Chapitre 1 : Un hiver trop long

Par Isapass

Chapitre 1 : Un hiver trop long

 

Emmitouflée dans son manteau de fourrure, Chumani dépose devant le tipi le bois qu’elle est allée ramasser aux alentours du village. Elle soulève la porte en peau de bison et entre. À l’intérieur, il règne une agréable chaleur comparée au froid glacial de cet hiver qui n’en finit pas.

– As-tu trouvé un peu de bois, ma grande ? demande Migina.

– Oui, Grand-Mère, j’en ai rapporté assez pour la journée.

La vieille femme est occupée à faire boire une tisane à Ayasha, la jeune sœur de Chumani. Elle laisse couler entre ses lèvres de toutes petites gorgées que la fillette, allongée sur son lit, peine à avaler.

– Comment va-t-elle ?

– Elle est faible. La fièvre ne la quitte pas malgré les remèdes que je lui donne.

Migina est la guérisseuse de la tribu. Auprès d’elle, Chumani apprend à soigner les hommes et les bêtes. La vieille femme dit qu’elle a beaucoup de talent pour ses huit ans. Plus tard, elle sera une grande femme-médecine.

Ayasha se rendort.

– Le froid et la neige ne nous aident pas, murmure Migina, Ta petite sœur guérirait sans doute si le temps était plus clément. Les provisions et le bois commencent à manquer, et mes réserves de plantes également. Bientôt, je ne pourrai plus préparer mes potions pour les malades.

– Le printemps devrait être arrivé depuis plusieurs semaines, maintenant, dit Chumani. Mais l’hiver est toujours aussi dur. Comment ça se fait, Grand-Mère ?

– Parfois, notre mère Nature nous met à l’épreuve. Elle teste notre résistance pour nous rendre plus forts. Ou bien, elle nous signifie que nous faisons des erreurs.

– Est-ce que nous sommes obligés d’attendre ? Nous ne pouvons rien faire ? Ayasha a seulement quatre ans, je voudrais tellement l’aider !

La guérisseuse sourit à l’ardeur de sa petite-fille.

– Mon père me racontait la légende de la source des saisons, quand j’avais ton âge : « Là-haut, dans la montagne, l’œil de l’ours est un passage. Si tu suis la roche blanche, elle te conduira à la source des saisons. Elle ruisselle et répand sur la terre le cycle de la vie : renouveau du printemps, force de l’été, récolte de l’automne et repos de l’hiver. » Il racontait aussi que si cette source ne coulait plus, le temps s’arrêterait.

– Mais alors, elle doit être bouchée ! s’écrie Chumani. Il faut y aller !

– Hélas, plus personne ne se souvient où elle se trouve, les indications de la légende ne sont pas assez précises, répond tristement Migina. Les hommes ont oublié les secrets de la nature, ils ne savent plus l’écouter.

 

Chumani sort du tipi. Elle a peur pour sa sœur, pour tous les membres du clan et elle est en colère de ne rien pouvoir tenter. Elle pense à l’histoire que vient de lui raconter Migina.

Alors qu’elle dépasse l’enclos des chevaux, elle croise un des guerriers de la tribu.

– Ne t’éloigne pas trop, Chumani, lui conseille-t-il. Le territoire des loups commence aux premières collines. Tu sais que ce sont nos ennemis. Nous devons les chasser pour nous protéger quand ils s’approchent trop du village.

Toute à ses pensées, elle n’écoute qu’à moitié, mais elle tourne les yeux dans la direction qu’il indique, vers la montagne. La source des saisons coule là-haut, quelque part. Elle sent un besoin irrésistible d’aller la chercher. Il faut qu’elle la trouve, elle n’a pas le choix ! C’est le seul moyen pour faire renaître le printemps et guérir sa petite sœur Ayasha.

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