Chapitre 1 : Le requiem du geôlier - Nouvelle version

Notes de l’auteur : Mise à jour le 03/09/2022

Je m’appelle Vara, juste Vara. J’ignore qui lira ces lignes ou si même quelqu’un les trouvera, mais le temps est lent et il faut bien que je m’occupe quand mon maître dort. Ces rouleaux vierges proviennent de la bibliothèque de Trebonia Seneca, qui possède la domus accolée à notre vilain appentis. Trebonia Seneca sait que je les ai, elle m’apporte des lampes, des calames et de l’encre avec la soupe. Je ne suis pas une voleuse. Enfin, je ne suis plus une voleuse, grâce à mon maître : il m’a sauvée de cet avenir un jour de pluie et de brume. Mais notez que cela ne fait pas de nous des amis. Après tout, il soutient l’empire esquilien qui a fait de moi cette même voleuse. Et quand mon maître mourra, je serai libre une seconde fois. Ainsi, j’ai toujours su distinguer les choses, la nature des hommes et la nature des liens entre eux. Oui, c’est cela, distinguer... Je sens que dire ces mots m’échauffe, écrire me procure une étrange fièvre. Le calame court, il gratte sur les fibres. Je confie ces phrases au papier pour enfin les voir. Les sentir, réaliser qu’elles existent. Cependant il faudra que je brûle ces feuilles à la mort – prochaine – de mon maître quand sa trop longue agonie s’achèvera. Esquiliae n’aime guère les propos séditieux. Je m’en voudrais de finir en croix aussi bêtement. 

Voici donc pour ma situation. 

Pour des raisons diverses, je ne raconterai pas ma vie ici, mais une autre histoire. La mienne, je la connais assez pour ne pas m’infliger une redite. Non, je vais plutôt relater celle d’une affaire hautement singulière. Entre de mauvaises mains, ce récit pourrait pourtant signer mon arrêt de mort ainsi que celui de mon maître et d’Orazio. Tous deux me sont chers, malgré la trahison de l’un. Sauf que c’est plus fort que moi. Il faut que je note tout pour reculer, observer de mes yeux les effets du Marionnettiste, comprendre enfin. Essayer de résoudre ce mystère. Ceux qui ont de la chance dialoguent avec des philosophes hellènes pour réfléchir plus loin. Je suis pauvre, je n’ai que ma feuille et le reflet légèrement décalé qu’elle me renvoie. C’est dans cet interstice que je compte trouver les réponses que je cherche. 

Pour parler du Marionnettiste, il faut que je parle de mon maître. Mon maître, celui cruellement blessé par une lame et à l’agonie, celui que je torche à présent, celui qui fut un monstre et un héros, celui qui se cache aujourd’hui comme un esclave en fuite... Mon maître se nomme Faustus Avidius Eskandar, fils de Farbod le Pharaonide, juge à la Quinque auprès de la consule Domitia Cato. Sa lignée est jeune, mais vigoureuse. On le destinait voilà encore une huitaine à un siège de sénateur. À cette heure, il baigne dans la sueur et le sang. La fortune tourne si vite dans l’empire... Son jeune front est désormais creusé, et j’allume les lampes toutes les nuits sans tout à fait parvenir à faire reculer les ténèbres. Elles avancent le soir tombé vers son grabat. Elles rôdent. Elles mordent. Elles lui arrachent des lambeaux de raison dès que je tourne le dos. Je passe la nuit à le veiller, assise dans la terre battue, contre le mur. Parfois, malgré ma vigilance, je somnole et lorsque j’ouvre les yeux, j’aperçois leurs gueules béantes garnies de crocs. Elles disparaissent sitôt que je les regarde, mais je ne peux regarder tout le temps. Et dehors, il y a pire que les ombres, pire que cette nuit noire chargée de miasmes...  Enfin, le temps presse. Pour tout raconter, il faudrait que je commence maintenant. Puis, une fois Eskandar mort, je partirai peut-être me cacher quelques mois dans l’Empire Theucides et prendrait la route de l’Est ensuite. En espérant que tous m’oublient, bien sûr, et que chacun efface cette histoire de son esprit. Peut-être seulement aurais-je la paix ? 

Pour tout avouer, si cette affaire a commencé voilà plusieurs mois pour le prince Chrysostin et le Sénat, elle n’a pris son tour vraiment singulier - de mon humble point de vue - qu’au début de ce mois de Iunius. Je débuterai donc là, en un jour chaud et sec d’été. Le matin avait été calme : mon maître s’était levé aux aurores. Nous avions beaucoup travaillé sur un dossier en cours, une histoire de paris clandestins. Mon corps accusait le coup et j’avais dormi tard. Quelques corvées dans les rues encore brumeuses, notamment la corvée d’eau, m’avaient occupée un temps puis j’avais attendu que l’air se réchauffe à une popina à l’angle. J’aimais leurs haricots marinés à la figue, je n’aimais pas le froid : c’était le bon compromis. Enfin, quand le soleil fit une timide apparition, je me décidai à aller aux thermes et me levai. J’avais un peu de temps : Eskandar m’avait donné rendez-vous à la prison à l’heure pleine du Forum. Il fallait que j’en profite pour me reposer aussi. Après tout, nous n’étions pas censés travailler en dehors de notre principale affaire :  nous étions à Esquiliae afin de surveiller le Marionnettiste de passage à la capitale. C’était tout. Domitia Cato a cependant toujours aimé nous faire trimer à chacun de nos séjours près des tribunaux de la Quinque, alors même que nous croulions sous les procès dans notre province. Malgré les années, elle n’a jamais perdu son sens de l’acharnement, je ne peux lui retirer cela. 

Après une baignade rapide et une bonne suée, je suis arrivée un peu avant l’heure au point de rendez-vous sur le Forum, au cas où Eskandar aurait eu une nouvelle urgence à traiter au cours de la nuit. Cela ne me dérangeait pas. Je dors peu et j’aimais nager dans l’atmosphère anonyme du Forum depuis les marches de la prison : les toges qui bruissaient, la foule qui se rassemblait en une nuée de moineaux sitôt la distribution de blé annoncé par la cloche du portique de Julia. Ou qui se dispersait pour récupérer leurs sportules dans les riches demeures aux alentours. Le bruit des pièces résonnait d’un doux cliquetis. Ce jour en particulier, le blé en sacs venu de Pharaonide blondissait sous la lueur de l’été. Dans les vestibules des basiliques rôdaient les avocats en mal de client, je les reconnaissais sans peine leurs toges froissées. J’en identifiais personnellement même pas mal. Mon maître avait déjà eu affaire à eux. Leurs réclames s’effaçaient derrière les acclamations des procès en cours : le public ne se taisait que pour applaudir le dernier effet de manche de je-ne-savais-plus quel champion des tribunaux. Eskandar m’avait appris cela : un avocat gagnait un procès quand il gagnait le public et non le juge. Heureusement pour lui et ses potentiels clients, il n’a jamais été avocat. Et même en tant que juge il fut une malheureuse exception à sa leçon. 

Oui, c’était une belle journée après toute cette brume du matin... Le ciel bleu, ce soleil d’un jaune d’œuf tendre, l’horizon blanchi, la pureté du temps faisait écho aux couleurs vives des tympans et des sculptures des temples. Celui de Déjanus me plaisait tout particulièrement, avec son mélange de vermillon et de bleu nuit dépliés au gré des deux faces du dieu ornant la frise. En bas, des enfants jouaient à la toupie pendant que leurs parents écoutaient parler Macra. La philosophe en vogue, de ce que j’avais compris, au fort esprit cynique. Je devinai ses longs cheveux décoiffés s’agiter au milieu des coiffures et des barbes parfumées. Visiblement, les étages de tresses étaient revenus en force chez les matrones. Il était difficile de se tenir informée des modes esquiliennes quand on parcourait les routes. 

Le Forum respirait la graisse bouillie, le cuir des soldats, la sueur de la foule. Et moi, je n’y étais plus rien. Je n’étais plus personne et je m’y sentais bien. 

— Tu ne veux pas voir le prisonnier ? 

Je levai les yeux vers le soldat gardant la porte. J’ignorai ce qui avait bien pu se passer à la caserne, si une erreur avait été commise, mais il portait un galéa bien trop grand pour sa petite tête. Le casque n’arrêtait pas de cogner son nez pustuleux et le son mat marquait le passage du temps aussi sûrement qu’une clepsydre. Je détestais – et déteste toujours – ce genre de bruits répétitifs. Je soufflai, agacée : 

— C’est le rôle du juge. 

— Mais ça peut faire passer le temps, insista-t-il en replaçant une millième fois son casque. Orazio est un prisonnier très drôle. 

Une voix beugla à l’intérieur :

— Je suis pas drôle. Je demande juste de quoi chasser les rats. Et faites quelque chose avec le type dans la fosse. C’est pas possible de dormir avec ses grognements. Achevez-le ou je m’en charge à coup de banc. 

— Tu vois, il est comique, fit le soldat d’un air goguenard qui ne me revenait pas. 

Le prisonnier râla :

— Ça te coûte quoi de me filer un coup de main ? 

— De toute façon, ça ne sera bientôt plus ton problème, je vois pas pourquoi tu t’en inquiètes. Demain, tu seras mort, et les morts, ça s’inquiète pas des rats et des vivants, même quand ils sont à moitié passés en Bas. 

Le soldat se nommait Pustularus, je me rappelle son nom à présent. Pustularus... Il avait quelque chose de foncièrement normal dans ses faiblesses et qui rassurait malgré ses tics irritants. Une tendance à tourmenter les faibles en pensant faire rire par exemple. Même si je ne riais pas. Plutôt qu’écouter leurs pitreries, je tentai d’entendre les sistres et les tambours près de l’autel du temple d’Héligale. Un panache graisseux montait du feu, je devinais derrière l’ombre du pourceau qui serait sacrifié. La musique sacrée m’apaisa un instant. Il y avait quelque chose de mélancolique dans le drame qui se tramait au loin et dans la banalité terne de la scène qui se jouait derrière moi. Une vague odeur d’huile montait de ma peau fraîchement lavée. 

Je triturai mon petit baluchon de jute, songeuse. Le prisonnier avait été condamné à mort pour cette histoire de paris clandestins : n’importe qui d’autre qu’Eskandar l’aurait gracié. N’importe qui d’autre qu’Eskandar aurait déjà parié dans sa vie. Mais la loi était la loi, disait mon maître, et celle-ci prévoyait la sentence capitale pour les charges dont il était question : arène clandestine, paris illégaux, jeux de dés et d’argent... Tout ce que notre bon prince Chrysostin abhorrait, lui qui voulait revenir à la tradition des ancêtres, celle d’avant la guerre civile. Je pensai alors qu’il s’agissait bien là d’une bizarrerie de ces contrées, cette chasse de l’âge d’or passé, et le pense aujourd’hui encore. Mais il n’a jamais été de mon ressort de changer les Tables de loi. Pour avoir voulu amuser la galerie, ce pauvre pitre d’Orazio mourrait donc. Et il semblait parti pour mourir imbécile. Je ne pouvais nier qu’il y avait une certaine cohérence dans son personnage. Le raffut finit par s’arrêter en même temps que les sistres du temple. Ou presque. Sans les prêtres pour couvrir la voix du prisonnier, on devinait une mélopée filtrer par la porte. 

Une mélopée que je connaissais que trop bien. 

— Némésis ailée qui bascule la balance de la vie,

Déesse aux yeux bleu acier, fille de la Justice !

Tu arrêtes les hommes vaniteux qui errent sans but

Contre ton frein inflexible...

— Oh ! s’excita soudain Pustularus en cognant sur la porte. Tais-toi là-dedans ! Continue avec ton chant de factieux, et c’est pas la corde que t’auras, mais le saut de la falaise ! Ou les bêtes !

Factieux... Ce mot jeta une ombre sur le soleil. J’aurais pu songer à dire à Eskandar ce que j’avais entendu. Il aurait appliqué la loi la plus stricte. Mais pourquoi l’aurais-je fait ? Je n’y aurais rien gagné. Pustularus râlait, Orazio s’obstinait. Moi, j’attendais. La foule se densifiait. Il y avait ces vendeurs d’amulettes, cette exposition d’art à l’ombre de la basilique, cette riche litière fermée... Impossible de se concentrer au milieu des mille et une choses à observer.

— Eskandar ! m’exclamai-je. 

En effet, c’était bien lui, avec sa silhouette sèche et son pas raide à l’angle de la rue. Il marchait le front baissé, en marmonnant des phrases inintelligibles tout en craquant ses doigts. Je devinais à son attitude qu’un nouveau tracas apporté par Domitia avait dû lui tomber dessus ce matin. Il fut bientôt assez proche pour que je redécouvre son visage, encore et encore, je ne m’en lassais pas. Il y avait de quoi : derrière ses cils dansaient des braises noires. Il était jeune - trop selon les anciens - pour arborer la toge écarlate des juges dont la chaleur accentuait les cernes et les ombres de sa peau brunie. Aucune beauté ne compensait cela : ses traits étaient rigides et peu expressifs, mais son regard paraissait couver une fièvre qui l’animait d'une passion dont lui-même devait ignorer le fascinant effet. Une conséquence de sa dévotion à Esquiliae. Les ailes fragiles de son nez aquilin frémissaient à chaque inspiration qu'il prenait. Je me permets de parler au passé, car l’Eskandar qui somnole à côté de moi aujourd’hui n’est plus qu’un bout de laine qu’on étiole. Il garde les yeux fermés, sa peau se parchemine et lorsque je me penche sur lui pour éponger sa sueur brûlante, son grand nez est si maigre qu’on croirait pouvoir le briser d’un geste maladroit. 

— Vara, me salua-t-il gravement. Tu attends depuis longtemps ? 

Je balayai la question. Je ne voulais pas me plaindre, cela me donnait l’effet d’offrir du pouvoir aux autres sur moi. Mon maître m’adressa un rictus navré – à peine un sourire. Pendant que Pustularus s’activait sur le verrou, il effleura le crâne d’un geste de la main. Je lui demandai : 

— Tout se passe bien ? C’est Domitia qui te retenait ? 

— Rien de bien important, marmonna-t-il. Et non, ce n’était pas Domitia.

Pustularus repoussa le battant. Et derrière, le spectacle de la prison me souleva le cœur. Mal conçue, la prison du forum Catonius n’était pensée que comme un lieu de transit pour les prisonniers. Au centre se trouvait un puits menant à la seconde partie, la cellule inférieure, bien trop proche à mon goût. Celle dont se plaignait notre prisonnier. On y jetait parfois des criminels avant de les y oublier jusqu’à ce qu’ils y pourrissent complètement. Une odeur de mort s’en dégageait. On avait l’impression en respirant de mordre dans leur chair grouillante de vers et de champignons. À l’étage, là où nous nous trouvions, une façade de quelques mètres de briques sèches et mal ajustées filtre avec difficulté le brouhaha de la place publique. Deux minuscules fenêtres, simples trouées sans volets, ni peau laissent passer quelques rayons de soleil à l'intérieur entre midi et deux heures. Rien n’était bien isolé et quand il pleuvait, toute la paille souillée au sol se transforme aisément en un infect bourbier. La pièce respirait un mélange de vingt ans de pisse, de mort, de merde et de sueur. J’anticipai déjà de retourner aux thermes avant la fin de la journée pour me débarrasser de l’odeur.

Et c’est dans ce décor que je rencontrai Orazio pour la première fois. 

Accroché à une chaîne elle-même rivetée au mur, il ne fut d’abord qu’une silhouette aux curieux cheveux roussis. On devinait sous le henné les reflets plus foncés de ses boucles naturelles. 

— Allez, Orazio, grommela Pustularus, t’as de la visite.

Une imprécation que je ne noterai pas ici, par décence pour le papier de Trebonia Seneca, retentit. Malgré tout, notre hôte se déplia : on eût dit une araignée déployant ses pattes. Avec quelque chose d’aussi insidieux dans sa façon souple de se mouvoir. Sa bouche surtout, cette manière qu’elle avait de passer du rire aux larmes, de sourire de manière à vous faire sentir qu’un bref instant, il n’y avait plus que vous et lui et que le monde autour s’estompait comme derrière un voile de pluie... Je levai la tête. Eskandar aussi paraissait troublé, même si j’ignore aujourd’hui encore ce qui a bien pu le surprendre. Était-ce le lieu, cette prison maculée de merde ? Il le connaissait pourtant. Ce prisonnier qui reniflait sans que l’on puisse dire s’il pleurait ou s’il riait ? Je pense qu’Orazio n’avait alors pas peur de la mort, qu’il se moquait tout simplement de mon maître. Mais cette interprétation de son attitude confuse m’en apprend davantage sur qui j’étais à cet instant, dans cette prison, que sur ce qu’il pouvait bien ressentir. Eskandar finit par avancer, relevant un pan de sa toge afin d’éviter qu’elle ne trempe dans la paille souillée : 

— Ave Orazio.

Le prisonnier ne répondit pas. Il se recroquevilla simplement dans son coin, l’œil brillant. 

— Ton arène est dissoute, reprit Eskandar sans se démonter. Et tes anciens camarades parlent. Ils nous ont donné un nom. Nous recherchons une certaine Phryné, cela te dit quelque chose ? 

À ces mots, Orazio se leva d'un coup sec. La chaîne tinta violemment, Pustularus porta la main à son glaive, prêt à intervenir, mais Eskandar l'arrêta d'un geste du bras. J’avais déjà à demi tiré mon pugio. Sans se départir de son sourire, le prisonnier glissa, petit pas par petit pas vers l'objet de sa haine, la source de ses malheurs. Ô combien aurait-il voulu lui arracher la gorge ici et maintenant à grands coups de mâchoires ! Défourailler ces jolies dents, lui écraser les yeux. Ses pensées tintaient à mes oreilles : il avait le visage expressif.  

— Eh bien, souffla Orazio, je ne m'attendais pas à une visite aussi distinguée. Que me vaut cet honneur ? Une grâce impériale ? Une intervention divine ? Un peu de sympathie ?

Eskandar ne broncha pas face à la provocation : 

— Ne te méprends pas. Ton cas n'intéresse personne. Et sûrement pas les dieux. Je viens te demander où se trouve l'argent de ton affaire. Une fois mort, il ne servira plus. Il doit revenir à Esquiliae. 

— J’y gagne quoi ? 

— Un allégement de peine. 

Orazio se frotta le menton, songeur. Il paraissait se calmer, mais je ne lâchais pas mon pugio pour autant. Cet homme me faisait alors l’effet d’une eau sournoise et possédait en même temps cette curieuse faculté de tendre un miroir vers celui qui lui faisait face. Je n’aimais pas le reflet que j’y observais, et je supposai que c’était également le cas pour Eskandar. Mon maître semblait toujours nerveux devant cet homme. Il s’était d’ailleurs remis à craquer ses doigts.

— Quel allégement de peine ? marmonna Orazio.

— Pas de torture, et la décapitation plutôt que la pendaison. 

Cela m’arracha un sourire. Cet idiot d’Eskandar s'avérait bien trop attaché à ses fameuses lois pour même imaginer offrir un vrai sursis. Et sa proposition... Comme si un condamné allait lui lâcher les informations à son bourreau comme ça, par sympathie... Une fois encore, Eskandar se révélait – sous ses couverts de cynique pessimiste – un incurable idéaliste. À forcer de l’observer, j’en étais venue à songer que c’était là les deux faces d’une même pièce et qu’on ne pouvait pas être déçu par l’humanité quand on évitait de trop en attendre. Orazio ne parlerait pas sans repasser à la torture.

Tandis que je dissimulais mon amusement, Orazio gloussa puis éclata d’un rire blême. Un rire faux. Il recula, les lèvres tremblantes, avant de se laisser tomber à nouveau dans le coin, la tête entre les mains. Ses yeux se brouillèrent sous le rire et il leva le front pour mieux essayer de capturer quelques pigments azur par-delà les murs de briques sèches. Bleu et ocre. Les avocats imbéciles et leur réclame. Le braiment d'un âne. Une matrone appelant son fils là-bas.  Orazio chassa les mèches qui lui collaient au front et épongea un peu de sueur du bout des doigts. Puis, les bras croisés, le regard fixé sur ses escarres où le métal s'imbibait de sang et de peau, il murmura : 

— Je refuse. Je ne donnerai pas un statère à ceux qui ne m'ont jamais rien offert.

La réponse de mon borné de maître fusa : 

— Mais c'est la loi ! 

En guise d'argument, Orazio se contenta de cracher un épais glaviot dans le foin. Son amulette cognait contre sa poitrine, froide idole de bronze censée le protéger. Il fallait croire que son dieu avait salement échoué. Il se mit à triturer le bijou, face à Eskandar. Orazio n'avait plus grand-chose à perdre. Si son sort se trouvait scellé par la volonté puérile et obtuse de ce jeune noble en mal de reconnaissance, autant partir sur un dernier éclat. Avec élégance. Il n'avait plus à espérer que, dans un coup de sang, le juge l'exécuterait là, dans cette prison chauffée par le soleil. En tout cas, c’est ce que j’aurais fait à sa place. Je me rapprochai d’Orazio :

— Si tu nous dis la cachette, la consule Domitia pourra peut-être t’aider. Eskandar peut lui parler. 

Eskandar grimaça. Je priais pour qu’il se taise quand retentit un bruit de ferrailles et de gonds. Juste derrière nous, juché sur la pointe des pieds, Pustularus s'activait à déverrouiller une nouvelle fois la porte de la prison. 

— Eh bien, s'amusait le geôlier, tu as du succès, Orazio !

— Je m'en serais bien passé, marmonna simplement Orazio. 

Qui cela pouvait-il bien être ? Je me redressai, avançai d’un pas pour me mettre devant Eskandar. Un ennemi ? Lequel ? La liste était assez longue pour que j’ai du mal à la retenir. Heureusement, ce fut un air familier qui se dessina dans l’embrasure. 

La stature du commandant Crassus était telle que deux Eskandar auraient pu tenir dans cette carcasse. Des poils noirs et drus couvraient son corps, avec la brillance de l'animal bien nourri. Un ours. À chaque fois, Crassus m’évoquait un ours, dressé sur ses pattes arrière et la langue pendante. Avec bien sûr un casque et une cuirasse. Et une poignée de légionnaires à sa suite. Je rangeai mon pugio, il n’y en aurait pas besoin.

— Crassus, cracha Eskandar en un mouvement de toge dédaigneux. Je ne t'ai pas appelé.

Crassus sourit et déplia un doigt gros comme un orteil. Un doigt dirigé vers Orazio. 

— La consule m'a demandé de ramener ce prisonnier, fit Crassus. Et bonjour à toi, Eskandar. Bonjour à toi, Vara. Tu as bien reçu les figues ? 

Je hochai la tête. Alors, toujours souriant, il tourna le dos aux deux hommes, me prit dans ses bras et me souleva. Pendant un instant, je crus être grande. Crassus sentait le cuir et la sueur, mais pas désagréablement. Plutôt avec ce côté animal qui rassure. Il me reposa sitôt que le regard d’Eskandar devint pesant. 

— Tant mieux, rit-il. Je tenais à te remercier pour la lecture du courrier. Mes yeux ne sont plus comme avant. Tu recevras l’argent, tes tarifs sont toujou...

Eskandar l’interrompit d’un ton sec : 

— Le jugement d’Orazio a été rendu. La loi est la loi.

— Détends-toi. C'est un ordre direct. Il est invité, moi, ma mission, c'est de le ramener. Après, tu pourras le pendre. Mais l'invitation de la consule avant. Vara, j’aurai une autre commission pour toi d’ailleurs si vous restez encore un peu à Esquilliae. 

Mon maître persifla :

— Nous ne restons pas.

— Je suis bien ici, s’agita en même temps Orazio sur son banc, merci. Hein, Pustularus ? Franchement, c'est gentil, mais...

Crassus se rapprocha jusqu'à se trouver à une main de son assise. Eskandar voulut s’interposer, mais je l’en dissuadai. Assez de bêtises avaient été commises pour le moment. Surtout que Crassus était une véritable montagne, et je ne souhaitais pas le fâcher. J’avais besoin des quelques statères qu’il me donnait pour ses commissions. Orazio baissa les yeux, l’air davantage gêné que terrifié. 

— Eh bien, s'amusa Crassus après l'avoir détaillé dix longues secondes en silence, c'est vrai que tu les as toujours bien aimés bavards, Eskandar.

Eskandar protesta, et Orazio voulut ajouter quelque chose, sans succès. Crassus décocha un coup de pilum sur la tempe du prisonnier, qui s’effondra dans la paille souillée.  

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Zevou
Posté le 09/03/2022
"Face à lui, Faustus Avidius Eskandar, fils de Farbod le Perse, le fixait de ses lourdes paupières derrière lesquelles dansaient des braises de nuit"
J'aime beaucoup !

Après deux chapitres nous découvrons 3 personnages bien différents et hauts en couleur ! Ton monde semble noir, cruel et aride. Tout ce que j'aime !
un style très sympa à lire et je vais me faire une joie de lire la suite.

Bravo pour ce début !
Alice_Lath
Posté le 29/04/2022
Merci beaucoup pour ton commentaire haha et navrée pour le temps de réponse, jsuis vraiment pas beaucoup revenue sur PA depuis :') Jsuis un peu nulle, mais merci encore
Et à très vite sur Paname !
Nyubinette
Posté le 19/02/2022
Wow ! J'adore orazio, il semble plutôt.... décontracté alors qu'il se trouve dans une situation compromettante.

En quelques lignes tu nous dépeins parfaitement le caractère de Eskandar et de Crassus. Tous tes personnages semblent intéressants. Je passe vite à la suite.

J'ai eu quelques soucis de compréhension sur les premières descriptions du gouffre, qui se sont levées dès les suivants. Donc rien à dire.

Merci pour ce partage.
Alice_Lath
Posté le 24/02/2022
Ouais, Orazio est parfois un peu relax haha

Merci en tout cas pour tes retours, sur le gouffre, Crassus et tout ça <3 Et du love sur toi
Deslunes
Posté le 16/01/2022
Bonsoir encore.
J'aime autant, non, j'aime encore plus. Déjà des progrès dans l'emphase même s'il y en a encore. Par contre, chapeau pour le nom des personnages. Toujours aussi fluide, passionnant et les termes/vocabulaire utilisés nous entrainent dans l'histoire.
Alice_Lath
Posté le 19/01/2022
Bonsoir à nouveau haha ! Pour l'emphase, je pense que je vais devoir y aller au rabot
Je suis ravie que tu apprécies la lecture et que entres bien dans l'histoire :D
Alice_Lath
Posté le 19/01/2022
Et j'oubliais le plus important : merci encore pour ton retour !
Louison-
Posté le 02/01/2022
Coucou Alice ! Me revoilou :)

J'ai super apprécié ce premier chapitre ! Ta plume très riche et foisonnante m'emporte, comme le relève Hastur c'est très sensoriel si bien qu'on arrive très bien à s'immerger ton univers. On le voit, on le sent, on l'entend, on le touche ; somme toute tu arrives tout de suite à poser une ambiance, exactement comme pour le prologue, et ça c'est un bon point :)

Juste pour les premiers paragraphes et cette histoire de trou : alors, je sais pas si je suis bête, mais je t'avoue j'ai pas exactement bien compris ? Pourtant j'ai relu le début mais j'ai un peu de mal à bien m'imaginer la scène. On a la description d'Urbs (très belle au passage ! Même si certaines phrases pourraient être, à mon goût, un poil écourtées pour faciliter la compréhension, comme tu as un univers très riche, mais ça j'y reviendrai plus en détails plus tard), et au milieu de la ville, on a un trou dans lequel on jette les condamnés et/ou les cadavres des condamnés ? Ou est-ce que le trou se situe dans la prison ? Et comment est cette prison vu de l'extérieur, plus précisément ? Il me semble qu'elle est décrite du pdv d'Orazio qui la voit de l'intérieur, mais du coup, j'arrive pas à situer la prison dans la ville.

Enfin pour te dire : je t'avoue j'ai été dérouté par le passage "description de la ville" > scène avec Orazio. Le problème c'est pas le fait d'avoir une sorte d'entonnoir, à vrai dire j'aime beaucoup ce procédé, mais je me dis juste que tu pourrais faire une meilleure transition ? Bon, peut-être c'est juste moi qui ai bugué, parce qu'il me semble pas avoir lu, dans les commentaires, quelqu'un qui a eu le même problème de compréhension que moi. Donc je t'avoue je te fais cette remarque en me disant que je suis un peu nulle, mais je te livre quand même mon ressenti parce que je pense que ça te sera plus utile que si je me taisais. Après, je te rassure : j'étais pas 100% à l'ouest, j'arrivais bien à me situer, surtout à partir du moment où Orazio et Pustu dialoguent. Mais voilà :) J'étais un peu déstabilisée au départ.
Mais sinon, j'aime beaucoup l'image du trou, d'autant plus que tu décris cela de manière bien glauque, bien puante surtout ( :D ! ) ; c'est pour ça que je me sentais très frustrée de pas tout comprendre. Je lisais en me disant : oooh mais j'aime mais aaaah je bute à la compréhension précise <3

Sinon, pour la longueur des phrases que je relevais tout à l'heure : alors, il faut savoir --> J'aime les styles riches autant que j'aime les styles minimalistes. J'aime les phrases interminables autant que j'aime les phrases directes. Mais je pense qu'il faut bien savoir dosé dans les 2 cas, et je t'avoue que parfois certaines de tes phrases me sonnent un poil longues. Il y a une succession de propositions, et tu gères bien l'hypotaxe, mais je crois que, ce qui me pose parfois problème, c'est pas la succession des propositions, mais la longueur de ses propositions avant qu'on ait une virgule et qu'on puisse respirer ? Je sais pas si tu vois.
Si je prends un exemple :
" Les rues grouillaient d'enfants qui jouaient à la guerre civile avec force d'épées en bois, peu intéressés par les boutiquiers ou les légionnaires en permission qui échangeaient les nouvelles du front Scuthis entre deux marmites garnies de viande frissonnante." >> à partir de "peu intéressés..." je trouve un peu long, et c'est pas que c'est inélégant au niveau du style, parce qu'en soit c'est encore gérable et beau et très bien écrit, mais j'attire ton attention sur le fait que, du coup, parfois c'est difficile de s'imaginer certaines choses dans notre tête (ou dans ma tête seulement ? ^^')
Ton deuxième paragraphe, par exemple, qui commence par "Il ne faisait" est beaucoup mieux dosé, et est de ce fait plus fluide (et vraiment beau à lire).

Enfin voilà, je te livre ici mon ressenti. Et je tiens à dire : je me sens un peu gênée de te faire toutes ces remarques, mais j'espère que tu comprends où je veux en venir. Je veux pas dénaturer ton texte et je me sens pas toujours super légitime de suggérer des choses, et tout ceci est bien évidemment subjectif, alors tu en fais ce que tu veux, envoie-moi balader si tu le souhaites et puis aussi, je tiens à dire : 1) là je pinaille et 2) si je donne l'impression de pas aimer ta plume j'en suis désolée et c'est pas du tout vrai parce que, dans les faits, j'aime beaucoup ton style, on sent que tu as une empreinte et c'est toujours trop chouette quand on lit une plume mature (ce qui est ton cas). Tout ce que je dis est juste pour que ça soit encore mieux que ça ne l'est déjà. Voilà, j'espère que je ne te blesse à dire tout ça, c'est pas mon but <3

Sinooooon, déjà : "Le soleil dégoulinait le long de sa toge, sans parvenir à éclairer cette face obscurcie par le labeur. " >> j'aime profondément cette phrase. "le soleil dégoulinait" aaaaaah mais c'est si beau <3

Sinoooooooon, haha. Le dialogue entre Orazio et Pustu m'a beaucoup amusée. On sent bien l'insolence d'Orazio, j'adhère 100% au personnage. Il m'a l'air épais et c'est cool parce qu'on connait encore peu de choses sur lui mais ça donne vachement envie d'en apprendre plus. Quelqu'un relevait dans les commentaires que c'est chouette, il a pas l'air d'être important puisqu'il est prisonnier, et pourtant on s'intéresse à lui, ce qui signifie forcément que c'est pas pour rien, qu'en fait il EST important, et ça interroge beaucoup ;) Qu'est-ce qu'il a fait pour se retrouver là ?

Aussi une chose que j'aime : je remarque tu mises pas mal sur l'introspection de tes personnages, et ça aussi c'est super chouette. Le récit promet d'être ambigu, complexe, avec des personnages très gris, et pas juste les "méchants" vs les "gentils" et des choses présentées de façon binaire. Donc bon point pour ça :)

Enfin, Eskandar (j'aime les prénoms de tes persos) : wow on sent la tension entre lui et Orazio, on se demande ce qu'il s'est passé pour qu'ils éprouvent de la médisance ainsi l'un envers l'autre ! Et tu n'expliques pas beaucoup et c'est d'autant plus immersif :D Le lecteur est plongé au beau milieu d'une action et j'ai toujours trouvé trop chouette quand le lecteur doit se dépatouiller avec les informations qu'il a, sans qu'on lui livre tout sur un plateau d'argent. Ca donne super envie de continuer !

Voilààà, j'en ai finis. Et encore une fois : désolée pour mes quelques points de réserve. J'ai préféré te livrer mes ressentis honnêtes et j'espère que ça ne t'a pas gavée que je te suggère des axes d'amélioration, surtout que tout n'est DE LOIN pas bon à prendre, et puis tu fais ce que tu veux, et puis mince, mon impression globale sur ton histoire est quand même très bonne, je te rassure là-dessus. J'ai super envie de suivre les péripéties de tes persos parce que ton texte est une pépite de qualités.

Bisou, à bientôt <3 (et désolée encore)
Alice_Lath
Posté le 02/01/2022
Hello Louison hahaha et merci pour ton com !

Pour le trou, en fait les prisons romaines avaient deux niveaux : le rez-de-chaussée si tu veux, où les prisonniers restaient pas, ils étaient de passage. Et le sous-sol, cet espèce de trou, où tu laissais crever les prisonniers, ou tu y mettais les condamnés à mort. En fait, la prison romaine était très différente de la nôtre, c'était un lieu de "passage", les romains saisissaient pas bien le principe de nourrir et loger qqun comme ça, soit le prisonnier était libéré, soit il était réduit en esclavage, soit il était exécuté. En tout cas, je note ta confusion et je garderai un oeil attentif dessus, merci beaucoup !

Pour les longueurs et ce que tu relèves dans mes phrases à rallonge haha, on va le faire très très simple, hum... Ne t'excuse pas. Pas du tout. Stop les désolée et les excuse hahahaha y'a un souci de rythme, merci beaucoup, je cherchais ce qui posait problème, car on m'en avait parlé et ça me sera fort utile pour la correction. C'est pas un jet définitif, là, et tu verras sans doute pleeeein de bourdes partout, donc ne t'excuses pas hahaha au contraire, merci beaucoup de prendre le temps de les relever, ça me fait gagner beaucoup de temps. Donc CHILL ptdrrr jveux plus que tu t'excuses. Tu blesses rien du tout, tu m'aides à progresser, j'suis pas du tout blessée hahahaha t'en es très très loin

Qu'est-ce qu'a fait Orazio pour se retrouver là haha ? C'est un champion disons, il fait pas mal de choses pour se trouver dans la panade. Et oui, jsuis contente que l'introspection marche. Mes persos sont quasi toujours gris, enfin je crois, le bien, le mal, j'y crois pas et j'aime pas les persos blancs ou noirs, donc bon haha

J'suis contente que la tension avec Eskandar rende bien aussi ! C'est l'autre ptit père que je me trimballe, tu auras l'occasion de découvrir qu'ils sont pas vraiment sur le même terrain sur de nombreux points haha mais jsuis ravie que les prénoms et les persos te plaisent

Et donc, conclusion Louison, arrête de t'excuser hahaha c'est un jet que je dois corriger, puis souvent je tente des trucs et trois fois sur quatre ça marche pas, donc là ça marche un peu puis je vais corriger. Merci vraiment pour ce long commentaire et, vraiment, pas de souci.

Merci à toi encore !
Louison-
Posté le 02/01/2022
Re-coucou !

Ah d'accord pour les prisons romaines ! En fait avec tes explications ici, je me rends compte que tu expliques tout ça dans ton chapitre, de façon plus "immersive" puisque du pdv d'Orazio, qui forcément va pas commencé à expliquer comment fonctionnent les prisons romaines, lui-même étant au courant (wow cette phrase si longue et alambiquée, j'espère que tu me comprends). Mais je sais pas si c'est possible de rendre les choses un chouilla plus claires malgré tout ? Pour les lecteurs, comme moi, qui connaissent peu les pratiques romaines ?
En fait, je lâche un autre truc : moi aussi j'ai le défaut d'avoir un style trop foisonnant et trop "ça part dans tous les sens gros rip". Et on m'a conseillé : parfois c'est cool d'être foisonnant pour les effets de style, mais pour les moments plus "importants" qui nécessitent de la clarté, simplifie. Et c'est ce que je me suis mise à faire. J'arrive mieux à trier les moments où je peux me faire plaiz stylistiquement parce que c'est descriptif ou quoi, et d'autres où c'est important que le lecteur comprenne touuut ce que je raconte, et là je simplifie de ouf. Et je crois que depuis, ça va mieux. Donc voilà, si c'est un conseil que je peux donner :) Essayer de trouver les moments qui nécessitent de la clarté et d'autres où tu peux t'étendre autant que tu veux. Et là, pour le trou, peut-être simplifie certaines phrases sans enlever la richesse de ton style pour que le lecteur qui connait peu la vie romaine saisisse bien tout ce que tu racontes.

Ensuite : oh tant mieux alors si je t'ai pas froissée ou quoi. En fait j'ai toujours trouvé délicat les premières interactions avec les auteurices sur PA ou d'autres sites d'écriture, chacun réagit de façon si différente :') Mais alors je suis contente de voir que tu es réceptive, ça me rassure et je trouve chouette, parce que combien de fois j'ai senti les gens sur la défensive quand j'émettais une petite critique, tellement que parfois je me disais : ok j'aurais dû me taire.
Alors voilàààà, merci de réagir comme ça, c'est cool ! C'est agréable ce genre de retour :)

A bientôt, bisou <3
Alice_Lath
Posté le 03/01/2022
Mmmh je vais voir ce que je peux faire, en tout cas je note. Et tkt pour la simplification, je sais que j'ai parfois ce travers, surtout dans OE, mais je vais trancher et ajouter, puis ça devrait le faire haha c'est la vie d'auteurice

Et oui, je vois ce que tu veux dire, mais tkt avec moi, tu peux aller droit au but haha ça t'épargnera du temps hahahaha

Bonne soirée à toi et merci encore !
Hastur
Posté le 08/11/2021
Hello !

Enfin, je prends le temps de poursuivre ici !

Ce premier chapitre m'a bien plu. Je l'ai lu d'une traite. L'écriture est très fluide, je me suis laissé porter sans aucun soucis. Il y a quelque chose de très sensoriel dans des descriptions, qui n'oublie pas que nous avons d'autres sens que la vue. Cela permet de stimuler davantage l'imagination quand on se fait des images à lecture :). Le tout n'en est que plus vivant ! Un super bon point je trouve.

J'aime beaucoup Orazio. Déjà. Le fait de le rencontrer dans une situation aussi critique nous le rend instantanément amical, alors que l'on ne sait pas grand chose finalement ! Toute cette façon très introspective que tu as de nous le faire vivre y contribue aussi beaucoup !

Eskandar m'a fait penser au schtroumpf à lunettes: "La loi c'est la loi".
Ah ah, il m'a fait beaucoup rire !

La fin du chapitre est parfaite pour donner envie de lire la suite ! :)

Je reviens bientôt pour la suite !

A bientôt et bon courage pour l'écriture !

P.S. Nez esquilin
Alice_Lath
Posté le 09/11/2021
Hello hello Hastur ! Toujours un plaisir de te recroiser dans les parages
Pour l'immersion, jsuis contente que ça fonctionne ! On baigne en permanence dans un océan sensoriel, et ça me tient à coeur de rendre compte de cette richesse de nos perceptions <3 Donc ravie que ça marche
Orazio est un sacré charmeur il faut croire haha tu es pas le seul à être tombé dans ses filets, je crois que c'est son côté looser qui joue aussi pas mal
Hahahahaha Eskandar en shtroumpf à lunettes, j'y avais carrément pas pensé, mais oui, y'a tout à fait ce côté là dans sa personnalité, je crois que je vais y penser dès que je vais vouloir écrire maintenant
Tant mieux si la fin du chapitre marche aussi, jsuis pas douée du tout pour faire du page turner...
Merci encore et avesquilin à toi aussi !
Aramis
Posté le 02/10/2021
J'ai enfin pris le temps de lire ce deuxième chapitre, dont j'ai beaucoup apprécié la lecture ! Effectivement, le ton est sensiblement différent du premier, plus fluide, plus directe ce que je trouve pour ma part bienvenue : je trouve que ça apporte une bonne respiration tout en continuant à poser des questions auxquelles on a envie d'avoir les réponses.

Contrairement au Saltimbanque, je crois que l'introduction ne m'a pas dérangé, et que j'aime assez le contraste entre la vie foisonnante et la façon dont tu amènes la présence du trou : pour moi c'est une bonne façon de partir d'un champ large et de resserrer le cadre sur le centre de l'action, et le foisonnement d'information ne m'a pas dérangé. Cependant c'est vrai que couper ce premier paragraphe permet effectivement de gagner un point de vue plus fermé en niant la présence de l'extérieur qu'on ne retrouve alors que dans le moment où Orazio aperçoit l'âne, ce qui refermerait le chapitre sur son point de vue, donc pour moi, vraiment, les deux se valent.

Et je suis au contraire assez admirative de la façon dont tu parviens à glisser des termes spécifiques sans pour autant les décontextualiser complétement :

"C'était une véritable montagne maintenant qu'il l'avait en face, le visage à hauteur de sa cingulum lissée par les campagnes."
Aucune idée de ce qu'est un cingulum, mais j'ai supposé que c'était une ceinture grâce au reste de la phrase (bon ce n'est pas exactement ça après vérification, mais bref, tout ça pour dire que l'image fonctionne malgré tout)

Les personnages sont super attachants d’emblée, en ce qui me concerne, et leur dynamique fonctionne à merveille, autant que celle d'Orazio et Pustularus (oui je le trouve hyper sympathique ce bon Pustu, j'espère qu'il va rester dans les parages hihi)

big up aux passages :

"Il eut le temps d'apercevoir un âne et ses pesants paniers de lin. Ses oreilles veloutées captèrent le halo du soleil. Une parenthèse de douceur. Puis, trop vite, le geôlier referma cette fenêtre sur la liberté et ne demeura plus dans l'ombre de la prison qu'un bien familier et funeste profil aux traits amaigris par le tourment." : Cette petite rupture entre l'intérieur et l'extérieur est très bien amené et la lumière au travers du velouté de l'oreille on sent à mille pour cent la chaleur du soleil agréable, ça marche vraiment bien.

"Aucune beauté ne compensait cela, ses traits s'avéraient rigides et peu expressifs, mais il paraissait couver une fièvre qui animait son regard d'une passion dont lui-même devait ignorer le fascinant effet." J'ai vu sur un autre commentaire que tu avais galéré sur cette phrase, ben perso je l'ai capté tout de suite et je la trouve très belle.

Un truc qui m'a fait tiquer :

"Au moins, essayait-il de philosopher, il mourrait en bandant. Il avait toujours vu les pendus bander en mourant." Alors j'ai aimé ce passage qui plante de façon drôle le caractère assez insolent d'Orazio, et j'ai imaginé que la répétition était voulue, mais j'ai du relire plusieurs fois, incertaine du résultat. Je crois que ça me fait malgré tout un peu l'impression de ne pas être maîtrisé du coup je me permets de la relever.

"Les gémissements des crucifiés résonnèrent en son esprit troublé par la perspective de disparaître. Oui, cela aurait pu être bien pire. Dans l'espoir de se recomposer une dignité, il essaya d'invoquer en sa mémoire les préceptes stoïciens de son vieil ami Publius Aelius, sans grand succès. " Ici on à de fois "en son, en sa", qui sont des formulations suffisamment spécifique pour être remarquées, et ça m'a fait une impression de répétition, mais c'est assez minime. C'est franchement histoire de pinailler.

Voilà pour ce chapitre deux, hâte de poursuivre ma lecture !
Alice_Lath
Posté le 02/10/2021
Hello Aramis !
Oui, le prologue avait un côté grandiloquent, mais que je me voyais mal tenir sur la durée, je voulais marquer la rupture dans le ton du récit et je suis contente d'entendre que ça marche !

Pour le premier paragraphe, c'est en effet l'effet que je cherchais, ce côté ouverture avec toute la vie qui grouille, puis la fermeture soudaine. Tant mieux si tu trouves que ça marche ! Je verrai si je le garde ou non hahaha mais je penche plutôt pour le conserver pour le moment

J'tente des trucs pour les termes, j'espère simplement ne pas trop les sortir de leur contexte haha comme je fais ma documentation au fil de ma lecture, c'est un joyeux bazar dans mon cerveau

Oui, la cingulum de légionnaire ! Je préfère faire deviner le sens général du terme plutôt que m'appesantir sur une longue explication :') Sauf quand vraiment ça le nécessiterait

Pour les personnages, on verra si ça se maintient, je croise les doigts ! Et ce bon vieux Pustularus, j'suis contente que quelqu'un lui donne sa chance hahaha

Et merci pour tes retours positifs sur ces images !

Pour la répétition, c'était maîtrisé, mais si ça se ressent pas, je vais voir comment modifier cela, effectivement ! Merci de l'avoir relevé.
Pareil pour les "en son" et "en sa" hahaha mine de rien, ça joue !

Merci encore pour ton passage et ton retour très complet <3 <3 <3
JeannieC.
Posté le 26/09/2021
Re ! =D
Toujours aussi bien écrit et immersif ! J'ai beaucoup aimé la description de la cité au début, et le côté glauque en moi a grandement apprécié aussi la dépiction de ce trou, de ses relents et de son côté infernal. Tiens ça m'a un peu fait penser à la prison du Tullianum au cœur de Rome ^^

> "Le casque ne cessait de lui tomber sur les yeux pour cogner son nez pustuleux. " xD L'image est marrante
> "Orazio était chanceux : posé sur son banc, dans un halo de lumière, il avait échappé aux tourments des ténèbres de peu. Cependant, cet oeil noir le fixait sans relâche, comme un rappel constant que sous ses pieds se gâtaient ses frères et sœurs criminels, que tout n'était que vanité, qu'Orazio lui appartenait." > J'aime beaucoup ce passage, et il pose efficacement pas mal de choses sur Orazio - on se demande comment il en est arrivé là - et j'aime bien ce côté un peu détaché en mode "vanitas vanitatis" chez lui. Détaché, puis légèrement rieur, avant de laisser voir ses bons sentiments (lol) pour Eskandar.
> Pustularus xDDD Ce nom ! J'aime !

Eh bien voilà deux nouveaux personnages auxquels on s'intéresse tout de suite aussi. Leurs dialogues sont bien punchy, il y a même un côté un peu drôle par moments malgré l'environnement glauque à souhait. Bon, sur ce ! Bien curieuse de savoir ce que la consule veut tant à ce condamné =D
Alice_Lath
Posté le 26/09/2021
Hello hello !
Je ne vois absoluuument pas de quelle prison tu parles haha. Nan, mais si c'est bien ça, OE reprend volontairement beaucoup de codes antiques, dont le système carcéral un peu particulier de cette époque, yesss

Pustularus, ouais, un trait de génie haha ça tombait si bien, avec son physique et tout, j'ai pas pu y résister 😄 tant mieux si l'effet comique marche

En tout cas, jsuis ravie que t'apprécies mes deux héros, ils sont très amusants à écrire

Merci à toi encore et bon courage pour la rencontré avec la consule ❤
Du love
Le Saltimbanque
Posté le 12/09/2021
Les voilà, les fameux Orazio et Eskandar ! Et bien je ne regrette pas de les connaitre. Leur introduction est très réussie, et l'un est aussi intéressant et "fun" à suivre que l'autre

Sinon, tu continue sur le lancée du prologue. C'est toujours aussi entraînant et intéressant, beau et violent, sombre et bien rythmé. J'aime particulièrement l'ambiance de ce "trou", ton écriture atteint des sommets ici.

Mes reproches seraient au niveau des nombreuses informations que tu donnes sur l'univers. Je comprends que c'est fait exprès d'introduire plein de termes (les factieux, les Gallicus, Briastée, le Tartare...) qui seront expliqués plus en détail plus tard. Mais déjà que le prologue posait pas mal de mystères et d'interrogations, alors je commence être déjà un peu submergé par la richesse et la profondeur de l'univers.

Aussi, je doute de la pertinence du premier paragraphe du texte malgré la magnifique écriture et l'univers très intéressant en soi. On pouvait commencer directement sur la description du trou que ça ne changerait rien. En plus vu que tout le texte est en huis-clos, ne pas donner toute cette exposition sur la ville renforcerait le côté claustrophobique du chapitre.

Voili voilouuuu
Alice_Lath
Posté le 13/09/2021
Les deux choupis, je suis contente que leur introduction soit réussie, j'avais peur de louper leur entrée en scène. Et si mon écriture a progressé, j'ai envie de dire que c'est deux pierres trois coups, ça me fait d'autant plus plaisir

Ui, pour les informations... Je verrai pour trier, effectivement. J'ai du mal à doser pour en mettre assez afin que ça soit crédible et pas trop pour ne pas perdre le lecteur dans des informations qu'il ou elle aura du mal à hiérarchiser

Je vais réfléchir aussi pour le premier paragraphe ! Me connaissant, de toute façon, il faudra sans doute couper plutôt qu'ajouter à la fin

Merci encore !
ClairePitot
Posté le 09/09/2021
Très joli nom Pustularus hahaha j'aurais pas aimé m'appeler comme ça
Ce chapitre était bizarrement plus facile à lire pour moi que le précédent. Le texte est fluide et j'ai beaucoup aimé
Alice_Lath
Posté le 09/09/2021
Hahaha écoute, j'ai improvisé, mais fun fact : les "prénoms" des Romains étaient souvent des surnoms
Merci haha ! Il est moins mystique peut-être
Mathilde Blue
Posté le 27/08/2021
Coucou !

Je pense avoir encore plus apprécié ce chapitre que le précédent, peut-être parce qu'il a quelque chose de plus concret. Cette fois on rentre dans le vif du sujet et on découvre les protagonistes. D'ailleurs, j'aime beaucoup leurs prénoms (j'avoue en ce qui concerne Eskandar je ne suis pas objective vu qu'il s'agit d'une variante du prénom Alexandre et que c'est un prénom que j'utilise très souvent sous différentes formes haha, désolée je ferme la parenthèse, mais la coïncidence m'a amusée) !

En tout cas, Orazio et Eskandar ont tous les deux l'air particulièrement intéressants, ils m'ont un peu tapé dans l'oeil ! Je trouve que leurs caractères très dissemblables se complètent particulièrement bien, et leur animosité est très convaincante. Leur relation est tout de suite claire et bien posée, puisqu'on comprend ce qui les a amené à se détester ainsi. J'ai hâte d'en découvrir plus sur eux et de voir leur relation évoluer !

Quant à la fin du chapitre, je ne sais pas si c'est un élément important à retenir mais Eskandar ne semble pas très bien s'entendre avec le commandant, qui a l'air charmant au passage, mais en tout c'est intriguant que la consule (big up au fait que ce soit une femme) demande à voir Orazio, qui n'a à priori pas l'air d'être quelqu'un d'important (pas à ce point en tout cas) ! Donc je suis très curieuse de découvrir la raison !

Juste une petite note :

"Aucune beauté ne compensait cela, ses traits s'avéraient rigides et peu expressifs, mais il paraissait couver une fièvre qui animait son regard d'une passion dont lui-même devait ignorer le fascinant effet."
J'ai un petit tiquer sur cette phrase parce que je ne comprenais pas dans quel sens je devais l'interpréter, finalement j'ai compris ça comme "aucune beauté ne compensait ses traits rigides et peu expressifs", mais si c'est ça il faudrait peut-être reformuler le début pour que ce soit plus clair !

Voilà voilà ! À bientôt :D
Alice_Lath
Posté le 29/08/2021
Hello hello et merci beaucoup pour ton commentaire ! Navrée pour la réponse tardive, je me suis tenue loin de mon ordinateur quelques jours :)

Aaah, pour les prénoms, j'ai creusé, j'suis contente qu'ils te plaisent ! Je savais pas que Eskandar était un dérivé d'Alexandre, tu vois. Je ne sais même plus comment je les ai pêchés, ça remonte... Je crois que c'est parce que je connais un Iskandar, et j'ai déformé son prénom

J'suis contente que tu les apprécies en tout cas ! Et oui, leur relation s'annonce... compliquée huhu c'est ça, le fait de condamner quelqu'un à mort, généralement ça cimente pas l'amitié. Et pour la fin, avec le commandant et la consule... Je dirai rien hahaha ! Mais oui, je me disais, quitte à transformer la Rome antique pour cette histoire, autant en profiter pour remettre les femmes à l'honneur, fantasy pour fantasy

Merci d'avoir relevé la phrase... Elle me pose beaucoup de problèmes celle-ci, j'ai buggé dessus plusieurs jours d'affilée. Ça me confirme que je dois trouver une solution...

Merci encore et bonne soirée <3 Du love
Edouard PArle
Posté le 26/08/2021
Hey !
Content de découvrir la suite du premier chapitre qui m'avait bien plu.
Ton style est toujours aussi direct mais élégant.
Je ne sais pas trop quoi penser des nouveaux protagonistes pour l'instant, j'attend les futurs chapitres pour me prononcer.
Bref, pressé de découvrir ce que tu réserves pour la suite !
Alice_Lath
Posté le 26/08/2021
Hello ! Jsuis contente que ça te plaise toujours autant haha ! Et j'espère que les deux protagonistes sauront te plaire après cette brève introduction ! Merci pour ton passage encore
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