Chapitre 11 : Les compagnons

Par Mary

XI

LES COMPAGNONS

 

 

 

 

 

Au bout de quelques heures, Alban réalisa qu’il avait eu raison de tenter sa chance et de partir. Quelques jours après, il avait acquis les réflexes de base. Maintenant, seize jours après le départ, il commençait à se débrouiller tout seul pour certaines choses. Le rythme avait été appris à la dure. On lui avait épargné les premières gardes, mais il n’y coupa pas longtemps. Pour une fois, il trouvait un avantage à ne pas dormir beaucoup. Il aurait voulu que Nora puisse voir la nuée d’étoiles entre les voiles, la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages et dardait ses éclats d’argent vers le pont silencieux. Naviguer la nuit à faible allure avait aussi son charme.

Tous les matins, Martial annonçait qui serait de quart et dans quel ordre, donnait à Alban ses instructions, dressait l’inventaire des besoins du navire, et faisait le lien entre les matelots et le Capitaine. Elle travaillait la plupart du temps dans ses quartiers et s’en sortait que pour prendre la barre ou calculer leur trajectoire.

Aujourd’hui, le jeune homme se joignit à Maugis pour une séance de ravaudage d’une voile de secours. Le gabier avait un tempérament très chaleureux et Alban l’aimait beaucoup. Râblé et bien enrobé, Maugis semblait en permanence heureux de voir les gens. Jamais le dernier à boire et toujours le premier à rire, Alban le soupçonnait très croyant : il se signait avant de manger et portait une médaille de Saint-Nicolas autour du cou.

Pour les sujets techniques, il avait de très nombreux professeurs, mais ce qu’Alban savait de sa toute récente culture corsaire, il le devait au gabier. Entre deux corvées, celui-ci satisfaisait chaque fois sa curiosité avec un plaisir non feint. Il lui avait enseigné le nom des voiles, leur rôle et leur utilisation, ainsi que ceux des vents, de la plus petite brise au plus puissant des alizés : « Apprends à lire le vent. Sens-le sur ta peau, reconnais-le et tu pourras le dompter. » Il lui avait expliqué le système des comptoirs de vente de la Compagnie, et la façon dont, une fois la marchandise écoulée, l’équipage se répartissait les gains. Outre la partie des bénéfices qui allait à l’armateur, les parts étaient équitablement distribuées, avec quelques ajustements pour les postes à responsabilités au sein du navire. Comme ces personnes étaient élues, et le revenu fixé par la chasse-partie, il n’y avait aucune mauvaise surprise.

Ils remontèrent à grand-peine une des voiles supplémentaires de la cale et s’installèrent sur la marche du gaillard avant. La couture nécessitait toute la lumière disponible. Maugis lui confia une longue et lourde aiguille, du fil rêche et suifé, et montra la jointure à raccommoder. Alban était habitué à travailler sur des tissus fins et élaborés, et non pas grossiers comme celui-ci. Quand Maugis s’aperçut qu’il hésitait, il lui dit tout de go :

— Il faut percer un trou, un vrai, sinon ça tiendra pas. Si tu peux, repasse dans les vieux, ça va plus vite. Qu’est-ce qui te tracasse ?

— C’est que… ce n’est pas ce que j’ai appris. J’étais apprenti tailleur, ma couture n’est pas censée se voir ou trouer le tissu.

Maugis éclata de rire.

— C’est la meilleure, celle-ci ! On te demande pas de faire de l’art, petit, il faut juste que ça résiste à de bonnes bourrasques. Si tu veux que les morceaux tiennent entre eux, vas-y franchement, c’pas de la dentelle ! Regarde, ce point-là te sauvera de toutes les situations.

Maugis cousit les trois premiers, un coup dessus, un coup dessous, puis revint en arrière pour obtenir une couture triangulaire. Cela ressemblait de loin à ce qu’Alban utilisait quand il montait les emmanchures d’une veste avant les retouches. Le point était serré, mais préservait néanmoins l’élasticité du tissu : la voile pouvait se gonfler ou se dégonfler, si le gabier faisait bien son travail, rien ne bougerait. Alban appliqua les consignes à la lettre et poursuivit l’ouvrage.

— Apprenti tailleur, hein ? C’est pas courant. T’es pas trop dépaysé ?

— Si, mais j’apprends à me débrouiller, répondit Alban avec une ombre de sourire.

Il resta volontairement évasif. Oui, il s’entendait bien avec l’équipage, ses tâches l’intéressaient et il était bien traité. Cela l’avait étonné d’ailleurs. Les deux premiers jours, il s’était senti de trop, mais chacun à leur manière, les hommes l’avaient tacitement inclus dans le groupe déjà bien formé. Le bon fonctionnement d’un navire reposait en grande partie sur l’esprit d’équipe et tous devaient y mettre de la bonne volonté. En revanche, il dormait toujours aussi mal et cauchemardait presque toutes les nuits. Si ses compagnons l’avaient remarqué, ils avaient été assez polis pour ne rien dire. Surtout, il s’alarmait de n’avoir rien réussi à trouver au sujet de son oncle, et n’osait pas non plus parler de l’homme à l’étoile, alors qu’il s’agissait du but même de son voyage. Il se raisonnait en songeant qu’il n’avait pas encore interrogé tout le monde, à commencer par le maître gabier.

— Maugis, j’ai quelque chose à vous demander. En fait, si je me suis embarqué à bord du Lotus Noir, c’est parce que je cherche mon oncle.

— Oui, j’en ai entendu parler. Comment s’appelle-t-il ?

— Yann Le Guirec. Le Yann. Les deux noms se valent.  

Il lui rapporta la description que Hoël lui avait faite lors de son arrivée à Saint-Malo.

— Non, pas la moindre idée, petit. J’ai passé trop de temps dans mon petit coin des Caraïbes, je suis ici que depuis quatre ans. Je me fais vieux, tu sais, je connais plus beaucoup de monde.

Alban sentit une pointe de regret dans sa voix. Maugis était pourtant bien moins âgé qu’Hector, quarante-cinq ans, guère plus.

— Tu veux le voir pour quoi ? Ton oncle, je veux dire.

— Oh, je…

Il n’avait pas pris le temps de mettre au point une version vraisemblable qui ne dévoilerait pas l’intégralité de ses secrets.

— Je voulais pas être indiscret, s’excusa Maugis. Tiens, termine ce côté-là, je vais inspecter le reste, qu’on ai pas une mauvaise surprise le jour où on en a besoin.

Soulagé, Alban se plongea dans sa couture. Au moins, cela lui occupa l’esprit, et il y passa une bonne partie de l’après-midi. Ils replièrent ensuite le lourd tissu et le redescendirent à la cale. En remontant, Alban se laissa aller quelques instants à s’adosser contre le bastingage. Les nuages bas et couleur d’acier, il ne pleuvait heureusement pas. Ils avaient essuyé quelques jours plus tôt un violent coup de tabac, et le jeune homme en gardait un souvenir glacé, à tous les sens du terme. Le Lotus s’était fait méchamment secouer, et ils avaient tous fini détrempés. Encore des jours et des semaines sans voir la moindre bande de terre, sans entendre le moindre oiseau. C’était peut-être bien cela, le plus étrange. À part le clapotis des vagues et parfois le sifflement du vent, l’environnement restait silencieux. Son regard se perdit à l’horizon. Des lieues et des lieues exemptes de toute vie humaine, ou presque. Ils avaient déjà croisé trois navires, dont deux espagnols et n’avaient pas cherché à les approcher. Sur quels critères choisissaient-ils leurs prises ? Alban ne connaissait pas les usages en la matière, mais se doutait que cela devait dépendre en partie de leur propre puissance de feu. Le deuxième bâtiment espagnol en imposait, avec sa double rangée de canons, c’était peut-être aussi simple que ça. Le Lotus Noir n’avait sans doute pas la capacité de le stopper ou, le cas échéant, de faire main basse sur la cargaison sans y laisser la moitié de son équipage.

— Je sais pas à quoi tu penses, mais ça a l’air fichtrement compliqué, lança Maugis en le sortant de sa rêverie.

— Je me demandais comment les prises étaient choisies. Nous avons déjà laissé passer plusieurs vaisseaux. Pourquoi ne les avons-nous pas attaqués ?

— Y a plusieurs raisons à ça. D’abord, comme tu le sais, on n’est pas si nombreux que ça, donc le gros galion espagnol de l’autre matin, pas la peine d’y penser, mais ça, je suppose que tu l’avais déjà compris.

Alban hocha la tête.

— Ensuite, continua le maître gabier en resserrant un nœud, il y a deux ou trois petites subtilités à savoir. Chaque fois qu’on croise un navire, la courtoisie la plus élémentaire consiste à se saluer, en hissant puis en redescendant le pavillon, comme nous l’avons fait l’autre jour, tu te souviens ? La politesse, pour tout dire, on s’en fiche un peu. Là où ça devient intéressant, c’est que ça sert aussi à savoir qui tu as en face de toi, à tâter un peu le terrain pour savoir si oui ou non ça vaut le coup d’attaquer. Il se trouve que le premier espagnol qu’on a croisé a hissé le pavillon de la Compagnie Royale de Castille.

— Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ?

— Si nous étions encore des pirates, ç’aurait pas été la même chanson, mais qu’on le veuille ou non, nous sommes corsaires au service du Roi et surtout à celui de Le Bardelier. Il se trouve qu’il a depuis peu signé une dérogation, une sorte d’accord temporaire, pour que cette compagnie puisse utiliser ses comptoirs dans les Antilles pour certaines marchandises. Si on avait attaqué, non seulement nous n’aurions rien pu vendre, mais surtout, on aurait fini par danser la gigue au bout d’une corde, si tu vois ce que je veux dire. C’est à cause de ce genre de détails qu’on va à la pêche aux informations dès qu’on met le pied à terre, pour se tenir au courant des dernières décisions, traités de paix et autres magouilles qui se font en coulisse. Tiens, aide-moi donc avec ce bout.

Alban se redressa et avec Philippe perché dans le gréement, ils rabattirent une des voiles d’étai, tendue entre les deux mâts. Ensuite, il partit voir s’il pouvait aider Oliver à la cuisine.

Comme prévu, il s’y retrouvait régulièrement assigné. Outre la corvée d’épluchage, il participait à toutes les étapes de la préparation des repas jusqu’à la vaisselle. Il avait ainsi développé une aversion sans appel pour la brosse à récurer les casseroles. Surtout, il ne s’expliquait absolument pas le plaisir qu’Oliver manifestait devant ses marmites. Comment pouvait-on aimer à ce point faire à manger ? Il ne s’en lassait jamais, alors que le temps à y consacrer était faramineux, et les assiettes si vite englouties. Malgré le tempérament soupe au lait du cuistot et son manque flagrant de pédagogie, Alban devenait de plus en plus rapide à l’exécution des tâches les plus simples.

À la coquerie, ils se faisaient souvent aider de John, le médecin du bord. D’origine anglaise, il était discret, calme et posé. Plus homme de lettres et de science que d’action, il prenait volontiers part à toutes les corvées annexes liées à l’entretien du navire, et assurait fréquemment la fin du tour de garde de ses camarades quand le sommeil les rattrapait trop tôt. Oliver et lui s’entendaient comme larrons en foire, comme si le caractère revêche de l’un compensait le flegme tout britannique de l’autre.

Ils avaient été les premiers qu’Alban avait questionnés au sujet de Yann.

— Yann Le Guirec ?

— Oui, avait répondu Alban. C’est mon oncle, mais je ne l’ai jamais rencontré. Je me suis renseigné sur lui en ville. La dernière fois qu’on l’a vu, il montait sur le Lotus, on m’a dit qu’il était de forte corpulence, avec un collier de barbe, et très bon bretteur.

— Ta description pourrait correspondre à environ la moitié des flibustiers que j’ai croisé dans ma vie, avait maugréé Oliver.

— Vraiment, je n’ai jamais entendu ce nom-là, ici ou ailleurs, avait renchéri John en secouant la tête d’un air navré. Il n’a pas dû rester longtemps à bord.

Ils étaient retournés à leur épluchage larmoyant d’oignons. Alban, lui, avait essuyé son premier échec, sans se démonter. Il n’était qu’au début de son enquête et surtout, lorsqu’il l’avait recruté, le maître d’équipage avait bien précisé que personne n’avait d’informations au sujet de son oncle.

Martial organisait le travail au quotidien, et répartissait les tâches en fonction de chacun. Très concerné par son rôle de maître d’équipage, il ne laissait rien au hasard. Les hommes lui obéissaient au doigt et à l’œil, et le respect était mutuel. Comme le lui avait expliqué La Bombarde le jour où il avait montré à Alban le fonctionnement d’un canon, les postes à responsabilités faisaient l’objet d’un vote. Si une personne ne convenait pas, il suffisait d’en demander une nouvelle. Cela assurait la bonne cohésion entre les marins et évitait les tensions, car tous venaient d’horizons différents, avec leurs histoires, leurs espoirs et leurs désillusions. Il fallait parfois des trésors d’ingéniosité et de tact pour mettre tout le monde d’accord, du mousse au vieux loup de mer.

Alban avait également failli poser la question aux jumeaux, avant de s’apercevoir qu’ils n’étaient guère plus âgés que lui, donc trop jeunes pour avoir connu son oncle. Nés les deux pieds sur un bateau, ils avaient effectué leurs premiers voyages commerciaux avec leur père dès leurs huit ans. Paul et Thibault étaient tous deux carrés d’épaule et très lestes. Quand ils avaient décidé quelque chose, ils pouvaient se montrer terriblement têtus, opiniâtres même. Ce tempérament avait occasionné la semaine précédente une course dans les haubans pour savoir lequel des deux avait véritablement hérité de l’agilité légendaire de leur aïeul. Comme d’habitude, personne n’avait réussi à les départager, et la soirée s’était joyeusement terminée.

Ils avaient été élevés aux contes et mythes des marins, qu’ils racontaient de temps en temps avec Hector et Noël pendant les veillées. En plus de donner un coup de main dans les voiles, les jumeaux se chargeaient principalement de la maintenance des armes et du pont. À part la voix, ils se ressemblaient jusque dans leurs personnalités, à ceci près que Paul arrivait à tempérer son frère alors que l’inverse n’était pas vrai du tout. Avec eux, Alban apprit à humidifier le pont pour entretenir le bois, éviter qu’il ne se fendille avec le sel des embruns et se transforme en forêts d’échardes pour leurs pieds. Il fallait aussi lover les cordages au sol, les enrouler proprement, pour qu’ils soient plus faciles à manipuler et que personne ne trébuche dessus. Ils procédaient aux menues réparations liées à l’usure du navire, comme vérifier et renforcer la coque afin qu’elle conserve son étanchéité. Autant de tâches nombreuses et insoupçonnées qui prenaient beaucoup plus de temps qu’il n’y paraissait. Plus d’une fois, Alban avait dû repasser la serpillère à plusieurs endroits et frotter sans relâche pour éliminer des incrustations salines.

Ce soir-là, Alban soupait avec Hector, les jumeaux, Noël, Martial, Philippe, La Bombarde et Miguel, le garçon aux grosses boucles brunes et constamment jovial. Il était argentin d’origine, ce qui expliquait également son accent très prononcé et sa peau cuivrée. Un tatouage compliqué lui couvrait la moitié de l’avant-bras. Toujours perché quelque part dans le gréement, il descendait rarement, sauf pour manger, dormir, ou prendre ses quarts quand cela arrivait.

C’était bien la première fois qu’ils se retrouvaient aussi nombreux autour de la table. Le temps jouait pour eux, il n’y avait presque pas de vent, et la nuit s’annonçait tranquille. Ils dégustaient un ragoût de poisson fraîchement pêché.

— Alors, Alban, s’enquit le maître d’équipage, j’espère que tu ne regrettes pas de t’être embarqué ?

Alban détestait être le centre de la conversation, mais tous les visages se tournèrent instantanément vers lui. Une cuillère de fricassée entre le bol et son menton, il suspendit son geste. Que répondre à cela ?

— Hum, non, pas du tout, au contraire…

— C’est parce qu’on est les meilleurs ! le coupa Miguel tout fier.

— Tu l’as dit ! renchérit Thibault.

— BOUFFI ! rugit Paul en trinquant avec son frère.

Martial secoua la tête en riant, avant de lever son verre à son tour. Il se retourna ensuite vers Alban.

— Tu as pu trouver quelque chose, concernant ton… problème ?

— Non, rien du tout.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda La Bombarde.

Alban soupira. Autant se jeter à l’eau tout de suite. Au moins, cela lui éviterait de les prendre un par un pour les interroger. S’il ne regrettait pas son départ, il commençait à se demander si cela allait porter ses fruits. Il posa sa cuillère et expliqua encore une fois :

— En fait je cherche mon oncle. Il s’appelle Yann Le Guirec, ou juste Le Yann. La dernière fois qu’on l’a vu, c’était ici, à bord du Lotus Noir, il y a dix ans.

— Il peut s’en passer, des choses, en dix ans. En tous cas, c’était avant mon arrivée, mais même, jamais entendu parler de ce type, dit Noël à la grande surprise d’Alban.

Noël était un type très renfermé. Tout le monde s’accordait discrètement à dire qu’il avait une histoire compliquée et douloureuse, qui avait mal démarré dès le début. S’il s’appelait ainsi, c’est tout simplement parce qu’ayant été abandonné un soir de réveillon, il ne connaissait ni son nom de baptême ni sa date de naissance. Il devait avoir près de trente ans, mais avec son visage buriné, il en paraissait bien dix de plus. Depuis le début de son aventure, Alban n’avait pas réussi à lui soutirer plus de trois mots.

— Nous non plus, renchérirent les jumeaux.

— Moi non plus. 

— T’as pas connu, toi, Martial ? 

— Je l’avais déjà croisé à Saint-Malo, je vois qui c’est, mais ça fait bien longtemps qu’on l’a pas vu.

— C’est pas plus récent, ou plus ancien ? C’était p’tet l’époque du Naufrageur, hasarda La Bombarde.

— Ça, je peux vous certifier que non ! assura Hector.

— Vous y étiez déjà ? s’étonna Alban.

Il le savait vieux, mais pas à ce point-là.

— Eh oui ! Je peux même dire avec fierté que le Naufrageur était mon ami.

— Vous avez su ce qui lui était arrivé ? On m’a dit qu’il avait disparu du jour au lendemain.

— Ce type était une légende ! s’exclama Noël.

— T’imagines, frérot ? Servir sous les ordres du Naufrageur. La belle vie ! soupira Paul.

— N’en sois pas si sûr, mon gars, c’était pas de tout repos, grogna le timonier. C’était foutrement plus dangereux que maintenant, on risquait notre peau et la corde tous les jours ! Et quel caractère !

— C’est toi qui le dis, espèce de vieux grincheux ! On est forcé de te croire sur parole, de toute façon, t’es le seul à l’avoir vécu.

— Oui, enfin…

— Ouais, mais c’est pas pareil.

Alban ne suivait plus. Il s’était discrètement repu de l’échange sur le Naufrageur, mais ne tenait plus en place et dissimulait mal son excitation. Ils étaient donc deux à avoir connu l’époque pirate du Lotus Noir ? Hector était pourtant le plus âgé de tous.

— De quoi parlez-vous ? Je ne comprends pas.

Ils se regardèrent tous, avec l’air amusé de ceux qui complotent gentiment.

— Le Capitaine, déclara enfin La Bombarde, très calmement.

— Quoi le Capitaine ?

— C’est sa fille.

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Jowie
Posté le 01/03/2020
On dirait qu'Alban se familiarise avec le travail et l'équipage ^^ Par contre, je pense que je vais m'emmêler les pinceaux avec tous ces noms. Pour l'instant ça va, je testerai ma mémoire la semaine prochaine ;)
Donc, il n'y a pratiquement que le maître d'équipage qui a connu Yann ? Mais comment ça se fait ? Et le capitaine ? (Je me disais bien qu'elle était la fille du Naufrageur!)
Un britannique sur un navire français, à cette époque? Serait-ce de la science-fiction ? xD J'avoue être très intéressée d'apprendre comment il en est arrivé là. Ou alors, il a tourné le dos à sa patrie et a réussi à ne pas être fait prisonnier des français ? En tant que britannique, la représentation des britanniques dans les livres non-anglophones me fait toujours rire, l'association avec "flegme" est très courante, c'est rigolo xD
Mary
Posté le 18/03/2020
Oui, ça fait beaucoup de personnages d'un coup, et encore, ils ne sont pas si nombreux que ça par rapport à un équipage classique.
Non, en réalité, les nationalités se mélangeaient pas mal sur les navires, surtout les pirates mais aussi les corsaires.
Pour le coup, je ne suis pas anglaise, mais j'ai fait de nombreux séjours au Royaume-Uni, c'est pas tant le flegme que des réactions assez "blasées" en apparence que je trouve géniales (je suis très anglophile, en vrai, j'ai même fait un licence d'anglais avant de partir en librairie XD)
Elia
Posté le 31/08/2019
Coucou Mary !
Je repasse enfin par ici. J'ai beaucoup apprécié ce chapitre, entre les investigations d'Alban qui n'avancent pas, l'apprentissage de la vie à bord qui est très bien décrit et ces petites informations que tu distilles ! C'est toujours aussi fluide et prenant !
Mary
Posté le 31/08/2019
Coucou ! Quel plaisir de te revoir par ici !
Merci pour ton retour. Ca me touche d'autant plus que le chapitre est assez "chargé" en infos.
À bientôt !
Isapass
Posté le 10/07/2019
Je ne sais pas pourquoi mais je le voyais venir que le capitaine était une femme :)
Sympa comme idée ! Et encore plus que ce soit la fille du Naufrageur ! 
Sinon, les trois chapitres que je viens de lire sont toujours très sympas, agréables à lire, on apprend plein de choses intéressantes sur le fonctionnement du bateau, les différents postes, etc... Ceux-ci dit, bien que je ne me sois pas ennuyée, je me demande si tout ce passage ne manque pas un peu d'antagonisme. J'ai bien dit antagonismes, pas antagonistes. Je veux dire : ça paraît très facile tout ça. Comme si Alban avait été marin toute sa vie. Il n'a pas le mal de mer, il n'a pas peur, il s'entend bien avec tout le monde, il ne se blesse pas, il fait les tâches qu'on lui confie avec zèle et dévouement... On dirait des vacances ! J'en suis contente pour lui mais ça manque presque de crédibilité. Au début, il pourrait avoir super peur de monter dans le gréement, par exemple. Ou sentir que quelqu'un ne lui fait pas confiance, ou faire des gaffes (genre laisser échapper une poule ou dire un truc qui porte malheur...).
Ceci dit, je trouve qu'à partir du départ, tu en dis plus sur ses émotions : il se révèle enfin un peu. Mais ça pourrait être encore un peu plus accentué. Après tout, il est dans un environnement nouveau pour lui, un peu flippant pour quelqu'un qui n'a jamais pris la mer, cerné par des hommes censés être mystérieux (mais en fait pas vraiment : ils sont tous charmants), alors ça serait intéressant de savoir quelles questions il se pose, ce qu'il redoute, si il a le pied marin... En fait, j'ai un peu la sensation qu'Alban ne se demande jamais s'il fait ce qu'il faut ou pas. On dirait qu'il n'a jamais de doutes. C'est assez surprenant.
Si tu as prévu de faire intervenir des choses plus contrariantes après, peut-être que tu pourrais réduire ces trois chapitres pour en faire deux. Je pense que tu voulais montrer la vie quotidienne autour du bateau ? Tu n'as peut-être pas besoin de trois chapitres pour le faire : je pense que tu peux juste dire que le temps passe et qu'Alban apprend le métier, et les scènes plus explicites (genre celle où il recoud les voiles, les corvées de cuisines, etc...) peuvent intervenir en parallèle des évènements ultérieurs.
Ceci dit, encore une fois, je ne m'ennuie absolument pas parce que je suis très curieuse de ce monde, des vieux gréements, etc... mais j'anticipe sur ce qu'un lecteur qui a plus "soif" d'action (ou un éditeur jeunesse ;) ) pourrait te dire.
Comme d'habitude, on peut en rediscuter (ou pas si tu n'es pas d'accord : après tout ce n'est que mon avis !)
A très vite ! 
 
Mary
Posté le 10/07/2019
Mouahahaha :) 
Oui, pour le moment, tout cela paraît idillyque et c'est plus ou moins fait exprès. Cette vision qu'à Alban va évoluer, mais peut-être pourrais-je l'esquisser un peu plus tôt pour que ce soit un peu plus crédible? Je crois qu'il y a quelques nuances à accentuer dans ses chapitres, je l'avais déjà noté pour les corrections. 
"En fait, j'ai un peu la sensation qu'Alban ne se demande jamais s'il fait ce qu'il faut ou pas. On dirait qu'il n'a jamais de doutes. C'est assez surprenant." Non, tu as parfaitement raison, c'est voulu. Une fois qu'il a choisi ou décidé quelque chose, il s'y tient. Par contre, il y a bien réfléchi avant, et je pense que c'est CE moment-là que je n'exprime pas assez, celui où il fait effectivement son choix. 
 Aaargh non, je peux pas faire plus court XD C'est amusant ce que tu me dis, car c'était une des remarques que m'avait faite l'agent littéraire : pour elle, ce point de vue "interne", la vie à bord, etc, était l'un des gros atouts du texte, parce que c'est de l'immersion et que la plupart des romans pour cette tranche d'âge qui traitent de ce sujet l'occulte en grande partie. Je pense le laisser comme ça, tenter le pari pour le moment - puisque tu ne t'es pas ennuyé, c'est l'essentiel !
 On en rediscute quand tu veux ! 
A très vite :)  
Pamiel
Posté le 18/05/2019
Coucou Mary !
 Je m'arrête ici à la lecture, pour cette nouvelle séance avec le Lotus Noir~ Encore une fois j'ai vraiment apprécié ton vocabulaire et la richesse ainsi que la précision du champ lexical du voyage en mer. En particulier pour ce qui concerne le bateau et le gréement. Le moment où Alban grimpe dans les cordages est particulièrement savoureux. J'ignorais qu'on appelait l'espace entre la hune et le grand mât un trou de chat. Ca donne beaucoup de saveur à ton texte, sans être trop compliqué. En particulier pour les explications à l'oral données par les personnages.
 
L'équipage est touchant, et j'ai été ravie de découvrir le secret du Lotus Noir. Une Capitaine ! Et en plus, la fille du Naufrageur ! C'est tellement cool !
 
J'ai hâte d'en apprendre plus sur elle, et de la voir en action, surtout.
  
Par contre, j'ai remarqué une petite incohérence : dans le chapitre précédent, Martial demande à Alban, de manière détournée, pourquoi il cherche le Yann. En insistant, avec la question "Et c'est tout ?" Et dans ce chapitre, c'est au tour de Maugis de poser la question. Sauf que Alban réagit ainsi : "Personne ne lui avait encore jamais posé la question." Ce qui n'est pas tout à fait vrai, du coup ! Ca m'a frappée à la lecture.
 
 C'est quelque chose qui peut se corriger rapidement en modifiant une phrase ou deux, donc rien de dramatique. J'ai vraiment apprécié cette nouvelle lecture, et je me réserve les chapitres suivants pour la prochaine fois~
 
A très vite ! 
Mary
Posté le 18/05/2019
Coucou ! Merci pour le vocabulaire, j'y mets tout mon coeur :D Cela dit, je pense qu'un glossaire sera nécessaire, tout de même, surtout que c'est destiné à la jeunesse. 
 Héhé le mystère du capitaine est bien gardé, oui. J'en ai pas encore fini avec elle, tu verras ;p Je l'aime beaucoup perso, je la trouve tellement bad-ass XD 
Pour l'incohérence, oui, j'étais passée à côté. J'ai un fichier word par chapitre pour m'y retrouver plus facilement, mais des fois, d'un chapitre à l'autre et avec toutes les modifs successives, je m'y perds parfois. Je vais corriger ça, comme tu dis, ce sera assez aisé.  
 Ca me fait plaisir que tu apprécies ta lecture :D A très vite ! 
Rachael
Posté le 10/04/2019
C’est intéressant cette histoire de vote. Ça se passait vraiment comme ça ? jusqu’à quel niveau (pas celui du commandant, j’imagine !)
J’ai un peu moins aimé ce chapitre, qui sert surtout à nous faire connaître l’équipage. Et franchement, là c’est un véritable catalogue : tu nous les présentes les uns derrière les autres (Oliver, John, Martial, Hector, Paul et Thibault, puis Miguel, puis Philippe, et enfin Noël). D’abord, je dirais que ça fait beauuucoup trop de monde (j’ai compté neufs personnes sur lesquels tu donnes descriptions et anecdotes), parce que clairement, on va avoir du mal à retenir qui est qui ou la personnalité de chacun, et ensuite, je trouve que c’est un peu trop narratif/descriptif pour chacun (même c’est entrecoupé de dialogues). Tu nous dis que untel est comme ci ou comme ça sans nous le montrer vraiment et du coup, on est mis à distance, ça manque de vie.
Il me semble qu’il ne faudrait pas chercher à présenter/détailler tout le monde en même temps, parce qu’on s’y perd, et qu’on a du mal à s’intéresser à tous ces personnages en même temps. Certes, ce n’est pas facile de rendre vivant tout ce petit monde ! Les dialogues aident, mais comme Alban pose un peu la même question à tout le monde, ça n’induit pas une grande variété ni un moyen de distinguer les différents marins.
Désolée si je parais un peu critique, mais je trouve que tu te débrouillais vraiment mieux dans les chapitres précédents. (je ne dis pas que c’est facile, hein !).
 
Détails
Au bout de quelques heures/En quelques jours/Maintenant, seize jours après le départ : des compléments de temps à chaque début de phrase, c’est un peu lourd, et l’enchainement entre la première et seconde est assez bizarre.
En termes techniques, il avait de très nombreux professeurs : je ne suis pas sûre de saisir. Tu veux parler des mots (termes de marine) ou des sujets (sur les sujets techniques ? )
qu’on ai pas une mauvaise surprise : qu’on n’ait pas
cela devait dépendre en partie de sa propre puissance de feu : de leur propre puissance de feu ?
Il développa ainsi une aversion sans appel : avait développé ?
toutes les charges annexes : les tâches annexes ?
et répartissait les charges : les tâches ? les responsabilités ?
Très concerné par son rôle de maître d’équipage, rien n’était laissé au hasard. : phrase bancale. Tu pourrais mettre par exemple : très impliqué dans son rôle de maître d’équipage, il ne laissait rien au hasard.
avec leurs espoirs, leurs désillusions et leur histoire : j’aurais mis « leur histoire » en premier (je chipote…)
Mary
Posté le 10/04/2019
Eeh oui, c'est exactement ce que je craignais... Pourtant j'ai bossé dessus hein ! XD y'a tellement de monde à présenter que ça en devient vertigineux, surtout qu'on est espace clos. Le problème, c'est que j'ai vraiment besoin de les présenter entre les chapitres 11 et 12, sinon après ce n'est plus crédible, Alban aura déjà appris à les connaître - et sinon mon histoire n'avancera pas, aussi. Je peux peut-être essayer de répartir les charges... En fait, je n'ai pas de temps pour détailler l'intégralité du voyage, dis-toi qu'on est en gros au tiers du roman. Bref, je prends toutes les suggestions ! 
Alban est malheureusement obligé de poser la fameuse question. Dans les versions précédentes, je disais juste que personne n'avait rien pu lui dire, mais ça ne suffisait clairement pas. Retrouver son oncle, c'est son enjeu principal pour le moment. Déjà qu'il est pas bavard... (la prochaine fois, je fais un perso principal qui fait du rentre dedans, voilà :D )  
 Et pour le vote, oui, ça fonctionnait vraiment comme ça ! Et si la plupart des capitaines tenaient leurs postes assez longtemps, tu pouvais tout à fait démettre un commandant de ses fonctions, nommer le second en remplacement, et organiser un nouveau vote. Tous les postes à responsabilités étaient élus, sans exception - un belle leçon, quelque part...
 
Litchie
Posté le 12/04/2019
J'aime bien ce chapitre, on apprend à connaître l'équipage peu à peu et à comprendre la vie à bord, même si concrètement l'histoire avance peu dans ce chapitre (ceci n'est pas une critique hein !).
Je m'interroge sur les termes techniques : parfois je me dis qu'ils sont un peu complexes pour un public jeune (sachant que moi-même, public moins jeune j'ai du mal à les retenir) et en même temps ils donnent une crédibilité et une saveur historique à ton histoire. Est-ce que tu as prévu peut-être un lexique ou des notes de bas de page ?
Mary
Posté le 12/04/2019
Hello ! 
Il est un peu dense question présentation, oui, c'est pour ça qu'il est lent. 
Oui j'ai prévu un glossaire, c'est juste que je ne sais pas comment le mettre en page sur FPA sans vous obliger à constamment changer de page. 
 
A très vite ! 
Aliceetlescrayons
Posté le 13/04/2019
Hé bien, me concernant, je n'ai pas trouvé ces présentations si indigestes que ça. Je n'ai été un peu perdue qu'au dialogue à la fin du chapitre, où je ne savais plus trop qui parlait.
En effet, l'action avance peu. Cependant, je trouve assez fluide la façon dont tu présentes la vie à bord et les infos sur les corsaires. Je suis contente qu'on commence à en savoir un peu plus sur le Capitaine. A la limite, c'est presque un peu dommage qu'on ne la voit pas plus. Je trouve un peu étonnant qu'elle soit si distante avec son équipage alors que celui-ci est extrèmement dévoué.
Pour finir, je suis un peu embêtée aussi par rapport à la recherche du tonton. Comme personne n'a d'info sur lui, on peut se demander si Alban ne s'est pas planté en s'embarquant... 
Mary
Posté le 13/04/2019
C'est bien là tout son problème, il va douter aussi ! ;) En même temps, Martial lui avait bien dit qu'il n'avait rien trouvé !
Il fallait bien présenter un peu tout le monde. Pendant les correction j'essaierai de dispatcher encore un peu plus les infos sur les uns et les autres, notamment entre les chapitres 11 et 12, mais c'est pas évident de trouver un juste équilibre. 
Un peu de patience, le Capitaine arrive! Il faut savoir que les capitaines en règle générale, ne passaient guère de tamps avec l'équipage. Beaucoup de paperasse, de délégation, etc. Historiquement parlant, si elle était là tout du long, ça n'aurait pas été juste. Encore un peu, et on va vraiment la découvrir, promis - faut bien entretenir un peu le mystère ! 
A très vite. 
 
Gabhany
Posté le 10/04/2019
Hello ! 
Ce chapitre assez dense m'a fait l'effet d'un chapitre "charnière" entre les aventures d'Alban avant qu'il n'embarque et celles qu'il est sur le point de vivre. C'était agréable d'être plongé dans la vie du bateau.
Quelques points de pinaillage :
"AU bout de quelques heures, Alban réalisa..." => quelques heures après quoi ? Surtout que tu commences la phrase suivante par "en quelques jours" puis "seize jours après"...... je suis un peu perdue au niveau des repères temporels là ^^
- dardait vers le pont silencieux ses éclats d'argent
- Aujourd'hui le jeune homme devait se joindre OU se joignit à Maugis
A bientôt pour la suite ! 
Mary
Posté le 10/04/2019
C'est tout à fait ça. Il fallait que je commence à préciser l'ambiance, parce que ça va être le décor d'une grande partie de l'histoire, sans compter la présentation des personnages, j'espère que ça n'était quand même pas trop dense. C'est assez compliqué d'évoluer en espace clos comme ça. 
Ouf, mon effet est réussi, c'est le principal ! Je t'avoue c'est un soulagement :D
Merci et à bientôt pour la suite ! 
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