CHAPITRE 11

CHAPITRE 11 –

 

1.

  • Ma mère m’a vendue pour acheter de la drogue ??

Ma petite Sainte n’est pas vraiment en colère - j’ignore d’ailleurs si cette émotion existe dans son univers. Dans la demi-obscurité de ma chambre en cette fin de jour, je la sens plutôt goguenarde.

  • Ecoute, je ne pouvais pas lui dire qu’elle t’avait donnée en mariage à 11 ans! Ça ne se fait plus de nos jours… En tout cas légalement. Mais c’est bien pour de l’argent qu’elle a accordé ta main à ce monstre.

 

  • Nous étions en train de mourir de faim, elle, mes deux petits frères et moi ! Elle a vu qu’il était un homme de guerre, elle l’a pris pour un chevalier, espéré qu’il était vertueux, que je serais nourrie et vêtue… Elle ne pouvait pas savoir qu’il était un bandit qui voulait juste acquérir une nouvelle esclave à offrir en pâture à ses amis…

 

  • Hélas oui…  Ils se lassaient de moi.

 

  • Grace à toi, cette indignité m’a été épargnée. Tu me connaissais à peine et tu t’es jetée devant moi, un bouclier vivant, plein de compassion et de justice.

Nous échangeons un sourire. C’est toujours du coin de l’œil que je l’aperçois, radieuse comme elle ne l’a jamais été pendant les moments que nous avons vécus côte à côte. L’éternité lui va bien.

  • Que vas-tu faire pour cette expulsion ? demande-t-elle.

Je pousse un soupir. Ce développement est inattendu mais, avec le contraste des grandes souffrances du passé que je viens d’évoquer, je ne suis pas ébranlée. Je me suis attachée aux trois chats, à l’équilibre qu’ils forment ensemble. Je ne me lasse pas de contempler les jeux des deux chatons sous l’œil d’Alpha qui aime mes caresses. Ils vont rester avec moi.  Le temps où des hommes cruels, repus de leur importance, pouvaient tuer mes compagnons pour le plaisir de me tourmenter est terminé. Plus personne ne décidera à ma place quels animaux ont le droit de partager ma vie.

Déménager est contrariant parce que j’aime vivre si près de mes amis, mais c’est un inconvénient mineur. Mes moyens me permettent de trouver un nouveau logis, peut-être même avec vue sur le Puget Sound. Compte tenu de la façon dont Greg et moi nous rapprochons l’un de l’autre, ne pas être sous le regard du reste de la famille peut s'avérer bénéfique.

Ce qui m’attriste, c’est l’attitude de Katherine. J'étais contente de cuisiner pour elle. Son approbation m’importait. Je m’efforçais d’être la locataire parfaite et voilà qu’elle me jette dehors. Je ne crois pas que la phrase d’insulte insolite qui conclut le message de Cooper vienne d’elle. Mais elle veut que je parte. Pour un chat, vraiment ?

  • Ai-je déçu Katherine à ce point-là ? Si vite ?

 

  • C’est plus compliqué que ça, murmure mon interlocutrice.

Elle me dresse en quelques phrases un tableau de ce qui se passe en ce moment même dans la vie de Katherine, que son gentleman-friend Richard vient de quitter alors qu’elle recevait un diagnostic inquiétant après une mammographie de contrôle. La tumeur s’est révélée bénigne. Katherine est soulagée et aussi étrangement démobilisée alors qu’elle s’apprêtait à livrer une bataille vitale sans merci. C’est presque comme si le cancer lui manquait de respect en ne se montrant pas au rendez-vous. Et le manque de respect se poursuit avec sa locataire qui ne se contente pas de deux chats, elle en veut trois, et elle les installe chez elle sous son nez et sans lui demander son avis.

 

 

2.

Chère Katherine,

Le message envoyé par votre représentant, Cooper Bidey, attaché à ma réponse, a retenu toute mon attention.

Avant toute chose, je tiens à vous présenter mes excuses. C’est vrai, le bail me permet deux animaux, ce qui est rare, j’en ai conscience. J’aurais dû vous parler immédiatement de cette famille de chats, la mère et ses deux chatons, à laquelle je me suis attachée. Quand je retrace mes pas sur ces derniers jours, je ne comprends pas moi-même comment j’ai pu omettre de m’adresser à vous avant de prendre une décision. Vous savez que je me remets d’un accident qui a entraîné deux semaines de coma. Ce n’est pas une excuse - car après tout, j’ai une copie du bail et il me suffit de le lire à nouveau si j’oublie quelque chose - mais c’est là que se trouve, je crois, l’explication de ma conduite. En tout cas, je suis vraiment désolée de ne pas avoir agi comme le contrat que nous avons toutes deux signé le stipulait. Cela a dû vous décevoir.

Nous sommes maintenant dans une situation où ces animaux sont comme une partie de ma famille et je ne peux pas m’en séparer. Je vais donc quitter ce petit duplex où j’ai vécu de très belles semaines. Je vais demander à Amy, si elle le veut bien, de m’aider à trouver un nouvel appartement. Elle a dirigé mes pas avec beaucoup de talent et de professionnalisme la première fois et je pense qu’ensemble nous trouverons rapidement le lieu idéal.

La date mentionnée par Mr. Bidey pour mon départ ne peut être qu’une erreur d’impression. Le 30 juin, c’est après-demain, et le weekend commence. L’agent immobilier d’expérience qu’est Mr. Bidey ne peut sérieusement concevoir que je puisse déménager d’ici dimanche. Je pense que j’aurai besoin de deux ou trois semaines. Je serai certainement partie d’ici la fin du mois de juillet.

Je dois vous avouer ma perplexité sur le langage ordurier qui surgit soudain à la fin du message de Mr. Bidey. La seule chose dont je sois sûre, c’est que cette phrase ne vient pas de vous. 

Si vous en êtes d’accord, je vais prévenir Carol, la petite amie de Greg (j’ignore son nom de famille) de mon départ. Elle avait manifesté un vif intérêt pour le duplex, comme vous vous en souvenez peut-être, et elle m’a demandé par la suite de la tenir informée de toute décision de ma part de quitter les lieux.

Katherine, cela a été une grande joie et un privilège de vous connaître, vous et votre famille. Je suis vraiment reconnaissante d’avoir pu être votre voisine et votre locataire pendant le cours de ce printemps.

Avec mes sentiments chaleureux…

(Copie à Cooper Bidey, copie à Amy McElroy)

 

3.

Les tranches de pain sont prêtes, lait, beurre, jambon. Pour le fromage, j’ai trouvé du Comté français, le goût convient parfaitement.

J’attends Jackson - et j’espère Greg - à tout moment. Guimel dans mes bras, je marche de long en large. Je l’embrasse entre ses deux petites oreilles. Alpha me suit des yeux, à la fois pleine de sollicitude pour sa fille et un peu agacée de ne pas être le centre d’attention.

On frappe à la porte. Je me précipite et suis ravie de découvrir Greg sur le seuil, essoufflé.

  • Je me suis dépêché, je rentre de St Joe. Je suis le premier ?
  • Oui. Juste les chats et moi pour le moment.

C’est ce que j’espérais, Greg seul avant quiconque. Lui aussi, je crois. Mais tandis que je lui verse un verre d’eau, nous nous sentons tous les deux un peu gauches d'être de nouveau ensemble après l’intensité de la veille. Après avoir bu, Greg me dit

  • J’ai tant de choses à te dire… après les crock merci, que fais-tu ?

Je ne veux pas répondre “je cherche un nouvel appartement” d’autant que je n’ai pas encore eu de réponse d’Amy après mon email matinal. Elle doit venir nous rejoindre pour la leçon de cuisine, peut-être avec Libby.

  • Veux-tu que nous dinions ensemble? poursuit-il. Je t’invite. A mon tour de te nourrir…

J’accepte avec plaisir. Puis Greg redevient grave.

  • As-tu bien dormi ? Tu devais être si fatiguée…

 

  • J’ai dormi… par moments.

 

  • Moi aussi. Il faut que je te dise… (il jette un regard vers la porte d’entrée comme si Jackson risquait de se matérialiser sur le seuil sans un bruit) je n’ai pas cessé de penser à… ce dont nous avons parlé. J’ai beaucoup pleuré.

Il voit mon regard surpris puis inquiet et fait un geste apaisant.

  • Quand tu me parlais, j’ai fait en sorte de ne pas montrer trop d’émotion, tu comprends. Il fallait que tu puisses raconter ces événements sans avoir besoin de t’occuper de moi. Je voulais être une présence “non anxieuse”, comme on dit. C’était difficile car j’étais bouleversé par ce que tu as traversé. Toutes les techniques que je connais pour mettre l’émotion à distance, je les ai utilisées crois moi. Mais une fois seul, c’est comme si les digues se brisaient.

Des larmes lui montent aux yeux, ce qui m'émeut. J’imagine Jackson nous trouvant tous les deux en train de sangloter, ça devrait être intéressant à expliquer !

  • La dernière fois que j’ai pleuré comme ça, poursuit Greg, c’est lorsque les parents de Michael m’ont pardonné, je t’ai raconté. Marion, sa mère, avait dit “c’est comme un baptême”. Ça m’est revenu, hier soir. Tu sais, nos larmes sont salées comme l’océan, le même taux de sel. Nous sommes une espèce qui vient de la mer, ce genre de détail nous le rappelle. Hier soir, au milieu de toutes ces larmes, j’ai réalisé que c’était… une nouvelle naissance. En tout cas pour moi. En me permettant d'être à tes côtés, en me parlant de quelque chose de si personnel, si tragique, tu as réveillé quelque chose en moi. Et tout est différent.

 

  • Et… ce que j’ai réveillé… qu’est-ce que c’est ?

 

  • Je ne sais pas!

Greg rit et poursuit :

  • Je ne sais pas, mais c’est réveillé et ça change tout!

Il pose sa main sur ma tête et caresse un instant mes cheveux.

  • Tu as changé ma vie. Je ne sais pas comment ni vers quoi je vais à présent, mais je me sens plus vivant que jamais. Plus optimiste, aussi. 

Nous restons silencieux un moment. Je sens quelque chose, en moi, comme si j’étais un édifice et qu’une pierre de fondation bougeait, se remettait en place. Sa compassion, au sens propre - mes souffrances lui sont douloureuses - me bouleverse. Je perçois un apaisement en moi, l’image qui me vient à l’esprit est la caresse que le vent produit sur une jeune récolte de blé, faisant onduler les pousses dans la même direction.

  • C’est bien tombé que Jackson rentre tard, poursuit Greg… Il est allé déposer ses enfants chez Cynthia. Elle va les avoir pour le weekend. Ne pas être réveillé au milieu de la nuit, ça sera bien…

Il soupire.

  • Mais ça veut dire qu’elle va appeler Jackson toutes les 5 minutes… Elle est tellement habituée à se reposer sur lui pour le quotidien. Je crois qu’il n’est pas mécontent d'être indispensable… Elle est capable d’appeler plusieurs fois pendant la “hot date”. Et lui va prendre tous ses appels, au cas où brusquement c’était quelque chose de grave. Ça peut saboter les choses, quand on en est au tout début d’une relation. C’est déjà arrivé.

Il secoue la tête avant de poursuivre, désabusé :

  • Et qui suis-je, moi, pour avoir cet avis éclairé sur sa vie amoureuse ?

Je pose ma main sur son bras.

  • Tu es son oncle, tu le connais très bien, et tu parles d’expérience. 

Greg me sourit et m’entoure de son bras.

  • Tu es toujours si positive.

Si l’arrivée de Jackson n’était pas imminente, comme j’aimerais m’abandonner contre lui… Il me sourit, son bras toujours autour de moi, et reprend, à mi-voix comme si les chatons risquaient de nous entendre :

  • Je rêve de t’embrasser, Max. Je rêve de passer des journées entières à t’embrasser. Mais je ne peux pas, pas encore. Pour deux raisons essentielles… dont je te parlerai tout à l’heure.

Le bruit de la porte d’entrée des McElroy se fait entendre. Jackson arrive. Greg tourne la tête vers l’origine du bruit, sourit et rectifie. 

  • Trois raisons essentielles.

 

4.

Jackson pose l’orchidée sur la table, un large pot dont surgissent plusieurs tiges où de nombreuses fleurs immaculées aux larges pétales recourbés sont suspendues, et je la place au centre. Toute cette blancheur évoque une pureté qui n’est pas de ce monde. Je caresse un pétale du bout des doigts, songeant avec un pincement de cœur que, probablement, cette plante bientôt me suivra dans un nouveau domicile. La fleur que j’ai effleurée se détache de la tige et tombe sur la table.

  • J’ai vérifié, c’est ce qui m’a retardé, explique Jackson. Je me suis demandé brusquement si les orchidées pouvaient être un poison pour les chats. Il s’avère que non. Ce sont les lys. Les orchidées, ça va.

J’ai l’impression que je n’ai pas vu Jackson depuis très longtemps, alors que ça ne fait que quelques jours. Je suis toujours contente de le voir- je suis touchée de son cadeau - et en même temps, être seule avec Greg me manque déjà. Il aimerait m’embrasser des journées entières ? J’en suis toute rêveuse.

  • Que c’est gentil à toi, Jackson ! En quel honneur ?

Jackson sourit.

  • Bon, bien sûr, nous sommes tout le temps fourrés chez toi à manger ce que tu nous prépares… ça mérite bien un merci ! mais j’avais autre chose en tête. As-tu suivi ce qui se passait sur YouTube?

 

  • Euh… non…?

J’échange un regard avec Greg qui a l’air aussi ignorant que moi. Jackson explose de rire.

  • La vidéo ! Amy a engagé un videographeur qui a filmé ma prestation de l’autre jour, tu sais, pour que ma grand-mère puisse la voir ! Elle a choisi un vrai professionnel. Nous avons téléchargé plusieurs sections du spectacle sur mon site web, et ces vidéos ont un grand succès ! Bon, mes amis les partagent, ça c’est normal, mes fans aussi… mais c’est plus que ça. Une de ces vidéos, en particulier, est en train de devenir virale… Tu sais laquelle ?

 

  • Ne me dis pas que c’est celle où tu parles de…

 

  • Si ! “Sex is overrated!”

De nouveau il rit et trépigne joyeusement dans un grand élan d’allégresse. 

  • Tu me portes chance, Wakanda! Les commentaires sont très élogieux, ils disent que c’est drôle, bien sûr, mais aussi doux-amer… Qu’il y a une profondeur rare et des émotions souvent peu évoquées sur scène… J’ai plein de messages, tous les gens qui me racontent leur histoire, mais aussi des curieux qui se demandent qui je suis, mon site web est visité dix fois plus que d’habitude tous les jours. Mon blog est lu comme jamais ! Tu sais ce que c’est, un blog ? Oui, comme un journal, mais en ligne, sur la toile. Et je suis lu plus que jamais ! Tout ça grâce à toi !

 

  • C’est ton talent, Jackson ! C’est toi qui as écrit …

 

  • Tu m’inspires, je te dis ! Alors voilà, phalaenopsis.

Il désigne l’orchidée.

  • C’est son nom !

 

  • Je crois qu’on va l'appeler Phi-phi au quotidien… commente Greg avec sérieux.

 

  • Et elle demande de l’entretien ? demande-je. Les orchidées, c’est fragile non ? Je ne veux pas que Phi-Phi soit négligée à cause de mon ignorance…

 

  • Tout ce que tu as à faire, c’est lui donner trois glaçons une fois par semaine. Ils fondent lentement, et elle a tout ce dont elle a besoin.

Jackson nous parle ensuite de Barbara, chez laquelle il va dîner demain. Elle est journaliste et elle l’a interviewé le lendemain de son show. Elle est belle, raffinée, plus âgée que lui - là, il se tourne vers moi, avec une expression de triomphe. L’interview est devenue conversation pleine de mutuelle séduction qui les a tous deux enchantés, explique-t-il.

  • Là aussi, ce qui lui a donné envie de me rencontrer, c’est “sex is overrated”! ajoute-t-il. Elle a aimé que je raconte une histoire où je ne suis pas gagnant et dont la conclusion est “nous allons être amis”. Elle trouve que c’est très 21eme siècle, la révolution douce des jeunes mecs qui ont totalement intégré “me too” et acceptent, sans bouder, sans amertume, la richesse de relations avec des femmes fortes qui savent ce qu’elles veulent, une vraie amitié… elle pense que je suis un modèle pour les hommes de ma génération. Ça va être l’angle de son article.

Il se tourne vers moi.

  • Elle voudrait te rencontrer d’ailleurs, avoir ton point de vue.

Ma réaction est immédiate.

  • Pas question.

Jackson est stupéfait, même Greg est surpris.

  • Elle n’a pas besoin de mon point de vue ! Ton histoire se suffit à elle-même.

 

  • En fait, explique Jackson en baissant la voix, je crois qu’elle veut être sûre qu’elle ne te fait pas d’ombre, que tu confirmes que nous sommes seulement amis…

 

  • Parce qu’elle ne te croit pas ? Voilà une saine fondation pour commencer une relation.

Jackson échange un regard rapide avec Greg, se tourne vers moi.

  • Nous ne sommes pas dans la méfiance, c’est une simple façon d'être sûr que les choses soient claires. La transparence, tu vois.  Et je crois vraiment qu’elle aimerait avoir tes impressions sur le fait d'être ainsi intégrée à une stand up.

Je pousse un soupir.

  • Jackson. Barbara est sûrement formidable… ce n’est pas elle, c’est moi. Je n’aime pas les interviews. Je n’aime pas être vue, photographiée… c’est… épidermique. Je peux lui envoyer un email, si c’est vraiment nécessaire à l’épanouissement de votre relation. Ou lui parler au téléphone si elle insiste.

 

  • Mais Max… ! Tu es journaliste, c’est ton métier !

Oh j’étais juste en train d’oublier ce détail…

  • Oui, mon métier est d'être de l’autre côté, justement, derrière le micro ou la caméra, et je crois que je l’ai choisi pour ça…  J’aime mettre en valeur mon sujet. C’est très difficile pour moi d'être vue et mentionnée.

Jackson me regarde, réfléchissant à un nouvel argument pour me convaincre. Mon refus est pour lui une aberration de comportement qui doit être rappelé à la raison. Greg intervient, posant sa main sur le bras de son neveu.

  • C’est le moment de montrer à Barbara à quel point tu es post-moderne façon 21eme siècle en acceptant de bonne grâce ce que Max te dit.

Je lance un regard reconnaissant à Greg. Jackson est visiblement désarçonné. Il est temps de changer de sujet. Je sais qu’il rebondira sans difficulté.

  • Et si nous parlions de ces croque monsieurs? dis-je gaiement. C’est délicat. Il faut que ce soit bon, et il faut que ce soit beau.

J’ai écrit la recette pas à pas, ainsi Jackson pourra suivre les étapes de nos progrès au fur et à mesure et demain, dans la cuisine de Barbara,  il aura le papier avec lequel il sera familiarisé pour se lancer. J’ai imprimé la recette en plusieurs exemplaires pour que tous les présents puissent participer à la démonstration, même si Jackson seul, compte tenu de la taille de la cuisine, pratiquera.

Les carillons se font entendre : Amy et Libby.

Voir Amy me rappelle l’expulsion, Avec mes préparatifs pour la leçon de cuisine et mes rêveries autour de Greg, je n’y ai guère pensé depuis l’envoi de mon email ce matin. Toute la contrariété de la situation m’atteint et une sensation de froid se répand dans mes intérieurs. Amy a lu mon email, c’est visible. L’occasion de remarquer, alors que j’invite les deux jeunes femmes à entrer, à quel point elle est grande, presque la taille de son frère, et athlétique. Son regard est plein de fureur, un regard meurtrier, un regard qui, s’il était armé, me fusillerait sur place et me laisserait en pièces, toute Semblable que je suis.

5.

Nous sommes dans le jardin, où Amy m’a entraînée, jetant en passant “Girlfriends stuff!” en explications à Jackson et Greg, autrement dit : “Affaire de filles à régler”. Libby, à peine plus petite que moi, me paraît menue aujourd’hui, et tandis que je suis Amy, je remarque que la jeune pasteure ralentit et semble vouloir s'asseoir avec les hommes au lieu de nous suivre.

  • Vieni con me! Lei mi spaventa! lui lance-je, faisant quelques pas en arrière, surprise moi-même d’entendre des mots italiens sortir de ma bouche.

 

  • Elle me fait peur à moi aussi ! répond la jeune femme, en m’emboitant le pas néanmoins.

Je perds facilement mes moyens en présence de cris, de disputes, de personnes qui parlent fort. Un conseil d’Akira me revient en mémoire : imagine que tu es au milieu d’une chanson, d’un air d’opéra, pense “Bohemian Rhapsody” ou “Dies Irea” du requiem de Verdi… Pense à l’air des bijoux de Faust, l’alléluia de Haendel, et chante à plein poumon quand c’est ton tour !

  • Tu es sûre, dans le jardin ? dis-je timidement à Amy, montrant la moitié McElroy de la maison, où quiconque près d’une fenêtre peut certainement nous entendre.

 

  • Ma mère n’est pas rentrée du travail et ma grand-mère est au bingo, explique Amy avant de se lancer.

Ouverture (Amy)

Comment, comment peux-tu écrire cet email

Quoi, ton loyer est payé jusqu’à décembre et tu dis que

tu veux partir?

 

Couplet 1  (Amy)

Pourquoi te rendre sans te battre

Le message de Cooper n’est même pas légal

Et je ne parle même pas des injures qu’il contient

et le rendent rien moins qu’officiel

Mais tu déposes les armes et tout ce que tu demandes,

c’est de ne pas être mise dehors ce dimanche??.

 

Refrain (Max)

Amy, Amy, écoute-moi, j’ai mes raisons

Fais-moi confiance

Je ne veux pas partir mais mes chats en dépendent

je ne capitule pas - pas comme tu le crois

 

Couplet 2 (Amy)

Je t’ai choisie, je ne montre pas le duplex

à n’importe qui

Tu es une parfaite locataire et en plus tu cuisines

et tu es marrante

Je t’ai choisie et tu jettes le gant

Pire que ça, tu veux mettre Carol à ta place,

 

Bridge (Amy)

Elle va se plaindre que l’eau n’est pas assez chaude

ou que

le frigidaire ne font pas de glaçons du bon diamètre

Je croyais que nous étions amies mais en fait tu me hais!

 

Refrain (Max)

Amy, Amy, écoute-moi, j’ai mes raisons

Fais moi confiance oui je suis ton amie

Je ne veux pas partir mais mes chats en dépendent

je ne capitule pas - pas comme tu le crois

 

Couplet 3 (Amy)

Ma mère est furieuse contre Cooper

Pour cet email bizarre il devait écrire une lettre

Elle commence à comprendre pourquoi je l’ai quitté

Nous ne sommes plus fiancés

Elle l’a viré,

Elle m’a demandé de prendre sa place

J’ai dit non

tu me demandes de te chercher un nouvel appart

je dis non

 

D’ailleurs je ne veux plus être agent immobilier

Je vais aller garder des chèvres sur l'île Vashon

Les chèvres n’envoient pas d’emails

Elles font du fromage

 

Refrain (Max)

Amy, écoute-moi,

si tu veux que je reste, aide moi

Amy, écoute-moi

Libby, je ne crois pas qu’elle m’écoute du tout…

 

 

6.

Jackson dépose artistiquement le Comté râpé avant d’enfourner le croque-monsieur sous le grill du four. Il lève les yeux vers Amy qui le filme avec une petite caméra.

  • C’est le moment d'être extra-attentif, explique-t-il avec un sourire qui va faire fondre ses fans. Le couronnement de tous vos efforts est en vue… mais si vous êtes distrait… et qui ne l’est pas, lors d’une “date”...  Quelques secondes de trop et… le délicieux Crowk Meusseuw sera noir, calciné… bon à jeter.

Amy approche son téléphone pour faire un plan rapproché du spécimen qu’il a préparé, parfaitement doré et croustillant.

  • Voilà, c’est dans la boîte ! s’exclame-t-elle satisfaite. Je le mettrai sur ton blog ce soir.

Après une robuste conversation facilitée par Libby, Amy a accepté de m’aider à trouver un nouvel appartement - et tout faire pour que Katherine soit persuadée de l’imminence de mon départ. Katherine ne veut pas vraiment changer de locataire, avons-nous conclu ensemble, simplement faire pression pour que la situation des chats soit réglée. C’est devenu une question de principe pour elle.

Trouver une famille d’accueil pour un chaton adorable n’est pas compliqué, surtout dans la vaste population des amis de Jackson et Amy. Libby elle-même se propose d’adopter Guimel. Mais là, ma propre obstination à ne pas séparer mes félins intervient. Je préfère déménager. Amy et Libby échangent un regard, et Amy, dans un revirement qui me va droit au cœur, sourit et me promet de me montrer quelques appartements dans le quartier, au cas où.

  • Je ne veux pas que tu ailles trop loin, si vraiment tu t’en vas. Je ne pense pas qu’on en arrivera là. Mais autant rester au plus près du réel, Maman est perspicace.

 

  • Je suis désolée, pour Cooper et toi… avançai-je.

 

  • Ne le sois pas. Ça couvait depuis longtemps. Il m’a éblouie, au départ, avec son expérience, son humour, mais j’ai fini par réaliser qu’il n’y a rien derrière ! Tout ce qui l’intéresse, c’est lui-même. Il est incapable de se remettre en question, d’évoluer. Par exemple, il est persuadé que c’est de ma faute si Maman ne veut plus de lui, il ne se rend même pas compte que son email est ridicule avec cette phrase d’insulte à la fin. Maman était mortifiée. Elle m’a dit : mon assistante à Boeing aurait fait un courrier bien plus professionnel et elle n’est ni juriste, ni dans l’immobilier.

 

  • Justement, intervient Libby, qu’est-ce qui a pu se passer pour qu’il ne voit pas cette phrase, ou qu’il pense qu’elle ait sa place dans son message ? C’est quand même gros !

Avant de retourner à l’intérieur, nous émettons quelques hypothèses, aucune ne nous semble convaincante. Libby suggère même que Cooper souffre peut-être d’une sorte de syndrome de Tourette et qu’il ne peut s’empêcher d’écrire des insultes dans tous ses courriers, ce qui nous fait rire toutes les trois. Au moment où nous sommes sur le point de retourner à l’intérieur, Amy propose de ne rien dire de mes démêlés à Jackson.

  • Ça va le contrarier, attendons que la hot date soit passée…

Nous sommes ensuite passés aux croque-monsieurs, puis à la crème brûlée comme dessert. Jackson s’amuse avec la petite torche qui permet de caraméliser la surface de l’entremet- il la manipule comme si c’était un sabre Jedi. C’est là qu’Amy a suggéré de créer une nouvelle rubrique dans le blog de son frère: des recettes raffinées mais faciles pour “dates”, présentées par Jackson  pour montrer le coup de main. Il est habile et comprend ce qu’il doit faire au quart de tour.

  • Tu es doué, dis-je, étonnée par son aisance.

Vient le moment de la dégustation : je coupe en part comme si c’était des gâteaux les croque-monsieurs confectionnés pendant la leçon et nous nous asseyons autour de la table. Jackson sourit rêveusement - il pense sans doute à Barbara, à leur dîner de demain.

  • Au fait, comment s’est passé le cours de yoga ? demande-t-il soudain. Tu y es allée ?

Greg, Amy et Libby semblent soudain très préoccupés par le contenu de leur assiette respective.

  • A la réflexion, je ne crois pas que je sois prête spirituellement pour le yoga. Je vais attendre un peu…

 

  • Mais…

Libby l’interrompt. 

  • Dimanche, c’est mon tour de prêcher. Que vous soyez prêts spirituellement ou pas… je vous invite tous à venir m’écouter. Les paroissiens sont très gentils, mais ça fait vraiment plaisir de voir des visages amis quand on parle en public…

Amy et Greg hochent la tête, ils ont déjà prévu d’y être.

  • Je serai là ! ajoute-je.

Je me tourne vers Jackson.

  • Tu devrais venir… avec Barbara, pourquoi pas ? Comme ça, je pourrai la rencontrer, ce sera tout naturel…

Jackson me regarde comme si je venais de suggérer de peindre mes chats en bleu.

  • Le lendemain de la première date, aller à l'église avec Barbara ? Non, ce n’est pas une très bonne idée….  Je ne sais même pas si elle est croyante ! Mais si je ne suis pas trop dans le cirage, moi je viendrai…

C’est alors que Libby prend la parole.

  • Je change un peu de sujet ici… mais j’ai quelque chose dont je voudrais vous parler. Une situation épineuse qui m’angoisse beaucoup.

Nous la regardons. C’est seulement à ce moment-là que la réunion houleuse de la veille me revient en mémoire. Libby sort un iPad portable de son sac, l’allume et le pose sur la table, entre nous.

La photo de deux hommes aux visages solennels, étrangement vêtus de blanc avec une étole rose fuchsia sur leurs épaules, apparaît. Chacun tient un fusil mitrailleur.

  • Je vous présente l'église de la Glorification du Christ, commente Libby. Ces photos ont été prises sur la côte Est il y a deux ou trois ans, lors d’une cérémonie dans leur église.
  • Mais qu’est-ce qu’ils font ? demande Jackson.
  • C’est un mariage collectif, et pour certains, le renouvellement de leurs vœux. Ceux-là, en rose, sont les officiants. Et les armes sont bénies, dans la foulée.
  • Dans une église ? m’étonne-je.
  • Oui, dans une église, une église chrétienne qui se veut basée sur la Bible et l’enseignement du Christ.

Libby fait défiler d’autres photos. Dans un sanctuaire tout en dorures, hommes en costumes ou smoking côtoient des femmes en robes blanches. Les femmes portent des tiares ou des couronnes dorées. Tous sont fiers, visiblement, d’avoir leurs armes à la main, fusils, pistolets et surtout fusils mitrailleurs. Certains ont mis des fleurs dans le canon. 

  • Ils appellent leurs armes « le sceptre d’acier ». Ça vient d’un verset de la Bible, un psaume, également cité dans le livre de l’Apocalypse. Je te donnerai les nations en héritage, les extrémités de la terre en possession. Tu les briseras avec un sceptre d’acier, tu les briseras comme le vase d’un potier.” C’est Dieu qui parle à son élu, le Roi qu’il a choisi. Alors ces gens sont persuadés que Dieu veut qu’ils soient armés pour défendre les enfants contre… le mal, la violence, les sales types qui ne pensent pas comme eux…
  • Ils sont un peu cinglés, non ? demande Jackson avec le sourire. C’est quoi, ces couronnes ?
  • Bonne question, répond Libby. Celles-ci, les dorées, sont faites avec des munitions.

Je regarde la photo de plus près. En effet, la couronne dorée sur certaines têtes de femmes sont composées de larges cartouches collées ou attachées les unes a côtés des autres. Libby éteint son ordinateur et poursuit :

  • Donc ça, ça  se passe sur la côte Est. Ici, une de leurs filiales, plus ou moins indépendante mais dans leur mouvance, s’est installée dans la région il y a quelques années. Ils étaient plutôt discrets jusqu'à présent… mais à Trinité, hélas, nous sommes maintenant tout à fait informés de leur existence… Leur sanctuaire a brûlé le mois dernier et ils nous demandent l’hospitalité pour une cérémonie prévue de longue date, comme celle dont je vous ai montré les photos. Ils veulent faire le mariage collectif, la bénédiction des armes, tout quoi. 

Jackson et moi, stupéfaits, la regardons.

  • Quoi ? dis-je. Mais pourquoi vous demander ça à vous ?
  • Pourquoi nous ont-ils choisis ? Je ne sais pas exactement. Nous avons gagné à la loterie, quelque chose comme ça… Plus sérieusement, nous avons la réputation d'être une église ouverte, inclusive, tolérante… L’hospitalité est une des valeurs qui nous définit le mieux. C’est peut-être une façon de nous mettre au défi. Est-ce que vous êtes prêts à accueillir ceux qui vous ressemblent le moins ? 

Elle s’arrête de parler un instant, comme pour rassembler ses pensées. Sa bouche qui semble toujours sourire, même au repos, forme un pli amer que je n’ai encore jamais vu sur son visage.

  • Notre pasteur, Rob, trouve que c’est une très bonne idée. Il a rencontré leur… leader, leur pasteur. Rob dit que nous devons vivre le commandement du Christ sur l’amour de nos ennemis et accueillir ce groupe qui est si différent, des adversaires à bien des points de vue. Leur ouvrir nos portes.

 

  • Qu’en penses-tu, toi ? demande Greg.

Libby esquisse un sourire et baisse les yeux un instant, jouant avec sa fourchette.

  • Je ne suis pas d’accord. Je comprends le point de vue de Rob. Mais il me semble que le commandement de soutenir et protéger les plus vulnérables doit primer.  Nous sommes solidaires de ceux qui sont menacés par les armes, pas de ceux qui les utilisent. Et en plus, les bénir ? Glorifier des outils qui servent à tuer ? N’est-ce pas contraire à la volonté de Dieu ? Tu ne tueras point, c’est un des premiers commandements. Bénir des armes, n’est-ce pas une façon de les idolâtrer?

 

  • C’est ce que ce vieil homme, celui qui a quitté la réunion en colère, disait ! intervient Greg.

 

  • Oui, exactement, confirme Libby. Si nous accueillons ce groupe, eux, leurs armes, leurs prières pour leurs armes, est-ce que nous n’endorsons pas leurs croyances, leur donnons légitimité ? Rob dit que nous aurons toujours de “bonnes raisons” (elle esquisse des guillemets avec ses doigts) de refuser d’aimer nos ennemis.  Toute l'église est très divisée sur cette question. Comme si nous avions besoin d’une nouvelle raison de nous disputer ! Nous ne sommes pas très nombreux, nous avons beaucoup de programmes pour aider les plus vulnérables avec juste assez de bénévoles pour que ça fonctionne, et voilà que certains d’entre eux se demandent s’ils ne devraient pas aller dans une autre église où on ne déroule pas le tapis rouge devant des extrémistes qui adorent non pas le Christ mais la NRA!

 

  • NRA? interroge-je.

 

  • National Rifle Association, explique Greg en se tournant vers moi. Une association de porteurs d’armes qui milite agressivement pour que le droit d’avoir une arme ne soit pas limité. Ils sont très puissants et influents, jusqu’au sommet du gouvernement.

 

  • Vous pourriez mettre des conditions à votre accueil, suggère Jackson. Par exemple : oui, venez chez nous pour votre service mais sans vos armes.

 

  • Oui, c’est ce que certains d’entre nous ont suggéré, approuve Libby. Mais est-ce alors de l’hospitalité ? Certains d’entre nous pensent qu’il faut les accueillir tels qu’ils sont. Tu sais, comme Thomas Merton le dit, laisser les gens que nous aimons être parfaitement eux-mêmes, sans chercher à les changer, les transformer pour qu’ils nous ressemblent. Les aimer tels qu’ils sont.

 

  • Thomas Merton, qui est-ce ? demande-je. Votre évêque ?

Libby réprime un sourire. Greg répond à sa place.

  • C’était un moine trappiste américain, un écrivain du 20eme siècle. Très zen, profond.
  • Oh…
  • Mais qui parle de les aimer ? intervient Amy. Ils vous demandent l’hospitalité mais c’est une forme d’attaque contre vous, en fait. Ils vous mettent au défi de venir sur leur terrain.

Libby soupire profondément.

  • Jésus nous dit de les aimer, c’est bien là le problème.

 

  • Les aimer, ça ne veut pas dire les laisser envahir votre église avec leurs armes, et déjà aujourd’hui avec ce débat ! lance Greg. J’ai réfléchi à cette histoire, et tu sais ce que ça m’évoque ? Jésus chassant les marchands du temple. Jésus ne se demande pas s’ils sont des ennemis qu’il faut aimer. Ce n’est pas la question, Jésus les met dehors - alors qu’ils font partie du système ! - parce qu’ils font obstacle à l’accès du Temple, donc à l’accès de Dieu pour tous. A partir de là, tu peux te demander si c’est ce qu’il faut faire pour ce groupe. Si vous les accueillez, est-ce que vous ne risquez pas de créer un obstacle pour d’autres, d’autres qui ont besoin de Dieu ?

Amy pousse une exclamation admirative.

  • Le Révérend Greg Williams a parlé !

 

  • Bien vu ! dit Libby, qui semble impressionnée. Je n’avais pas pensé à cet angle...

 

  • Bon, intervient Jackson. Concrètement, qui prend la décision, au final ? Rob? Rob et toi ? Toute l’église ? Un vote des paroissiens ?

 

  • Dans notre système de gouvernement - nous sommes presbytériens - c’est le conseil presbytéral. Il est composé de membres élus par la congrégation. Ce sont eux qui décident. Ils se réunissent la semaine prochaine.

 

  • Ça doit être difficile à vivre, cette attente… dis-je avec compréhension.

 

  • Oui, reconnaît Libby. Je vis mal les conflits. Et ça ne facilite pas mes relations avec Rob. Il est “Senior pastor”, il a plus d’autorité que moi. Nous nous entendons parfaitement depuis mon arrivée, il y a 18 mois. Mais là, on a un problème… il m’en veut de ne pas être à ses côtés dans ce combat, à défendre le commandement du Christ le plus difficile à suivre. Il voudrait que moi aussi, j’encourage nos paroissiens à accepter d’aller au-delà de leur zone de confort spirituelle, juste pour un service, un jour. 

 

  • Mais il ne peut pas exiger que tu sois d’accord avec lui à tout moment !

 

  • À tout moment, non… Mais pour cette situation, il aurait voulu que nous formions un front commun. Mais alors pourquoi ne pas m’avoir invitée à rencontrer le pasteur de ce groupe ? C’est lui qui apparemment l’a convaincu que c’était une chose à faire ! J’étais dans mon bureau quand il l’a reçu. Selon Rob, ce pasteur est un jeune idéaliste. Il est plus modéré que ses ouailles et espère que notre accueil leur permettra de s’ouvrir à des vues plus nuancées. Très sympathique, dit-il. Il viendra se présenter devant le conseil lors de la réunion. Rob doit déjà s’imaginer devenir son mentor… Je l’ai juste aperçu de loin, le jour où ils se sont rencontrés. Rob me dit qu’il n’avait pas songé à m’inviter à les rejoindre car il était sûr qu’il dirait non…

Elle resta songeuse un instant avant de reprendre :

  • Les médias commencent déjà à parler de cette histoire. Et je crains que ça influence Rob, il ne déteste pas être vu… Je suis prête à parier que c’est le cas aussi de ce jeune pasteur.

 

  • Comment est-il ? demande Amy. Caucasien ?

C’est la façon dont les américains appellent les gens à la peau blanche.

  •  Oh oui, avec des cheveux roux…. Très bien habillé. Plutôt bel homme pour ce que j’ai vu de loin.

Je ferme les yeux un instant. Je me répète que, des hommes roux, il y en a beaucoup dans le monde. En particulier dans ce pays où vivent les nombreux descendants d’Irlandais, de Britanniques. Mais le fait est, elle vient de décrire Guillain. Ce genre de croisade douteuse lui ressemble aussi.

  • A certains moments, j’aimerais que l’église accepte, que la réunion ait lieu, et qu’on passe à autre chose, soupire Libby. Mais j’ai peur de ce qui peut arriver.  Il risque d’y avoir des manifestations, des protestations… Les armes ne sont pas censées être chargées mais qui ira vérifier ?

Elle pousse un nouveau soupir et reste silencieuse.

  • Que pouvons-nous faire pour te soutenir ? demande Greg en allongeant son bras pour poser sa main sur celle de Libby.

Je souris à Greg et une onde de chaleur me parcourt - c’est bien lui, capable de montrer qu’il est aux côtés d’une personne en désarroi avec juste une question et un geste chaleureux. Libby lui sourit en retour.

  • Déjà, rien que le fait que je puisse vous parler ainsi, c’est énorme. Je ne peux pas m’exprimer aussi librement dans l’église. Je me sens déjà mieux, plus légère - plus optimiste aussi. Après tout, il n’est pas impossible que, quel que soit la décision, ça ne se passe pas trop mal, sans catastrophe… Et... si vous le voulez, vous pouvez prier dans ce sens ?

J’amène des coupelles contenant les échantillons de crème brulée sur lesquels Jackson a exercé sa dextérité avec la torche. Il distribue les petites cuillères. Au moment de passer derrière Libby, je la vois frêle dans la tempête face à, peut-être, Guillain et son charisme. Ça ne l’a pas empêché de prendre du temps et de l’énergie un peu plus tôt pour qu’Amy et moi puissions nous entendre. Je mets mon bras autour de ses épaules et je l’embrasse sur la joue.

  • Nous sommes tous avec toi. Si cette réunion a lieu, nous viendrons et nous serons tes gardes du corps.

Cela fait rire Libby mais je croise le regard d’Amy et à ma surprise, pendant une fraction de seconde, je lis de l’indignation dans ses yeux.

 

8.

  • Ça ne t’ennuie pas ? ce n’est pas vraiment un restaurant traditionnel !

 

  • Tu plaisantes ? C’est une excellente idée ! Je ne savais pas que les drive-in existaient encore.

Greg et moi sommes dans la voiture, stationnée dans un parking - mais ce parking est en fait un restaurant de style fast food - où chacun passe sa commande via un interphone. Les serveurs arrivent sur des patins à roulettes portant le repas sur un plateau, et on mange sans quitter son véhicule. 

  • Je me suis dit que ça serait une bonne façon d'être au restaurant… et en même temps entre nous, explique-t-il.

 

  • Très bonne idée ! Tu as pensé à tout !

Nous regardons le menu. Je n’ai pas très faim et je sais que les moyens de Greg ne sont pas immenses. Je choisis un “junior Deluxe cheeseburger”, amusée par l’apparente contradiction du nom. Si c’est “junior”, c’est censé être petit, mais Deluxe évoque des ingrédients d’envergure en vastes quantités. Greg commande sans complexe un Quarter Pound Double cheeseburger. Quarter pound, ça veut dire que le pain de viande dans le burger pèse un quart de livre. La, il y en a deux, donc une demi-livre, auquel s’ajoute du fromage fondu, des oignons, des rondelles de tomates et des feuilles de laitues baignées de mayonnaise. Ça devrait le caler pour la nuit… nous commandons joyeusement des frites et du coca-cola pour les accompagner.

  • Tu aimes le coca ! s’exclame Greg. J’ai remarqué ça. C’est étonnant pour une Européenne, non ? Le soir de la représentation de Jackson, tu en as commandé, au lieu de choisir un verre de vin...

 

  • Oui, j’avoue ! J’étais aussi un peu méfiante… il vaut mieux un bon coca-cola qu’un mauvais verre de vin.

 

Greg éclate de rire.

  • Tu es déjà tellement américaine !

Il redevient sérieux.

  • Est-ce que je peux te poser une question ? dit-il en jouant machinalement avec le porte-clefs de mon trousseau, toujours accroché au contact sur le tableau de bord.

Il sait qu’il peut, naturellement, mais c’est sa façon de me prévenir qu’il a quelque chose de délicat à me demander. 

  • Bien sûr.

 

  • Est-ce que, tout au fond, ça t’agace que Jackson soit invité par cette Barbara ?

Je le regarde avec surprise.

  • Non, pourquoi ? Au contraire, je suis ravie ! Ça me soulage. Je l’aime beaucoup, le voir triste à cause de moi, ce n’était pas drôle ! Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

 

  • Juste la façon dont tu refusais de la rencontrer…

Je souris, un peu mal à l’aise.

  • Oh, ça n’a rien à voir avec Barbara. Ce sont mes vieilles névroses, c’est tout… Je n’aime pas qu’on me photographie, qu’on parle de moi…

 

  • Je me suis demandé aussi si c’était…

 

  • Oui ?

 

  • … une inquiétude latente qu’un de ces hommes dont tu me parlais hier soit toujours à ta poursuite... Et que tu imagines qu’il risque de te reconnaître en apercevant une photo de toi ?

Tous les Semblables le savent, quand on a besoin de trouver des explications à une conduite qu’on ne peut pas justifier facilement, c’est toujours une bonne idée d’attendre de voir si votre interlocuteur n’a pas déjà formulé une hypothèse. Il sera tout prêt à la croire puisqu’elle vient de lui.

  • Je crois que tu as raison, dis-je avec un soupir. Je n’étais comme ça quand j’étais petite. C’est devenu un réflexe, sans même que je fasse le rapprochement, alors que je suis à l’autre bout du monde.

Greg pose sa main sur la mienne avec sympathie.

  • J’ai fait un rêve, tu sais, m’apprend-il. J’ai rêvé qu’un de ces hommes était dans ton jardin, j’avais une arme à la main et je voulais te défendre. Mais je n’arrivais pas à bouger. J’étais paralysé. Je me répétais : tu dois tout sacrifier pour elle. Tire ! Mais j’étais dans cette angoisse, cette incertitude…

Greg reste silencieux un instant puis ajoute :

  • Il faut que je t’explique… Ma condamnation pour avoir tué Michael était la plus grave, mais ce n’était pas la première. Alors maintenant, si je suis condamné une nouvelle fois, ça fera trois condamnations. Ce sera la prison à vie.
  • Quoi ?
  • C’est la règle. “Three strikes law”. Le juge n’a pas le choix. C’est une peine automatique.

Je suis horrifiée.

  • Automatique, la prison à vie ?

 

  • Oui, c’est comme ça dans la plupart des états et en particulier dans le nôtre. Ils appellent ça “three strikes and you’re out” (Trois coups et tu es hors-jeu).

 

  • A quoi sert la justice si le juge, ou un jury, n’ont pas leur mot à dire ?

 

  • Ils établissent les faits, la culpabilité… Ensuite, la peine tombe. J’en ai rencontré pendant toutes ces années, des détenus qui savent qu’ils ne ressortiront jamais… Et les crimes qu’ils ont commis n’étaient pas si graves. Mais il y en a eu trois. Certains ont une façon de trouver un sens à leur vie qui m’a vraiment impressionné. Ils sont devenus des gens remarquables, mais ils resteront enfermés jusqu’à leur mort…

Il reste silencieux un instant.

  • Je ne sais pas si je pourrais… Depuis que je suis sorti, c’est une crainte qui ne me quitte pas : être  accusé - à tort - d’un crime, ou en commettre un comme dans mon rêve, pour protéger quelqu’un que j’aime. Et ma vie est finie. C’est un peu comme quand tu as le vertige. Tu es au bord de ce précipice, tu paniques et le vide t’attire sans que tu puisses lutter…

Je pose la main sur la sienne. 

  • Alors, établissons les choses clairement. Si un agresseur se trouve dans le jardin, qu’il vienne de mon passé ou pas, tu ne le confrontes pas… tu appelles la police…

 

  • Et je me retrouve en prison de toute façon. Ou tué. Quand on a la couleur de ma peau, ça arrive si vite…

Je dois avoir un regard affolé car il change soudain de ton et de posture.

  • Excuse-moi, je ne sais pas ce qui me prend de parler de tout ça. Ce n’est pas une conversation très réjouissante.

 

  • Mais tu fais bien ! Je ne me rendais pas compte ! Il faut que je sache…
  • Alors, écoute… en cas d’agresseur dans le jardin, tu vas me chercher et tu te caches dans la chambre d’amis avec les chats. Moi j’appelle la police.

Greg a un sourire triste. Notre dîner arrive et je suis heureuse de cette diversion. Je regarde son hamburger qui a la hauteur d’un petit immeuble.

  • Comment fais-tu pour mordre dedans sans que le contenu ne jaillisse de tous côtés ?

 

  • C’est tout un art, Max. Regarde.

Retrouvant sa contenance, Greg s’amuse à prendre un air important, comme un professeur pompeux enseignant un néophyte.

  • Regarde et apprends.

D’abord, il ouvre son hamburger, positionne les ingrédients pour que viande, fromage, tranche de tomate et laitue soient bien au milieu. Puis Il saisit le sandwich et l’aplatit entre ses mains - avant de mordre et d’en arracher un large morceau. Il affecte un air blasé, hausse les épaules.

  • Du vois, ch’est facile!

Je ris et mords dans le mien, qui, soulagement, se révèle plus “junior” que “Deluxe”.

  • C’est exactement ce que j’imaginais, à Saint Quentin. La nourriture est très mauvaise là-bas. On s'habitue… Mais je rêvais parfois de ça : manger un énorme hamburger dans un drive-in, avec une femme superbe à mes côtés…

Il me jette un regard malicieux, un regard où je discerne le petit garçon qu’il devait être. Je ris et attrape des frites.

  • Est-ce que tu te disais : et je lui expliquerai pourquoi je ne peux pas l’embrasser… 

 

  • Non… dans les rêves, on peut toujours embrasser la femme superbe. Dans la réalité, évidemment…

Il a soudain l’air inquiet.

  • Tu trouves ça bon ? Ce n’est pas très raffiné...
  • Ce n’est pas mauvais du tout ! Et bien chaud. Ils viennent d'être cuit !

Greg semble soulagé de ma réponse. En quelques larges bouchées, son hamburger a disparu. Pendant que je continue de manger le mien petit à petit, il reprend :

  • Première raison de ne pas t’embrasser…. Je suis toujours avec Carol.  Je vais lui parler ce weekend. Le fait est, en tout état de cause, nous sommes en train de nous éloigner l’un de l’autre. Je crois que je l’agace… Tu vois, ce soir et demain soir, elle a des soirées avec ses amies, elle n’a pas envie que je l’accompagne. Et puis elle m’en veut de ne pas avoir pris fait et cause pour elle lors de… de vos différends. Après le diner, tu sais, la reconstitution, j’étais furieux contre elle. J’avais vu dans quelle détresse ça t’a mis. Et c’était la première fois que je revoyais mon frère George depuis ma mise en liberté. J’avais 6 ans quand notre père est mort. George a quinze ans de plus que moi, il l’a un peu remplacé pour moi. Je voulais - je veux toujours - qu’il se rende compte que j’ai changé, je ne suis plus un toxicomane, je suis un repris de justice, oui, mais qui réinsère la société. Je veux être quelqu’un dont il peut enfin dire sans honte “oui, c’est mon petit frère”. Et voilà, notre première soirée ensemble, qui amène la petite amie cinglée qui ruine l’ambiance pour tout le monde ? Oui, c’est moi. J’aurais dû terminer la relation ce soir-là. La façon dont elle se plaignait de ne pas avoir été comprise… sans penser un instant au mal qu’elle avait pu causer. Parfois, il faut laisser la colère avoir le dernier mot…

Il reste silencieux quelques instants. Sans le quitter des yeux, je joue avec ma paille - il n’y a plus que des glaçons dans mon gobelet en carton.

  • Je la vois dimanche. Je lui parlerai. Je suis à peu près sûr qu’elle sera soulagée, en fait. Je suis plus âgé que la plupart de ses amis. Nous n’avons pas beaucoup d’intérêts communs. Je l’embarrasse, je crois… Tu veux autre chose ? Ils ont de bons milkshakes. Je crois que je vais en prendre un.

Le milkshake à la fraise est onctueux. Fraîcheur et consistance compensent le gout, qui évoque plus le chewing-gum que le fruit. Je dis en riant :

  • Ce soir, je vais courir autour du pâté de maison toute la nuit pour dépenser toutes ces calories !

Greg sourit.

  • Tu sais, il y a quelques endroits où on peut faire de belles promenades à Tacoma et dans les alentours. On pourrait explorer, faire de grandes marches dans les jours qui viennent … Je me déplace pas mal dans l’hôpital quand je travaille, mais je piétine beaucoup, ce n’est pas pareil. Tu veux goûter le mien, de milkshake ? Chocolat… Donc ça, c’était la première raison. Deuxième raison : je ne pouvais pas t’embrasser hier parce que tu traversais un orage émotionnel, en quelque sorte. Je ne pouvais pas savoir si c’est ce que tu voulais vraiment, à tête reposée, ou si tu étais dans une telle détresse que tu avais besoin de moi, sur le moment. Et là, ça aurait été malhonnête d’en profiter.

Je hoche la tête pensivement.

  • Donc cette deuxième raison est périmée à présent, n’est-ce pas ? Je ne suis plus dans l’orage émotionnel.

Greg hésite un instant, ce qu’il masque en finissant son milk-shake.

  • Il n’est pas exclu que tu sois encore dans… dans les effets qui peuvent suivre un bouleversement de ce genre. Ce que tu as vécu est tellement traumatisant… Il est tout à fait possible que d’ici… par exemple d’ici quelques jours, tu réalises qu’en fait, tu préfères que nous soyons amis. Je comprendrai. Et je veux rompre avec Carol en tout état de cause.

Je reste silencieuse un instant. Si j’apprécie sa volonté de s’assurer que mon consentement est authentique, quelque chose me gêne dans sa réponse. Je cherche mes mots.

  • Dis-moi, Greg, comment peux-tu savoir mieux que moi ce que je ressens ?  Hier, oui, je comprends. Mais à partir d’aujourd’hui, je reprends le siège du conducteur. Au figuré, ajoute-je en riant, voyant que Greg, avec un sourire, est prêt à me tendre les clefs. Nous devons attendre, oui, parce que Carol est toujours entre nous. Mais c’est tout.

 

  • Je me suis sans doute mal exprimé. Ces crises, ces attaques de panique perturbent les neurones d’une façon mesurable. Je veux juste en tenir compte…

 

  • Ok, dis-je…. Alors, si - par exemple - j’ai eu envie de t’embrasser AVANT l’orage émotionnel. N’est-ce pas le signe que c’est bien ce que je veux ?

Greg se raidit et me regarde, plus que surpris, choqué.

  • Quoi ? C’est vrai ?

 

  • Bien sûr que c’est vrai. Depuis le jour où tu es venu assembler mes meubles, j’ai senti… quelque chose entre nous. En tout cas, j’ai espéré qu’un jour, peut-être, quelque chose existerait entre nous.

Greg est songeur, je le sens ébranlé.

  • Je n’avais aucune idée… D’autant plus que Jackson était là. C’est la meilleure façon de passer inaperçu, c’est lui qu’on remarque.

Il me sourit timidement. Il paraît incertain, presque inquiet. Que je veuille de lui après le réconfort qu’il m’a apporté, il le comprenait. Mais qu’il ait pu me plaire depuis le début sans avoir rien fait pour ça, semble le déstabiliser et le ravir tout à la fois. Il prend ma main, la regarde en silence, puis embrasse ma paume et la referme.

  • Il faut que je m’habitue à cette idée… dit-il avec un sourire pensif.
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Yannick
Posté le 20/05/2020
Hi!
Je crois que l’année 2001 ne collera pas avec les vues youtube, les commentaires en ligne, les messages élogieux, etc.
2001 c’est l’année des attentats du World Trade Center, à prendre en compte pour la suite (pour le moment on est en juin) car ça a profondément bouleversé les USA (probablement plus que le coronavirus, pour l’instant en tout cas). Pas de smartphone, pas de réseaux sociaux (le début des emails courants, peut-être…). Youtube sera créé en 2005 et prendra quelques années avant de devenir le monstre d’aujourd’hui.
Quand à me-too … (2017 ?)

Quelques trucs notés en lisant :
qui doit être rappelé à la raison (rappelée)
quel que soit la décision (quelle que soit)
Ça ne l’a pas empêché (empêchée)
Je n’étais comme ça (je n’étais pas comme ça)
Puis Il saisit le sandwich (il, sans majuscule)
Ils viennent d'être cuit (cuits)
ça t’a mis (ça t’a mise)
annececile
Posté le 20/05/2020
Tu as tout a fait raison et j'ai d'ailleurs suivi le meme raisonnement. A l'origine, je pensais que l'action allait se derouler en 2020, on etait alors en 2019, et puis 2020 a pris un tournant un peu inattendu... :-) Donc j'ai imagine retourner en 2001. Mais en relisant ces chapitres au moment de les telecharger, j'ai realise que ca ne collerait pas pour toutes les raisons que tu mentionnes. Donc je pense 2018-19. Merci pour ton commentaire qui me conforte et pour ta lecture attentive!
Zoju
Posté le 01/05/2020
Salut ! J'ai bien aimé ce chapitre. Je suis contente d'avoir retrouver Jackson et me rend compte qu'il donne une bouffée d'oxygène à l'histoire. Même si c'est pas drôle du tout, j'ai bien ri avec la partie en lyrique. Je trouve ça une bonne idée. En ce qui concerne Katherine, je me demandais juste comment Max pouvait être au courant de son cancer. On se demande comment elle est au courant. Pour la partie avec Libby, je trouve le débat intéressant même si j'ai parfois été un peu perdue dans les dialogues. Si tu en parles, c'est que ce groupe religieux a du et doit encore existé. Enfin, en ce qui concerne Greg, je trouve ça bien qu'il mette les choses au clair. Car même si je n'apprécie pas Carol, je trouvais qu'il jouait un jeu un peu malsain avec deux femmes. (Lui donner des espérances). En tout cas je suis curieuse de connaitre la suite avec Guilhain qui traîne peut-être dans les parages. Courage :-)
annececile
Posté le 01/05/2020
Tu es vraiment courageuse d'avoir lu ce long chapitre si vite! Ca me fait plaisir, je me demandais comment tu reagirais avec la chanson... et tant mieux si ca t'a fait rire, c'etait aussi le but, alleger un dialogue necessaire mais dont je craignais qu'il soit un peu barbant. C'est Emilie "la petite Sainte" qui est au courant pour Katherine et sa crainte de cancer. Elle est dans l'au dela donc elle a acces a certaines informations... Merci de ton soutien et de tes avis, c'est vraiment precieux.
Zoju
Posté le 01/05/2020
Peut être un de mes défauts est justement de lire très vite peut être trop vite. Et puis, quand une histoire me plait je veux savoir la suite. :-) En ce qui concerne la petite sainte, j'ai encore un peu du mal à cerner ce personnage. On ne sait pas encore bien ce qu'elle est. Au moins, elle permet à Max d'être elle-même. Enfin, c'est l'impression que j'ai. Merci pour l'info sur Katherine.
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