Chapitre 13 : Ce qui rampe, silencieux - Ancienne version

La chambre attribuée à Eskandar par Porcina dominait le jardin où frémissait le grand pin parasol. Une brise ébouriffait les aiguilles et engouffrait dans la pièce un parfum chargé de sève et de fleurs. Un Pan de marbre laissait glouglouter un maigre filet d'eau dans un bassin à nénuphars que dominait un portique dans le style athénien. Lorsqu'Orazio s'approcha du rebord pour jeter son regard sur l'horizon, il tomba sur la nuque rougeaude du jardinier occupé à arranger une haie qui avait eu la folie de s'ébouriffer au milieu de la rigidité toute romazianna qui régnait sur l'ensemble. 

— Qui est mort ? souffla le prisonnier, toujours concentré sur les coups de lame de l'esclave sur les fleurs. Un guerrier d'Amelda ? 

— Le chef du convoi. 

Un passereau se posa sur le rebord de tuiles du rez-de-chaussée. Ses pattes tapotèrent tandis qu'il levait deux billes d'un noir insondable sur Orazio. "Qui es-tu et que fais-tu là ?" semblait-il l'interroger. Le prisonnier tendit le doigt, comme pour caresser ses ailes roussies, et se rassurer lui-même. 

Publius Aelius et son mélange bancal de stoïcisme épicurien lui manquaient cruellement. Lui aurait su le rassurer. Apaiser l'inquiétude qui le taraudait sur la finalité de ce voyage. Eskandar ne sembla pas apprécier son silence, et il relança sur un ton teinté d'amertume : 

— Tu n'as rien à dire ? 

— Je n'aimais pas cet homme. Il est crevé, et alors ? Pourquoi tu me convoques moi ? 

— Parce que ton rôle est de m'assister. N'oublie pas que si tu m'aides à attraper le Marionnettiste, tu seras gracié. Le Marionnettiste est un homme, de haute taille et de citoyenneté romaziana qui rôde autour de notre convoi. Cela devrait limiter les pistes. J'ai besoin que tu laisses écoutes ce qui se dit parmi nos accompagnants.

L'oiseau s'envola en un pépiement mélodieux. Orazio suivit sa courbe dans le ciel, le coeur gonflé d'envie, sans abaisser la main. Il aurait aimé s'attacher à lui et partir loin, tout recommencer une nouvelle fois. Il ne possédait plus rien, un nouveau départ ne présenterait que des avantages. Celui qui n'avait rien à perdre ne craignait pas la chute. 

Sans ce frêle allié, rien ne demeurait en guise de rampage face à la montée de l'irritation. 

Pendant un instant, l'univers fut à l'équilibre. 

Il lui sembla que le temps s'étendait. Quelque chose brûlait dans ses entrailles. Il nettoya la sueur qui perlait sur ses temps et dégagea ses cheveux. Son haleine lui incendiait la peau, tout le piquait à mesure que grimpait la fièvre. Puis, pour couper court aux tremblements, pour briser cette stagnation qui s'installait en lui, pour tout pulvériser, enfin, il se retourna. 

Ses mots frissonnaient d'une rage mal contenue. 

— Je dois t'aider à présent ? T'aider ? Mais, Eskandar, regarde la réalité en face...

Un rire nerveux le saisit. Il agita les mains, se frotta les cheveux, tira sur sa tunique. Ça lui collait sous les aisselles, c'était insupportable. Il sentait ses propres yeux se révulser, comme près à sortir de leurs orbites. Rire, pour se moquer de lui, ce gosse de riche, cet utopiste violent et complètement cramé.

— ... tu as voulu me tuer. Tu m'as laissé être fouetté. Je te défendais. J'ai sauvé Agrippine. Je t'ai livré mes informations sur le Marionnettiste. Je n'ai pas tenté de m'échapper. Tu m'as condamné à mort et hier, tu as voulu me tuer.

Il ricana et le pointa du doigt : 

— Et tu me convoques maintenant pour que... je t'aide ? Où est la plaisanterie ? Suis-je dans une mauvaise farce ? Un texte macabre d'Aristophane ? Réponds-moi, Eskandar !

— Ne plaisante pas, grogna Eskandar. Tu n'as reçu que quelques coups de fouet. Il n'y a pas de quoi geindre. 

— Quelques coups ? 

Muet devant tant d'audace, Orazio fixa Eskandar et recula contre le mur. Le magistrat lui apparut plus venimeux que jamais, ses yeux flamboyaient d'un éclat noir, un éclat de lave, de volcan, d'une lueur sans âge, de cette patine qui apportait le cocon de la folie. Ses joues s'étaient creusées et on devinait sous la fine peau brune le dessin des orbites et du crâne. Son nez saillait, en bec d'aigle, et ses mains immenses pouvaient malaxer la chair d'un amant comme briser la nuque de sa proie. 

Sans un mot, le juge commença alors à dénouer sa toge. Sa nuque nouait des épaules sèches où les muscles saillaient, contractés par l'angoisse. C'était brûlant comme la neige. Une neige brune. Une neige même noire là où se nichaient les ombres. Celle des volcans quand ses pentes se couvraient d'une croûte de flocons, aussi silencieuse qu'un long frisson. Puis venait le tour des bras, élancés et souples comme des tiges. Des tiges vertes, de printemps. Ou, non, cassantes comme les branches d'hiver. Aussi desséchés. Les veines couraient en un filet d'araignée pour plonger alimenter les organes qu'on devinait sous la surface. C'était trop visible, trop fort. Orazio se sentit saisi d'une puissante angoisse devant ce spectacle. 

Ces veines, si faciles à trancher. À vider, à pourrir. Un corps trop corporel, trop fragile. Si périssable. Une poignée de cicatrices blanchâtres balafrait les bras, les flancs et même... les poignets. Pourquoi ? Eskandar avait-il mis sa propre incarnation à l'épreuve ? Le juge aperçut son trouble et tira un peu plus fort sur la toge pour découvrir le reste de son torse. Dans la pénombre de la voiture, lors de l'attaque, Orazio n'avait pas aperçu tous ces détails. 

La courbe si mince des hanches. Des hanches étroites. Les côtes se dessinaient, le résultat des longues privations qu'il s'imposait. Le tissu chuchota au moment de glisser et révéler la ligne de son dos. Pourpre, brun, fauve et cuivre. Une forge, des étincelles sur la glace. La colère et le désir d'Orazio se mélangeaient pour ne plus devenir qu'une violente envie de destruction. Ravager cette carcasse, trop fragile. La casser. 

Eskandar leva alors le regard vers lui.

La braise. 

Les étincelles. 

Quelque chose comme l'impression des larmes au fer blanc. Aigu à en crever les yeux. 

Puis, toujours en silence, le juge lui tourna le dos. 

Un bourbier. Un labourage. Un marécage couleur larves et gonflé, boursouflé, à deux doigts de crever. Nuance de pus. Couleur hurlement et horreur. Du bas de la nuque jusqu'au creux des reins, les lanières avaient zébré presque chaque parcelle de peau. Les crevasses indiquaient bien plusieurs années d'acharnement. La cicatrisation semblait achevée depuis un moment, mais le spectacle demeurait au bord de l'insoutenable. Ça puait les ravages d'un esprit malade. 

Après un instant, Eskandar attrapa les pans de sa toge pour les renouer maladroitement. Orazio ferma les yeux, pour échapper au frisson de culpabilité que lui avaient inspiré ces révélations. Il ne devait pas se sentir coupable. Il ne devait pas payer pour l'histoire d'Eskandar, cela n'autorisait en rien ce dernier à le démolir lui. 

Mais comment avait-il pu subir ces horreurs ? Et surtout, qui avait pu infliger cela au fils de Farbod le Perse, l'un des plus puissants potentats de Romazia ? 

— Voilà, murmura Eskandar d'une voix rauque. C'est cela que j'appelle des coups de fouet. Porcina est charitable, tu as eu de la chance que ton insolence ait coulé sans plus d'incidence. 

Orazio décroisa les bras et répondit, mal assuré, la voix encore hantée par la vision : 

— Ton histoire ne justifie en rien que tu m'infliges des souffrances. T'es timbré si tu penses ça. Et tu veux que je remercie Porcina pour sa gentillesse ? Qu'est-ce qui tourne pas rond dans ta tête ? 

— La loi protège les citoyens. L'ordre social, chacun à sa place, c'est la garanti de la justice et de l'harmonie. 

— Elle n'avait pas ce droit. Porcina est humaine, comme moi. Rien ne justifie cela.

Eskandar frappa du poing contre la table si fort qu'Orazio sursauta.

— Et chacun sa place ! aboya-t-il. Il y a des règles, et les règles garantissent à chacun la certitude sur son avenir s'il les suit. Obéir, obéir, et obéir ! C'est peut-être dur, pour vous autres Barbares, et c'est pour ça que Romazia règne aujourd'hui. L'ordre. La forme. Ce qui est sans forme est imparfait.

— TU M'AS LAISSÉ ÊTRE FOUETTÉ !

Orazio hurla si fort qu'Eskandar recula un instant. La fièvre l'étourdissait. Il sentait le tissu détrempé contre sa peau. Frissonnant, il se laissa presque tomber contre le mur. La fraîcheur de la pierre le réveilla un instant et il serra les dents pour réprimer une vague de nausée. 

— Tes règles ne sont pas justes, hoqueta Orazio, si tu laisses être blessé pour ces principes d'ego idiots celui qui a protégé la vie de ton amie. Celui qui te soutient dans l'enquête qui va sauver ton poste. 

La réponse du juge fusa, vénéneuse, glacée :

— Et chaque exception signifie le début de la fin. Les élites qui se jouent des lois détruisent les plébéiens par ce que leur richesse et leurs connaissances leur apportent. Un cadre strict signifie l'égalité parfaite de tous devant la loi. Et devant la vie. 

— Sauf que le Marionnettiste joue avec cela, et tu le sais. Tu n'arrives pas à l'attraper et si je suis là aujourd'hui, c'est qu'Aspasie a créé une brèche dans ton système. Parce que sinon, tu y arriveras pas. Tu veux mon aide ? Il va falloir que tu acceptes cette fêlure pour de bon. Râle, pleure dans ton coin, mais si tu t'obstines à vouloir me tuer alors que la consule m'a proposé ce pacte, exécute-moi. Vas-y, je t'attends. Garde ta rancune d'enfant pour toi. 

— Je peux bien retirer ma demande d'aide, siffla Eskandar en se rapprochant. Ne me tente pas. Je peux me débarrasser de toi tout de suite, maintenant. Aspasie ne te pleurera pas. Personne ne saura ce qu'il s'est passé. 

Orazio avança à son tour, une coudée simplement les séparait. Tous deux courbaient les nuques en deux chiens à deux doigts de se sauter à la gorge. Les palpitations de la gorge d'Eskandar réveillaient en lui des pulsions nouvelles. L'envie d'arracher ces os, ces muscles et ces tendons. La fièvre augmentait le flou en périphérie de son regard. La seule chose nette, c'était cela. Ces artères bleutées. Ce sang. Il devait être doux. Râpeux. Un voile blanc brouilla ses sens. Il tituba et se redressa à temps.

Pourquoi ses jambes se raidissaient ainsi ? Il voulut lever le bras, mais ses muscles se crispèrent. Immobiles. 

Masquant son mal du mieux qu'il le pouvait, le prisonnier balbutia : 

— Le Marionnettiste avec sa complice sont venus me voir deux fois. Il a fréquenté mon arène. Pas toi. Je suis un lien indispensable pour toi aujourd'hui. Tue-moi, vas-y. Et tu perdras Aspasie ainsi que toi. 

Puis, il repensa à la mélodie, à Némésis et à ce mystère qu'il partageait avec le criminel en toge pourpre. Ce qu'il devinait de ses liens avec les factieux. Alors, en guise de coup de grâce, Orazio asséna : 

— Et il m'a confié quelque chose. Quelque chose de très précieux. Mais je ne te le dirai pas, car je te hais, Eskandar. Je te crache dessus, avec toute ta prétention et ta pompe. Un roquet en toge ne fait pas un homme.

Eskandar explosa. Le juge saisit sa tunique et le bouscula. La table se renversa avec fracas en une pluie de bris de poterie, de lait et d'encre. La tête d'Orazio heurta douloureusement le mur. Sans se soucier de son grognement de douleur, le magistrat se mit à l'invectiver. 

À quel sujet ? 

Orazio l'ignorait. Une brusque contraction remonta le long de son corps. Chacun de ses muscles s'arquait et le vagissement de souffrance qui montra de sa gorge effraya le juge, qui le lâcha. 

Son corps tomba sur le tapis avec le son sourd d'une pièce de bois. Respirer. Il n'arrivait plus à respirer. Le souffle court, Orazio lampait l'air par petites gorgées. Il se noyait en son propre corps. Le visage inquiet, Eskandar se pencha sur lui avant de se lever et sortir en un claquement de toge. 

Laissé seul, le prisonnier ne contrôlait plus rien. Ses bras se crispaient si fort qu'un nouveau gémissement lui échappa. Ses épaules se tordaient. Il voulait se lever ? Il n'arrivait pourtant pas à lever un doigt. 

La peur galopait. Le fracas de son coeur contre ses côtes augmentait son épouvante. Il voulut appeler à l'aide, mais il ne fit que glapir un pauvre murmure bien vite étouffé par le retour d'une nouvelle contraction. 

Il voulut repenser à Phryné, à elle, pour mieux éloigner la douleur. Se rappeler ce qu'il faisait là. De pourquoi il luttait. Seule la solitude de la douleur lui répondit. Sa vieille amie sourde, muette et jalouse, qui le gardait entre ses griffes sitôt qu'elle décidait de le visiter. La bave aux lèvres, Orazio ferma les paupières. 

Noir. Blanc. 

Un cri. Ou plutôt, un mugissement tiré de ses tripes. Qu'avait-il bien pu faire aux dieux pour mériter tout cela ? 

Lorsqu'Eskandar revint, accompagné d'Eunius, d'Agrippine et de Vidimir, Orazio baignait encore dans les tessons imbibés d'encre et de lait, les larmes aux yeux. Seul un halètement s'échappait de ses lèvres. Son corps trembla, et ses jambes se serrèrent avec brutalité. Désespéré, mutique sous l'effet de son mal, le prisonnier jeta un long regard désespéré au seul médecin des environs : son jeune ami esclave. 

— Est-ce que c'est un poison du Marionnettiste ? attaqua aussitôt Eskandar. Il essaie de le faire taire ? 

Eunius tenait Vidimir sous les aisselles, visiblement interrompus en cours de promenade. Le jeune Orogoth adressa une grimace chagrine à Orazio et s'effondra sur une chaise, le crâne encore enserré de bandages. Il avait une mine terreuse, même ses boutons avaient pâli. Sitôt délesté, le médecin jeta sa sacoche à terre et s'agenouilla, à la recherche de ses flacons. 

— Ce n'est pas un poison, murmura le jeune savant. C'est une maladie. Le Marionnettiste ne peut rien avoir à faire là-dedans, à moins d'avoir les connaissances de dieux. 

Agrippine s'approcha d'Orazio et posa ses doigts frais sur son front, songeuse. Sa petite face fripée se resserra à mesure que montait en elle ce qui apparut au malade comme une terrible révélation. Du bout des lèvres, elle osa glisser son hypothèse : 

— Fièvre tétanique ? On dit que l'on attrape cela dans les endroits sales. 

Eunius tira enfin un flacon cacheté de cire et de papyrus, enroulé dans une bandelette de lin. 

— Je croise pas mal de prisonniers ou d'anciens captifs contracter ce mal, fit-il en tirant sur le tissu avec précipitation. 

— Et ça se soigne ? 

Vidimir avait murmuré cela, et il sembla à Orazio qu'Eskandar se rembrunissait. Le juge arborait ce pli à la bouche, similaire à la fois où ce fameux Germanicus était allé le trouver au départ du convoi. De la culpabilité ? Réalisait-il sa responsabilité que cela n'intéressait plus Orazio. Le prisonnier lui adressa une oeillade chargée de poison et de haine, le seul moyen d'expression qui lui restait. 

Car personne ne répondit à la question du jeune Orogoth. Tout le monde savait. 

— J'irai sacrifier un coq à Euskilapus, murmura Agrippine. Il paraît que cela peut aider. 

Sa natte chatouillait le front du malade. Orazio n'avait jamais observé son visage d'aussi près. Quelque chose l'intriguait dans sa mine sérieuse, adulte presque, mais un nouvel accès de douleur l'aiguillonna. Il poussa un hurlement tel que Vidimir recula sur son tabouret. 

Eunius poussa la jeune assistante avec douceur et cala la nuque du prisonnier sur ses genoux. Ses doigts massèrent son crâne, à la recherche de points tendres et chauds. En une tout autre circonstance, Orazio se serait laissé couler dans la sensation. La course de la pulpe des doigts sur le grain de sa peau l'enivrait. Cette intimité humaine, elle, le rassurait.

Mais pas à cet instant. C'était comme si Eunius frôlait un corps étranger au sien. De sa main libre, l'esclave tapota la fiole du bout de l'ongle. Un tintement cristallin retentit dans la pièce. Il se tourna vers Eskandar, sentant sans doute le poids de son regard noir sur la nuque et tenta de le rassurer : 

— J'ai étudié la médecine à l'école des disciples de Ioppocrates, chez les Héllenes. J'ai suivi une formation en Aegyptie. Orazio est mon ami. Croyez-moi, juge Eskandar, je ne laisserai pas mourir l'un des seuls êtres en ce monde prêt à me laisser étaler mon savoir toute une soirée sans me juger. 

Orazio voulut sourire, mais le mouvement arracha à son corps un énième spasme. Enfin, Eskandar donna son consentement. Il hocha la tête et sortit de la pièce sans ajouter un mot, le visage masqué dans le pan de sa toge. Arrivé à l'embrasure, Orazio l'aperçut se tourner vers Agrippine, comme pour l'attendre, mais cette dernière ne s'en aperçut pas, concentrée sur le malade. Le juge disparut alors sans plus de bruit qu'un soupir. Sans même le soutien de sa plus fidèle alliée.

— On va trouver une solution, tenta Vidimir. Eunius fait des miracles. Regarde, il m'a remis la tête en place. Encore quelques jours, et je repars comme neuf. Je pourrai accompagner Cartimandua chez les Béceltes quand on vous aura déposés à Calutica. Tu verras, ce sera chouette.

Il se redressa et ajouta, trahissant sa nervosité de sa voix tremblante : 

— Tu pourras venir avec nous. T'auras plus grand-chose d'autre à faire quand Eskandar t'aura rendu la liberté.

Puis, il lui adressa un franc sourire dégoulinant d'empathie. C'était si mielleux qu'Orazio en aurait lâché une grimace d'écoeurement.

Eunius en profita pour glisser le col de sa mixture dans sa bouche. La fadeur du pavot gorgea sa bouche. Orazio toussa, incapable de déglutir davantage que quelques gouttes. Les larmes aux yeux, la joue plaquée contre l'abdomen, il s'acharna à avaler le tout. 

L'esclave l'aidait du mieux qu'il le pouvait, avec ses gestes assurés, sa voix douce et apaisante : 

— Je suis là, Orazio. Le pavot va décontracter tes muscles. Tu es mon ami. Je ne t'abandonnerai pas. 

Était-ce pour Orazio le moment d'avouer à Eunius qu'il l'avait trahi ? Que si l'esclave savait le secret qu'il avait promis de garder, leur amitié n'y survivrait pas ? Après tout, c'était aux portes de la mort qu'on faisait les confidences. Ainsi, Orazio n'aurait plus rien eu à assumer derrière. Le Marionnettiste, ses liens avec les factieux, tout cela seraient l'héritage d'Eskandar.

Finalement, il ne tira de sa gorge qu'un grognement sans aucun sens et finit par s'abandonner à la blancheur molletonnée du médicament, sans lutter davantage. Dormir. Assumer, ce serait pour plus tard.

Ou peut-être, jamais. 

Et après tout, cette idée lui allait bien. 

Après tout, le secret au sujet d'Eunius n'était pas le sien.

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Le Saltimbanque
Posté le 18/04/2022
Orazio a aussi un lieu mystérieux avec Eunius ? Mais mon dieu ce pauvre est lié à tout le monde !!

Sinon, excellent chapitre. Comme on l'a soulevé avant moi, l'opposition Eskandar/Orazio est une merveille, et personne n'a réellement raison ou tort. C'est violent comme il faut, les dialogues sonnent justes. Tes descriptions et ton écritures atteignent des sommets... bien qu'un peu trop longuets à mon gout (très subjectif : je suis plus à l'aise dans la froide politique plutôt que dans l'émotion des personnages). La découverte des cicatrices d'Esky est impressionnante.

Mon seul (petit) défaut serait qu'on avance pas beaucoup dans l'enquête. La faute à ce maudit cliffhanger du précédent chapitre : j'étais tout excité à l'idée qu'on revienne à la traque de ce maudit Marionnettiste.
Aussi, pas fan de l'utilisation de majuscules dans les dialogues.

Voili voilou
Le Saltimbanque
Posté le 18/04/2022
un *lien*
Hastur
Posté le 01/01/2022
Hello !

Je dois réécrire mon commentaire. PA m'a déconnecté avant que je valide.
J'ai le sum... --' J'espère que je ne vais rien oublié. Leçon retenu, je l'écrit dans un éditeur de texte maintenant ^^

Bref !

Un plaisir de retrouver ton roman en ce début d'année.

J'ai trouvé la confrontation entre nos deux lurons pleine de tension et très intéressante. Je crois l'avoir déjà mentionné par le passé, ici on a une belle opposition entre l'obsession maladive, voire la folie, d'Eskandar a toujours vouloir absolument respecter les règles au millimètre prêt et à l'inverse Orazio qui ne cesse de rêver à la liberté (point que tu appuies bien avec l'oiseau). Je trouve que la caractère extrême d'Eskandar, nous permet de soulever nos propres interrogations personnelles sur l'obéissance à un système social/politique à notre mesure, le tout sans en faire des caisses avec un troupeau d'éléphants derrière soi. En tout cas, pour ma part, j'ai trouvé ça suffisamment élégant. J'ignore si c'était volontaire à l'écriture, j'aurais tendance à dire oui. En tout cas , je suis curieux de voir si c'est quelque chose qui sera davantage creusé par la suite.

Encore une fois j'ai beaucoup aimé la mise en avant de ce décalage entre un citoyen et un non-citoyen, une différence radicale entre les visions, le citoyen se pavanant comme une sorte d'être supérieur, qui pense que son statut devrait être l'objet du désir de tous, il combine l'injustice et l'absurde.

La fin du chapitre donne envie de poursuivre. Les gens se tournent vers Orazio, il se détournent d'Eskandar. Et pourtant, il y a anguille sous roche pour le premier.

J'ai juste une question sur la fin. Ce sont bien des révélations. J'ai un doute sur le fait que c'était déjà un point abordé précédemment. Mon doute vient de ma lecture que j'ai coupé pendant plusieurs semaines :/.

Enfin bref, c'était très cool de reprendre la lecture de ton roman ! :)
Bon courage pour la suite ! A très bientôt au prochain chapitre !
Alice_Lath
Posté le 01/01/2022
Hellooo !

Oui haha PA me fait ça aussi en ce moment, maintenant je suis beaucoup plus prudente,

Merci beaucoup pour ton retour sur la confrontation, j'ai beaucoup aimé l'écrire et il me semblait très importante qu'elle survienne. En effet, il y a confrontation, mais là où j'essaie d'apporter de la subtilité, je pense, c'est qu'au fond... Beh Eskandar n'a pas que de mauvais arguments. Tout dépend bien sûr de comment tu traites le débat, mais sa vision permet de s'assurer que chacun ait à respecter les règles, sans risque de corruption quelconque et sans favoritisme ou acharnement etc. Même si bien sûr, les choses sont plus compliquées que ça haha

J'suis ravie aussi d'avoir réussi à rendre la disparité de ces deux choses que sont les citoyens et non-citoyens

Oui, ce sont des révélations effectivement !

Merci à toi à nouveau, merci beaucoup et bonne continuation !
Edouard PArle
Posté le 13/12/2021
Coucou !
Très sympa la confrontation entre Eskandar et Orazio. Le juge dévoile sa cicatrice qui permet de mieux comprendre ses motivations. Cette scène m'a beaucoup plu.
Orazio malade, il ne lui manquait plus que ça^^ Pauvre homme mdr. Je me suis demandé après avoir fini ce chapitre si c'était une bonne idée de lui faire enchaîner tout ses malheurs sans pause / espoir de jours meilleurs. On finit presque par être blasé. Enfin, ce n'est qu'une réflexion qui me vient comme ça, tu fais ce que tu veux avec.
Quelques remarques :
"J'ai besoin que tu laisses écoutes" je suis pas sûr de la phrase
"c'est la garanti de" -> la garantie
Un plaisir,
A très vite !
Alice_Lath
Posté le 15/12/2021
Hello Edouard,
Tout d'abord, merci pour les coquilles ! Et tant mieux si la confrontation était chouette
Pour la maladie, yess, je note, c'est bien que tu le relèves, j'avais un doute sur la question. De toute façon, je pense retravailler cette charnière Départ de Romazia/point clef qui va arriver dans deux chapitres pour insuffler un côté éventuellement davantage policier, ou du moins proactif, et donner un peu d'espoir à écraser du côté d'Orazio
Merci encore pour ton passage et tes excellentes remarques !
Edouard PArle
Posté le 15/12/2021
"pour insuffler un côté éventuellement davantage policier" ça serait sympa en effet, t'as de bons protagonistes pour une histoire de ce type.
Enfin, bon courage (=
Vous lisez