Chapitre 12 – Décisions princières

Par jubibby

Deux jours avaient passé depuis qu’Édouard était rentré au palais. Il s’était retiré dans ses appartements, recherchant le repos que son corps réclamait. Mais le sommeil lui avait une nouvelle fois échappé. Les images de son escapade repassaient sans cesse dans son esprit : sa fuite à travers le la cité de Castelonde, sa rencontre avec la voleuse, leur combat contre les brigands, le colosse transpercé d’une dague… Les choses auraient pu bien plus mal tourner pour lui : il avait eu beaucoup de chance, il le savait. Il n’avait pas reparlé à son père depuis leur entrevue et les mots de Gustave résonnaient encore dans son esprit. « Vous perdre est devenu sa hantise. ». Mieux valait que le roi ignore le détail de son escapade, jamais Édouard n’avait voulu l’inquiéter en s’enfuyant avec une inconnue à travers la forêt.

Le prince n’avait pas bougé de ses appartements depuis son retour au palais : il n’avait pas tenté d’emprunter les passages secrets, n’était pas même sorti prendre l’air dans les jardins, avait ignoré les coups à la porte de Gustave lorsque l’heure de sa leçon était venue. Non, il n’avait rien fait : il réfléchissait.

Il ressassait sans cesse les paroles de la voleuse. Cette femme disait-elle vrai sur l’état du royaume ? Était-il possible que certains de ses sujets vivent dans une telle pauvreté quand lui ne manquait de rien ? Allongé sur son lit, Édouard tentait de trouver une réponse à ces questions dans le bois sculpté de son lit à baldaquin. Il n’avait pas osé aller voir son père pour parler de tout cela. Il ne doutait pas que celui-ci faisait tout son possible pour gouverner le royaume de la meilleure des manières mais que savait-il à propos des régions les plus reculées, celles-là même qu’il ne visitait plus depuis des années ? Que faisait-il pour ces hommes et ces femmes ?

Un jour cette charge incomberait à Édouard : il devrait alors veiller sur ses sujets et assurer la prospérité des siens. Comme si cette tâche n’était pas assez ardue, on allait le fiancer à la reine Blanche. Il savait bien que leur union scellerait une alliance durable entre Zéphyros et Calciasté qui ne formeraient alors plus qu’un, mais comment veiller sur tant de sujets à la fois ? Sur deux royaumes dont il ignorait tout ? Édouard avait peur de ne pas avoir les épaules assez solides pour cela. Lorsque l’abattement le saisissait, il avait le sentiment qu’il n’y arriverait pas. Pas seul du moins.

Emma.

Invariablement, ses pensées se tournaient vers elle. Il avait d’abord craint qu’elle ne se soit fait attraper par les gardes de son père. Chaque fois qu’il avait entendu du bruit provenant de la basse-cour, il s’était précipité aux fenêtres de l’antichambre pour voir de quoi il s’agissait. Il avait assisté au retour des gardes qui, les uns après les autres, étaient tous rentrés bredouilles. Il avait fini par croire qu’elle s’en était bel et bien sortie : cela l’avait soulagé d’un poids.

De tout ce qu’il avait vécu, cette rencontre était parmi les choses les plus inattendues. Cette jeune femme, si sûre d’elle au-dehors, lui avait laissé entrevoir une fragilité qui semblait faire écho aux épreuves qu’il avait lui-même traversées ces dernières années. La perte de sa mère, la solitude dans laquelle il avait été plongé. Elle semblait aussi libre que lui était prisonnier de ces murs. Il ignorait pourquoi mais il n’arrivait pas à la sortir de sa tête. Il regrettait de ne pas avoir eu le temps d’être honnête envers elle, de lui avouer qui il était vraiment. En aurait-il seulement l’occasion ?

Un coup à la porte le tira de ses pensées. Il se redressa sur son lit tandis que Catherine la lingère pénétrait dans la pièce. Elle avait avec elle une pile de draps et portait sur lui un regard désapprobateur.

– Vous faites peine à voir mon garçon. Je ne voulais pas croire ceux qui disaient que vous vous étiez enfermé dans vos appartements mais ils avaient raison.

Édouard prit soudain conscience du désordre qui régnait autour de lui. Le lit n’avait pas été refait depuis son retour et les draps pendaient de toutes parts. Des assiettes se trouvaient entassées sur son bureau pourtant si bien rangé d’ordinaire. Des vêtements propres qu’il avait récupérés la veille devant sa porte se trouvaient sur une commode, attendant d’être rangés. Comme si cela ne suffisait pas, le jeune homme avait déposé au beau milieu de la pièce les habits de villageois qu’il avait revêtus lors de son excursion en ville.

On aurait dit le pont d’un navire après une tempête.

– Je n’avais pas réalisé à quel point j’avais pu me laisser aller. Je suis vraiment navré Catherine, dit-il tout en se levant et en commençant à ramasser les vêtements laissés épars sur le sol.

– Non, non, non, cessez donc cela ! s’exclama la vieille lingère en s’approchant de lui. Laissez-moi remettre un peu d’ordre ici et vous, sortez prendre l’air. Cela vous fera le plus grand bien !

Édouard s’interrompit aussitôt, lâchant le pantalon dont il venait de se saisir. Il se sentait soudain revenu des années en arrière, lorsque la nourrice le réprimandait après avoir fait une bêtise.

– Vous avez raison, je vais vous laisser.

Le prince tendit la chemise qu’il avait ramassée à Catherine qui la saisit aussitôt puis se dirigea vers l’antichambre. Il s’arrêta sur le pas de la porte et jeta un regard en arrière à la lingère.

– Je me fais du souci pour vous, Édouard, dit-elle sans détours. Vous semblez si différent de celui qui a quitté le palais l’autre jour… J’en viens à me demander ce qu’il a pu se passer de si terrible pour que cela vous mette dans un état pareil ?

– Rien de grave, je vous assure.

Il marqua une pause. L’inquiétude se lisait sur le visage de sa vieille nourrice.

– Je n’aurais pas dû me montrer négligent comme je l’ai fait. C’est juste que… J’avais besoin de temps pour… réfléchir.

– Réfléchir, ah ça oui ! J’ai essayé de dire à votre père que vous n’étiez pas prêt pour le mariage mais il n’en a que faire. Fallait-il donc qu’une femme vous tourmente maintenant ? Le royaume a peut-être besoin qu’on assure sa succession mais vous, vous avez besoin de temps. Ces fiançailles arrivent beaucoup trop tôt !

Édouard sourit. La lingère avait le don de deviner ce qui le tracassait. Une femme hantait bel et bien ses pensées, quoiqu’elle ne soit pas celle qu’imaginait Catherine. Il fit demi-tour, l’embrassa sur la joue et la remercia pour ses paroles. Un sourire éclatant apparut sur son visage tandis qu’il quittait la pièce. Il traversa l’antichambre à la hâte avant de sortir de ses appartements.

Il descendit une volée de marches et se dirigea vers la salle des gardes : il devait voir Charles. Trois soldats s’y trouvaient, jouant aux cartes autour d’une table. Édouard s’approcha d’eux, leur faisant signe de ne pas s’interrompre. Il leur demanda où se trouvait son ami et on lui indiqua qu’il s’entraînait dans la salle adjacente. Le jeune homme traversa la pièce et trouva le capitaine en plein exercice.

À son entrée dans la salle, les soldats s’interrompirent pour saluer le prince. Édouard les ignora et se dirigea droit vers Charles.

– Ainsi donc Catherine a réussi à te faire sortir de tes appartements ! Je savais bien que nous aurions dû l’y envoyer plus tôt.

Le capitaine de la garde serra la main que lui tendait Édouard et sourit de plus belle. Il était visiblement heureux de le revoir.

– Alors, dit-il à voix basse, que s’est-il passé pendant ta petite excursion ? Les gardes disent que tu étais avec une jeune femme lorsqu’ils t’ont retrouvé. Qui était-elle ?

– Cela je l’ignore. J’ai beaucoup à te raconter mais d’abord, j’ai besoin d’exercice. Voilà trop longtemps que nous n’avons pas croisé le fer.

Le garde qui s’entraînait avec Charles lui tendit la poignée de son épée et Édouard l’attrapa. Il se mit en position et attendit. Son ami, sourire aux lèvres, lança le premier assaut. Édouard l’évita d’un pas sur le côté et partit en contre-attaque. Il ressentait le besoin de se défouler, d’évacuer tous les sentiments contraires qui l’avaient envahi ces derniers jours. Ses coups étaient précis et puissants mais Charles les contrait tous. Il ne connaissait que trop bien son adversaire pour se laisser piéger. Les fers se cherchèrent, tantôt prudents, tantôt entreprenants, ils se croisèrent, s’interceptèrent dans un combat qui ressemblait à une danse endiablée. Leurs entraînements étaient devenus un spectacle pour les gardes qui avaient l’occasion de se trouver dans la salle d’armes en même temps qu’eux. Le jeu qui s’était installé entre les deux hommes ne laissait personne indifférent, quoiqu’aucun soldat n’osât parier sur la défaite de leur prince.

Les deux amis furent rapidement à bout de souffle et s’octroyèrent une courte pause. Édouard ôta la chemise sous laquelle il avait l’impression d’étouffer et Charles l’imita. Le garde désigna le flanc du prince de la pointe de son épée.

– Je ne me suis pas rendu compte que je t’avais blessé. Il me semblait pourtant qu’aucun de mes coups ne t’avait ne serait-ce qu’effleuré.

Édouard tourna la tête pour observer sa blessure. La plaie ne ressemblait déjà plus qu’à une égratignure : le cataplasme d’Emma avait été d’une grande efficacité. Il sourit et releva la tête vers son adversaire.

– Un simple souvenir de mon séjour hors du palais. Ne crois pas pouvoir m’atteindre aussi facilement. Prêt à reprendre ?

Charles hocha la tête et les deux hommes repartirent dans leur duel de plus belle. L’un comme l’autre ne souhaitait pas abdiquer et ils faisaient preuve d’imagination pour tenter de déstabiliser leur adversaire. Mais chaque feinte fut parée, chaque attaque évitée, chaque coup détourné. Aucun des deux ne semblait réellement prendre le dessus. Pas cette fois-ci, du moins. Le torse ruisselant de sueur, la respiration haletante, tous deux durent se résoudre à admettre qu’il n’y aurait aucun vainqueur ce jour-là. D’un commun accord, ils cessèrent leur entraînement et rangèrent leurs armes. Ils tombèrent de fatigue sur un banc et s’épongèrent le front.

– Tu étais en forme pour quelqu’un qui n’avait pas fait d’exercice depuis plusieurs jours.

– Je suis sûr que tu as retenu tes coups, répondit Édouard en souriant. Ou bien c’est toi qui n’es plus très en forme.

Les deux amis éclatèrent de rire. Ces moments d’insouciance où il pouvait n’être qu’un homme maniant l’épée parmi ces gardes avaient manqué à Édouard. Il se tourna vers son ami. Le sourire au coin des lèvres, Charles se pencha vers lui.

– Vas-tu donc enfin me dire ce qu’il t’est arrivé ou comptes-tu garder le mystère ?

– Que dirais-tu de prendre l’air pour cela ? Je ne voudrais pas que des oreilles indiscrètes nous entendent, lui murmura Édouard à l’oreille.

Charles hocha la tête et les deux amis se levèrent. Ils se rhabillèrent et se dirigèrent vers la galerie couverte et l’entrée des jardins. Ils traversèrent les parterres dont les jardiniers venaient de s’occuper et avancèrent vers les remparts sud.

Ils furent surpris par la douce brise qui soufflait ici et Édouard laissa échapper un frisson. Charles et lui allèrent s’installer sur le bord de la fontaine qui avait été construite au centre des jardins. Ils se rafraichirent le visage avec l’eau et profitèrent des rayons du soleil qui perçaient à travers les nuages.

– J’ai un service à te demander, finit par dire Édouard.

Il hésita un instant. Il n’y avait que Charles vers qui il pouvait se tourner pour cette requête.

– Les gardes n’ont pas menti : j’étais bien avec une jeune femme lorsqu’ils m’ont retrouvé. C’est avec elle que j’ai passé ma journée en réalité, elle m’a guidé à travers la forêt, entre Castelonde et Chênevert. J’ignore qui elle est exactement mais je voudrais que tu la retrouves pour moi.

Le prince savait que cela était pure folie. Dans quelques jours seulement, il serait fiancé à une femme qu’il ne connaissait pas et qu’il n’avait pas même encore rencontrée. Sa vie ne lui appartenait pas, elle ne lui avait jamais appartenu. Et pourtant, il ressentait ce besoin irrationnel de revoir la voleuse. Il devait achever leur conversation, lui dire qui il était. Ce qui arriverait ensuite, il l’ignorait. Il savait seulement qu’il ne s’était pas montré honnête envers elle et il le regrettait chaque jour un peu plus.

Charles sembla hésiter avant de répondre.

– Que fais-tu de la reine Blanche ? N’est-elle pas censée venir au palais pour vos fiançailles ?

– Elle doit prendre le bateau lorsque l’annonce aura été faite, oui.

Il soupira.

– J’épouserai la reine Blanche comme le souhaite mon père. Cette fille n’y changera rien, je le sais, mais j’ai le sentiment que je dois la revoir. Rien qu’une fois. Est-ce que tu m’y aideras ?

Charles le regarda longuement, réfléchissant à ce que tout cela impliquait. Édouard sentait que malgré leur amitié, il hésitait à lui répondre. Il ne s’agissait pas de désobéir au roi mais agir dans son dos ne pouvait pas être bon pour lui. Le capitaine passa sa main dans la fontaine et observa le mouvement de l’eau engendré par son geste. Il poussa un soupir, leva les yeux vers son ami puis répondit :

– Il va falloir que tu m’en dises plus à son sujet si tu veux que je la retrouve.

 

Édouard frappa trois coups à la porte. Il attendit un instant avant de pénétrer dans la pièce. Son père se trouvait debout devant la cheminée dont le feu venait d’être ravivé. Le prince referma la porte derrière lui et fit un pas en avant.

– Vous vouliez me voir, père ?

Le roi François fit signe à son fils de s’asseoir. Édouard s’exécuta, s’installant dans l’un des fauteuils qui faisait face au canapé qui trônait au milieu de la pièce. Le roi sembla hésiter puis vint s’asseoir en face de lui.

– L’annonce de tes fiançailles approche à grands pas. Je me suis occupé de l’organisation de cette journée mais il y a une chose que je ne puis faire sans toi.

Édouard plongea son regard dans celui de son père. C’était la première fois qu’il le voyait lui tendre la main et l’impliquer dans une quelconque affaire. Que pouvait-il bien avoir à lui demander ?

– Je sais que tu as à cœur d’être un bon souverain envers ton peuple, comme ta mère le fut autrefois. J’aimerais te laisser l’occasion de prendre ta première décision pour le royaume à l’occasion de cette grande audience publique.

Édouard se sentit tomber au fond de son fauteuil. Il ne s’était pas attendu à une telle attention de la part de son père. Avait-il enfin compris ce qui l’animait ? Il se redressa et se pencha en avant pour observer l’homme qui lui faisait face. Il l’avait si longtemps considéré comme un étranger qu’Édouard avait oublié l’amour qu’un père pouvait avoir envers son fils. Le roi François lui souriait et le prince n’y voyait là que de la bienveillance.

– Merci, père.

Le roi hocha la tête. Édouard détourna le visage et plongea son regard dans les flammes qui venaient lécher le manteau de la cheminée. Son père lui offrait l’occasion de montrer à son peuple l’homme qu’il était et le souverain qu’il deviendrait un jour. Il devait s’en montrer digne. Mais comment prendre la bonne décision sans connaître les besoins de ceux vivant à l’extérieur de ces murs ? Il repensa à Emma et à leur discussion nocturne. Il était temps qu’il obtienne des réponses à ses questions.

– Il y a une chose dont j’aimerais vous parler tout d’abord.

– Je t’écoute.

– L’autre jour, lorsque je me suis séparé de Carl et Hans au marché, j’ai rencontré une femme, comme vous le savez. Nous avons fait le chemin ensemble jusqu’à Chênevert. Cette femme m’a dépeint un bien triste portrait de notre royaume. Elle semblait dire qu’hormis les villes et les villages commerçant autour du fleuve, les autres régions, et notamment le Sud, se trouvaient dans une extrême pauvreté. J’ai peine à croire que cela puisse être vrai. Comment aurait-on pu abandonner de la sorte une partie du royaume ?

Édouard observa son père avec attention. Il n’y avait eu aucun reproche dans ses paroles, aucune colère. Au contraire, il ne lui avait témoigné que d’un simple regret : celui d’en savoir si peu. Aucun sentiment n’était apparu sur le visage du roi, aucun froncement de sourcil, aucun cillement inhabituel : pas la moindre réaction. Édouard le pressa du regard, l’invitant à répondre à sa question. Il vit son père se lever en direction de son cabinet, ouvrir un tiroir et attraper plusieurs parchemins. Il revint vers lui et les tendit à son fils.

– Voici les derniers rapports que j’ai reçus concernant le Sud, je te laisse les consulter. J’ignore ce qu’a pu te dire cette jeune femme mais une chose est certaine : la région se porte bien, et cela depuis des années.

Édouard saisit les rapports que lui tendait son père et balaya le regard sur les différents parchemins. « La population du village s’est accrue pour la troisième année consécutive ». « Les récoltes de blé ont été excellentes cette saison ». « Les greniers à provisions débordent de nourriture ». « Le commerce est florissant, la collecte des taxes est en augmentation ». Quel que soit le rapport, Édouard n’y lisait que des nouvelles rassurantes et positives. Il ne parvenait toutefois pas à s’en réjouir. Ou bien ces rapports étaient faux, ou bien la voleuse lui avait menti. Mais comment pouvait-il savoir où se situait la vérité ?

– J’aimerais m’y rendre et vérifier tout cela par moi-même.

Le roi François se rassit dans le canapé et regarda son fils d’un air grave.

– Est-ce là ce que tu veux que nous annoncions lors de l’audience publique ?

– Pas exactement.

Édouard marqua une pause. Bien que ce voyage lui tienne profondément à cœur, ça n’était pas là la première image qu’il voulait donner à son peuple. Il fallait quelque chose qui marque davantage les esprits.

– Mère m’avait conté autrefois les coutumes qui entourent les mariages royaux depuis celui de notre aïeul Baudoin. Je me souviens qu’elle disait qu’un grand banquet était organisé au palais pour célébrer les noces et que les habitants du royaume y étaient conviés. Cela est-il vrai ?

– Je puis te le confirmer, en effet.

Édouard hocha la tête. Une lueur apparut dans ses yeux.

– Je souhaiterais qu’un banquet soit organisé dans chaque ville, chaque bourg, chaque village du royaume, de ceux qui bordent le fleuve jusqu’aux contrées les plus reculées. Que tous puissent participer à cette grande fête, que ce soit ici ou ailleurs.

Édouard guetta la réaction de son père. Il savait une telle chose complexe à organiser mais il refusait qu’un seul de ses sujets ne puisse goûter au plaisir d’un tel banquet. Un sourire étira les lèvres du roi François.

– Voilà une noble décision dont ta mère serait fière. C’est entendu, mon fils. Tu peux disposer à présent. Je t’autorise à emmener ces rapports avec toi si tu souhaites les examiner davantage.

Édouard acquiesça et se leva. Il se dirigea vers la porte, saisit la poignée et s’arrêta.

– Père ?

– Oui, Édouard ?

– Vous n’avez pas retrouvé cette jeune femme qui m’a accompagné jusqu’aux portes de Chênevert, n’est-ce pas ?

– Non, en effet. Elle est demeurée introuvable.

Édouard esquissa un bref sourire. Cette nouvelle le soulageait.

– J’ai ordonné aux gardes de cesser les recherches.

– Vraiment ?

– Il semblerait, en fin de compte, que ce soit toi qui avais raison. Elle n’était pas la voleuse de la Foire. Carl a retrouvé sa bourse ainsi que de nombreuses autres parmi les effets personnels des deux jongleurs qui s’étaient produit au milieu de la foule. Cette jeune femme était innocente.

Édouard adressa un signe de tête à son père et quitta la pièce. Il referma la porte derrière lui et s’y adossa, un large sourire fendant son visage. Emma n’avait pas été retrouvée par les gardes. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : il lui restait une chance de lui dire lui-même qui il était vraiment.

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