Chapitre 11

Notes de l’auteur : Hello la plumeautée !

J'espère que vous allez bien :)

Je vous présente aujourd'hui mon onzième chapitre... Il se pourrait bien qu'il y ait de l'orage dans l'air entre Elena et Padraig...

Bonne lecture à tous ! J'ai hâte d'avoir vos retours !

PS : Pour ceux qui ne me suivent pas encore sur Instagram, j'ai fait une publication hier pour vous présenter un peu plus précisément Padraig ... si ça vous intéresse, je vous attends sur "_didi_vendrick"

À très vite et bonne fin de semaine ! :)

« Pour une fois, je suis à l’heure », se dit-elle, pas peu fière. Ce matin, Mimine lui a offert un réveil tout en douceur à base de ronrons et de truffe humide contre la joue, ce qui n’a pas manqué de la mettre de bonne humeur. Elle se sent à peu près reposée, presque en forme. Évidemment, le pouvoir de ce chat a ses limites. Mimine n’a malheureusement pas le don d’annuler les effets secondaires de son traitement de cheval. Ni de lui donner l’envie d’aller en cours. Encore qu’elle se sente particulièrement enthousiaste ce matin pour une raison qui lui est inconnue. La qualité de son sommeil, sans doute.

En entrant dans la pièce, Elena est étonnée de constater que Padraig a retrouvé sa place habituelle et qu’il lui fait signe de le rejoindre. Elle se demande quelle mouche a bien pu le piquer, et en même temps, elle apprécie ce premier pas et se dit qu’il doit avoir compris qu’il a été trop loin. Elle hésite une poignée de secondes, mais refuse de faire comme si de rien n’était. Non seulement il a été trop loin, mais il ne lui a pas donné de nouvelles depuis deux semaines. Rien. Pas un message. Pas une excuse. Pas même une tentative de désamorçage. Elena décide d’aller s’asseoir un peu plus loin, et de remettre à plus tard leur grande discussion. À la pause, par exemple. Quand ils pourront échanger seuls, calmement, et faire la paix sereinement. Certainement pas ici, aux yeux de tout le monde, sans aucune possibilité de dialoguer en profondeur. Il enterrerait le problème, se fermerait au dialogue. Et si, par malheur, elle remettait leur dispute sur le tapis, ça lui retomberait dessus. Ce serait elle, la cause de leur dispute, celle qui remue la fange.

Il ne semble pas comprendre la démarche d’Elena, il se lève et vient la rejoindre, tout sourire. Il l’embrasse sur la joue et la salue : « Coucou toi, tu m’as manqué ». Elena se bloque complètement. Il l’agace. C’est quoi ce comportement ? Il pense vraiment qu’il peut souffler le chaud et le froid et qu’elle va l’accueillir à bras ouverts ? Elle considère son attitude comme un manque de respect et de considération pour elle, pour ses sentiments et l’impact que ces mots, puis son absence de mots ont pu avoir sur elle.

Elle ne lui répond pas, à son tour, de ne pas desserrer les dents. Il cherche à lui prendre la main, à provoquer le contact, l’affection, mais elle reste fermée à ses avances. Plus il se rapproche, plus elle s’éloigne comme un aimant pris par le mauvais pôle. Il ne semble pas en tenir compte. Il n’a même pas l’air de s’en rendre compte. Elle lui est tout acquise. Du moins, il fait tout comme.

Le cours passe sans qu’elle parvienne à se concentrer, à stopper ses ruminations qui la parasitent. Elle est loin déjà, sa bonne humeur matinale ! Et cette fois, elle ne pourra pas mettre ses états d’âme sur le compte de son manque de sommeil. C’est lui ! Lui et sa manière de ne pas tenir compte d’elle, en temps qu’être humain doué de conscience, qui la mettent dans cet état de nerfs ! Lui, qui ne s’arrête plus de sourire alors qu’elle boue en silence.

Le cours se termine. Elena se lève brusquement et s’en va, hors d’elle. Trop de tensions accumulées en l’espace de trois heures, sans pouvoir s’en aller. Elle se sent à bout. La météo semble s’être accordée à son humeur : grise, orageuse, électrique, prête à exploser. Elle a rarement traversé ces couloirs d’un pas si pressé. Elle se cogne aux autres étudiants et entend leurs protestations sans en tenir compte. Son seul objectif est de fuir loin, le plus loin possible de la principale source de ses frustrations.

Sa fuite à travers la foule est un échec cuisant, Padraig l’a rattrapée :

« Hey, attends-moi ! Ne va pas si vite…, il ne s’est pas départi de son sourire et a l’air bien décidé à mettre leur dispute sous le tapis, à faire l’air de rien.

— Quoi, Padraig ? Qu’est-ce que tu veux ?

— Comment ça ? s’étonne-t-il. Je ne veux rien de particulier… Juste que ça redevienne cool entre nous… Comme avant. C’est nul qu’on soit en froid tous les deux. Et ça ne sert à rien de se faire la tête. T’as besoin de moi, je veux être là pour toi c’est tout…

— Mais tu te moques de qui, Padraig ? Tu te prends pour qui ? Qui t’a dit que j’avais “besoin” de toi ? »

Le jeune homme soupir, il a l’air passablement irrité, mais ne réagit pas, ce qui allume la dernière étincelle de colère nécessaire à l’implosion d’Elena.

« Tu t’attendais vraiment à ce que j’accepte de faire comme si ça n’avait pas eu lieu ? Comme si toutes les horreurs que tu m’as dites ne m’avaient pas fait de mal…, s’insurge-t-elle. Tu sais quoi ? L’espace d’une seconde, tout à l’heure, je me suis dit que tu t’étais peut-être remis en question. Que tu avais peut-être compris que tu avais été trop loin ! Que tes mots avaient dépassé ta pensée ! Je me suis dit que j’allais m’isoler pendant le cours, histoire de pouvoir parler avec toi sereinement après de ce qui s’était passé. J’étais prête à t’écouter, à dialoguer. Mais il est hors de question d’étouffer le problème ou de prendre sur moi la responsabilité de ton pétage de plombs, sous prétexte que TU me juges folle et responsable de toutes tes contrariétés !

— Elena…

— Non, tu me laisses finir ! J’ai bien entendu tes reproches : je suis ingrate envers ceux qui m’aident et me soutiennent et je ne fais rien pour aller mieux ou pour guérir. Tu as la moindre idée de ce que je vis ? De ce que ça fait d’être moi ? D’à quoi ressemble mon quotidien, rythmé par les prises de médicaments qui m’assomment, qui me donnent l’impression de ne pas être complètement moi-même, bornée de toutes parts par les injonctions à aller mieux ? Tu imagines ce que c’est qu’une vie d’adulte, quand on se comporte avec toi comme avec une petite fille capable de rien par elle-même ? C’est quoi mes perspectives d’avenir à moi, Padraig ? Avant de me dire que je ne VEUX pas évoluer, t’es-tu demandé si on m’en laissait le choix ? Si on m’en donnait le droit ? C’est toi qui es égocentrique et incapable de la moindre empathie envers tes semblables ! Ta sollicitude pleine de bon sentiment n’est rien d’autre que du mépris ! Envers tout ce qui ne répond pas à TA vision de la norme. Tu te donnes bonne conscience avec moi : ta pauvre petite amie malade, dont tu t’occupes vaillamment, depuis si longtemps… Mais je ne suis pas dupe, Padraig. Ce n’est pas par amour que tu le fais, contrairement à ce que tu chantes sur tous les toits. Ou alors, par amour de toi-même. Pour les apparences. Ton image de bon samaritain, de jeune premier bien sous tous rapports. Je n’en peux plus de ta condescendance, Padraig… J’ai bien assez à gérer sans que tu m’accables de tes reproches, dès lors que tu perds patience, conclut-elle à bout de souffle, épuisée, vidée de tous les non-dits qui la pourrissaient du dedans.

— C’est bon ? T’as fini ? T’en as pas marre de te donner en spectacle ?

Padraig la regarde de haut, il ne ressent, de toute évidence, aucune empathie pour Elena et ce qu’elle ressent. Il est mal à l’aise, ne comprend pas et s’impatiente.

« Tu te rends compte que je viens de t’offrir une main tendue ? Je fais le premier pas pour enterrer la hache de guerre et toi, tu me la jettes au visage. Je te propose d’effacer nos différents et de repartir sur du positif, sur de nouvelles bases et tu décides de remuer les problèmes. Tu aimes donc à ce point le conflit, Elena ? Tu te complais dans les difficultés et les situations négatives. Tu refuses d’aller de l’avant et tu voudrais m’attirer avec toi vers le fond. Et bien, je refuse, Elena. Je ne te suivrais pas dans tes pulsions autodestructrices. Détruis-toi, si ça te chante, tu le fais si bien ! Ton psy a raison, tu es irrécupérable…

— Mon psy ? qu’est-ce qu’il vient faire là ? se braque-t-elle

— Laisse tomber. Tu es fatigante. Et bizarre. Et là, tu me fais honte à faire une scène devant tout le monde, alors reprends tes esprits et n’en parlons plus… »

Pour Elena c’en est trop. Ce n’est pas possible d’être à ce point obtus, de ne pas voir et comprendre ce qu’elle lui dit, ce qu’elle ressent. Elle se demande s’il le fait exprès. Elle est à bout de nerfs et sent les larmes lui monter aux yeux. La colère éclate en elle, la dévore. Elle aimerait lui exploser au visage, comme un bâton de dynamite dont il a allumé lui-même la mèche. Elle aimerait lui faire mal comme il lui fait mal à cet instant avec son mépris. Les mots lui manquent, elle lui jette un regard plein de haine et de déception et le plante là. Seul.

Le jeune homme n’a pas dit son dernier mot. Il la rattrape, lui saisit le bras pour la retenir. Elle se dégage violemment, prête à le gifler s’il la touchait à nouveau.

« Tu joues à quoi, là ? Tu ne vois pas que tu viens de tout casser ? Il n’y a plus rien à réparer, là, Padraig. Je n’en peux plus. Je ne veux plus. Tu me dégoûtes, c’est tout. Je n’arrive même plus à te regarder, à t’écouter. C’est fini, Padraig, j’arrête tout. Toi et moi, c’est fini, conclut-elle en libérant ses larmes qu’elle ne maîtrise plus. »

Elle voudrait partir, mais, une fois de plus, il la retient de force.

« Tu crois vraiment que tu peux tout arrêter comme ça ? Murmure le jeune homme hargneux. On est ensemble depuis toujours, Elena. Ce n’est pas à toi de décider, d’un coup, que tout est fini. Je refuse, tu m’entends ? Ce n’est pas en éjectant de ta vie le peu de personnes qui restent à tes côtés, que tu vas t’en sortir, Elena. »

Elle n’en revient pas de sa bêtise. Comment a-t-elle fait pour ne rien voir ? Comment a-t-elle pu croire qu’il l’aimait sincèrement ? Que c’était un homme bien ? Bien pour elle ?! Elle est choquée, il ne lui inspire que du dégoût. Elle aimerait qu’il disparaisse maintenant, elle ne veut plus le voir, sa présence lui est devenue, tout à coup, insupportable. Elle lui répond, pleine d’une colère froide et d’une assurance nouvelle :

« Je ne veux pas de ton aide, Padraig. Je sais ce qui est ou non bien pour moi. Ce que tu en penses, je m’en fous. Tu n’es plus rien pour moi. Je n’ai pas et je n’ai JAMAIS eu BESOIN de toi, c’est compris ? Il lui adresse un sourire méprisant et sarcastique :

— Ah, tu crois ? … »

Elle ne lui laisse pas le temps de répondre et s’en va. Définitivement. Cette fois, elle ne se retournera pas. Plus jamais. Il n’aura plus de pouvoir sur elle. Plus de culpabilité. Plus de contraintes. Elle part. Pour toujours. Elle le laisse là, seule avec sa colère pour dernière compagnie.

Elle s’attendait à vivre cette rupture comme un déchirement, mais non. Pas de vive douleur. Simplement un poids en moins. Un sentiment de liberté retrouvée. En partie, du moins. Les larmes de joie se mêlent aux larmes de colère. Celles de chagrin ne semblent pas encore être arrivées. Peut-être le sont-elles, elle ne saurait le dire. Elle se sent hors d’elle-même, hors du temps. Hors du monde. Elle marche sans se retourner, sans but précis, sans se rendre compte, sans destination précise, pendant des heures. Elle ne voit pas de paysage à travers ses yeux embués, pas de formes précises. Seulement des contours imprécis, flous. Elle n’a même pas pris la peine de mettre ses écouteurs, de s’isoler dans son monde plein de musiques familières. Sa colère suffit à l’isoler du reste, elle est assez bruyante pour couvrir le vacarme du monde. Elle pourrait crier, hurler, jurer sans se soucier de ce qu’on pense d’elle. Elle a besoin de rugir, de se faire entendre. Qu’on l’entende, enfin. Elle, que l’on écoute si peu d’ordinaire.

La caresse du vent froid sur son visage et la fatigue finissent par apaiser le feu qui brûlait en elle. Les yeux toujours pleins de larmes, elle se demande comment elle a pu être aveugle si longtemps. Comment a-t-elle pu s’enfermer dans cette relation, avec ce garçon si indifférent à ce qu’elle est ? Si mal à l’aise face à ce qu’elle est. Elle a du mal à réaliser ce qu’il vient de se passer. Son cerveau refuse d’assimiler les dernières heures de sa vie. Son existence vient de subir un séisme libérateur. Son décor se métamorphose, ça la soulage autant que ça la fait trembler. Tout est à reconstruire, à présent.

 Assise dans l’herbe sur les quais, elle regarde le soleil se coucher. Il emporte avec lui ses dernières larmes, ses craintes. Elle est déterminée à se redresser, à se battre. Contre sa maladie, contre le monde qui la bride, contre elle-même qui se recroqueville depuis si longtemps. Enfin, elle va pouvoir rentrer chez elle. Terminer cette journée qui l’a tant éprouvée. Se coucher. Oublier.

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Eldir
Posté le 01/09/2022
Bonjour, ce chapitre donne la sensation de vous tenir particulièrement à cœur, il me semble plus viscérale que les précédents. La bonne nouvelle c'est qu'on est débarrassé de Padraig. Je dirais bien qu'il l'a pas volé, mais il semble être fortement sous l'emprise du docteur démoniaque.

Deux petites remarques de formes :
- "Il enterrerait le problème. Se fermerait au dialogue." ==> je pense qu'il faut faire une seule phrase : "Il enterrerait le problème, se fermerait au dialogue."
- "contre elle-même qui se terre sur elle-même" ==> ici je dirais plutôt "et contre elle-même s'il le faut" pour éviter la répétition de "elle-même".

Bonne continuation.
Wendy_l'Apprent
Posté le 02/09/2022
Bonjour Eldir,

Merci beaucoup pour ce nouveau retour ! Ahah, peu de personnes ont d'empathie pour ce pauvre Padraig ^^ j'avoue que même moi il m'agaçait un peu :).
Effectivement, je me suis beaucoup amusée à écrire ce chapitre.

Merci pour tes pistes de relectures qui me sont toujours aussi utiles :)

À très vite !
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