Chapitre 1 - La mère

Notes de l’auteur : Après avoir supprimé maladroitement les premières publications et les commentaires qui allaient avec, voici la reprise du prologue initial, qui n'est donc plus un prologue et qui a été scindé en deux chapitres distincts.

Au bord du monde, sous un soleil épuisé, se tenait le premier fruit d’un rêve.

 

Gabrielle se trouvait au sommet d'un promontoire surplombant la mer, qui jetait doucement ses vagues et son écume sur le sable blanc d'une petite plage en contre bas. A quelques pas d'elle, s'élevait un grand olivier au tronc noueux. Une brise chaude et paresseuse caressait son visage.

 

Gabrielle savait ce qu'elle faisait là, et avait redouté son sommeil et ses rêves pendant de longues années. Devinant que quelqu'un se trouvait derrière elle, elle se contenta de prendre le songe pour ce qu'il était, et d'admirer la magnifique mer bleue s'étirant jusqu'à l'infini. Des larmes roulèrent sur ses joues, et vinrent s'écraser à ses pieds. La jeune femme savait qu'elle n'avait pas le choix. Qu'elle devrait bientôt se retourner pour apprendre, pour savoir. Pour quitter sa réalité.

 

Les embruns marins se mélangeaient à l’odeur entêtante de l’arbre, dont les olives s'agitaient doucement au gré du souffle. Gabrielle ne pouvait plus faire demi-tour, elle qui n'avait même pas décidé de son arrivée ici. Laissant échapper un soupir, elle se retourna. Comme elle s’y était attendue, une autre femme se tenait derrière elle, calme comme dans son souvenir. Les gens comme elle ne vieillissent pas, pensa Gabrielle. Une robe blanche recouvrait le corps de la femme. Son visage blanc et gracile accueillait avec délice les douceurs du soleil, qui recouvraient sa longue chevelure blonde et bouclée d'une auréole de lumière angélique. De ses épaules, s'étendait un voile fin qui tombait à ses pieds, et qui cachait à peine ses bras et ses mains. Aucune richesse apparente, si ce n'était cette beauté venue d'un autre monde, d'un autre temps. D'un rêve.

 

Son visage serein semblait pourtant profondément marqué par la peine, et ce n'est qu'avec un sourire triste qu'elle accueillit Gabrielle. Celle-ci se souvint alors des yeux de son souvenir, de la chose qui l'avait frappé la première et unique fois qu'elle l'avait vue. Ses yeux. Car dans ceux de la dame majestueuse, le temps, les saisons semblaient danser. Tantôt bleus, tantôt gris ou ocres, aucune iris, aucune pupille n'étaient apparentes. Cette vision aurait pétrifié une foule entière, si la beauté et le charme de cette femme n'avaient atténués le choc de ce regard si peu commun. Ses yeux étranges évoquaient les tempêtes, les ouragans, le soleil surplombant la mer lors de son coucher. Ils racontaient une partie de l'histoire de la Terre.

 

— Rhéa, n'est ce pas ?


La dame en robe blanche garda son doux et triste sourire et hocha la tête, approuvant le nom que lui avait donné Gabrielle, qui lui faisait face. Aucune ne fit un geste. La jeune femme eut envie de la mépriser, de la haïr mais elle n'y parvint pas. Elle se contentait de pleurer, se mordant les lèvres et serrant les poings pour empêcher ses sanglots de sortir. Rhéa pressa ses paupières, comme pour prendre son inspiration, et les rouvrit.

 

— Pardonne moi, mon enfant, fit-elle d’une voix à la fois profonde et douce. Mon but n'est pas de te punir, tu n'as rien fait de mal pour cela. Ne crois pas que j'applique mes propres lois, cela fait bien longtemps que je ne suis plus maîtresse de moi-même. Pour ce que je vais te demander, pour ce qui va t'arriver dans les années à venir...

Son regard se voila, comme si le passé se voulait futur. Il devint totalement gris, puis blanc. Elle soupira et reprit, ses yeux d’aveugle plongés dans ceux de Gabrielle.

— Tu es celle que nous attendions depuis longtemps. Le Destin a voulu que tu croises ma route bien avant l'heure, y compris celle de ton futur. Tu savais que ce songe devait se produire. Il est difficile de vivre en connaissant l’avenir.

Elle s'approcha de la jeune fille en larme qui avait détourné la tête, et posa doucement sa main sur son visage ruisselant.

 

— Gabrielle, fille d'Ether et de Telos, puisses-tu trouver la force en toi pour réaliser tes souhaits et vaincre les chimères dont le monde te veut la destructrice. Pardonne moi de toutes ces charges, de subir mon passé et mes fautes.

 

Un silence suivit sa tirade. Seul le bruit de la respiration saccadée de Gabrielle, des vagues et des feuilles de l’olivier venaient troubler le silence religieux de la scène et du lieu. Rhéa glissa sa main dans les cheveux de Gabrielle, et embrassa le front de celle-ci, murmurant contre son visage humide.

 

— Détruis la Destinée, mon enfant.

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Zig
Posté le 16/02/2020
Ah que Coucou !

Comme je me lance dans ce roman pour la première fois, et que j'ai un paquet de chapitre à rattraper, je posterai un commentaire sous le premier et le dernier chapitre (parce que vu comme je suis à la bourre autant avoir une vue et un avis global !)

Le but d'un premier chapitre est de donner au lecteur des attentes (et c'est putain de dur à faire...); toi tu y arrives bien. Je vous où tu vas et avec qui (Coucou Gaby) et c'est quelque chose que j'apprecie vraiment en tant que lecteur. Ce début est intrigant et donne envie de continuer. Je continue donc !

On se revoit au dernier chapitre paru xD
Lucchiola
Posté le 17/02/2020
Hey ! J'ai suivi hier ton périple dans mon marécage littéraire entre deux bateaux et trois bus. J'attends présentement mon avion, et j'ai un peu de temps (enfin!) pour te répondre.

Déjà, merci beaucoup d'avoir bien voulu aller jusqu'au bout. Je vais répondre à tes autres commentaires, et te ferais une répondre plus concise à la fin !

Thanks a lot :D
Tac
Posté le 07/12/2019
Yo Lucchiola !
Voilà un prologue qui respecte à la lettre les codes du prologue ! Finalement, il me laisse assez neutre : comme je le trouve très dans la norme, il ne me déclenche pas d'émotion particulière ou particulièrement forte, juste la curiosité naturelle attendue suite à un prologue.
Bon c'est avis très tempéré, mais je tiens à souligner que déjà c'est un prologue qui ne me laisse pas d'impression négative (nombreux sont les prologues qui me font soupirer tant c'est convenu, ce n'est pas ton cas). Donc c'est déjà un bon point de départ selon moi!
J'ai une remarque précise seulement : je trouve juste dommage de connaître le nom de Rhéa, je l'ai trouvé maladroitement amené et je me suis demandé si c'était nécessaire. Tout comme la mention des ancêtres de Gabrielle (très joli nom par ailleurs ! j'en étais grande fan étant petite !) : pourquoi ne pas les garder pour plus tard ? Comme ça on peut se demander "pourquoi elle", tandis que puisque tu me donnes directement les noms de ses ancêtres, j'ai l'intuition tout de suite qu'lele même descend des divinités ou un truc du genre, si bien que ça me créée personnellement zéro suspense.
Voilà, plein de bisous !
Lucchiola
Posté le 08/12/2019
Hey Tac ! Merci beaucoup d’être venu lire ma scribouille et d’avoir commenté de surcroît !

Je suis ravie d’avoir réussi À mener le prologue, au moins selon tes critères. Les différents changements apportés depuis que je suis sur PA grâce aux plumes permettent une meilleure compréhension de l’intrigue, du moins je l’espère.

Pour l’histoire et le fait que Gaby connaisse déjà Rhéa, c’est hélas assez nécessaire au fonctionnement de l’histoire et pour comprendre un peu mieux la dynamique de ce personnage. Après je vois ce que tu veux dire quant au nom de ses parents, je vais y réfléchir. J’en parlerai dans les chapitres suivants, ils auront leur rôle aussi mais pas avant un moment. En revanche, non, pas descendante d’une quelconque divinité ! Elle est appelée à incarner Rhéa, mais elle aurait très bien pu vendre des churros sur la plage haha ! Mais son histoire est profondément différente de l’autre protagoniste qui elle, ne connaît finalement pas tout de son passé...
Encore merci d’avoir commenté, j’espère réussir à créer Des histoires alléchantes !

Des bisous !
Tac
Posté le 08/12/2019
Je ne remets pas en question le fait qu'elle connaisse Rhéa, mais je me demande si ne pas dire son nom pourrait être plus intéressant/intrigant. Tu pourrais montrer qu'elles se connaissent sans pour autant dire son nom (d'ailleurs ça se sent qu'elles se connaissent). Mais voilà c'est juste mon avis seulement !
elle aurait très bien pu vendre des churros sur la plage --> je veux voir cette scène xD
ludivinecrtx
Posté le 18/11/2019
Coucou, suite à ton commentaire sur mon JDB, je suis venue par ici.

Tout d'abord, j'ai adoré un passage en particulier. "Car dans ceux de la dame majestueuse, le temps, les saisons semblaient danser. Tantôt bleus, tantôt gris ou ocres, aucune iris, aucune pupille n'étaient apparentes. Cette vision aurait pétrifié une foule entière, si la beauté et le charme de cette femme n'avaient atténués le choc de ce regard si peu commun. Ses yeux étranges évoquaient les tempêtes, les ouragans, le soleil surplombant la mer lors de son coucher. Ils racontaient une partie de l'histoire de la Terre."

J'ai trouvé cela très beau, très poétique !! J'ai bien visualisé ses yeux, les paysages aussi. La mer, l'odeur du "sud", du soleil.

Comme Aliv, je trouve certaines phrases torp longues.. Mais ne t'inquiètes pas j'ai les mêmes problèmes. Perso, en relecture (même déjà publiée ici) je scinde une longue phrase en deux. Je me force aussi à faire des phrases courtes, voir très courtes pour donner du dynamisme et ponctuer mes phrases plus longue..
Lucchiola
Posté le 18/11/2019
Merci d'être passée par là Ludivinecrtx, et d'avoir commenté !

Le passage que tu as cité m'a donné du fil à retordre, non pas dans la formulation mais plutôt pour éviter les répétitions avec le reste du texte (cf le commentaire d'Aliv haha) ! Je suis contente s'il plait malgré la modification.

Les phrases trop longues me compliquent la vie, car même si j'aime beaucoup écrire et lire ce type de formulation, ce n'est absolument pas le dada de tous. Il faut à tout prix que je parvienne à les limiter...

Merci encore !
Aliv
Posté le 30/10/2019
Coucou, me revoilà. J'ai trouvé ce chapitre très poétique. Le lieu que tu décris est très beau. J'ai bien ressenti le tout, l'odeur, l'olivier, la mer...
Par contre, le paragraphe oú tu parles des yeux de Rhéa est un peu répétitif. Je m'explique le mot yeux est trop présent.
Et fais aussi attention à tes phrases, certaines sont un peu trop longue, notamment celle oú tu décris la déesse, celle avec les cheveux.
Voilà je vais voir la suite.
Lucchiola
Posté le 02/11/2019
Coucou Aliv ! Merci pour ton commentaire ! Je vais m'atteler à la correction et reprise de ce fameux paragraphe, tu n'es pas la premiere à m'en parler et justement, il me pique un peu trop les yeux à présent.
Quant aux phrases trop longues, je vais m'appliquer à trancher net (niark niark). Merci !
Lucchiola
Posté le 06/11/2019
Hello, je reposte ici car je ne sais pas si tu es sur FPA. J'ai tenté à plusieurs reprises de corriger le passage que tu trouves répétitif avec "yeux". Les premières phrases, j'avais répété exprès pour insister dessus. Mais ensuite, je me suis retrouvée dans de beaux draps car il y a très peu de synonymes ou de moyen de parler du regard, des yeux. Si je dois retirer le mot, ça refond entièrement mon paragraphe et je ne le souhaite pas car j'aime la dynamique qu'il a avec les autres actuellement. Du coup, je réfléchis à une autre solution.
Aliv
Posté le 06/11/2019
Si ton paragraphe te plaît comme ça, ne change rien. C'est toi l'auteur.
Attends d'autres avis. Peut être que je serais la seule à le relever.
Gabhany
Posté le 28/10/2019
Mais il est vachement bien ce prologue ! Très poétique et intrigant je trouve. Certaines de tes phrases sont magnifiques : Car dans les yeux de la dame majestueuse, le temps, les saisons semblaient danser. C'est vraiment très beau et imagé.
Et la phrase de fin ! Excellente. J'adore les histoires de destin. Je lirai la suite de ton histoire avec plaisir !
Lucchiola
Posté le 03/11/2019
Merci Gabhany ! Je viens de voir que je n'avais pas répondu à ton message, pardon pardon T.T J'espère que la suite te plaira !!
Arabella
Posté le 28/10/2019
Coucou Lucchiola,

Donc je me suis permise de venir voir ton histoire et donc du coup TE RASSURER ! hihi. Le premier chapitre commence bien, je trouve que la forme sert bien le fond : le rythme et la taille des phrases rappellent tantôt la douceur des rêves, les vagues, le vent…et tantôt prend de la vitesse comme tu le fais très bien là : « La jeune femme savait qu'elle n'avait pas le choix. Qu'elle devrait bientôt se retourner pour apprendre, pour savoir. Pour quitter sa réalité. » Donc je trouve que tu as un rythme très sympa. Le vocabulaire est riche, on visualise bien. Tu nous entraines dans ce songe !

Le monologue est très intéressant, efficace et en même temps nous transporte à l’époque des dieux. J’adore la mythologie et j’ai hâte de voir la suite. L’idée de détruire la destinée je trouve cela génial. Cela me fait penser à la Croisée des mondes, c’est l’idée que chacun est maître de ses choix ? Hâte de découvrir la suite !

Petites remarques :
-Son beau visage blanc accueillait avec délice les douceurs du soleil, qui recouvraient sa belle et longue chevelure blonde et bouclée d'une auréole de lumière angélique. ⇒ Il y a deux fois l’idée de beau ou belle, peut être changer le vocabulaire ici ?
-Vision qui aurait pétrifié une foule entière si la beauté et le charme de cette femme n'avaient pas atténués le choc de cette vue. ⇒ On ne comprend pas bien ici. Peut être faudrait-il simplifier ou faire plusieurs phrases ?

Lucchiola
Posté le 28/10/2019
Franchement, je m'améliore. J'ai à peine pâlit en voyant les notifications de tes commentaires et mon intestin a à peine ronchonné !

Merci beaucoup beaucoup d'avoir commenté et de m'avoir donné ton grain de sel ! Tu as mis le doigts sur un truc qui me chiffonnait avec le chapitre de Gabrielle, merci ! En effet, ces passages ne sont pas assez souples et en plus, il y a des redites. Je vais les reprendre !

Et puis en effet, je m'attaque au Destin. Sujet assez répandu dans la littérature mais qui n'aura été aussi bien approché que par Pullman ! La question de savoir ce que l'on contrôle, ce que l'on pense contrôler, ou alors l'idée d'être manipuler en te laissant croire que tu as ton libre arbitre. C'est une bonne dose de capilotractage certes, mais j'ai Platon, Pullman, Matrix et d'autres en bagages. Alors on verra bien !
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