Chapitre 10

Par AliceH
Notes de l’auteur : Oui, j'ai oublié de poster hier. Ne me jugez pas.
J'ai fait un "journal de bord" (Chambre capitonnée) sur le forum si ça vous intéresse.

Dans ce chapitre, des suffragettes, des problèmes administratifs et une personne bien bien bien cheloue.

Miss Fortune n'avait jamais vraiment compris comment se sociabiliser, plus particulièrement dans un groupe de connaissances déjà formé. En Enfer, elle ne connaissait que très peu de personnes ; sur Terre, encore moins. Pour l'instant, ces seules connaissances humaines étaient Lola et Hildegarde. Cependant, leurs relations lui semblaient encore trop superficielles pour y apposer le nom d'amitié. Lors de cette soirée passée au milieu de suffragettes de tous âges, elle utilisa la seule méthode qu'elle connaissait pour ne pas se faire montrer du doigt en société : passer inaperçu. La jeune démone prépara les boissons avec sa patronne et logeuse, les servit puis prit place sur une chaise branlante. Malheureusement pour elle et sa discrétion, celle-ci se brisa à peine fut-elle assise, ce qui fit ricaner certaines femmes présentes qui murmurèrent diverses remarques peu agréables sur son poids. Elle passa outre en prenant un autre siège : elle savait bien qu'elle était grosse, ce n'était pas maintenant qu'elle allait s'en attrister.

Durant les discours, dialogues, débats et disputes qui ponctuèrent les trois heures suivantes, elle enregistra avec une grande précision les lignes directrices de la politique actuelle et les discriminations envers les femmes, les ouvriers, les prolétaires, et contre une grande partie de la population du Continent Sud-Est en Général. Miss Fortune ne pipa mot mais Lola n'hésita pas à partager sa propre expérience : fille unique des anciens aubergistes, elle n'avait jamais été à l'école et avait travaillé avec ses parents. Quand ceux-ci étaient devenus vieux, elle s'en était occupée jusqu'à leur dernier souffle. À présent, elle était seule, sans mari ni enfants pour la soutenir financièrement ou moralement. L'importance de ces réunions pour elle était de pouvoir parler de ses difficultés avec d'autres femmes qui la comprendraient, puisque d'autres avaient des parcours similaires. Le schéma était le même : issues de familles pauvres, peu ou pas éduquées, elles suivaient les traces de leurs parents sans monter dans l'échelle sociale. La démone ne put s'empêcher de trouver un lien avec la situation telle qu'elle était en Enfer. Une fois mort, on procédait au Débaptême. Cette suite d'examens et d'entretiens en tout genres servait à vérifier que le tout nouveau venu était en pleine santé post-mortem et pouvait commencer à travailler à peine arrivé. Un effacement de la mémoire des tout jeunes défunts était nécessaire pour éviter que les souvenirs de leur vie ne parasitent leur existence d'après décès. Pendant les vingt-cinq premières années de son existence infernale, il exercait comme stagiaire dans un service qui lui était attribué. À la fin de son stage, il y devenait un véritable employé. Miss Fortune ne savait pas comment l'administration choisissait le lieu d'exercice des démons débutants et n'avait pas remarqué de grande différence entre le fait d'être stagiaire ou employée au BRHH, cependant. Cela devait sûrement être quelque chose de bien établi et compliqué à expliquer.

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– Veuillez patienter, nous allons prendre votre appel...

– Tous nos employés sont actuellement en ligne pour le moment, nous vous demandons de patienter...

– Le Bureau des Accréditations, Cartes, Dérogations et Certificats est ouvert tous les jours à toute heure, sauf quand nous ne sommes pas là.

– Veuillez patienter, nous allons prendre votre appel...

À force d'entendre ces message pré-enregistrés, La Mort avait décidé de poser le combiné du téléphone sur son bureau. Depuis un siècle qu'elle n'avait pas du refaire sa Dérogation d'Appel, elle avait oublié à quel point démarcher les services concernés était pénible. Face à elle, sous son apparence de corbeau, Lénore s'appliquait à imiter la musique d'attente en croassant.

L'administration est la plaie de notre société, songea La Mort. Elle nous suit, nous surveille, nous demande sans arrêt des comptes, mais dès qu'on a besoin d'aide de sa part, il n'y a plus personne. C'est plus facile à Nécropolis. Perséphone et Hadès sont plus au point sur bien des choses là-bas, pas comme Satan qui est alité·e depuis déjà quinze ans. Pourquoi j'ai déménagé d'ailleurs ?

« Déménager » n'était pas le bon mot pour qualifier son renvoi hors des terres de Necropolis. Elle avait été chassée pour avoir manqué à une règle fondamentale : sauver un être du brouillard des Limbes, à la frontière entre le Chaos et la porte d'entrée des Enfers. En se replongeant dans ses souvenirs, La Mort scruta sa compagne avec un petit sourire. Cela avait été difficile de devoir partir de cette manière, mais dès l'instant où elle avait vu Lénore, elle avait su qu'elle en valait largement la peine. C'est pour cela qu'elle l'avait sauvée et soignée chez elle, puis qu'elle avait décidé d'habiter à Pandémonium. Pour Lénore et personne d'autre. Elle leva la main et lui caressa la tête avant de lui murmurer un « Je t'aime ».

– Bureau des Accréditations, Cartes, Dérogations et Certificats, bonjour !

– Bonjour. Je suis La Mort et je souhaiterais renouveler ma Dérogation d'Appel, présenta la Cavalière de l'Apocalypse.

– Je vous mets en relation avec le service concerné.

La litanie de messages d'attente recommença. La Mort décida de prendre une mandoline qu'elle possédait depuis quelques temps afin d'y jouer elle aussi la tonalité d'attente. Elle était sur le point de passer au ukulélé quand on lui répondit qu'elle devait d'abord décliner son numéro d'accréditation. Elle n'en avait pas. Un lourd soupir lui parvient puis le bonhomme qui lui parlait la prévint qu'elle devrait passer en personne chercher sa Dérogation, accompagnée d'un justificatif d'identité. Il raccrocha après avoir grommelé un vague au revoir. La Mort se demanda si venir avec sa faux comptait comme preuve de son identité.

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– Cela ne s'est pas trop mal passé, relativisa Hildegarde en aidant Lola et Miss Fortune à nettoyer les tables après la fin de la réunion.

– Mis à part le fait que Sophie et ses commères soient venues piailler et taper à ma porte comme des damnées, tout s'est bien déroulé en effet, ponctua Lola en roulant des yeux.

– Je crois cependant que je vais avoir du mal à obtenir des adhésions à la L.U.F dans cette région. On demande une légère contrepartie financière pour aider à l'organisation d'événements, mais peu de femmes ici en ont les moyens. Tout passe dans le foyer. Je ne leur veux pas, bien sûr ! rectifia la jeune femme en remarquant que l'aubergiste allait répliquer. Il y a des priorités pour chacun et chacune, et vivre correctement en est la principale ! Du moment qu'elles réalisent qu'elles peuvent améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs enfants, je me dis que je ne perds pas mon temps. C'est juste que mes aînées risquent de ne pas apprécier...

– Pourquoi donc ? J'ai trouvé que vous étiez très bien, s'étonna Miss Fortune qui rangeait le bar.

– C'est gentil. Mais si je ne fais adhérer personne, nous aurons moins d'argent, nous pourrons moins nous faire connaître et donc moins populariser nos idées et réaliser nos ambitions politiques. Certaines de mes camarades pensent que certains secteurs industriels ou agricoles sont inutiles à notre lutte. Or, je crois bien qu'elles vont considérer le Comté d'Arbeit de cette manière si rien de concret ne se produit.

– Elles attendent quoi ?

– Peut-être que nous nous mettions à agresser le Comte d'Orville avec des fourches en réclamant notre liberté ! gloussa Lola.

Le Comte d'Orville était le dirigeant du comté, maire de la ville, et le directeur principal des usines qui y étaient implantées tout comme son père avant lui. Il vivait dans un coquet manoir blanc au luxuriant jardin de roses délicatement colorées et parfumées, gardé jour et nuit par des hommes armés. Les domestiques s'y affairaient en permanence et ceux-ci vivaient tous ensemble avec leurs familles dans une maison de bonne taille, située à l'opposée de la demeure principale. Même si leur situation n'était pas parfaite, ils vivaient bien mieux que les habitants des villages voisins.

– Ce n'est peut-être pas une idée si loufoque, avança Hildegarde. Pas mal de personnes de son acabit ont été renversées ces derniers temps.

– Chut ! Imprudente ! Tu ne voudrais pas que quelqu'un t'entende et te dénonce ? s'affola l'aubergiste en regardant dehors.

– Et bien, s'il m'arrête, Harold fera en sorte que mon sort soit connu et que les gens comme Sophie se réveillent enfin ! Tu sais tu aussi bien que moi quel genre de minche il est !

– Et bien moi je ne sais pas donc si vous pouviez m'expliquer, j'apprécierais, la coupa la démone.

Les deux humaines échangèrent un regard avant de sembler parvenir à un accord silencieux. Jetant son chiffon sur le comptoir, l'aubergiste prit place à côté d'Hildegarde.

– Les six sous-continents sont donc divisés en plusieurs régions, chacune contrôlés par un dirigeant, le Préfet, expliqua-t-elle en insistant sur ce dernier mot. Le Comte d'Orville est celui du comté d'Arbeit, par exemple. Mais ces derniers mois, des personnes à travers le continent Sud-Est voire même dans le continent Central ont commencé à se révolter. Manifestations, pétitions, grèves, etc, etc. Certains événements ont été très violents. Des gens sont morts. Des enfants, ajouta Lola après une pause brève mais douloureuse. Mais après tout ce chaos et tout le sang versé dans ces combats dus à leur entêtement, certains dirigeants ont démissionné.

– Ou sont simplement morts, glissa Hildegarde sans sembler choquée. Tués par leurs propres administrés en rage.

– C'est ce genre de méthodes que tu souhaites appliquer ici..? soupira l'aubergiste.

– Je ne souhaite la mort de personne, pas même celle de ce porc hautain. Pourtant, il y aurait de quoi le vouloir. Il viole impunément la loi parce qu'il sait qu'il peut acheter les envoyés de l'Inspection du Travail ! Faire travailler des enfants, des femmes enceintes, des estropiés... Tout ceux qui n'ont pas d'autre choix que de s'échiner à l'Usine parce qu'ils n'ont pas d'argent pour leurs propres dépenses, et encore moins pour leurs enfants ou leurs vieux jours !

– Ce n'est pas nous qui allons renverser la vapeur. C'est un système qui nous dépasse et nous devrions déjà être heureuses de ne pas être-

– Heureuses de quoi ? cracha Hildegarde alors qu'elle agitait le poing. De voir tous ces gens répéter encore et encore le même mode de vie que leurs parents et voir leurs enfants continuer ce cercle vicieux ? Laisser le Comte et ses comparses s'en mettre plein les poches sur le dos de plus pauvres qu'eux ? Laisser les populations subir toutes ces injustices sous prétextes qu'elles ne sont pas bien nées ? Je refuse !

La jeune s'arrêta un moment pour reprendre son souffle, les joues pourpres et les yeux brillants. Puis, elle prit son manteau et son foulard, les enfila et se dirigea à grands pas vers la porte d'entrée qu'elle ouvrit d'un geste brusque. Juste avant de quitter l'auberge, elle lança à Miss Fortune et Lola :

– J'ai acquis ces convictions bien avant de venir ici, et je les garderai jusqu'à ma mort.

La démon resta les bras croisés après que la jeune femme les eut quittées, regarda la pièce qu'elles venaient de laver toutes les trois puis se contenta de demander si elle pouvait aller se coucher. Non pas que les mystérieuses paroles de la féministe n'avaient pas titillé sa curiosité, mais car elle tombait de fatigue, chose à laquelle elle n'était pas habituée. Les démons avaient besoin de sommeil, bien sûr, mais ce n'était pas une nécessité comme pour les humains : ça tenait plus d'une habitude qu'autre chose. Luc ne dormait pratiquement jamais et s'en sortait très bien pour un ange déchu toujours sur le point de se faire étouffer par la paperasse qui s'entassait dans son bureau.

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Hans Sehen faisait partie des rares personnes qui pouvaient se qualifier comme étant appréciées par Luc Ifer. L'ancien ange n'avait jamais vraiment digéré sa chute du Paradis, encore moins son nouveau visage, bien moins beau que l'ancien, et sa mauvaise humeur permanente ne donnait pas vraiment envie de s'approcher de lui. Mais malgré tout, le chef de l'OEIL se disait qu'il devait encore avoir un bon fond. Bien caché. Très très bien caché. Peut-être sous la montagne de papiers qui l'entourait en permanence et menaçait à tout instant de s'écrouler sur lui. Après avoir monté les escaliers quatre à quatre faute d'ascenseur fonctionnel, il tapa à la porte du bureau 666 et entra pour voir une fouille archéologique des plus étranges. Raspoutine s'échinait à fouiller dans le tas gargantuesque de factures, bons de livraison, rapports, comptes-rendus, autographes, coupures de journaux, journaux entiers, magazines défraîchis, flyers, affiches promotionnelles, photographies, croquis, dossiers secrets, dossiers moins secrets, dossiers pas secrets du tout et autres sudoku qui occupaient la quasi totalité de la pièce, empêchant d'y deviner le moindre meuble Il n'eut pas besoin d'attendre le miaulement désespéré du félin pour comprendre qu'il fallait bazarder tout ce toutim rapidement. À grands gestes, les deux compères finirent par libérer Luc Ifer qui semblait encore moins joyeux que d'habitude. Il retrouva miraculeusement sa tasse de café dans ce fatras et s'enquit d'une voix sèche :

– Qu'est-ce qui t'amène ici mon cher Hans ?

– Je venais voir si tu avais des nouvelles de tes employés. J'ai appris qu'ils avaient fini de nettoyer l'Avenue Vogon, remis les Tuyaux d'Tri en route et pourtant, aucune trace d'eux. Ce qui signifie que l'idée selon laquelle ils sont sur Terre ne semble plus si loufoque.

– Mmmm...

Hans Sehen faisait partie des rares personnes qui pouvaient se qualifier comme étant appréciées par Luc Ifer. Ce dernier n'avait jamais émis de remarque concernant le physique de l'ange - triste reflet de sa beauté passée - ni sur son addiction à la caféine, et c'était déjà beaucoup. De plus, leurs bureaux étaient proches, anciennement jumelés (ou encore jumelés ? Il ne le savait même pas. La réponse devait être quelque part dans son bureau, au milieu d'une pile de papiers administratifs). Sans compter qu'il lui avait proposé son aide dès le début de ses déboires, ce qui pouvait laisser penser que sa sollicitude était sincère. Mais on était en Enfer, et personne n'était vraiment digne de confiance. Mais Hans avait l'air d'être quelqu'un de bien. Mais il se trompait peut-être. Mais ça valait le coup de prendre le risque. Mais non. Mais si. Mais non. Mais si. Mais non. Ah, c'était compliqué tout ça. Luc avait besoin d'aide, d'un temps mort qui lui permettrait de réfléchir sur le sujet. D'un Deus ex Machina.

– Regarde ce que j'ai récupéré Luc ! Il m'a fallu seulement huit heures d'attente et deux menaces de Dissolution pour avoir ma Dérogation d'Appel ! Et j'ai aussi- Ha, j'ai abîmé la peinture du plafond avec ma faux, pardon. C'est que c'est grand ces trucs-là ! J'ai aussi refait mes photos pour- Oh. Bonjour Hans Sehen.

Ou d'une Mort ex Machina.

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Comme Louise l'avait signalé à Dewey et Arsinoé quelques heures plus tôt, sa vision n'était pas des meilleures, particulièrement de son œil droit. Ainsi, alors qu'elle roulait de nuit, elle pestait de ne pas s'être arrêtée au dernier motel aperçu, aussi miteux était-il. Elle pestait de ne pas avoir mis une ampoule plus puissante pour l'unique phare sa moto, aussi chère fut-elle. Elle pestait d'être malvoyante, même si elle n'avait aucune responsabilité là-dedans contrairement aux deux premiers reproches dont elle s'accablait. Rouler de nuit n'est jamais une expérience follement agréable, particulièrement à moto : il fait sombre, il fait souvent froid, vous sentez parfois des bestioles vous frôler (mouches, moustiques, chauve-souris, dragons) et vous avez peur d'écraser quelqu'un ou quelque chose par accident.

Ainsi la seule chose à faire dans son cas était de continuer droit devant sur l'unique route au milieu de la campagne, du moins le devinait-elle à l'odeur de fumier ambiante. Louise serra donc son guidon et appuya sur l'accélérateur. Un rapide coup d'œil en direction du side-car en forme d'aquarium lui apprit qu'Arsinoé somnolait et que Dewey lisait à la lueur d'une lampe torche qu'elle gardait dans la boîte à gants.

Il y en a au moins deux qui sont tranquilles. Et c'est jamais moi. La vie est injuste. C'est quoi ça devant ? Un arbre. Des arbres. Beaucoup d'arbres. De grands arbres. Une forêt. Génial. Comme s'il faisait pas déjà assez noir comme ça, comme si j'avais pas déjà assez peur d'écraser des mulots comme ça, comme si je-

La raison pour laquelle Louise stoppait sa diatribe mentale était simple : il y avait quelqu'un au milieu de la route, à quelques dizaines de mètres. Il ou elle n'avait pourtant pas l'air de s'être perdu·e ou blessé·e par un accident quelconque. Non, iel se tenait bien droit·e et semblait les fixer de loin. La jeune femme ralentit et stoppa son engin lorsqu'elle s'estima assez proche de cette mystérieuse personne. Elle descendit, imitée par Dewey. Le bibliothécaire se massait la nuque tandis qu'ils s'approchaient de l'inconnu·e qui ne bougeait pas d'un cil. Il était quelqu'un de nerveux par nature. Il avait beaucoup de mal à aborder les gens ainsi qu'une grande tendance au sarcasme, ce qui expliquait que pas mal de monde avait une mauvaise première impression de lui. Cela le chagrinait un peu et le gênait beaucoup socialement. Heureusement, Louise prit la parole :

– Monsieur ! Ou Madame... hésita-t-elle. Vous avez besoin d'aide..?

L'inconnu·e la regarda avec autant d'intérêt que si elle avait été un caillou avant de se tourner vers Dewey. À peine eut-il le temps de cligner des yeux que iel se trouvait face à lui, presque plié·e en deux à cause de sa haute taille, son visage fin quasiment collé aux larges lunettes du compagnon d'infortune de Louise. Ses yeux en amande étaient sombres comme un ciel d'orage, mêlés à des pointes d'un vert profond. Ses longs cheveux gris et lisses lui tombaient aux coudes, rehaussés d'une couronne de branches couvertes de mousse. Sa voix semblait venue d'un autre monde , et Dewey comme Louise auraient pu croire seulement entendre le murmure des feuilles mortes si ils n'avaient pu la bouche de l'être étrange s'ouvrir :

– Enfant tu étais, enfant tu es, enfant tu resteras.

Sans même lui laisser le temps de quémander des explications face à cette devinette, iel disparut en un coup de vent. Les aulnes tout proches claquèrent sous une bourrasque et iel n'était plus là, ne laissant aucun signe de sa présence. Encore tremblants, les deux humains ne revinrent à la réalité qu'en entendant Arsinoé bailler alors qu'il s'en venait tranquillement.

– J'ai raté quelque chose ?

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