Chapitre 14 - A feu et à sang

Carminia courait aussi vite que possible. Grâce au dôme de Taseo, la pluie s’était arrêtée, mais la chaussée restait malgré tout dangereusement glissante. Sa course était également gênée par ses vêtements de cuisinière, rendus lourds car imbibés d’eau.

            La jeune femme avait laissé le palais derrière elle sans finalement éprouver le moindre regret. Elle traversait le centre-ville à toute allure, ignorée des badauds qui gardaient les yeux rivés sur la coupole d’énergie au-dessus d’eux. Une expression sidérée s’affichait sur tous les visages que la reine croisait.

            Taseo était un génie. Il était parvenu à se faire entendre et à prouver ses dires sans faire usage de la moindre violence. Le peuple allait se soulever de lui-même, lui donnant ainsi l’impression d’agir par sa propre initiative, et sans y avoir été contraint par un groupe quelconque, fût-il paré de bonnes intentions. La reine se félicita d’en avoir fait un temps son espion.

            Elle aperçut soudain un groupe de soldats qui venait dans sa direction. Elle ignorait de quel côté du conflit ils étaient, mais ne tenait pas à être reconnue pour autant. Carminia s’approcha d’une famille qui observait le dôme depuis le porche de son immeuble et s’immobilisa à leurs côtés comme si elle les connaissait. 

            Les soldats passèrent sans lui accorder un regard.

            Carminia laissa la famille à sa contemplation et reprit son chemin.

A mesure qu’elle progressait, la jeune femme pouvait voir les esprits qui s’échauffaient. Des groupes de citoyens de rassemblaient au beau milieu de la rue et entamaient des discutions animées au sujet de ce qu’il convenait de faire. Une minorité refusait de croire que les nobles aient pu mentir de la sorte, et que le premier venu puisse être capable de créer un dôme pouvant les protéger de la nature déchainée. Ils finirent pourtant par admettre la vérité quand leurs concitoyens leurs ouvrirent les yeux. Ces mêmes concitoyens à qui il n’en fallait pas plus pour se saisir d’armes de fortunes et aller régler leurs comptes avec les nobles qui les avaient si longtemps méprisés.

Carminia n’était pas inquiète. Les Rouges-Pontois sauraient quoi faire.

Elle déboucha soudain sur le quartier flottant et ses bâtiments sur pilotis. La rivière avait malheureusement débordé, inondant les passerelles de bois et le rez-de-chaussée, ce qui l’aurait obligé à avancer avec de l’eau jusqu’au torse par endroits. La reine dû rebrousser chemin et contourner le quartier.

La situation était cependant la même partout. Résolue à devoir nager, la jeune femme avisa soudain un charriot posé contre un mur qui lui donna une idée. Elle pouvait grimper dessus et s’en servir pour atteindre les toits. 

Carminia posa un premier pied sur le bois humide de la charrette et observa le mur face à elle, à la recherche de prises.

Un carreau d’arbalète déchirant soudain son épaule mit fin à sa tentative.  

La reine poussa un cri de douleur et s’appuya contre le mur. La main posée sur sa blessure, elle chercha du regard d’où venait l’attaque mais ne vit personne.

Elle aperçut le carreau planté dans le charriot. Heureusement, il n’avait fait que la frôler. La reine avait cependant écopé d’une profonde entaille qui saignait abondamment. Elle retira sa main ensanglantée et se saisit du tissu qui retenait ses cheveux, pour ensuite le nouer autour de sa blessure. Celle-ci la brulait, mais Carmina se mordit la lèvre pour ne pas hurler quand elle serra son pansement de fortune.

– Vous vous êtes fait mal, très chère ? dit soudain une voix d’un ton moqueur.

La jeune femme tourna la tête et aperçut Virgil qui la toisait depuis la route, escorté par deux gardes royaux, dont l’un d’eux était muni d’une arbalète.

– Salopard ! cracha-t-elle. Mais comment…

– Suis-je sorti ? Je dois reconnaitre que votre idée était intelligente, car j’ignorais que les portes des appartements royaux disposaient d’un tel mécanisme. En revanche, j’avais pris soin d’explorer l’entièreté du palais à la recherche des passages souterrains. Je me doutais bien que vous ne m’aviez pas tout dit sur leur existence, Carminia.

» Heureusement, l’un de mes soldats vous a vu partir, me permettant ainsi de ne pas laisser cet affront impuni. J’ignore où vous comptez vous rendre habillée ainsi, mais je ne vous laisserai pas y arriver.

Un petit sourire satisfait souleva sa moustache. Il mit la main à son épée et s’avança vers la reine, suivit par les soldats. Carminia descendit du charriot et leur fit face. Son attitude désarçonna un temps le roi, qui aurait pensé qu’elle s’enfuirait. Au lieu de quoi, elle se tenait bien droite au milieu de la route, une lueur de défi dans le regard.

            La jeune femme se concentra sur lui, oubliant sa blessure qui la tiraillait et adopta une posture défensive, se protégeant avec un long morceau de bois arraché au charriot. Virgil pouffa.

            – Maitrisez-la, dit-il à ses soldats. Mais ne la tuez pas ! Elle est à moi, ajouta-t-il sur un ton cruel.

            Les gardes s’élancèrent. Celui qui tenait une arbalète l’avait rangé au profit d’une rapière, tandis que l’autre arborait une simple épée.

            Rapière se jeta sur la reine le premier. Il leva mollement son épée, s’attendant à ce que la jeune femme prenne peur et ne se rende. Au lieu de quoi elle para son attaque avec son morceau de bois et lui flanqua un coup de pied dans le ventre.

            Surpris, Rapière écarquilla les yeux. Son collège prit le relais, harcelant la reine avec ses attaques. Elle se défendait avec une hargne et une adresse peu commune chez une femme, allant jusqu’à mordre Rapière jusqu’au sang lorsqu’il lui saisit le bras. 

Carminia vit qu’ils retenaient leurs coups. Elle faisait exprès de laisser de nombreuses ouvertures vers ses organes principaux. Cela jouait en leur défaveur, puisqu’ils n’osaient par conséquent pas l’attaquer, par peur de lui causer une blessure trop importante qui pourrait la tuer. Elle décida de profiter de la situation.

La jeune femme fit semblant de perdre de plus en plus de force, parfois en exagérant un peu trop, puis, tandis qu’ils s’y attendaient le moins et commençaient à ralentir la cadence de leurs coups, Carminia tourna brutalement sur elle-même. Elle se glissa derrière l’un des soldats et lui frappa violemment la nuque avec son arme.

Cette dernière se brisa en deux sous le choc. De même que la nuque du soldat. Carminia éprouva des remords à avoir ainsi ôter la vie de cet homme. Il n’avait fait qu’accomplir son devoir en obéissant à son roi. Cet élan d’altruiste fut ce qui causa sa perte. Déconcentrée de son objectif, Carminia ne vit pas le second soldat lui donner un coup qui lui faucha les jambes. Le dos de la jeune femme heurta le pavé, lui arrachant une grimace de douleur. Le morceau d’arme qu’elle tenait encore dans sa main lui échappa et glissa dans une flaque. Le soldat se plaça à côté d’elle et posa sa lame en travers de sa gorge, l’empêchant ainsi de se relever.

Virgil s’approcha et posa un regard triomphant sur la reine allongée dans l’eau sale des rues. Elle avait une allure misérable avec ses vêtements en lambeaux, ses cheveux en bataille et collant, ainsi que ses multiples entailles sur le corps. Le roi hésita sur le sort à lui réserver. Devait-il achever sa vie ici, dans l’anonymat et la saleté des rues ?

A moins qu’il ne décide de la retenir prisonnière quelques temps. Il pourrait la regarder souffrir et lui infliger des sévices à la hauteur de ses crimes, et même pourquoi pas, la posséder de temps à autre, en attendant de se trouver une nouvelle femme digne de ce nom ou de belles maitresses.

– Ho Carminia… Pensiez-vous vraiment être capable de vaincre mes soldats ? Vous êtes comme ces rebelles qui tentent à l’heure actuelle de « changer les choses » (il leva les yeux au ciel). Vous brassez inutilement de l’air en espérant que cela suffise à réaliser vos objectifs. Mais nous savons tous les deux à quel point leur entreprise est veine. De même que la vôtre.

Virgil s’agenouilla à côté de la reine et serra sa main autour de son épaule blessée. La jeune femme laissa échapper un gémissement, pour le plus grand plaisir de Virgil.

– Vous achever ici et maintenant sera des plus simple. Sauf si vous consentez à me supplier… dans ce cas je réfléchirai à la possibilité de prolonger votre vie.

Carminia le foudroya du regard.

– Tu peux toujours courir, salaud !

Une lueur de déception passa dans les yeux de Virgil, avant qu’il ne pose ensuite sur elle un regard plein de fausse pitié.

– Très bien.

Il sortit son épée de son fourreau et regarda le dôme qui masquait le ciel.

– Dommage que Taseo ne fût pas l’un des nôtres. Il aurait accompli de grandes choses.

            Le roi s’approcha de Carminia, l’arme levée.

            – Un dernier mot ? Princesse.

            La jeune femme lui adressa un sourire triomphant.

            Elle posa son bras gauche sur sa gorge et leva le droit en direction du soldat. Une vague d’énergie verte jaillit alors de sa manche et l’atteignit de plein fouet. Les yeux de ce dernier eurent à peine le temps de s’agrandir de stupeur. Il gisait déjà sur le sol, après que son dos eut frappé violemment le mur du bâtiment derrière lui. Le choc fut tel que l’arrière de son crâne s’était aplati. Un mince filet de sang commença à couler de sa bouche grande ouverte tandis que ses yeux morts fixaient le lointain.

            Muet de stupeur, Virgil recula. Carminia se releva. Son bras souffrait d’une large balafre, résultat de l’épée du soldat, qui s’était projetée en arrière en même temps que lui. Elle avait heureusement eu la présence d’esprit de se protéger à l’aide de la partie extérieure de son membre, auquel cas, elle aurait pu avoir une artère de sectionnée.  

            – Qu’avez-vous fait, garce ?! éructa Virgil.

            Carminia souleva lentement sa manche droite. Elle découvrit un large bracelet de métal, parcouru de veines géométriques qui pulsaient d’une couleur bleue, et qui lui recouvrait tout l’avant-bras.

            – Un petit cadeau de Taseo, dit-elle. Maintenant, nous sommes à égalité.

            Virgil déglutit. Il n’avait pas prévu cela. Au loin, dans les rues du centre-ville, des éclats de voix retentirent.

 

*

 

Lora échappa de justesse à un tir de pavé. Non pas qu’elle fût visée en particulier, mais le chaos ambiant provoquait des bagarres en tous sens, si bien que n’importe qui pouvait au final écoper d’une blessure qui ne lui était pas destinée.

Les rues de la capitale étaient envahies de gens en colère. Les hommes et femmes s’étaient emparés de toutes les armes à leur disposition et s’étaient rassemblés en une immense colonne qui se dirigeait à présent vers le palais royal.

De toute évidence, le discourt de Taseo avait fait mouche.

Malheureusement, les soldats n’avaient pas tardé à répliquer, bloquant le passage aux Rouges-Pontois. Leur nombre était certes ridicule comparé à la foule amassée devant eux. Mais ils étaient mieux entrainés et armés. Maitriser les premiers rangs de la colonne s’était avéré facile. Les manifestants se jetaient d’eux même sur les soldats, ce qui leur facilité grandement les choses. Mais ceux-ci finirent tout de même par être dépassés en nombre, si bien qu’ils abandonnèrent rapidement l’idée de procéder à des arrestations en règles pour ériger un mur de défense. Ils l’agrémentaient petit à petit de sacs de sable et tout ce qui leur passait sous la main et était suffisamment volumineux.

Quant à ceux qui osaient malgré tous les défier, les soldats les tuaient sans aucune autre forme de procès. Cela avait suffi pour mettre définitivement le feu aux poudres.

Les Rouges-Pontois harcelaient de projectiles les soldats sur les barricades, cherchant vainement à créer une ouverture. Et ils en allaient de même tout autour du centre-ville. Les nobles piégés à l’intérieur s’étaient claquemurés dans les appartements ou hôtels particuliers.

C’est à ce moment que les rebelles déguisés en soldats avaient agi. Ils étaient entrés chez eux en leur faisant miroiter une protection, les amenant à les suivre docilement. Malheureusement, en voulant les amener au palais actuellement occupés, les rebelles avaient croisé le fer avec de véritables gardes, si bien que leur plan avait échoué pour la plupart d’entre eux. Les gardes s’étaient contentés de leur ôter la vie sans préambule.

Lora s’était retrouvée prise au milieu de toute cette action, incapable de savoir quoi faire. Taseo n’avait pas donné d’ordres concernant la suite. La jeune femme dérivait au hasard au milieu de la masse. Que pouvait-elle faire ? Rejoindre la foule qui s’en prenait aux soldats ? Impossible, elle se ferait écarter rapidement. Se cacher ? Cela restait la solution la plus envisageable, mais elle refusait que son rôle s’arrête à celui de la femme craintive qui attends la fin des hostilités. Hors de question également de participer aux destructions gratuites auxquelles s’adonnaient certain Rouges-Pontois incontrôlables.    

Ces derniers en profitaient pour vandaliser les magasins et maisons vides de leurs occupants, quand ils n’incendiaient pas carrément les bâtiments. Lora croisa de nombreux départs de feux qui, s’ils n’étaient pas rapidement maitrisés, ne tarderaient pas à se changer en un violent brasier. 

Au-dessus du dôme, un puissant éclair illumina le ciel. Lora sursauta, avant de se rappeler que la tempête ne risquait plus de l’atteindre. Ni elle ni aucune école.

Elle pensa soudainement au quartier des Coutures. Isolé et à la merci de tous, celui-ci n’allait pas tarder à être la cible facile des pilleurs et des soldats. Une fois que ceux-ci auraient appelés des renforts et auraient un tant soit peu maitrisé la folie qui régnait dans la ville, ils ne tarderaient à fouiller les quartiers pauvres, à la recherche de coupables. Et ils les trouveraient, même s’il fallait les inventer en dénichant les premiers badauds sans-défenses venus.

Il fallait que ces gens évacuent Pont-Rouge. Et Lora pouvait parfaitement s’acquitter de cette tâche. La jeune femme bifurqua en direction de la périphérie et des quartiers sur pilotis, qui précédaient le pont emblématique de la ville. Il lui faudrait probablement nager au milieu des passerelles inondées (le rempart n’ayant pas dû cette fois-ci suffire à arrêter la montée des eaux), mais elle parviendrait de l’autre côté du fleuve.

Cette partie de la ville n’était heureusement pas encore la cible des casseurs, aussi Lora pût elle la traverser sans encombre. Elle sillonna les premières passerelles avec de l’eau jusqu’aux chevilles. L’eau glacée lui arracha des frissons qui parcoururent tout son corps. La jeune femme serra les dents et resserra sa cape sur ses épaules. L’eau lui monta rapidement jusqu’à la taille. Elle flottait plus qu’elle ne marchait et abandonna donc l’idée d’avancer de cette manière. Lora nagea du mieux que lui permettait ses maigres compétences en natation, s’agrippant aux bords des fenêtres et aux prises entres les briques pour l’aider à avancer plus vite. Elle parvint enfin à atteindre la bordure du quartier, séparée du fleuve par le rempart fait de pierre et renforcé de sacs de sable. La pierre avait tenu bon, mais ce n’était pas le cas des portes, qui avaient été brisées sous la puissance de l’eau. Lora aperçut des poissons qui nageaient librement entre les débris récoltés par le fleuve, dont les fameux sacs de sable percés appartenant jadis au barrage.

La jeune femme laissa derrière elle la sécurité des bâtiments et s’engagea dans le lit du fleuve. Les eaux s’avérèrent plus agitées qu’elle ne le pensait. L’absence de vent n’avait en rien calmé la violence du courant. Lora dut battre furieusement des jambes et des bras pour ne pas se laisser entrainer. Elle se dirigea vers le pont de bois rouge et après un ultime effort épuisant, agrippa les planches qui le constituaient. L’eau arrivait pile à sa hauteur, permettant à la jeune femme de se hisser dessus, malgré les difficultés que lui imposaient le bois extrêmement glissant.   

            Parvenue en sécurité, Lora s’appuya contre le garde-fou. Elle peinait à reprendre son souffle après cet exercice physique intense. Ses muscles et ses poumons la brulaient à chaque mouvement ou respiration, ses bras et ses jambes tremblaient et elle avait beaucoup de mal à se réchauffer.

            Lora resta ainsi de longues minutes, jusqu’à ce qu’elle retrouve la pleine maitrise d’elle-même. Elle devait continuer.

            La jeune femme franchit le pont d’un pas rapide, ce qui lui prodigua un peu de chaleur corporelle. Elle s’aperçut de deux choses durant sa traversée. La première étant la réponse à la disparition des bateaux qui étaient à quais au moment de la tempête. Ceux-ci ayant été arrachés de leurs emplacements, ils flottaient – entiers ou en morceau – à la surface de l’eau, massés contre le dôme qui les empêchait d’aller plus loin.

            L’autre observation qu’elle fit concernait justement la coupole. Lora remarqua qu’ici, elle s’arrêtait juste au niveau de l’eau, permettant ainsi à la rivière de continuer son chemin jusqu’à l’océan. La jeune femme n’était pas des plus éduquée, mais elle l’était assez pour savoir que si le dôme avait empêché le fleuve de suivre son court, cela aurait pu avoir de lourdes conséquences. Elle se dit que Taseo avait sans doute… quel était ce mot déjà ? Programmer ? Oui, c’est cela. Il avait programmé son dôme pour qu’il ne « coupe » pas la rivière.

            Lora ne perdit pas plus de temps à s’interroger sur les prodigues de la science. Elle avait franchi le pont dans son intégralité et venait d’entrer dans le quartier des Coutures. Il était dans le même triste état que le quartier flottant. Les chaumières les plus proches du la berge avaient été laissées à l’abandon au profit de celles en bordures de la forêt. Lora traversa le village sans un regard pour ce qui fût autrefois son foyer. Elle ne chercha même pas sa maison des yeux.

            Ses pas la conduisirent vers la seule auberge du coin, là où les habitants étaient le plus susceptibles de se réfugier. A son arrivée, elle trouva volets et portes clos. La jeune femme frappa contre le bois pour qu’on vienne lui ouvrir.  

            Personne ne sembla s’intéresser à elle, jusqu’à ce qu’elle entende les crochets se soulever. La porte fût légèrement entrebâillée, laissant apercevoir une silhouette d’homme. Chauve, pourvu d’une moustache imposante et d’un ventre généreux, il observait la jeune femme avec un œil méfiant. Celle-ci reconnut Gillian, le patron de la taverne.

            – Gillian ! Laisse-moi entrer !

            Les yeux du tavernier s’ouvrirent soudain comme deux soucoupes.

            – Lora ? C’est bien toi ?

            Il ouvrit la porte en grand, permettant à la jeune femme d’entrer.

            – Je ne t’avais pas reconnu ! s’exclama-t-il.

            Elle devait effectivement faire peine à voir. Ses cheveux et ses vêtements étaient imbibés d’eau boueuse, son visage couvert de poussière et de saletés en tout genre, et probablement cireux et creusé de cernes profondes.

            – Lora ? fit une nouvelle voix.

            L’interpellée vit Ilda se diriger vers elle. Elle avait la mine inquiète et blafarde. Une épaisse couverture était posée sur ses épaules et elle tenait son fils dans ses bras. Le bambin jeta un regard qui sembla aussi surpris que celui de sa mère sur la nouvelle venue.

            – Mais que fais-tu ici ? Je te croyais partie !

            – Je devais vous avertir.

            – Mais de quoi donc ?

            Soudain paniquée, Ilda serra son fils contre elle. Celui-ci protesta et se mit à pleurnicher. Lora posa alors son regard sur la salle commune. Une bonne cinquantaine de personnes, principalement des hommes, était massée autour ou sur les tables. Tous s’étaient tût et fixaient la jeune femme avec attention.

            – Combien de personnes sont ici ? demanda-t-elle.

            – La plupart des femmes et les plus jeunes sont dans les chambres, la cave ou le grenier. Je n’ai pu accueillir que trois cents personnes. Les autres sont soit dans les maisons les plus proches de la forêt, soit répartis dans les églises abandonnées. Mais je doute que deux milles personnes aient trouvé de quoi s’abriter. Pour ce qui est des autres quartiers, je ne sais pas.

Il posa sa main sur l’épaule de Lora et la força à se tourner vers lui.

– Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui arrive à Pont-Rouge ? Tout le quartier s’est mis à l’abri quand la tempête s’est déclarée. Et seulement quelques heures plus tard, un type se met à nous parler depuis le ciel ! Et une sorte de coupole vint recouvrir la ville ! Et maintenant, il y a de la fumée qui s’élève du centre-ville ! Je vois dans ton regard que tu sais ce qui se passe, alors répond-moi !

Il n’y avait nulle colère dans le regard du tavernier, juste de la supplication.

– C’est une rébellion. (Puis se tournant vers l’assemblée.) C’est une révolte ! Le peuple se soulève contre la couronne ! La magie n’existe pas ! Elle n’est qu’un mensonge des Magisners pour nous garder sous contrôle ! Et maintenant le peuple réclame justice !

Des murmures affolés emplirent la salle. Les femmes se précipitèrent aux étages pour veiller sur leurs progénitures, tandis que les hommes se disputaient quant à savoir si les paroles de Lora étaient vraies ou non.

– Dans ce cas, il faut que nous combattions à leurs côtés ! s’écria l’un d’eux.

Des murmures approbateurs accueillir son idée. Aussi Lora s’empressa-t-elle de mettre fin à leur enthousiasme. 

– On ne peut pas faire ça !

Tous la regardèrent de manière consternée.

– D’une part, continua-t-elle, il est impossible de rejoindre la ville, à cause de la rivière qui a débordé. J’ai dû venir ici à la nage, et ai failli me noyer ! Et cela nos protégera pas nos enfants. D’ici peu de temps, les soldats de la capitale recevront des renforts de tout le royaume, et soyez assurés qu’ils trouveront un moyen d’entrer malgré le dôme ! Mais surtout, la couronne fera tout pour nous anéantir !

» S’ils gagnent, les nobles auront enfin une occasion de se débarrasser de nous ! Ils auront besoin de coupables, et croyez-moi, c’est ici qu’ils vendront les chercher ! Nous devons nous enfuir.

– Mais… Pont-Rouge est notre maison ! protesta Ilda. Autant qu’à eux !

– Les nobles ne voient pas les choses de cette manière. Il faut partir. J’ai une idée pour…

Soudain, un bruit étrange déchira le ciel. D’abord lointain, il se fit de plus en plus proche, jusqu’à couvrir le martèlement de la pluie contre le dôme.

Inquiets, les Rouges-Pontois se serrèrent les uns contre les autres. Le bébé d’Ilda se remit à pleurer de plus belle. Mais même son cri ne put supplanter le vacarme qui se faisait toujours plus puissant. Gillian jeta un regard inquiet à Lora. La jeune femme pouvait lire sa question silencieuse dans son regard.

Elle ne répondit pas, trop effrayée qu’elle était. Elle n’avait jamais entendu ce bruit, mais elle ne connaissait car Venzio lui en avait parlé. Un bruit synonyme de malheur.

Un bruit de vrombissement.

 

*

 

 L’épaisse fumée gagna la cellule.

 Le prisonnier toussa violemment. Il déchira un pan de sa chemise et s’en servit pour se couvrir le nez et la bouche. Cela le soulagea un peu, mais n’empêcha pas ses yeux de piquer et de pleurer.

L’homme était piégé dans la prison. S’il ne trouvait pas rapidement un moyen d’ouvrir sa cellule, il allait s’étouffer, ou pire, être brulé vif par les flammes. Celles-ci venaient de gagner l’arrière du bâtiment, et menaçaient l’enflammer d’une minute à l’autre.

L’homme donna de grands coups de pieds rageurs dans la porte. La grille gémit mais ne céda pas. Redoublant de colère, le prisonnier agrippa les barreaux et les secoua en hurlant à l’aide.

Aucun soldat ne daigna répondre à son appel. Ces salopards s’étaient enfuis à la première occasion, laissant derrière eux les prisonniers condamnés.

L’homme chercha sur le sol de sa cellule n’importe quoi puisse lui venir en aide. Tout ce qu’il trouva fût un morceau d’os de poulet, légèrement pointu à l’un de ses bouts. Peut-être pouvait-il crocheter la serrure ? Décidant de s’en remettre à la chance bien qu’il ne crût avant tout qu’en ses propres talents, l’homme introduisit l’os dans la serrure. Il fit jouer le mécanisme durant de longues minutes. Sa tâche était rendue difficile par les tremblements incontrôlés de ses mains et par la fumée qui lui masquait une partie de la vue. Puis finalement, le cliquetis salvateur retentit. Dans un cri de triomphe, le prisonnier poussa la porte.

Il remonta le couloir sans se retourner, accompagné des suppliques des autres pensionnaires. L’homme les ignora. Dans des moments comme celui-ci, c’était chacun pour soi, pas de quartier ! L’homme n’avait jamais eu l’âme charitable. Il réservait cela aux imbéciles et aux bonnes femmes.

Il ouvrit les lourdes portes de la prison d’un puissant coup d’épaule, avant de jeter son masque improvisé sur le sol et d’inspirer de grandes goulées d’air – presque – frais. Il fut alors plongé dans la confusion la plus totale.

Des gens hurlaient et couraient en tous sens, se battant tantôt contre des soldats, tantôt contre d’autres Rouges-Pontois belliqueux. Des corps sans vie ou inconscients gisaient sur le sol, faisant le bonheur des salauds sans scrupules, qui n’hésitaient pas à les détrousser. Plusieurs incendies avaient été allumés ici et là, plongeant la ville dans un chaleur étouffante.

Mais le plus étrange restait quand même le dôme transparent qui semblait recouvrir la capitale. Les gouttes de pluie s’écrasaient dessus et le vacarme du tonnerre et du vent était lointain et étouffé.

De mémoire de chef de guilde, Lochras n’avait jamais vu un spectacle pareil.

Il avisa soudain un adolescent qui passait près de lui au pas de course, une main autour de son bras blessé. Indifférent quant à son état, Lochras l’attrapa par le col de sa chemise et le plaqua contre le mur le plus proche.

– C’est quoi ce bazard, petit ?!

Le gamin le regarda sans comprendre.

– C’est une révolte monsieur ! Le peuple se soulève contre la couronne.

– Et ça là-haut, c’est quoi ? demanda-t-il en leva le doigt vers le ciel.

– De la magie. C’est le chef de la rébellion qui l’a activé. Je… j’en sais pas plus m’sieur, j’vous jure ! Je veux juste rejoindre mes sœurs et les mettre à l’abri.

Voyant qu’il n’obtiendrait rien de plus du gamin affolé, Lochras le relâcha. Il fila à toute vitesse, tel un lapin. L’Arpenteur regarda autour de lui et choisit la direction qui sembla la plus éloigné de ce chaos digne de l’Enfer.

Durant son cheminement au travers des rues, il ne pensait qu’à deux choses : sortir de ce merdier et retrouver cet enfoiré de Venzio. D’autant que son instinct lui soufflait que le mercenaire était lié d’une manière ou d’une autre à cette rébellion. Il jura de lui arracher un organe en mémoire de chaque Arpenteur tué à Maranola. Restait à savoir de quel côté ce bâtard s’était rangé. Suivait-il toujours les ordres de la princesse ou s’était-il rangé du côté des rebelles ?

Lochras décida qu’il aurait plus de chance de mettre la main sur lui au palais royal. Hors de question de partir sans avoir fait la peau à ce fumier ; Lochras était du genre têtu et rancunier. L’Arpenteur rebroussa chemin et gagna le château. Celui-ci était encerclé par des soldats aux prises avec des combattants de chaque côté de leurs barricades improvisées. Une personne normale se serait faite descendre en moins de temps qu’il n’en fallait pour arracher ses bijoux à une vieille bourgeoise sans défense. Mais Lochras était un membre de guilde. L’une des meilleures qui soient à Aquilion. S’il y avait un moyen de franchir ce traquenard, il le trouverait sans difficultés. L’Arpenteurs ramassa une épée sur le corps d’un soldat et la glissa dans sa ceinture.

Venzio ne perdait rien pour attendre.

 

*

 

– Ça a fonctionné !

Maddy courut vers Taseo et lui sauta au cou. Il la serra à son tour dans ses bras, savourant la chaleur de son étreinte. La jeune femme avait raison. La machine remplissait parfaitement son office. La coupole était parfaitement stabilisée au-dessus de la ville, englobant les deux rives du fleuve Cahin et empêchant la tempête de sévir. 

– Taseo ! le héla l’un de ses camarades. Les gens se soulèvent ! Et les nobles dans le palais ont été fait prisonniers.

Les rebelles poussèrent des cris de joie en s’étreignant. L’un d’eux entama même un chant paillard très populaire à Pont-Rouge, qui servait à insulter les nobles. Les paroles furent rapidement reprises par plusieurs de ses camarades.

– Je suis heureux moi aussi, dit Taseo. Mais cela n’est que le début. Ce sont surtout des émettes qui ont éclatés. Il faudra du temps avant qu’elles ne cessent, et surtout, il va falloir que quelqu’un maitrise toute cette agitation et guide la population. C’est une tâche difficile. Tout le monde va vouloir mettre son grain de sel pour profiter de la situation. Il va falloir canaliser, tempérer et discuter, sans passer pour de nouveaux oppresseurs. 

– Je sais que tu y arriveras, lui assura Maddy. Tu sais comment parler aux gens et les mettre en confiance.

Taseo déposa un baiser sur sa tête.

– Que fait-on pour le moment ? demanda la rebelle.

– On veille sur cet endroit. La machine est notre atout le plus précieux. S’il est détruit ou qu’il cesse de fonctionner, c’est tout notre plan qui tombe à…

Le bruit causé par les portes d’entrepôt couvrit ses paroles. Elles s’étaient ouvertes brutalement, frappant les murs qui tremblèrent sous l’impact. Les installations électroniques sur les tables vacillèrent et ne durent leur sauvetage qu’aux reflexes des rebelles.

– Qui va là ?! cria Taseo.

Une silhouette se découpa dans la pénombre de la porte. Elle avançait d’une allure paisible, les mains dans le dos.

            – Et lorsqu’ils connurent le traitre, les Dieux le punirent vers l’Enfer éternel… psalmodia l’inconnu.

            Taseo déglutit. La lumière laissa apparaitre l’identité de l’intru. Sa toge blanche brodée de fils d’or était salie par l’eau boueuse, de même que ses sandales de cuirs, qui produisaient un bruit de succion en se soulevant du sol. Le regard dur du Saint-Premier se posa sur l’assemblée, tandis qu’il continuait de réciter sa prière.

            – Ils le condamnèrent à l’oubli, et lorsqu’ils l’eurent enchaîné au rocher, se détournèrent pour l’effacer de leurs mémoires…

            Il s’arrêta à quelques mètres des rebelles et les regarda comme s’il fût surpris de les voir.

            – Taseo, dit-il. Le traitre à notre cause. Comme le fût Sarnone le Perfide, le sixième dieu, pour ses frères et sœurs, avant d’être jeté en Enfer pour y expier ses pêchers.

            Le rebelle se plaça instinctivement devant Maddy. Le Saint-Premier n’était peut-être qu’un vieux religieux, mais Taseo sentait pourtant une terrible aura de danger autour de lui.

            – Abel. Que voulez-vous ?

            – Rien de moins qu’accomplir la volonté des Dieux ! Garder leurs enfants dans le droit chemin. Guider ce royaume vers le Paradis. (Il rigola comme s’il s’amusait des pitreries d’un enfant, avant d’ajouter :) Au départ, j’avais vu ta tentative de révolte comme une manifestation du diable, mais à présent, je sais qu’elle est la volonté des Dieux. Car elle va nous permettre de purifier cette ville maudite et gangrénée une bonne fois pour toute.

            Il écarta les bras et ferma les yeux, tandis qu’une sourire béat se formait sur son visage.

            – Que racontes-tu donc vieux fou ?! Les Dieux n’existent pas ! Ils ne sont que votre invention ! Ce que tu dis n’a aucun sens !

            Les yeux d’Abel se remplirent à nouveau d’orage.

            – Je ne m’attends pas à ce que tu comprennes, cracha-t-il. De toute façon tu ne peux plus rien faire. La purge divine a déjà commencé.

            Maddy et Taseo échangèrent un regard.

            – Qu’as-tu fait ? demanda le rebelle d’une voix tremblante.

            – Ce qui devait être fait, laissa tomber Abel.

            Tout alla très vite. Il tendit la main vers le plafond au-dessus des révolutionnaires. Une lumière rouge illumina sous sa manche, tandis qu’un rayon d’énergie alla percuter le toit. Le bois craqua de manière sinistre, avant de s’embraser et de se décrocher du plafond. Les rebelles n’eurent pas le temps de pousser un cri que déjà, le bois brulant s’écrasa là où ils se tenaient.

            – Non !

            Sur les cinq rebelles debout autour de la table, deux seulement échappèrent de peu à la mort. Agatha avait sa jambe coincé sous une poutre, que le feu menaçait de gagner à tout instant. Daryl s’était simplement jeté le plus loin possible de la table. Les autres avaient été écrasés sous le poids de la toiture. Le matériel sur la table n’avait pas eu un meilleur sort, il n’en restait que des morceaux projetés et des débris épars. 

            Maddy se précipita vers Agatha. La jeune femme essayait désespérément de tirer son membre de là, mais le bois était trop lourd. La patronne de maison se précipita à son secours, aidée de Daryl qui l’avait rejointe, encore sonné mais indemne. 

            Il fila ensuite à la recherche d’eau et de couvertures pour étouffer le feu.

            Abel fronça les sourcils en constatant que la machine fonctionnait toujours.

            – Je vais détruire cette ignominie. Ensuite…

            – Jamais !

            Taseo leva le bras à son tour. L’appareil fixé par-dessus son gant s’illumina de vert avant que n’en sorte une boule d’énergie qui fila droit vers le Saint-Premier. Celui-ci n’eut qu’à utiliser de nouveau son propre dispositif pour générer une barrière protectrice sur laquelle s’écrasa la boule avant de se vaporiser.

            Taseo serra les poings.

            – Comment ?! J’ai volé votre source de pouvoir ! Je l’ai piraté ! Vous n’avez plus accès à votre Interface ! Tu ne devrais pas pouvoir utiliser ta technologie !

            Le rire d’Abel résonna dans l’entrepôt.

            – Taseo… Ce manque de discernement me déçoit beaucoup venant de toi. Il est vrai que tu as volé notre principale source d’énergie et que nos appareils ne sont par conséquent plus utilisables. Mais tu ne croyais tout de même pas que j’allais laisser reposer tout l’avenir de la magie sur une seule sphère ? J’ai créé un second réseau. Certes moins performant et moins abouti, mais qui remplit parfaitement son rôle dans des cas comme celui-ci. Je n’avais simplement pas achevé sa création lorsque tu as volé notre sphère.

            Les ongles de Taseo pénétrèrent davantage sa peau, faisait couler de petites gouttes de sang le long de ses doigts.

            – Comment ai-je pu passer côté de ça ? murmura-t-il.

            Il se maudissait d’avoir laissé une information si précieuse lui échapper. Abel esquissa un sourire.

            – Je t’ai formé, Taseo. Ce n’est pas pour rien que j’ai été moi aussi un espion avant de rejoindre les ordres pour servir le Panthéon des Régnants.

            Derrière le rebelle, Agatha hurla quand Maddy sectionna les restes informes de sa jambe écrasée. Les os craquèrent bruyamment, le bruit se répercuta dans le bâtiment comme un présage sinistre. Il entendit Maddy ordonner à Daryl de comprimer le moignon, tandis qu’elle-même s’emparait d’un bracelet du même type que celui de Taseo, utilisant l’énergie qu’il générait pour souder grossièrement les artères.

            A leur droite, la machine générant le dôme bourdonnait toujours.

– Quelle est cette fameuse purge divine dont tu parles ? demanda Taseo. Qu’est-ce que toi et tes cardinaux avez derrière la tête ?

– Nous allons repartir de zéro. Détruire le fruit pourri qu’est devenue Pont-Rouge et fonder un nouveau royaume, plus pur, plus dévoué envers les divinités ! Nous allons anéantir le peuple, et même les nobles ! Ces idiots ingrats qui, installés dans le confort et le pouvoir, en oublient à qui ils doivent tout !

Une lueur de folie dansait dans les yeux du Saint-Premier. Un sourire terrifiant étirait ses lèvres et ses bras et jambes tremblaient tant il semblait en proie à une illumination.

– Je ne te laisserai pas faire.

– Nous verrons cela, jeune homme.

Son bracelet s’illumina de nouveau.

– Maddy ! Fuyez !

Taseo réagit trop tard. Abel avait accéléré sa vitesse grâce aux nanorobots contenus dans son corps. Le rebelle n’entrevit qu’une forme blanche lorsqu’il passa à côté de lui. Il le découvrit à peine une fraction de secondes plus tard, penché au-dessus de Maddy, la main sur le front de cette dernière.

Il tira. La jeune femme s’écroula sans bruit, un trou au milieu du front et les yeux révulsés. Ses deux compagnons subirent le même sort.

Le hurlement de Taseo déchira l’air.

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