Chapitre 10 : Stand de tir au pigeon

Ils avaient bien choisi leur nuit. En effet, la Lune déposait délicatement sa toile d'argent sur les toitures. Piquelles s'était endormi, à l'exception de quelques trouées de lumière bleues qui s'échappaient des maisons où quelques écrans étaient encore allumés. Parfois, depuis un halo doré s'évaporaient une cascade de rires et le tintement des verres. 

 

Le monde noir s'arrêtait sur le pas des portes. L'un et l'autre se contemplaient à travers les vitres et trouvaient son réconfort dans la présence de cette némésis. 

 

Surplombant la bourgade, la petite église en chaux blanche surveillait d'une hauteur bienveillante le quotidien de ses paroissiens. Malgré le délaissement dont elle souffrait au fil des années, la bâtisse ne perdait rien de sa tradition d'accueil et abritait sur ses marches adolescents, chats et pigeons dès qu'un rayon de soleil pointait. L'hiver, c'était aussi le lieu de rendez-vous des enfants qui profitaient de la place piétonne pour garnir le tapis neige de bonshommes au nez pointu et d'anges menus tracés dans la couche épaisse. 

 

Ils s'étaient perchés là, deux silhouettes noires sur les ombres noires de la cloche, tout au haut pour une meilleure visibilité sur les environs. La terrasse chapeautée de tuiles de l'Église avait été conçue pour améliorer l'isolation de la bâtisse, surtout depuis que le prêtre n'avait plus à la sonner à la force de ses bras. 

 

— Tu fais quoi ? grogna Suihei à l'intention d'Adèle Azzo. Je croyais qu'on avait dit pas de portable en mission nocturne. C'est dans le règlement.

 

L'enfant se passa les doigts sur son appareil dentaire. Elle n'en avait pas besoin, mais le gardait pour le style, comme elle le disait, et tritura ses élastiques roses. 

 

— La dernière fois qu'un supérieur est venu chez nous, grogna-t-elle, c'était il y a plus de vingt ans, et tu étais pas là. Je te garantis qu'ils sont pas près de s'intéresser de sitôt à ce qu'on fabrique dans ce trou du cul du monde.

 

Elle paniota de plus belle du bout de ses ongles vernis et la lumière de son écran se réfléchissait en une myriade d'étoiles pailletées dans ses iris aux couleurs de l'aube. Suihei releva la tête de la lunette qu'il était en train de visser au canon de son arme et la fixa d'un air interrogateur. En effet, son acolyte arborait un sourire tordu où perçait une excitation aux relents quelque peu pervers. 

 

— Tu es encore sur Instagram ? maugréa-t-il. Ou un autre de tes réseaux ? C'est pas le moment de faire des photos, on est en mission. 

 

— Je suis pas bête à ce point, rétorqua Adèle sans lever les yeux de son écran. Je faisais ce taf avait que tu naisses, je sais ce que je fais.

 

Suihei haussa les épaules et continua à préparer son sniper. Voilà plusieurs nuits qu'il traquait un Magicien dans la région, met rare et savoureux pour les Vampires. Il avait cru le dénicher quelques semaines plus tôt sur le toit d'un lycée, mais il ne s'agissait que d'un Sorcier. Et de sa soeur. 

 

Au souvenir des larmes de Na, il secoua la tête. C'était sa rédemption à lui qui importait, il devait corriger la terrible erreur qu'il avait commise, cela ne regardait en aucun cas sa soeur ou sa famille. Qui d'ailleurs n'auraient pas approuvé qu'il s'allie à l'Association des Gourmets de la Nature. 

 

— N'empêche, reprit Adèle, je ne comprends pas ton refus de devenir Vampire. Pour Carmen, tu reste un traître potentiel. Ça te coûte quoi ? C'est pas comme si tu étais encore un Sorcier. 

 

Le jeune homme ne répondit pas. À la place, il s'assura de la stabilité du trépied de son arme. Un problème d'angle et toute la mission pourrait bien être compromise. 

 

— Toujours aussi borné, pesta la Vampire. Si c'est pour être aussi sympa, tu ferais mieux d'aller retrouver ta soeur. Elle a l'air morte d'inquiétude. 

 

— Comment tu le sais ? demanda Suihei d'une voix égale. Tu ne la connais pas. 

 

Adèle leva le menton de son téléphone et agita l'appareil. Les breloques de plastique tintèrent, entre animaux aux grands yeux et coeur à paillettes. 

 

— Je discute avec une de ses amies, fit-elle. Une certaine Valentine. 

 

— Na ne connaît personne ici, affirma-t-il d'un ton catégorique. Son seul ami est Inare. Et il ne parlerait pas à une Vampire comme toi. 

 

— Pourtant, elle était dans la neige avec ta soeur. Quand je suis allée récupérer Carmen.

 

Adèle lui avait en effet raconté cette histoire de gosses évanouis avec une gamine enragée qui tenait à peine debout, mais Suihei n'y avait pas prêté plus d'importance que cela. Pour lui, ils n'avaient été que des dommages collatéraux sur le passage de Carmen. À aucun moment on ne lui avait dit que c'était sa soeur que Carmen visait.

 

— À propos de Carmen, murmura-t-il de sa voix grave, il va falloir faire quelque chose. Elle devient folle. Elle n'aurait jamais dû s'attaquer à une Sorcière comme cela. La Rotonde en entendra sûrement parler. 

 

— Que veux-tu, répondit Adèle. Tout le monde n'est pas de notre étoffe. Carmen est faible, l'absence de la Nature est en train de se faire sentir. Elle cherche à dévorer ce qui pourrait lui en rapporter un écho.

 

Un léger silence plana entre eux, ponctué de flocons que charriait un vent d'une incroyable douceur pour un soir d'hiver. 

 

— Je me demande, dit Suihei, quand nous aussi nous finirons par sombrer dans la folie. 

 

Il plissa ses yeux en amande vers l'horizon afin de guetter toute trace suspecte. Adèle ne répondit pas et se replongea sur son téléphone. Suihei avait l'habitude de l'indifférence de la Vampire sur ces questions. À chaque fois, elle se contentait de jouer le miroir et à lui renvoyer sa réflexion au visage afin de le laisser seul face au doute que créait en lui sa condition. Et c'était épuisant, toujours de chercher un allié chez une personne qui ne répondait jamais aux questions qui importaient. 

 

Le jeune homme passa la main sur son crâne fraîchement rasé et s'assura une dernière fois de la tenue de son sniper. Ainsi que de sa position. Puisqu'après tout, il ignorait combien de temps ils allaient devoir attendre, ni si cette surveillance allait porter ses fruits cette nuit-ci. 

 

Les minutes s'écoulèrent et devinrent demi-heures. Adèle tapotait sur son clavier et pouffait de temps à autre tandis qu'à l'horizon, les points de lumière s'éteignaient peu à peu à mesure que le sommeil engourdissait la ville. Les toitures inclinées formaient des accents circonflexes et les arbres des virgules qui liaient les rues entre elles. Suihei ne bougeait pas, prêt à tirer au moindre mouvement suspect. Dans le même temps, ses pensées s'envolèrent vers le quartier général où il espérait que Carmen n'irait pas accaparer Sylvia. Cette dernière avait besoin de repos et non pas de tenir compagnie à une Vampire exécrable en convalescence. 

 

Après un moment à fixer les trottoirs, ses yeux lui piquèrent. Contrairement aux Sorciers ou aux Vampires, il n'avait plus aucune protection face au froid. Son nez le démangeait et il tira un mouchoir de la poche de son manteau pour se dégager les narines. Au moment où il se repliait pour regagner sa position, Adèle se redressa soudain. 

 

Les oreilles aux aguets, elle rangea son téléphone et lui fit signe de se taire. Quelque chose était entré dans le périmètre, quelque chose d'assez différent pour modifier la structure de la Nature autour de lui. Aucun doute sur son essence spéciale, et probable qu'il s'agissait du Magicien recherché. 

 

Le plan était limpide et se déroula avec la transparence d'un torrent de montagne dans l'esprit de Suihei. Aussitôt, il s'allongea et cala ses coudes de manière à accueillir la crosse du sniper au creux de son épaule. Pendant ce temps, Adèle s'était perchée sur le rebord de la tourelle et fixait les environs à la recherche de leur cible. 

 

— À deux heures, chuchota-t-elle. Dis-moi quand tu es prêt, de mon côté c'est quand tu veux. 

 

Suihei calma sa respiration et cligna des yeux pour s'assurer qu'ils soient bien humides. Il ne faudrait pas que sa vision se trouble au moment fatidique. Puis, il murmura : 

 

— Trois. Deux. Un.

 

Le coup partit en un silence impeccable. Seul le chuchotis du tissu de son manteau froissé par le recul emplit quelque peu la nuit d'hiver. Debout sur le parapet, en véritable poupée de sucre rose, Adèle agitait les doigts davantage pour se guider que par réelle nécessité. Pour l'occasion, elle avait en effet créé une barrière de vide afin d'étouffer toute propagation du son autour de l'arme. En effet, il était peu probable qu'un coup de feu passe inaperçu dans une ville tranquille comme Piquelles. 

 

Quand elle eut fini, elle tendit la main vers Suihei. 

 

— Dépêche-toi, grogna-t-elle. Tu l'as touché, mais il risque encore de s'enfuir. 

 

Le temps pour Suihei de dissimuler le fusil sous une toile de fortune — il la démonterait plus tard — et il saisit le poignet tiède d'Adèle Azzo entre ses doigts. 

 

Un froid glacial le mordit alors qu'il sentait les degrés descendre pour le processus de téléportation. Puis, il perdit conscience. Quand il rouvrit les yeux près d'un parc, il retint un soupir de soulagement. Il n'appréciait en effet pas faire confiance à des forces de la nature inconnue pour désagréger sa structure moléculaire, la faire descendre au zéro absolu et le reconstituer sans la moindre erreur quelques mètres plus loin. Les cas d'amnésie ou de membres en moins n'étaient pas si rares chez les êtres qui abusaient de la téléportation.

 

— Loupé, persifla Adèle le ramenant à la réalité. Et même pas de quoi faire un bon casse-dalle. 

 

Suihei retira son bonnet, sans trop savoir pourquoi. Peut-être que parce que voir le corps osseux fracassé par terre le touchait. Ou que cette longue barbe blanche et ces yeux à la lueur animale lui rappelaient son propre grand-père. 

 

— Un Tantugou, commenta-t-il avec sobriété. Tu veux l'absorber ?

 

Adèle secoua la tête : 

 

— Je mange pas n'importe quoi, rétorqua-t-elle. À quoi ça me servirait la capacité de surveiller des étables ? 

 

Le vieillard toussota alors que sous son corps grandissait une flaque couleur d'encre. Avec les ombres fortes projetées par les réverbères, le nez crochu de l'Esprit découpait un simulacre de Lune sur le ciment de la route. 

 

— Va... Vampires, hoqueta-t-il. Vous... vous....

 

— Blah blah blah, l'interrompit Adèle. Bon, Suihei, on en fait quoi ? On l'achève dans un fossé ? 

 

Le jeune homme haussa les épaules.

 

— Ou on l'autorise à repartir, dit-il. Comme tu veux. 

 

Au sol, le Tantugou laissa échapper un râle de douleur entre ses lèvres parcheminées. Dans sa position recroquevillée, impossible pour Suihei d'estimer les dégâts de son tir. Il étrangla le début de soupçon de culpabilité qui se frayait un chemin acide dans sa gorge. 

 

À la place, il s'accroupit pour mieux jauger la situation. Les Tantugous étaient revenus dans la région depuis quelques années déjà, après une chute de population drastique. Il jeta un regard en coin à Adèle. Comment avait-elle pu confondre un Esprit berger avec un Magicien ? Cela n'avait pas de sens. C'était une vieille Vampire, puissante et rodée. 

 

D'ailleurs, Adèle semblait irritée par sa déconvenue. Elle se mordillait l'ongle du pouce en prenant soin de ne pas gratter son vernis. Dans le même temps, ses oreilles s'agitaient comme celle d'un chien à la recherche du moindre indice au sujet de leur véritable proie. 

 

— Va... va-t'en, gamine, hoqueta le vieillard. Laisse-moi tranquille. 

 

Suihei se releva et se pinça l'arête du nez. Il aurait bien voulu sauver le Tantugou, mais d'un coup, cela allait s'annoncer fort difficile. 

 

— Gamine ? répondit Adèle d'un ton givré. Gamine ?!

 

— Adèle, s'interposa Suihei. Je propose qu'on rentre. Il y a eu assez de dégâts pour ce soir. 

 

— Je m'en fous, écumait la Vampire. Je vais l'empailler, je te jure, et le coller dans le salon. 

 

— C'est..., poursuivit le Tantugou. Si ça te g... gêne. Gamine.

 

— Je ne suis pas une gamine ! s'exclama Adèle sans se soucier du voisinage. J'ai dévoré un homard, vieille peau ! Un homard ! Je serai encore jeune que tu porteras des couches !

 

La Vampire décocha un coup de pied de ses lourdes plateformes enrubannées. Le Tantugou roula sur le côté et expectora un mélange de mucus et de sang sur la voirie. 

 

— Ça suffit, insista Suihei. On risque d'attirer l'attention. Tu le finis ou on rentre. 

 

Adèle fronça les sourcils et se retourna, les bras croisés, en un déluge de froufrous pralinés. D'un geste autoritaire, elle leva l'index et pointa Suihei du doigt, prête à déverser toute sa rage incendiaire sur son coéquipier. Ce dernier attendit patiemment l'explosion du volcan, quitte à être enseveli de lave, du moment que ça permettait à la Vampire d'évacuer son trop-plein de pression. 

 

Mais alors qu'il s'apprêtait aux chocs des reproches, Adèle se figea. Elle ramena son index sur ses lèvres pour lui faire signe de se taire. À leurs pieds, le Tantugou gémissait tout bas, baignant dans son propre sang.

 

Dans ce genre de moments, Suihei regrettait encore plus le silence angoissant de la Nature envers lui. Avant son erreur, il aurait pu écouter les ondes murmurer et se diffuser sur son épiderme à la manière d'un radar. Il aurait pu goûter sur son palais l'odeur de la sueur de son poursuivant. Enfin, il aurait pu sentir des couleurs qu'ils ne pouvaient voir. Et au lieu de cela, il était condamné à se reposer sur une Vampire. 

 

La chute était bien dure. 

 

— Il est là, murmura Adèle. Tiens-toi prêt.

 

Suihei ne répondit pas. Il glissa simplement ses doigts dans sa poche pour frôler le métal glacé d'un couteau. Il valait mieux se méfier des Magiciens et de leur facilité à détruire. Des damnés parmi les damnés, même si Suihei aurait tout sacrifié pour être à leur place. Ou presque. Le doux visage d'un être aimé se tatoua en filigrane sur ses paupières. 

 

— Eh bien, roula une voix rocailleuse, que faites-vous à mon hôte ?

 

— Va-t-en, crachota le Tantugou. Je n'ai pas besoin de ton aide. Pars.

 

— Ttt-ttt, hors de question. 

 

Une haute silhouette se découpa depuis la pénombre d'un arbre. Le visage couvert d'un masque d'écorces, le Magicien secoua sa cape courte brodée de moire. Adèle gronda malgré elle et Suihei se mit en garde, prêt à tirer son arme au moindre mouvement suspect. 

 

— Du calme, rit le Magicien en un decrescendo cristallin. Je ne viens pas faire la guerre. Simplement récupérer le moyen de dormir au chaud pour moi ce soir. 

 

Adèle frissonna lorsqu'il la dépassa pour attraper le Tantugou. Ce dernier lâcha un râle de douleur à fendre le coeur. Suihei ne bougeait pas non plus, attendant le signal de sa coéquipière pour attaquer si nécessaire. 

 

— Un instant, fit Adèle en se retournant vers le Magicien. J'ai...

 

— Navré, rétorqua aussitôt l'individu masqué, mais je suis fatigué et j'ai faim. Sur ce, bonne soirée.

 

Le temps pour Suihei de bondir vers lui et le Tantugou avait disparu dans les bras du Magicien. Seule la flaque de sang dans le caniveau attestait de la présence de l'Esprit un instant auparavant. 

 

— Merde ! s'exclama-t-il. Merde de merde !

 

Furibond, il sortit son couteau et l'envoya vers un tronc d'un platane du parc. La lame siffla et se planta dans la chair de l'arbre en un bruit mat. Il aurait voulu tout arracher pour avoir laissé passer cette occasion unique de récupérer ce qu'il avait perdu. 

 

— On rentre, fit Adèle d'un air grave. Une fois qu'on a pris les affaires au clocher. Inutile de traîner ici plus longtemps, la mission est un échec. 

 

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Une fois de retour à la base, Adèle déversa sa colère.

 

— Cette enflure ! beugla la Vampire. À nous narguer, comme ça !

 

Le bras en écharpe, Carmen tapota la table du bout des ongles.

 

— Surtout qu'il va falloir être prudents, maugréa la Vampire. Les Chasseurs de Léopold se mettent en mouvement dans la zone. On est sous surveillance là-bas.

 

— Comment tu le sais ? demanda Suihei depuis une caisse. 

 

Carmen ne répondit pas. À place, elle se leva et laissa Adèle occupée à démolir le grille-pain qui avait eu le malheur d'un peu trop traîner pour se diriger vers sa chambre. 

 

Suihei se prit la tête entre les mains. Sylvia dut sentir sa détresse, car ses doigts diaphanes glissèrent vers lui à tâtons. Le jeune homme saisit la main tiède dans la sienne et laissa une larme couler le long de sa joue. Sans perturber sa respiration par le moindre hoquet de sanglot, au risque que Sylvia ne l'entende. Il ne voulait pas lui montrer sa détresse. Elle se leva de son fauteuil roulant en boîtant et tendit le bras afin de trouver la caisse. Il l'accompagna en douceur et elle se laissa tomber à ses côtés, nullement perturbée par les hurlements de rage d'Adèle qui était passée à la démolition du four micro-ondes. 

 

— Tu me tiens encore à l'écart, fit la jeune femme. Je n'aime pas quand tu fais cela. 

 

Suihei écrasa une nouvelle larme de sa main libre. Il n'osait pas avouer tout ce qu'il avait fait échouer par simple stupidité. Ou à tout le monde, mais pas à elle, pas à Sylvia. 

 

— Tu me demandes de te suivre, poursuivit-elle, comme quoi tu aurais un remède pour moi. Je donnerais tout pour te voir et pour vivre quelques années de plus avec toi. Mais...

 

Le mot demeura en suspens entre ses dents décolorés. Les cheveux filasse de Sylvia tombaient par paquet sur ses épaules alors que ses yeux erraient sans savoir où se fixer. 

 

— ... je n'aime pas quand tu me prends pour une imbécile, marmonna-t-elle. Je veux me battre moi aussi, c'est ma bataille et tu m'en tiens à l'écart.

 

— Tu ne comprends pas, maugréa Suihei en serrant la main de Sylvia un peu plus fort. Tu serais en danger avec nous. 

 

La jeune femme sursauta et commença à descendre de la caisse avec lenteur. 

 

— Je suis malade, Suihei, fit-elle en levant le front vers lui. Depuis toujours. Je suis capable de choisir seule mes dangers et ce pourquoi je veux mourir. 

 

Elle le tira vers elle et se rattrapa à ses épaules. Elle soufflait avec ce relent glaireux de la maladie qui la travaillait. À la voir d'aussi près, Suihei eut le coeur lacéré par les longs cernes violets qui creusaient ses yeux. 

 

Sylvia se mit sur la pointe de pied et hissa ses mains jusqu'à la nuque du jeune homme pour l'embrasser. 

 

— Je ne suis pas une enfant, murmura-t-elle. Tu devras me dire ce qu'il se passe si tu ne veux pas me perdre. 

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Le Saltimbanque
Posté le 20/03/2021
Encore un très bon chapitre.

Suihei m'a l'air d'être plutôt intéressant, dans le genre "personnage tourmenté et assez ambigu mais sans verser dans le super dark". Ses relations avec tous les autres Vampires sont bien écrites, et le chapitre se lit suuuuuuper vite.

Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais tu t'es lâché au début du chapitre. C'est vraiment très bien écrit. L'atmosphère nocturne onirique est très prenante.

Pour l'instant, j'arrive encore à me situer dans ton univers, mais avec la multiplication de tous ces termes (Magiciens, Sorciers, Féal, Vampire, Tantugou...), j'ai peur que tout devienne très confus. À voir.

Aussi, LE défaut du chapitre (le seul surtout), c'est ce paragraphe : de "Au souvenir des larmes de Na..." à "...l'Association des Gourmets de la Nature."
Je trouve ce passage très maladroit, voir mauvais. Cela aborde un point très important dans l'intrigue, mais aussi (je présume) ce qui semble être quelque chose d'assez difficile émotionnellement pour Suihei... et pourtant tout parait assez banal. Osef, pourrai-je même dire si je manquais de vocabulaire.
Suihei pense à sa soeur, à sa "rédemption" et à son passif douloureux comme si moi je pensais au linge que je vais devoir étendre. En un paragraphe assez rapide, Suihei parait être assez détaché de quelque chose qui, je trouve, à une importance majeure.
Selon moi, tu pourrais purement et simplement supprimer ce passage.

Voilà Voilou
Alice_Lath
Posté le 24/03/2021
Mmmh j'ose pas trop me lâcher dans l'onirique à chaque fois :/ j'ai peur de faire chier le lecteur, donc bon
Et oui, la multiplication des termes... Merci pour ton retour, je pense en effet qu'il va falloir que je fasse gaffe
Pareil, merci pour ton signalement sur le passage, je le retirerai peut-être ou a minima, je vais bien le retaper à fond haha je sais pas trop encore comment je vais le jouer
PS : Etendre du linge peut être dramatique.... Genre, quand tu fais la lessive de ton arrière-grand-pépé une fois qu'il est mort huhu
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