Chapitre 1 - Jeu d'enfants

Par Zig
Notes de l’auteur : Probablement écrit trop vite pour être bon, mais comme c'est un petit miracle d'avoir rédigé plus de quelques pages en moins d'une semaine, je me considère heureuse. Le but premier du texte n'est pas de susciter la peur mais dans le doute attention... certains passages sont peut-être potentiellement effrayants (pour les plus sensibles). Bonne lecture !

A force de marteler la terre avec sa pelle – elle était si usée que le verbe « creuser » ne lui convenait plus depuis belle lurette – Armand avait les mains couvertes d'ampoules. Son dos lui faisait mal, les muscles des épaules tiraient et les poumons brûlaient. Son maître avait beau lui répéter que la douleur passerait avec le temps, l'apprenti n'y croyait plus.

Au fur et à mesure que le trou s'élargissait – le cinquième de sa journée – un mélange de colère et de lassitude grandissait avec lui. Depuis deux jours M. Pierre s'était volatilisé. Son tuteur possédait la fâcheuse manie de disparaître sans crier gare, laissant tout en plan et un simple petit message pour Armand ; ses devoirs de la journée, en quelque sorte. Même si c'était devenu une habitude, Armand ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Le Fossoyeur en titre ne s'envolait jamais plus d'une journée et revenait toujours avant la tombée de la nuit.

Pas cette fois.

Irrité par sa propre impuissance – et cette éternelle sensation de ne rien maîtriser – Armand donna un rude coup à la terre. Au lieu de s'enfoncer, sa pelle rencontra une masse rocheuse et fit trembler son bras du poignet jusqu'aux épaules. Furieux, fatigué, désarmé, le jeune homme envoya valser l'outil et s'empara rageusement d'une pioche, qu'il se mit à abattre comme un forcené.

Mais ça ne passait pas.

Il avait beau percuter le sol, sentir toute la mécanique de son corps grincer et supplier, ça ne passait pas.

Même si la pierre se fissurait, se brisait, volait en éclat et cédait la place au sol meuble, ça ne passait pas.

Le vide dans son ventre gronda et les griffes lacérèrent l'intérieur, montant puis descendant, toujours, empirant les sillons déjà maintes fois labourés. Il n'y avait pas de sang en dedans, ça ne suintait rien d'autre que du creux.

 

Et il entendit le tic-tac de l'Horloge.

 

Soudain sa pioche se bloqua. Pas entre ses mains, pas prisonnière d'une nouvelle roche ou d'une racine, non... derrière. Alors qu'il la soulevait pour la projeter à nouveau contre la terre, quelque chose s'empara d'un bout du pic. Pris dans son élan, Armand essaya de l'abaisser à nouveau mais la présence maline relâcha sa prise, envoyant le malheureux instrument fracasser une tombe plus loin. Armand n'avait pas la force nécessaire pour réaliser un tel exploit : on l'avait soigneusement aidé.

Dépité, le jeune apprenti sentit ses émotions refluer, remplacées par une dose dégoulinante de fatigue et de lassitude. Au dessus de la tombe abîmée, un Malemort s'élevait lentement, les orbites vides, les joues creuses et le corps fumeux. L'être fantomatique tourna vers Armand son visage d'horreur et poussa un long hurlement suraigu, qui rebondit en écho contre les arbres noueux de l'endroit. Si le Malemort possédait vaguement les contours d'une femme d'âge mûr, c'était pourtant le cri d'une fillette qui heurta les oreilles d'Armand. Même s'il avait l'habitude de ces phénomènes, son cœur se mit à battre plus fort, excité par la puissance anxiogène de cette atroce plainte. Sa voix tremblait lorsqu'il s'excusa maladroitement :

« Pardon Miss Pomme. Je vais réparer, c'est promis ! »

Touchée par les mots qui voletaient autour d'elle, la défunte referma la bouche, faisant cesser sa lancinante complainte. Lentement elle se glissa dans les fissures de sa pierre tombale jusqu'à disparaître complètement. Il ne subsistait de sa présence qu'une vague brume attardée, qui se dilatait lentement en cachant les derniers rayons du soleil.

La nuit tombait. Une autre nuit sans M. Pierre.

Alors qu'il se perdait dans la contemplation du soleil mourant – égaré entre les branches d'un peuplier noueux – Armand entendit des rires multiples, aussi agréables à l'oreille qu'un concert de mauvais violons. Une nouvelle fois son corps réagit malgré lui, faisant naître une réaction épidermique, une chair de poule incontrôlable qui dressa les cheveux de sa nuque et les poils de ses bras.

Personne à l'horizon, simplement ces ricanements et une atmosphère soudain glaciale. Même en pressant ses mains l'une contre l'autre, il ne parvint pas à faire cesser leurs tremblements. Ses lèvres s'asséchèrent puis se gercèrent tandis que sa peau craquelait par endroits, provoquant une sensation de brûlure.

Le souffle contre sa joue.

La sensation terrifiante d'une chose humide contre son lobe.

Le cœur battait. Hurlait à sa place. Parce que lui ne le pouvait pas.

Jusqu'à la voix.

« Monsieuuuuuuur Aaaaarmand.... »

Ce simple appel provoqua un fou rire nerveux chez l'être maléfique, qui continuait de stagner tout contre son oreille. En baissant le regard – tout ce qu'il était capable de déplacer à l'heure actuelle – Armand vit son ombre se dédoubler, et ramper au sol en ondulations chaotiques, pleines de soubresauts et de saccades.

La langue à peine humide sur les lèvres fendillées.

Une tentative de calmer son souffle.

Son cœur.

Fermer les yeux, ne pas voir, ne plus laisser l'ascendant.

Ne pas les laisser entrer dans sa tête.

« Monsieuuuuuuur Aaaaarmand, répéta la voix, ce n'est pas gentil de ne pas m'é-cou-ter. »

Pour la seconde fois une chose humide s'attarda sur son lobe, provoquant un haut-le-cœur violent, suivi d'une bile acide dans sa bouche. Mais il ne pouvait pas actionner sa mâchoire et un peu du fluide coula entre ses lèvres closes. Le reste rebroussa chemin, augmentant sa nausée.

Fictive. 

« Et ce n'est pas gentil non plus de détruire la maison d'autrui, reprit l'intruse. Quel vilain, vil-ain, si vilain pe-tit Fossoyeur. »

Tandis que l'ombre à ses pieds terminait sa route, une autre frôla son nez pour se placer dans son champ de vision et prendre la forme – approximative et déformée – d'une main. Les doigts tordus et fumeux s'agitèrent en direction de la tombe abîmée, et Armand parvint enfin à reprendre le contrôle de son corps. Au moins un peu. Assez pour parvenir à plier son coude. Un début.

Il se rendit compte qu'il serrait les dents, arriva à décoller la langue de son palais et se racler la gorge, pour prendre la parole. Sa voix était si éraillée qu'il ne la reconnut pas.

« Ça vous amuse, tous les deux ? »

Le jeune homme connaissait parfaitement ses agresseurs et pour cause : il avait grandi avec. Si, à une certaine époque, les facéties de ces monstres pouvaient susciter chez lui une peur viscérale, ils ne parvenaient plus, aujourd'hui, qu'à provoquer des réactions purement physiques.

La déception de son bourreau fut si forte qu'elle résonna dans sa colonne vertébrale. Le froid reflua doucement, remplacé par une chaleur si atroce qu'elle en créait des démangeaisons. L'ombre serpentine quitta la seconde dimension pour enfler, prendre du volume jusqu'à constituer une masse intangible, faite de brouillard et toute en nuances de gris. Vers le sommet, des paupières floues s'ouvrir sur deux trous noirs. Une bouche pleine de dents déchira le tissu de la brume et elle s'ouvrit puis se ferma à plusieurs reprises, comme pour s'échauffer.

Dans son dos la pression se fit plus forte et de plus en plus humide. En un rien de temps Armand eut le dos trempé.

« Tu n'es plus drôle, depuis que tu es vieux.

─ Je suis toujours plus jeune que vous.

─ Plus jeune ? Non... tu es juste mortel. »

L'apprenti Fossoyeur reprit l'absolu contrôle de ses muscles. Il s'éloigna d'un ou deux pas et son t-shirt détrempé lui colla aussitôt à la peau, faisant naître sur son visage une grimace dégoûtée. Avec le temps on apprenait à gérer l'inconfort d'une vie au cimetière, mais certaines choses n'entraient jamais dans la banalité du quotidien.

Lentement il se retourna, et Armand la vit :

Pourriture parmi les pourritures.

La mangeuse d'enfants.

L'avaleuse d'innocence.

La monstrueuse goulue.

Dakini.

A ses côtés apparut son frère : Gigim. A eux deux ils formaient l'infernal binôme aux bouches immenses et à la morale creuse.

Non. Pas creuse.

Inexistante.

Ils ne vivaient pas sur la même réalité que les êtres moraux.

Ce n'était que deux enfants.

Terribles.

Égoïstes.

Affamés.

Les maîtres du monde.

Face aux deux Ghûls – puisque c'était comme ça que M. Pierre les nommait, faute de mieux – Armand baissa involontairement les yeux. Même s'il refusait de se laisser impressionner, il ne pouvait chasser tout à fait cette impression de faiblesse, d'infériorité. Par les yeux de Dakini et Gigim, il se verrait toujours comme un petit garçon, celui qui mouillait ses draps de peur, la nuit, quand l'âme du cimetière filtrait par la porte du Maître Fossoyeur.

« Enfin ! se réjouit Dakini en frétillant, tandis que deux petites couettes de brume se formaient sur sa tête. Je la sens, elle est là... »

Comme pour appuyer son propos elle inspira bruyamment, et l'air sembla devenir visible, s'engouffrant dans ses poumons inexistants.

« … Tu pues, M. Armand. Comment ferais-je si tu n'étais pas là ? Où serait la saveur ? Tu me rends... enfin... vivante.

─ Techniquement tu ne l'as jamais été, rectifia son frère. »

A côté de la folie délirante de sa sœur, Gigim semblait éteint, morne, et nonchalant. Il possédait d'ailleurs une aura moins puissante, incapable de modeler une forme fixe, à l'inverse de sa « jumelle ». On ne voyait de lui que ses yeux de cauchemar et sa bouche dentelée, perdus au milieu d'un amoncellement de vapeur lunatique.

Vexée par la remarque – pourtant très exacte – Dakini gonfla ses joues grises, tirant une « peau » caoutchouteuse et qui plissait. Déjà fatigué par leur échange guignol – auquel il était trop habitué pour le trouver fascinant – Armand essaya de se baisser pour récupérer sa pelle. Une énorme pierre lui tomba sur le poignet, faisant naître un bref cri de douleur. Les Ghûls avaient besoin d'un spectateur : elles le rappelaient à l'ordre.

« Mais regardez moi ce petit ingrat... on l'a presque élevé, on l'a aidé à ne jamais se perdre dans le cimetière... »

Armand haussa un sourcil : il se souvenait de l'inverse, lui.

« ...On lui a appris tout ce qu'on savait, ramené des jouets... »

Des morceaux de bras et des têtes décapitées.

« ...Enseigné à marcher... »

En le jetant dans une tombe fraîchement creusée jusqu'à ce que M. Pierre vienne l'en tirer. Et, en réalité, il savait déjà marcher en arrivant au cimetière.

« ...Trouvé des imagiers pour qu'il puisse lire, compter, écrire... »

Sur ce point Armand ne pouvait les contredire, pour une fois c'était vrai. Ce que Dakini oubliait de signaler c'est que M. Pierre avait dû les menacer, pour obtenir lesdits ouvrages.

« Et quand on lui demande un peu d'attention, monsieur n'a rien de mieux à faire que de creuser pour un malheureux gars dont personne n'a rien à faire. Merci M. Armand... Mer-ci ! Et ne sois pas malpoli, toi, tu sais bien que je ne le pense pas. »

De la même manière que Dakini, Armand avait remarqué le bras sorti du linceul, posé juste à côté de leur petit groupe. Le « malheureux gars » – pas si malheureux et plus tonique qu'on aurait pu le penser – venait de lever son bras pour présenter un fier majeur, traduisant par le geste le fond d'une pensée toute aussi claire. Apparemment satisfait des excuses rapides de la Ghûl, l'impoli défunt rangea ses morceaux, et fit entendre un soupir agacé. Trop de blabla, pas assez de coups de pelle, à son humble avis.

« Comme monsieur vient de te le rappeler, Dakini, j'ai du travail. D'ici une heure la nuit sera complètement tombée et M. Pierre va me passer un savon si je ne termine pas.

─ Il est où, d'ailleurs, M. Pierre ? »

Demanda Gigim en tirant, de son corps volatile, ce qui ressemblait vaguement à un bucket de poulet. Armand prit bien soin de ne pas répondre et – comme il n'osait pas se pencher à nouveau pour récupérer son outil – il se contenta de hausser les épaules en les fixant, penaud. Son attitude fit rire Dakini – qui riait en permanence, ça ne changeait donc rien à ses habitudes – et hocher tristement la tête à Gigim.

« Ce n'est pas normal. Pas normal du tout. »

Conclut le monstre en calant un morceau dans sa bouche. Le geste fit enfin réagir Armand, qui comprit rapidement ce qui clochait : les Ghûls ne mangeaient pas de poulet.

Il blêmit, son regard dérivant vers l'os minuscule, fragile, que Gigim rongeait lentement.

« Vous êtes sortis du cimetière. Vous n'avez pas le droit de sortir du cimetière ! »

D'abord maîtrisée, sa voix avait déraillé sur la seconde partie de phrase, montant dans les aigus tandis qu'il comprenait.

Qu'il savait.

Encore.

« D'où ça vient, CA ? Vous n'avez pas le DROIT »

Insista à nouveau l'apprenti. Si les attaques des jumeaux ne lui avaient rien fait jusqu'à présent, la réalité qu'induisait ce tout petit morceau d'os, elle, le terrifiait.

Parce que c'était de sa faute.

Parce que, à l'heure actuelle, un autre innocent pourrissait au bord d'un chemin, à moitié dévoré.

Parce qu'il n'y en avait jamais qu'un, parce que les Ghûls mangeaient toujours alors qu'elles n'avaient pas faim.

Parce que c'était son rôle de les retenir ici et que, sans M. Pierre, il n'y arrivait pas.

Et ça avait des conséquences.

« Ils écoutaient des histoires, commença Dakini de sa douce voix d'ingénue.

─ On leur racontait, poursuivit Gigim avec son timbre d'écho, que les enfants pas sages, ceux qui s'éloignent des chemins balisés...

─ … Sont mangés par les ogres et les croquemitaines. »

Plus les deux monstres avançaient dans leur macabre conte, plus Armand sentait sa tête tourner. Il fixait obstinément le sol, entendait le cœur battre puis sauter un battement, essayer de se rattraper, de courir après lui-même pour reprendre son tempo.

La culpabilité et l'onde blanche contre ses oreilles.

« Ils étaient sages. Si sages, si mignons, si adorables... l'adulte les a même félicités....

─ Et nous, conclut joyeusement Gigim. Nous les avons quand même mangés ».

Armand tanguait si fort qu'il voyait à peine le sourire immense de Gigim, ni le mouvement pendulaire de Dakini.

Il les haïssait. De toute la force de ses tripes.

Il les haïssait à un point tel que tout, à l'intérieur de lui-même, lui semblait froid.

Il les haïssait jusqu'à entendre le bruit de l'Horloge.

« Il nous fait un coma, tu crois ?

─ On ne fait pas un coma comme ça... selon la tradition on est censé se faire fracasser par un objet contondant avant.

─ C'est rigolo ce mot... contondant...

─ Con...

─ Ton...

─ Dans.

─ Compte...

─ Tes...

─ Dents. »

Et ils gloussèrent de plus belle, en chœur, invoquant définitivement les Ombres et le Brouillard, éloignant toujours plus Armand de l'Humanité.

Séduit par les clowneries des deux idiots, le squelette impoli – qui, en plus de tendre des doigts inamicaux, se permettait d'écouter aux portes – sortit cette fois les deux mains pour lever les pouces en l'air. Définitivement excédé, rendu dysphorique par cette scène absurde, Armand tourna les talons, avançant péniblement un pas, puis un autre, les bras ballants.

Le cœur mort.

L'Horloge résonnait dans sa tête, de plus en plus fort, jusqu'à brouiller ses pensées et avaler son malaise.

Jusqu'à tuer sa culpabilité et dévorer sa honte.

« HE ! Pas si vite M. Armand ! »

Il se retourna, et sentit une onde glacée lui percuter la poitrine. La vague immatérielle le traversa de part en part, enserrant son cœur dans un étau, au point qu'il faillit s'arrêter puis se briser. Lorsque le palpitant se remit à pulser ce fut avec une force désespérée, ce genre de désespoir qui pousse les derniers de course à accélérer, alors que leur rêve de victoire est déjà hors de portée.

L'apprenti Fossoyeur se raccrocha in-extremis à un arbre, mais ce dernier fondit sous ses doigts et il chuta lourdement, son épaule fracassant une poterie sur laquelle elle s'abattit. Une douleur électrique traversa tout son bras et il se roula en boule, restant en position fœtale jusqu'à ce que ses pensées – complètement éparpillées – se fussent remises en place.

Plus que la douleur, plus que la sensation de froid ou même l'impression d'égarement, se furent les rires hystériques des jumeaux qui le menèrent au bord de la folie. Il se redressa d'un bond, tournant sur lui-même à la recherche des Ghûls. Il n'était plus à proximité de la mansarde – aux côtés de son trou et du dernier cadavre – mais à l'entrée du cimetière, à plus de trente minutes de marche. Son regard prit appui sur les repères familiers : les grands piliers de pierre sculptée, couverts de mousse ; la ferronnerie ouvragée du portail à double battant, dont seul M. Pierre possédait la clé ; et surtout l'imposante maxime en latin.

 

Requiescant in pace

 

Hors de lui, Armand harangua le vide, bien conscient que ses tortionnaires se trouvaient là, tout près, à portée d'oreilles mais fuyant la vue.

« Continuez à rire tant que vous le pouvez ! Quand je serai Fossoyeur je trouverai le moyen de me débarrasser de vous ! »

Son rêve à lui, sa course folle et improbable. Son maître avait beau lui dire, encore et encore, qu'on ne tuait pas les Ghûls, qu'elles étaient nécessaires, vitales ; il ne voulait pas y croire.

Des erreurs.

Des dangers.

Inhumain.es

Mauvais.es

« Vous n'avez pas votre place ici ! »

Un vent menaçant balaya ses longues mèches blanches et, soudain, le « visage » de Dakini se colla contre le sien.

Elle ne riait plus.

En plongeant dans son regard, Armand sentit toute la force vitale qui s'écoulait en elle, ou plutôt qui s'y noyait. Comme un trou, vorace, impossible à arrêter : là où disparaît l'être pour ne plus jamais remonter.

Réduit à néant.

« Parce que toi, M. Armand, tu as ta place, peut-être ? »

Il l'avait vexée.

Il avait peur. Vraiment peur, cette fois.

« Mon frère et moi avons vu passer des générations de Fossoyeurs et tu n'es qu'une toute petite chose dans cette immense matrice. Je suis née ici, avec ce cimetière, pour ce cimetière, j'en suis la tortionnaire et la gardienne. Que vas-tu me faire, au juste ? Me chasser ? Me tuer ? On ne peut pas... me tuer. Je suis la Mort ».

Armand sentit une pression sur sa nuque, celle exercée par les « mains » que Gigim venait de serrer autour de son cou et qui en faisaient le tour.

Qu'est-ce qui les empêchait de le tuer ici, loin de M. Pierre, loin de la loi des Hommes ?

Le jeune homme aurait sans doute posé d'autres questions – toutes aussi pertinentes et philosophiques les unes que les autres – mais un cri inhumain perça le gris du début de nuit, et attira leurs trois attentions. Dakini siffla – avec quelles lèvres ? on se le demande... – et les ténèbres s'écartèrent, offrant la vision de trois arbres qui s'effondraient, bien plus loin sur leur gauche.

« C'est quoi, ça ? demanda Armand, à tout hasard.

─ Comment veux-tu que je le sache ? lui répondit la Ghûl ».

Il s'attendait à cette réponse, mais dans le doute...

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PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 10/03/2020
Hello Zig !
J'ai le sentiment que c'est une histoire qui pourrait aller loin. J'arrive facilement à entrer dans la narration et me faire le film des événements. Il y a un fort potentiel avec ce récit et il ne manque pas grand chose pour que ce soit parfait.
Je pense que tu peux prendre un peu plus de temps (de mots) pour décrire davantage l'atmosphère, les personnages, les émotions, faire monter encore d'un cran la pression.
L'humour est très bien placé donc surtout ne change rien, continue !
Zig
Posté le 15/03/2020
Coucou !
Venant de toi je prends sacrément ça comme un compliment !

Je note de retravailler l'ambiance pour la réécriture (quand le premier jet sera terminé !)

Merci beaucoup d'être passée me lire ♥
Litchie
Posté le 19/02/2020
Bon alors on va pas se mentir, pour un chapitre que tu ne considères pas "bon" je trouve qu'il y a déjà largement de quoi s'extasier :'D j'adore l'ambiance, j'adore l'idée du cimetière, des ghuls (ultra réussies) et j'adore le fait de ne pas comprendre tout ce qui se passe, bref, du bon quoi :'D
Zig
Posté le 20/02/2020
Re-coucou !

Que veux-tu, je suis hautement exigeante avec les livres que je lis, c'est de bon goût de faire pareil avec les miens /o/ Ca doit être PARFAIT (et c'est loin de l'être).

Encore merci ! J'avais beaucoup de doutes sur ce projet (et le fait de recommencer à écrire après une si longue pause), ça me fait beaucoup de bien de tous vous lire, vous n'avez pas idée !

Plein des kheurs et Zigbouilles !
Litchie
Posté le 20/02/2020
Ne jamais douter de soi, jamais !*

*Commentaire offert par le syndrome de l'imposteur.
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