Chapitre 10 : Avenir

La consultation touchait à sa fin. Alors que Ankinée finissait de parler avec Mihran, Zoya sortit respirer au couloir. En sortant, elle ferma doucement la porte de la chambre du milicien derrière elle, puis s'appuya contre le mur. Elle rejeta la tête en arrière et soupira. Il lui semblait que l'histoire se répétait, et même si selon Céleste cela devrait les conduire chez eux, au fond d'elle l’adolescente n’appréciait que très peu ce constat. Aucune de ces personnes, ou du moins aucun de ces personnages ne méritaient de souffrir. Elle souhaitait un avenir meilleur à la fois pour la jeune mège et le milicien, et espérait qu'ils ne suivraient pas la trame des romans.

Voilà qu'elle se mettait à réfléchir comme Kyan. À cette pensée, elle sourit. C’était ces points communs qui avaient fait des trois adolescents un trio inséparable depuis l’école élémentaire. Plus elle passait de temps dans le royaume d’Aradæïa, plus elle voulait y prendre part et connaître un peu plus ce monde.

La porte s'ouvrit, puis Ankinée émergea dans le couloir. Mihran était encore dans sa chambre. La mège fit signe à l'adolescente de la suivre, et ensemble elles traversèrent le couloir pour descendre les escaliers. Ces derniers étaient en colimaçon. Zoya ne pouvait s’empêcher de pencher la tête pour regarder en bas en empruntant les marches, suivant tranquillement la brune. D'un autre côté, elle désirait lui poser des questions, mais hésitait quelques peu. Finalement, elle franchit le pas :


 

—Que penses-tu de Mihran ?


 

Devant elle, Ankinée parut pensive.


 

—Sa situation est assez compliquée. Je ne sais pas comment la traiter…


 

Elle baissa la tête :


 

—Je pense qu'Ayse m'a surestimée.

—Je crois plutôt que tu te sous-estimes. Si elle t'a envoyée ici, c'est qu'elle sait que tu vas y arriver.

—Alors je dois faire des recherches dès maintenant.


 

Zoya sourit. Elle ressentait la détermination dans les paroles de la jeune fille, cette volonté de ne pas décevoir sa mentor, mais surtout l’envie de réussir à aider son prochain. Elle était heureuse d’avoir pu lui remonter le moral, Ankinée était si peu sûre d'elle.

Ils arrivaient maintenant au bas des marches et traversaient le couloir qui menait à la sortie du palais. Zoya admira une dernière fois la décoration intérieure avant de franchir la porte de sortie. Des miliciens postés à l’entrée les saluèrent d'un signe de tête, et les deux jeunes filles firent de même. Elles avançaient maintenant dans les jardins, lorsque soudain elle entendit une voix familière les appeler. Zoya se tourna vers elle et aperçut au loin une silhouette qu'elle reconnut aussitôt :


 

—Kyan ! S'écria-t-elle.

—Kyan ! Cria à son tour Ankinée. Que fais-tu ici ?!


 

Elles étaient aussi surprise l'une que l'autre de voir l’adolescent debout, à côté d'un garçon aux cheveux d'argent et d'un grand roux. Dans sa surprise, l'adolescente avait aussi reconnu là Gallimard et un membre de la famille Phaneïan. D'un signe de tête, Ankinée lui demanda de la suivre, puis elles rejoignirent leur ami. Celui-ci parlait avec le meneur de la Milice Royale :


 

—Vous voyez bien que je les ai accompagnées jusqu'ici.

—Veuillez nous excuser, dit Ankinée en inclinant la tête. Cet étranger a voyagé avec moi et tenait à visiter le palais. Quant à moi, je suis membre de la Guilde des Mèges, ma mentor m'a investie d'une mission ici.

—Je vois, dit le roux en hochant la tête. Tu es la disciple d'Ayse.


 

Les yeux de la mège s'écarquillèrent d’étonnement. Mais elle se ressaisit vite :


 

—Comment le savez-vous ?

—Mihran m'en a parlé. Nous parlons souvent ensemble. Après tout, il est lui aussi de la Milice Royale.


 

Puisque la famille Arakel était une famille composée de miliciens depuis longtemps, il était normal de voir que d’autres miliciens fussent au courant, au moins, du fait qu'il fusse consulté régulièrement par une mège. Ankinée acquiesça d'un signe de tête. Gallimard semblait occupé avec Kyan et ce garçon. Il reporta son attention sur eux :


 

—Toi, dit-il à Kyan, je te laisse partir avec elles. Quant à toi…


 

Cette fois, son attention se focalisa sur le garçon aux cheveux d'argent. Ce dernier semblait effrayé face à son aîné.


 

—…Tu viens avec moi.


 

Le garçon opina du chef, la tête basse, comme intimidé. Il suivit Gallimard lorsque celui-ci se dirigea vers le palais. Zoya les regardait s'éloigner jusqu’à ce qu'ils pénètrent à l’intérieur de l'édifice. Elle tourna ensuite la tête vers son meilleur ami, les sourcils haussés :


 

—Que t’es-t-il arrivé ?!


 

La curiosité la dévorait. Ankinée aussi était intriguée et attendait la réponse de l'adolescent. Ce dernier leur raconta sa rencontre avec le jeune prince et son arrivée au palais, jusqu'au moment où il les avait aperçues et appelées. Zoya ne put s’empêcher de sourire lorsqu'elle entendit Kyan parler de la trappe par laquelle ils étaient passés. Il s’agissait bien de cette même trappe par laquelle elle avait pu rejoindre Ankinée, mais se garda de le lui dire. Quand Kyan remarqua que son sourire n’était pas anodin, elle lui fit un signe discret de la main pour lui signifier qu’elle lui expliquerait plus tard. Elle ne voulait pas se faire remarquer d'Ankinée qui n'avait rien vu de leur échange silencieux. La mège sourit :


 

—Il t'est arrivé tant de choses en si peu de temps.

—Il faut toujours le garder à l'œil, commenta Zoya. Comme Céleste, d'ailleurs. Au fait, il n’est pas avec toi ?


 

Elle comprit que quelque chose n'allait pas lorsqu'elle vit le visage de son ami changer.


 

—Et bien, fit-il, hésitant, lui et moi on s'est un peu disputés…

—Oh non, réagit Ankinée.. Vous avez l'air si proches, tous les deux. J’espère que vous allez pouvoir en parler et vous réconcilier.


 

Zoya sourit. Elle aimait la bienveillance de la jeune fille, qui n'avait même pas demandé la raison de cette dispute. Elle la remercia silencieusement puis tourna la tête vers Kyan. Ce dernier demeurait muet et détournait le regard.


 

—Il doit être devant le portail du palais, dit-il tout de même.


 

Les trois amis décidèrent de rejoindre Céleste avant de laisser les trois lycéens discutaient de ce qu'il s'était passé. Zoya ne cessait de jeter des coups d'œil vers son a ami, se demandant ce qu'il avait bien pu arrivé. Lui et Céleste s’entendaient bien, cela était surprenant d'entendre qu'ils s’étaient disputés. Kyan se sentait-il coupable ? Il semblait vouloir fuir le sujet, et détournait le regard pour ne pas la voir. Était-il en tort ? Cela ne serait pas surprenant, il agissait souvent sur un coup de tête alors que Céleste était plus réfléchi. Elle espérait aussi qu’ils allaient pouvoir en parler.

Ils avaient traversé les jardins et revenaient vers le portail. De l'autre côté de la porte, elle reconnut sans mal Céleste. À côté de lui se trouvaient une jeune fille et Ylaïda. Au-delà de ça, il y avait une foule devant le portail. Que se passait-il ? Les miliciens gardaient le portail fermé, la population semblait vouloir entrer. Alors qu'ils approchaient de la porte, Zoya pouvait maintenant entendre distinctement certaines voix.


 

—Comment va la reine ?

—Je veux entrer au palais !

—Je croyais que les séances du Conseil étaient accessibles à tous !


 

Un milicien leva un bras pour attirer leur attention.


 

—Cette séance du Conseil est exclusivement fermée au peuple. Il en va de la sécurité du royaume.


 

La foule attroupés devant le portail continuait de faire du bruit et de se montrer curieuse. Céleste se trouvait près des miliciens et semblait être épargné de ce bain de foule.


 

—Il n'y avait pas autant de monde, tout à l'heure, lâcha Zoya, surprise.

—La nouvelle a du prendre du temps pour se répandre, répondit Ankinée.


 

Zoya et Ankinée appelèrent Céleste, tandis que Kyan tournait le dos au portail. L'adolescent se retourna et sourit en les apercevant. Il s'approcha d'eux, suivi d'Ylaïda et de l'inconnue.


 

—Est-ce que nous pouvons sortir sans être bloqués par la foule ? S'enquit Zoya.

—Ma mentor m'a montrée où la rejoindre à la fin de la séance du Conseil, répondit la jeune fille dont elle ne connaissait pas le nom. Nous y serons plus tranquilles. Suivez moi.


 

Après qu’Ankinée, Zoya et Kyan eurent traversé le portail, ils suivirent la jeune fille avec Céleste et Ylaïda. Entre temps, ils se présentèrent, et elle apprit qu'elle s'appelait Nao. Ils durent d'abord traverser une partie de la foule et jouer des coudes pour se frayer un chemin, mais une fois qu'ils empruntèrent une rue moins fréquentée, le calme revint rapidement. Céleste et Ylaïda semblaient faire confiance en Nao, ce qui rassurait un peu Zoya. Elle avait encore le souvenir des brigands à l'esprit. Ils arrivèrent finalement devant une taverne.


 

—C'est ici, leur dit Nao en entrant dans l’établissement.


 

Le groupe lui emboîta le pas et entra à son tour. Ils s’installèrent à une table. Ylaïda, Ankinée et Nao n'eurent pas de mal à commander ce qu'ils souhaitaient. En revanche, les trois amis se retrouvaient sans mot. Ankinée leur suggéra plusieurs boissons, jusqu’à ce que chacun acquiesçât vaguement en apprenant le contenu d’un des breuvages.

S'ensuivit un silence durant lequel chacun buvait son breuvage. Zoya observait tour à tour Céleste et Kyan . Ses deux meilleurs amis s'obstinaient à s'ignorer, à regarder ailleurs pour éviter de croiser les yeux de l'autre. Zoya soupira :


 

—Céleste, Kyan, nous devons parler.


 

Puis elle s'adressa à Ankinée, Nao et Ylaïda :


 

—Excusez nous.


 

À la suite de ça, elle se leva. Les deux garçons se levèrent lentement, avant de la suivre dehors. Ils se trouvaient maintenant devant la taverne. Elle croisa les bras.


 

—Je sais que vous vous êtes disputés. J'ignore pourquoi, mais vous allez crever l’abcès et on va oublier tout ça.

—Kyan ne t'a rien dit ? Répondit Céleste.


 

Les deux désiraient garder le silence, et Zoya s’impatientait. Elle ne savait pas comment leur faire sortir les vers du nez quand ils étaient dans cet état. Habituellement, l'un d'eux était toujours assez bavard pour révéler le souci. Mais là elle avait à faire à deux visages de marbre. Zoya allait s'adresser à eux plus sévèrement lorsqu'elle aperçut une femme entrer dans la taverne. De la fenêtre, elle vit à l’intérieur Nao s'adresser à elle. Ce devait être sa mentor.


 

—Rentrons, dit-elle finalement.


 

Elle remarqua que ses deux amis commençaient à se détendre. Mais ce n’était que partie remise. Lorsqu'elle retourna dans la taverne, elle ressentit tout de suite que quelque chose avait changé. Il y avait une tension entre Ylaïda et la femme. Cette dernière devait être âgée d'une quarantaine d’années et avait la peau matte. Elle voyait dans son regard de la lassitude mélangée à de l'agacement.


 

—J’avais bien dit seulement nous deux, fut-elle à Nao.

—Je suis désolée, mais cette fille a insisté pour te parler. Elle prétend que notre guilde aurait tué son père.

—Je vois, soupira la femme.


 

Après que le tavernier lui eut servi une boisson, elle poursuivit :


 

—Je veux qu'elle et moi parlons seule à seule.


 

Elle insista en tournant la tête vers Nao :


 

—Seule à seule. Tu as bien compris ?


 

Nao serra les dents :


 

—D'accord, maman.


 

Zoya eut un sursaut de surprise. Elles ne se ressemblaient pas, et pourtant elles étaient bien mère et fille. Personne ne semblait être au courant de cette information puisque ses amis affichaient la même mine étonnée. À la suite de cela, ils sortirent de la taverne, à l'exception d’Ylaïda et la mère de Nao. Étant donné qu'ils étaient les seuls clients à cette période de l’après midi, les deux se retrouvaient seules pour parler.


 

—Je veux entendre ce qu'elles disent, dit Kyan en essayant de regarder la scène d'une fenêtre.

—Ce n'est pas une bonne idée, répondit Ankinée, même si la curiosité se lisait dans ses yeux.

—Je te suis, dit Nao à l'attention de Kyan. Il doit y avoir un moyen de les entendre.

—Je vous suis aussi, lâcha Céleste. Mais comment faire ?

—En utilisant l’air ?


 

Zoya était elle-même surprise d'avoir proposé cette idée. Elle poursuivit :


 

—Je peux peut-être déplacer le son dans l'air jusqu’à nous.

—On peut toujours essayer, dit Nao.


 

Sans prévenir, elle se déplaça furtivement vers la porte d’entrée de la taverne, puis poussa légèrement la porte. Elle était maintenant entrouverte. L'air se déplaçait donc à l’extérieur. Zoya remercia silencieusement la spadassin, puis s’approcha à son tour de la porte. Elle tendit les mains vers elle, puis se concentra pour amener l'air vers elle.

Elle avait l'impression que quelque chose lui murmurait comment faire. L’énergie, elle la sentait circuler en elle. C’était comme lors de son tout premier entraînement avec Ylaïda. Elle ressentait l'air autour d'elle, entrer et sortir de ses poumons, caresser sa peau, ses narines. Elle se concentra pour atteindre l’air environnant Ylaïda et la femme, puis tenta de tirer le son de leurs voix vers le groupe.


 

—Je crois que j’entend quelque chose, dit Kyan.


 

Zoya n'entendit que le silence, puis perçut enfin la conversation :


 

—…La guilde des Spadassins s'appuie sur des principes. Nous ne sommes pas de simples mercenaires, nous n'ôtons pas des vies tant qu'elles ne représentent pas un danger pour le royaume.

—Même pas pour un troll ?

—De mémoire, je n'ai jamais entendu parler d'un troll dans notre guilde.

—Vous devez mentir.


 

Zoya ressentit un pincement au cœur. La quête de justice, mais surtout de vengeance d'Ylaïda la détruisait doucement. Elle ne s’était jamais remise de la mort de son père adoptif, un troll des montagnes. Il aurait été tué par un humain, alors qu'elle était avec lui. Étant un troll solitaire et éloigné des humains, il n'avait jamais représenté de danger pour eux. Les spadassins ne tuaient jamais pour des raisons personnelles ou pour de l'argent. Mais alors, pourquoi Ylaïda s'acharnait-elle ainsi ?

Dans le fil de ses pensées, Zoya avait perdu la maîtrise de son élément. Les bribes de conversation ne leur parvenait plus, et elle sentait sa tête tourner. Ankinée s'approcha d'elle :


 

—Tout va bien ?

—Ça va aller, répondit-elle.


 

À nouveau, elle se concentra sur l'air ambiant et attira le son à eux.


 

—Viens à Ormomble, disait la meneuse des spadassins. Tu pourras consulter nos archives, mais aussi interroger les membres de la guilde. Je ne cache rien à personne.

—C'est ce que nous verrons.

—Dois-je prendre cette réponse pour un oui ?


 

Le silence répondit à cette question. Ylaïda hochait-elle la tête ? Zoya peinait à rester concentrée, de plus elle se sentait défaillir. Ankinée mit fin à l’opération en posant une main sur son épaule. Elle ressentait maintenant la fatigue, et s’autorisa à respirer un peu. À côté d'eux, Nao retenait un rire.


 

—Tout ça pour un troll…

—Un peu de respect pour les autres, lui dit Céleste. Ce n'est pas son père de sang, mais il l'est dans son cœur.

—Ça, je peux le comprendre. Après tout, j'ai été adoptée par Zéodora.

—Si Ylaïda part à Ormomble avec vous, demanda Kyan, elle sera votre invitée ?


 

Nao soupira en hochant la tête. Cela n'avait pas l'air de l'enchanter. Ce fût à ce moment là que la rousse réapparut à l’entrée, Zéodora derrière elle. Elles étaient debout face à eux et semblaient avoir entendu une partie de leurs échanges.


 

—Nao, lui dit Zéodora. Conduit là à l'auberge où nous passons la nuit. Elle passera la nuit avec nous, et demain nous quitterons la ville ensemble.


 

Elle tourna ensuite la tête vers eux, alors que Nao s’exécutait et invitait Ylaïda à la suivre. Lorsqu'elles sortirent de la taverne, Zéodora s'adressa à eux :


 

—Je souhaite parler avec vous, étrangers.


 

Puis, à l'attention d’Ankinée :


 

—Pourrais-tu nous attendre un instant ?


 

La mège hocha silencieusement la tête, puis la meneuse des spadassins invita Kyan, Céleste et Zoya à la suivre. À leur tour ils entrèrent dans la taverne et prirent place à sa table. Elle se demandait pourquoi voulait-elle s'adresser à trois adolescents qui venaient à peine d'entrer dans le royaume. Elle hoqueta de surprise quand Zéodora lâcha dans un soupir :


 

—Vous êtes des terriens, n’est-ce pas ?

—C-Comment le savez-vous ? S’enquit Kyan, la voix tremblante.


 

Céleste était tout aussi étonné qu'eux. Kyan était bien le seul à pouvoir parler. Le temps qu'ils reprennent leur calme, la femme répondit :


 

—Vous êtes différents des autres étrangers. Et puis, je vois dans vos yeux la même lueur que celle que j'avais en arrivant ici.

—Vous voulez dire que vous venez aussi de la Terre ? Demanda Zoya.


 

Elle acquiesça :


 

—Je n'ai que peu de souvenir de ma vie là bas. J’étais toute petite quand je m’étais réveillée à Aradæïa. Depuis, je ne me préoccupe plus de mon passé et avance vers le futur.

—Mais alors, la questionna Céleste, on n'est pas dans une histoire ? C'est la réalité ici ?!

—Une histoire ?


 

À son expression surprise, Zoya comprit qu'ils avaient en vérité atterri dans un monde parallèle. Elle se redressa de sa chaise, le sourire aux lèvres. Ses deux amis partageaient la même ferveur à l'entente de cette confirmation. Ils avaient tellement eu peur d’être coincés dans un roman, d'avoir à attendre longtemps avant de rentrer chez eux, que l’idée que l'univers qu'ils avaient imaginé en le lisant soit réel les rassurait enfin. Aussitôt, Zoya tapa les épaules de ses amis pour attirer leur attention :


 

—Aradæïa existe vraiment !

—Ankinée aussi, répondit Kyan.

—Vous m'aviez vu quand j'ai lancé des flammes ?! S'exclama Céleste. Je veux le refaire, c'est trop cool !


 

La crainte et l’inquiétude parties avaient laissé place à la joie et l'excitation. Zoya comprit en regardant dans les yeux de ses amis qu'ils étaient enfin libérés d'un poids. Mais la joie fût de courte durée, Zéodora les rappelant à l'ordre :


 

—Avant toute chose, expliquez moi quelle est cette histoire dont vous me parlez.


 

Zoya se racla la gorge :


 

—Et bien, il s'agit de livres que nous avons lu sur terre, et qui se déroule à Aradæïa.

—Quand on est arrivé ici, poursuivit Céleste, nous avions cru que tout était irréel et que vous étiez des personnages…

—Vous voulez dire que vous avez lu un livre qui raconte une histoire dans le royaume ? Et les personnages en seraient les habitants ? Les questionna Zéodora.

—Oui, soupira Kyan. Plus précisément, nous avons parlé à ces personnages. Il y a Ankinée, Ylaïda, mais aussi Mihran Arakel.


 

La leader des spadassins devint pensive. Zoya sentit une boule se former dans son estomac tant elle craignait qu'à nouveau quelque chose n'irait pas. Finalement, la femme reprit :


 

—Je ne connais pas vraiment ces personnes, cependant la famille Arakel est importante pour la capitale… il est étrange que des livres sur Aradæïa soient présents sur terre…


 

Elle hésita un instant, puis les interrogea :


 

—Connaissez-vous la légende des Oracles ?

—Les Oracles ? S'étonna Zoya. Je n'en ai jamais entendu parlé.

—Il s'agit d’individus qui auraient été désigné par les Déesses. Ils auraient la capacité d'avoir des visions de l’avenir, de manière différente d'une personne à une autre.

—Comment ça ? S’enquit Céleste. Vous voulez dire que celui qui a écrit ces livres est un Oracle ?

—C’est ça. Pourriez-vous me dire ce que raconte ces livres ?


 

Ce fût Kyan qui répondit :


 

—Les Chroniques d'Aradæïa raconte l'histoire de Mihran Arakel. Persuadé d’être victime d'une malédiction, il cherche à tout prix à la briser. Deux personnages lui viennent ensuite en aide, Ylaïda, qui par la même occasion enquête sur le meurtre de son père adoptif, et Ankinée, une jeune mège qui lui vient en aide par bonté.

—Je vois, dit Zéodora. Et que leur arrivera-t-il ensuite ?

—Dans leur quête, ils se rendent à Bélvin, la cité religieuse. Ils se rendent ensuite au Temple des Déesses pour essayer de communiquer avec elles. Malheureusement, cela tourne mal et…


 

La voix de Kyan devint basse. Il était tellement difficile de l'entendre dans ses derniers mots que Céleste termina le récit :


 

—Ankinée se sacrifie pour les sauver d'une mort certaine.


 

Zéodora hocha la tête :


 

—Ce que vous avez lu est peut-être les prémonitions d'un Oracle.

—Et on ne peut pas empêcher ça ? Demanda Kyan.

—Une prémonition n'est jamais définitive tant que les visions ne se sont pas accomplies. Vous pouvez éviter cela, si c’est ce que vous souhaitez.

—Comment faire ? S’enquit Zoya.

—Je n'en ai aucune idée, le destin est une chose complexe qui repose entre les mains des Déesses. Je suppose qu'en interférant sur le déroulement des visions, l'avenir pourrait être différent. Vous devriez pour cela surveiller de près Ylaïda, Ankinée et Mihran.

—Ça va être difficile, lâcha Kyan. Mais on peut toujours essayer.

—Ylaïda partira avec Nao et moi à Ormomble, leur dit Zéodora. L'un de vous devra venir avec moi pour veiller sur elle. Quant à Ankinée et Mihran, je ne sais pas ce qu'il va advenir d'eux.

—Mihran est de la milice royale, dit Zoya. Et Ankinée a pour mission de le consulter. Ils ne seront pas loin du palais pour un bon moment.

—Vous savez donc tout, sourit la femme. Informez moi de qui m'accompagnera le plus tôt possible.


 

Ensuite, Zéodora leur laissa le nom de l’auberge où elle passait la nuit pour pouvoir lui transmettre leur réponse. Ils parlèrent encore quelques minutes, se saluèrent, puis se séparèrent. En sortant, Zéodora salua Ankinée qui les attendait encore devant la taverne. Zoya remarqua dans les yeux de la spadassin une lueur étrange, comme si elle s’inquiétait de quelque chose. Ce fût avec un mauvais pressentiment que Zoya partit avec ses amis vers l'auberge dans laquelle ils étaient installés pour passer la nuit.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Notsil
Posté le 09/01/2021
Oh oh, on a du lourd côté révélations dans ce chapitre !

Donc il y aurait un Oracle sur Terre... et nos 3 amis seraient ses "agents" pour le modifier. Intéressant !!

Bon, ils ne semblent pas avoir encore compris qu'ils ne rentreraient jamais chez eux, mais dans l'excitation du moment... ils ont plutôt l'air soulagé ^^
Encre de Calame
Posté le 09/01/2021
Ahaha, oui, tu as touché quelque chose !

Je n'ai pas dit qu'ils ne rentreraient jamais chez eux 8D
Salut Les Confi
Posté le 08/01/2021
Oh mon dieu ça devient de plus en plus intéressant, je n'y aurai jamais pensé, j'ai trop hâte ! Encre de Calame je te remercie d'écrire cette magnifique histoire qui plaît à beaucoup d'entre nous je pense.
Encre de Calame
Posté le 08/01/2021
Merci beaucoup pour ce commentaire, ça me touche beaucoup ! :3
J'espère que la suite te plaira tout autant.
Vous lisez