Chapitre 14

Enola et son compagnon ne parlèrent pas une seule fois au cours du voyage. Jusqu’au moment où la jeune fille croisa une femme âgée qui tenait un pot de glu entre ses deux mains. « Bonjour », lança Enola en direction de la vieille dame. Celle-ci semblait tout sauf sympathique : elle était un peu enrobée, et semblait porter avec elle, tout au long de sa marche, une sorte de rictus sur ses lèvres. Elle avait des cheveux blanc argenté, très laids, de près comme de loin, et des yeux verts.

La jeune lycéenne n’entendit aucune réponse, et l’autre lui passa devant comme si elle n’existait pas. « Malpolie », se dit Enola. Elle rejoignit son compartiment, et c’est là que le jeune garçon lui demanda :

« Et sinon… Tu vis où ?

- À Saint-Louis de Villeneuve, répondit la jeune fille en se rasseyant. C’est à peu près à une heure de chez mon oncle, je crois… Je ne sais même plus. »

Le garçon acquiesça, avant de préciser :

« En fait, moi, normalement, j’habite à Paris, tout comme mes parents. Je suis né, et j’ai vécu à Paris, jusqu’au jour où mon grand-père m’a proposé d’aller trouver un travail durant mes études. Et j’ai dû venir ici, seul, pour faire la femme de ménage tous les jours hormis le vendredi et le dimanche… »

Le garçon se tut. Il semblait perdu dans de noires pensées. Soudain peu à l'aise.

Enola s’abstint de poser des questions.

*

L’oncle d’Enola attendait depuis plusieurs jours des nouvelles de la jeune fille. Il se dit que, peut-être, elle voulait être tranquille pour travailler ? Comment le savoir, il n’avait jamais eu de gosses, lui. C’était l’une des premières fois qu’il en côtoyait, la première qu’il s’en occupait. Et maintenant, comment s’occuper d’un garçon disparu, et d’une fille qui voulait tout le temps être seule, comme ça ?

Il se mit à pleurer à chaudes larmes.

Comment faire, comment faire, comment faire ?

Il n’en savait rien.

Devait-il appeler Enola, lui demander de revenir ? Devait-il aller voir la police et demander des nouvelles de son frère ? Devait-il prévenir leur père ?

Il se mit à pleurer de plus belle.

Peut-être devait-il faire les trois ? Ou alors attendre qu’Enola revienne, que la police vienne lui donner des nouvelles des recherches et que leur père sorte de l’hôpital pour le prévenir ?

Finalement, la seule chose que sut faire l’oncle d’Enola fut de pleurer, tel un enfant de dix ans.

« Que faire ? Je suis fichu… », pensa-t-il tout en essayant de retenir ses larmes, sans succès.

Et puis, il avait si peur, pour la lycéenne, pour son frère, pour lui, pour le père des deux enfants. Il repensa à la mort de sa sœur, à la lente descente aux Enfers de son mari, à l’arrivée des enfants peu après l’internement de leur père à l’hôpital, à la disparition de…

Et il continua de pleurer. Tout la nuit.

Seul.

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haroldthelord
Posté le 28/07/2021
Enola dis bonjour à une vieille dame et si elle ne répond pas c’est évidemment un problème d’impolitesse elle ne pense même pas que cette personne a peut-être un problème d’audition, à la bêtise des jeunes.
C’est sûr qu'il a plus de chance de trouver un job hors de l’île de France.😄😄😄
Hugo Melmoth
Posté le 31/07/2021
Re !
Merci pour ton commentaire ! Ah, oui, de nos jours, la jeunesse, ce n'est plus ce que c'était... Tous des délinquants ! (Dit le jeune de 12 ans)
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