Chapitre 13 — Rey

Ce lundi, j'arrivais avec le sourire au travail. Peut-être un sourire un peu trop marqué. Ma relation avec Ben n'était pas censée être officielle, alors je devais masquer ce sourire.

Étrangement, je me rendis compte qu'il m'était plus facile de masquer ma douleur que ma joie, ce qui me surprit un peu aux premiers abords. Mais après réflexion, ça me semblait presque normal. J'avais parfois pris l'habitude de masquer ma peine.

Alors, s'en suivit une journée assez ordinaire en apparence, du moins, jusqu'à l'apparition de Luke dans les locaux. Il resta un bon moment avec Leia dans son bureau. À en voir leur tête, leur discussion semblait un brin conflictuelle et surtout douloureuse. Entre deux taches, j'étais partie me faire un rapide café et je compris rapidement que le sujet de la conversation était Ben. Eux aussi, ils voulaient l'aider. Mais j'avais comme la sensation que nous étions tous impuissants dans cette histoire...

J'aurais pu tenter d'en apprendre plus sur leur discussion, sauf que je n'avais pas envie de paraître trop intrusive, quand bien même j'aurais pu facilement écouter quelques bribes à leur insu.

L'arrivée de Luke surprit un peu mes collègues. Poe et Rose tentèrent de rester le plus possible en retrait de tout ça, mais Finn, lui aussi savait que ça impliquait Ben. Et il détestait Ben désormais. En même temps, ils n'avaient jamais réussi à s'entendre. Pire encore, maintenant, il lui en voulait pour ma rupture avec lui. Il valait mieux que je continue de cacher ce sourire pour le moment...

Pour beaucoup de mes collègues, personne n'avait vu la différence. Enfin, je le croyais...

Rose insista pour traîner un peu avec moi après le travail. Elle me proposa de passer un peu de temps chez elle. Elle habitait un peu plus loin que moi du travail et je commanderai probablement un taxi au retour.

Dès que je franchis le seuil de son appartement, un grand sourire se dessina sur son visage et j'étais presque gênée de la voir aussi émotive.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je maladroitement.

— Tu sais très bien que tu ne peux rien me cacher...

Elle posa son sac en s'attendant probablement que je prenne les devants. Constatant mon silence, elle me relança :

— Alors, t'as revu Ben ou pas ?

— Ouais, admis-je dans un murmure.

— Bah voilà ! C'était pas trop dur !

Elle me proposa rapidement quelque chose à boire ou à manger, ce que je refusai poliment, puis on s'installa dans le canapé de son modeste salon.

— Alors, est-ce que j'ai le droit d'avoir tous les détails croustillants ?

Elle avait un énorme sourire sur le visage, prête à découvrir tous les ragots du moment. Heureusement, je savais que je pouvais totalement lui faire confiance étant donné qu'elle n'avait jamais été dans le jugement.

— C'est vraiment ridicule quand même maintenant que j'y repense, lâchai-je avec un petit rire.

— Mais arrête de me faire patienter et dis-moi tout !

Je m'affalai dans le canapé en prenant une longue inspiration avant de reprendre :

— En fait, j'avais un peu besoin d'évacuer vendredi. Sauf que j'étais un peu – voire beaucoup – bourrée. Alors, je lui ai laissé un message sur son répondeur.

— Un message pour le supplier de revenir ? me taquina-t-elle gentiment.

— Non ! Au contraire ! Je lui ai dit que je le détestais... C'était horrible comme message... Ça m'a un peu soulagé sur le coup, mais je l'ai bien regretté aussi...

Il y avait un sourire amusé sur le visage de Rose. Heureusement, l'histoire ne s'arrêtait pas là, sinon ça serait une belle tragédie en plus d'être un poil ironique.

— Je suppose qu'il l'a entendu ?

— Ouais... Il l'a entendu. Évidemment. Et quelques minutes après, il était sous mes yeux.

— Sérieusement ? Tu lui laisses un message contenant toute ta haine et le mec se pointe ? Je dois quand même reconnaître qu'il est un peu bizarre dans le genre...

On échangea un bref rire, comme un bref moment de pause pendant mon récit.

— Crois-moi, il s'est pointé... Il était sous mes yeux. J'ai cru que je commençais à halluciner parce que j'avais trop bu... Mais non, il était bel et bien là sous mes yeux. Justement grâce à mon message.

— Bon, à quel moment vous vous êtes roulés une grosse pelle ? m'interrogea-t-elle en tout en riant et en ne s'attendant pas à une réponse sérieuse.

De nouveau, je ris en chœur avec elle. Elle avait vraiment le don de me détendre, et pourtant, tout lui raconter n'était pas si stressant que ça en avait l'air. Enfin, je devais tout de même poser des mots sur certains ressentis, certains moments, et ce n'était pas toujours facile, surtout après tout ce qu'on avait pu vivre Ben et moi.

— Tout d'abord, il m'a ramené chez lui. En même temps, j'étais vraiment salement éméchée... J'ai essayé de l'embrasser là, mais il a refusé au vu de mon état. Mais j'ai dormi dans ses bras ! Et ça, ça vaut tous les baisers du monde !

D'ailleurs, j'avais été si bien dans ses bras qu'il ne m'avait fallu que quelques minutes à peine pour trouver le sommeil. Je n'avais jamais eu de réelles difficultés à m'endormir, mais j'avais profité de quelques minutes de calme, quand bien même j'étais fortement alcoolisée.

— Alors, tu lui as roulé une grosse pelle le lendemain ?

De nouveau, nos rires se mêlèrent un instant.

— Complètement ! Et bien plus d'ailleurs...

C'était le summum pour mon amie qui se réjouit bien plus pour cette information que pour tout le reste. En même temps, j'avais toujours été honnête avec elle quant à ma relation avec Ben et elle savait que nous étions très proches sur beaucoup de plans.

Dire qu'on avait passé toute la journée de samedi ensemble, ainsi que la nuit, puis il m'avait déposé chez moi le dimanche pour se rendre à un rendez-vous professionnel. J'avais eu un petit pincement au cœur, parce que j'avais peur qu'il m'abandonne à nouveau. Mais il avait rapidement répondu à mon message, juste un emoji cœur. Les mots m'avaient manqué sur le coup. Probablement à lui aussi vu qu'il en avait répondu de même.

— Mais pour l'instant, on doit garder notre relation secrète. Surtout à cause de son travail, ajoutai-je d'une voix bien plus grave.

— J'ai cru voir quelques informations à propos de son entreprise... Ça m'avait l'air très tendu.

— Ça l'est... Pour plein de raisons malheureusement.

J'échangeai un bref regard avec elle. Cette fois-ci, nos rires s'étaient évaporés laissant place à une lourde expression de tristesse dans nos regards.

J'aurais tellement voulu que la situation soit bien plus simple et qu'il lui suffise d'abandonner cette maudite entreprise, mais visiblement, j'ignorais à quel point l'iceberg était immense et profond. Il ne m'avait clairement pas tout dit, pour diverses raisons, et je ne pouvais que le comprendre.

— J'ai voulu... Mais il a un peu refusé mon aide...

— Je pense que tu n'as pas les moyens de l'aider. C'est tout autant au-dessus de toi que de lui... Tu dois accepter que tu ne peux rien faire.

J'aurais tellement voulu avoir la solution miracle qui puisse délivrer Ben de sa situation et qu'on puisse être juste tous les deux, comme avant. Malheureusement, je devais reconnaître qu'elle avait raison : j'étais impuissante dans cette situation.

L'impuissance était probablement le pire sentiment que je puisse ressentir à ce moment et dans le fond, ce n'était pas la première fois. C'était peut-être bien ça que j'avais ressenti lors de notre rupture. Je l'avais vu partir dans une voie qui ne me plaisait pas, sans rien faire. Puis je l'avais revu lors de cette soirée chez lui. J'avais tenté de le raisonner, mais vainement. Et quand je m'étais presque résolu à l'abandonner en lui laissant ce message acerbe, il s'était ramené...

— J'espère qu'il trouvera un moyen de s'en sortir, soufflai-je d'un air songeur.

— J'espère aussi... Armie s'inquiétait pas mal à son sujet.

Elle but une brève gorgée de son verre d'eau et je vis un bref sourire se dessiner son visage. Probablement à l'évocation du nom d'Armie.

— Sérieusement... Je n'ai toujours pas eu de réponse à propos d'un sujet. Il se passe quoi entre Armie et toi ?

Elle m'adressa un sourire complice. Elle avait toujours évité de me dire concrètement ce qu'il y avait entre eux quand bien même tout le monde sentait qu'il se passait quelque chose entre eux. De plus, rien ne les trahissait en public.

— En fait... On n'est pas vraiment un couple, parce qu'on ne s'est pas défini ainsi. Mais disons qu'on est plutôt des amis très proches avec beaucoup de bénéfices.

— Oh... Je vois, les amis plus plus...

 On échangea un regard plein de malice et je ne pus m'empêcher d'en rire. De toute manière, elle avait toujours été la première à me dire que les mots et les étiquettes, on pouvait s'en passer. On pouvait parfois juste profiter du moment. Parfois, j'aimerais vraiment pouvoir autant lâcher prise qu'elle...

— Je t'aurais bien proposé de dessiner, mais c'est pas trop ton truc, lança-t-elle en se redressant légèrement du canapé.

— C'est peut-être l'occasion pour que j'apprenne quelques techniques... Et peut-être que j'aurais l'air moins ridicule entre toi et Ben.

— Ne t'en fais pas, avec de l'entraînement et du travail, tu pourras rivaliser sans souci avec nous.

En plus de son ton rassurant, un sourire l'accompagna, et elle se leva d'un bond du canapé pour lancer le mouvement.

Peut-être que pour une fois, je pourrais profiter d'une soirée un peu plus légère...

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ManonSeguin
Posté le 31/12/2020
Un petit chapitre qui réchauffe le coeur :3 L'amitié entre Rose et Rey est belle et toute mignonne également. Elle est là quand Rey est dans le caca ou complètement perdue dans ses pensées et la supporte, c'est beau d'avoir ce genre de soutien dans la vie !
MissRedInHell
Posté le 04/01/2021
Exactement ! C'est full fluff entre elles ! Ce qui change un peu de mes habitudes haha, mais ça fait du bien de développer des relations plus saines, plus douces par moment :3
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