Chapitre 13 : Forest Fighter and fatality

— Décidément, grimaça Carmen dans son pull de laine écarlate, il y a foule dans cette forêt. Et que des vieilles connaissances il faut croire. 

 

Vêtue plus sobrement que la dernière fois, la Vampire se détacha de son tronc d'arbre et s'avança dans la lumière. Un de ses manches flottait au vent, vide, alors que ses orbites accusaient de larges cernes noirs. Ses cheveux bruns tombaient en paquet de filasse le long de son dos. Par rapport à leur dernier affrontement, Carmen ne semblait plus être que l'ombre d'elle-même. 

 

— Toi, siffla-t-elle en pointant Amadeus du doigt. Toi. Je vais te faire souffrir.

 

L'adolescent recula et buta contre une branche. Il ignorait ce qui lui valait toute la haine qui assombrissait le visage de la Vampire. Paniqué, il jeta un regard vers Valentine et Camille, toutes aussi étonnées que lui. 

 

— Je... balbutia-t-il. Euh... Désolé ?

 

Alors Carmen se figea. Pendant un instant, seul le vent agita les branches. Amadeus eut le faible espoir qu'elle les laisse partir. Puis, d'un coup, sa bouche se tordit en un rictus et elle recommença à avancer vers eux.

 

— Il est désolé, psalmodia-t-elle. Il m'arrache mon bras. Il flingue ma vie. Et il est désolé. Désolé. Juste désolé. 

 

Amadeus avait peur et le froid revenait l'attaquer aux chevilles. Pourtant, une fièvre inconnue le gagnait peu à peu. Un écoeurement venu de l'air et des chuchotis qui augmentèrent encore d'un cran dans ses oreilles. Il posa les mains dessus dans l'espoir de les atténuer, mais peine perdue. Les couleurs grisâtres de la nuit se contrastaient un peu plus et des détails qu'il n'avait jamais vus, comme ces noeuds sur le bois ou les cristaux de neige, lui vrillaient le cerveau. 

 

— Je vais te tuer, énonça Carmen. Toi et tes amies. Je vous absorberai puis je laisserai votre cadavre pour votre voisine la Sorcière. 

 

Puis, comme la dernière fois, elle bondit avec la détente d'un animal en chasse. Sauf que cette fois, les entraînements avec Estelle avaient eu le temps de porter leurs fruits. Amadeus se mit aussitôt en garde et sauta sur le côté pour éviter le coup. L'étreinte de la Vampire frôla son pull et un frisson d'angoisse le secoua des pieds à la tête. Ce n'était qu'un coup de chance et il ne pouvait pas compter sur le fait que cela se reproduise de sitôt. 

 

Il reprenait son souffle, hagard, quand l'oeil flou de la Vampire se tourna vers lui. Elle grinçait des dents, comme un fauve à l'affût. 

 

— Gamin, grogna-t-elle. La prochaine attaque, je te croque vivant. 

 

Il n'eut pas le temps de répondre que Carmen serpenta dans la neige à pleine vitesse pour s'éloigner de lui. Haletante, la goutte au nez et le front pâle, Valentine tenait son petit Opinel à la main et venait d'essayer de l'attaquer par surprise. 

 

L'adolescente raffermit sa poigne sur le manche de sa lame qui faisait presque cure-dent par rapport au niveau de menace de la Vampire. 

 

— Je t'avais presque oubliée, grommela Carmen. La gosse de la dernière fois. Pars si tu veux. Je ne te veux rien de mal, pas à toi. J'aime bien ton cran. 

 

Valentine jeta la veste de son costume par terre pour se retrouver en débardeur en pleine bise. Elle réprima un grelottement et secoua ses cheveux tout juste attachés pour s'assurer qu'ils ne la gêneraient pas dans ses mouvements. Avec les sessions d'Estelle, l'adolescente avait gagné en musculature et ses abdos formaient une plaquette blanche sous la Lune. Les ombres épousaient ses biceps renforcés jusque dans la courbure de sa nuque épaissie. 

 

— J'pars pas, répondit Valentine. J'ai mal à la tête, j'ai trop bu. Amadeus sait pas faire une pompe correctement. Camille, j'en parle pas. Mes amis sont nuls. Alors, j'pars pas. 

 

Sans attendre la réaction de Carmen, Valentine courut et feinta. La lame siffla et toucha une mèche de la Vampire qui pivota pour envoyer la lycéenne au loin d'un puissant coup de pied. Sauf que les réflexes de cette dernière s'étaient améliorés. D'une parade du bras, elle coinça la jambe et précipita le couteau vers les cotes flottantes de Carmen. 

 

La Vampire lui expédia un coup de coude sur son nez assez puissant pour que son cartilage se brise en un bruit écoeurant. Une giclée de sang parsema la neige et Valentine lâcha la jambe de Carmen pour se remettre à une distance de sécurité. 

 

— Merde, marmonna la lycéenne. Ça fait mal. 

 

Mais lorsque la Vampire réattaqua, elle était prête. Cette fois, elle attendit que le coup parte et elle planta son Opinel de toutes ses forces dans le bras restant de Carmen. Le temps que la douleur monte, Valentine s'était déjà éloignée de nouveau. 

 

Un sanglot vrilla de la gorge de Carmen. 

 

— Non, hoqueta-t-elle. Non, pas l'autre. Non. NON !

 

Sa voix vira en un beuglement de rage. Valentine s'apprêta à repartir à l'assaut pour profiter de cette ouverture inespérée, mais elle trébucha sur un obstacle invisible et chuta dans la neige. 

 

— Valentine ! hurla Amadeus. Valentine !

 

— Tout va bien, fit-il, je ne me suis pas...

 

Lorsqu'elle voulut se remettre sur ses jambes, impossible. Elle retomba lourdement dans la neige qui commençait à lui brûler la peau. Elle sentait le froid irradier et incendier jusqu'à ses os. Tout autour de son corps grimpaient des racines qui l'enserraient entre leur puissante étreinte. 

 

Carmen la fixa en garrotant sa plaie entre ses doigts. 

 

— Finies les bêtises, persifla-t-elle. J'ai d'autres pouvoirs. Ne me sous-estimez pas.

 

— Personne ne te sous-estime, monta la voix d'Inare. Où sont Adèle et Na ?

 

Le Sorcier se tenait aux côtés de Camille. Depuis combien de temps était-il là, à analyser le combat avec la lycéenne ? Amadeus ne saurait le dire, mais à en voir l'air peu surpris de son amie, il ne sortait pas des ombres. 

 

— Qui sait ? ricana Carmen. Je ne suis pas ici pour des questions, mais pour une vengeance. 

 

Le Sorcier fronça les sourcils et se mordilla la lèvre : 

 

— Je comprends bien, dit-il. Mais Na sera triste si ces humains meurent. Je ne peux pas te laisser continuer.

 

Valentine gigotait, les larmes aux yeux sous la brûlure de la neige. Inare semblait prêt à s'en mêler, mais Amadeus n'y tint plus. Avant que la Vampire ou le Sorcier n'exécutent leurs menaces, quelque chose claqua en lui. 

 

Na avait encore disparu. Celle qui avait fait de sa vie une aventure n'était plus là pour le guider. Valentine était à terre et Camille ne saurait pas faire mieux. 

 

Toute la pression accumulée sur ses épaules s'étirait dans son esprit à la manière d'une lanière de caoutchouc au bord de la rupture. Les cellules éclataient une à une. Alors qu'il se sentait plus seul que jamais, une présence chaude se déposa sur son épaule.

 

Il aurait reconnu ce contact entre mille et le temps se suspendit alors que Na se tenait à ses côtés. 

 

" Rappelle-toi"

 

L'injonction de la Sorcière frémit. Bien sûr qu'elle n'était pas là, mais d'où venait cette écrasante présence ? Quand il voulait l'éloigner pour mieux la mesurer, tout son être hurlait comme s'il essayait de s'arracher un de ses propres membres. Il percevait Na alors qu'elle avait cessé de lui parler. 

 

La Sorcière arborait un sourire énigmatique et une dureté dans le visage qui évoquait la volonté d'en découdre. 

 

"Nous sommes le Féal de Na. Rappelle-toi."

 

Le murmure de la copie s'imposa. Avec, le barrage dans son esprit s'effondra avec fracas et Amadeus fut submergé par les flots. 

 

" Je suis elle et je suis toi. Dors, Amadeus. Je prends la relève à présent."

 

L'eau s'engouffrait dans ses poumons. Amadeus essaya de nager vers la surface, mais tout n'était qu'obscurité. Alors, l'adolescent cessa de se débattre, et la voix de Na aux oreilles, il se laissa couler d'un sommeil lourd dans les tréfonds de son propre esprit. 

 

 

Camille s'apprêtait à intervenir avec Inare. Elle avait conscience de ne pas avoir la puissance de Valentine, mais Amadeus était en danger. L'adolescente se mordit les lèvres. Elle avait bien essayé de contacter Claude pour qu'il vienne une fois de plus les tirer de ce pétrin, mais le froid avait atteint la batterie de son téléphone. Impossible de l'allumer. Leur seule chance de s'en sortir était de parvenir à récupérer le portable de Valentine ou d'Amadeus, en espérant qu'ils marchent, et aussitôt appeler les oncles de la Sorcière. 

 

— Bon, grogna Inare. Plus le choix, je vais y aller. 

 

— Si tu suis le plan, fit-elle, on a une chance. Je compte sur toi pour l'occuper. Pendant ce temps, je retourne à la soirée et j'appelle Claude et Mehdi depuis là-bas. 

 

Le Sorcier hocha la tête. Puisqu'il n'avait pas suggéré de les contacter autrement, sans doute devait-il avoir plus peur qu'il ne voulait bien le dire, jaugea Camille. De ce qu'elle avait estimé, craindre pour sa vie était le plus grand frein aux pouvoirs des Sorciers puisqu'alors toute possibilité d'altruisme se dissolvait. La survie, ou l'égoïsme à l'état brut. 

 

Mais au moment où le Sorcier se prépara à faire face à Carmen, un flash de lumière les éblouit brièvement. Des chenilles noires glissèrent sur le cristallin de Camille. Mais ce n'était pas tout. 

 

Une étrange mélopée, entre le craquement d'une forêt et le sifflement du vent, gagnait ses oreilles. 

 

Lorsqu'elle parvint à retrouver la vue, Inare souriait comme un dément, les yeux écarquillés comme de nouveau emplis d'espoir. 

 

— Il a réussi, souffla Inare. On va survivre. Amadeus a éveillé le Féal. 

 

Dans son excitation, le garçon attrapa la main de Camille pour la serrer dans la sienne. La lycéenne ne broncha pas. Elle ignorait de quoi il parlait, mais la vision l'inquiétait plus qu'autre chose.

 

Les yeux blanchis, baigné dans un halo de lumière qui inondait la clairière comme en plein jour, Amadeus avait un visage de marbre. 

 

— Tu sors donc de ton trou, grinça Carmen. Parfait, Féal. Je ne te crains pas. Tu ne m'auras plus par surprise.

 

Des murmures incompréhensibles couraient d'arbre en arbre. Autour de Valentine, les racines éclatèrent en morceau. La lycéenne toussota et rampa vers les fourrés. Aussitôt, Camille lâcha la main d'Inare pour aller à sa rencontre. 

 

— Je suis avec toi, chuchota-t-elle à son amie. Prends ma veste. 

 

Malgré le froid qui la rongeait, Camille se débarrassa de son pull de laine et frictionna la jeune fille. La peau partait en lambeaux là où la neige avait brûlé. 

 

Au même moment, un hurlement guttural monta de la gorge de Carmen. La Vampire joignit les mains et des éperons rocheux surgirent de terre, comme les racines un instant plus tôt. 

 

Amadeus ne broncha pas. 

 

— Attention ! hurla Camille. Amadeus !

 

Le silex fut pulvérisé avec fracas. Des éclats tranchants s'éparpillèrent autour d'eux. Camille se recroquevilla sur Valentine pour la protéger et sentit une multitude d'éraflures s'ouvrir en perles de sang sur sa peau.

 

— Je suis là aussi, maugréa Inare au milieu des débris de pierre. Na vit dans son Féal. Tu ne la toucheras pas. 

 

Carmen cracha au sol et se tint le moignon de son bras disparu dans la manche de son pull. 

 

— Deux contre une. Des petits lâches. Voilà ce que vous êtes. Pire que Léopold et ses Chasseurs idiots du Couvent de Lazare.

 

Amadeus prit alors une voix d'outre-tombe que Camille ne lui avait jamais connue. À chaque mot qu'il prononçait, la neige balayait la clairière. Les flocons griffaient le visage de la jeune fille et elle dut plisser les yeux pour apercevoir le reste de la scène. Valentine grogna de douleur sous ses bras, touchée par le froid. Camille serra un peu plus fort comme pour la bercer et ainsi apaiser la souffrance. 

 

— Tu es un danger, tonna l'adolescent d'un timbre inconnu qui secouait son maigre corps. Tu n'es pas la bienvenue ici.

 

Dans le même temps, Inare profita de la diversion pour surgir sur la droite de la Vampire. Il envoya une giclée de neige qui se profila en une multitude d'aiguilles de glace. Carmen n'eut qu'à tourner la tête et aussitôt, elles s'écrasèrent en pluie mouillée au sol. 

 

— À mon tour.

 

D'un geste, elle balaya le vide. Inare ne parut pas bouger dans un premier temps. Puis, une onde invisible le souleva pour le projeter contre un arbre. Le Sorcier tomba en un râle sourd. Camille ressentit la gravité se crisper à ce moment. Des cordes invisibles vibraient dans ses muscles et elle devint semblable à une immense caisse de résonnance un bref instant. 

 

Inare crachota et se prépara à se relever. Déjà, Camille sentit dans ses os une nouvelle onde de choc déferler du côté de Carmen. La lycéenne s'apprêta à encaisser la vague pour Valentine et elle, mais la sensation d'oppression disparut à la dernière seconde. 

 

— Nous disions, répéta la voix grave sortie du corps d'Amadeus, que tu n'es pas la bienvenue ici. 

 

Aussitôt, le vent se tut. L'air sembla former une masse compacte et Camille ressentit un poids plus important encore écraser sa poitrine. Elle baissa les yeux vers Valentine qui gémissait : 

 

— Courage, murmura la lycéenne. Je suis avec toi. Ça va bien se passer. 

 

Valentine voulut ajouter quelque chose, mais une déflagration projeta une gerbe de neige sur les deux filles. Camille se pencha aussitôt pour protéger Valentine autant que possible tandis que les hurlements de Carmen perçaient le couvert des bois. Au loin, un bruit d'ailes indiquait que les chauves-souris s'envolaient vers un endroit plus paisible afin de finir leur nuit. 

 

Lorsque la pression s'atténua, Camille parvint à redresser la tête. Inare se relevait tout juste, un filet de sang sous son nez cassé. À terre, dans la neige, Carmen gisait à plein ventre et continuait à hurler sa haine en griffant le sol de ses ongles. Des cascades vermeilles coulaient de ses yeux. Camille plissa les paupières. 

 

— Merde, jura-t-elle. Oh merde.

 

Elle avait mal vu. En réalité, si Carmen rampait vers Amadeus sans se soucier de ses doigts en lambeaux, c'est qu'elle n'avait plus d'yeux. 

 

Amadeus les lui avait éclatés. Les orbites de la Vampire se trouvaient marbrées d'hématomes et de plaies où pleurait du sang. 

 

— Je te HAIS ! beugla Carmen. Sale gamin et sale Sorcière ! Attends que je retrouve ta Suzeraine ! Je la boufferai devant toi. Tu m'ENTENDS ?!

 

Malgré la douleur, la Vampire ne semblait pas avoir de mal à s'orienter. Camille se redressa, inquiète. Sans doute avait-elle un autre sens sur lequel elle pouvait se reposer.

 

— C'est inutile, fit Inare en se rapprochant d'elle. Tu as perdu. Ça ne rapportera rien à personne de poursuivre cette histoire. Surtout si tu ne veux pas que la Rotonde s'en mêle. 

 

— TAIS-TOI ! hurla Carmen, une mousse sanglante aux lèvres. Je n'ai plus rien. PLUS RIEN ! 

 

— Ne nous oblige pas à aller plus loin, souffla Amadeus. Tant que tu chercheras à attaquer notre Suzeraine, nous ne pouvons pas te laisser partir.

 

La voix s'était considérablement adoucie, de même que le halo cruel qui baignait les environs. Le timbre évoqua à Camille les tintinabulements des clochettes l'été. Les iris d'Amadeus se disputaient le blanc et le brun. L'adolescent tout entier tremblait. Il reprenait conscience, remarqua-t-elle. Quelle que soit la chose en lien avec Na qui l'ait possédé, son ami reprenait enfin du terrain dessus. Malgré tout, il leva son bras et l'aura d'une menace de mort glaça la jeune fille. Inconsciente du risque, Carmen poursuivait ses vitupérations.

 

— Amadeus ! s'exclama Camille. Ça suffit maintenant ! On arrête ! Ça t'apportera rien d'aller plus loin ! 

 

Le garçon tourna le visage vers elle, les joues baignées de larmes. Et baissa le poing. Aussitôt, Camille respira et s'attela à soutenir Valentine par le bras afin de l'aider à se remettre debout. 

 

Ce fut pendant cette seconde de battement que tout leur échappa. 

 

Aussi vive qu'un reptile, Carmen se releva et faucha Inare par la taille. L'adolescent eut le souffle coupé et tous deux tombèrent à la renverse dans la neige. 

 

Le Sorcier n'eut qu'un bref instant pour leur jeter un regard navré.

 

Un claquement de doigts plus tard et ils avaient tous les deux disparus. Carmen venait d'enlever Inare. 

 

Le halo autour d'Amadeus s'évapora alors qu'il tomba les genoux à terre. 

 

— Non ! s'exclama Camille en tirant Valentine jusqu'à leur ami. Non, non, non !

 

— Je suis désolé, renifla Amadeus. Je ne sais pas ce qu'il sait passé. J'ai... J'ai merdé, Camille. 

 

Valentine se laissa déposer en douceur sur une pierre, maintenue par Amadeus et balbutiait quelques mots. Lorsqu'elle tenta de se relever avec la volonté de se battre, l'adolescent l'obligea à se rasseoir. Pendant ce temps, Camille saisissait ses cheveux à pleine main et faisait les cent pas, un pli soucieux au front. Valentine et elle étaient gelées, Na disparue et Inare enlevé. 

 

— Vos portables, se rappela-t-elle soudain. Donnez-moi vos portables. 

 

Mais l'espoir fut de courte durée. Avec les trombes de neige soulevées par le combat, les appareils étaient hors d'état. Amadeus pleurait en silence, encore choqué de ce qu'il venait de faire pendant que Valentine murmurait des injures à voix basse. 

 

Elle était seule, désormais, remarqua Camille. Toute la pression du sauvetage de ses amis lui tomba sur les épaules. Peut-être que s'ils partaient maintenant vers la maison d'Amadeus.... Oui, c'était l'unique solution. Tant pis pour Na ou Inare. Dans l'immédiat, il fallait qu'ils se sauvent eux-mêmes sans quoi ils ne seraient d'aucune utilité. Et puis, ils avaient besoin de Claude et Mehdi, la situation leur échappait. 

 

— On y va, trancha-t-elle. On retourne chez toi, Amadeus. 

 

Le garçon leva un visage dévasté vers elle. Elle y lut le traumatisme d'avoir blessé un être de manière aussi cruelle. Et surtout sans pouvoir le contrôler.

 

Sauf qu'ils n'avaient pas le temps pour les remords. Elle avait si froid qu'elle ne sentait plus l'extrémité de ses membres. Déjà, la torpeur du sommeil la gagnait. Ils n'avaient pas une seconde à perdre. 

 

— Debout, ordonna Camille un peu plus fort. On réfléchira au chaud. 

 

Amadeus hocha la tête en silence et passa un bras sous l'aisselle de Valentine pour l'aider à avancer. Pendant ce temps, Camille jeta un regard autour. 

 

Rien à signaler.

 

Elle laissa Amadeus et Valentine progresser en tête et vérifia une dernière fois, avertie par un étrange instinct. 

 

Puis elle se retourna et s'apprêta à quitter la clairière, quand quelque chose parla. C'était la texture d'une voix indéfinissable, grave et aiguë, chaude et froide : 

 

" Que de bruits dans la forêt aujourd'hui."

 

— Qui êtes-vous ? s'exclama Camille à bout de nerfs. Montrez-vous !

 

Valentine et Amadeus cessèrent aussitôt leur avancée et se retournèrent. Camille se précipita vers Valentine pour récupérer le petit Opinel dans sa poche. Elle le dégaina et essaya de paraître menaçante, faute de mieux. 

 

" Vous serez parfaits. La Vampire est partie, mais vous, vous pouvez m'aider. Que diriez-vous d'un marché ?"

 

— Quel marché ? cracha Camille. On ne vous connaît pas !

 

" Obéron ne me laisse plus l'approcher. Transmettez une invitation à celui qui se fait appeler Baptiste. En échange, vous vivrez."

 

— Comment vous faire confiance ? s'exclama l'adolescente de plus belle. Montrez-vous !

 

Son coeur battait contre ses cotes alors qu'elle se sentait gagner par la folie. Plus rien n'allait dans son flux de pensée brouillé par la peur. 

 

" Est-ce un oui ou un non ?"

 

Camille s'apprêtait à décliner quand un gargouillis de Valentine monta derrière : 

 

— Oui... fit son amie. C'est oui. Je veux pas vous mettre en danger en vous ralentissant, les gens.

 

Alors, un rire courut dans les frondaisons. Camille aperçut la Lune briller au-dessus de sa tête et sombra dans le sommeil. 

 

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Le Saltimbanque
Posté le 23/03/2021
Les points positifs d'abord. L'action est percutante, j'arrive plutôt bien à me trouver dans l'espace. TOUS les personnages présents agissent de manière logique, c'est très appréciable. J'aime de plus en plus Carmen, sa rage est très bien écrite (surtout quand Amadeus lui dit désolé tout penaud). La "voix" à la fin est aussi très bien mise en scène. J'ai vraiment senti la tension monter d'un cran. Encore des mystères à résoudre.
Le Féal est incroyablement puissant dis donc ! Sa description est excellente. Ou alors c'est Carmen qui est faible... mais wouah je crains un peu les conséquences d'un tel pouvoir.
Aussi, vu comment Inare est enlevé, les Vampires peuvent se téléporter ? Si oui, il faut rapidement détailler les limites de ce pouvoir, parce que là aussi ça me parait surpuissant.

Les points négatifs maintenant.

Je n'ai rien ressenti quand Inare s'est fait enlever. Je ne me suis tout simplement pas assez attaché à lui. Même les autres personnages ont l'air d'en avoir rien à faire ! (juste un "non, non,non" de Camille, c'est un peu faible).

Valentine, bourrée, dans le froid, faisant jeu égal avec un Vampire enragé... ça ne prend pas pour moi. Carmen a certes un bras en moins, mais elle paraissait très puissante dans le chapitre où elle est apparue. L'écart de puissance est trop fort. et des "séances avec Estelle" ne justifie pas cela : le MMA est un sport trèèèès complexe à la courbe de progression difficile ! Pas un power-up de Mario Bros !

Mais bon, j'avoue que cela brouille les pistes de la théorie Valentine= traitresse, parce qu'elle donne vraiment tout ce qu'elle a et risque sa vie... Je suis perdu. Etait-elle juste irresponsable et stupide ?

La nouvelle "voix" est très cool... mais cela introduit un NOUVEL élément à une intrigue et un monde qui ne cessent de s'étendre. Et elle mentionne "Obéron" et "Baptiste" : deux nouveaux noms qui ne me disent rien (après peut-être que je les ai oubliés...). J'ai l'impression que l'histoire s'éparpille plus qu'elle ne progresse.

Voili Voilou
Hâte de voir comment Claude et Mehdi vont réagir à tout ce bordel.
Alice_Lath
Posté le 24/03/2021
Yesss, ça fait partie de ma looongue liste de choses à faire aka...
Eclaircir un peu les pouvoirs et potentiels de chacun haha
Pour Inare, j'ai conscience qu'il y a un problème, je me le suis notée, et tu me diras plus tard si cela persiste

Pour moi, Valentine ne faisait pas jeu égal, elle tient une poignée de secondes, mais ça ne va pas beaucoup plus loin, puis comme la Vampire a un bras en moins, jme disais qu'elle ferait moins de corps à corps quand même. Je pensais pas qu'on aurait l'impression que sa poignée de séance de MMA la rendrait assez forte pour tenir tête à la Vampire haha, mon objectif était un peu différent

Pour la nouvelle voix... On va voir, on approche du stade où tout va se nouer assez vite, de toute façon, je compte sur toi pour me dire si ça part trop dans tous les sens hahahaha... hahaha.... haha
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