Chapitre 10 : Versyl

Par Melo
Notes de l’auteur : Bonjour à tous ! Nouveau chapitre ! Je réponds à vos commentaires ce soir ! Merci encore pour ces vues et surtout pour votre soutient au travers de vos commentaires ! Bonne lecture !

Expliquer la force qui animait les bois bordant l'immense Académie des paladins était complexe, même pour le plus savant des hommes. Comme tout écosystème, la forêt était « vivante » et abritait de nombreuses créatures, vives ou mortes, immobiles ou agiles, inoffensives ou dangereuses.

Cependant, le cas de Versyl était plus particulier. Pour le comprendre de manière schématique, la forêt était telle une mère protégeant ses enfants. Elle était vivante, mais au sens propre du terme, c'est-à-dire qu'elle était dotée d'une conscience.

Lors de la construction de l'Académie, elle avait rapidement compris l'intérêt d'offrir son aide au directeur. En échange, elle ferait partie intégrante de l'école et serait protégée, elle et ses enfants, au même titre que l'Académie.

Garth se souvenait encore de cette « rencontre ». Il s'était approché de cette masse sombre et imposante d'arbres et avait posé ses armes en signe de paix. En réponse à ce geste, Versyl avait envoyé ses ambassadeurs, des kodamas.

Les kodamas étaient des yokaïs, des esprits habitant les arbres. Agiles, ces créatures portaient en permanence un masque affichant leurs émotions. Connus pour faire partie des êtres les plus sages foulant la terre, ils ne restaient cependant fidèles qu'à une seule et unique entité : la forêt qu'ils nommaient « Mère ».

— Garth, dit l'un d'entre eux, c'est un honneur de rencontrer un si palpitant exemple de votre espèce.

— C'est un honneur pour moi également, salua ce dernier. Entrons dans le vif du sujet, je vous prie. Vous avez remarqué ces dernières années que les dangers se multiplient autour de nous pour une raison qui nous échappe.

Les kodamas sourirent et s'échangèrent quelques regards, ce qui obligea Garth à souligner :

— Qui nous échappe à « nous ». Cependant, que vous ayez ou non la connaissance de la cause de nos malheurs, ces derniers vous touchent aussi.

Il s'arrêta un instant, semblant chercher ses mots. Des mots qui pourraient parvenir à les convaincre... à la convaincre. Il toussa pour s'éclaircir la voix et se lança :

— Voilà ma proposition : je construis actuellement une école qui a pour but d'améliorer notre avenir au travers de Paladins. Cette école sera protégée d'un dôme d'énergie la rendant intouchable pour chaque créature dominée ou motivée par une énergie néfaste.

Le kodama l'interrompit sans le moindre geste, loin d'être dupe des techniques de persuasion du futur directeur.

— Quel sera le prix ?

Garth sourit intérieurement : les négociations étaient lancées.

— Naturellement, mon but premier est de vous offrir mon aide. Je me sens concerné par l'équilibre de ce monde et votre mère en est une de ses composantes les plus anciennes. Elle est un véritable pilier et sa disparition serait néfaste à tous, y compris à nous...

— L'êtes-vous vraiment ?

L'interrogation subite de l'ambassadeur prit Garth au dépourvu.

— Pardon, mais que voulez-vous dire ?

— Vous venez de dire à l'instant que vous vous sentez concerné par l'équilibre de ce monde. Pourtant, ce sont bien certains membres de votre espèce qui ont engrangé pas à pas, égoïsme sur égoïsme et surtout caprice sur caprice, ce déséquilibre dont vous vous désolez tant.

Garth, forcé au mutisme face aux attaques verbales du yokaï, ne parvint à trouver aucune défense contre cette accusation dont il ne réussissait même pas, et il en était persuadé, à en comprendre la totalité du sens. Il savait que son interlocuteur et sa mère par extension avaient à leur connaissance des informations que lui-même ignorait malgré son large savoir de ce monde.

Toujours muet, il fixa le kodoma qui tournait la tête pour regarder ses comparses échangeant silencieusement à intervalles réguliers. Sachant qu'il avait un besoin vital de cet accord, il tenta une nouvelle approche :

— Je n'ai aucunement la prétention de mesurer et de sauver l'ensemble de l'équilibre de ce monde dont vous êtes de parfaits observateurs. Je tente en un sens d'agir en réparation contre les agissements de mes semblables en vous offrant cette protection.

— Votre « sollicitude » nous touche profondément, mais comme nous vous l'avons demandé précédemment, nous aimerions connaître le prix de cette proposition si charitable.

Les kodomas étaient d'excellents négociateurs. Maniant de nombreuses langues, de la plus jeune à celle oubliée de tous, ils étaient très malins et ne se laissaient jamais tromper par de belles paroles. Il était certain qu'ils auraient parfaitement pu faire fortune dans la société des Hommes s'ils n'avaient pas pour eux un profond désintérêt, voire dégoût.

Garth frotta doucement ses mains devenues calleuses avec le temps, tentant de présenter sa demande sous la meilleure forme possible dans le but de convaincre et non persuader ses si récalcitrants interlocuteurs.

— Eh bien, s'il était possible, j'aimerais organiser une épreuve chaque année au sein de votre mère. Votre rôle sera d'étudier les élèves et de leur opposer soit vos propres obstacles, à condition qu'ils ne leur soient pas mortels bien entendu ; soit des obstacles de notre propre fabrication. Cela vous permettra de participer à la création de vos futurs protecteurs, de s'assurer de leur bonne volonté et de les guider sur un chemin qui vous semblera digne.

— Mère se demande quelle est la raison de la création d'une telle épreuve au sein de son territoire ?

— Le but est de confronter les élèves au danger et à l'inconnu. Impossible de mettre en place une telle épreuve au sein même de ce qui sera leur foyer.

Un violent vent se déclencha soudainement, interrompant la conversation et provenant de ce qui semblait être le cœur de la forêt. Le feuillage des arbres se coucha face à ces violentes bourrasques ce qui ne dérangea pas pour autant les animaux et esprits qui poursuivaient paisiblement leurs occupations.

Le kodama resta un moment silencieux, écoutant le chant du vent avec attention. Son masque passa d'une faible teinte bleutée à une couleur plus verte. Il semblait passer par de nombreuses émotions qu'il tentait de cacher malgré son masque bien plus bavard que lui, mais non moins déchiffrable. Il redirigea son regard vers Garth qui attendait patiemment et finit par reprendre d'un ton ne laissant rien transparaître de ses pensées :

— Mère accepte généreusement votre marché et saura faire en sorte de donner du fil à retordre à vos futurs élèves.

il pencha sa tête, une couleur laissant supposer une profonde interrogation apparaissant sur son masque.

— C’est même étonnant, reprit-il, elle semble « apprécier » ce futur divertissement.

Sur ces mots, les kodamas et autres esprits intrigués de cette rencontre disparurent, se retirant dans les méandres de la forêt dont l'obscurité eut tôt fait de les rendre invisibles. Ils laissèrent ainsi Garth seul à l'orée de ces bois dont il savait pertinemment qu'ils seraient au cœur d'événements futurs.

***

De nombreuses années s'étaient écoulées et l'épreuve se déroulait de manière habituelle au sein de Versyl. Les apprentis s'étaient lancés au fur et à mesure, suivant le rythme du signal donné par leurs instructeurs et laissant ainsi le temps à Versyl de les éparpiller en son sein pour éviter qu'ils ne se croisent.

De nombreux élèves étaient à présent revenus de leur épreuve et discutaient tranquillement. Pourtant, un détail inquiétait Garth : apparemment, la majorité de ses étudiants avait terminé l'épreuve. Tous en fait excepté un groupe... le premier.

Le bras droit du directeur, Lesja, s’avança lentement. Elle avait toujours su trouver les bons mots pour conseiller le sage directeur de l'Académie qui connaissait et admettait ses propres limites. Pourtant, aujourd'hui, face à cette situation, aucun mot suffisamment empli d'empathie ne lui vint à l'esprit.

Face à l'urgence de la situation, elle finit par entreprendre une approche rationnelle et efficace.

— Maître, vous savez que ce n'est pas normal.

Le directeur de l'Académie souffla et se frotta lentement les yeux. Lesja lui disait ce que lui-même refusait de s'avouer.

— Je sais, Lesja, je sais...

Il jeta un regard à l'ensemble de ses étudiants. Il avait fallu que cela tombe sur le groupe de Shauna. Qu'est-ce qui pouvait les retarder à ce point ? Qu'est-ce qu'ils pouvaient avoir rencontré comme obstacle ?

Le directeur se passa la main sur le visage, plongé profondément dans ses pensées.

Quelle que soit la nature de cet obstacle, cela ne pouvait sûrement pas être une coïncidence.

Il releva soudain la tête, son corps entier comme parcouru d'une décharge électrique.

Une coïncidence ? Se pourrait-il que... ?

Ils n'avaient pas beaucoup de temps, il fallait agir maintenant et vite !

— Lesja ! Maître Panel ! Ordonnez à la totalité du corps professoral et aux Paladins présents de partir à la recherche des élèves du premier groupe ! Immédiatement !

Sur ces mots, comme pour donner raison à la soudaine inquiétude de l'homme, une brise l'atteignit, chantant doucement dans son oreille et chuchotant faiblement finalement une simple phrase relevant en réalité une peur bien plus grande :

« Le danger nous a finalement rattrapés, Garth. »

— Versyl, murmura le directeur.

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Blanche Koltien
Posté le 21/02/2021
Hello!!

Trop top ce chapitre!! Déjà le falshback avec la création de ces épreuves, le fait que Versyl soit consciente... Incroyable, vraiment!!

Et puis que dire de la fin?? C'est vraiment très bien mené!! On sent la tension qui habite le directeur, et on comprend qu'il se passe quelque chose de vraiment pas normal!

A suivre!!
DocteurK
Posté le 20/02/2021
Hey !

Déjà, j'aime la construction poétique de ce passage : "vives ou mortes, immobiles ou agiles, inoffensives ou dangereuses."

Et je trouve cool que t'aies fait un chapitre de transition après plusieurs combats difficiles.

Je crois avoir repéré un pléonasme dans cette phrase : "L'interrogation subite de l'ambassadeur prit Garth au dépourvu."

"j'aimerais organiser une épreuve chaque année au sein de votre mère." A ne pas sortir de son contexte... xD
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