Chapitre 1 : Oldania, l’Évêque

Notes de l’auteur : Tout d'abord merci pour votre curiosité. Vous vous apprêtez à lire le premier Chapitre de l'histoire d'un manga en devenir. Bien que l’œuvre est initialement visuelle, nous voulions un aperçut de l'engouement que son scénario peut susciter. Maintenant vous êtes un public averti, je vous souhaite une bonne lecture et vous implore de laisser un avis sur ce qui vous a plu, ou déplu. À bientôt !

Nous sommes actuellement en 1056, dans l’un des quatre états-continents qui composent le Landau, celui d’Oldan. Plus précisément à l’Est de cet État féodal, dans la capitale, Oldania. Une ville géante qui surplombe le continent depuis ses hauteurs. Elle abrite la famille royale mais aussi une majorité des maisons secondaires de la noblesse.

Dans les alentours de la mi-journée, une procession religieuse a lieu non loin des bas quartiers de la ville. Entre les bâtiments de chaume et de bois qui composent les rues pavées de la banlieue, une vingtaine de fidèles se déplacent lentement entre les passants, les étals et les échoppes encore ouvertes dont les propriétaires curieux arrêtent leurs affaires le temps du spectacle. Le groupe est encadré par deux brigades. L’une de Sentinelles, l’autre composée uniquement par des membres du Groupe d’Interventions. À la tête du cortège de fidèles qui marchent en rang, se trouve un évêque vêtu d’une longue robe blanche. Son visage ridé est marqué par deux traces rouges, similaires à de récentes cicatrices, qui lui tombent sous chaque œil comme des coupures en forme de stalactites. Des traces que l’on retrouve sous les yeux de tous les fidèles encapuchonnés du cortège. Aux côtés de l'évêque marche le Caporal de la Milice. C’est lui qui porte la responsabilité des deux brigades. Il porte une armure argentée qui sculpte la forme de ses muscles saillants, résultat d’un entraînement acharné durant son service militaire à la Légion. Elle lui recouvre le bras droit et le torse et s’arrête à son épaule gauche, laissant apparaître le tatouage d’une épée recouverte d’un bouclier. Il a une allure robuste et paraît d’une grande taille à côté de l'évêque. Ses cheveux noirs sont courts, rasés sur les côtés, et son visage porte fièrement une barbe soigneusement taillée. Son œil gauche est marqué d’une cicatrice verticale. Le Caporal Goro a autour de la trentaine et son corps semble à l’apogée de sa forme bien que certains de ses cheveux grisonnent.

À quelques mètres au-dessus des pavés, au second étage d’un immeuble, derrière une des fenêtres, se trouve le canon d’un fusil à barillet. Dans la lunette du fusil se trouve un œil vert qui scrute. Derrière ce fusil, doigt sur la tempe de la crosse, une jeune femme porte des vêtements noirs et une écharpe grise. Un noir si sombre que l’ombre de la femme semble plus clair que son corps lui-même. La capuche formée par l’écharpe de son vêtement entoure un masque gris avec des tâches de peinture de multiples couleurs. Il lui couvre tout le visage, représentant une bouche ouverte avec une denture longue et pointue, menaçante. Les canines acérées sont courbées vers l’extérieur. Sur le haut du masque se trouvent deux cornes pointues. Après avoir évalué la distance qui la sépare de sa cible, elle descend son index de la crosse vers la gâchette. Prend une profonde inspiration, puis libère doucement l’air de ses poumons. Enfin, elle tire.

Avec une vitesse exceptionnelle (même pour une arme de ce calibre) une balle de plomb gravée est projetée dans la direction du convoi. La tête de l’évêque se fait transpercer par la balle et son corps s’écroule par terre, inerte. Comme un oiseau qui perd les ailes en vol. Le son du coup de feu retentit ensuite avec violence. La cohue monte parmi les disciples du cortège et les habitants d’Oldania, sortis de chez eux pour observer cet événement afin de briser la monotonie de leur vie. La panique monte et la population s'agite. Quelques lascars profitent de l'agitation pour piller une ou deux denrées sur les étales.

« Le Caporal Goro, se retournant pour s'adresser à ses soldats - Gardez votre calme ! Unité deux, occupez-vous de la foule et escortez le reste des disciples jusqu’à leur église. Prenez quelques Seconde-classe de l’unité un pour vous aider à contenir les civils !

Un Première-classe de l’Unité 2 - OUI CAPORAL !

Goro - Unité un, suivez-moi ! en désignant sa boucle d'oreille.

Un Première-classe de l’unité 1 - Entendu. »

Le Caporal en armure s’élance dans la rue en courant et en s’efforçant de pousser la foule trop curieuse et paniquée qui l’empêche d’avancer. Il aperçoit la silhouette de la jeune femme sortir en sautant pour se diriger sur les toits. Il se jette en avant et attrape la poutre d’un immeuble adjacent. Le mur sur lequel il a pris appui pour l’atteindre se craque sous son poids. De la poutre, il saute sur un balcon et fait tomber un pot de fleurs lors de son ascension vers le toit qu’il atteint en s’accrochant péniblement à la gouttière. En terminant de se hisser, il voit la jeune femme qui court plus loin, habillée en noir, et reconnaît le masque blanc dessiné dans son dos.

Dans sa fuite, elle voit un membre de la brigade du Groupe d’Intervention qui la suit sur sa droite. Ils sont reconnaissables par leur pantalon, un jean fonctionnel gris avec des genouillères en cuir, de grosses poches sur la jambe gauche et à l’arrière, ainsi que les menottes qui y sont souvent attachées. La seconde partie de l’uniforme est un simple pendentif : un collier au bout duquel est pendu un bouclier transpercé d’une épée. L’homme qui se rapprochait atteint le toit sur sa droite. Elle se tourne. Saute sur une cheminée et atterrit sur un autre toit légèrement plus haut. Sur sa gauche, elle reconnaît un escalier en métal qu’elle avait vu en faisant le repérage des lieux, plus tôt dans la journée. Elle prend sa direction quand elle aperçoit deux autres membres du Groupe d’Interventions l’escalader à toute vitesse. Elle effectue in extremis une roulade sur sa droite pour gagner en vitesse et se laisse tomber sur une maison en contrebas. À peine a-t-elle le temps d’envisager de descendre en rappel le long de la corde à linge qu’elle remarque un autre membre de la brigade, plus bas, qui la regarde en courant dans sa direction tout en bousculant les passants.

Stella fait alors rapidement le point sur sa situation : « Bon il devrait en rester qu’un dont je ne connais pas l’emplacement et le Caporal que je n’ai pas vu depuis un moment. Je vais prendre de la hauteur. »

Elle se lance sur une fenêtre et grimpe le volet en un saut. Arrivée sur le toit, le cinquième membre de la brigade l’attend. Il attrape presque son poignet quand elle lâche le volet sous la surprise. Après une réception parfaite sur le toit duquel elle était partie, sa course reprend. Elle saute par-dessus la rue en contrebas et réussit à attraper du bout des doigts une échelle de secours. Elle étouffe un cri de douleur dans son écharpe quand son épaule se heurte contre le mur à cause de l'élan. Malgré l’engourdissement déclenché par la douleur, elle se hisse de barreaux en barreaux jusqu’à atteindre le plateau supérieur de l’immeuble. Mais après quelques pas, son instinct l’informe d’une présence. Goro, qui l’attendait, atteint presque la femme avec la lame de son épée usée, mais d’un bond, elle s’élance en arrière. Lors de son saut périlleux, sa capuche retombe en arrière dévoilant des cheveux bleu électrique. Et alors que le Caporal les regarde, elle lance un couteau caché avec précision vers son front. Goro suit la silhouette de la femme du regard tandis que la lame traverse subitement sa tête, puis son corps, comme elle l’aurait fait à travers une goutte d’eau. Sans la moindre éclaboussure. Surprise, elle atterrit derrière lui en lui faisant face et recule de quelques bonds, à la manière d’un félin effrayé. Elle le dévisage pendant quelques instants, haletante. Pas une égratignure sur le visage scarifié. Et pourtant le couteau s’est planté net à ses pieds après avoir brisé une tuile en morceaux.

Le Caporal Goro s’adresse alors à elle tout en tendant son épée usée dans sa direction :

« Ce démon blanc dans le dos, ce masque. Tu es une Oni... J’aurais dû m’en douter. Mais pourquoi l’évêque ?!

- … »

D’un simple pas en arrière, presque comme une hésitation, elle disparaît en tombant dans une ruelle étroite. Goro s’élance à son tour mais il ne voit dans sa chute qu’une bille d’où émane une petite lumière en tombant entre les immeubles.

« Goro - Une gemme de captation ?! »

La bille scintillante atterrit sur le même sol pavé que le corps lourd d’équipements et de muscles du Caporal. La lumière s’estompe et la bille se brise dans la ruelle vide. Il fait demi-tour et expire fortement. Pas de fatigue mais de contrariété.

 

*  *  *

 

Dans un vestiaire rempli de casiers, une forte lumière jaillit de l’obscurité en dessinant la silhouette d’une femme, laissant place en s’estompant à Stella, portant toujours le masque de Oni aux dents acérées. Elle s’assoit sur un des bancs et expire lentement. Pas de contrariété, mais de fatigue. Les images défilent à nouveau dans sa tête. Le couteau qui transperce le corps de Goro sans consistance, comme un mirage. L’épée usée qui passe à quelques centimètres de son estomac. Elle se redresse, se remémore la course, aux différents placements de la brigade du Groupe d’Intervention. Ils se sont déplacés en formation d'étoiles avec des trajectoires qui semblaient en apparence aléatoires mais qui étaient destinées à l’amener sur une confrontation avec Goro. Ils ont même doublé la présence du milicien placé sur l’escalier en métal afin qu’elle n’envisage pas la confrontation avec un des membres de la brigade. Si la gemme de captation avait été moins puissante, elle n'aurait pas pu se téléporter aussi loin et Goro ou la brigade l'aurait retrouvée rapidement. Elle le sait. Elle ôte alors son masque et dévoile le visage d’une jeune fille aux yeux verts d’une quinzaine d'années seulement. Un homme rentre dans le vestiaire. La pénombre laisse voir qu’il est grand, élancé, et porte des vêtements noirs bien repassés. Ses cheveux de la même couleur sont fins et coiffés en chignon ce qui dégage son visage droit et ses yeux bleus perçants, derrière une paire de lunettes rondes.

«Azumer, en souriant - Ah Stella ! Je savais bien que j’avais entendu du bruit. Ta tâche est-elle accomplie ?

- Oui.

- Bien. Comment s’est-elle déroulée ? Aucune surprise ?

- Disons que le retour fut plus mouvementé que prévu, Goro est bien plus dangereux que ce que j’imaginais. Et c'est un chef d'équipe redoutable, il sait ce qu'il fait de ses hommes.

- Je t’avais prévenu que la mission ne serait pas simple, c’est un Caporal après tout. »

Elle se lève du banc et ouvre un casier sur lequel il est inscrit « POLLOCK ». Elle y dépose son masque d'Oni qu’elle échange contre un autre, similaire, mais lézardé de failures. Deux de ses bords sont cassés et une des dents imposantes de la mâchoire est manquante.

« J’ai utilisé la gemme de captation pour m’échapper, elle s’est brisée. Veuillez m'excuser.

- Ne t’en fais pas, elles servent à ça. Je ne pensais même pas qu’elle couvrirait la distance entre Oldania et l’île de la Légion pour être honnête.

- Le masque que j’ai utilisé pour la mission “Oeuf de Cailles” est inutilisable, elle le tend vers Azumer,  je peux vous le laisser pour que vous en disposiez ?

- Bien-sûr, laisse-le avec ton rapport.

- Merci. Elle marque une pause puis reprend. Caporal, je voulais vous demander… Quand j’aurais fini le rapport de mission, pourrais-je avoir une permission cette après-midi ?

- Quand tu auras fini oui. Pose le rapport au même endroit que d’habitude.

- Merci. »

Stella referme son casier et termine de se changer tandis qu’Azumer sort de la pièce. Après que la porte ait claqué, elle enfile un t-shirt et passe la main dans ses cheveux bleus qui brûlent au niveau de ses doigts. Après le passage de la paume, les cheveux bleus deviennent blonds comme le métal rougi au contact de la flamme. Elle ouvre de nouveau son casier et en sort un tissu qu’elle prend. Puis s’en va.

 

* * *

 

Azumer sort d’un ascenseur et croise un homme dont on distingue à peine le visage dans l'ombre du couloir.

« Azumer, baissant la tête pour saluer - Comment allez-vous Mr. Le Vice-Gouverneur en chef ?

L’homme, lui répondant d’un pas pressé en levant la main - Caporal ! Je suis en retard pour une réunion je vous verrai plus tard ! Et bon sang ! il faut vraiment faire quelque chose pour la lumière dans ces couloirs ! J'ai failli vous rentrer dedans. »

L'homme entre dans l'ascenseur juste avant que les portes ne se referment. Il en sort une minute plus tard, traverse un long couloir et arrive devant une grande porte en bois qu'il pousse lourdement d’une main. Dans la pièce se trouve déjà deux autres hommes, des jumeaux, dissociables seulement par la couleur de leurs cheveux. L’un, Ismaël, est brun, l’autre, Tamaël, est blond.

Ils portent les mêmes vêtements : un débardeur blanc et un short noir. Leur visage, similaire, est légèrement arrondi. Leurs cheveux contrastent avec la blancheur de leur peau. Ils semblent tous deux vaciller, comme si tout leur corps ondulait dans un léger tremblement.   

« L’homme - Je m’excuse de mon retard mais je vois que je ne suis pas le seul… Alors, pourquoi vous vous taisez au moment où j'arrive ? Et ne me faites pas croire que vous étiez silencieux jusqu'à mon arrivée. »

La pièce est grande. Elle n'est remplie que par la présence d'une table épaisse et rectangulaire dont le centre et les coins sont gravés par des symboles imbriqués dans des cercles brillants. Autour de cette table en suspension dans l’air sont disposées neuf chaises, quatre de chaque côté et une au bout, qui préside. Sur trois d'entre elles sont incrustées des gemmes dont deux brillent d’une lumière opaque et vacillante qui forme les corps des jumeaux, en hologrammes. Au fond de la pièce, une baie vitrée très grande remplace un des murs, laissant apercevoir au loin le Tairiku Oldan. Rapidement reconnaissable à son imposante capitale, Oldania, qui surplombe le continent par sa hauteur, mais aussi par trois montagnes qui montent en forme de pics se faisant face à l’Est de la mégapole. L’homme tire une chaise sur un des côtés et s’assoit.

« L’homme - Vous préparez un sale coup ? C’est ça ?

Le jumeau blond - C’est plutôt vous, vieux vicelard, qui mettez toujours la pagaille…

L’homme, lui répond en souriant - Mais moi, Tamaël, je ne suis pas Magistrat à Oldan ! Si je fais n’importe quoi je peux encore me rattraper.

Le jumeau brun - Haha j’avoue que je n’aurais pas aimé me retrouver à Oldan hahaha ! Ça a l'air bien galère la famille royale… hahaha !

L’homme - Certes le pays n’est pas dans une situation facile Ismaël, mais pour vous Magistrats, aucun pays ne devrait sembler l’être. Votre travail est avant tout de rassurer les souverains de chaque pays mais aussi, de par votre présence, leur rappeler les accords qu’ils ont avec la Légion. C’est grâce à vos efforts et vos conseils que les trois Tairiku peuvent se faire confiance et…

Ismaël, le brun - Bon arrête, tu penses qu'on ne sait pas ?

Tamaël, le blond - Et puis on est surtout utiles pour vous, Vice-Gouverneur des renseignements…

Ismaël, le brun - Ne soit pas si négatif Tamaël, la Légion maintient l’ordre et la paix. Mais dis-donc. Tu plombes l’ambiance avec tes sermons ! »

Note : - Es-tu bien sûr que le dialogue est fidèle à la réalité ?

- Raah... Mais t’es encore là toi ?! Les narrateurs pompeux comme toi ça ne parle pas !
 

La porte s’ouvre dans un grincement lent et deux hommes entrent dans la pièce. Le premier, sur la gauche, se nomme Ajax. C’est un homme imposant d’environ trente-cinq ans, il porte une armure avec une épaulette ornée de griffes. D’allure sombre, il a une coupe brune bien coupée, une légère barbe et les yeux marrons. Le second, sur sa droite, est un homme de la soixantaine qui se nomme Muldas. Il porte une queue de cheval blanche sur son crâne chauve et ses traits légèrement marqués laissent paraître qu’il a l’air plus jeune qu’il ne l’est. Ses yeux sont émeraudes. Il porte des vêtements blancs cousus par des lacets de cuir rouge. Mais la vraie particularité de ce vieil homme, c’est son bras gauche. Un bras automatique fait d’un alliage rare de métaux uniques. 

« L’homme - Ajax, Muldas, bienvenue à vous.

Ajax, le saluant de la main – Mr. le Vice-gouverneur.

L’homme - Je t’en prie, nous le sommes tous ici, mis à part nos camarades Magistrats. Pas de formalités haha. Si nous devions nous appeler par notre titre à chaque fois que l'on s'adressait les uns aux autres, les réunions seraient interminables... Puis quand tu me vouvoies j’ai l’impression d’être bien plus vieux !

Ajax - Haha, moi qui essaie d'instaurer un peu d'ordre.

Muldas, rétorquant avec cynisme – Ben voyons, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre. Bonjour à tous, combien on en attend encore ?

L’homme, désignant la chaise en bout de table - Madame la Gouverneure ne se joindra pas à nous aujourd’hui non plus donc nous commencerons quand la Magistrate Ena se sera connectée sur la gemme holographique et qu’Alexandre et Bandura seront arrivés. »

La porte s’ouvre à nouveau.

« Muldas - Quand on parle des loups.

Bandura - Bonjour à tous ! »

Son torse nu est à moitié recouvert par une étoffe rouge, assorti avec un pantalon orange. Il est chauve et sur son front sont dessinées deux gouttes en spirale.

Note : - Son vêtement à l’air similaire à celui d’un moine si je me l’imagine correctement.

- C'est à peu près ça. Mais en vrai si t’as rien à dire tu la fermes. Je t’ai déjà dit que t’étais viré. Tu peux partir maintenant.
 

Ces deux gouttes sont celles du Ying et du Yang, bleue et rouge. Son crâne rasé laisse apparaître des repousses grises bien entretenues. Au centre de son visage ridé se trouvent deux yeux d’un marron profond. À ses côtés, Alexandre tire une chaise pour s’asseoir. Son corps élancé est habillé d'un costume de velours marron, ses cheveux de la même couleur lui tombent au niveau de la mâchoire. Sa bouche est ornée d’une moustache peignée avec soin qui soutient un nez dressé entre deux yeux verts clairs.

Note : - Celui-ci a une allure similaire à un mousquetaire ! Habillé en velours.

- Je peux te promettre que si tu ne la fermes pas je te dégage à jamais de cette histoire. C’est fou de s’accrocher à ce point. C’est beaucoup plus dur de raconter une histoire quand on est interrompu constamment !
 

« L’homme - Bon ! Étant donné que nous sommes presque au complet et que nous avons déjà pris beaucoup de retard, nous allons commencer. De toute façon les réunions où Ena nous fait grâce de sa présence se comptent sur les doigts d’une main…

Ismaël, le brun des deux jumeaux - Celle de Muldas ?

Ajax lâche un gloussement de rire en regardant le bras de métal que porte Muldas enrobé dans sa tunique blanche.

Ce dernier se racle la gorge puis poursuit : « Les sujets de la réunion d’aujourd’hui sont au nombre de trois. Il s'agit de la sélection qui doit commencer demain, des sanctions du première classe Ladvard, et enfin nous devons nous pencher sur l’échec de la part du Caporal Goro qui a eu lieu il y a quelques heures lors de la protection de l’évêque du Culte-des-Jashins.

L’homme - Merci Muldas. Commençons avec la sélection. Nous devons à tout prix éviter que cette année se déroule comme la sélection de l’année 51. Comme elles n’ont lieu que tous les cinq ans, autant ne pas les gâcher.

Muldas - Du moment que ce n’est pas “lui” qui s’en occupe on…

Alexandre, lui coupant la parole - Il n’empêche que la sélection qu'il a supervisé a fait sortir du lot de très bons éléments qui sont aujourd’hui Première classe et devenus de vrais atouts pour la Légion. Ce n'est pas pour rien que leurs aînés les appellent les Sept Perles de l’année 51. Même s’il est vrai que s’il avait supervisé tous les jours de sélection nous n’aurions pas eu beaucoup plus que sept recrues.

L’homme - Alexandre, toi qui aimes les chiffres, avoir quatre-vingt morts sur deux cent participants en un jour, pour seulement sept recrues     admisent... Ce n'est pas envisageable. Surtout si on pense à l’opinion publique. Bien. Je rappelle qu’il nous faut pour les épreuves de cette année un total de trois encadreurs et un superviseur qui seront disponibles durant les sept jours de sélection. Que proposez-vous ?

Bandura - Je propose Zabimaru comme encadreur pour les épreuves, il fait non seulement partie des Sept Perles mais son comportement a été exemplaire d’après ce que j’ai pu lire dans les rapports. De plus ça lui sera utile dans son apprentissage.

Alexandre - Je propose Charles au même poste. Et il en possède largement le niveau. Sa faction pourra s’en passer aussi durant les sept jours non ?»

Tamaël se retourne en direction du mur comme pour écouter au travers. Il dit avant de se retourner « Oui je leur transmets. Sortez maintenant, je suis en réunion ». Puis se retourne face à la table en lévitation.

« L’homme - Qu’y a-t-il Tamaël ?

- Le Roi Lev souhaiterait avoir une discussion directe avec deux Vices Gouverneurs afin de mettre en place une meilleure protection pour les évènements à venir. Il souhaiterait aussi que des sanctions soient prises concernant les miliciens chargés ce matin de la protection du culte.

Ismaël, l'air moqueur – Le pays que tu ambassades demande une audience directe avec la Légion... Tu ne penses pas que c’est mauvais signe pour un Magistrat ? Hahaha

L’homme - Très bien nous allons nous en charger, merci Tamaël. Et cela me donne une idée... dit-il en souriant. Donc, ce matin le Caporal Goro a échoué à protéger l’évêque du culte des Jashins.

Tamaël - Je pensais que nous devions parler de la sélection d'abord ?

L'homme - Tout à fait, et j’y viens. La réputation de la Légion étant entachée, je propose de le rétrograder. Pour éviter la mise à pied, nous le rétrogradons du poste de Caporal à celui de Capitaine. Qu’en pensez-vous ? Tamaël tu penses que ce sera assez pour la famille royale ?

Tamaël - Oui, ce devrait être suffisant. J'y ajouterai les formes mais nous devrions éviter le scandale politique sans problème.

Alexandre - Alors finalement nous commençons par nous occuper de Goro, simplement n'oublions pas de revenir sur la sélection un peu plus tard. C'est une affaire qui presse puisque la sélection commence dans quelques semaines.

L’homme - J’y viens ! Et j’ajoute, à cette punition effective sur le champ, de sanctionner nos deux trouble-fêtes en mettant Ladvard comme troisième encadreur en plus de Charles et Zabimaru. Avec Goro pour superviser la sélection et les différentes épreuves. Je suis conscient qu’être encadreur ne semble pas être une punition mais sachez que pour Ladvard ça le sera. Le fait que ce soit sa bombe qui fit exploser l’orphelinat doit rester un secret donc ça nous permettrait de le sanctionner sans le montrer aux Tairiku. Enfin, comme c’est le rôle d’un Capitaine de superviser la sélection, Goro le peut puisqu'il vient de se faire rétrograder. Nous avons ainsi trois encadreurs et notre superviseur. Qu’en pensez-vous ?

Tamaël - C'était donc là où tu voulais en venir ! Régler deux sanctions en un évènement. Toujours aussi pratique Mr. le Vice-Gouverneur en Chef.

L’homme - Haha. Si vous êtes d’accord, nous avons terminé. »

Vice-Gouverneurs et magistrats se regardent et hochent la tête en signe de consentement.

À la fin de la réunion, les deux gemmes qui servaient à maintenir les hologrammes respectifs de Tamaël et Ismaël cessent d’émettre leur lumière. Les Vice-Gouverneurs se lèvent et quittent la pièce chacun leur tour. L’homme, le dernier à quitter la pièce, frôle sur le mur un glyphe presque semblable à ceux dessinés sur la table. La lumière dans la pièce s’assombrit alors, pour finalement s’éteindre.

 

* * *

 

Revenons maintenant à Oldania, capitale de l'État féodale Oldan, un des trois Tairiku du Landau. Entre les maisons, un enfant avec une capuche et deux truands adultes sont accroupis. L’un des deux hommes n'est pas très grand et possède un corps assez épais avec un ventre imposant qu’il compresse entre ses  genoux et son  dos recroquevillé vers le sol. Son visage est marqué d’une énorme balafre. L'autre est grand et plus maigre, ses cheveux sales s'arrêtent au niveau de ses épaules. Avec l'enfant, ils regardent la même chose : deux dés. L’un affiche cinq et l’autre deux.

« Tuhn, se redressant de toute sa taille - C’pas vrai ! Encore sept ! C’est impossible d’voir autant de chance !

Yohan, caressant sa cicatrice d’un air mauvais - Effectivement Tuhn… C’est impossible ! »

Les deux se retournent vers le jeune garçon.

« Yohan - Dis-moi p’tiot… T’srais-tu pas en train d’tricher quo même !?

Tuhn - Si si Yo, j’crois qu’i triche moè !

Le Gamin à la capuche - Allons, bons Messieurs ! Vous me connaissez depuis le temps, ai-je déjà été malhonnête avec vous sur quelque chose ? »

Tuhn se gratte le ventre pour réfléchir. L’enfant en profite pour s’enfuir en courant après avoir ramassé les quelques morceaux de cuir chiffonnés, frappés du sceau de la Légion, qui étaient au sol.

« Yohan - C’pas vrai ! V’la qui file avec nos Gramms ! »

Les deux adultes lui courent après, de plus en plus vite. Après une dizaine de mètres dans la rue, l’enfant tourne à gauche presque essoufflé pour s’enfoncer dans une impasse. Alors qu’il se rend compte que la rue est bloquée par un grand mur de brique, la main du bonhomme balafré lui attrape l’épaule et le tire violemment en arrière, ce qui le fait tomber sur le dos. Alors que les deux hommes le martèlent de lourds coups de pieds au fond de l’impasse, une jeune fille vêtue de noir et portant un bandeau bleu noué autour de cheveux marrons, arrive par le fond de la ruelle. Tandis qu’elle s’approche furtivement, de sa main émane une tornade d'abord sous forme miniature qui prend ensuite de l'ampleur jusqu’à avoir une taille humaine et envelopper les deux gredins toujours occupés à marteler l’enfant. Mais ce n’était que brise légère leur entaille maintenant les vêtements et la peau tout en les projetant plus loin sur le sol. Elle prend ensuite l’enfant par la main, et s'enfuit en courant.

« L’enfant - Cécilia ?! Toujours là au bon moment !

Cécilia - Tais-toi et cours plus vite ! »

Dans leur course, l’enfant laisse traîner ses mains dans les poches des passants qu’ils bousculent. En passant devant une étale de masque pour bals, il se sert au hasard puis enlève les froufrous de l’objet pour se le mettre sur le visage.

Après avoir couru sur quelques longues rues, les deux garnements s’arrêtent sur le bord d’une marche de pierre pour reprendre leur souffle.

« Le gamin - C’est bon je crois, tu peux me lâcher maintenant. Tu sais, j’en avais pas l’air mais je maîtrisais grave la situation.

Cécilia, qui tient toujours la main de l’enfant - Non Billy. Arrête de dire des conneries. Elle lui lâche la main comme on se débarrasse d’un animal mort. Je vais finir par croire que tu penses ce que tu dis. Comment se fait-il qu’à chaque fois que je viens te retrouver tu n’es pas au point de rendez-vous mais quelque part ailleurs en train de te faire courser ou pire… attraper. Tout ça c’est à cause de Bensom ! Sans lui, tu ne jouerais pas à faire des paris avec des fous furieux ! »

L’enfant rabat sa capuche sur son masque. Son visage couvert du masque blanc ne laisse apercevoir que deux yeux marrons. Les cheveux épais qui dépassent des côtés sont blanc à la base et tirent vers le violet sur les pointes. Ils sont coiffés en pagaille vers le fond de la capuche.

« Billy - Comment tu me trouves avec ce masque ?

Cécilia - Billy !... Elle baisse les bras et répond plus calmement. C'est pas mal, ça cache tes bleus. Mais tu trouves pas que ça fait trop les lentilles plus le masque ?

- La liberté ça a un prix : l’anonymat !

- Arrête de tout prendre à la légère Billy !

L’enfant, sur un ton plus sérieux - Eh Cécilia. Tu sais que j’t'aime bien. Mais t’es pas ma mère. Ni même ma sœur. Et t’as que deux ans de plus que moi j’te signale. J'apprécie tout ce que tu fais pour moi, vraiment, mais c'est pas parce que t’as pu rentrer à la Légion et que tu sais te défendre mieux que moi que tu peux me donner des leçons et encore moins insulter mon pote.

- …

- Bon comment vas-tu ? Ça va faire un moment qu'on ne sait pas vu.

- Ne change pas de sujet. Je ne suis pas ta mère mais ça ne m'empêche pas de me faire du souci pour toi. Et je pense pas que Bensom t’aide à te sortir de la merde c’est tout.

- Je veux pas que tu le prennes mal, mais tu vis pas là où je dors. Et t’es pas là pour m’offrir une alternative. Tu m’as dit que la Légion c'était vraiment pas facile, mais quand je te vois, je me demande si ça vaut pas le coup de tenter. T'as de l’argent, t'as du temps libre quand tu es pas en mission, et je suis sûr que tu dors bien. Bref, on en reste là si tu veux bien. Je te vois pas pour tes sermons. Et tu me vois pas pour que je te parle de ma vie de merde.

- Arrête de parler comme si t’allais t’enrôler. De toute façon tu te ferais recaler avec ton corps de gamin. Tiens, je t’ai apporté un truc.

- Fallait commencer par ça ! Vas-y donne !

- Calme toi, c’est juste pour t’aider à te défendre un peu, et va pas croire que c’est pour t’encourager à continuer tes magouilles ! »

D’une poche de son pantalon elle sort un jeu de cartes. Billy, un peu déçu de ce qu’il voit, regarde Cécilia dubitatif.

« Billy – Et donc... Je dois me défendre avec ça ? (plus bas) On vit pas dans le même monde en effet.. »

Cécilia sort du paquet une carte qu’elle prend entre ses doigts. Elle regarde une cagette en bois derrière Billy et lance la carte d’un revers de la main. Le rectangle de papier vient se planter tout droit entre les planches. Très étonné, Billy tente de lui prendre le paquet des mains mais Cécilia lève le bras :

« Cécilia – T’en prends soin ! Et c’est défensif. Ces cartes sont normales, mais si tu apprends à t’en servir elles peuvent vraiment faire mal. Fais attention.

Billy – Oui oui... Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités je sais. Mais je suis pas Spider-man…

– Quoi ?

– Rien ! Montre-moi juste comment on les lance ! »

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