Chapitre 1 : Timotey

Par Blacky

Chapitre 1 : Timotey

Quand Timotey ouvrit les yeux, il ne se souvenait de rien. Ni d'où il était, ni de pourquoi il y était, ni de ce qu'il avait fait de sa vie avant ce moment-là. Il se redressa sur ses coudes, et le draps qui le couvrait glissa sur son torse nu. Il était allongé dans le lit double d'une petite chambre d'hôtel, minable mais propre. Le store mal fermé de la fenêtre laissait filer de grands traits de lumière qui éclairaient la pièce d'une manière bizarre.

En-dehors du lit, il n'y avait pas grand-chose à éclairer de toute manière. Une armoire, un bureau minuscule et une porte donnant sur une salle de bain qui, de ce qu'il pouvait en voir, semblait ridiculement petite. Il y avait aussi un fauteuil et, dans ce fauteuil, une personne était assise. Ce furent ses grands yeux verts qui rendirent à Timotey l'intégralité de ses souvenirs.

Elizandre était le point d'ancrage de son petit univers. Il était plus tranquille quand elle était dans la pièce, il respirait mieux, son cœur battait moins difficilement. Et il savait que c'était le cas pour elle aussi. Depuis des années ils n'avaient pu compter sur personne d'autre, ils tiraient toute leur force de cette seule relation fusionnelle qu'ils entretenaient. Souvent cela leur suffisait, parfois ils avaient eu envie de plus ; mais toujours ils avaient fini par comprendre qu'ils ne trouveraient jamais rien de mieux.

On disait souvent de Timotey qu'il était ce qu'Elmadina avait fait de plus étrange depuis fort longtemps. En tout cas, quand les gens avaient le temps de parler sur son compte… Certes, il n'avait pas le hâle uniforme, le petit nez busqué ou la blondeur réglementaire. Il n'avait pas fait retoucher les traits de son visage pour qu'ils paraissent ouverts et agréables, et il n'avait pas de grands yeux clairs. Oh, et il était hors de question pour lui de céder à la mode des torses glabres, ses poils étaient très bien où ils étaient, merci pour eux.

La seule règle à laquelle Timotey acceptait de se conformer était celle de l'unité de couleur. La mode voulait que, si vous choisissiez de vous vêtir en rose par exemple, chacun de vos vêtements du jour, du chapeau à plumes jusqu'à la pointe des escarpins, soient roses, peu importe la nuance. Timotey optait pour le noir, en toutes circonstances. Et il refusait toujours de porter les articles aux coupes extravagantes que les tailleurs créaient pour minimiser le côté fade des coloris unis…

Mais alors, si Timotey était un drôle d'oiseau pour la société droite et claire d'Elmadina, qu'était Elizandre ? Une extra-terrestre. Un petit lutin, il aimait à le penser. Elle était l'exacte opposée de ce que chacun dans cette ville appelait la beauté. Elle n'était pas grande, elle n'avait pas la maigreur d'un fil de fer et aussi peu de poitrine qu'une enfant de 8 ans. Et, chez elle, le bronzage californien n'était pas plus d'actualité que les cheveux raides et méchés de rigueur. Mais elle n'en était que plus belle aux yeux de Timotey.

Ils s'observèrent un moment sans rien dire, puis Eli se décida à rejoindre Tim sur le lit. Il sourit en la regardant approcher. Évidemment, elle portait sa tenue préférée. Un t-shirt de marin à rayures et une salopette en jeans trop grande qu'elle n'attachait toujours que d'un côté et dont elle roulait le bas des jambes au dessus de ses chevilles. C'était une antiquité, les matières trop brutes comme le jeans ou le cuir n'étaient plus à la mode depuis des années et on n'en faisait plus des vêtements. Bien entendu, c'étaient les matières favorites d'Eli…

Elle s'installa de biais sur la couverture, les fesses au bord du vide et les pieds vers Timotey afin de lui faire face. Elle ramena ses jambes contre sa poitrine, les entoura de ses bras et posa son menton sur ses genoux. Comme très souvent, elle était pieds nus. Elle fit jouer un moment ses orteils dans les plis du drap, tritura l'ongle de son petit doigt de pied… Elle avait les yeux baissés et, pour attirer son attention, Tim suivit du bout des doigts le délicat tracé des veines bleues sous la peau. Elle avait de tous petits pieds, doux et délicats comme ceux d'une princesse.

Eli ne releva pas la tête vers lui, mais elle se saisit de sa main et la plaqua contre le matelas, paume vers le plafond. De l'ongle, elle commença à y dessiner des arabesques qu'elle était seule à voir. Tim ne voulait pas briser ce moment de quiétude, mais il y avait quelque chose qu'il fallait qu'il sache. Certes, il avait repris possession de tous ses souvenirs quand il avait vu Eli, mais une dernière chose le tracassait. La fin de la soirée précédente était une tache noire dans sa mémoire. Et il savait que ce n'était pas dû à l'alcool.

– Est-ce que… Est-ce que je l'ai tué ?

Il avait beau avoir chuchoté, Elizandre tressaillit comme si un coup de tonnerre venait de retentir. Elle interrompit son geste, mais Tim attrapa sa main avant qu'elle ait pu la retirer. Il la pressa doucement pour l'encourager à parler.

Soudainement, Eli releva la tête vers lui. Son teint de lait et ses traits de poupée étaient si familiers à Tim qu'il aurait pu la dessiner dans le noir. Son visage affichait rarement d'autres expressions que celles, neutre ou butée, qu'elle voulait bien laisser voir au monde. Il était la seule personne en la présence de qui elle acceptait de se détendre ou de dormir, il était l'unique bénéficiaire de ses rares sourires. Et il se sentait l'homme le plus privilégié du monde pour ça.

De sa main libre, il repoussa une mèche couleur de cuivre derrière l'oreille de la jeune femme, dégageant ses yeux. Il les scruta. Car, si le visage d'Eli ne laissait rien passer, ses yeux, eux, étaient deux fenêtres grandes ouvertes sur les sentiments qui animaient son âme. C'était une chose que Tim chérissait particulièrement. Au fil des années qu'ils avaient passées ensemble, après chaque épreuve qu'ils avaient surmontée, il avait craint qu'elle finisse par perdre son humanité. Et selon lui ils ne pouvaient pas se le permettre, elle ne devait pas perdre ce que lui-même n'avait plus…

– Eli, implora-t-il en serrant de nouveau sa main.

Elle malmenait sa lèvre inférieure avec ses dents, comme quand elle était triste ou anxieuse. Il savait qu'elle finirait par le lui dire : elle lui avait fait la promesse, il y avait longtemps, de ne jamais le garder dans l'ignorance de ce qu'il faisait dans ces moments-là. Et, effectivement, elle hocha enfin la tête, confirmant ce que, secrètement, il savait déjà.

Elizandre noua ses doigts à ceux du brun et, sans les lâcher, s'approcha à quatre pattes pour venir s'asseoir à côté de lui contre la tête de lit. Il drapa son bras libre autour de la jeune femme et elle cala sa tête dans le creux de son épaule nue.

– Ne t'inquiète pas, dit-elle, j'ai fait le nécessaire.

Elle le faisait toujours. Elle était son petit ange gardien, la seule personne qui n'aurait jamais rien à craindre de lui. Si elle n'avait pas été là, il y a sans doute un moment que la lumière du jour lui manquerait… Il finissait toujours par tout gâcher, mais elle passait derrière lui pour arranger les choses. Elle réparait ce qu'il brisait, rangeait le désordre qu'il causait et elle effaçait leurs traces…

– Jonas doit être furieux…

– N'y pense pas ! s'exclama Eli.

– Il ne t'a pas causé trop de problèmes ?

Elle se déboîta presque le cou pour le regarder dans les yeux.

– Non. Il m'a aidée à couvrir nos traces…

Elle hésitait visiblement à terminer. D'un mouvement du menton, Tim l'encouragea.

– En vérité… Il n'était pas très intéressé par notre accord, j'avais passé tout le rendez-vous à le manœuvrer presque en vain. Il a changé d'avis quand il a vu le corps.

Tim soupira profondément. Les sourcils froncés, il appuya l'arrière de sa tête contre le mur et il perdit son regard dans la contemplation du plafond. Il laissa s'écouler un long silence avant de reprendre.

– Ça l'a convaincu que le travail serait bien fait ?

– En fait, je crois surtout qu'il a eu peur…

À cette réponse, tout le visage de Tim se crispa. Peur ? Mais bien sûr, voyons ! À quoi s'attendait-il ? Il ne pouvait pas s'empêcher de terrifier tous les gens qu'il rencontrait… Et même les gens qu'il n'avait jamais vus, d'ailleurs. Ça durait depuis bien trop longtemps maintenant, si ça n'avait pas été pour Elizandre il n'aurait jamais vécu ces dernières années. Elle était tellement convaincue qu'elle pouvait faire quelque chose pour lui, et il s'était promis de toujours la protéger. Il la savait forte, mais c'était un devoir sacré qu'il s'était lui-même choisi. Seule la mort le ferait renoncer.

Ils avaient disparu quelques temps pour se faire oublier, et c'était sous son impulsion à elle qu'ils étaient de retour. Elmadina les avait vus naître et grandir, c'était ici que leur histoire de fou avait commencé. Ici qu'ils avaient embarqué dans cette galère qu'ils essayaient désespérément de quitter depuis. Et Elizandre était persuadée que c'était ici qu'ils trouveraient toutes leurs réponses et leurs solutions.

Eli n'avait pas changé de position et elle l'observait encore. Elle dut lire sur son visage que Tim s’abîmait dans des réflexions de plus en plus sombres car elle se redressa soudainement, balança son pied de l'autre côté de lui et s'assit sur ses cuisses de manière à pouvoir le forcer à la regarder. Il ne fit d'ailleurs aucun effort pour y échapper. Leurs yeux se rencontrèrent, iris noirs contre iris verts.

Elle était vraiment son rayon de soleil, si colorée et lumineuse alors qu'il était lui-même sombre et sobre au possible.

– Tim ! Ne commence pas à culpabiliser ou à trop réfléchir, d'accord ? On vient de franchir la première étape grâce à ce qui s'est passé hier soir, le plus dur est derrière nous maintenant…

Il n'était pas vraiment d'accord, mais elle avait conçu leur plan et elle était celle qui s'occupait des négociations. Elle était probablement mieux placée que lui pour savoir ça.

– C'est juste que… J'ai cru que j'allais pouvoir m'en empêcher, tu vois ? dit-il. Et puis il m'a provoqué et… Et j'ai perdu le contrôle. Quand tu es arrivée, j'ai pensé que c'était fini. Si tu ne m'avait pas demandé de continuer, si tu m'avais dit qu'on partait, je t'aurais suivie.

Elle n'hésita pas une seule seconde quant à la réponse à lui faire. Elle plaqua sa main sur sa joue, caressant sa pommette du pouce, compensant ainsi juste assez la dureté de ses yeux émeraude pour que Tim ne s'inquiète pas encore plus.

– Il t'avait vu, Timotey ! Et un homme qui a commencé à en étrangler un autre ne doit pas s'attendre à rester en liberté bien longtemps à Elmadina.

C'était vrai bien entendu, à Elmadina plus encore qu'ailleurs. Quand ils étaient partis quelques années auparavant, le Sérum n'avait pas encore pris la place qu'il occupait désormais. C'était encore le sujet de débats politiques houleux et les premiers tests n'étaient pas très concluants. Peu après avoir quitté la ville, ils avaient appris que le scientifique à l'origine du projet était mort en laissant derrière lui une formule enfin stable pour le produit.

Aujourd'hui, les choses étaient bien différentes. Elmadina s'était auto-proclamée ville modèle de la lutte anti-crime grâce au Sérum Curtis, du nom de son créateur. Le professeur Howard Curtis avait été un brillant généticien, toute sa vie persuadé que la violence et le crime trouvaient leur source au cœur de l'ADN. Durant des années on l'avait traité de fou, mais il avait fini par prouver sa théorie. Il avait isolé les marqueurs ADN du crime et de la violence. Après cela, il n'avait eu de cesse de travailler jusqu'à trouver le moyen de les manipuler pour les rendre inoffensifs et il y avait eu quelques ratés avant qu'il ne découvre la bonne formule. Mais il n'avait jamais pu voir les retombées de son travail, il était mort avant, assassiné.

Depuis, la police usait du Sérum à tord et à travers. Chaque personne amenée au poste recevait une injection si son délit entrait de près ou de loin dans le champ d'action du produit. Tim n'avait jamais personnellement rencontré quelqu'un ayant subi l'injection, mais il avait entendu dire que certains n'étaient plus jamais les mêmes après ça.

À l'avènement du Sérum, une organisation s'était très vite mise en place. La Mafia regroupait tous les criminels notoires et les activistes d'Elmadina. En bref, tout ceux qui vivaient de larcins ou (parfois « et ») qui considéraient contraire aux droits de l'homme de faire subir à un individu une manipulation non-consentie de son code génétique. En tout cas, appartenaient à la Mafia ceux qui considéraient cela comme un crime et qui avaient le courage de leurs opinions, ce qui n'était pas le cas de la majeure partie des gens…

C'était avec la Mafia qu'Eli avait été chargée d'entrer en contact le soir précédent, pendant que Tim l'attendait au bar comme un idiot. Le Moon Light était tenu par un mafieux, ça avait été l'occasion parfaite.

– Parfois, chuchota Timotey, je me demande s'il ne vaudrait pas mieux que je me fasse prendre…

– Ne dis pas n'importe quoi ! le supplia Elizandre.

– Mais peut-être que le Sérum…

Elle le coupa d'un doigt sur les lèvres. Ses grands yeux verts étaient pleins de détresse, et elle les ferma avant de venir appuyer son front contre celui de Tim. Il entoura la jeune femme de ses bras et noua ses mains en bas de son dos. Il sentit son souffle sur ses propres lèvres quand elle reprit doucement :

– Tu sais que l'injection ne changerait rien pour toi, je te l'ai déjà expliqué plusieurs fois.

Elle l'avait fait, oui. Et elle lui avait également expliqué comment elle comptait lui venir en aide. Mais depuis ce lit, dans cette chambre d'hôtel, au lendemain d'un meurtre, leurs soucis semblaient loin d'être finis.

Brusquement, Elizandre s'éloigna et se redressa. Debout sur le lit, un pied de chaque côté des genoux de Tim, elle le regardait, poings sur les hanches et sourire ironique aux lèvres. Il croisa les bras sur son torse.

– Ne perds pas espoir, Timey ! Nous avons réussi à infiltrer la Mafia, nous sommes en piste maintenant, et plus proches de notre but que nous ne l'avons jamais été.

Mais quelque chose se rappela soudainement au bon souvenir de Timotey et une bouffée d'angoisse l'envahi.

– Et la fille ?

– Quelle fille ? demanda Eli, perplexe.

– Celle qui était avec le type d'hier soir, je suis presque sûr qu'elle nous avait suivie dans la rue. Est-ce que je l'ai tuée elle aussi ?

Les poings d'Eli glissèrent de ses hanches et ses sourcils se froncèrent. Elle s’accroupit pour pouvoir regarder Tim dans les yeux de nouveau. Il put y lire l'inquiétude.

– Il n'y avait personne d'autre dans la ruelle. Est-ce que tu es sûr de toi ?

– Certain, oui. Elle était au bar en train de me draguer et c'est à cause de ça qu'il est venu me provoquer.

Elle ne sembla pas particulièrement contente de l'apprendre. Mais bien au delà de l'agacement, elle semblait surtout appréhender les soucis que la situation pourrait leur causer. Tim la connaissait assez bien pour pouvoir dire qu'elle réfléchissait à toute vitesse.

– Après t'avoir calmé, je t'ai quitté quelques minutes pour aller chercher Jonas. J'imagine que tu ne te souviens pas de ça ?

Timotey secoua la tête pour lui signifier que non. Chaque fois qu'il perdait le contrôle comme hier soir, il avait un trou noir qui s'étalait depuis le moment où il commençait à s'énerver jusqu'à son réveil. Ça pouvait donner des plages de temps de longueurs très variables, ce qui l'inquiétait toujours beaucoup.

– J'imagine que c'est possible qu'elle ait été dans l'ombre, que je ne l'ai pas vue et qu'elle soit partie quand je me suis absentée.

Après une brève pause, elle se força à regarder Tim dans les yeux. Elle lui ébouriffa les cheveux en lui adressant l'un de ses trop rare sourire.

– Ne t'inquiète pas, d'accord ? Ça m'étonnerais beaucoup qu'elle nous cause des ennuis, ce n'est pas la première fois que ça nous arrive, on a été dans des situations bien pire que celle-ci et on s'en est sorti. Ok ?

Timotey hocha la tête, plus pour lui faire plaisir que par réelle conviction. Elle se détourna alors, sauta à bas du lit, le contourna, écarta le store une seconde pour jeter un œil dans la rue, puis elle arpenta la moquette un moment. Elle revint s'asseoir tout près de lui, sur le bord du matelas. Au passage, elle s'était saisi sur le bureau d'une feuille de papier pliée en quatre qu'elle tournait entre ses doigts.

– Jonas veux nous tester.

Ainsi donc on y était. Qu'est-ce que ce requin avait bien pu leur concocter ? Tim souleva un sourcil pour lui faire comprendre qu'il fallait qu'elle poursuivre.

– On doit s'introduire dans le bâtiment, neutraliser les gardiens de nuit, détruire les enregistrements de vidéo-surveillance des deux dernières années et…

– Voler l’équivalent d'un an de salaire tant qu'on y est, c'est ça ?

Elizandre s'autorisa un sourire en coin. Un bref éclair d'amusement passa dans ses yeux verts en réaction au ton mi-ironique mi-colérique de Tim.

– Non. Il m'a donné un micro à cacher dans le bureau du patron, de manière que les flics le trouve facilement.

Cette fois-ci, le sourcil de Tim grimpa de lui-même à l'assaut de son front.

– Pourquoi ?

– Pour qu'ils comprennent qu'on le surveille…

Elle haussa les épaules pour lui signifier qu'elle n'y voyait pas plus de logique que lui. C'était forcément du bluff. Quand on prévenait la victime et la police de qui serait sa cible, il fallait vraiment être très confiant en ses capacités. Être réellement convaincu qu'on pourrait franchir tout les systèmes de sécurité spécialement mis en place pour vous empêcher d'accomplir vos desseins. Et Tim, comme Eli, savait que la Mafia n'avait pas de quoi se permettre une telle confiance.

– Peu importe, de toute façon… Il va falloir qu'on fasse ce qu'il nous demande si on veut avoir accès à leur base de données et au stock d'armes un de ces jours.

Timotey n'avait jamais aimé les armes à feu, il n'avait pas confiance en une machinerie compliquée capable de s'enrayer au moindre accroc… C'était incroyable quand même, avec toutes les guerres que se livraient les hommes, qu'on n'ait toujours pas réussi à faire mieux que ça… Non, lui il préférait nettement les armes blanches. Une bonne lame c'était simple, ça ne faisait pas de plis et ça ne vous faisait pas défaut. D'autant que, bien qu'il soit un adepte du combat rapproché, Tim s'avérait bon lanceur en cas de nécessité. Sauf qu'Elizandre ne voulait pas en démordre : ils auraient besoin d'une arme à feu. Histoire que le mode opératoire ne soit pas toujours le même, ou pour pouvoir agir de loin, quelque chose dans le genre…

– Ouais… Combien de gardiens, tu m'as dit ?

– J'ai encore rien dit. Il y en a un qui reste au poste de télé-surveillance et quatre qui font des rondes dans les couloirs.

Bon, ça ne semblait pas complètement infaisable, c'était déjà ça. Un seul doute subsistait.

– Quand il dit « neutraliser » les gardes, il entend « assommer » ou « tuer » ?

Eli se mordilla de nouveau la lèvre et Tim comprit avant même qu'elle ne réponde.

– J'ai dit « neutraliser », lui il avait employé « zigouiller »…

Il y eut un temps mort dans la conversation. Elizandre fixait ses pieds en tournant et retournant la feuille de papier entre ses doigts tandis que Tim fusillait du regard la porte de la salle de bain, comme si elle était responsable de tous les malheurs du monde. Malgré le sens dans lequel la balance du pouvoir semblait pencher si l'on en croyait leur langage corporel, ils savaient tous les deux qui finirait par l'emporter. Le regard dur et les bras toujours croisés sur le torse, Timotey rompit le silence.

– Cinq innocents ?

– Dis-toi que se sont… des dommages collatéraux sur la route de ta guérison ?

C'était aussi la route de leur vengeance, mais là n'était pas l'important. L'idée de tuer cinq personnes qui n'avaient rien fait ne l'enchantait pas, c'était le moins qu'on puisse dire. Mais il semblait clair qu'ils n'auraient pas le choix. Leur plan était trop balisé pour qu'il vienne y mettre la pagaille. Et puis, engendrer la déception ou la désapprobation d'Eli était vraiment la dernière chose qu'il souhaitait faire… Parce qu'il savait qu'elle ne dirait rien, qu'elle irait dans son sens pour lui faire plaisir, mais il pourrait lire dans ses yeux ce qu'elle en penserait vraiment. Elle qui n'était pas capable de se mettre en colère contre lui, elle qui cherchait à le rendre heureux. Il ne pourrait pas vivre en sachant qu'il l'avait déçue, la culpabilité le tuerait.

– La cible ?

Elle lui tendit la feuille pliée. Elle ne détourna pas les yeux, guettant sa réaction. Le carré de papier était froissé et un peu sale, elle l'avait sans doute manipulé pendant tout le temps où elle l'avait veillé. Et il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être.

Quand il déplia la feuille, il découvrit qu'il s'agissait d'une photo de mauvaise qualité imprimée trop grand. Elle représentait un bâtiment que Timotey n'avait jamais vu de sa vie, mais il n'était pas très difficile de deviner ce qu'il abritait puisque « Hob'Corp » s'étalait sur la façade en lettres gigantesques. Évidement, il aurait dû deviner que c'était à cette compagnie que la Mafia souhaiterait qu'ils s'en prennent. Hob'Corp produisait le Sérum, c'était le cœur de ce à quoi s'opposaient les mafieux. Et tant d'entre eux avaient reçu l'injection au fil des ans qu'un désir de vengeance venait s'ajouter à ça.

– Jonas m'a donné l'adresse et un plan des locaux. Il veut qu'on agisse au plus vite, dès ce soir si possible. Est-ce que tu veux les voir ?

– Pas maintenant, répondit Tim en repoussant les couvertures, je vais prendre une douche d'abord.

Eli n'avait pas bougé, aussi la contourna-t-il pour se lever. Il ne s'en souvenait pas, mais il avait visiblement pris le temps de se changer le soir précédent puisqu'il portait en tout et pour tout un caleçon et un pantalon de pyjama trop grand. Elizandre le suivit des yeux alors qu'il se déplaçait dans la pièce. Il jeta la photo sur le bureau puis ouvrit l'armoire, dans laquelle il récupéra quelques vêtements propres. Il se dirigea ensuite vers la salle de bain. Au passage, il déposa un baiser sur le front de la jeune femme. Un frisson remonta le long de son dos quand ses pieds nus passèrent de la moquette rêche au carrelage glacé.

Il le savait déjà mais, à chaque fois qu'il pénétrait dans la salle d'eau de la chambre qu'ils occupaient depuis plusieurs jours, il ne pouvait pas s'empêcher de remarquer à quel point elle était minuscule. C'était bien simple, le seul espace libre avait été laissé pour qu'on puisse ouvrir la porte et, si on voulait s'enfermer dedans, il fallait soit s'asseoir dans le lavabo, soit entrer dans la douche. D'ailleurs, ils avaient également très vite compris qu'il ne fallait pas ouvrir le battant trop brusquement, car il venait cogner contre la cuvette des toilettes si on se montrait trop énergique. Ses vêtements sous le bras, Tim choisit la seconde option. Il n'avait pas confiance en la solidité du lavabo, il n'avait pas envie que le robinet lui rentre dans le dos et puis, de toute façon, une boule de vêtements humides prenait toute la place.

Après avoir verrouillé la porte derrière lui et avoir déposé sa tenue de rechange sur les toilettes, il se saisit du linge mouillé du bout des doigts. Il s'agissait de l'un de ses t-shirts, probablement celui qu'il portait la veille. Quand il le souleva un peu, de l'eau et du sang en dégorgèrent. Eli n'avait sans doute pas eu le temps ou le courage de finir de s'en occuper. Il le lâcha et le vêtement retourna s'écraser dans le lavabo avec un bruit mou. Dans le miroir, Tim croisa son propre regard entre indifférence et mépris. Il détourna les yeux, il n'avait pas envie de s'affronter lui-même pour l'instant.

Il se dévêtit et entra dans la douche. Il tourna le robinet et l'eau glacée qui s'abattit sur sa tête chassa violemment l'air de ses poumons. Il frissonna une seconde avant d'offrir son visage au jet et de passer ses doigts dans ses cheveux pour les coiffer en arrière. Le froid dissipa les dernières bribes de sommeil qui s'accrochaient à lui et il laissa ses soucis et ses préoccupations s'écouler avec l'eau dans le siphon. Quand il finit par avoir peur de tomber malade, il ajouta un peu d'eau chaude et commença à se savonner avec le gel douche à la pomme bon marché qu'il partageait avec Eli. C'était le parfum le plus neutre qu'ils avaient pu trouver. N'en avoir qu'un seul était une réelle économie de place dans leur petit sac de voyage.

Alors qu'il y versait du savon, Tim observa ses mains. Elles étaient propres, pas la moindre trace de sang, pas la moindre blessure ou coupure non plus. Même pas de griffure, il ne se souvenait pas du type d'hier mais il n'avait pas dû se défendre beaucoup. Oh, bien entendu, qu'il n'y ait pas de sang maintenant sur ses mains ou sous ses ongles ne voulait pas dire qu'il n'y en avait pas eu du tout. Il y en avait toujours. Les moyens propres ou rapides n'étaient jamais ceux qu'il employait quand il avait le temps et le choix. Non, s'il avait les mains propres c'est qu'il était déjà passé sous la douche. Sauf qu'il ne s'en souvenait pas, comme d'habitude. Alors, même si son corps n'en avait pas techniquement besoin, il se lavait toujours au réveil. Ce n'était jamais total, mais il avait l'impression de se débarrasser d'une partie de ce qu'il avait fait. C'était comme si la crasse de surface le quittait mais qu'une couche plus tenace, de plus en plus épaisse, s'accrochait à lui, juste sous la peau et tout au fond de son cœur.

Quand il sortit de la salle de bain, il se frictionnait la tête avec l'une des serviettes de l'hôtel pour essorer ses cheveux dégoulinants. Eli était assise au milieu du lit défait, les bras autour de ses jambes repliées contre sa poitrine. Elle lui accorda un regard avant de tourner de nouveau ses yeux vers la fenêtre. Tim ne savait pas vraiment ce qu'elle lui trouvait d'intéressant puisque le store était baissé, mais cela lui arrivait souvent quand elle réfléchissait. Il abandonna sa serviette au bout du lit et s'installa au bureau. Il déplia le plan donné par Jonas et passa les heures suivantes à mémoriser la disposition des salles et des couloirs, l'emplacement exact de chaque fenêtre et de chaque porte, le champ couvert par la moindre caméra.

Au-dehors le jour déclinait, la lumière entrait de moins en moins puissamment par les interstices du store. Un peu plus tôt, Eli avait allumé la télévision. L'écran ultra-plat, épais comme une feuille de papier, se confondait totalement avec le mur aussi longtemps qu'il restait éteint. Mais dans la semi-obscurité qui était celle de la chambre, c'était un véritable rectangle brillant découpé en face du lit. Une fausse fenêtre qui éclairait la pièce d'une bien étrange manière. Tim abandonna son étude quand il considéra qu'il en avait assez fait. Il alla s'asseoir à côté d'Eli et elle cala sa tête contre son épaule. Elle zappa un moment, passant de journaux télévisés en bulletins météo, puis s'arrêta sur la dernière émission de télé-réalité à la mode. Une dizaine de couples vivaient dans une même maison gigantesque dont ils devaient découvrir les secrets, sauf qu'ils ne se croisaient jamais grâce à tout un système de panneaux mobiles qui permettaient à l'équipe de production de réagencer constamment la disposition des pièces. Ils s'affrontaient dans des épreuves de survie, de dépassement de soi et de vitesse qui menaient à des éliminations hebdomadaires. On aurait dit que des robinsons des villes de pacotille jouaient une partie de Cluedo géante sans vraiment en comprendre les règles. Après un quart d'heure de disputes sans fin, de répliques stupides, de psychodrames ridicules et de cris outrés, Eli changea de nouveau de chaîne.

Manipuler la télécommande avait été quelque chose qui les avait tous les deux beaucoup amusés dans les premiers temps. Quand ils avaient quitté Elmadina pour la première fois, ils avaient laissé leurs intelli-montres derrière eux afin qu'on ne puisse pas les localiser par leur utilisation. Ç'avait été un véritable problème au début, car elles servaient à payer mais aussi à contrôler tous les objets électroniques de la vie courante. La lumière ou la télé par exemple, d'où leur amusement à se servir de la télécommande car ils n'en avait pas l'habitude. Devoir se lever pour éteindre la lumière, en revanche, avait toujours été beaucoup moins drôle. Sans compter le nombre de magasins et de lieux publics dans lesquels ils ne pouvaient plus pénétrer car les portes automatiques s'ouvraient en captant le signal d'une intelli-montre. C'est pourquoi leur seul choix pour se loger avait été les hôtels Hayaku. Cette grande chaîne hôtelière japonaise avait fait son fond de commerce des adultères et autres rencontres plus ou moins légales. On pouvait y payer en liquide et aucune intelli-montre n'était requise afin que les clients n'aient pas à émettre de signaux.

Ces hôtels avaient vraiment été incroyablement pratiques pour Tim et Eli, aussi n'avaient-ils jamais pensé à se plaindre du manque de confort généralisé des Hayaku. Après tout, les gens y passaient rarement plus d'une nuit et, pour la bouchée de pain qu'ils payaient, ils ne s'attendaient pas à un meilleur cadre. Eux, ils avaient presque fini par s'y sentir à la maison. Au fil du temps, ils avaient appris à se construire un foyer à peu près n'importe où. Trois choses faisaient qu'ils se sentaient chez eux : leurs livres qui traînaient dans un coin, une photo encadrée qui les représentait devant la mer et la présence de l'autre.

Eli finit par laisser un programme au hasard avant de quitter le lit. Au moment où elle enleva sa tête de son épaule et où elle se décolla de lui, Tim sentit le froid l'envahir. Il la vit se diriger vers l'armoire, elle ouvrit les portes toutes grandes avant de commencer à se changer dos à lui. La pudeur, c'était une chose qu'ils avaient appris à oublier en vivant ensemble. Son regard s'attarda une seconde sur son dos nu avant qu'il ne le reporte sur l'écran. Un vieux film de la saga Harry Potter était diffusé ce soir-là, c'était probablement l'un des premiers vu la taille et la tête des acteurs. Les trois jeunes sorciers disputaient une partie d'échecs géante. Tim se souvenait vaguement de cette scène, il avait vu les films une fois ou deux quand il était petit, ils étaient fréquemment rediffusés au moment des fêtes. Ou à d'autres moments d'ailleurs, comme cette fois-ci…

Quand Eli eut terminé de se changer, elle revint s'asseoir sur le lit et ils partagèrent un paquet de chips en regardant la fin du film. Le générique apparut finalement à l'écran et ils l'éteignirent. L'obscurité emplit la pièce aussi soudainement que le silence. Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre, ils savaient que le moment était venu. La nuit était assez avancée, mais pas non plus trop : ils avaient besoin que les ténèbres les couvrent mais il fallait aussi qu'ils aient assez de temps. Ils enfilèrent leur manteau et leurs chaussures. Tim vérifia que sa lame était bien à sa place et Eli glissa les plans dans sa poche. Finalement, ils récupérèrent leurs lunettes à élastique et, par habitude, les placèrent en serre-tête sur leurs cheveux. Ils échangèrent un regard puis quittèrent la chambre.

L'hôtel se trouvait à la sortie de la ville, les bâtiments étaient moins proches les uns des autres que dans le centre et la porte de derrière donnait sur un bosquet d'arbres et quelques buissons. C'était là que Tim et Eli avaient dissimulé leur moyen de locomotion. C'était un modèle de moto vieux d'au moins 20 ans et qui avait donc hérité des caractéristiques dont on les affublait à l'époque. Longue et assez basse, elle était faite pour la vitesse, ce qui forçait ses occupants à toujours être très penchés vers l'avant. Elle avait trois qualités aux yeux de Tim : elle était de couleur sombre, ultra silencieuse, ce qui lui permettait de glisser dans la nuit comme une ombre, et elle se démarrait à l'aide d'une simple clé, ce qui n'était plus le cas de beaucoup de véhicules désormais.

Tim retira la béquille et poussa la moto en-dehors des buissons, il s'installa à l'avant et attendit qu'Eli se soit assise derrière lui. Quand elle eut passé ses bras autour de son torse, il abaissa ses lunettes devant ses yeux pour se protéger du vent puis il mit le contact. Sans un bruit, la bécane obéit au moindre de ses ordres. Il conduisit dans les rues désertes avec l'impression de flotter. Le seul son qui revenait à ses oreilles était le claquement du manteau d'Eli dans son dos. Ça, les bâtiments qui défilaient et le vent sur son visage, étaient les seuls indicateurs de leur vitesse. Après quelques virages extrêmes qui firent frôler le bitume à leurs genoux et quelques longues lignes droites, il finit par ralentir puis s'arrêter. Ils y étaient. Hob'Corp.

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Seja Administratrice
Posté le 10/01/2014
Aw *o*
T'as réussi à me transformer en guimauve dégoulinante avec ce chapitre xD J'adore ce genre de huis clos et ce genre d'ambiances. Et puis, j'ai passé le chapitre avec un sourire con sur le visage.
En soi, il n'y avait pas tellement de quoi sourire. Tim est un charmant petit meurtrier et Eli l'a poussé au meurtre la nuit passée. Mais c'est justement ce qui en fait toute la force. Parce que ce sont deux êtres complètement inadaptés au monde dans lequel ils évoluent. Mais ils se sont trouvés et ensemble, ils se donnent l'impression d'exister. C'est beau *o*
Et puis, on en apprend plus sur ce monde futuriste. On a donc un vaccin contre l'agressivité, des gens tous pareils, des montres au poignet, potentiellement des puces sous la peau, une chaine d'hôtels sans monitoring et une jolie mafia qui traine dans le coin. Aw bis. Polar + SF, la grenouille ouvre de grands yeux émerveillés et attend la suite.
Non, vraiment, j'ai un gros gros coup de coeur pour tes personnages et ton univers. 
Blacky
Posté le 10/01/2014
Transformer LA grenouille en guimauve ? Wah, c'est pas du petit compliment, ça ! :D
Effectivement, Tim et Eli ne sont pas franchement adaptés à la société dans laquelle ils vivent et ce que tu dis à propos d'eux c'est très exactement ce que je voulais qu'on en pense. C'est leur relation même qui m'est venu à l'esprit avant tout le reste de l'histoire et du coup c'est un élément très important pour moi... Je suis très très attachée à eux deux et j'espère que je vais réussir à retranscrire leur lien comme je veux jusqu'au bout !
C'est trop gentil tout ce que tu me dis là grenouillette <3 Un très grand merci ! Et moi je file répondre à ton dernier commentaire ;) 
Lula
Posté le 30/11/2013
Hello,
 Je continue notre triptyque ;) 
 Ni d'où il était, ni de pourquoi il y était, ni de ce qu'il avait fait de sa vie avant ce moment-là.
Pour autant que je sache, la conjonction de coordination ni... ni ne s'utilise que 2 fois pour la même phrase. Je ne l'ai pas vu 3 ou 4 fois (ou alors ça ne m'a pas marqué, si tu connais une citation, fais m'en part ;)) Je te suggère de la reformuler dans le doute :) Exemple : Ni d'où il venait, pourquoi il y était ni ce qu'il... etc. En en enlevant un, c'est plus fluide je pense.
Ce furent ses grands yeux verts qui rendirent à Timotey l'intégralité de ses souvenirs.
Alors, je vois très clairement quel effet tu as voulu donner, mais je pense que c'est un peu trop abrupt. Je te suggère de faire prendre conscience au lecteur que Timotey n'est pas seul dans la pièce. Il sent une présence et que quand il l'appreçois enfin, c'est ses grands yeux verts qui lui ramène ses souvenirs. Ça permet de mieux assimiler je pense.
 mais toujours ils avaient fini par comprendre qu'ils ne trouveraient jamais rien de mieux.
Le toujours est en trop. Si tu tiens vraiment à donner un effet de style "toujours... jamais" tu pourrais reformuler, mais si tu enlèves juste le toujours, ça le fait.
Alors, ici, je fais une remarque sur tes descriptifs physique de Tim et Eli ; C'est bien de mettre les règles de l'univers dans lequel ils évoluent en avant et c'est très bien pensée. Mais, on ne sait toujours pas à quoi ressemblent tes deux protagonistes... Dire ce qu'ils ne sont pas, ce n'est pas suffisant, parce qu'il reste énormément d'autres possibilités de ce à quoi ils pourraient ressembler. Tu vois ce que je veux dire ou je m'exprime mal? ^^' 
Bien entendu, c'étaient les matières favorites d'Eli…
Le bien entendu revendique un peu trop le fait qu'ils sont en complet désaccord avec leur univers. A ce stade de l'histoire et grâce à tes descriptif, on le comprend déjà suffisamment. Le resouligner ici, n'est pas nécessaire, à mon avis. Surtout que ça sous-entend que de toutes façon, on devrait le savoir que c'est ses matières préférées. Mais comme on vient d'arriver dans l'histoire, ça donne pas un super effet.
Je vois que tu as fais le descriptif de Eli au fur et à mesure. C'est un choix audacieux la manière dont tu l'as mené. Après, peut-être que je suis trop banale, mais j'aime bien avoir quelques indicateurs précis de suite puis évoluer de nouveau dans l'histoire. Mais ce n'est qu'une préférence personnel :)  
 Elle n'hésita pas une seule seconde quant à la réponse à lui faire. Elle plaqua sa main sur sa joue, caressant sa pommette du pouce, compensant ainsi juste assez la dureté de ses yeux émeraude pour que Tim ne s'inquiète pas encore plus.
– Il t'avait vu, Timotey ! Et un homme qui a commencé à en étrangler un autre ne doit pas s'attendre à rester en liberté bien longtemps à Elmadina.
Ce passage est un grand quoi pour moi.  Le dialogue est déjà mystérieux et nous n'avons que les bases de ton monde. Ce qui fait que des dialogue presque tacite comme celui-ci me donne un sentiment d'insatisfaction et ça me gêne dans l'immersion de l'histoire. <br />Le but n'est pas de nous donner toutes les clés de l'intrigue dès le début, mais quand un lecteur arrive dans un nouvel univers avec de nouvelle règle, il faut lui donner plus de matière je dirais. Le lecteur est aveugle. Au-delà de ce que tu dis dans le roman, il est aveugle et c'est toi qui doit lui mettre l'image que tu veux devant les yeux.<br />Si avec le prologue je voyais très clairement qu'il y avait une ligne de conduite précise, ici, elle est trop floue pour moi et je passe mon temps à me demander pourquoi. Dans l'idéal, faudrait pas que ça soit le cas.
Les paragraphe suivant avec les indication sur le sérum sont juste parfaits. C'est claire, posé et direct. Si tu faisais pareil dès l'ouverture du chapitre, je n'aurais rien à te dire. 
C'était avec la Mafia qu'Eli avait été chargée d'entrer en contact le soir précédent, pendant que Tim l'attendait au bar comme un idiot. Le Moon Light était tenu par un mafieux, ça avait été l'occasion parfaite.
Ça c'est exactement le type d'info dont on a besoin pour ne pas entendre tout les pourquoi dans notre tête. Parce que à ce point de l'histoire, les pourquoi, on veut pas les entendre. Et là, c'est just l'idéal pour les noyer.
Sincèrement, j'ai un peu de mal à bien cerner ce qu'il en est... Je me sens un peu perdu entre les pourquoi et les bride de réponse que tu laisses entrevoir. De manière générale, je suis plutôt mitigé sur ce second chapitre.
Le début manque de clarté pour moi - encore une fois c'est peut-être que moi - est ta fin et superbement mener. L'intrigue est prenant comme toujours.
Simplement, je ne peux pas ne pas souligner que je suis perplexe face à l'odre que tu as choisi de suivre pour tes infos.  
Ta manière d'écrire est est assez direct et moi ça me plaît. Mais il y a des zones où j'apprécierais d'avoir plus de précision.
En suite pour ce qui est des choses que j'ai  plus apprécié c'est les remarque sur le physique naturel de Eli dans ce monde de poupée plastique. Le fait que Tim laisse ses poil tranquille x'D Qu'Eli soit très neutre pour n'être proche que de Tim ça m'a bien plus aussi. Et comme je les déjà dis, ton style de manière général me plaît. 
J'espère que mes remarque vont t'être utile et surtout que tu saches que j'ai plaisir à te lire.
A tout bientôt pour le dernier chapitre de ce triptyque. Je pense que je continuerais autant que faire ce peut de te lire et t'aider, si tu le désires encore bien sûr.
Amitié,
Lula 
Blacky
Posté le 30/11/2013
Lula, si tu pouvais savoir comme je suis désolée d'avoir mis tant de temps à venir te répondre... J'imagine que tu ne te souviens plus trop de ce que tu m'avais dit du coup, mais je vais quand même revenir sur ce que tu avais soulevé =)
Concernant le passage sur les yeux verts qui lui font revenir ses souvenirs en mémoire : j'ai relu le passage en question dans le chapitre et je t'avoue que je ne comprend pas vraiment ce qui pêche selon toi. Il y a une phrase qui évoque la présence d'une personne assise dans le fauteuil avant l'allusion aux yeux, du coup je vois mal comment être plus claire sans dire carrément qui elle est...
Ensuite, je comprend ton questionnement à propos du chapitre. C'est vrai que j'ai fait le choix de ne pas divulger les informations dans un ordre qui aurait peut-être été plus classique. En faite, ça tient surtout au point de vue de Tim. Il sait des choses qu'il n'a pas besoin d'expliquer ni même de mentionner. Ce qui fait qu'elles n'apparaissent au cours du récit que quand il y est confronté ou que son raisonnement l'y mène. Du coup, je suis un peu désolée que ça t'ai perdue. D'autre autre côté, l'histoire commence à peine et c'est assez normal, à me sens, que beaucoup de questions restent sans réponse, mais si elles sont si nombres c'est peut-être qu'il y a effectivement un problème ^^'
Mais en tout cas je suis vraiment ravie si ça te plait tout de même ! Tes remarques sont vraiment très utiles, surtout ne t'inquiètes pas ;) Et tes compliments me font très plaisir. Merci pour ton commentaire Lula, je file répondre enfin au dernier ! 
Jowie
Posté le 05/10/2013
Salut! 
Enfin, après une semaine chargée, je peux tranquillement continuer ma lecture ! Ouuaiiis!
J'aime beaucoup comme l'histoire avance et que l'on découvre pas mal de choses sur ces personnages qui, au chapitre précédant, étaient tellement mystérieux ! Le changement de point de vue m'a amenée à voir que derrière la discrétion et la froideur de Timotey, il y a une personne sensible avec ses propres sentiments et soucis. C'est la même chose avec Elizandre (j'adooore son prénom^^). Ce ne sont pas des agents indestructibles et sans sentiments comme on voit parfois, non, ce sont des humains, ce qui rend les choses plus intéressantes.
 J'ai juste été surprise qu'Elizandre ne s'inquiète pas du fait que Charline ait tout vu. Si Timotey et elle prennent autant de peine à se cacher, pourquoi Elizandre peut être aussi certaine qu'il n'y a aucun risque que Charline ne parle ?
Parcontre, ton petit clin d'oeil à Harry Potte rm'a bien fait sourire. Moi, nostalgique? non... ;)
Bref, le Sérum, Hob'Corp, la Mafia, ça m'a l'air une aventure promettante ! Vivement la suite :D
Blacky
Posté le 05/10/2013
Salut Jowie !
Merci d'être repassée par ici =)
Je suis vraiment très contente que tu me dises ça, parce que c'est exactement ce que je cherchais à faire en changeant de point de vue et en me mettant dans la tête de celui qui était un peu le méchant dans le chapitre précédent. Et je suis ravie si le prénom d'Elizandre te plais autant =D
Tu l'a perçu comme ça alors ? Je n'avais pas du tout parlé de Charline dans ce chapitre au début, et je l'ai introduite un peu comme sorte de menace, un enjeu pour dynamiser le chapitre. Mais j'avais peur de ne pas en avoir assez fait comme tu me le souligne. En faite, je voulais qu'on comprenne qu'Eli n'est absolument sûr de rien, elle ment à Tim pour qu'il ne s'inquiète pas outre mesure, mais ce n'est sans doute pas assez perceptible. Alors merci de m'avoir pointé ça ! =)
La nostalgie ça fait du bien parfois ;)
Encore merci beaucoup pour ton passage et ton gentil commentaire Jowie !
A bientôt 
Elka
Posté le 26/09/2013
Un t-shirt de marin à rayures -> un t-shirt marin c'est pas déjà à rayures ?<br />"Et puis il m'a provoqué et… Et j'ai perdu le contrôle. " -> Ses souvenirs sont revenus à ce moment-là ? Parce que juste avant tu disais que cette partie-là était dans le noir<br />"À l'avènement du Sérum,.."Dans ce paragraphe tu as une répétition de "considérer" pas très jolie<br />" La nuit était assez avancée, mais pas non plus trop :" -> pas trop non plus<br />
**
 
J'aime cette époque de transition dans laquelle se passe l'histoire ! Nos points de repères sont à la fois valables et obsolètes, tu en profites pour nous dévoiler les gadgets de ton futur (cette inteli-montre me plait) : c'est la grande classe !
Bon Tim n'est définitivement pas un vampire, mais il donne envie de lui faire un gros câlin >< Il a tellement l'air de souffrir de ses crises (sacrés crises...) et en même temps de s'y être fait. Il a un comportement qui tangue entre la lassitude et la haine de lui-même : je l'aime déjà beaucoup ce jeune homme. Il me serre le coeur ><
Et Eli est super-chouette aussi (du coup je me demande où elle a dégotté sa salppette si on en fabrique plus : adepte des frippes c'est ça ? ). Ils doivent pas passer inaperçus dans Elmadina avec leur physique totalement hors-norme pour l'époque (la mode des couleurs unies ça doit un enfer pour les stylistes qui doivent varier les coupes !).
"Un lutin" c'est vraiment comme ça qu'elle apparait Eli ; un lutin sombre mais pleine de compassion. Elle a une telle emprise sur Tim (on le sent que c'est son radeau et son port d'attache à la fois) que j'ai pas pu m'empêcher de me dire que le jour où elle décidera d'être vraiment cruelle ça va craindre du boudin. Enfin espérons que ce jour n'arrive pas parce que...
... parce qu'ils sont juste adorables tous les deux ! Cette atmosphère que tu as tissé dans ce chapitre pour les présenter l'un par rapport à l'autre, leur relation incroyablement forte, enracinée bien loin en chacun d'eux, c'était très très bien rendu ! 
Vraiment, chapeau. Parce que tout un chapitre sur une chambre d'hotel avec deux personnages à présenter ça aurait pu tomber dans la longueur et le trop-plein d'informations alors que non ; pour moi c'était très bien dosé et la relation de Tim et Eli formait une sacré ambiance ! 
A la rigueur je dirais que la toute fin était un peu longuette. Toute la partie sur la télévision (même si la redif' d'HP m'a plut <3) pourrait être raccourcie à mon sens.
Sinon j'adhère totalement à la Mafia qui veut se venger parce qu'on lui prend ses criminels xD Tu soulèves vraiment un contexte intéressant !
 
Allez Charline, fuis, cache toi ! 
Et moi j'attends la suiteuh <3
Blacky
Posté le 26/09/2013
Hello Elka =) 
Merci pour tes remarques ! A la fois celles sur le fond et celles sur la forme, je prend bien note et je vais aller corriger ça...
Oh, je suis trop contente que tu me dises ça à propos de l'époque =DD Le challenge c'était vraiment de trouver le bon dosage au niveau des trucs futuristes et des choses qui restent proches de ce qu'on connait. Donc si tu l'a ressenti comme ça, c'est que mon pari est réussi, et c'est vraiment génial !!
Non, Tim n'est pas un vampire ^^ Et on peut dire qu'il en souffre de ses crises, ça oui. Ce que tu dis à propos de lui, ça me touche beaucoup parce que c'est vraiment un personnage auquel je me suis énormément attachée (notamment parce qu'il me serre le coeur à moi aussi ^^'), alors de savoir qu'il est passé de moi à toi exactement comme je le voulais, c'est super. C'est le genre de choses que tu rêves de réussir à faire quand tu te lance à partager ce que tu écris =)
Eli est adepte des friperies, de la veille garde-robe de sa grand-mère quand elle y avait encore accès et... des poubelles aussi parfois. Au plus grand déplaisir de Tim dans le dernier cas xD Je voulais vraiment qu'on ressente à quel point elle était importante pour lui et combien leur relation était forte. A quel point elle était vitale pour eux deux. Vraiment, tout ce que tu me dis dans ce commentaire me comble, parce que ça rejoint presque parfaitement ce que j'espérais avoir réussi à faire passer =) D'ailleurs tu marques un bon point quand tu dis que le jour où Eli va passer du côté obscure ça risque de pas être jolie-jolie, t'as exactement mis le doigt sur ce que son influence pourrait donner...
C'est vrai que j'avais peur que l'unité de lieu, et le fait qu'il n'y ai que deux personnages, comme ça, ça ne rende rien. Donc tu me rassure vraiment ! Hadana m'avait dis que c'était bien, mais qu'un enjeu pourrait donner un plus au chapitre. C'est pour ça que j'ai ajouter la menace que Charline pourrait représenter pour eux. Je ne sais pas si j'ai assez insisté sur ça d'ailleurs. Je note concernant la fin ! La précision concernant le programme de télé-réalité qu'ils regardent est sans doute de trop. Sur le coup, ça m'avait fait marrer de mixer tout les trucs stupides de nos reality-shows de maintenant pour en faire un seul et unique. Mais ce n'est pas vraiment nécessaire comme détail, donc ça peut tout à fait disparaitre au montage ^^
Contente que la référence à HP t'ai plut :D
Merci infiniement pour ton commentaire Elka ! J'ai l'impression que j'ai réussi au delà de mes espérances à faire de cette histoire quelque chose de proche de ce que je voulais, et c'est tellement chouette de s'en rendre compte à travers un aussi gentil commentaire que le tien. Merci beaucoup pour tes compliments, qui m'ont vraiment touchés comme tu as dû le comprendre xD
Je ne sais pas trop quand la suite sera en ligne, parce que je voudrais garder une réserve de chapitres d'avance, et que je suis encore dans l'écriture du quatrième... Mais je te tiendrais au courant ;)
A vite ! 
Rachael
Posté le 17/11/2013
Deux personnages, une chambre d’hôtels minable, presque pas de dialogues… Tout pour repousser le lecteur, et pourtant c’est super.
Ces deux personnages, qui incarnent le grain de sable dans cet univers bien lisse, on sent tout de suite qu’ils ne sont pas des meurtriers ordinaires ! Lui est tourmenté et vulnérable (puisqu’il perd tout souvenir de ce qu’il fait pendant ses « crises »), et elle, on ne sait pas encore trop ce qui la pousse, mais la description physique insiste bien sur son caractère fragile (bien vu le lutin) (un lutin pas tout à fait inoffensif, quand même !).
Donc on accroche tout de suite aux personnages, et à leur relation si forte, qui les rend tout de suite attachants.
Et mine de rien, tu en profites pour nous distiller tout un tas d’information sur le serum, la police, la mafia. C’est vraiment bien fait, ni trop ni trop peu d’information, rien d’indigeste, et rien de gratuit, puisque tout est lié à l’action future dans les locaux de Hob’corp. L’info sur les hôtels est bien aussi, sinon on pourrait se demander comment ils vivent sans intelli-montre. Ca ajoute de la crédibilité à ton histoire.
Seul petite critique, le passage télé réalité me semble de trop, et surtout trop daté. Harry Potter c’est plus léger, ça passe mieux en revanche.
Qques détails ;
le draps qui le couvrait : le drap
En-dehors du lit : en dehors
à tord et à travers : à tort et à travers
Quand Eli eut terminé de se changer : j’ai un doute sur cette tournure. On peut dire « finir de », mais « terminer de » ? 
Blacky
Posté le 17/11/2013
Hello Rachael !
J'ai honte de revenir aussi tard pour répondre à la suite de tes commentaires. Je suis dans une période très chargée IRL, il a fallu que je trouve le temps de sortir la tête de l'eau ^^
En tout cas, je suis vraiment transportée de joie par ce que tu me dis sur ce chapitre ! <3 C'est vrai que c'était plutôt casse-gueule de partir sur un premier chapitre comme ça, en ralentissant directement le rythme après une fin de prologue plutôt tendue... Mais j'ai reçu de plutôt bon retours et que tu viennes me confirmer que ça fonctionne, c'est vraiment super !
D'autant plus si tu trouves les personnages attachants et si les informations semés petit à petit continues d'être un bon point, j'avais peur qu'on finisse par se lasser d'être un peu tout le temps dans le flou. 
Je note concernant la référence à la télé-réalité ! Tu n'es pas la première à me dire ça et moi-même je trouvais le passage un peu bancale, donc je pense le retirer =)
Encore merci beaucoup Rachael ! Pour tes remarques et tes compliments. Je te promet de revenir beaucoup plus vite pour répondre à ton dernier commentaire ^^ 
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