Chapitre 10

De retour chez mes parents, je commençais déjà à angoisser. Après leurs questions pressantes que j’avais réussi à esquiver pour la plupart, (oui je leur avais quand même dis que j’avais rencontré quelqu’un), je m’étais réfugiée dans ma chambre pour checker mon téléphone… Ca va, il me répondait toujours, mais, et si demain finalement il changeait d’avis comme ces mecs que j’avais pu croiser sur les applis ? Certains avaient été des spécialistes pour me sortir le grand jeu de la séduction, coucher avec moi puis disparaître quelques jours plus tard. Pourtant cette fois, je sentais que cela s’amorçait mieux. Il me parlait normalement, il n’y avait pas de lassitude dans ses propos ni d’heures interminables à attendre un signe de vie… Pas de quoi se mettre la rate au cours bouillon. Malgré tout, je détestais cette phase obligatoire : celle où on ne sait pas encore si oui ou non on est ensemble ; cette phase où il faut juste patienter et laisser du temps au temps pour savoir si on est en couple ; cette phase où aucune question ne peut être posée clairement parce qu’on ne se connaît pas encore assez même si on s’est vu nus… Non mais c’est vrai quoi, je n’allais pas lui demander par sms au bout d’une heure de séparation si nous formions ce que j’espérais. Je passerais pour une pimbêche assurément.

Au lieu de cela, je décidais de faire la fille enjouée pour lui répondre. En réalité, bien sûr je me retenais de lui envoyer mille messages compromettants ou insistants… Bien que certains m’échappèrent, je l’avoue. En même temps, j’étais très stressée et j’avais follement envie de le revoir. Je lui demandais le soir même si cela pouvait se faire au plus vite, n’osant pas lui demander directement si on pouvait se rencontrer carrément le lendemain. Contrairement à ce que je pensais, il ne se montra pas surpris, ni embêté. Il en fût même amusé. Il me proposait qu’on se retrouve deux jours plus tard. Il irait voir un Marvel avec ses potes et nous pourrions nous rejoindre ensuite, sur les coups de 22h. J’étais apaisée mais ce soir là je m’endormais difficilement, étant toujours perturbée par mes anciennes histoires.

Je passais une nuit horrible et les deux jours qui suivirent furent interminables. Je ne pensais qu’à lui, tout me ramenait à lui, et mes précédentes relations en toile de fond… une vraie torture. Cela peut paraître bizarre, mais ça ressemblait aux prémices de sentiments. J’éprouvais un manque et j’étais surexcitée au fur et à mesure que les heures passaient. D’ailleurs, je les décomptais soigneusement avec un certain agacement. Je pense que j’étais surtout à ce moment là dans une phase de profonde insécurité. Bien que tout fût idyllique, j’avais peur de l’avenir. Encore une fois, mes vieux démons me rattrapaient. Et si cette relation ne fonctionnait pas ? Si tout cela était éphémère ? Je m’étais emballée tellement de fois, tellement vite… Et si je m’attachais vraiment à lui et que tout capotait ? Je me repassais en boucle toutes ces questions et les sentais vivre en moi. Oui, décidément, j’étais très angoissée. Peu importe, nous étions déjà mardi soir et dans quelques minutes j’allais le revoir. Cette nouvelle étape serait peut-être un pas de plus vers une vraie relation et je pourrai ranger mes vieux fantômes au placard. Il fallait vraiment que j’arrête de tout calculer...

Pour passer le temps jusqu’au rendez-vous, j’étais allée en afterwork avec mes collègues. J’avais ensuite pris le métro jusqu’à Charles de Gaulle, là où il sortait du cinéma. J’étais arrivée avec quelques minutes d’avance et marchais d’un pas décidé jusqu’à notre point de rencontre, à la sortie donnant sur l’arc de triomphe. Je n’eu pas besoin d’attendre trop longtemps, il arrivait déjà.

Je ne me souviens plus tellement de nos retrouvailles, ni de notre trajet vers chez lui, mais je me rappelle avoir ressenti une immense bouffée d’aise lorsque je le vis. Il était tel que je l’avais laissé la dernière fois… le même, beau et souriant, tout simplement lui, celui que j’avais attendu pendant deux jours. Il me parlait avec enthousiasme, heureux de me retrouver. Il n’avait sans doute pas conscience du tumulte qui sévissait en moi. Et ça n’était pas plus mal, aucune raison de stresser donc.

Nous étions arrivés chez lui et étions seuls. Son coloc était sorti pour la nuit. Je me rappelle que nous avions passé un long moment dans le salon, sur le canapé, à juste discuter de son film, de ma soirée, de nos moments passés… Puis, nous nous étions câlinés et avions terminé dans la chambre. Nous l’avions refait, c’était mieux cette fois. Il y avait moins de gêne, plus de laissé allé mais ça n’était toujours pas très fluide. Je pense que je gardais dans un coin de ma tête toutes ces questions évoquées plus tôt. Lui non plus n’avait pas l’air des plus détendus, peut-être se disait-il la même chose. Et puis, après tout, ça ne faisait que trois fois que nous nous retrouvions sous la couette.

Me blottir dans ses bras pour m’endormir me fit un bien fou. L’espace d’un moment j’oubliais toutes mes craintes. Demain il faudrait aller travailler et attendre à nouveau la prochaine rencontre. La partie n’était pas encore gagnée.

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