Chapitre 12 - Avant la tempête

Le chant d’un rossignol perça la nuit.

            Le soldat s’en étonna. Depuis dix ans qu’il prenait son poste aux portes de la ville ou sur ses remparts, il n’avait jamais entendu ce genre d’oiseau avant même le lever du soleil.

            Sans doute avait-il rêvé. Pourtant, un second piaillement vint troubler le silence nocturne. Le soldat haussa les épaules et s’appuya contre le mur. La nature pouvait parfois avoir ses caprices. Il n’y avait qu’à mettre le nez dehors pour s’en rendre compte. Le vent annonciateur de la tempête se faisait plus puissant à chaque heure. Nul doute, elle serait là ce soir. Les nuages noirs crachaient déjà une fine pluie par intermittence. Et ces Magisners… La tempête la plus violente à avoir jamais frappée le royaume menaçait et ils persistaient à aller jusqu’au bout des festivités ! Le soldat se demanda soudain si ce royaume ne serait pas mieux sans roi ou reine… Bah ! Après tout quelle importance ? Son salaire de garde était déjà bien assez mince comme ça. Entretenir sa femme et ses deux maitresses était trop onéreux pour qu’il se permette de quitter sa place… qu’est-ce qu’un ancien soldat pourrait faire de toute façon ? Travailler sur un bateau marchand ? Impossible, il avait le mal de mer. Garde du corps privé ? Pourquoi pas. Mais escorter les vieilles peaux fortunées qui se plaignaient de ne pas trouver de diamants assez gros pour leurs bijoux pourrait s’avérer pénible.

            Un coup à l’arrière de la tête mit fin à ses réflexions.

            Adrian le rattrapa juste avant qu’il ne heurte le sol. Son armure aurait produit un grand fracas en s’écrasant contre les pavés. Il se contenta d’amener lentement le corps de l’homme inconscient contre le mur.

Le révolutionnaire releva la tête. Ses camarades en avaient terminé. Les quatre gardes en faction à la porte Sud étaient neutralisés. Une imitation de chant de rossignol lui appris qu’il en allait de même pour les soldats postés en haut des remparts.

Il fallait maintenant se débarrasser de ces hommes. Sur un signe d’Adrian, une partie des révolutionnaires entreprit de leur retirer leurs armures et de les revêtir. L’autre moitié chargea les soldats toujours inconscients dans une charrette, avant de se déguiser à leur tour.

            La ville encore endormie ne prêta pas attention à ce remue-ménage. Adrian s’installa à l’avant du charriot et conduisit ses victimes vers un repaire de la révolte, où elles seraient maintenues prisonnières. Le chef du groupe adressa un dernier signe d’encouragement à ses compagnons, avant de les perdre de vue au détour d’une rue. 

Ils étaient désormais infiltrés au sein de la garde. Dans quelques heures, on viendrait leur dire de fermer les portes pour stopper le trafic des marchands, celui-ci étant trop dangereux par ce temps. La ville serait ainsi coupée du reste du royaume, sans possibilité d’aide extérieure.

Adrian espérait que ses autres camarades avaient réussi leur mission. A cette heure-ci, les six portes devaient être occupées par les révolutionnaires. Il ne restait plus qu’à attendre.

 

*

 

            Carminia esquissa un sourire de façade.

            Assise sur un canapé de la grande salle de réception, elle s’efforçait de paraitre joyeuse et intéressée alors que la comtesse De Romalo lui racontait ses déboires conjugaux et les leçons qu’elle en avait tiré. Elle prodiguait de « précieux conseils » à sa nouvelle reine comme s’il s’agissait de sacro-saintes paroles indispensables à toute femme.

– Croyez-moi ma chère ! Les hommes détestent les femmes qui parlent trop fort en société ! Il faut savoir certes s’imposer quand cela est nécessaire, mais…

Carminia n’écouta le reste que d’une oreille distraite. Elle se contenta d’hocher la tête en temps à autre, notamment lorsque la corpulente comtesse posait sa main sur son bras – nullement gênée que la jeune femme en face d’elle fut désormais la reine d’Aquilion – pour donner un effet dramatique à ses paroles. Paroles qu’elle ne suivait même pas puisqu’elle criait plus qu’elle ne parlait. De plus, un affreux bruit de respiration ponctuait chacune de ses phrases. Sans doute à cause de la myriade de colliers vissés à son cou. Ceux-ci étaient tous plus miroitant et imposants les uns que les autres. Leur poids était tel que la comtesse devait en permanence garder la tête légèrement en arrière pour ne tomber en avant. Carminia s’attendait à voir sa tête se s’arrache de ses épaules et rouler sur le sol à tout moment. Ce serait une fantastique délivrance.

Au moins cela était-il toujours plus plaisant que d’avoir une conversation avec Virgil. L’ancien duc se pavanait comme un coq au milieu des nobles, arborant avec suffisance sa nouvelle couronne comme si elle lui avait toujours été destinée. Un perpétuel sourire satisfait ornait ses lèvres, et il n’avait pas fallu deux minutes au nouveau roi pour rabaisser Carminia. Ni deux nuits.

Au moins l’acte avait-il été rapide. Gigotant et suant comme un porcelet au-dessus d’elle, le duc n’avait mis que peu de temps avant de se soulager dans un grognement satisfait. Puis sans un mot, il avait chassé Carminia de la chambre du roi, s’était tourné et avait plongé dans un lourd sommeil. La jeune femme était partie en silence, humiliée.

– Et l’attitude au lit ! reprit la comtesse. C’est important si vous ne voulez pas que votre mari ait des maitresses. Le secret, c’est de toujours…

Il s’agissait des paroles de trop. Carminia se leva sans prévenir.

– Merci pour vos conseils Bérénia, mais dans la mesure où votre époux couche à la fois avec la fille de la duchesse De Béryl et une grande partie de vos servantes, vos recommandations sont visiblement à revoir.

La mâchoire de la comtesse s’ouvrit en grand. La corpulente femme hoqueta et cligna plusieurs fois des paupières. Carminia avait entretemps pris la fuite.

Fatiguée de devoir faire la conversion aux femmes jalouses ou hypocrites, la reine se dirigea vers le jardin du palais. Elle fila entre les invités, prenant soin de les ignorer s’ils l’appelaient, attrapa un verre de vin sur une table, et se réfugia sous le porche face aux jardins. Elle ne laissa la porte entrouverte que pour écouter les musiciens qui entamaient sous morceau préféré. Elle songea à Elsa. La jeune femme n’avait été présente à aucun moment du mariage, prétextant, d’après ses parents, une maladie qui la clouait au lit. Mais elles savaient toutes deux que le but n’était que de s’éviter. Il ne fallait pas qu’il leur prenne l’idée de s’enfuir au bout milieu de la nuit.

La jeune femme chassa ses pensées et admira les nombreuses fleurs du jardin tout en sirotant sa boisson. L’alcool réchauffa sa peau grelottante. Les vents violents de cette nuit s’étaient apaisés, mais tous savaient qu’il ne s’agissait que du calme avant la tempête. La plupart des plantes que la reine avait sous les yeux auront disparu dès le lendemain. Carminia était en train de réfléchir à un système de volière qui pourrait se refermer et s’ouvrir à volonté quand un cri de femme interrompit le cours de ses pensées.

A travers le verre de la porte, la reine pût apercevoir Bérénia qui agitait follement le bras en direction de deux femmes. La comtesse avait apparemment entrepris de régler ses comptes avec la maitresse de son mari en public. Elle insulta copieusement la jeune fille, ainsi que sa mère qui se tenait à ses côtés. Les gardes durent intervenir pour éviter que la situation ne tourne mal. La corpulente femme jeta un regard suppliant sur l’assemblée, cherchant du soutien parmi ses pairs. Personne ne leva le petit doigt. Ce que Carminia n’avait pas précisé à la comtesse, c’est que personne n’ignorait les égarements du comte… Et que la duchesse avait le don d’agacer prodigieusement chaque personne qu’elle rencontrait.

            Carminia esquissa un sourire satisfait. Elle se retourna dans le but de poursuivre sa contemplation du jardin, mais se retrouva à la place nez-à-nez avec une hideuse mauvaise herbe : Virgil.

– Carminia… siffla-t-il. Quelque chose me dit que vous êtes seule responsable de cet incident. Me trompe-je ?

Il toisa la jeune femme. Celle-ci resserra les doigts autour de son verre. Elle déglutit mais soutint le regard du roi sans faillir.

Celui-ci l’attrapa soudainement par la nuque. Le verre glissa des mains de Carminia, et se brisa sur le sol. Virgil approcha le visage de la reine du sien et lui murmura des paroles menaçantes.

– Que les choses soient bien claires Carminia… Je suis votre roi. Vous me devez obéissance et respect. Alors la prochaine fois que je vous demanderai de faire la conversation aux invités… faites-le correctement. Votre vie n’en sera que plus facile, croyez-moi.

L’arrivée soudain d’un garde royal interrompit le roi.

– Vos Majestés ? Tout va bien ?

Le soldat avisa les restes de vaisselle aux pieds de sa reine. Entre-temps, Virgil avait rapidement fait glisser sa main sur l’épaule de la jeune femme. 

– Tout va bien, assura-t-il. Mon épouse à fait tomber son verre, je vérifiais qu’elle ne se soit pas coupée. Allez chercher un domestique afin qu’il nettoie.

– A vos ordres. Ma reine, avez-vous besoin d’un médecin ?

– C’est inutile, répondit Virgil d’un ton sec. Elle va bien.

Le soldat hocha la tête et partit en quête d’un domestique.

Le duc resserra sa main autour du bras de Carminia.

– Le repas va bientôt être servi. Alors tenez-vous correctement. Vous souriez, vous dites que la nourriture est excellente, et vous répondez aimablement quand on vous pose une question. Sommes-nous bien d’accord, Carminia ?

La jeune femme ne pût que hocher la tête. Virgil consentit à la relâcher. Il lui jeta un dernier regard emplit de dégout et retourna à la salle de réception, où il entreprit de faire savoir que la situation était maitrisée et que chacun était invité à prendre place à table.

Carminia massa son bras douloureux. Heureusement que cette robe-ci possédait des manches, car il ne faisait aucun doute que des bleus allaient apparaitre. Elle jeta un dernier regard au ciel de plus en plus menaçant et disparut à l’intérieur du palais, pile au moment où une violente bourrasque faillit faire s’envoler sa couronne.

Le vent était tel que le domestique n’eut pas le temps de ramasser les morceaux de verre. Ceux-ci s’étaient déjà brisés contre les murs du palais.

 

*

 

            La pluie commença à tomber.

            Les fines gouttes heurtèrent le toit de l’entrepôt, résonnant entre les hauts murs de bois. Nul doute que cela ne faisait que commencer. Cette averse était annonciatrice d’un véritable déluge.

            Lora leva les yeux vers les fenêtres en haut des murs. Les nuages masquaient entièrement le soleil. Les révolutionnaires avaient allumé de nombreuses bougies afin de jouir d’un minimum de clarté. Mais même ainsi, certains recoins du bâtiment restaient plongés dans la pénombre.

            Lora secoua la tête et se força à reprendre ses esprits. Plus question d’avoir peur du noir comme une enfant ! Elle était déterminée à montrer sa force et son assurance toutes nouvelles. Elle décida que dorénavant, les orages ne l’effrayeraient plus.

            – Tout le monde a terminé ? demanda Séraphin.

            Lora et lui étaient assis autour d’une table, accompagnés d’Obéron et de Jonas. La jeune femme hocha la tête, imitée par Obéron.

            – Et vous autres ?

            Le jeune garçon se retourna pour regarder les autres révolutionnaires, eux aussi penchés au-dessus de leurs tables. Ils opinèrent du chef. Au total, une trentaine de personnes étaient réunis dans l’entrepôt. Taseo leur avait confié une mission, avant de s’absenter pour une heure ou deux.

              « Je dois honorer ma parole. Je dois mettre quelqu’un en sécurité. En attendant, voici pour vous. Suivez bien les instructions. »

            Il avait alors donné à Séraphin plusieurs liasses de papier, dont les feuilles étaient reliées entre elles par de petits morceaux de métal. Taseo avait ensuite désigné trois caisses, indiquant qu’il fallait s’occuper du contenu. Il était ensuite parti, laissant ses camarades dans la confusion la plus totale. Le chef de la résistance avait bien du mal à se débarrasser de ses anciennes habitudes.

            Les révolutionnaires avaient alors étudié les étranges documents. Le papier utilisé était parfaitement lisse et blanc, et les lettres impeccablement droites et de même taille, et tracées dans une encre qui ne semblait pas pouvoir s’effacer. Il n’y avait que de deux feuilles par liasses, qui contenaient des instructions concernant le contenu des fameuses caisses.

            Elles étaient remplies de deux sortes d’objets différents : certains étaient de larges rectangles plats, d’autres des sphères avec de petits trous sur toute leur surface. Tous étaient en métal. Les papiers indiquaient comment les activer.

             – C’est quoi la suite ? fit Séraphin.

            – Nous devons tous nous poster en ville, muni d’un rectangle et d’une sphère, répondit Obéron. Et attendre.

            – Je me demande à quoi cela sert…

            Séraphin examina un rectangle sous chaque angle, et le soupesa. Il était très léger.

            – Je penses que cela sert à parler, intervint Jonas.

            Ses amis compagnons se tournèrent vers lui, surpris. Il était rare d’attendre Jonas s’exprimer.

            – Parler ? Mais à qui ? demanda Lora.

– A tout le monde. Taseo pourra s’adresser à l’ensemble de la ville. Regarde, sur les œufs, il y a cette espèce de petite surface percée de trou, et puis à l’intérieur, les composants laissent penser que…

Il releva la tête et s’aperçut que tout le monde le dévisageait.

– Mais… Comment tu fais ? demanda Séraphin. Il y a peu de temps encore, on avait jamais vu de technologie de notre vie, et toi…

            En réponse, Jonas ne leur adressa qu’un sourire énigmatique.

 

            Lora resserra sa cape sur ses épaules. Elle tira également sa capuche pour se protéger davantage le visage, mais renonça en voyant que cela ne l’empêchait pas d’être trempée, en plus de gêner sa vue. Comme elle l’avait prédit, l’averse avait gagné en intensité. La jeune femme slalomait entre les flaques d’eau, tout en veillant à ne pas trop presser le pas pour ne pas glisser ; son sac contenant la sphère et le rectangle serré contre elle.

            Elle devait se rendre dans une rue très commerçante, à la limite du centre-ville. D’ordinaire très animée, la tempête avait chassé tous les flâneurs. Lora la remonta, ignorant les couturiers et cafés et restaurants, pour se diriger vers l’arrière d’une boulangerie.

            Une échelle en bois était posée contre le mur. La jeune femme grimpa. Elle tenait fermement les barreaux, et prenait son temps pour poser ses pieds. Elle n’avait pas envie de se briser quelque chose. Arrivée sur le toit heureusement plat du magasin, elle vérifia autour d’elle que personne ne l’avait aperçu. Les contrevents des appartements étaient tous fermés.

            Lora se réfugia dans l’angle formé par la cheminé de la boulangerie et le mur du magasin mitoyen. Elle était toujours transie de froid, mais au moins échappait-elle à une partie de l’averse.

            Elle ramena ses jambes contre sa poitrine et passa ses bras autour.

            Puis elle attendit.  

            Au-dessus d’elle, un éclair illumina le ciel.

 

*

 

Les domestiques amenèrent le thé fumant sur la table de banquet. Les nobles tendirent aussitôt leurs tasses pour en recevoir, et les serviteurs prirent grand soin de les servir par ordre de rang.

            Carminia but dans sa propre tasse du bout des lèvres. La chaleur réconfortante de la boisson ne lui prodigua qu’un maigre plaisir. A sa gauche, en bout de table, le nouveau roi sirotait bruyamment son thé, tout en se gavant de macarons à la cerise.

            La reine pria pour que les festivités se terminent, et vite. Elle n’en pouvait plus des rires gras des hommes et des conversations sans intérêt des femmes. Le vent claquant contre les fenêtres était mille fois plus distrayant que les anecdotes des dames. Et comme il était hors de question pour ces dernières (et leurs maris) de sortir par ce temps, nul doute que tout ce petit monde allait passer la nuit au palais.

Le roi se leva soudain et fit tinter le cristal de son verre avec sa fourchette. Immédiatement, les invités se turent et se tournèrent vers leur roi. Même Carminia le regarda avec une intensité – presque – non feinte. Elle estimait qu’elle suffisamment donné dans la provocation aujourd’hui.

            – Mes chers amis, commença Virgil. Je vous remercie d’avoir répondu présent en ce dernier jour de fête. C’est avec un grand honneur et avec un immense plaisir que je me tiens devant vous. Je tenais à vous faire savoir que…

            L’arrivée soudaine de plusieurs dizaines de soldats royaux interrompit le discourt du roi. L’un d’eux se dirigea vers son souverain et lui murmura des paroles à l’oreille. Les grimaces conjugués de Virgil et du soldat n’auguraient rien de bon. Inquiets, les nobles échangèrent des murmures. Les femmes agrippèrent leurs bijoux, et les hommes placèrent discrètement leurs mains sur leurs épées. Le roi revint alors vers ses invités.

            – Messires et Mesdames. Je crains que nous ne devions abréger notre fête. On vient de m’informer que des… rebelles (il sembla hésiter sur la prononciation de ce mot), ont décidés de braver la tempêtes pour faire valoir leur mécontentement, et ce, en déclenchant un incendie dans les écuries du palais. Par sécurité, nous devons tous regagner nos appartements. Mais ne vous inquiétez pas : il n’y a aucune chance pour que de tels agitateurs ne pénètrent nos murs.

            Les Magisners n’eurent d’autre choix que d’obéir. Maugréant contre les « rustres ingrats du bas-peuple » qui gâchaient leurs festivités, ils suivirent les soldats jusqu’à leurs chambres. Le capitaine de la garde escorta lui-même le couple royal, accompagné d’une troupe d’une demi-dizaine de soldats.

            Ils se séparèrent à leur arrivée aux appartements royaux.

            – Que deux d’entre vous restent avec la reine, ordonna Virgil. Les autres, avec moi. Je veux en savoir plus sur ces gens.

            Carminia n’eut pas son mot à dire. Elle se retrouva prisonnière dans son propre salon, flanquée de deux soldats qui ne la lâchaient pas des yeux. Il allait être temps de jouer la comédie.

            – Cette situation me cause tant de soucis ! s’exclama-t-elle. Que faire ? Que nous veulent dont ces gens ?

            – Vous n’avez rien à craindre Majesté, dit l’un des soldats. Le roi va régler la situation. Et nous sommes là pour vous protéger.

            Il bomba fièrement le torse, aussitôt imité par son camarade. Carminia étudia leurs visages poupins. Ils étaient jeunes. Très jeunes. Sans aucun doute, il s’agissait de deux bâtards de nobles ou de fils cadets. De trop basse condition donc, pour prétendre à un beau mariage ou à une place correcte parmi la noblesse. Ils auront donc été confiés aux bons soins de l’élite des soldats – peut-être moyennant finances – sans avoir les talents nécessaires à ce poste. Nul doute qu’au moindre sourire de leur reine, ils accourront, oubliant par la même leurs obligations.

            Carminia se leva en faisant mine de se sentir vacillante, et tout en s’éventant le visage avec sa main, se dirigea vers un buffet.

            – Un thé me fera du bien !

            Elle remplit trois tasses et en tendit deux aux soldats.

            – S’il vous plait… partagez le avec moi. Ainsi, je me sentirai moins seule.  

            Les soldats hésitèrent.

            – Nous ne sommes pas censés…

            Un battement de cil ravageur de leur reine acheva de les convaincre. Ils burent tout le contenu de leurs tasses, tout en complimentant le choix de Carminia. Celle-ci les écouta parler en trempant le bout des lèvres dans sa boisson.

            L’un des gardes lâcha soudain sa tasse. Il se courba en deux en se plaignant d’avoir la tête saisit d’un vertige. Son camarde se pencha vers lui, mais le mouvement lui fit subir le même sort. Ils levèrent un regard suppliant vers leur reine, qui ne cessait de regarder sa tasse, puis ils s’effondrèrent sur le tapis. 

            Carminia reposa sa tasse et enjamba les corps des deux soldats. Elle s’en voulait un peu de les avoir drogués. Mais il était nécessaire qu’ils soient inconscients pour qu’elle puisse mener son plan à bien. Ne restait plus qu’à neutraliser Virgil, en espérant qu’il soit toujours dans ses appartements.

            Mais avant cela, elle s’empara d’une petite boite dissimulée dans un meuble, et en cacha le contenu dans sa manche. Un cadeau de Taseo.

            La reine ouvrit la porte du couloir et après avoir vérifié que personne ne passait par là, tourna à droite pour s’arrêter devant les appartements de Virgil. Elle entendait des voix venant de l’intérieur, dont celle du roi, qui s’invectivait contre les rebelles et leurs agissements.  

            Carminia parcourut la porte du regard. Elle cherchait un petit dispositif discret, caché au milieu des motifs du bois sculpté en formes de paysages et des ornements en argent. La porte représentait Aquilion dans son ensemble. De ses montagnes qui occupaient toute la moitié basse du bois, jusqu’à ses rivières serpentant entre les forêts, les champs et les villes, dont Pont-Rouge, symbolisée par le palais, seul élément du décor à être, non pas en argent mais en or. Une porte digne de la chambre d’un roi. Et non d’un duc hypocrite et vénale.

Carminia fit promener ses doigts sur l’ouvrage. Elle finit par trouver ce qu’elle cherchait, dissimulé sous la forme d’un arbre. Il était le seul parmi toute une rangée, à ne pas avoir de reflet gravé dans le lac juste en dessous. Carminia posa son doigt sur la gauche de l’arbre, et le poussa pour qu’il se retrouve à l’envers.

Aussitôt, la jeune femme entendit le discret mécanisme se mettre en route. Virgil et les soldats se retrouvèrent enfermés. L’arrière-grand-père de Carminia, inventeur de génie, était à l’origine de cette invention. De même qu’il avait créé le mécanisme à eau qui permettait aux portes de la ville de s’ouvrir et de se fermer plus facilement.

Ce dispositif pouvait être activé des deux côtés de la porte et permettait soit, si l’on se trouvait à l’intérieur, de s’enfermer pour se mettre à l’abri, soit, de l’extérieur, de piéger des intrus dans les appartements. Le même mécanisme existait sur les appartements de la reine, sous la forme non pas d’un arbre mais d’un oiseaux.

Seule la famille royale avait vent de ce secret de fabrication. Mais bien évidemment, Carminia s’était bien gardée d’en parler à Virgil, de même qu’elle avait omis de lui préciser que de nombreux passages secrets parcouraient le palais.

Le temps qu’ils sortent d’ici, la reine aurait déjà accompli son forfait. Laissant derrière elle l’étage royal, la jeune femme dévala les escaliers, et traversa les couloirs et salles de palais, en prenant bien garde à éviter qui que ce soit, quitte à faire des détours ou revenir sur ses pas.

Elle arriva finalement aux cuisines. Celles-ci étaient vides, les cuisiniers et domestiques ayant dû être mis en sécurité eux aussi. Se repérer fut d’abord compliqué, dans la mesure où Carminia n’avait jamais mis les pieds ici de toute sa vie. Les arômes du banquet flottaient encore dans l’air, faisaient monter l’eau à la bouche à la jeune femme. Elle chassa rapidement ses envies. Ce qu’elle s’apprêtait à faire était déjà suffisamment angoissant. Elle n’était toujours pas sûre que cela soit la bonne solution.

Ses pas la conduisirent à la cave où se trouvaient les réserves de nourriture. Elle repéra immédiatement ce qu’elle cherchait : l’une des pierres face à elle était d’une couleur légèrement plus foncée. La reine poussa les étagères et caisses qui encombraient le mur, et tira la pierre vers elle. Le mécanisme se mit en branle. Il fit un bruit déchirant, dans la mesure où il n’avait pas été utilisé depuis longtemps, mais fonctionna parfaitement.

Carminia put alors contempler les dizaines de visage de rebelles tournés vers elle. Elle vit dans la pénombre du passage secret qu’ils la fixaient d’abord avec surprise, ne s’attendant pas à être accueillis par la reine en personne, puis avec un mélange d’espoir et de crainte qu’elle ne change d’avis et ne décide de les dénoncer.

La reine d’Aquilion inspira profondément. Puis elle s’écarta pour laisser passer les rebelles venus détruire son royaume.

Tête basse, elle regarda défiler les hommes et femmes en armes, venus investir le palais et réclamer justice. Ce furent près de trois cents personnes qui traversèrent les cuisines pour gagner l’aile où les nobles logeaient.

La jeune femme se retrouva rapidement seule avec une femme aux cheveux roux flamboyants et au corps très athlétique. Celle-ci posa la main sur l’épaule de la reine, de manière amicale. Du moins c’est ce que pensa Carminia, avant de se retrouver avec la pointe d’une lame sous le menton.

            – Donne-moi une bonne raison de ne pas t’arrêter comme tes copains nobles, cracha-t-elle.

            Carminia déglutit.

            – Je… je vous ai fait entrer…

            – Et alors ? Ça aurait très bien pu être un nettoyeur de latrines ! A la différence que toi, tu peux décider de changer d’avis à tout moment dès que ça commencera à chauffer !

            La reine planta son regard dans les yeux bleue de la rouquine. Elle possédait une assurance et semblait savoir manier l’épée, deux choses rares chez une femme. Carminia comprit soudain. Elle se souvenait d’où elle l’avait déjà vu.

            – Vous… vous êtes Eloïse. Eloïse D’Ambrune.

            Cette dernière vacilla légèrement. Des années qu’elle n’avait pas entendu son nom de famille. Mais ce qui la frappa, ce fût ce qu’elle lisait dans le regard de la reine. Non pas du dégout pour la femme-soldat qu’elle était, mais de l’admiration. 

            – J’étais présente quand vous avez révélé votre identité au monde, continua Carminia. J’étais si fière que notre armée abrite une femme comme vous ! Quelle honte j’ai ressentie quand j’ai compris que vous alliez finalement être jetée comme une moins que rien.

            Eloïse ouvrit la bouche pour répondre mais ne parvint pas à articuler le moindre mot. Elle baissa finalement son arme, la main tremblante. Pourquoi les mots de cette femme la touchaient-ils autant ? Parce qu’elle était la reine ? Et donc la dernière personne au monde susceptible de ressentir de l’admiration pour elle ?

            Ebranlée dans ses convictions, Eloïse rangea son épée. Elle jeta un dernier coup d’œil à Carminia puis tourna les talons pour rejoindre ses camarades. Elle fit cependant demi-tour au dernier moment. Elle se planta devant la reine et tendit un morceau de papier.

            – Taseo m’a donné cela pour vous.

            Carminia s’en empara vivement. Elle le déplia et y lut une adresse. Celle d’un magasin de thés. Elle voulut remercier Eloïse, mais le temps de relever la tête, celle-ci avait déjà disparu.

            La reine se hâta vers le passage secret, avant de s’arrêter subitement pour s’examiner. Avec sa robe et ses bijoux, elle serait trop facilement reconnaissable.

            Elle remonta dans les cuisines, et y dénicha un pantalon et une chemise de cuisinier. Elle retira sa robe et la jeta dans un coin. La jeune femme enleva ses bijoux et sa tiare, qu’elle dissimula sous une étagère. Ils feraient le bonheur de celui ou celle qui les trouverait. Carminia détacha également ses cheveux, qui cascadèrent librement dans son dos. Elle se contenta de les rassembler en une queue de cheval, à l’aide d’un bout de torchon. La reine s’examina rapidement dans le reflet d’une bouteille. Elle était méconnaissable. Satisfaite, Carminia retourna dans la réserve et s’engouffra dans le tunnel, juste au moment où des bruits de combats résonnaient dans le palais.

 

*

 

            Venzio se cramponna aux accoudoirs quand la voiture démarra. Il eut également un mouvement de recul quand celle-ci s’adressa à lui pour l’informer qu’ils mettraient exactement trente-sept minutes et vingt-huit secondes à atteindre leur destination.

            – Comment cette chose avance-t-elle ? Qu’est-ce que je dois faire ?

            – Elle avance toute seule, répondit Athéna.

            Le véhicule avança jusqu’à un rideau de fer, qui se souleva pour leur permettre de sortir. La silencieuse voiture électrique roula sur une large route de béton, longeant le Centre Etincelle sans jamais y pénétrer.

            Venzio était en admiration devant les hauts immeubles qu’il apercevait au loin. Mais en même temps, il se sentait ridiculement petit, et aussi un peu inquiet pour les personnes à l’intérieur. Ces bâtiments ne risquaient-ils pas de s’effondrer ?

            Soudain, la voiture fit une embardée pour éviter un obstacle sur la route. Le mercenaire enfonça ses ongles dans le cuir végétal du siège.

            – Tu vas quand même pas te pisser dessus à cause d’une voiture ? lança Etel.

            – Elle avance sans chevaux… C’est…un peu étrange et effrayant, non ?

            – Non, répondirent-ils tous les deux.

            Leurs voix résonnant en même temps dans sa tête firent un drôle d’effet à Venzio. Il se sentit prit de vertige et de fatigue. Heureusement, l’effet se dissipa rapidement.

            Un gémissement retentit soudain dans le coffre, suivit d’un coup contre le métal.

            – Il s’est réveillé, vot’ gusse… Je t’avais dit de l’assommer plus fort ! 

            – Il va falloir qu’il reste tranquille pour le moment… Je ne bougerais pas tant que cette voiture avancera !

            – Tu affrontes des androïdes et tu as peur d’une voiture ? Sérieusement ?

            – Là je ne maitrise pas du tout la situation !

            Le trajet se poursuivit dans un silence religieux, uniquement perturbé par les cris de leur prisonnier. Heureusement, ceux-ci cessèrent rapidement.

            – Tu crois qu’il a clamsé ?

            Venzio grimaça.

            Le pauvre n’avait rien vu venir. Plongé dans la semi-veille de l’Interface, il n’avait pas prêté attention à la silhouette qui avait surgi de derrière sa voiture et l’avait assommé. Il l’avait ensuite déshabillé pour revêtir ses vêtements, avant de le ligoter, le bâillonner, et de le jeter dans le coffre. Aucun témoin n’aurait pu lui venir en aide, dans la mesure où l’homme était arrivé une heure après l’horaire prévu, faisant de lui la seule âme présente dans le garage souterrain. 

            Venzio l’avait maudit d’être ainsi en retard. Il n’était plus habitué à être ainsi immobile pendant de longs moments, et celui passé sous le véhicule lui avait donné des courbatures.

            – Vingt-trois minutes et quatre secondes, annonça la voiture.

            Ils arrivèrent au laboratoire à l’heure dite. Le gigantesque bâtiment blanc à l’architecture très moderne se découpait dans le ciel bleu. Athéna se cacha sous les sièges de la plage arrière. La voiture avança jusqu’au poste de contrôle.

            Un vigile à l’allure de bucheron et aux membres renforcés par des prothèses s’approcha. Venzio baissa la fenêtre de sa voiture – après avoir passé un temps qui lui sembla infini à chercher le bouton prévu à cet effet. L’homme darda son regard menaçant sur lui.

            – Identité ?

            Le mercenaire lui tendit un carré de plastique noir, que le vigile passa dans un boitier. L’homme fixa la carte avec un regard hésitant. Son regard passa de l’objet à Venzio. Soudain, un voyant s’alluma alors en vert.

            – Vous n’avez pas de puce sous-cutanée ? s’étonna-t-il.

            Venzio chercha la réponse que lui avait fourni Athéna à ce sujet.

            – Elle a grillé. C’était une puce de troisième génération.

            Le vigile parut se détendre.

            – Ouais ça arrive. Mais maintenant que c’est devenu obligatoire, elles sont de meilleure qualité je trouve.

            Le mercenaire hocha la tête.

            – Vous avez de la technologie sur vous ? Prothèses ? Implants ?

            Au lieu d’attendre une réponse, il passa une sorte de tube noir devant Venzio. Il n’émit aucun bruit, ce que le mercenaire jugea être un bon signe.

            – A partir du moment où vous entrerez dans le bâtiment, vous serez automatiquement déconnecté de l’Interface, déclara-t-il avant d’ajouter : vous pouvez entrer.

            Venzio remercia l’homme et laissa la voiture le conduire sur le bon parking. De longues minutes furent nécessaires pour rejoindre leur emplacement, tant le complexe était grand et étalé. Il s’agissait en fait de plusieurs bâtiments aux noms étranges. Venzio pouvait les lire mais n’en comprenait pas le sens. Les bâtisses étaient reliées entre elles par des couloirs suspendus, décorés de végétaux ou de cascades qui se terminaient dans de petits bassins qui longeaient la route. Le mercenaire trouva cela beau et intriguant.

            La voiture s’arrêta finalement devant un bâtiment appelé « Sciences Numériques ». 

            – Athéna ? Je peux toujours t’entendre ?

            – Oui, mais une fois dans le bâtiment, je ne le ferai plus. Ils pourraient me repérer.  

            Venzio était angoissé à l’idée de perdre la seule personne qui pouvait l’aider dans cet endroit de malheur. Il respira profondément et quitta le véhicule, puis récupéra une valise contenant ses affaires de travail.

            Il grimpa les marches qui le séparaient de l’entrée et franchit la double porte en verre. A l’intérieur, une femme au visage rigide le détailla.

            – Vous n’êtes pas le même homme que d’habitude.

            – Il a eu un accident, répondit rapidement Venzio.

            La réceptionniste leva un sourcil. Puis elle se détourna vers l’écran holographique de son ordinateur, sur lequel elle lût une information.

            – Je crois qu’il y a un soucis. Votre intervention n’est programmée que pour demain.

            Venzio déglutit.

            – Je ne m’occupe pas des emplois du temps. J’ai fait pas mal de chemin, alors j’aimerai bien faire mon travail si ça ne vous ennuis pas.

            Il espérait que son culot serait suffisant pour convaincre la dame. Parfois, cela était plus crédible que de jouer les idiots. La femme se leva et se dirigea vers une porte sur la gauche.

            – Un instant.

            Elle disparut derrière et Venzio se retrouva seul. Il posa sa main sur son ventre noué et souffla pour se détendre.

            – Depuis quand t’angoisses comme ça ? On a fait des trucs bien pires !

            – Depuis que je suis sur un autre continent, dans un endroit dont je ne sais absolument rien, pour sauver la vie d’une fillette qui a pris le contrôle des opérations. 

            – Pour ce qui est du dernier point, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même mon vieux…

            La réceptionniste réapparut soudain.

            – C’est arrangé. Suivez-moi.

            Elle conduisit le faux technicien jusqu’au premier étage. En chemin, ils croisèrent de nombreux scientifiques en blouse blanche. Ils regardèrent Venzio de manière étrange, jusqu’à ce que celui-ci se rende compte qu’il les dévisageait en premier. Il cessa de promener son regard partout et se concentra sur la femme qui marchait devant lui. S’il se comportait comme quelqu’un qui n’avait rien à faire ici, il avait de grandes chances de finir menottes aux poignets.

            Ils s’arrêtèrent devant une porte en métal. La réceptionniste passa son badge devant un lecteur, et la porte coulissa dans un bruit feutré.

            Une scientifique leva le nez à leur approche. Elle se tenait courbée au-dessus d’une table de travail, autour de laquelle ronronnaient en cœur de nombreuses machines. La femme de la réception tourna les talons et laissa Venzio à ses bons soins.

            – Vous venez pour faire la maintenance ? Il était temps ! Les trois appareils là-bas ont besoin d’une sérieuse révision ! Ce genre d’appareil ne peut pas rester plus d’une semaine sans avoir été vérifié.

            Elle désigna trois étranges machines cubiques de la main. Le mercenaire les regarda fixement, intrigué. Il se demande à quoi elles pouvaient bien servir. Mais mis à part torturer des gens, aucune autre idée concrète de lui vint.

            – Et bien qu’est-ce que vous attendez ? Allez ! J’en ai besoin !

            Venzio hocha la tête et se dirigea d’un pas trainant vers les appareils. Il ouvrit la valise le plus lentement possible et posa un regard effaré sur les nombreux outils quelle contenait. Il en prit un au hasard et fit semblant d’examiner l’une des machines.

            Malheureusement, il ne faisait que tourner en rond en jetant des coups d’œil partout, attendant la bonne occasion de mettre son plan à exécution, ce qui attira l’attention de la scientifique.

            – Vous vous sentez bien ? demanda-t-elle.

            Elle fixait les mains du mercenaire, qui tremblaient légèrement.

            – Je suis juste malade.

            – Malade ? C’est encore possible ?

            – J’ai… une santé fragile.

            – Et vos parents vous ont quand même gardé ?

            Elle le gratifia d’un regard surpris, avant de retourner à son travail. Elle continuait cependant de lui jeter discrètement des coups d’œil intrigués. Venzio faisait mine de ne pas s’en rendre compte, tandis qu’il faisait semblant d’examiner la machine devant lui.

            Voyant qu’il faisait ce pour quoi on l’avait embauché, la femme le laissa finalement tranquille et se consacra pleinement à ses recherches.

            Venzio posa le regard sur sa nuque. Il lui suffisait de placer la pointe de son arme sur sa nuque pour l’avoir à sa merci. Dans le pire des cas, un coup bien placé suffirait à l’assommer. Elle comprendrait alors que sa seule option était de lui obéir, et, une fois réveillée, de le suivre sans opposer de résistance.

            – C’est le moment ou jamais Venzio, s’agita Etel. Arrête de réfléchir bordel !

Le mercenaire toucha son sabre court à travers ses vêtements. Il le sortit en silence et le tint fermement dans sa main. Il lui trois pas en direction de la scientifique. Celle-ci ne réagit pas, elle ne l’avait apparemment pas entendu. Venzio commença à sortir la lame de son fourreau, leva un bras et…

La porte du laboratoire s’ouvrit à la volée. Le mercenaire dissimula son arme juste à temps pour ne pas être surpris par la réceptionniste qui venait d’entrer. La scientifique se retourna et eut un mouvement de recul en apercevant Venzio si près d’elle. Celui chercha à se justifier mais fût interrompu par la réceptionniste.

– Monsieur ? Après vérification, nous vous avons envoyé dans le mauvais laboratoire. Si vous voulez bien me suivre…

– Oui. Oui bien sûr.

Il rassembla ses affaires et quitta la pièce, sous l’œil toujours suspicieux de la scientifique. La femme l’entraina dans un autre secteur du bâtiment, à l’opposé. Ils prirent trois ascenseurs différents et remontèrent de nombreux couloirs. Venzio sentit l’angoisse s’emparer de lui. Comment pouvait-il retrouver son chemin dans cet endroit ? La réceptionniste dût sentir son malaise, car elle se retourna et le détailla de haut en bas. Le mercenaire ne laissa rien paraitre, et esquissa un sourire polie.

– Arrête de transpirer comme ça ! Tu dois déjà sentir la trouille à des kilomètres à la ronde.

Venzio essuya ses mains moites contre son pantalon.

La femme s’arrêta devant une double porte électronique. Elle frappa et la porte s’ouvrit. Elle fit signe à Venzio d’entrer.

Il sût alors que le piège s’était refermé sur lui.

En lieu et place d’un laboratoire se tenait un homme assit sur sa chaise de bureau, qui regardait fixement le mercenaire avec un sourire en coin. La porte électronique se verrouilla soudain. Venzio ne se saisit même pas de ses sabres. L’inconnu ne l’aurait invité seul dans son bureau s’il n’avait eu des moyens de se défendre.  

– Venzio, fit l’homme. Je t’attendais. Ainsi que ton ami Etel.

– Pardon ? laissa échapper le mercenaire.

– Fait chier.

La porte coulissa à nouveau. Athéna fut alors jetée sur le sol par un vigile. Venzio se pencha vers elle pour s’assurer de son état. L’homme ricana.

– Nous allons enfin pouvoir discuter tous les quatre. Attrapez-les.

Venzio serra la main d’Athéna dans la sienne.

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