Chapitre 1. Fausse Peur

Par K521S Sky
Notes de l’auteur : Bonjour, <br />
Je dois avouer que ce chapitre n'était pas le premier, à l'origine, mais j'ai décidé de couper les cinq premiers, car au final, je les ai trouvé de trop. Je pense que l'histoire commence mieux de cette manière.
Blaise entendait la pluie. Ses yeux étaient encore fermés. Il ne voulait pas les ouvrir, pour découvrir, une fois de plus, que Johanna avait filé avant qu’il se réveille. Il savait qu’il avait fait une erreur en lui montrant cette photo. Il l’avait su au moment même où il était rentré dans sa chambre pour récupérer l'enveloppe. Mais entendre Johanna lui dire qu’il l’enfermait avait provoqué chez lui un froid glacial. Lui qui faisait tout pour qu’elle se sente bien, il avait toujours fait attention à ne pas la brusquer, il connaissait con caractère timide. Il avait toujours été patient avec elle, il attendait qu’elle fasse le premier pas. Mais elle ne le faisait pas. Il n’avait que des bonnes intentions à son égard. Alors l’entendre dire qu’il la séquestrait l’avait légèrement agacé. Oui, c’est vrai, il la gardait précieusement chez lui. Mais c’était uniquement parce qu’il voulait la protéger. N’avait-elle donc pas remarqué tout ce que Blaise faisait ? Non, comment aurait-elle pu? Mais pourtant, il en voulait à Johanna d’être aussi égoïste. En plus, même si c’était une erreur, il lui avait dit, il lui avait avoué la raison. Il avait été honnête. Pourquoi n’était-elle pas reconnaissante! Elle était totalement ingrate. Oui, ingrate. Le soir, elle prenait grand soin de se coucher tard, en espérant que Blaise soit déjà endormi, et le matin, elle se levait aux aurores pour pas qu’elle n’ait à le voir. Elle l’évitait constamment. Elle prenait ses déjeuné et ses repas en secret, dans sa chambre. En réalité, Blaise ne connaissait pas Johanna aussi bien qu’il aimerait le croire. Tout ce qu’il savait d’elle, était qu’elle était réservée. Il avait constaté ça la première fois qu’il l’avait vu, au château des Félicie, il avait quinze ans alors qu’elle n’en avait que dix. Il était étrange à l’époque, de savoir qu’ils étaient déjà promis l’un à l’autre. A ce moment-là, Blaise avait perçu Johanna comme une gamine. C’était ce qu’elle était, en soi. Pourtant, il avait déjà eu une envie de la protéger. Mais peut-être était-ce aussi parce que son père lui avait répété mainte fois combien l’alliance avec la France était importante. Après cette première rencontre Blaise avait revu quelque fois Johanna, il lui avait paru qu’elle sortait peu à peu de sa timidité, jusqu’à la mort de sa mère, trois ans plus tard. Lorsque ça s’est passé, les Mac Kingston étaient venus au complet pour soutenir les Félicie. Bien sûr, la plupart des alliés étaient présents, mais Blaise se sentait comme un devoir d’être auprès de Johanna, même si déjà, à ce moment, ils étaient très éloignés. Après la disparition de sa mère, il n’avait pu s’empêcher de constater à quel point Johanna se renfermait sur elle-même. Elle ne partageait plus rien avec son père. Les seules personnes qui semblaient vraiment pouvoir l’approcher étaient sa servante et Henri. Blaise l’avait oublié, mais il avait promis à Johanna de l’emmener en France, voudra telle toujours y aller avec lui après ça, parce qu’elle semblait plutôt le fuir. Il fallait qui lui en parle, surtout que la situation de Felix De Félicie ne s’arrangeait pas, et celle de Henri non plus. Blaise s’étira, et se leva. Il devait se rendre à l’évidence, il n’allait surement pas croiser Johanna aujourd’hui non plus. Il fit un tour à la salle de bain, et s’en alla pour la salle à manger, pour y déjeuner. Lorsqu’il y entra, il y trouva sa mère, Amelia, et plus étonnant, Johanna. Lorsqu’elle le vit entrer, et qu’elle croisa son regard, elle baissa les yeux. ­- Eh bien, je pense que je vais me retirer, maintenant, déclara-t­-elle. ­- Vous plaisantez, vous n’avez rien mangé, dit Ashley, Blaise, dis à ta femme qu’il faut qu’elle mange. ­- Mère, je pense que Johanna est assez grande pour se nourrir toute seule, lui répondit-il en s’approchant et en l’embrassant. Comme à son habitude, il s’assit en bout de table, mais pour changer, Johanna était loin de lui, et elle prenait un grand soin à ne pas le regarder. ­- Cela dit, j’aimerais passer ce déjeuné en votre compagnie, ma femme. Si cela ne vous ennuie pas, évidemment. Blaise savait qu’en disant ça, Johanna allait rester, il l’avait en quelque sorte obliger. Comment pourrait-elle refuser de passer du temps avec son mari, devant sa belle-mère. ­- Pas le moins du monde. Elle daigna enfin le regarder dans les yeux. Blaise soutint son regard, tout comme elle. Mais ce qu’il vit ne le rassura pas, il pouvait lire la colère et l’amertume dans les yeux de Johanna. Son regard était froid. Voilà encore plus de distance entre eux deux. Lui qui espérait tant pouvoir se rapprocher d’elle. C’était raté. Blaise détourna son regard, et le tourna vers Amelia. ­- De quoi parliez-vous, avant que je vous interrompe ? ­- Eh bien si tu veux tout savoir, de Johanna, répondit elle en jetant un petit regard sur l'intéressée, imitée par Blaise, je la trouvais un peu morose ces derniers temps. Vous ne trouvez pas, Ashley ? ­-Ma petite Amelia, je suis bien de ton avis. Johanna, je pense que tu devrais prendre un peu de temps pour toi… ­- Du temps pour moi ! C’en était trop, Johanna n’en pouvait plus, d’accord, Ashley était une femme adorable, et bienveillante, mais elle en avait marre de devoir supporter toute la journée ses conseils stupides. Oui, stupides. Elle ne comprenait rien, comment le pouvait elle, malgré tous ses efforts, Ashley n’était pas issue de la royauté. Elle ne pouvait pas comprendre ce que vivait Johanna. Ashley se mêlait de ce qui ne la regardait pas, et ça, Johanna en était exaspérée. Et puis Amelia, qui se prenait pour une petite princesse parfaite à se pavaner dans la maison. Bon, c’ était une reine, et elle était parfaite, mais Johanna ne la supportait pas non plus. ­- Vous croyez que je fais quoi, dans cette maison toute la journée ? Je n’ai que ça, du temps pour moi, s’emporta Johanna. Ce petit échange laissa un froid glacial derrière lui. Blaise fut pris d’une colère envers Johanna. ­ - Johanna… ­- Je suis désolée, le coupa-t-­elle, je n’aurais pas dû m’exprimer sur un ton pareil. Je vous présente toutes mes excuses, ça ne se reproduira plus. Et je vous prie de m’excuser. Elle se leva, sans regarder personne, et se dépêcha de sortir. Elle ouvrit la porte, et tomba nez à nez sur Wilson. Elle l’avait oublié celui-là. Wilson jeta un coup d’œil à l’intérieur de la salle à manger, s’attarda quelques secondes sur Blaise. Puis il reporta son regard sur Johanna. ­- Tu vas bien ? Tu sembles un peu… ­- Un peu quoi? Morose, déprimée, triste, mélancolique ? Fais ton choix. ­- Non, j’allais dire énervée. Et ne passes surtout pas tes nerfs sur moi, d’accord. ­- Sinon quoi ? Wilson la regarda avec étonnement, il ne savait pas s’il devait s’énerver parce qu’elle lui tenait tête, ou justement apprécier cette qualité. Parce que Wilson le savait, il était intimidant. Tout le monde lui avait bien fait comprendre. Il continua de regarder Johanna, et il se rendit compte que ce n’était ni le courage ni la stupidité qui avait fait parler Johanna, elle semblait juste vouloir s’en aller à tout prix. ­- Viens, on va faire un tour. ­- Merci, je connais le jardin par cœur. ­- Mais qui t’as parlé du jardin ? - - - ­ ­ ­ ­- Pourquoi ce petit air réjoui ? S’enquit Mikaëlla devant le sourire tordu de Jennifer. T’as eu une promotion, peut-être. ­- Disons que j’adore te voir te démener ici, pendant que ta chère reine, qui se dit soit dit en passant ton amie, prend du bon temps. Jennifer avait ce talent d'énerver Mikaëlla sans ne laisser paraître aucune émotion. Elle ne se laissait jamais déstabiliser. Et Mikaëlla détestait ce trait de caractère chez elle. ­- D’une, fais attention à la manière dont tu parles, et de deux, il n’est pas du devoir de Johanna de s’occuper de la maison. Alors tais-toi. Le sourire de Mikaëlla s’élargit, et elle insista : ­- T’en a pas marre qu’elle ne soit gentille avec toi que quand elle est seule. ­- Mais qu’est-ce que tu me racontes là ? ­- Elle est partie avec Wilson sans même penser à toi, l’idée que toi aussi tu aurais voulu sortir de ces murs ne lui a même pas effleuré l’esprit. Tu sais pourquoi ? Parce qu’elle se fiche pas mal de toi. Mikaëlla ne savait pas que Johanna était sortie, pourquoi ne lui avait-elle rien dit. De toute évidence, les raisons énoncées par Jennifer étaient fausses, et elle ne se sentait pas du tout jalouse de Johanna, elle ne lui en voulait pas. Mais c’est vrai qu’elle aurait aimé être prévenue, et certainement pas par cette peste de Jennifer. ­- Tu sais quoi, Jennifer ? Vas te faire voir ! Mikaëlla passa devant elle en lui bousculant l’épaule, et sans la regarder. - - - ­ ­ ­ Johanna marchait dans les bois, elle ne savait pas où elle allait, elle suivait juste Wilson. Elle avait failli trébucher sur un tronc caché par les feuilles à trois reprises. La première fois, elle s’était rattrapée à un arbre, les deux fois suivantes, Wilson l’avait sauvée. Elle commençait à se lasser de cette petite promenade. Certes, l’air frais et sortir du domaine lui avait fait du bien, mais ses chaussures n’étaient pas du tout adaptées à la situation, ni sa tenue. En fait, elle n’y était pas adaptée elle-même. ­- Tu te sens mieux maintenant ? Demanda Wilson sur un ton sarcastique. ­- Beaucoup, merci, lui répondit elle sur le même ton, et avec un sourire forcé. Dis-moi, pourquoi tu m’as emmenée ici? Wilson ne répondit pas immédiatement, il sembla réfléchir quelques secondes avant de reprendre la parole. ­- J’aimais venir ici. Quand on était petit, mon frère et moi, c’était toujours ici que je me réfugiais. Avoir ces bois à perte de vue me donnait l’impression d’être serein. A chaque fois que je me sentais perdu, c’était ici que je me retrouvais, et que je retrouvais mon chemin. ­- Ça semble être ton abri. Alors pourquoi l’avoir partagé avec moi ? ­- J’ai juste eu l’impression que tu étais perdue, et que tu avais besoin de t'isoler un peu, pour retrouver ton chemin, ou bien juste ton calme. Johanna arrêta sa marche, et contempla Wilson, avait-il vraiment fais ça par bienveillance, comme il le prétendait ? Pourquoi perdait-il son temps avec elle, alors qu’il n’avait même pas pris de petit-déjeuner. Mais quand elle y pensait bien, Johanna n’aurait pas pu trouver un meilleur moment pour revenir à ce dont Wilson lui avait fait part à la soirée. ­- Wilson, tu te souviens de la réception ? ­- Parfaitement, pourquoi cette question ? ­- Alors tu te souviens probablement de notre discussion. ­- Absolument. Mais je ne reviendrais pas dessus. A moins que… Il glissa son regard doucement sur Johanna, qui elle, le regarda subitement, comme si cela avait été automatique. ­- A moins que quoi ? S’impatienta Johanna. ­- On va établir une règle, d’accord. Je te dis quelque chose que tu veux savoir, et en échange, tu me racontes tes problèmes, et tu me dis pourquoi tu ne vas pas très bien depuis quelques temps. Ça marche ? ­- A quoi tu joues là ! Johanna fut stupéfait de Wilson, elle qui hésitait tant, parce qu’elle n’était pas proche de lui, apparemment lui, n’avait aucune difficultés à s’ouvrir aux autres, et à leur poser des questions personnelles. ­- A rien, ne le prends pas mal. Est-ce que tu veux tes réponses ? Il regarda Johanna dans les yeux, il n’était pas sûr du tout de ce qu’il faisait, il ne connaissait pas Johanna, il ne savait pas qu’elles étaient les limites à ne pas franchir. Mais pour le savoir, il fallait bien qu’il teste. Il soutint son regard, et elle également. Il se rendit compte que Johanna était comme lui. Pour lui, fixer quelqu’un dans les yeux est un combat, le premier qui baisse les yeux se soumet à l’autre. Peut-être qu’il ne devrait pas pousser Johanna trop loin. Il baissa ses paupières, et dévia son regard au moment de les rouvrir. Puis il regarda Johanna à nouveau, qui brisa le silence : ­- Je pense qu’il faudrait qu’on rentre, je ne sais pas qu’elle heure il est, mais personne n’est au courant que nous sommes sorties. C’était plus fort que lui, il le savait, il allait définitivement passer une limite, mais voir Johanna jouer à la petite fille innocent l'agaçait, parce qu’il était persuadé, qu’au fond d’elle, Johanna ne demandait qu’à hurler, à se défouler et à envoyer tout le monde se balader. ­- Oui, et alors, demanda-t-il sur un ton qui se voulait plein de défi. Johanna fronça légèrement les sourcils. Elle lui tourna lui dos, et se mis à marcher dans la direction inverse. La limite avait été franchie, il en était certain, pourtant, Johanna avait parfaitement réussi à se maîtriser. Il était pourtant sûr qu’elle allait s’emporter, ou au moins hausser un peu le ton, mais non, elle n’avait rien fait de tout ça. Un peu forcé, il lui emboîta le pas, et ils se mirent en marche vers la maison. - - - ­ ­ ­ Wilson ne regrettait pas tout ce qu’il avait dit à Johanna, mais il finit par penser qu’il aurait aimé qu’elle réagisse autrement. Elle ne lui avait pas décroché un mot sur tout le chemin du retour. Lorsqu’ils étaient sortis, Johanna bouillait de colère, et au moment de rentrer, elle était aussi froide que de la glace. Comment une personne pouvait avoir des humeurs à ce point opposées en seulement quelques heures ? ­- Je suis désolé, déclara Wilson, alors qu’ils pénétraient dans l’entrée de l’immense maison. Si tu as envie de me parler, tu peux venir me voir. Il passa devant Johanna sans même lui accorder un regard, mais avant qu’il ait franchi le seuil du couloir, elle le rappela. ­- C’est moi qui m’excuse, habituellement, je ne suis pas si susceptible. Et aussi, je te remercie, de m’avoir fait prendre l’air. ­- Oh, je vois que tu redeviens mignonne. Johanna inclina légèrement la tête et fronça les sourcils. ­- C’était de l’humour. ­- Évidemment. Johanna laissa un petit blanc s’écouler, puis tout doucement, elle reprit la parole. ­ - Wilson ? ­- Oui ? ­- Blaise n’aime pas que je sorte du domaine, surtout s’il n’est pas au courant. ­ - Pourquoi ? ­- C’est comme ça. Promets-moi juste que tu ne diras rien à ton frère. ­Me dire quoi ? Johanna sursauta quand Blaise fit irruption dans la large entrée. Elle regarda Blaise, ne sachant pas comment lui cacher la vérité, même si cela était presque devenu impossible. ­- J’ai entendu des voix, dit Blaise, devant le regard de Wilson qui visiblement n’était pas ravi de l’apparition de son frère. ­- Ouais, et alors ? Wilson lança un regard noir à Blaise, qui le lui rendit. Johanna sentait la tension évidente qui s’élevait dans la pièce. Elle baissa la tête et ferma les yeux, espérant que ça n’irait pas plus loin que quelques regards. ­- Tu sais, Wil, tu ne pourras pas me détester jusqu’à la fin de tes jours. Maintenant, elle en était sûre, Blaise avait clairement fait quelque chose à Wilson, et apparemment c’était quelque chose de grave, puisque Wilson ne l’avait toujours pas pardonné. Johanna ne voulait en aucun cas être mêlée à leurs histoires, c’était entre eux, et ça ne la regardait pas. Elle fit quelques pas vers le couloir, avant que Blaise ne l’attrape au poignet. Il ne l’avait pas agrippée violemment, mais à la manière dont il l’avait fait, Johanna savait qu’il était en colère. ­- Où croyez-vous allez, comme ça, lui demanda-t-­il d’une voix calme et posée, sans lui jeter de regard. Johanna elle, le fixait. ­- Je préfère vous laissez régler vos comptes, et ce ne sont pas mes affaires. Blaise leva la tête et posa ses yeux sur son visage. ­- Je suis ravi de constater que vous n’avez aucun désir à interférer dans mes affaires, mais là mes affaires vous concernent. Blaise insista sur le mot, et Johanna comprit qu’il ne parlait pas seulement de sa petite balade en forêt. Le moment qu’elle fuyait tant était arrivé. Mais elle n’était pas prête. ­- Très bien, peut-être souhaiteriez-vous en parler ce soir, avant de dormir. Blaise parut réfléchir un moment, ça pourrait être une bonne idée s’il n’était pas si sûr que Johanna tente de se défiler. Elle était terriblement douée pour l’éviter, et il ne pouvait plus attendre, car plus le temps passait, moins Johanna comprenait ce qu’il se passait, et plus elle se renfermait et s’éloignait de lui, bien qu’ils n’étaient déjà pas très proches. ­- Non, je veux vous voir tout de suite, attendez moi dans ma chambre. Il lâcha le poignet de Johanna. Elle le fixa quelques secondes, puis partit l’attendre où il lui avait indiqué de le faire. Blaise attendit jusqu’à ce qu’il n’entende plus les pas de Johanna dans le couloir, et se retourna vers son frère. ­- Me détester n’arrangera pas les choses. Wilson pouffa. Il détourna les yeux et croisa les bras. C’était un signe de mauvaise foi, Blaise le savait. Wilson voulait lui faire croire que tout ça lui était égal, mais c’était faux. Wilson était blessé. Jamais il ne l’avouerait, bien sûr, mais sa façon d’agir à chaque fois qu’il était en présence de Blaise le prouvait. ­- Avances, avant qu’il ne soit trop tard. Parce qu’un jour, si tu laisses cette haine prendre le dessus sur toi, tu deviendras juste fou. Et il n’y aura pas que moi que tu haïras. Wilson daigna regarder Blaise. C’était son frère, celui qui l’avait trahi qui osait lui dire d’avancer, et de ne pas se laisser submerger par la colère. Wilson faisait peut-être preuve de mauvaise foi, mais Blaise, lui, était égoïste. ­- Tu n’as toujours rien compris, n’est-ce pas. Wilson passa à côté de son frère en lui jetant un regard sombre. Il n’était ni mauvais, ni méchant, mais ses yeux avaient une pointe de mélancolie noyée dans une colère profonde. Blaise se retrouva seul dans la grande entrée. Il comprenait Wilson, il savait que ce qu’il avait fait était impardonnable. Mais après deux années, Blaise aurait cru que Wilson aurait oublié. Le pire était que Wilson ne s’était jamais mis en colère, c’est ce qui inquiétait Blaise. Wilson était impulsif, et ce calme avait réussi à le mettre à fleur de peau. Blaise aurait préféré que Wilson s’énerve une fois, plutôt qu’il le haïsse en silence. Machinalement, Blaise avait marché jusqu’à sa chambre, il reprit ses esprits au moment d’ouvrir la porte. Il entra, observa quelques secondes la pièce, et posa son regard sur Johanna, qui le regardait, assise sur le lit. Il referma la porte, et s’assit sur un coin du canapé, près du lit, de manière à être face à Johanna, mais en décalé. Il baissa la tête et fixa le sol, devant lui. Il ne savait pas par où commencer, il avait tellement à dire à Johanna. Elle, en revanche le fixait. Elle savait pourquoi Blaise voulait la voir, mais elle refusait de lui parler la première, elle voyait ça comme une signe de soumission, comme une faiblesse. ­- J’ai souvent tendance à oublier que vous n’avez que dix-huit ans, alors que moi vingt-trois, commença Blaise, alors je vous traite comme quelqu’un de plus âgé, quelqu’un de mon âge, quelqu’un qui aurait la même expérience que moi. Mais la vérité, c'est que vous êtes encore une gamine. Bien trop jeune pour comprendre certaine chose. Je vous en ai demandé trop, lorsque je vous ai montré cette photo. Ça fait une semaine, et j’aurais pensé que vous auriez su être courageuse, et en discuter avec moi. Mais j’ai oublié votre manque de maturité. Blaise savait qu’il était dur, mais il ne pouvait pas faire autrement, il était en colère après elle, et il ne le réalisait vraiment qu’en disant tout ce qu’il pensait. Il ne voulait pas être gentil avec elle, il voulait qu’elle comprenne qu’elle était en danger, et que c’était pour cette raison qu’il la gardait enfermer. ­- Je ne suis pas une gamine, articula Johanna. ­- Si, vous l’êtes. Et vous êtes totalement insouciante ! Blaise haussa le ton. Ou alors peut-être êtes-vous juste stupide. Une stupide petite idiote qui ne comprend pas quand les choses deviennent sérieuses ! Johanna se sentit tout à coup très mal. Jamais Blaise ne lui avait parlé de cette manière. Jamais personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Et elle n’appréciait pas du tout, mais que pouvait-elle faire ? Elle pouvait répondre, lui dire d’aller se faire voir, mais elle n’oserait jamais, pas parce qu’elle avait peur, mais cela entraînerait trop de complication. Et elle voulait à tout prix éviter les complications. Elle ne savait pas quoi faire, ni comment réagir. Ce qu’elle voulait, c’était sortir, s’enfuir en courant, se cacher et pleurer. Mais elle devait être plus forte que ça, elle devait se maîtriser. ­- Je ne comprends pas, reprit Blaise, sur un ton plus calme, vous m’ignorez pendant toute une semaine, et vous semblez si désemparée, ce qui signifie que malgré tout, cette photo vous a perturbée, pourtant, vous n’hésitez pas une seule seconde à sortir vous promenez dehors avec Wilson. L’idée que peut-­être vous vous mettiez en danger ne vous a­-t-­elle pas effleurée l’esprit ? Johanna se tut, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Blaise la fixait, dans l’attente d’une réponse. ­- Non. ­- Je ne veux plus que vous fassiez ça. Est-­ce que c’est clair ? Johanna ne répondit rien. Oui c’était clair, mais elle ne répondrait pas, il en était hors de question. Elle avait reçu assez d’ordres dans sa vie pour les reconnaître et Blaise venait clairement de lui en donner un, et elle n’acceptait pas ça. Lui répondre, c’était lui donner la permission de faire d’elle ce qu’il voulait. Non, elle ne cautionnait pas ça. Alors elle baissa la tête, pour éviter de le regarder, et elle se tut. ­- Est-­ce clair ? Regardez-moi, quand je vous parle. Elle ne pouvait pas, ou elle ignorait si elle le pouvait. Aurait-elle le courage de soutenir le regard de Blaise, en le défiant, comme elle l’avait fait avec Wilson ? Calmement, elle leva sa tête, et posa ses yeux dans les siens. Blaise avait un regard dur, visiblement, il n’appréciait pas du tout que Johanna ne fasse pas ce qu’il dise. Mais elle, n’appréciait pas qu’on lui dicte sa conduite. Elle devait se reprendre! Depuis quand avait-­elle eu peur de quelque chose ? Non, Blaise n’était qu’un être humain, et si elle ne voulait pas quelque chose, elle ne le ferait pas. ­- Il est clair que vous attendez une réponse de ma part, lâcha-­t-­elle avec toute l’indifférence possible. Mais je n’obéis qu’à une seule personne, continua-­t-­elle en se levant, et ce n’est pas vous. Elle le fixa, droit dans les yeux, et il recula d’un pas, comme choqué que Johanna puisse réagir de la sorte. Il avait devant lui, une Johanna qu’il ne connaissait pas. Il l’avait toujours vu comme quelqu’un de timide. Elle venait de lui prouver qu’elle ne l’était pas, ou du moins, pas quand elle était en colère. Mais la colère était toujours le déguisement de la tristesse, de la peur, de l’insécurité. Se pourrait-­il que Johanna soit effrayée, mais qu’elle ne veuille pas le montrer ? Bien sur. Évidemment, Johanna n’avait jamais voulu paraître faible. Il devait la mettre en confiance. Et pour ça, il devait d’abord se calmer, respirer, et lui parler calmement. Blaise se recula, il lui tourna le dos, et se posa devant la fenêtre. De sa chambre, on voyait la forêt dans laquelle Wilson et Johanna s’étaient baladés. ­- Johanna.. ­- Quoi ? lui répondit-­elle sèchement, ce qui irrita Blaise, qui tentait de rester calme. ­- Johanna, c’est normal que vous ayez peur. Il ne se retourna pas, mais il savait qu’il avait réussi à percer Johanna, car elle ne répondit rien. Il avait enfin touché quelque chose. Tout doucement, il la regarda, et aussitôt, elle se détourna, et lui tourna le dos. Elle marcha quelque pas, jusqu’à ce qu’elle eut estimé qu’il y avait assez de distance entre elle et Blaise. ­ - Vous croyez que je suis effrayée, mais je ne le suis pas. C’est peut être anormal, mais je n’ai pas peur. Je suis juste… en colère. ­ - En colère, répéta Blaise, pourquoi ? Johanna se retourna enfin vers Blaise, elle ne le regardait pas dans les yeux, elle posa son regard sur l’une de ses épaules, c’était plus facile d’avouer quelque chose sans le regarder directement. ­- Parce que je n’ai jamais rien fais de mal. Du moins, rien qui justifie une telle menace, je crois. Blaise ne dit rien. Johanna tenta un petit regard, pour voir son expression. Et il semblait totalement dans l’incompréhension. Une fois de plus, elle détourna son regard, elle lui devait des explications, mais c’était tellement dur de tout avouer, de tout déballer, et de paraître faible. Johanna n’aimait pas les sentiments. Non, elle gardait tout pour elle, parce que c’était inutile de tout partager, de parler de ce qui n’allait pas Ça ne faisait pas avancer les choses. Et puis, pourquoi parler des ses problèmes à elle, alors que Blaise lui aussi, en avait. Mais elle le devait, parce que c’est ce qu’il lui demandait. Elle ne se sentait pas prête pour ça, mais elle n’avait pas le choix : ­- Tout le monde a toujours attendu quelque chose de moi, de la grâce, de la politesse, le respect des règles, de la tenue, de l’obéissance, de la docilité, des bonnes manières. Je n’en peux plus, j’en ai marre de vivre de cette manière. Je n’ai pas peur, parce que je suis épuisée! Vous êtes en colère, et bien moi aussi! J’ai toujours respecté toutes les règles. Et voilà la récompense. Une cible sur ma tête. Ça n’a aucun sens pour moi. Elle daigna enfin poser son regard sur Blaise. Il remarqua qu’elle avait les yeux brillants, mais elle ne pleura pas. Avait­elle honte ? Tout ce qu’elle venait de lui dire était vrai. Johanna n’avait jamais eu aucun problème, elle avait toujours été un modèle. Elle n’était pas timide, pas comme il le croyait en tout cas. Johanna n’avait pas peur de parler avec des gens, seulement de parler d’elle, de ses problèmes, d’être vulnérable. Il devait lui dire la vérité. Elle avait le droit de comprendre. Peut-être que la réalité lui apporterait un peu de sérénité. ­- Je sais ce qu’il se passe. Ce n’est pas à cause de vous. Si vous vous trouvez en danger aujourd’hui, c’est entièrement ma faute, et j’en endosse la responsabilité. Et j’assume. Je ne laisserais rien vous arriver. ­- Je ne suis pas une pauvre petite chose fragile. Je n’ai pas besoin qu’on prenne soin de moi. ­ - Oui, j’ai compris ça. Mais vous ne pourrez pas vous défendre contre eux. Pas seule en tout cas. Laissez-moi vous aider, s’il vous plaît. ­- Qui sont-ils ? Et surtout… pourquoi ? ­- Vous n’étiez pas leur cible première, c’était moi. Ils essayent de m’atteindre en vous menaçant. ­ - Quelle perte de temps. Johanna pouffa, et Blaise la regarda d’un air mauvais. ­- Que voulez-vous dire ? Johanna le regarda d’un air surpris, comme si elle ne comprenait pas que lui-même ne comprenne pas. ­- Ce n’est pas un secret que vous vous fichez pas mal de moi. Blaise fut stupéfié, il eut un mouvement de recul, comme si ce que venait de lui dire Johanna l’avait frappé en plein visage. Comment pouvait-elle dire une telle chose. ­- De quoi parlez-vous, je me soucie de vous, contra­-t­il. ­- C’est faux, nous le savons tous les deux. Sinon, vous m’auriez fait part de ça il y a bien longtemps. ­- Johanna, si je ne vous ai rien dit, c’est parce que je pensais trouver une solution, sans vous inquiéter, parce que je ne veux pas que vous vous sentiez en danger. Cela vous aurait gâché la vie. C’est, en réalité, ce qu’il se passe maintenant. Johanna roula les yeux, d’un air exaspérer, mais Blaise ne le prit pas bien du tout. Toute la colère qu’il avait tenté d’enfouir ressurgit. Une colère contre Johanna. Comment pouvait-­elle croire une seule seconde qu’il se fichait d’elle. Non. Il accordait de l’importance à Johanna, et à son bien-être. D’ailleurs, c’était pour cette raison qu’il ne voulait jamais qu’elle sorte sans lui. Ça semblait si logique pour lui. Il s’approcha d’elle d’un pas rapide et lourd. Sous la surprise, elle fit un pas en arrière et trébucha. Elle se retrouva par terre, sur les fesses, et lorsque Blaise se tint devant elle, elle n’osa pas se relever, de peur d’affronter la colère qu’elle avait vu en lui. Il se baissa et la releva brusquement, il la tenait par les bras. ­- Ne redites jamais, pas une seule fois, que je me fous de vous. Je vous ai toujours respecté. Alors ne me manquez pas de respect en affirmant un mensonge. Je tiens à vous, et pas seulement parce que vous êtes ma femme aux yeux du reste du monde. Je vous protégerais quoi qu’il arrive. Il lâcha sa prise, et ajouta : ­- Sortez, maintenant. ­- Mais, vous ne m’avez rien dit et… ­- SORTEZ ! Johanna sursauta, et sans plus attendre, elle se précipita hors de la chambre. Elle se dirigea dans la sienne et trouva Mikaëlla qui remarqua l’air tendu de Johanna. ­- Madame ? ­- Mikaëlla, s’il te plaît, j’ai besoin d’être seule. Sans discuter, sa dame de compagnie sortie de la pièce. Johanna se regarda dans son miroir, elle était très blanche. Elle détourna rapidement les yeux. Johanna se laissa tomber sur son lit. Elle se mentait à elle-même lorsqu’elle disait ne pas avoir peur. Blaise venait de lui faire très peur.
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