Chapitre 10 : Bons souvenirs

Après une longue journée de travail, je rentrai chez moi. Heather était sûrement partie tôt dans la matinée. Elle n'avait certainement pas envie de rester dans les parages après les récents évènements.

Je posai quelques dossiers sur une table du salon et remarquai qu'il y avait des messages sur mon répondeur. Je lançais la lecture de ceux-ci et entendis immédiatement la voix d'Heather. Elle semblait tellement hésitante et bafouillait. Elle était juste elle-même.

— Salut Cole... C'est Heather... Je sais que je devrais te laisser tomber... et ne pas chercher à m'approcher de toi. Je sais ce qu'on dit à ton sujet... Que tu n'es qu'un monstre sans cœur... Mais j'ai du mal à y croire... Tu n'es pas aussi mauvais que tu le crois... Et pourquoi je commence à raconter ma vie sur un répondeur moi ? Si ça se trouve, tu effaceras aussitôt ce message... J'aurais mieux fait de te le dire en face... Je m'en veux... et je comprends que tu ne veuilles pas d'une femme comme moi... Après tout, qui en voudrait ? Enfin bon, c'est fini... et j'ai quand même passé de bons moments avec toi. Bisous...

Le message se termina puis passa aussitôt au suivant. C'était encore elle. Je m'attendais déjà à une centaine de messages et étais persuadé que j'en aurais pour la soirée à tout écouter. J'avais tort.

— Oui, c'est encore moi... et ne fais pas attention au message précédent si tu l'as écouté. Qu'est-ce que je peux être conne des fois ! Bref... Peu importe... Mais sache que je ne te déteste pas Cole, au contraire... et si je te connaissais mieux, je suis persuadée que je pourrais t'apprécier. Au revoir.

C'était son dernier message.

Pour la première fois depuis notre rencontre, elle avait été totalement sincère, s'était ouverte, était compréhensive et elle me faisait ressentir quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis des années. Pas de l'amour, mais tout ce que j'avais perdu au cours de ma vie...

Elle me rappelait tout simplement de bons souvenirs, quand tout allait bien.

J'en souris. Mais ce fut de courte durée quand mon répondeur enchaîna sur le troisième et dernier message. Je ne pus m'empêcher de soupirer en comprenant qu'il s'agissait de Myriam, encore une fois. Elle n'allait pas me lâcher de sitôt.

— Salut mon Cole d'amour, ça fait un bon bout de temps que je n'ai pas eu de nouvelles de ta part... Il serait temps qu'on se revoie. Et si je venais te rendre visite ?

De nouveau, je soupirai. Elle était vraiment très acharnée... Je pouvais l'être tout autant, mais pas pour ce genre de futilités.

J'effaçai subitement le message sans même en entendre la fin. C'était vraiment le dernier message.

Myriam allait sûrement faire son apparition dans la soirée. Je pouvais accepter ses avances et la jeter telle une merde comme la dernière fois, mais je ne cherchais en aucun cas une femme soumise et aveuglée par moi.

L'idée qu'elle vienne et soit déçue de mon absence me plaisait déjà. Je quittai ma demeure en imaginant son visage se décomposer. Peut-être qu'elle m'oublierait enfin...

 

*

 

Comme d'habitude, je me retrouvais dans ce même bar. Vitalik n'était pas libre. Il avait une famille à gérer, voilà quelque chose qui nous opposait totalement.

Le rituel était toujours le même. J'approchais une femme quelconque et l'attirait d'une manière ou d'une autre vers un endroit un peu plus vide, à l'écart de quelques regards indésirables. Et le tout, avec quelques verres alcoolisés.

Alors qu'elle commençait à divaguer sur son travail inintéressant et se plaindre de sa patronne, une dispute retentit. Celle-ci attira mon attention. L'homme commençait à hurler sur cette femme qui semblait complètement perdue. En l'examinant de plus près, cette étrangère ressemblait énormément à Heather. Elle avait la même silhouette, ce même air innocent et surtout, cette même chevelure flamboyante.

L'homme l'abandonna. Elle resta au centre de la pièce sans se soucier du regard des autres de longues secondes puis finit par quitter les lieux.

— Cole ?

Je me rappelai soudainement que j'étais en pleine drague avec une inconnue. Elle se pencha pour mettre son avantageux décolleté en avant. Même si l'offre était très tentante, je l'abandonnai pour suivre cette rouquine, sans trop comprendre pourquoi.

Je la suivis jusqu'à l'extérieur. Je regardais aux alentours jusqu'à ce que mon regard se pose sur cette femme. Elle était adossée contre un mur, ses cheveux et ses mains recouvrant son visage. Elle semblait être en train de pleurer. Je m'approchai d'elle et lui tendis poliment un mouchoir, assez étrange venant de ma part.

Elle me remercia et le prit pour essuyer ses larmes.

— Je t'ai vue te disputer dans le bar, commentai-je pour lancer la discussion.

Elle regarda au sol comme si elle était honteuse. Elle tritura le mouchoir entre ses mains, anxieuse. Elle cherchait ses mots.

— Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé...

— Ce ne devait être qu'un abruti comme un autre.

Elle esquissa un bref sourire, presque forcé.

— C'est moi qui l'ai quitté, avoua-t-elle, faiblement.

Elle épongea ses larmes tout en me regardant attentivement, comme si elle cherchait une certaine réaction de ma part.

Elle me prit soudainement dans ses bras, sans la moindre raison. Elle s'agrippa à mon dos, tirant sur ma veste. Heureusement que je n'étais pas nu sinon elle aurait arraché ma peau avec une telle ferveur. Elle fondit en larmes sur mon épaule. Je me retins de soupirer.

Je la relâchai et pris son visage entre mes mains. Ses yeux étaient désormais totalement rougis par les larmes.

— On peut en parler si tu veux, lâchai-je d'un ton compréhensif.

— Je n'ai pas à t'en parler ! riposta-t-elle en contradiction de ses gestes.

Elle s'éloigna de moi de quelques pas. Dos à moi, elle croisa ses bras contre son torse.

— Je ne sais pas qui tu es... Je n'ai pas à parler avec des inconnus...

Elle resserra ses bras autour d'elle comme pour se créer une carapace. Elle tentait de trouver un vain moyen de m'écarter de son chemin.

Elle ne semblait pas me connaître, assez étonnant. Elle me rappelait alors cette rouquine que j'avais aperçue un jour dans ce même bar.

Je l'entendis renifler, elle passa sa main sur son visage, s'essuyant aux commissures de ses lèvres.

Je m'approchai d'elle, me mettant face à elle. Celle-ci évita immédiatement mon regard.

— Fous-moi la paix ! cracha-t-elle d'un ton qu'elle tentait de modérer

— D'accord, déclarai-je faiblement.

Son regard se posa alors sur moi et a priori, elle était totalement perdue. On ne pouvait pas lui en vouloir d'être incohérente dans sa manière d'agir. Après ce bref échange de regards, je m'éloignai d'elle puis rejoignis ma voiture. En montant dedans, je jetai un bref regard à mes messages. Un venait de Paris.

« Alors comment c'est d'avoir 29 ans ? »

Je savais qu'elle voulait gentiment se foutre de moi. Je lui répondis, ou du moins, je tentais de lui répondre correctement, ce qui était devenu une tâche assez complexe. Appuyant avec hésitation sur les touches je réussis à enchaîner une phrase plus ou moins potable.

« Je t'emmerde, très cordialement. »

Sa réponse ne se fit pas attendre. Elle était toujours scotchée à son portable contrairement à moi. Je pouvais très bien vivre sans, si seulement je n'avais pas de travail.

« Toujours aussi susceptible à propos de ton âge à ce que je vois. Qu'est-ce que ça va donner quand tu auras 30 ans ? »

« On va dire que je ne sais plus compter ou un truc dans le genre... »

Elle me répondit par un simple smiley souriant. Je savais ce que ça sous-entendait. La discussion était terminée parce qu'elle avait décidé qu'elle avait raison et que cet échange ne dépendait qu'elle. Dans d'autres circonstances, j'aurais persisté, mais cette fois-ci, ça m'arrangeait bien. Je n'étais pas en état de discuter davantage. Le fait que j'avais probablement trop bu était une bonne raison...

Je pensais rentrer chez moi tranquillement, du moins, je le croyais jusqu'à ce que je reçus un message provenant de Myriam. Visiblement, elle avait réussi à se procurer mon numéro et de mon fixe, et de mon portable, et ce, sûrement en fouillant dans le portable de son père. Pas étonnant venant d'elle... Elle était bien plus intrusive que je ne pouvais le croire.

« Je suis chez toi mon Cole d'amour. Je t'attends avec impatience. »

Elle n'était pas près de me lâcher. Je devais mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes.

En quelques minutes de trajet, j'arrivais à ma maison. Personne sous le porche, mais la porte était entrouverte. Elle avait vraiment réussi à s'introduire. J'aimais bien son côté acharné... sauf quand elle s'en prenait à moi.

Une fois à l'intérieur, je pus l'apercevoir assise sur un fauteuil, le sourire enjôleur, et prête à me déshabiller du regard. Elle se leva et s'approcha de moi pour prendre ma cravate entre ses doigts.

— Tu m'as manqué Cole, murmura-t-elle d'une voix suave.

Elle remonta ses mains jusqu'à mon cou, le caressant délicatement, puis déposa quelques baisers en espérant m'exciter. Elle s'y prenait à la perfection, j'étais prêt à la jeter sur le sol et la baiser de toutes les manières jusqu'à ce qu'elle me supplie d'arrêter. Peut-être qu'elle finirait par me laisser tranquille. J'en doutais. J'étais persuadé qu'elle ne s'en lasserait jamais et on pourrait baiser pendant des jours. L'idée était presque tentante...

Je la saisis par la mâchoire et la forçai à subir mon regard intimidant. Son expression ne changea pas et elle fit passer sa langue sur sa lèvre inférieure.

— Laisse-toi faire mon amour, susurra-t-elle.

— Tu sais que tu deviens très agaçante ? lui fis-je remarquer en me fichant de la blesser.

— Je sais que tu aimes ça.

Elle usait de ses cils battants pour m'amadouer. Heureusement que j'avais encore un peu de raison pour me guider.

— Je voyais déjà tous tes regards... Même quand je n'étais qu'une petite fille. Je le sais, cesse de te mentir à toi-même.

Son acharnement n'avait vraiment aucune limite. Si elle travaillait avec son père ou moi, elle aurait pu être un excellent atout. Sur le plan sexuel, elle ne servait pas à grand-chose.

J'approchai mon visage du sien. Je retins sa mâchoire de tomber en gardant mon emprise sur celle-ci. De mon autre main, je me saisis d'une poignée de cheveux et renversai sa tête. Mes lèvres n'étaient plus qu'à quelques centimètres de son cou, puis je les remontai jusqu'à son oreille gauche.

— Il n'y a que toi qui mens, murmurai-je en voulant lui faire du mal plus que jamais. Tu es la seule qui se fait des illusions...

En relâchant sa chevelure, elle eut quelques difficultés à tenir debout et s'appuya sur la première chose qu'elle put : le mur.

— Myriam, mais que vais-je faire de toi ? Tu te rends compte dans quel état tu te mets ? ironisai-je.

Elle se releva subitement, furieuse. Au moins, son comportement n'était plus aussi incompréhensible qu'auparavant. Elle prit violemment le col de ma chemise, plaquant son corps au mien.

— Tu veux la jouer comme ça Triaghan ? Ok, pas de problèmes. Mais explique-moi ta tromperie alors !

— Quelle tromperie ? On n'est même pas en couple... Je ne suis en couple avec personne d'ailleurs !

Elle me relâcha, s'éloigna de quelques pas pour s'approcher de mon téléphone et lança le répondeur. Durant tout le message, le visage de Myriam se durcit. Elle arrêta en plein milieu du discours hésitant de Heather.

— Qui est cette poufiasse ? persifla-t-elle.

Je la regardais, placide. Comme toutes les discussions que j'avais eues avec elle, celle-ci était tout aussi inutile et insensée.

Remarquant mon silence, elle revint près de moi, enragée.

— Je t'ai posé une question Triaghan ! Tu pourrais y répondre ! vociféra-t-elle de plus belle.

J'étais prêt à la gifler, mais je me retins subitement, complètement bloqué. Je n'en pouvais plus de la voir agir ainsi mais je ne pouvais vraiment pas franchir le pas de cette violence. Je tentai de reprendre le contrôle de mon corps et inspirai longuement. Tant pis, j'userais de mots, parce que c'était bien plus facile à supporter...

— Je veux qu'on soit clair une bonne fois pour toutes. Je ne t'aime pas. À vrai dire, je m'en fous de toi, royalement. Tu pourrais crever que je m'en foutrais tout autant. Myriam, tu as beau être la fille de Vitalik, je m'en fous. Je nierai tout en bloc, tu ne peux pas savoir à quel point je peux mentir pour arriver à mes fins.

Elle fixa le parquet, ses cheveux recouvrant son visage, et j'avais du mal à discerner son réel ressenti.

— Myriam, tu devrais vraiment perdre ton temps avec quelqu'un d'autre. Je ne suis pas aussi influençable que tu le crois. Maintenant si tu pouvais bien dégager de ma vue, ça me ferait extrêmement plaisir.

Elle ne bougea pas, reprenant lentement ses esprits. Elle n'allait tout de même pas rester ici éternellement !

— Quand je te demande de partir, c'est maintenant et uniquement maintenant sinon je te ferai sortir de moi-même, m'emportai-je.

Elle se redressa brusquement, écartant les cheveux de son visage. Elle fronça ses sourcils, à un tel point que ceux-ci prirent un angle plutôt surprenant.

— Tu n'es vraiment qu'un connard Cole !

— Voilà, tu finis enfin par comprendre ! rétorquai-je sarcastiquement.

— C'est d'ailleurs la dernière fois que tu me vois. De toute manière, tu préfères cette Heather. J'ai compris.

Elle remit son chandail en place, comme pour se donner une certaine dignité et prétendre que rien ne s'était passé. Elle n'était pas près d'abandonner ses mensonges.

— En vrai, je ne t'aimais pas, avoua-t-elle, en espérant me blesser à son tour. Je ne voulais que ton argent. J'étais persuadée que tu étais le genre d'homme qui se laisserait faire pour du sexe, que je pourrais tirer ce que je veux de toi...

— Tu t'es trompée sur toute la ligne.

— Non, j'ai toujours su que tu étais un connard. C'est ce que tu seras toujours.

Elle s'empara de son manteau qu'elle avait laissé sur une commode et l'enfila aussitôt.

— Ne t'en fais pas, je ne dirai rien à mon père, me rassura-t-elle. Je me fous de toi... Parce que oui, ce n'était que pour ton argent !

— Comme toutes les femmes, j'aurais dû me douter que tu ne t'intéressais qu'à l'argent. Ça ne m'étonne même pas !

Son visage n'était plus aussi charmant qu'auparavant. Elle s'approcha de la sortie d'une démarche rapide, mais elle se retourna pour prendre la parole une dernière fois :

— Tu sais quoi ? C'est très misogyne ce que tu viens de dire. Tu as beau avoir l'argent, ça n'excuse pas tout.

— D'accord, lâchai-je, indifférent.

— J'aurais vraiment préféré me tromper...

Elle me lança une simple grimace et s'en alla sans rien ajouter de plus. Tant mieux, on n'aurait plus à se voir, c'était une excellente nouvelle.

Après avoir pris une bouteille d'alcool de la cuisine, j'étais installé dans le canapé du salon à enchaîner les verres. Je dénouai le nœud de ma cravate puis la jetai au sol.

Voilà qu'encore une fois, je ressassais de mauvais souvenirs. D'ailleurs, comment avais-je pu être sur le point de la gifler ? Comment avais-je pu songer à ce genre de violence ? Et étrangement, j'avais envie de pleurer...

Sans même savoir pourquoi, j'écoutais une nouvelle fois le message d'Heather. Je m'allongeais sur le canapé, fermant les yeux.

— Salut Cole. C'est Heather. Je ne devrais pas te laisser de message... Je ferais mieux de te laisser tomber. Je sais ce qu'on dit à ton sujet... Que tu n'es qu'un monstre sans cœur... Mais bizarrement, j'en doute... Tu n'es pas aussi mauvais que tu le crois... Je suis vraiment ridicule à raconter ma vie sur un répondeur ! Peut-être que tu n'écouteras même pas ce message en entier... J'aurais mieux fait de te le dire en face... Je m'en veux... et je comprends que tu ne veuilles pas d'une femme comme moi... Après tout, qui en voudrait ? Bref... C'est fini... Mais j'ai passé de bons moments avec toi. Bisous.

Les mots tournoyèrent dans mon esprit, sûrement accentués par la fatigue ou encore l'alcool. S'était-elle vraiment attachée à moi ou mentait-elle ?

Je sentis alors un souffle brûlant sur mon oreille gauche, comme si quelqu'un venait d'entrer chez moi et m'observait.

— Tu sais ce que tu dois faire si quelque chose ne va pas.

J'ouvris les yeux brusquement et inspectai les alentours à bout de souffle. Absolument rien. C'était comme si quelque chose m'échappait...

Je posai ma main sur le haut de mon torse et soupirai presque de soulagement. Je resserrai le nœud de ma cravate dans ma main. Je posai alors mon regard au sol. J'étais persuadé de l'avoir enlevée puis jetée par terre.

Ce n'était qu'être un cauchemar. J'avais vraiment besoin de sommeil.

Je me laissai tomber dans le canapé. Une nuit comme une autre dans ma vie...

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ManonSeguin
Posté le 21/01/2021
Il se passe tellement de choses dans la vie de Cole..Toutes ces femmes et leurs caprices ahaha :') Il n'a pas l'air d'avoir une minute à lui pour souffler !
MissRedInHell
Posté le 22/01/2021
En effet. :')
C'est un homme d'affaires, un homme bien pressé haha XD
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