Chapitre 1 – Passages secrets et oreille indiscrète

Par jubibby
Notes de l’auteur : Bonjour à toi lecteur et bienvenue dans cette histoire. Ceci est mon premier roman et je suis preneuse de toute remarque sur le fond comme sur la forme pour m'aider à améliorer le texte :)

Édouard était allongé sur son lit, les yeux dans le vague, un livre à la reliure usée par le temps ouvert entre ses mains. Il avait lu cet ouvrage si souvent qu’il ne savait même plus pourquoi il l’avait attrapé. Par habitude, peut-être ? Ou par nostalgie ? Il ne savait plus vraiment. Ce n’était qu’un recueil de poèmes et contes pour enfant sans intérêt qu’il connaissait par cœur. Le livre préféré de sa mère. Le dernier qu’elle lui avait lu.

Le jeune homme referma l’ouvrage et le posa sur sa table de chevet. Inutile de rester ici à rêvasser plus longtemps. Il se leva et se dirigea vers la fenêtre à meneaux qui baignait sa chambre à coucher de la douce lumière de l’après-midi. La fenêtre donnait sur les jardins du palais où les jardiniers s’affairaient. L’hiver y laissait lentement la place au printemps. Les beaux jours n’étaient pas encore de retour mais, d’ici quelques semaines, Édouard pourrait de nouveau profiter de l’air frais et des parfums enivrants des fleurs qui s’épanouissaient au dehors. En attendant, il était coincé ici. Cela faisait si longtemps qu’il commençait sérieusement à s’ennuyer.

La large bibliothèque qui meublait sa chambre n’avait pas suffi à l’occuper. Il avait lu et relu les centaines de livres qui la composaient. Du temps, il n’en avait pas manqué pour cela. Voilà des années que son père, le roi, avait ordonné leur installation dans cette forteresse perdue au milieu de la forêt, les condamnant à y vivre enfermés chaque jour et chaque nuit de chaque saison, année après année. Édouard n’était qu’un adolescent alors, il pensait que cela ne durerait pas. Qu’il avait pu être naïf ! Aujourd’hui, il se demandait s’il goûterait de nouveau au plaisir de monter à cheval, de se mêler à la foule de ses sujets, de manger un simple repas dans une taverne. De vivre, en somme.

Il s’écarta de la fenêtre brusquement, refusant de continuer à regarder ce spectacle sans pouvoir y prendre part. Sa détermination était réelle cette fois-ci : il parlerait à son père, aujourd’hui même s’il en avait le courage. Il s’approcha de la vieille tapisserie étendue sur le mur faisant face à la bibliothèque. Elle avait à peu près son âge et retraçait les événements marquants de la Grande Guerre qu’avait conduite son grand-père. Celle qui avait ravagé le Sud du royaume et qui avait fait de son père un roi, et du roi un père.

Un peu plus à gauche, les yeux d’Édouard se posèrent sur le feu qui crépitait dans la petite cheminée faisant face à son lit. Au-dessus était posé un simple miroir sur pied. Le prince s’approcha et s’en empara pour observer son reflet. Il avait le visage d’un jeune homme sorti de l’adolescence depuis plusieurs années mais qui n’avait pas encore tout à fait perdu ses traits juvéniles. Une légère barbe commençait toutefois à recouvrir ses joues, son cou et le pourtour de sa bouche, signe indéniable qu’il n’était plus un enfant. Voilà des jours qu’il ne s’était pas rasé, songea-t-il. Il devrait y remédier. Ses yeux bleus remontèrent jusqu’à ses cheveux châtains en bataille qui avaient encore quelques reflets blonds, quoiqu’ils aient irrémédiablement perdu la couleur des blés qui l’avait accompagné tout au long de son enfance.

Édouard voyait dans son reflet un jeune homme nonchalant, sans but réel à sa vie. Pourtant, sa vie en avait un de but, et pas des moindres. Car il était prince, fils unique du roi François, monarque de Zéphyros. Un jour, il monterait sur le trône à son tour et serait amené à gouverner son peuple. Cette position était sans nul doute enviée de bien des jeunes hommes de son âge. Mais pas de lui : la perspective de devenir roi ne suffisait pas à lui faire oublier toutes les privations qu’il subissait. À commencer par cet enfermement qui n’en finissait pas.

Le prince reposa le miroir sur le manteau de la cheminée et se dirigea vers la bibliothèque. Il avait besoin de se changer les esprits et un livre en particulier s’y prêtait tout à fait. Il le tira et sourit en entendant le déclic habituel. Attrapant le bord de la bibliothèque, il la tira vers lui : l’entrée vers les passages secrets qui parcouraient le palais était ouverte. Le prince s’y engouffra et referma le panneau de bois derrière lui. Il attendit quelques instants que ses yeux s’habituent à l’obscurité avant de se mettre en route. Il avait parcouru ces passages tant de fois qu’il les connaissait par cœur. C’était sa mère qui les lui avait montrés lorsqu’il était enfant, à l’époque où elle venait rendre visite à la garnison de soldats établie dans la forteresse. Édouard y avait trouvé un terrain de jeu pendant que la reine remplissait ses obligations de souveraine. Le fils et la mère étaient alors inséparables : c’est ensemble qu’ils aimaient se vêtir en simple villageois pour s’échapper quelques heures durant du palais de Castelonde où ils résidaient. Ils se mêlaient alors à la foule des badauds de la cité, faisaient des emplettes au marché local, savouraient une certaine liberté le temps d’un après-midi, loin des obligations qui étaient les leurs.

Mais tout cela avait cessé du jour au lendemain. Sa mère avait été emportée subitement par la maladie. Édouard n’avait pas même eu le temps de lui dire au revoir. Depuis, le roi et le prince s’étaient installés dans cette vieille forteresse bâtie le long du fleuve, loin de toute cité, loin de toute activité humaine. Même si des travaux entrepris à cette époque avaient adouci l’austérité des lieux, transformant la forteresse en véritable palais royal, le jeune prince ne s’y était jamais totalement fait. Il fallait dire que le palais avait été fermé aux visiteurs et à ses propres habitants, empêchant toute entrée mais également toute sortie. Il y avait toutefois bien une issue qu’Édouard pensait inconnue de tous : un couloir de ces passages secrets qui était creusé dans les remparts et débouchait à l’extérieur de l’enceinte du palais. Il avait tenté de l’emprunter plus de fois qu’il ne saurait s’en souvenir. Mais la sortie avait été condamnée, elle aussi. Il avait découvert bien plus tard que son père s’en était chargé, la seule autre personne à connaître l’existence de ces passages. Le roi avait personnellement veillé à ce que son fils ne puisse quitter le palais sans sa permission.

Sans qu’il s’en rende vraiment compte, ses pensées l’avaient mené dans la direction de cette ancienne sortie. Le couloir exigu était devenu difficilement praticable en raison d’un éboulement, quoiqu’Édouard ait autrefois réussi à y dégager un chemin. Il se glissa dans le passage qu’il avait façonné quelques années plus tôt et se contorsionna pour avancer. Il n’était pas revenu depuis très longtemps et, de toute évidence, son corps avait bien changé depuis l’adolescence. Il n’était plus ce frêle garçon qu’il avait été : il avait grandi, ses épaules s’étaient élargies, ses muscles s’étaient affermis. Il eut du mal à se faufiler entre les pierres pour atteindre le panneau qui permettait d’accéder à l’extérieur.

Édouard marqua une pause pour reprendre son souffle lorsqu’il atteignit enfin le bout du passage. Il pouvait voir la lumière du jour filtrer à travers les bords de la porte. Il appuya sur une pierre du mur latéral, là où se trouvait le dispositif d’ouverture, mais cela fut sans effet. Aucun son ne se fit entendre. Rien. Il savait que cela était vain et, pourtant, il n’avait pu s’empêcher d’espérer que le panneau ne s’ouvre. D’espérer pouvoir sortir du palais, seul, rien qu’une fois.

Il soupira. Il savait au fond de lui que cela n’arriverait pas. Il avait demandé à son père la permission de sortir des centaines de fois. Il s’était toujours heurté à un mur. Comment son père avait-il pu changer à ce point ? Il se souvenait de l’époque heureuse où ils formaient une famille, l’époque où sa mère était encore en vie. À sa mort, le prince avait eu le sentiment que le monde s’était effondré autour de lui. Il avait perdu sa mère, cela était certain. Mais pire que tout, il avait également perdu son père. Car cet homme qui se tenait devant lui était devenu un étranger pour son propre fils. Il s’était reclus dans ses appartements, ne parlant plus à personne, laissant Édouard seul à errer dans ce palais de pierre qu’il connaissait si mal.

À aucun moment il n’avait aidé le prince à surmonter son chagrin. À partager sa douleur. À faire son deuil. Édouard s’était senti abandonné par le seul être qui comptait encore pour lui. Alors, comme son père, il s’était terré dans sa chambre et il avait arpenté les passages secrets sans fin, loin des commérages et de la vie du palais. Il y avait trouvé un certain refuge, là où personne ne pouvait le trouver.

Mais cet isolement avait fini par lui peser. C’est à ce moment-là qu’il avait rencontré Charles. Homme d’expérience au corps affûté pour le combat, il avait rejoint la garde royale quelques mois après l’installation du roi et du prince au palais, venant ainsi renforcer la petite troupe de soldats qui y stationnait. Charles s’était révélé être un véritable ami dans cette période difficile. Il l’avait aidé à sortir de son isolement, à s’ouvrir à quelqu’un d’autre, à reprendre goût à la vie. C’est avec lui qu’il avait perfectionné son maniement de l’épée. Leurs entraînements réguliers avaient redonné un but à Édouard, bien plus que ses entrevues hebdomadaires que son père lui imposait avec son précepteur.

Il soupira à nouveau. Il s’était fait à l’idée de rester enfermé dans ce palais et avait fini par trouver des occupations qui ne soient pas ses simples obligations de prince héritier. Mais quand cela prendrait-il fin ? Dans quelques mois ? Quelques années peut-être ? Tout cela semblait si injuste… Il devait parler à son père, cela devenait primordial. Il devait essayer une nouvelle fois de lui faire entendre raison. Mais pas tout de suite du moins. Ce n’était pas la raison pour laquelle il était sorti de ses appartements. Il fit demi-tour et se faufila de nouveau à travers le passage créé entre les pierres. Puis il emprunta le long couloir exigu, monta quelques marches, tourna à droite puis à gauche et descendit une nouvelle volée de marches. Le passage continuait sur la droite pour mener aux jardins mais cela n’était pas là où il souhaitait se rendre. Une autre sortie se trouvait juste devant lui.

Il s’avança et colla l’oreille au panneau de pierre qui lui faisait face. Personne ne semblait se trouver à proximité. Souriant, le prince pressa une pierre sur sa droite et entendit le son d’un ressort qui s’actionne. Il poussa le panneau et s’extirpa du passage secret, refermant l’entrée derrière lui. Il se trouvait derrière une vieille tapisserie aux couleurs délavées dont l’imposante taille cachait parfaitement cet accès aux couloirs dérobés qui parcouraient le palais. Édouard se décala sur le côté et plaça aussitôt la main sur son visage, les yeux éblouis par la lumière du jour. Il réprima un frisson en sentant le vent glacial traverser la galerie couverte où il avait débouché. L’hiver n’était pas encore tout à fait terminé, quoi qu’en dise le soleil.

Au bout de quelques instants, la luminosité lui parut nettement plus supportable et il se remit en route. Il partit sur la gauche en direction de la basse-cour, là où la plupart des gardes étaient postés pour garder le seul accès qui menait au palais. Il s’y avança et scruta le chemin de ronde ainsi que les tours du rempart ouest : plusieurs soldats s’y trouvaient mais pas son ami. Édouard fit demi-tour en direction de la salle des gardes. Peut-être l’y trouverait-il. Dans le passage qui menait à la galerie couverte, il bifurqua à droite et grimpa l’escalier qui conduisait aux étages supérieurs. Il tourna à gauche et pénétra dans une large pièce rectangulaire. Quelques gardes s’y trouvaient, jouant aux cartes. Ils se levèrent précipitamment en voyant le prince entrer dans la pièce mais celui-ci leur fit signe de se rasseoir. Les habitants du palais l’avaient vu grandir et, pourtant, tous s’inclinaient systématiquement devant lui lorsqu’il faisait son apparition. Il ne pouvait pénétrer dans une pièce sans attirer l’attention sur lui et interrompre les conversations. Cela avait le don de l’agacer. Ne pouvait-il être traité comme un jeune homme de son âge plutôt que comme un prince ?

Édouard balaya la pièce du regard et dut se rendre à l’évidence : Charles ne se trouvait pas non plus ici. Il interrogea les gardes qui lui indiquèrent que son ami était posté au niveau des remparts sud. Le prince les remercia et se remit en route, dévalant les escaliers qu’il venait d’emprunter. Puis il remonta la galerie couverte jusqu’à l’entrée menant aux jardins. Les haies de buis étaient en train d’être taillées et les jardiniers, comme les gardes, s’interrompirent au passage d’Édouard. Qu’il aurait tant aimé pouvoir passer inaperçu ! Il suivit la longue allée qui menait au rempart sud et aperçut son ami en haut d’un poste d’observation. Il grimpa les marches qui y menaient et serra la main que lui tendait Charles.

Son ami était vêtu de son uniforme bleu nuit caractéristique des gardes du palais. Une branche d’olivier, emblème de la famille royale, était brodée au fil d’argent sur la poitrine. Son uniforme se distinguait par un écusson orné de la lettre « C », signe de son grade de capitaine de la garde du palais. Charles avait obtenu cette promotion à l’automne dernier après des années de loyaux services. Édouard en avait été ravi : de tous les soldats qu’il avait rencontrés, son ami était de loin le meilleur.

Le capitaine était un bel homme d’âge mur aux cheveux bruns légèrement bouclés dont la couleur d’ébène n’était troublée que par la présence d’une mèche de cheveux blancs au centre de son front. Ses traits séduisants, insensibles au passage du temps, et son visage parfaitement rasé donnaient l’impression d’un homme sûr de lui. Un peu plus grand que le prince, il avait tout du mentor qu’Édouard avait trouvé en lui quelques années plus tôt. Ses yeux noirs pétillants et son sourire éclatant accueillirent le prince.

– Je vois que tu t’es enfin décidé à sortir un peu de ta tanière. Je commençais à me demander si j’allais devoir changer de partenaire d’entraînement.

– N’y songe même pas, répondit Édouard avec un sourire. Qui d’autre pourrais-je ridiculiser au combat sinon ?

– Oh, ne te crois pas si fort. Tu m’as battu la dernière fois mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

– Tu as la mémoire courte on dirait. Je ne t’avais pas simplement battu : je t’avais fait mordre la poussière.

Les deux amis éclatèrent de rire au souvenir de ce dernier combat. Charles était l’une des rares personnes à s’adresser à Édouard comme à toute autre personne, sans formalité due à son rang. Cela lui était précieux. Sans son ami, les journées enfermé entre ces froids murs de pierre lui auraient sans doute paru bien plus longues. Édouard se pencha sur le muret du poste et prit une profonde inspiration. Il pouvait sentir les odeurs de la forêt voisine, entendre le chant des oiseaux ainsi que l’eau qui clapotait en contrebas. Tout cela lui rappelait qu’il y avait une vie au dehors de ces épais remparts.

– À quand remonte ta dernière permission ?

Édouard avait posé la question sans même s’en rendre compte. Les gardes avaient le droit de quitter le palais de temps à autre, pour retrouver leur famille et se reposer loin de cette forteresse. Charles ne dérogeait pas à la règle et Édouard l’enviait chaque fois qu’il était de sortie. Le capitaine se racla la gorge, comme s’il était gêné.

– Je ne sais plus exactement, avant l’hiver il me semble.

– La prochaine doit être pour bientôt alors.

– La semaine prochaine, en effet.

– J’aimerais tant t’accompagner.

Édouard soupira. Il savait cela impossible et pourtant, il en avait rêvé. Il se redressa et fit face à son ami. Celui-ci posa une main sur son épaule et plongea son regard dans le sien.

– Viens avec moi cette fois-ci. On pourrait te déguiser, ou te cacher dans une charrette. Je suis sûr que nous pourrions trouver un stratagème qui fonctionne pour te faire sortir d’ici quelques heures.

La proposition était tentante. Cela n’était pas la première fois que Charles la faisait. Édouard aurait aimé croire cela aussi simple.

– Tu sais bien que je ne peux pas. Mon père finirait par le savoir et cela te causerait des ennuis. Tu ne voudrais pas perdre ton grade de capitaine sitôt obtenu ?

Il se détourna de son ami et balaya du regard le paysage qui l’entourait. La forêt, le fleuve qui coulait en contrebas, le soleil qui commençait sa douce descente à l’ouest. Ce poste d’observation était sans doute l’un de ses endroits préférés du palais : il avait l’impression qu’il pouvait s’évader en jetant son regard à l’horizon. Il tourna la tête en direction de Charles, un sourire au coin des lèvres.

– Plus sérieusement, quand finis-tu ta garde aujourd’hui ? Ta revanche à l’épée n’a que trop attendu.

– Je suis en poste jusqu’au coucher du soleil. Ensuite, je serai tout disposé à vous donner une bonne raclée, votre altesse royale.

Il accompagna son sarcasme d’une splendide courbette. Cela fit rire Édouard. Charles était le seul à oser ce genre de plaisanterie. Et il fallait avouer qu’il était plutôt doué pour cela.

– Entendu. Je te retrouverai à la salle d’entraînement.

Charles acquiesça et Édouard fit demi-tour. Son ami était en service, il ne pouvait le déranger plus longuement. Il descendit l’escalier qui conduisait au poste d’observation et remonta l’allée qu’il avait précédemment empruntée. Quelques instants plus tard, il regagna la galerie couverte et arriva devant la vieille tapisserie qui cachait l’entrée des passages secrets. S’assurant que personne ne se trouvait à proximité, il se glissa derrière l’ouvrage textile. Il ouvrit le passage et s’y engouffra, prenant soin de refermer le panneau de pierre derrière lui. Il attendit quelques instants, remettant de l’ordre dans ses pensées.

Il devait parler à son père, cela ne pouvait plus attendre. Cette discussion serait peut-être sans effet mais il devait faire une nouvelle tentative. Peut-être accéderait-il à sa requête cette fois-ci ? Il n’y avait qu’un moyen de le savoir. Édouard se mit en route et suivit le couloir qui menait au donjon, remontant les marches quatre à quatre avant de bifurquer vers les appartements de son père. Il fit une halte juste avant d’atteindre sa destination, là où un petit orifice lui permettait de voir à l’intérieur de l’antichambre du roi. Il cala son œil sur le petit trou et constata que son père se trouvait dans la pièce en compagnie de son secrétaire personnel. À en juger par l’état d’agitation des deux hommes, ils semblaient avoir une vive conversation.

Édouard allait s’écarter lorsqu’il entendit son nom être prononcé. Il se figea, reconnaissant la voix de son père. Pourquoi donc parlait-il de lui ? Avait-il fait quelque chose qui aurait pu le contrarier ou lui donner une quelconque raison de parler de son fils en présence de son secrétaire ? Édouard n’avait pas pour habitude d’espionner son père mais la situation l’intriguait au plus haut point. Avait-il pour autant le droit d’écouter cette conversation ? Il entendit de nouveau son prénom et la curiosité prit le pas sur la raison. Il cala de nouveau son œil contre l’orifice et tendit l’oreille.

– … pure folie. Vous êtes bien certain que c’est la seule solution ?

Le secrétaire venait de s’exprimer. Édouard pouvait déceler une once d’agitation dans sa voix.

– Nous avons tout tenté. C’est la dernière solution.

Son père allait et venait dans l’antichambre. Il semblait nerveux, quoique son secrétaire l’exprimât plus nettement. Assis sur un canapé, des papiers éparpillés tout autour de lui, il se tordait les mains. Édouard pouvait voir le tremblement qui animait sa lèvre inférieure.

– Il n’acceptera pas. Vous l’avez déjà privé de bien trop de choses.

– Cela, j’en fais mon affaire. Il n’aura pas le choix de toute façon. C’est là son rôle et il le sait.

– Son rôle peut-être, mais que faites-vous de ses sentiments ?

– Ses sentiments ? Il s’y fera, j’en suis certain. Comme je m’y suis fait en mon temps. Il s’en remettra.

Édouard était déboussolé. Il ne comprenait pas de quoi parlaient les deux hommes. Que pouvaient-ils préparer ? Rien ne lui semblait plus terrible que l’enfermement qu’il subissait depuis des années. Était-il possible d’empirer sa situation ?

Son père s’arrêta soudainement d’aller et venir au centre de la pièce et se tourna vers son interlocuteur. Il s’assit à côté de lui et attrapa l’un des papiers qui se trouvaient autour.

– Ma décision est prise. Répondez à l’ambassadeur que nous acceptons leur demande de fiançailles. Édouard épousera la reine Blanche.

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Gnucki
Posté le 15/10/2020
Salut jubibby !

Je viens faire un petit tour sur le premier chapitre de ton roman.
Pour information, j'ai plus l'habitude de commenter des nouvelles, donc certaines de mes remarques pourraient ne pas te sembler adaptées au format roman.
Je n'ai pas lu les autres commentaires pour ne pas être influencé.
Souviens-toi que ce n'est que mon avis et qu'il te faudrait probablement le corroborer à d'autres pour en tirer quelque chose.


D'abord, quelques remarques dans le texte :

Il voit clair dans des passages secrets qu'on peut légitimement imaginer sans lumière.

On est dans un univers médiéval (forteresse, épées, fenêtres à meneaux, ...). Tu parles de passages secrets avec mécanismes livresque, de ressorts ... Pourquoi pas, c'est de la fantasy, mais ça m'a paru moderne dans ce contexte.

Pourquoi reprend-il les passages secrets après sa visite à Charles ?
De plus, il décide d'aller voir son père, mais vu comment il a du faire des acrobaties dans les passages depuis longtemps désaffectés et éboulés, il doit être tout sale. Je ne suis pas sûr que son père apprécie.

"Il fit une halte juste avant d’atteindre sa destination, là où un petit orifice lui permettait de voir à l’intérieur de l’antichambre du roi."
Bien pratique ! Mais pas très logique de la part du roi de laisser ça.

"Il entendit de nouveau son prénom et la curiosité prit le pas sur la raison."
"Raison" m'a paru impropre. N'est-il pas raisonnable d'espionner une conversation agitée qui nous concerne ?

"… pure folie."
On dit ça au roi ?


Ensuite, des remarques plus générales :

Le style est fluide et agréable.
Si tu souhaites des conseils pour encore améliorer à ce niveau-là, je te suggérerais d'utiliser plus de figures de style pour donner du rythme et utiliser un peu moins les participes présents.
Cependant, ce n'est pas nécessaire.

Les personnages sont des archétypes bien définis. Le prince qui rêve de liberté (d'habitude, c'est la princesse ;)), le mentor bienveillant et sage, le roi noble, mais écrasé de responsabilité et de chagrin.

Les descriptions sont efficaces et on se représente bien les choses.

Là où ça cloche un peu, c'est plutôt sur le rythme et les enjeux.
Tu passes 90% de ton premier chapitre à nous exposer le contexte, les protagonistes et les états d'âme de notre cher prince. En parlant du prince, on sait beaucoup de choses sur lui, d'emblée. On a même le droit à une belle description physique grâce à un astucieux miroir ! ;)
Cependant, en vérité, ce qui nous intéresse, c'est les trois dernières lignes : il va être marié sans son avis.
Tu as choisi de mettre la révélation en cliffhanger de ton chapitre, mais ça devrait peut-être plutôt être ta première phrase (j'exagère, mais pas totalement).
Pour le présenter autrement, je vais essayer de résumer ton conflit et tes enjeux actuels :
Le prince est enfermé dans la forteresse par son père pour une raison obscure qu'on imagine être sa peur de perdre son fils. Le prince est épris de liberté comme tout un chacun. Il veut pouvoir sortir pour vivre dans le vrai monde comme il l'entend, au moins comme il le faisait avec sa mère avant.
C'est assez classique et je dois admettre que ça manque un peu d'enjeux. Que ferait le prince une fois libre ? Est-ce intéressant pour nous ?
Dernière ligne, on a un nouveau conflit : on veut le marier sans son avis à la princesse des voisins. OK ! Là, je dis oui. On est probablement dans le classique aussi, mais le voir du point de vue du prince, c'est une bonne idée. Et puis, le classique, ce n'est pas forcément négatif !
Malheureusement, on ne sait pas ce que le Prince en pense, ce qu'il compte faire pour éviter (ou assumer) son destin. Donc, il y a conflit, mais pas enjeux.

Autre point, sujet à débat, mais que je te livre tout de même. Tu choisis comme personnage principal un prince. Cependant, tes lecteurices vont vouloir s'identifier d'une certaine manière. C'est plus difficile avec un personnage noble, donc ton histoire ne devrait probablement pas négliger cet objectif par la suite.


En résumé, un premier chapitre avec un style agréable, des descriptions au top et une bonne gestion du point de vue, mais dans lequel on ne sait pas trop où tu souhaites nous emmener. Vu que les éditeurs peuvent refermer un manuscrit dès le premier chapitre voire les premiers paragraphes, ce point n'est probablement pas à négliger.

J'espère que ce petit commentaire pourra-t-être utile et que tu ne m'auras pas trouvé trop dur parce que ton texte a beaucoup de qualités.
jubibby
Posté le 15/10/2020
Salut à toi Gnucki !

Merci pour ton commentaire très complet. Je note tes remarques qui méritent quelques éclaircissements dans le récit (il ne voit pas clair dans les passages mais, les connaissant par cœur, il arrive à s'orienter, son aspect général après ses déambulations, etc).

Je prends conscience avec les différents retours que mon premier chapitre n'est "pas à la hauteur". Je l'ai voulu délibérément lent pour poser le décor mais je me rends compte que ça ne marche pas vraiment. Je réfléchis à la manière de changer ça (quitte à tout refaire, j'ai déjà jeté des passages entiers lors de mes réécritures successives, ça n'est nullement un problème pour moi) ; ton idée de partir du mariage est intéressante. Le cliffhanger de fin de chapitre n'est pas le plus important, si cette inversion permet de donner davantage de rythme, alors c'est à creuser. Merci pour cette suggestion ;)

Concernant ton point sur le narrateur, Édouard est certes un prince mais, mis à part son éducation, il reste quelqu'un de simple qui se veut proche des gens qui l'entourent (c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il aimerait être considéré comme l'un d'entre eux et pas seulement en tant que prince). En revanche, je me rends compte là encore avec les retours des lecteurices que le personnage est un peu plat, ou du moins qu'il ne renvoie pas cette image que je voulais lui donner. Il faut que je le retravaille, c'est évident, mais je pense que la suite du récit pourrait te faire comprendre ce choix de narrateur (et pourquoi pas te faire changer d'avis).


Et merci pour tes compliments/encouragements, j'ai beaucoup de mal avec les descriptions (que je trouve toujours magnifiques dans les autres textes et ternes chez moi) alors je suis contente de lire que tu les trouves bien :)
Eryn
Posté le 25/09/2020
Coucou Jubibby ! Me voilà enfin par ici ! Je te copie-colle tout ce que j'ai noté au cours de la lecture.
Bon pour commencer, voir le prénom « Edouard », me fait vraiment bizarre, je suis pas fan, après j’imagine que je vais m’y habituer, alors c'est pas si grave… Peut être que ce prénom est rattaché à des personnes dans ma tête et que du coup ça me donne un à priori sur ton personnage… Sans ça, je trouve ce début bien intriguant… Un prince prisonnier (la princesse va venir le sauver sur son fier destrier ? Hum. Pardon), et une mère morte d’une « maladie » des années plus tôt ? Une maladie ? Vraiment ?
Le prince a une sortie mais ne l’a pas utilisée depuis longtemps ? Moi si j’étais prisonnière je me barrerais à la moindre occasion ! Tu dis qu’il sort de l’adolescence, alors je l’imagine entre 17 et 19 ans, c’est ça ?
C’est vraiment intriguant tout ça : l’éloignement du père à la mort de sa mère… On sent qu’il y a anguille sous roche et que notre Edouard va découvrir des choses… à moins que maman ne soit pas morte et qu’elle réapparaisse plus tard ? Impossible de le savoir pour l’instant…
Charles ? Hum. Son ami Charles est bien plus âgé que lui du coup ? J'ai l'impression qu'il a la quarantaine.

"Il se figea, reconnaissant la voix de son père. Pourquoi donc parlait-il de lui ? Avait-il fait quelque chose qui aurait pu le contrarier ou lui donner une quelconque raison de parler de son fils en présence de son secrétaire ?"  = Bah non, les parents parlent généralement de leurs enfants à tout le monde… Après qu’il se demande ce qu’on dit dans son dos, oui ça c’est normal !
Ah quand j’ai lu le dialogue, j’ai deviné direct que c’était un mariage arrangé !

Bon sans cela, je trouve que ce premier chapitre est bien écrit. Je me demande s'il n'y aurait pas moyen de nous plonger plus vite dans une action ou nous mettre de la tension. Après peut être que c'est juste que je compare sans m'en rendre compte avec d'autres textes. Je vais aller voir la suite, pour l'instant on n'a pas tant que ça d'informations sur ton monde (ce qui n'est pas un défaut) mais du coup j'ai envie d'en savoir plus.
Je me demande vraiment s'il n'y aurait pas un moyen pour mettre plus de tension dans ce premier chapitre, mais je t'avoue que je ne sais pas comment... Peut être qu'Edouard pourrait déjà avoir un plan de fuite de sa prison qu'il prépare depuis des années ? Un amour secret ? Un secret ? Je sais pas... quelque chose quoi ! Bon difficile de donner un avis aussi vite alors va falloir que j'aille lire la suite !
jubibby
Posté le 26/09/2020
Coucou Eryn !

Contente de te voir par ici et que ce premier chapitre t'ait plutôt plu (ou au moins donné envie de lire la suite haha ^^).

On a tous des prénoms qui ne nous reviennent pas pour une raison inconnue haha, j'espère que tu n'en tiendras pas rigueur à ce pauvre Édouard xD
D'ailleurs, il ne s'appelait pas comme ça dans ma première version mais j'ai été contrainte d'en changer car le début faisait vraiment trop penser à une série télé sinon. Ma raison l'a emporté sur mon cœur, mais heureusement qu'il y a d'autres personnages dont j'ai pu conserver le premier nom <3

Édouard a effectivement une petite vingtaine d'années, je ne voulais pas donner son âge volontairement mais tu as parfaitement deviné ;)
Tu as également raison pour Charles qui est plus âgé, 35-40 ans est une bonne fourchette. Tu aurais eu la confirmation un peu plus tard où je laisse d'autres indices chronologiques ;)

C'est noté pour la phrase que tu as relevée, tu as raison, ça fait bizarre dit comme ça !

Et oui, je voulais un premier chapitre plutôt informatif mais du coup il manque d'action et il est creux. Les avis sont unanimes là-dessus, il faudra que je le retravaille en grande partie lorsque je me plongerai dans une nouvelle phase de réécriture !

Merci pour ton aide et bonne lecture à toi :)
Cléo
Posté le 12/09/2020
Hello ! À mon tour de venir te voir par chez toi :)

C'est un bon premier chapitre qui met en place, je pense, l'essentiel de cette situation initiale. On a un prince isolé dans un beau château mais avec rien à faire, un pote providentiel qui permet aussi d'en faire un guerrier accompli, et un père distant qui prend des décisions arbitraires depuis manifestement un moment. Je me dis que la reine n'est pas morte de cause naturelle et que le père voulait protéger son fils ? J'avoue, je fais beaucoup de spéculation quand je lis !

J'ai trouvé ton style très fluide et agréable ! Les dialogues sont dans l'ensemble bien menés : on sent notamment bien l'amitié entre Edouard et Charles, et c'est le genre de relation que j'aime beaucoup (je pense que ça se voit dans mes écrits haha ^^).

Si je devais pointer une chose, ce serait peut-être de légères longueurs alors que le prince se promène dans les souterrains. Je sais que c'est ton moment idéal pour faire un peu d'exposition, parler de l'enfance heureuse avec sa mère et ses envies d'ailleurs (et d'ailleurs le décor du souterrain/passage secret, par définition un peu oppressant et censé servir les desseins secrets des occupants du château, est très bien trouvé !). Mais je pense que tu pourrais dynamiser l'ensemble, soit en coupant, soit en rajoutant une péripétie, un moment un peu plus "intense"? Je sais, je ne t'aide pas vraiment avec ce conseil super vague !

En tous les cas, je tourne la page avec l'envie d'en savoir plus sur ce mariage arrangé et sur Edouard. Va-t-il s'enfuir avec Charles pour l'éviter ? :p

A plus !
jubibby
Posté le 13/09/2020
Hello !

Contente de te voir par ici et de lire que ce premier chapitre t'a plu :)

Tu résumes assez bien le décor que j'ai essayé de poser, c'est chouette. Ton hypothèse concernant la mort de la reine est intéressante, je n'en dirai rien si ce n'est que père et fils auront l'occasion de reparler de cet épisode de leur passé un peu plus tard ;)

Je note pour ta remarque sur les longueurs lorsqu'il se promène dans les souterrains, ça rejoint le commentaire précédent. Je vais réfléchir à comment dynamiser le tout pour casser un peu cette longue narration !

A plus et merci pour ta lecture et ton commentaire :)
Kevin GALLOT
Posté le 27/08/2020
Salut jubibby,
Très bon début d'histoire, qui se termine par un cliffhanger efficace qui me fera lire la suite avec plaisir. Bien écrit, avec simplicité, facile à lire, on s’imprègne bien de l'ambiance et de l'état d'esprit du Prince.

Quelques remarques : J'ai repéré beaucoup de répétitions, utilise des synonymes.
Beaucoup de redites aussi, je sens que tu insistes sur certains points plus que de raison, certainement de peur qu'on ne saisisse pas (la solitude et l'enfermement du Prince, l'ennui, etc...)
Des phrases de trop qui peuvent être regroupées pour devenir plus fluides, je pense notamment à celle là qui fait un peu "quadruple pléonasme" : "mais cela fut sans effet. Aucun son ne se fit entendre. Rien. Il savait que cela était vain"

Ce chapitre manque aussi d'action à mon goût, bien qu'il soit difficile d'en placer, tu poses le contexte c'est naturel, mais quand même y'a des moyens d'en insérer (un animal inquiétant dans les passages secrets, par exemple, je sais pas, ou une passe d'armes entre gardes)

Selon moi il est contre-productif de donner autant de détails sur les plans du palais (il va là, puis là, tourne à gauche, monte, redescends, etc...), je te conseille d'aller à l'essentiel.

J'espère ne pas avoir trop donné de points d'amélioration, c'est sincerement pour aider, ta plume a un très bon potentiel, l'orthographe et grammaire sont nikel, l'histoire est intrigante, juste quelques détails de style à améliorer je pense. A bientôt, je lirais les autres chapitres.
jubibby
Posté le 27/08/2020
Bonjour Kevin,

Merci pour ton commentaire et tes encouragements, cela me va droit au cœur :)
Contente de savoir que le cliffhanger est efficace, c’était le but !

Je prends note de tes remarques. Les répétitions étaient légion dans la première version de mon manuscrit et j’ai tenté de les chasser du mieux possible (merci synonymo.fr si tu connais ^^). Je referai une passe sur le texte pour dénicher celles qui restent.
Je n’avais pas réalisé que mon insistance sur certains passages pouvait être inutile. J’y jetterai également un œil pour fluidifier tout ça.
Idem pour les plans du palais, je l’ai dessiné sur papier pour que tout soit clair et que je ne m’embrouille pas d’un chapitre sur l’autre mais tu as raison, inutile de perdre le lecteur dans ce genre de détails :)

En revanche, j’ai volontairement exclu de l’action de ce premier chapitre. Il avait pour but selon moi de poser le décor, de faire connaissance avec quelques personnages, bref d’introduire l’histoire même si je reconnais qu’il est également pauvre en dialogues. Je vais y réfléchir mais normalement ça devrait bouger un peu plus juste après ;)

A bientôt pour les prochains chapitres alors, en espérant que la suite te plaise :)
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