérieurs personnels. Nous nous servions de nos talents pour protéger et voir prospérer le royaume.

— Non, je suppose que vous avez vos raisons, princesse. Nos mœurs ne sont pas des plus communes de par le monde. Chaque pays, chaque contrée à ses propres ficelles concernant les petits mots qui circulent d’oreille en bouche.

Je marquai une pause, regardant les habitants s’affairer à leurs occupations. Je pouvais parier que parmi eux, bon nombre avaient des secrets également. Tous les individus mentaient, sciemment ou inconsciemment.

— Cependant, si je puis vous faire une recommandation, faites-vous toujours une seconde opinion, comme vous venez de le faire. Les intrigues politiques du pays des Os peuvent paraître bien sages, néanmoins il suffit parfois d’un coup de vent pour faire s’affaler la voile d’un navire et mener les marins à leur perte.

Cenerina ne répondit pas, je présuppose que mes conseils ne lui étaient pas nécessaires. Cela était sans doute prétentieux de ma part. Méridionne m’apparaissait comme une région bien plus comploteuse que la nôtre, ainsi, il était évident de s’attendre à la fausseté de la part des nobles. Çà, l’imputée simplicité et sincérité des gens rendaient les intrigues bien plus difficiles à dénoter.

— Je suppose que vous avez raison. Merci. Je suis ravie de savoir que je suis en mesure de placer ma confiance en vous.

— Lorsque je suis arrivée ici, il y a quelques années, tout ce que j’avais expérimenté était ma petite vie paisible de campagnarde. Et aujourd’hui encore, j’assimile des informations sur mon propre pays et les gens qui le composent. Je n’ose imaginer la quantité de connaissances qu’il vous faut apprendre en quelques mois. Je vous admire sincèrement pour cela.

Mon compliment se gorgeait d’une profonde véracité. Quand bien même cela m’était difficile à avouer, j’avais le même respect pour l’épouse du roi. Quitter son foyer est une chose, laisser derrière sa patrie et sa culture en était une autre. Surtout si cela voulait dire se retrouver enchaîner à un mâle que l’on n’appréciait guère. À bien des égards, parfois, il me semblait que la vie des puissants n’avait de méritoire que la dorure qu’elle présentait.

— Je…

Soudainement, des exclamations joyeuses s’envolèrent depuis le début de la rue. Une procession se dessina au travers de la foule et des marchands. Une chamane ouvrait la marche, ce qui augurait un événement d’importance. Son visage était enduit de couche opaque d’argile blanche et les contours des ossements de son crâne avaient été soulignés par de la peinture noire. À sa suite, juchée sur un cheval et recouverte d’un épais voile de couleur rouge, se distinguait une jeune mariée. De tout petits squelettes avaient été cousus dans sa toilette à la broderie exquise. Quelques perles de verre s’étaient également invitées dans l’étoffe, créant du relief, mais aussi une étrange mélopée lorsque le vent s’engouffrait dans la robe ou quand les pas de l’animal se faisaient plus lourds. La famille de la jeune promise avançait juste derrière, avec en tête du cortège un agneau qui serait offert en sacrifice pour bénir l’union des deux amants.

La foule présente sur le marché laissa connaître sa joie. Les commerçants étaient tout particulièrement ravis. Outre le fait d’assister à un événement des plus sacrés, les gens avaient tendance à dépenser plus lors des jours où des noces étaient célébrées. Quelques bourses du bout de la rue se délestaient déjà de plusieurs pièces supplémentaires. Cenerina suivait la mariée du regard.

— Peut-on observer le cortège ? demanda-t-elle d’une voix presque absente.

Je tournai la tête vers mon Ombre qui me salua d’un geste discret de la main alors même qu’il était plongé en pleine conversation avec sa sœur. Si nous continuions, il y avait de fortes chances pour que nous ne puissions pas demeurer visibles.

— Je ne crains que non. Nous pouvons juste faire quelques mètres de plus si vous le souhaitez, répondis-je.

— Vous avez raison et puis cela n’est pas très poli de s’inviter à un mariage.

Nous n’étions pas un peuple qui se formalisait de ce genre de détails, la princesse l’apprendrait avec le temps. Les gens des Os aimaient festoyer, boire et rire. L’occasion importait peu et pendant les réjouissances, l’extraction sociale n’avait que peu d’influence. Il n’était pas rare que notre souverain s’invite à des banquets en ville lorsqu’il revenait de la chasse ou d’un voyage. Je lui offris néanmoins un sourire que je voulais le plus réconfortant possible. Le mariage s’esquissait comme un sujet qui devait lui peser. Mais je n’avais guère les mots ou l’expérience pour lui prodiguer la consolation nécessaire. Nous fîmes tout de même quelques pas dans la rue, trouvant un endroit plus silencieux pour observer tranquillement la scène qui se donnait devant nous. Le parfum des agrumes d’un marchand venu tout droit de Zamarad emplissait l’air. Le printemps arriverait vite à présent.

— Nå, pardonnez-moi, cela vous paraîtra abrupte, mais…

La princesse hésita, elle semblait rassembler son courage avant de pousser un soupir puis de plonger son regard dans le mien. Elle approcha son corps près du mien, beaucoup trop à mon goût, mais j’avais entendu dire que c’était ainsi que les Méridionnais s’adonnaient aux confidences.

— Ressentez-vous quelconque attirance envers Sa Majesté le prince Jens ?

Pendant quelques instants, je le contemplai avec des yeux ronds sans qu’aucune réponse ne me vienne sur la langue. J’avais autant envie de démentir la chose. Mais également d’accentuer le trait, sans aucune raison particulière. Juste parce que la possibilité s’offrait à moi puisque j’étais la détentrice de la vérité qu’elle cherchait. Peut-être aussi, car, cela m’obligeait à poser clairement des mots sur ce que j’éprouvais à l’égard de Trystan. Je le chérissais, c’était certain. Mais l’affectionnais-je comme deux amants pouvaient être liés par la passion ? De cela, j’en étais bien moins sûre. Jens demeurerait toujours pour moi le jeune garçon qui cachait son chiot dans les jardins, mon confident, mon ami.

— Non, finis-je par répondre ?

Je tendis la main à la princesse et saisit sa paume dans la mienne. Mes doigts étaient froids comparés aux siens.

— Il n’a pas dû vous le dire, car, nous n’en avons jamais parlé à personne. Sauf peut-être à lady Agn, mais Jens et moi sommes amis depuis mon arrivée ici.

— Pourtant vos rapports ont l’air si… crispés, j’ai cru que… oh ! je suis désolée.

L’empourprent de ses joues se fit un peu plus prononcé. Mais elle n’avait pas tout à fait tort. En ce moment, notre relation pâtissait grandement de nos gamineries. Et cela tenait en grande partie de ma bévue.

— Pour être parfaitement honnête avec vous, vous étiez au centre de nos conflits. Ou plus probablement êtes. Puisque nous ne nous sommes pas réconciliés.

— Je sus…

— Ne vous excusez pas, ce n’est en rien votre faute. En vérité, si quelqu’un doit être blâmé, c’est moi.

Son attitude changea du tout au tout. Sa silhouette qui était jusqu’alors détendue se rigidifia comme un morceau de métal que l’on plonge dans de l’eau. J’espérai que cela ne se soit voit pas, mais je sentis la morsure de l’embarras venir croquer mes joues. Je me raclai un peu la gorge, car il m’était évident que je ne pouvais plus me défiler : le regard de la princesse exigeait une réponse complète.

— Nous nous sommes rencontrés quelques mois après mon arrivée au château, ignorions alors tout de nos rangs respectifs. Il s’est présenté à moi en tant que Trystan et moi, en tant qu’Yda.

Je marquai une pause dans mon discours. Je ne me montrais guère bavarde à mon propos, je n’aimais pas cela, préférant davantage écouter les histoires des autres ; lorsque la situation s’esquissait comme propice, je glissai ça et là des informations à mon sujet, mais je faisais toujours en sorte de maîtriser ce que j’offrais à mes interlocuteurs. Cependant, les circonstances voulaient que, cette fois-ci, je me fasse violence.

— Bien que notre organisation présente une certaine forme d’union dans les relations publiques, la compétition entre les novices fait rage. J’ai eu la chance d’être choisie dès le début de mon apprentissage par lady Agn, je n’ai donc pas eu à subir la pression de la rivalité directe de mes sœurs. Mais cela ne m’a pas apporté que de l’amitié, bien au contraire.

— Vous n’aviez alors aucune alliée ?

— Si. Klæ a toujours su se montrer présente pour moi, c’est une personne chère à mon cœur. Mais j’avais le sentiment de devoir cacher mes pensées avec elle. Avec Trystan, ou plutôt avec le prince Jens, nous pouvions tout partager. Il est un ami très précieux.

Il y a quelque mois encore, nous riions ensemble lui et moi. Nous partions au galop sur les montures qu’il avait reçues en cadeau ou nous nous retrouvions dans le jardin d’hiver pour discuter, refaire le monde et parfois imaginer les méandres de nos vies une fois qu’il serait devenu le Roi des Os et moi la Reine des Corbeaux. Ces instants me manquaient terriblement.

— Lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois, il m’a confié être amoureux de vous. Cette brusque déclaration m’a fait peur. J’avais le sentiment que cela marquerait la fin de notre relation privilégiée. Je vous ai jalousé pendant de longues semaines et j’ai même douté de ce qui gisait dans mon cœur à l’égare de mon prince, mais…

Comme si Cenerina réalisait subitement que ses inclinaisons envers Jens étaient partagées, la teinte marmoréenne de sa peau fluctua, adoptant des allures rosées charmantes. Je ne pus m’empêcher de sourire.

— C’était une riposte puérile et idiote de ma part, car maintenant je comprends mieux son transport à votre propos. D’une certaine façon, vous m’avez également conquise.

Ses doigts graciles s’enroulèrent autour des miens pendant quelques battements de cœur puis à ma grande surprise, la princesse me prit dans ses bras. Ses paumes glissèrent le long de mon dos, le pressant doucement. Je l’imitai timidement, ne sachant pas comment réagir. Cenerina était la première personne à m’enlacer aussi tendrement depuis longtemps.

— Merci, souffla-t-elle, j’aspire à ce dont les choses entre vous et Jens s’arrangent. Vraiment. Sinon, je vous tirerais les oreilles à tous les deux pour être autant têtu !

— J’espère que cela ne sera pas nécessaire, répondis-je en riant.

Cenerina se détacha de moi, mais nos deux corps demeuraient très proches l’un de l’autre. Ses mains glissèrent le long de mes bras et attrapèrent à nouveau les miennes. Ses traits délicats étaient nimbés d’une infinie tendresse. Sans qu’en mot de plus n’ait besoin d’être échangé, un lien profond s’était établi entre nous.

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Litchie
Posté le 04/08/2020
Ahhh ! Je n'ai rien relevé sur ce chapitre car je l'aime beaucoup. Comme tu dis dans ton préambule, il est très doux c'est agréable. Je sens que la chute va être d'autant plus violente :'D mais j'aime bien cette petite princesse. Elle et Bromm doivent être les seules personnes... spontanées du château :'D

Je rejoins le commentaire d'Audrey et de Flammy, je trouve que Bromm passe beaucoup de temps avec sa coeur alors qu'il y a du monde. Certes il les surveille et il connaît le vendeur, mais ce dernier pourrait facilement sortir une dague et s'attaquer aux deux futures reines, je crois qu'il devrait être beaucoup plus stressé :'D
Soah
Posté le 10/08/2020
Je ferais un ajustement pour la surveillance de Bromn ! Pour moi c'était un peu... comment implicite que tel un chien de garde il était prêt à aller défendre son steak de Corbeau, mais vous avez raison, c'est sans doute trop... Laxiste ! :D
Jess Swann
Posté le 26/06/2020
Ahhh l'abcès est enfin crevé et la réaction de Cenerina est parfaite, je l'apprécie de plus en plus.
Je suis contente que Na ne soit pas amoureuse du prince, j'espère que ça va continuer comme ça
Soah
Posté le 30/06/2020
Cenerina est une gentille fille, oui ! :)
Quant aux sentiments de Nå, je dirais que c'est plus flou que cela :p
Jess Swann
Posté le 30/06/2020
Ah oui sans doute que Na ne se rend pas compte de ce qu'elle ressent mais je le saurais en lisant la suite !
Zig
Posté le 18/04/2020
,nzohjbghbrugn,itrkjn,hzbghabgjabhgjkhne jr VOILA, t'as un dico j'espère ? Parce qu'il va falloir traduire, maintenant :D

Je me répète, c'est toujours le même refrain : j'adore, les relations sont naturelles et jolies. Il y a de la tendresse dans tout ça, qui permettra d'autant plus de faire ressortir l'horreur de ce que tu nous prépares (parce que je sais que ça vient, tu crois quoi ? Je suis prête !)

Je trépigne en me disant que je suis arrivée au bout, et que je vais devoir attendre la suite, alors que j'ai une furieuse envie de savoir ce qui va arriver.

Donc maintenant... *va s'acheter un grenier, un écritoire et de quoi kidnapper une personne*
Soah
Posté le 26/04/2020
°v° ... Vu que je t'ai donné la partie 1 au complet, j'échappe au grenier, peut-être ? Enfin, jusqu'à ce que je finisse la partie 2...
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 14/04/2020
Hello Soah !

Pour contribuer à l'objectif de 500 commentaires de la semaine de la lecture PA, je te fais un petit retour sur ce dernier chapitre.
Voici mon ressenti comme si je goutais un nouveau plat et que je te décrivais les sensations sur mon palais :p

J'ai fait de gros yeux ronds quand la princesse a demandé si Na avait des sentiments pour Jens :D
Le fameux sixième sens féminin ! J'ai envie de croire que Na ment et se ment à elle-même. Et je te soupçonne de vouloir tromper les lecteurs, je suis sûre que ça aura un impact sur la suite de l'intrigue :D

En revanche, j'ai décidé de mettre en doute la naïveté apparente de la princesse. Elle peut être tout à fait sincère avec son câlin à la fin, mais moi j'ai décidé de ne pas me laisser amadouer :D (la fille qui se croit dans l'histoire hahaha !)
Et la aussi, j'ai la croyance que cette amitié qui se crée ne va peut-être pas durer ou en tout cas aura un impact certain sur la suite. Je repense au fait que de toute manière c'était un objectif que Na devait atteindre. Donc ça c'est fait !

Petite remarque, il y a certains mots que je n'ai pas compris. Comme tu m'en avais parlé, j'imagine qu'ils font partie de ceux qu'Antidote t'a suggéré.
C'est très bien d'améliorer ton texte et le vocabulaire mais pour ma part je me suis sentie un peu retrait du texte comme si c'était une autre langue.
S'il te plaît, ne laisse pas Antidote manger ton style, celui pour lequel on aime te lire ;)

Bisous Miss !
Soah
Posté le 17/04/2020
Coucou Petra !
Merci de ton commentaire !
Quant aux sentiments de Nayla, je ne peux pas répondre - bien sûr :p, mais c'est vrai que les sentiments qu'elle a envers lui sont assez troubles mais même pour elle.

Pour Cenerina, pareillement, je ne peux pas répondre mais j'avoue que ça m'amuse beaucoup de vous voir établir des théories vis-à-vis d'elle ! :'>

Pour les mots, je t'avouerais que les synonymes proposées etc, je ne choisis que des mots que je connais/comprends/pourrais utiliser ! :) Mais c'est le premier chapitre où j'ai fait une traque aux verbes faibles, donc, c'est sans doute pour cela que ça te fais étrange en comparaison avec le reste.
Sans doute qu'avec l'ensemble corrigé ça fera moins étrange ! Mais qui sais :D En général, je garde toujours les différentes versions de mes écrits, donc je pourrais réajuster à loisir !

Merci beaucoup pour ton commentaire qui me fait très plaisir <3
Bisous.
AudreyLys
Posté le 13/04/2020
Coucou !
Il est tout sympa et tout mignon ce chapitre <3 J'espère beaucoup que Cenerina est aussi gentille qu'elle le parait parce que sinon ça veut dire que Nå est tombée dans ses filets...
Je trouve que Bromm passe beaucoup de temps avec sa sœur, en plein milieu d'un marché il peut arriver plein de choses, faut faire gaffe...
Il y a quelque chose qui m'a dérangée dans ce chapitre, je pense que c'est parce que j'ai l'impression que tu te forces à adopter un langage très "ampoulé" dans la narration (dans les dialogues c'est normal) et du coup je trouve que ça devient un peu lourd. Je pense que tu pourrais aussi revenir à plus de simplicité, sans forcément tirer vers le bas le niveau de langue.
Sinon, les coquilles :
>Je ne pouvais qu’agrée avec elle. -> agréer
>j’osai croire qu’ils mettaient en valeur certains endroits de ma silhouette. -> j’aurais mis à l’imparfait « j’osais »
>sans commis de mesure avec celui qui existait à Sessrùn -> sans commune mesure ?
>Je vous présente ma petite sœur, g'hal. Pardonnez son indélicatesse, son apprentissage à la forge ne lui pas exactement inculqué à retenir sa langue. g'hal, voici lady Nå. -> la première lettre en minuscule du nom, c’est voulu ?
>Moi de même vot' grâce. -> Vot’ Grâce
>je présuppose que mes conseils ne lui étaient pas nécessaires -> présupposais
>Je ne crains que non -> pas de négation
>Je sus… -> je suis ? Pour « je suis désolée » ?
>je vous tirerais les oreilles à tous les deux pour être autant têtu -> têtus
>Il y a quelque mois encore, nous riions ensemble lui et moi. Nous partions au galop sur les montures qu’il avait reçues en cadeau ou nous nous retrouvions dans le jardin d’hiver pour discuter, refaire le monde et parfois imaginer les méandres de nos vies une fois qu’il serait devenu le Roi des Os et moi la Reine des Corbeaux. Ces instants me manquaient terriblement. -> ce paragraphe me perturbe parce que je n’arrive pas à savoir s’il est intégré au dialogue ou pas. Comme on commence avec « il y a » j’ai cru que c’était toujours Nå qui parlait à la princesse mais à la fin on est sur de l’imparfait donc je me suis dit que non. Sauf que si c’est intégré à la narration, ça donne un paragraphe qui ne fait que redire que ce l’on sait déjà, ça fait un peu doublon avec la suite du récit de Nayla je trouve. Je ne sais pas si je suis claire..

Bref, bisouilles !
Soah
Posté le 14/04/2020
Coucou ! c:

Avec Flammy vous m'avez fait ce retour sur le "temps" que passe Bromn, du coup je pense que j'ajusterais ça lors de la réécriture/augmentation/retravail du texte ! C'est vrai que je me rends pas toujours compte du temps dans mon propre récit - cette bonne blague.
Pour le niveau de langage, c'est surtout la résultante du fait qu'avec ce chapitre j'ai commencé la traque aux verbes faibles. Comme pour moi, La Reine n'est pas du YA, il faut que je rehausse un brun le niveau de langue. Mais je note que je peux essayer de conserver certaines choses qui rendait le texte plus digeste.

Merci pour les coquillettes ! je suis toujours aussi étourdie... ><"

Merci beaucoup et des bisous c:
Flammy
Posté le 13/04/2020
Coucou !

Rha, c'est horrible xD A la fois je les trouves beaucoup trop choupi les deux ensembles, ça fait terriblement plaisir à voir, leur amitié est vraiment très mignonne à voir, surtout que tu montres bien les différences entre les deux mais qu'elles arrivent à s'accorder bien, mais à la fois, j'ai ultra peur que la princesse soit en réalité une pouffe manipulatrice et qu'elle se serve de ce qu'elle apprend contre Na ='D Notamment, si elle commence à raconter de la merde à Jens, je sais pas qui le prince va croire !

Bon, en vrai, j'espère fortement que la princesse est gentille. La façon de se renseigner sur Bromm et sa relation avec et tout était mignonne, mais je ne peux m'empêcher de douter. En vrai, l'idéal, ça serait que la princesse se révèle homosexuelle et que Nayla et la princesse reste juste ensemble pépères. J'ose pas imaginer la tête de Jens si ça arrivait xD

D'ailleurs, l'arrivée précipitée de la princesse, j'ai pas rebondi encore dessus, mais je ne peux m'empêcher de trouver ça bizarre, pourquoi vouloir se débarrasser d'elle plus vite ? Elle est enceinte et ils espèrent mettre ça sur le dos du fiancé un peu trop empressé ?

Bon, j'adore Bromm, mais je comprends pas pourquoi il prend autant de temps pour engueuler sa soeur ='D Bon, il en profite peut-être aussi pour papoter, mais il est au travail quoi, faut faire gaffe =o

J'aime toujours autant ce que je lis <3 J'apprécie vraiment ces chapitres tout doux, même si j'ai très peur que ça cache des horreurs xD On verra bien de toute façon !

Bon courage pour la suite, pluchouiille zoubouille !

"dans un petit village de pêcheur du noir de Cnaimh" nord, non ?

"— Non, finis-je par répondre ?" pourquoi ya un point d'interrogation là ?
Soah
Posté le 14/04/2020
Piou ! ~

La tête de Jens si Cenerina lui dit qu'elle aime les filles et qu'elle se barre avec Nå dans le soleil couchant ? Probablement celle-ci ---> O-O puis celle-là --> TToTT

Pour la présence de Cenerina plus tôt, tout ce que je peux dire, c'est que pareil, il s'agit de placement de "pion" pour la suite. La Reine c'est un récit avec des choses que j'essaie d'introduire très en avance - au besoin, pour que le build-up se fasse petit à petit >-<"/... (un peu comme les raisons pour lesquelles Nå est choisie.)

Vous êtes deux à me dire qu'il passe trop de temps avec sa soeur, je réajusterais ça à la réécriture :D J'avoue que je me rends pas forcément compte de l'échelle temporelle quand j'écris des conversations.

Oui, en effet c'était Nord et pas noir (à force de mettre la couleur noir partouuuut, je veux la mettre encore plus partouuuuuut je deviens foooollle !)

Et c'est une erreur de typo >-<" Pardon !
Alice_Lath
Posté le 12/04/2020
Oh, elles sont choupiii, bon je crois bien que je vais devoir attendre la suite comme tout le monde huhu En tout cas, la Reine des Corbeaux est une très belle découverte. À nouveau, je te le répète, tu tiens vraiment quelque chose avec le Royaume des Os, c'est une splendide idée et je pense que tu peux en tirer beaucoup!
Pour les suggestions que je pourrais te faire huhu elles relèvent davantage de goûts personnels et je n'ai pas toutes les cartes en main pour en juger complètement, donc c'est à prendre avec beaucoup de pincettes: l'histoire est top, vraiment, mais j'ai encore du mal à être très surprise. On a pas encore croisé de personnage vraiment en demi-teinte, ils se dévoilent facilement et la trajectoire de l'héroïne se déroule sans réelles encombres pour le moment. Après, j'avoue que j'aime quand les héros en chient des ronds de serviette hahaha et j'ai vu que beaucoup avaient adoré les premiers chapitres où j'était un poil plus dubitative. En tout cas je lirai la suite avec beaucoup de plaisir et j'espère avoir pu t'aider!
Soah
Posté le 13/04/2020
Haha, pardon de l'attente à venir ! Comme il ne reste plus beaucoup de chapitre avant le grand final de la partie 1, je vais essayer d'en poster un uniquement toutes les deux semaines, histoire que je puisse avoir de quoi continuer la publication du tome 1 c:

Pour le coup, toute la partie 1 me sert à établir quelque chose. Je ne peux pas trop trop papoter de la partie 2, de ses enjeux etc, parce que sinon, je pense que ça foutrait tout en l'air. :p
Nå va en chier des pointes carrés, c'est promis xD

Tes commentaires m'ont beaucoup aidées oui ! Ils m'ont rassurée sur certains point et m'ont permis de voir que d'autres étaient un peu faible.
Pour ce qui est d'apprécié ou non les premiers chapitres, je pense que c'est entièrement du goût personnel ^-^" PA c'est assez vaste niveau sensibilité du coup, mettre tout le monde d'accord, je pense que c'est de l'ordre de l'impossible (ou presque).
L.A Marin
Posté le 10/04/2020
Aïe, je n'aurais pas du commencer une histoire non terminée... L'impatience me ronge déjà au plus haut point. En tout cas c'était super agréable à lire; j'ai hâte que le prochain chapitre sorte et que Nayla et Trystan puissent enfin se réconcilier.
Soah
Posté le 11/04/2020
Haha, ne t'en fais pas, ce genre de commentaire me donne des ailes pour continuer ! :D
Je dois finir de faire la correction des 18 chapitres que j'ai déjà en ma possession et en Mai, je reprendrais l'écriture de cette histoire ! Je ferais en sorte que la coupure ne soit pas trop brusque ou longue ! :)
L.A Marin
Posté le 20/04/2020
Une si belle histoire vaut bien la peine d'attendre un peu. Compte sur moi pour me jeter sur la suite dès qu'elle sera sortie :-)
Cocochoup
Posté le 10/04/2020
Elle est trop choupinou cette princesse ! Moi aussi j'ai envie de lui faire un câlin ❤️
J'ai apprécié ce chapitre, plus doux mais où on apprend quand même pas mal de choses
J'arrive pas à croire qu'on arrive bientôt à la fin du tome 1.... Je refuse d'y croire !!
Soah
Posté le 10/04/2020
Haha, oui ce roman a besoin d'un personnage sympathique quand même ! :p
C'est la fin de la partie 1 du premier tome... :p Je pense que la partie deux aura la même matière, voir un peu plus. Mais je n'ai encore pas écrit un chapitre. Je reprendrais après le mois d'Avril ! :) Mais il y aura forcément une petite pause "indéterminée" puisque je veux avoir toujours quelques chapitres d'avance sur mes publications sur PA !
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