Chapitre 11 – La cabane du vieux cèdre

Par jubibby

Les événements de cette nuit tragique étaient revenus à l’esprit d’Emma en une fraction de seconde. Tout avait démarré ce jour-là pour elle. Elle avait traversé les montagnes de Galmur jusqu’en Calciasté, se faisant passer pour une vagabonde. Personne ne semblait savoir ce qui s’était joué à Volgir et Emma s’était convaincue qu’il était préférable de cacher ses origines : les soldats à l’origine du massacre ne devaient pas savoir qu’ils avaient laissé échapper une survivante.

Elle avait fini par rencontrer William après plusieurs jours d’errance : il l’avait conduite à l’orphelinat qui l’avait recueilli lui et sa sœur des années plus tôt, lui permettant de mettre un toit au-dessus de sa tête dans ces contrées qu’elle ne connaissait pas. Peu à peu, les deux adolescents s’étaient liés d’amitié et c’est ensemble qu’ils avaient pris la route de la capitale du royaume, Roquemer, lorsqu’ils furent en âge de quitter l’orphelinat. Leurs motivations divergeaient en tous points et William ignorait tout des siennes : lui cherchait une trace de sa sœur, partie quelques mois avant l’arrivée d’Emma dans le Sud de Zéphyros et dont il était sans nouvelles ; elle cherchait un moyen de mettre à exécution la promesse qu’elle avait faite à son père et au comté. Plus d’une fois elle avait voulu aborder le sujet avec son ami, se confier à lui sur qui elle était vraiment. Mais elle n’avait jamais pu s’y résoudre : son identité devait rester secrète, quoi qu’il en coûte.

Une fois arrivés à Roquemer, Emma n’avait pas eu à attendre bien longtemps pour que son projet prenne vie : à l’occasion d’un concours d’épéistes organisé par les gardes royaux, son talent avait attiré l’attention d’hommes partageant ses desseins. C’est ainsi qu’elle avait rejoint la Ligue, organisation secrète visant à détruire le roi François. L’adolescente qu’elle était alors avait découvert que le ressentiment à l’encontre du monarque était bien plus répandu qu’elle ne l’aurait imaginé. Nombre d’orphelins, privés de leurs parents par la Grande Guerre, rêvaient de prendre leur revanche. Emma partageait leur haine du roi : il lui avait tant pris à elle aussi.

Sa décision avait été simple à prendre : elle devait suivre l’entraînement de la Ligue, peaufiner son maniement des armes, sa connaissance des plantes et de leurs propriétés, son sens de l’observation, elle devait tout savoir de la fabrication de poisons et remèdes en tous genres. Cela dans le but d’assouvir sa vengeance. Elle s’était retrouvée à traverser la mer avec une troupe de marchands itinérants, devenant ainsi une étrangère dans son propre royaume. Puis elle avait pris la direction du Sud, là où son apprentissage devait avoir lieu. Là où William l’avait accompagnée, ignorant tout de la vie de criminelle qu’elle avait choisie, espérant retrouver la trace de sa sœur disparue.

Au fil des ans, Emma était devenue pour la Ligue un maillon crucial. Recrutement, vol, enlèvement, ses missions l’avaient conduite jusqu’à cet instant, celui où elle serait le bras de la justice. Pour son père. Pour Volgir. Elle l’avait tout de suite compris lorsqu’elle avait reçu sa convocation quelques jours plus tôt : revenir dans cette grotte où elle avait prêté allégeance à la Ligue des années plus tôt en était le signe. Tout comme alors, trois hommes composaient le conseil de l’organisation secrète. L’un d’entre eux se tenait en retrait, le dos voûté. Elle ne l’avait jamais entendu parler, de même qu’elle n’avait jamais croisé son regard. Cet homme-là était le plus étrange des trois et elle ne comprenait pas sa présence dans le conseil. Mais cela lui importait peu : il n’était pas celui dont elle recevait les ordres.

Les deux autres hommes s’en chargeaient. L’un d’entre eux, de taille moyenne aux épaules larges, était celui qui l’avait recrutée à Roquemer. Elle n’avait jamais vu son visage mais sa carrure et sa voix ne laissaient nullement place au doute. L’homme se tenait toujours droit et s’exprimait clairement : tout dans son attitude laissait deviner une ascendance aisée. C’était lui-même qui venait de lui donner l’objet de sa mission : tuer le prince Édouard.

– Je vous écoute, répondit Emma. Quel est le plan ?

– Le roi a prévu de fiancer son fils à la reine Blanche afin de sceller définitivement une alliance entre nos deux royaumes. Une grande audience publique va être organisée dans quelques jours pour annoncer cette nouvelle au peuple.

– Ainsi donc les portes du palais vont enfin s’ouvrir ? murmura Emma, abasourdie.

– En effet, et c’est là que tu entres en jeu. Tu te mêleras à la foule pour approcher le prince et l’assassiner.

Emma n’en revenait pas. Voilà des années que le palais où s’étaient installés le roi et son fils était resté fermé au public. La jeune femme avait appris que la reine Jeanne était décédée au même moment que le massacre de Volgir, plongeant tout le royaume dans un deuil soudain. La disparition du comté n’avait pas été ébruitée et, à part Emma, personne ne semblait savoir ce qu’il s’était passé. Au lieu de cela, tous avaient pleuré la mort de leur reine adorée. Le roi s’était arrangé pour faire disparaître des centaines d’âmes et tous l’avaient consolé de la perte de sa femme. Cela n’avait fait que renforcer la volonté d’Emma.

Il y avait toutefois quelque chose dans cette annonce qui la gênait. Si le palais allait enfin s’ouvrir au public, pourquoi ne pas profiter de la situation pour s’attaquer directement au roi François ? Personne n’avait plus vu le prince Édouard depuis la mort de sa mère. Qui savait ce qu’il était devenu ? Quel danger pouvait représenter un jeune homme qui devait être tout juste sorti de l’adolescence ?

– Puis-je savoir pourquoi ?

– Pourquoi ?

– J’ai toujours obéi à vos ordres sans poser de questions car ils répondaient à l’objectif de la Ligue : faire tomber le roi François. Nous avons enfin l’occasion de l’atteindre personnellement, pourquoi ne pas l’attaquer lui directement ?

Emma avait énoncé cela sans laisser transparaître la moindre émotion dans sa voix. En rejoignant la Ligue, elle avait juré de tout faire pour la servir sans considération personnelle aucune. Elle ne pouvait pas – non, elle ne devait pas – laisser entendre que sa soif de vengeance envers le roi primait sur la mission qui lui était confiée.

– Éliminer le prince Édouard n’est que la première étape de notre plan. Nous comptons sur toi pour la remplir. À moins que tu ne t’en sentes pas capable ?

L’homme observait Emma, guettant le moindre signe d’hésitation. Elle le regarda sans ciller, sans bouger le moindre muscle. Elle avait attendu une telle mission pendant si longtemps qu’elle n’avait pas l’intention de la laisser passer.

– Je le ferai, n’en doutez pas. Comment devrai-je procéder ?

L’homme fit signe à son acolyte d’approcher. Ce troisième homme, au corps plus grand et plus affûté que les deux autres, semblait de toute évidence être le plus jeune des trois. Il tendit un parchemin à Emma qui approcha sa main pour s’en emparer.

– Voici des plans du palais. Mémorise-les puis brûle ce papier. Ils ne peuvent être trouvés sur toi sous peine de nous trahir. Maintenant, précisa-t-il devant l’air hésitant de la jeune femme.

Emma saisit le papier que lui tendait l’homme encapuchonné et le déplia. Le palais royal avait un plan rectangulaire et était entouré d’une muraille d’enceinte qui séparait le bâtiment de la route et de la forêt sur les flancs est et sud. Il avait été érigé le long du fleuve qui parcourait le royaume, permettant ainsi le commerce en temps de paix et la défense en temps de guerre. Un quai en contrebas des murailles permettait l’accès au palais mais il était visible d’au moins deux tours de garde, laissant peu de place à la discrétion. Mais qu’importe, Emma n’aurait pas à s’y aventurer : avec l’ouverture officielle aux villageois, elle emprunterait la porte principale, à l’ouest.

Celle-ci menait à une large cour intérieure, surplombée à chaque angle par une tour de garde. Toute fuite depuis l’intérieur de ces remparts serait impossible. À la gauche du donjon se trouvait une entrée vers l’intérieur du palais. Un corridor menait à une galerie intérieure qui longeait une petite partie des jardins. En l’empruntant, elle accéderait à la grande salle de réception du palais, là où se tiendrait l’audience devant annoncer les fiançailles du prince.

Après avoir mémorisé chaque centimètre du plan, Emma s’approcha d’une torche posée contre un pan de la grotte et y approcha le parchemin. Elle observa le feu le consumer, centimètres après centimètres. Lorsque la chaleur commença à lui piquer les doigts, elle jeta le reste du plan sur la torche.

– Bien, reprit le plus âgé. À présent, voici comment tu vas t’y prendre.

 

Il faisait nuit noire lorsqu’Emma sortit de la grotte. Heureusement pour elle, elle avait eu la bonne idée de prendre l’une des torches qui éclairaient le couloir qu’elle avait emprunté. Elle leva les yeux vers le ciel et vit que la lune était haute et pleine ce soir-là. Elle sourit en pensant que sa douce lumière éclairait la forêt endormie. Des heures avaient passé depuis son entrée dans la grotte et Emma pressa le pas, William devait l’attendre depuis bien longtemps. Elle se dirigea vers leur point de chute habituel : une cabane abandonnée construite au sommet d’un vieux cèdre. Plus d’une fois, elle s’arrêta, passant un bref regard par-dessus son épaule, tendant l’oreille aux bruits qui l’entouraient. Elle n’avait pas l’impression d’être suivie mais préférait rester prudente. Elle avait le sentiment que quelque chose clochait dans le conseil qu’elle venait de vivre.

Ce qu’elle avait vu sur le plan l’obsédait. Ou plutôt, ce qu’elle n’avait pas vu. Les plans ne mentionnaient aucun éventuel couloir dérobé comme il y en avait à Volgir et ne décrivaient pas l’agencement des étages supérieurs ni même celui des différentes tours défendant le palais. Il était incomplet et elle ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi. Les sources au palais n’étaient-elles pas assez bonnes pour établir un plan précis ? La jeune femme avait pour habitude de planifier ses opérations dans le moindre détail, ne laissant aucune place à l’imprévu. Ce manque de précision ne l’enchantait guère mais, quoi qu’il en fût, elle devrait faire avec.

Il y avait bien une chose, toutefois, qui l’enthousiasmait : les portes du palais allaient se rouvrir pour la première fois depuis des années, la rapprochant un peu plus de son objectif. D’abord le meurtre du prince, puis viendrait le tour de son père. Alors elle ne serait plus obligée de cacher ses origines, de mentir à William sur ce qui l’avait amenée dans le royaume voisin. Emma était lasse de ces secrets, de ce mensonge perpétuel sur son identité : elle voulait que tout cela se termine, qu’elle puisse cesser de fuir qui elle était. Mais pardonnerait-on à la femme qu’elle était devenue les crimes qu’elle avait pu commettre pour venger les siens ? Elle était allée si loin qu’elle ne pouvait plus faire demi-tour. Elle ne pouvait qu’espérer que son action serait comprise et que, en fin de compte, elle aussi aurait droit à un nouveau départ.

Ses pensées avaient été si nombreuses suite au conseil qu’Emma n’avait pas réalisé être déjà arrivée à destination. Elle leva la tête et aperçut au loin une faible lueur. Le vieux cèdre. Cet arbre majestueux était sans doute l’un des plus anciens des environs. Haut de plus de dix mètres, le tronc robuste, ses larges branches s’étaient agencées de manière à pouvoir y nicher une petite cabane, à l’abri des regards. Emma ignorait par qui elle avait été construite mais elle avait été abandonnée depuis des années lorsqu’ils l’avaient découverte avec William. C’était depuis devenu leur point de rendez-vous lorsque tous deux se trouvaient dans la région.

Emma jeta sa torche au sol et éteignit la flamme de son pied. Elle s’approcha du vieux cèdre et entama son ascension. Grimper dans les arbres était devenu un jeu pour elle depuis qu’elle avait rencontré William. Le jeune homme adorait être ainsi perché et il avait initié Emma à cet art : comment repérer les arbres se prêtant bien à l’exercice, comment choisir les branches sur lesquelles s’appuyer, comment passer d’arbre en arbre sans tomber. La jeune femme n’avait jamais été sujette au vertige, contrairement aux autres membres de l’orphelinat où ils s’étaient rencontrés. Elle était la seule à avoir jamais réussi à suivre William dans ses jeux aériens, c’était sans doute cela qui les avait rapprochés au départ.

Alors qu’elle atteignait le palier de la petite cabane, une porte s’ouvrit et une main se tendit dans sa direction pour l’aider à monter. Son ami était là, heureux de la voir.

– Tu en as mis du temps, on dirait que tu te ramollis quand je ne suis pas là.

– J’aimerais t’y voir après tout ce qu’il m’est arrivé. Ces derniers jours n’ont pas été de tout repos !

Emma saisit la main qu’il lui tendait et se hissa sur le palier. Elle le suivit à l’intérieur de la cabane et ferma la porte derrière elle. L’espace éclairé par une lampe à huile, Emma reconnut aussitôt ce lieu qu’elle affectionnait tant. La pièce était petite, froide, vétuste, mais c’était là qu’elle se sentait chez elle. Elle remarqua que William avait eu le temps de remettre la cabane en ordre en son absence : il avait nettoyé l’intérieur et avait remis de la paille au sol pour leur permettre d’y passer la nuit. Il avait également changé les peaux qu’ils avaient installées autrefois à chaque fenêtre pour empêcher le vent de s’infiltrer dans la petite pièce.

Les deux jeunes gens s’assirent et Emma attrapa son sac.

– J’ai une surprise pour toi. Mes remerciements aux commerçants de Castelonde, dit-elle en sortant de la viande séchée et un morceau de pain.

Elle eut un pincement au cœur en pensant aux oranges qu’elle avait perdues lors de son altercation avec les brigands. Ces agrumes auraient assurément agrémenté au mieux leur repas ! Elle allait refermer son sac quand elle aperçut quelque chose d’inhabituel. Un pochon noir fermé par un cordon y avait été déposé. Depuis quand se trouvait-il là se demanda la jeune femme ? Elle l’ouvrit et y glissa deux doigts pendant que William partageait la nourriture en deux et commençait à dévorer son morceau de pain. Elle reconnut au toucher des pièces d’argent et vida le contenu de la bourse dans sa main. Il y en avait une bonne douzaine ainsi qu’une pièce d’or. C’était là plus d’argent qu’elle n’en avait jamais eu.

– Pour une surprise, c’en est une ! Où as-tu trouvé toutes ces pièces ? demanda William, la bouche pleine de pain.

– Ça, j’aimerais bien le savoir, répondit-elle dans un murmure.

Emma ne quittait jamais son sac, cette bourse n’avait pu s’y glisser par elle-même. Alors comment y était-elle arrivée ? Elle refit mentalement le fil des événements de ces derniers jours. Elle avait renversé le contenu de son sac au marché lorsque le fugitif l’avait heurtée de plein fouet. Avait-elle dans la précipitation attrapé ce pochon qui ne lui appartenait pas ? Non, il ne s’y trouvait pas lorsqu’elle l’avait fouillé à la recherche du cataplasme pour soigner la blessure d’Édouard et elle n’avait pas rouvert son sac depuis, hormis pour prendre une bouchée de pain sur le chemin du Trou des Disparus.

Soudain elle comprit. Il lui avait semblé entendre quelque chose tandis qu’elle se réveillait ce matin-là. Elle avait surpris le jeune homme non loin de ses affaires, penché sur la selle du cheval. Il s’était éloigné pour la remettre sur le dos de leur monture mais, tout de même, cela lui avait paru étrange. C’était donc lui qui avait glissé la bourse dans son sac. Mais pourquoi ? Pourquoi n’avoir rien dit ? Et d’où la tenait-il ? Elle se remémora le jeune homme, ses habits, son attitude. Avait-il pu lui cacher cette bourse sans qu’elle le remarque ? Non, cela lui semblait impossible. C’est alors qu’elle se souvint de ce son inhabituel durant leur fuite à cheval. Comme un tintement étrange. La bourse avait dû se trouver sur la selle de leur monture et Édouard avait dû l’y trouver pendant qu’elle était partie chercher du bois pour le feu. Elle sourit en songeant à tout ce que cet inconnu avait fait pour elle. Aurait-elle seulement l’occasion de le remercier une fois encore ?

Sans une hésitation, elle partagea les pièces d’argent en deux piles de hauteurs égales et déposa la pièce d’or sur l’une d’entre elle. Elle glissa la pile en direction de William.

– Voici pour toi.

Son ami en était resté bouche bée, laissant apparaître la viande qu’il était en train de manger quelques instants plus tôt.

– C’est trop, je ne peux pas accepter.

– Bien sûr que tu le peux ! Je suis sûre que tu en feras bon usage. Et si tu refuses vraiment de le prendre pour toi, dis-toi que tu pourras aider quelques personnes à s’offrir un bon dîner lors de ton prochain voyage.

Elle rangea le reste des pièces dans la bourse et la glissa dans son sac. Elle n’aurait pas besoin de voler de quoi se nourrir pendant quelques jours se dit-elle. En face, William se montrait toujours hésitant. Il finit par abdiquer devant l’air insistant d’Emma et rangea les pièces dans sa propre bourse.

La jeune femme attrapa le morceau de pain que son ami lui avait laissé et commença à manger.

– Connais-tu la légende de l’arbre des amoureux ? demanda-t-elle, songeuse.

– Celle de l’arbre étrange entre Castelonde et Chênevert ?

– Celle-là même. Je suis passée dans cette clairière hier mais je n’avais jamais réalisé que cet arbre pouvait avoir une quelconque signification. Tu crois que cette histoire est possible ?

– C’est un conte pour enfants. Il doit bien y avoir quelque chose de vrai là-dedans tu ne crois pas ?

Emma acquiesça. Les mythes racontaient des histoires extraordinaires mais, au fond, il y avait toujours une part de vérité qui avait inspiré ces récits.

– À dire vrai, je crois que ces amoureux ont réellement existé, quoiqu’ils ne se soient pas changés en arbre, continua William.

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Cette cabane. Ne l’as-tu donc jamais regardée de près ?

Emma se sentit tout à coup idiote. Elle avait développé son sens de l’observation au cours des dernières années de par son entraînement au sein de la Ligue mais elle devait bien reconnaître qu’elle n’arrivait pas à la cheville de son ami. William avait un don naturel pour ces choses-là, voilà tout. Ressentait-il la même gêne les rares fois où ils avaient l’occasion de s’entraîner ensemble à l’épée ?

– Regarde donc le linteau de la porte, lui dit William.

La jeune femme tourna la tête dans la direction que lui indiquait son ami mais elle ne voyait rien à cette distance. Elle finit d’avaler son morceau de pain, attrapa la lampe à huile que William avait laissée au milieu de la pièce et se leva. Elle s’approcha de la porte et éclaira le linteau à l’aide de la lampe. C’est alors qu’elle vit de très fines gravures laissées dans le bois par ceux qu’elle devinait être les bâtisseurs de cette cabane.

– À Castelonde et Chênevert, nos villes de cœur, lut-elle en passant ses doigts sur les inscriptions.

– Exactement. Les noms ont été modifiés dans le conte pour rendre l’histoire plus ancienne mais nos deux amoureux étaient bien originaires de la région il y a moins longtemps qu’on ne le pense. Maintenant que nous avons élucidé ce mystère, et si tu me racontais tes dernières aventures ?

Emma se retourna, un sourire aux lèvres. Aussi petite et éphémère fût-elle, cette cabane était ce qu’elle considérait comme son foyer. William était devenu le frère qu’elle n’avait jamais eu. Ensemble, ils formaient une famille capable d’accomplir les plus grands exploits. Les deux amis discutèrent toute la nuit, se racontant leurs pérégrinations, heureux de s’être retrouvés. Ils s’endormirent au petit matin sur la promesse de rendre le monde meilleur.

Ensemble.

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