Chapitre 13

Notes de l’auteur : Bonjour à tous !

En ce jeudi pluvieux, je vous laisse en compagnie d'Elena perdue au milieu d'un nouveau cauchemar...

Bonne fin de semaine à tous, à très vite :)

À nouveau, ces liens qui mordent ses chairs, qui l’entaillent profondément. À nouveau, ces rires malveillants, ses cris hystériques. À nouveau, ses flammes qui la rongent de toutes parts. À nouveau, ses brûlures, ses plaies béantes.

Mais cette fois, Elena a conscience de rêver. Elle n’en ressent pas moins les sensations, la douleur, de manière réaliste. Mais cette fois, elle sait. Elle essaie de dépasser la douleur et la peur, de rationaliser pour analyser ce rêve qui la hante nuit après nuit depuis si longtemps. D’aller au bout du scénario. Ne perdre aucun indice. Qu’est-ce que son inconscient cherche à lui dire ? Elle veut en finir avec ces terreurs nocturnes. Puisqu’on ne veut pas l’aider, l’écouter, la croire, elle affrontera seule ses démons.

À travers les flammes, elle voit se dessiner un élément nouveau, une anomalie dans la routine de son rêve. Elle voit le visage du Dr O’Brien, hilare. Il se réjouit de la situation. Elle se sent mourir et voit son visage fou se rapprocher un peu plus chaque seconde, comme un spectre, sans texture, sans consistance. Elle meurt. Le rêve bascule.

Elena est seule à présent. Seule dans le noir, dans le néant. Elle a froid, elle tremble. Il règne une atmosphère humide, glaçante, terrible, qui contraste avec la chaleur d’enfer qui l’a consumée l’instant précédent. C’est donc ça l’enfer : le néant, le vide, froid et humide, angoissant.

Elle n’est plus seule. Elle se sent épiée depuis la profondeur de l’ombre. Elle sent « leurs regards » malsains sur elle. Elles sont là. Tout autour. Elle le sait, elle le sent. Les ombres fondues dans l’obscurité. Les mêmes qui l’ont attaquée dans les rues de Drogheda. Inhumaines, démoniaques.

Une première se jette sur elle, la frôle, répandant en elle un froid glacial qui lui évoque la mort, un profond sentiment d’angoisse. Une seconde. Elle est tétanisée par la peur, prisonnière de ce chaos, à la merci de ces êtres sans enveloppe charnelle. Une troisième. Elle fond en larmes, se replie sur elle-même.

Elle constate qu’elle n’est pas nue, contrairement à ce qu’elle avait cru percevoir tant elle se sentait vulnérable et frigorifiée. Elle porte de vieux haillons. Une robe de paysanne comme on pouvait en voir au 17e siècle. Elle se raccroche à cet élément pour se recentrer sur son objectif : comprendre le sens de ces rêves qui la terrorisent.

Elle a la sensation étrange d’être à la fois elle-même et une autre qu’elle. Une parfaite inconnue qui lui ressemble, qui fusionne avec elle. Deux femmes pour une âme.

Le son d’une respiration qui n’est pas la sienne attire son attention et lui fait relever le regard. Un homme ressemblant trait pour trait au Dr O’Brien lui fait face, implacable, mauvais. Il est affublé d’un costume d’un autre temps, de seigneur anglais, aux couleurs sombres, à l’allure autoritaire. Il la dévisage avec ce même sourire malveillant que lorsqu’elle brûlait vive sur le bûcher.

« Yelena, Yelena, Yelena… Ma pauvre, ma chère Yelena… Si jeune et déjà condamnée à cause de son manque de discernement consternant… Ton incapacité à faire les choix qui s’imposent pour ton propre bien… Pour celui de tes proches aussi… sous-entend -il cruellement. C’est tellement regrettable. Cette beauté gâchée, détruite. Perdue, ajoute-t-il en jouant avec une mèche des cheveux d’Elena, piégée entre ses doigts. Quel gâchis… Tu aurais pu régner sur le monde à mes côtés. Connaître les honneurs, la gloire… Le luxe… »

Sa silhouette menaçante s’éloigne lentement, s’efface peu à peu. Elle se fait de plus en plus inconsistante, transparente tandis qu’il la fixe de son regard prédateur. Jusqu’à disparaître dans le néant.

Elena se réveille en sursaut, une fois de plus. Elle est couverte de sueur, effrayée, complètement épuisée par cette expérience. Elle essaie de se ressaisir, de revenir à elle-même. Elle note à la hâte sur le carnet qui trône sur sa table de nuit, les éléments nouveaux dont elle se souvient. YELENA. 17e SIÈCLE. DR O’BRIEN = SEIGNEUR. NÉANT. OMBRES/DÉMONS ?

Son chat saute sur son lit en ronronnant aussi fort que possible, comme si elle avait senti son mal être et ses angoisses. Comme pour la consoler. Elle se frotte contre elle, renifle son visage et vient se rouler en boule sur son oreiller encore chaud. Elena, à bout de force, la regarde attendrie et se laisse aller contre le doux et réconfortant pelage de l’animal. Elle se rendort comme une souche. Tombant de fatigue.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez