Chapitre 12

Par AliceH
Notes de l’auteur : Je suis toujours vivante, oui. Dans la fatigue et la douleur, mais toujours vivante.

Bref.
TIME FOR THE LESBIAN STUFF !

Ce fut la faim qui réveilla Eudoxie. Elle sentit son ventre la tirailler, puis ouvrit les yeux avec un grognement. Sa tête lui tournait encore un peu, mais sa migraine était partie et à ce qu'elle sentait, sa fièvre aussi. Elle se redressa pour voir qu'Agathe était endormie près d'elle. Eudoxie regarda la petite horloge sur sa commode, Agathe, l'horloge, sa fenêtre, l'horloge, Agathe et l'horloge avant de décider de ne pas la réveiller et d'aller cuisinier leur déjeuner. Elle sortit du lit avec précaution avant de quitter la pièce à pas lents pour se rendre dans la cuisine. Le carrelage était froid sous ses pieds nus. Elle ouvrit le garde-manger plein et en sortit divers ingrédients tout en se remémorant sa matinée. Quelque chose la dérangeait, elle n'aurait pas su dire quoi.

– Déjeuner ? entendit-elle.

Elle retint un petit cri avant de se retourner pour voir Agathe bailler.

– Oui.

– Vous allez attraper froid, nota la jeune femme qui fixa ses grands pieds nus.

– Je ne suis pas à ça près. Et je sais que j'aurai une très douce infirmière pour s'occuper de moi.

D'accord, elle avait lancé ce compliment pour voir la réaction d'Agathe. Celle-ci ne manqua pas de la faire sourire. Cette dernière se mit à rougir avant de clamer :

– C'est- C'est bien gentil mais enfin ! Allez mettre des chaussures !

– Quelle autorité Agathe, sourit-elle avant de quitter la pièce en riant. Je reviens !

Elle partit enfiler ses chaussettes et ses bottes avant de revenir dans la cuisine pour voir Agathe contempler intensément la nourriture en train de cuire. Elle ne bougea même pas quand Eudoxie se pencha au-dessus son épaule.

– Tout va bien ? s'inquiéta-t-elle.

– Oui. Et vous ? demanda Agathe après une brève pause.

– Oui, ma fièvre a disparu. Je soupçonne ma sortie de ce matin d'en être la cause. J'allais chercher des réponses à Grandbourg, mais j'ai l'impression d'y être rentrée avec encore plus de questions qu'auparavant.

– Comment ça ?

– Il ne faut pas couper les légumes ?

– Je m'en occupe : vous, vous asseyez et vous me racontez tout. Et pas de petit « Quelle autorité Agathe », je vous vois venir avec votre petit sourire sarcastique ! dit-elle.

– Vous me connaissez déjà trop bien.

Pas autant que je ne le souhaiterais, songea brièvement la jeune fille.

 

– Si je résume : vous ne pouvez pas accéder à vos archives sans accord du bourgmestre, d'après une volonté de votre père. Capucine a l'air très heureuse d'être mariée au potentiel futur bourgmestre de la ville tandis qu'Honoré Brieux décide de prendre sa retraite auprès de son épouse malade. Autant la première chose me choque, autant les autres me semblent plutôt ordinaires.

– Quelque chose n'allait pas, je le jure, maugréa Eudoxie qui finissait son assiette. Tout cela avait l'air tellement... faux. Comme si j'étais au théâtre.

– Je suppose que l'emportement d'Honoré quand vous avez dit vouloir consulter vos archives n'a fait que renforcer votre suspicion, ajouta Agathe qui mâchait un peu de pain.

– Exact. Mon père a pris cette décision, de même que celle de brûler nos archives au château, comme pour éviter que je puisse faire des recherches sur ma propre famille. Nous sommes face au mur, je le crains.

– Attendez, murmura Agathe qui laissa tomber son quignon sur le table. Est-ce que vous savez le nom de l'archiviste que vous avez vue ?

– Isabeau Delevigne. Delavigne, corrigea Eudoxie tandis que le visage de son amie s'éclairait. Pourquoi ? Agathe ? s'inquiéta-t-elle quand celle-ci se redressa soudainement.

– Isabeau pourrait, je pense, faire fi de l'interdiction imposée par votre père et le bourgmestre...

– Elle n'avait pas l'air bien à l'aise avec cela. Je l'ai terrifiée avec mon accès de colère.

Eudoxie vit Agathe se pincer les lèvres en même temps qu'elle laissait échapper un lourd soupir.

– Pas seulement. Isabeau a des griefs personnels contre vous, exposa-t-elle en serrant les bras comme si elle avait froid. Il y a quatre ans, sa sœur aînée, avec qui elle vivait chez leur tante depuis le décès de leurs parents, est venue travailler ici-

– Et n'est jamais revenue, conclut Eudoxie d'une voix éteinte. Je suis déjà étonnée qu'elle m'ait dit bonjour. À sa place...

– Je pense qu'elle avait peur de vous mettre en colère, d'autant plus si vous vous êtes emportée devant elle. Il n'est parfois pas bon de montrer frontalement ce qu'on pense ou ressent envers quelqu'un de plus haut placé.

– Vous le pensez sincèrement ? Personnellement ?

Agathe ouvrit la bouche sans réussir à articuler un son. Elle préféra fixer le sol avant de dire, replaçant une mèche éparse derrière son oreille :

– Je ne suis pas née avec le don de garder mes opinions pour moi, pour le meilleur comme pour le pire, vous le savez. Une vie passée à cacher ce qu'on est ou ce qu'on pense n'est pas une vie.

Un peu hypocrite, non ? Tu n'oses même pas l'approcher pour lui signifier tes sentiments, la nargua sa voix intérieure. Ton honnêteté joue les absentes sur ce coup-là !

– Je pense qu'Isabeau serait prête à vous aider si cela signifie pouvoir venger sa sœur ou l'aider à reposer en paix.

– Vous en êtes sûre ? lança Eudoxie avec hésitation.

– Nous avons nos chances.

 

– Bonjour Madame ! Est-ce qu'Isabeau est là ?

La pauvre tante d'Isabeau, une femme replète aux cheveux roux, se tenait la poitrine tandis qu'elle fixait tout à tour Agathe puis Eudoxie, toutes deux tout sourire. Agathe avait poussé Eudoxie à ne pas s'habiller que de noir pour changer, et elle-même arborait une robe fleurie qui annonçait le printemps à venir.

– Je... Je vais la chercher.

Celle-ci se rua dans l'escalier tout en appelant sa nièce alors qu'elles restaient sous le porche. Eudoxie grimaça.

– Elle aurait pu nous inviter à entrer quand même, non ? demanda-t-elle à Agathe qui grelottait.

– Si. Le printemps sera froid. On va noyer Sainte Marzanna dans dix jours, et il gèle toujours.

– Ah, oui ! Le dernier mois avant le printemps, on noie ou brûle des mannequins en paille et quand il n'y a plus de traces d'eux, c'est le printemps, c'est ça ?

– Oui. Vous n'avez jamais assisté à une de ses fêtes ?

– Non. Mon père ne prêtait pas grande attention à ce qu'il appelait « du folklore de bonne femme, avec ses superstitions et ses mauvais sorts ». Ironique de sa part, n'est-ce pas ? releva Eudoxie avant d'entendre quelqu'un s'approcher à grands pas. Ah. Bonjour Mademoiselle Delavigne.

– Bonjour. Entrez.

Contentes de pouvoir enfin se mettre au chaud, toutes deux suivirent Isabeau jusqu'à sa chambre, après avoir aperçu sa tante tenter de capter les bribes de leur conversation qui se résumait alors à des simples politesses. Isabeau referma le loquet de sa chambre derrière elle avant de se tendre comme un arc puis de fixer Agathe d'un œil noir.

– Qu'est-ce tu viens faire ici ? lui demanda-t-elle alors qu'elle ignorait royalement Eudoxie à sa gauche.

– Je l'accompagne.

– C'est pour me forcer à vous donner vos archives, c'est ça ? Vous avez idée de ce que je risque si je le fais ? Non, bien sûr que non, maugréa-t-elle avec mauvaise humeur.

– Tu risques vraiment pire qu'un renvoi si tu nous aides ?

– Un renvoi, c'est déjà beaucoup pour moi. Peu de gens veulent embaucher une orpheline, et une rousse par dessus le marché. Tu ne te souviens pas qu'on m'appelait « la sorcière » quand nous étions petites ? Et bien, malgré le fait que les sorcières soient rares de nos jours, ces idées perdurent et beaucoup me croient maudite. J'ai eu de la chance de pouvoir avoir ce poste, je ne vais pas sacrifier mon seul moyen de pouvoir enfin quitter ma vieille commère de tante pour vos beaux yeux ! pesta Isabeau.

– Je n'avais pas idée que les gens puissent être aussi superstitieux. Quoi ? lâcha Eudoxie après avoir remarqué les regards dubitatifs d'Agathe et Isabeau. Ah oui.

– Bref. Quel était votre laïus pour me pousser à vous aider ? Je vais quand même l'écouter, que vous ne soyez pas venues pour rien.

– Et bien, c'est que- commença Agathe avant d'être interrompue par Eudoxie qui s'approchait dangereusement d'Isabeau qui recula d'un pas.

– C'est vous qui avez sorti votre sœur de la carriole, le jour de l'accident, dit-elle doucement alors que la jeune fille pâlissait à vue d’œil. Vous avez toujours protégé votre grande sœur et le jour où elle décidé de vous rendre la pareille et de travailler pour mon père, vous-

– Ça suffit, la coupa Isabeau avec hargne. Vous n'avez pas le droit de parler de ma sœur ! C'est à cause de vous, de votre famille et de votre maudite maison qu'elle a disparu ! Tout ça pour quoi ? Pour quoi, hein ?

Dans sa colère, elle avait empoigné le col de chemise d'Eudoxie de ses deux mains et la secouait de toutes ses forces, sans grand succès. Elle finit par croiser son regard et se mit à sangloter sans la lâcher.

– Qu'est-ce qu'elle a fait de mal pour mériter son sort ? Pourquoi elle n'est pas revenue comme d'autres ? Pourquoi ? C'était une bonne personne après tout, non ? finit-elle par demander d'une voix de souris.

– Adorable. Toutes les domestiques l'adoraient.

– Est-ce qu'elle a souffert ?

– Je ne sais pas. J'essaie, non, nous essayons de savoir ce qui pèse sur ma famille. Nous n'avons qu'une feinte idée et peu de pistes. La seule piste solide que nous pourrions avoir se trouve dans les archives que vous gardez, lui expliqua Eudoxie à voix basse. J'ai moi aussi souffert de ce mauvais sort, et je souhaite mettre un terme à tout cela le plus rapidement possible.

Isabeau la lâcha avant de renifler bruyamment. Elle toussota puis regarda chacune des deux femmes devant elle avant de déclarer à mi-voix après avoir jeté un coup d’œil en direction de sa porte fermée :

– Je me chargerai de lire et de vous apporter les informations nécessaires. Vous n'aurez accès à aucun document. Compris ?

– Oui.

– Je vous revois à la Sainte Marzanna. Vous serez très probablement invitée à noyer le mannequin pour votre première année en tant que Seigneure, apprit-elle à Eudoxie. Je vous retrouverai là-bas.

Après s'être concertées une dernière fois, les trois jeunes femmes quittèrent la petite chambre pour se séparer. Assise derrière Eudoxie sur le dos d'Onyx, Agathe se sentait lasse. Lasse de ce grand mystère découpé en plusieurs mystères, ajouté au mystère de son propre avenir. Le corps et la tête comme engourdies, elle soupira avant de poser le front contre le haut du dos de son amie.

– Vous vous sentez bien ? s'inquiéta Eudoxie.

– J'en ai plein la tête.

– Moi aussi. Une fois rentrées, écrivons ce que nous savons en espérant que cela puisse nous aider.

 

Fantôme Horace : meurtre de femmes.

Bête : s'en prend aux femmes.

Attrait pour le sang ? Ne s'en prend pas à sa propre famille, mais aux domestiques femmes.

Accès aux archives impossible (incendie, accord) ?

Lien avec les Brieux ?

 

– Ce bout de papier a bien trop de points d'interrogation à mon goût.

 

Elles fixèrent le texte à l'encre encore humide. Agathe tenta de se remémorer un indice quelconque, un détail un peu étrange qui aurait pu la marquer, en vain. Une autre question lui vint à l'esprit :

– Vous n'avez jamais eu de domestiques masculins ?

– Très peu. Ils ne vivaient pas avec nous, mais dans une maison que nous leur prêtions. D'ailleurs, vous viviez dans une de ces anciennes demeures avec votre père et votre sœur. Désolée, dit-elle après l'avoir vue se décomposer. Je ne voulais pas-

– Je sais. Je suppose qu'elle a changé plus vite que je ne l'aurais pensé, c'est tout. Vous avez le droit de lui en vouloir pour ses propos à votre sujet, vous savez.

- J'ai entendu pire, croyez-moi. J'aurais une question délicate à vous poser.

- Allez-y, répondit Agathe qui sentit son cœur s'emballer sous l'effet de l'angoisse.

– Faustine a parlé de votre mère et... commença Eudoxie, que vous étiez en partie responsable de son décès. Vous savez ce à quoi elle faisait allusion ?

Elle lutta pour ne pas pleurer face à cette accusation et répondit d'une voix blanche :

– Non. Je ne me rappelle pas bien de cette période.

– C'était sûrement un coup bas pour vous blesser, la rassura Eudoxie avant de froncer les sourcils. Mais je pense à quelque chose soudain...

– Quoi ?

– Je n'ai pas souvent vu Sylviane Delavigne. Elle s'occupait surtout du jardin, et mon père m'avait interdit de fréquenter les domestiques de près ou de loin depuis l'incident d'Adèle. Mais je pouvais parfois surprendre ses conversations à travers ma fenêtre ouverte : je me rappelle qu'elle a dit un jour, après avoir chanté pour se donner du cœur à l'ouvrage, que c'était à cause de sa manie de chanter qu'elle avait fini chez nous.

– Euh ? marmonna Agathe qui leva les mains pour exprimer sa perplexité.

– Sylviane a dit à une autre domestique qu'elle avait été renvoyée de chez les Brieux à cause de sa façon de fredonner très souvent, qui énervait le reste des domestiques et le père Brieux. Celui-ci lui aurait dit que son seul espoir d'avoir un bon emploi était de venir ici, de ne pas prêter attention aux ragots, et de penser à sa petite sœur avant tout.

– Cela nous donnerait une nouvelle piste.

– Ce pourrait être eux, le fameux lien entre les femmes de la vallée et mon père. Cet agent extérieur qui les dirigerait vers ce château, continua Eudoxie qui fixait le vide.

– Est-ce que Sylviane a-

Agathe stoppa net sa phrase quand elle se plia en deux sous l'effet d'intenses crampes. Elle essaya de retrouver ses mots tandis qu'elle tentait de se relever malgré la fatigue qui l'accablait depuis déjà la veille. Son ventre lui faisait mal, ce qu'elle avait attribué à la peur constante qui l'habitait depuis son arrivée au château. Or, la sensation de s'être renversée du lait chaud entre les jambes lui évoquait une toute autre explication. Ses mains se mirent à trembler alors qu'elle se rappelait une des questions qu'elle avait écrites sur le papier : « Attrait pour le sang ? »

– Agathe, que se passe-t-il ? s'alarma Eudoxie qui se rua à ses côtés.

– Vous m'aviez demandé il y a quelques temps si j'avais mes règles et...

– Oh non. Levez-vous, il faut voir si vous n'avez pas saigné ailleurs que sur vos jupes. Il ne viendra pas si vous ne salissez que vos propres affaires, lui apprit-elle. Adèle a déjà eu une frayeur similaire sans qu'il ne vienne.

– Mais je ne peux pas me contenir aussi facilement ! s'écria-t-elle alors sa panique empirait. Je saigne énormément, au point d'en faire des malaises et d'avoir besoin d'un remède spécial de Madame Purau ! Je risque fortement d'avoir un accident.

En seule réponse à son angoisse, un brusque coup de vent aux airs de murmure. Eudoxie lui saisit les mains et marmonna pendant deux bonnes minutes sans qu'Agathe ne réussisse à en comprendre un traître mot. Eudoxie releva la tête pour fixer le portrait de son père qui semblait la juger puis esquissa un sourire rassurant.

– Je crois que j'ai une idée pour vous éviter le moindre accident, Agathe, mais cela vous lierait à moi aux yeux de la loi et probablement ceux de mes aïeux. 

– Oui d'accord, oui, oui, déblatéra-t-elle sans oser la lâcher.

– Je ne vous ai même pas encore dit de quoi il en tenait.

– Alors, déjà, j'aimerais vivre encore un peu et ensuite, être liée à vous me semble loin d'être une chose affreuse, Eudoxie.

Surprise, celle-ci ne trouva rien à répondre à une Agathe au bord de la crise de nerfs. Elle l'embrassa rapidement sur le front avant de courir vers l'ancien bureau de son père dans lequel elle fouilla à toute hâte pour y prendre un rouleau de parchemin usé. Elle revint dans la bibliothèque y saisir un rouleau de parchemin neuf, une plume et de l'encre. Agathe faisait de son mieux pour se recomposer mais sa voix tremblait quand elle demanda :

– Ce n'est pas un contrat de sang, rassurez-moi ?

– Non, Agathe. Il y a bien longtemps déjà, les régions de ce pays sont devenues autonomes et les différents Seigneurs qui y vivaient pouvaient y faire leurs propres lois. Par chance, un des anciens Seigneurs de Saint-Nattier a fait établir une loi très particulière qui n'a jamais été abrogée depuis.

– Et ?

– Et c'est sans doute ça qui pourra vous sauver,.

– Non, je voulais demander : « Et que dit cette loi »? s'étrangla Agathe alors qu'elle n'arrivait pas à lire le texte qu'Eudoxie parcourait du regard.

– Elle m'autorise, ni plus ni moins, à prendre une personne de même sexe que moi pour partenaire conjugale, ce qui est une façon un peu alambiquée de dire que je peux légalement épouser une autre femme, ce qui la fera rentrer dans ma propre famille et devenir une Saint-Nattier à son tour, ce qui l'empêchera d'être victime des rafles d'Horace.

Agathe était soufflée. Même si cela n'était qu'une ruse pour la sauver, le geste n'était pas anodin.

– Vous n'avez pas à aller aussi loin pour moi, je- ! commença-t-elle sans trouver ses mots. Vous allez beaucoup trop loin pour une pauvre fille comme moi. Même si c'est juste temporaire, c'est quand même...

– Je ne veux pas vous perdre, Agathe, dit-elle avec douceur.

– J'ai... Excusez-moi mais... J'ai la sensation que vous tentez de vous rattraper, et de me protéger car vous n'avez pas pu protéger Adèle, lâcha-t-elle avec difficulté. Que je ne suis qu'un moyen pour vous de la « sauver » après tout ce temps.

– Absolument pas. J'aimais Adèle. Et c'est parce que je l'ai aimée que je sais que je vous aime vous aussi.

Eudoxie s'était accroupie et la regardait sans broncher, de ses beaux yeux noirs. Ses joues étaient rosies, ses doigts tremblaient, mais elle ne détournait pas le regard, attendant une réponse de la part d'Agathe. Celle-ci ferma les yeux pour laisser de côté ses peurs. Elle écarta quelques mèches de son visage avant de sourire timidement, puis, pour la première fois de sa vie, elle embrassa quelqu'un avec amour.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez