Chapitre 1 : À l'auberge du Vieux-Chêne

Par Luna
Notes de l’auteur : Nouvelle version : chapitre mis à jour !

Certaines journées ont le culot suprême d'exister. Pire, elles reviennent chaque année avec la régularité d'une horloge bien remontée. Vraiment, Aaron ne comprenait pas pourquoi il était nécessaire de s'imposer de tels tourments. Si on lui avait demandé son avis, il aurait milité pour l'éradication pure et simple de cette journée-là en particulier.

C'était le même manège chaque année depuis douze ans. Comme M. et Mme Feginn ignoraient tout du jour de sa naissance et que, pour être honnête, Aaron était incapable de s'en souvenir lui-même (qui le pourrait à trois ans ?), il avait bien fallu prendre une décision. Ces braves aubergistes qui l'avaient recueilli étaient finalement parvenus à un compromis satisfaisant, pour eux du moins. Il fut ainsi décidé que ce fameux soir du onzième mois où le garçon était arrivé serait une date tout à fait adaptée à leur calendrier. L'instauration de son anniversaire, combiné à une journée de mémoire solennelle, fut donc unanimement décrétée par les deux époux. Et par une coïncidence incroyable, celui-ci tombait en même temps que le jour des morts. Quoi de plus commode en vérité ? C'est ainsi, qu'année après année, ils faisaient subir à Aaron le supplice d'une longue marche ponctuée de chants sinistres. Cela dans le but d'aller déposer une couronne de fleurs séchées sur la tombe de celle à qui il devait sa naissance et qu'il n'avait que très peu connu. L'intégralité du spectacle se déroulait sous les regards larmoyants d'une troupe de villageois qui se complaisait à le prendre en pitié. Autant dire qu'il y avait des manières plus agréables de fêter son anniversaire.

Mais, encore une fois, personne ne lui avait jamais demandé son avis et ce n'était pas aujourd'hui que ça allait commencer. Il aurait d'abord fallu que l'ordre du monde se renverse complètement ou que quelque chose d'extraordinaire surgisse dans la paisible vie des habitants du comté de Kerlann.

 

*

 

L'aube glissait à l'horizon. Et elle marchait depuis des heures, traînant sa valise d'un bras lourd. Dix mètres encore et elle tomberait dans la tourbe, elle en était certaine.

Ressaisis-toi.

Elle ne se reconnaissait plus. Ses longs cheveux blonds étaient tout emmêlés, son jupon boueux jusqu'à la taille et ses bottines plus crottées que jamais.

Allez, ressaisis-toi.

Un rayon de soleil naissant l'aveugla. Une larme coula sur sa joue. Qu'avait-elle imaginé ? À quoi avait-elle pensé ? Mais il était trop tard pour faire machine arrière. Les dés étaient jetés.

Elle était seule désormais.

 

*

 

Le ciel ne parvenait pas à se décider ce matin-là. Les nuages hésitaient encore quand le cortège funèbre s'engagea enfin d'un pas décidé entre les bruyères, entonnant son chant mortuaire préféré.

Aaron traînait derrière avec Elouan, un garçonnet jovial à l'étonnante touffe couleur carotte. Il dut se mordre les lèvres plus d'une fois pour contenir le fou-rire qui menaçait d'éclater. Le petit garçon reproduisait avec désinvolture les mimiques larmoyantes des villageois de la manière la plus grotesque dont il était capable. De temps en temps, il faisait mine de joindre innocemment sa voix fluette aux autres, à grands renforts de battement de paupières. De sorte que, quand on se retournait vers lui, on ne trouvait rien d'autre à dire que : « Quel enfant adorable, quel ange ! » ou encore « Quel enfant bien élevé, qui respecte ses anciens ! » ; ce qui avait le don immédiat de provoquer chez Aaron une nouvelle vague de fou-rire.

Un biniou un peu enroué accompagnait la morne chanson, faisant bourdonner les oreilles de tout le monde, sans que quiconque n'ose s'opposer à ce rituel rassurant. Juste devant, Maïwenn, dont les boucles sauvageonnes roussissaient en écho à celles de son petit-frère, leur jetait des regards désapprobateurs. Elle prenait toujours un malin plaisir à materner les deux garçons, endossant avec le plus grand sérieux son rôle d'aînée. Mais derrière ses sourcils froncés elle ne parvenait guère à dissimuler l'ombre de son sourire.

Heureusement, les deux aubergistes, qui aimaient plus que tout se faire voir du beau monde, se trouvaient en tête du cortège. Ce qui satisfaisait pleinement Aaron. Les remarques furibondes de Mme Feginn étaient la dernière chose qu'il avait envie d'affronter, en particulier ce jour-là.

Les singeries d'Elouan le décontractèrent tant qu'il ne vit pas le temps passer. Tout le monde fut bientôt réuni autour des tombes grignotées par la végétation sauvage de la lande.

Alors que le prêtre faisait un geste pour signer l'arrêt de la mélodie macabre et s'apprêtait à entonner son oraison funèbre, dont chacun connaissait le contenu par cœur, une voix aigrelette retentit :

— Ben ça alors, r'gardez donc c'qui vient !

La mère Corrigou, car tel était le nom de cette vieille éleveuse de poulets, tendait un doigt chevrotant derrière l'officiant. Celui-ci, vexé d'être coupé dans son élan d'une manière aussi grossière, suivit néanmoins le mouvement général et tourna la tête, prêt à réprimander ce qui osait venir troubler la paix des morts.

Une large troupe de cavaliers s'étalait sur une partie de l'horizon, affichant sur leurs uniformes la couleur de la milice officielle.

— Par tous les vents, qu'est-ce qu'y viennent traînasser là ? s'éleva une voix revêche.

— C'pas la milice d'État ? fit une autre.

Aaron et Elouan accoururent aussitôt au premier rang. Ils n'avaient pas l'occasion d'observer des militaires de près tous les jours. Les voyageurs de passage ne manquaient jamais de commenter qu'ils arrivaient à Kerlann en plein territoire sauvage. Les locaux ne s'en offusquaient pas plus que ça, car ils étaient fiers de la terre de leurs ancêtres et ravis qu'elle soit à l'abri des convoitises et des soucis du reste du monde. Ce dont ils se méfiaient comme de la peste, c'étaient ceux qui amenaient avec eux leurs problèmes.

— C'est qu'y viennent par ici, nom de nom ! piailla de nouveau la mère Corrigou.

Effectivement, les soldats se dirigeaient droit sur eux. Lorsqu'ils furent enfin à leur niveau, celui qui portait le chapeau le plus impressionnant les détailla d'un air supérieur. Sans dire un mot, il fit un geste de la tête et un cavalier plus modeste mit pied à terre avant de dérouler un bulletin d'allure officielle et de le lire à la foule.

— Par décret du Conseil d'état du Gwernorzh, le Pays vert du Nord et ses colonies, après approbation de la loi de recrutement pour la défense de la patrie par la Concertation et le Fédérateur, tous les hommes âgés de dix-huit ans et plus répondant aux critères d'exercice de la milice sont soumis à la conscription. Par conséquent...

— C'est quoi, conscription ? souffla Elouan à l'oreille d'Aaron tandis que la lecture continuait.

— Ça veut dire que tu dois aller dans l'armée pour apprendre à te battre.

— Pour quoi faire ?

— Pour protéger ton pays.

— Et si je veux pas ?

Aaron jeta un œil à Maïwenn dont le regard s'était soudain figé. L'ombre de son sourire avait disparu. Il ne fut pas difficile de comprendre ce qui la tourmentait ainsi. Elle fixait avec frayeur Erwan, le jeune forgeron du village. Ce n'était un secret pour personne qu'il y avait une amourette entre ces deux-là.

— Je crois pas qu'on ait le choix, Elouan, répondit finalement Aaron. Tu es obligé et c'est tout.

Un silence pesant accueillit la fin du monologue du soldat. Des regards inquiets s'échangeaient, mais personne n'osa parler ou poser la moindre question.

Le vent se leva soudain tandis que les cavaliers s'éloignaient sous les regards soucieux, comme s'il avait voulu les balayer de l'horizon. Quelques chapeaux de villageois en profitèrent pour s'échapper des têtes. Si des grognements retentirent tout près, Aaron, lui, se délecta pourtant de cette bourrasque, respirant à pleins poumons l'air vivifiant pour oublier la scène qui lui avait laissé une impression désagréable. Le vent régnait en maître depuis toujours dans le comté de Kerlann, qu'il balayait de ses rafales impétueuses. Capricieux, il allait et venait au gré de ses humeurs, à jamais insatiable, chuchotant des secrets aux plus curieux et surprenant la route des plus imprudents. Pour Aaron, rien au monde n'existait de plus beau.

On reprit finalement la cérémonie où on l'avait laissée. Résigné, Aaron joua son rôle à contre-cœur et il fut bientôt temps de rentrer. La foule se dispersa et le garçon suivit les Feginn pour qui une longue journée s'annonçait.

À mi-chemin entre deux mondes contraires, l'auberge du Vieux-Chêne s'enracinait depuis les temps jadis près de l'arbre centenaire qui lui avait donné son nom. Vers l'est où émergeait l'aurore, se dressait la forêt, redoutable et sublime. Vers l'ouest où les ténèbres engloutissaient le jour, commençait la lande, sauvage et abrupte.

C'était là qu'avait grandi Aaron, aussi loin qu'il pouvait se le rappeler. Le reste n'était que brouillard, écho voilé d'un passé dont il avait oublié la substance.

 

*

 

La journée n'aurait pas pu se dérouler plus mal. Aux douceurs pastelles de l'aube s'était substituée une pluie pernicieuse qui s'insinuait dans chaque recoin de ses vêtements. Bien entendu, le dernier croûton de pain qu'elle avait habilement dérobé aux cuisines s'était détrempé. Et voilà qu'elle était perdue au beau milieu de cette étendue sauvage où même le sentier qu'elle avait suivi la veille avait fini par s'effacer.

Elle n'avait même plus conscience de ses propres larmes. Coulaient-elles toujours ? Ou bien était-ce la pluie ? Elle ferma les yeux un instant, comme si en les rouvrant, elle pourrait être de retour chez elle.

En avait-elle vraiment envie pourtant ?

La triste réalité la rappela sur Terre d'un furieux coup de tonnerre. Le jour déclinait. L'orage avait fini par s'installer. Il fallait qu'elle s'abrite, et vite.

 

*

 

— Oh... je te préviens Elouan ! rugit la voix féroce de Mme Feginn. Si tu n'apprends pas les bonnes manières à cet animal, il finira par tomber accidentellement dans ma marmite !

Alors que le service battait son plein en cette heure crépusculaire, le déluge venait de s'abattre dans la cuisine du Vieux-Chêne. Des cris de protestation, mêlés à des jurons à demi étouffés, se confondaient en un concert assourdissant de casseroles dégringolant au sol.

Les bras chargés d'assiettes fumantes, Aaron jeta un coup d'œil intrigué par la porte entrebâillée. Une petite boule de poils bondissait d'un buffet à l'autre afin d'éviter les mains malhabiles qui tentaient en vain de l'attraper. Cette boule de poils, c'était Louenn, le lapin d'Elouan, tout aussi roux et espiègle que son équivalent humain.

— C'est toujours la même chanson ! fit Mme Feginn en se dandinant, poêle à la main, pour se protéger d'une éventuelle attaque de son ennemi. Quand il ne vient pas mettre le bazar dans ma cuisine, il dévore mes légumes !

Aaron se rappellerait toujours de cette soirée, où, rentré de l'une de ses excursions, le vieux Ferrec, homme à tout faire de l'auberge, avait ramené au creux de son veston un petit lapereau abandonné qu'il avait trouvé dans la lande. Bien entendu, Elouan s'était immédiatement pris d'affection pour lui. Et les protestations de Mme Feginn comme quoi l'animal ne survivrait pas sans sa mère ne changèrent rien à l'attendrissement général. Aussi le petit animal trouva-t-il à l'auberge un nouveau foyer, au grand dam de la maîtresse de maison. Mais il fut évident à partir de ce jour que la guerre était déclarée entre eux.

— Ce fichu animal court à ma perte !

Elouan fit une moue scandalisée.

— C'est pas un fichu animal !

Puis il se mit à froncer tant les sourcils qu'on ne distingua même plus ses yeux sur son visage. Profitant d'un envol spectaculaire du lapin, il l'attrapa et le serra avec fougue contre lui, si bien qu'il manqua de l'étouffer. En guise de protestation, Louenn lui mordilla les doigts et s'échappa. La course-poursuite se déplaça hors de la pièce. Dans la salle commune, les clients bondissaient de leurs chaises sous le choc, puis reprenaient leurs activités comme si rien ne s'était passé. Une journée comme une autre en somme.

Mme Feginn jeta un regard noir à Aaron qui n'arrivait pas à se remettre de son fou-rire.

— Pas le temps de rêvasser, mon garçon ! Nous sommes débordés ce soir, DÉ-BOR-DÉS ! conclut-elle d'un ton hystérique en claquant la porte avec une fureur telle que toute la carcasse de l'auberge se mit à trembler.

Après la cérémonie matinale il avait fallu se remonter les manches. Le jour des morts était une aubaine pour l'auberge du Vieux-Chêne. Nombre de villageois venaient profiter de l'ambiance festive qui s'y épanouissait au crépuscule. On s'y échangeait indifféremment nouvelles et ragots, et lorsque la nuit tombait tout à fait, les derniers rescapés se réfugiaient au coin du feu de la salle commune pour écouter quelque histoire de revenants aussi palpitante qu'effrayante. C'était la partie de la journée qu'Aaron préférait. En fin de compte, elle n'était pas si terrible que ça.

Il distribua toutes les assiettes, se réservant la dernière pour son client préféré. Après avoir satisfait la plupart des estomacs en attente, il longea la cheminée de pierre où crépitaient les résidus des bûchettes du début de journée. Près de l'âtre noirci de suie s'était couché Herbert, le vieux labrador de M. Ferrec dont la chaise à bascule était encore vide. Il s'arrêta un instant.

— Ton maître n'est toujours pas rentré ?

Dehors, le vent rugissait et une pluie battante jetait ses lames par intermittence contre les vitres.

Ferrec n'était sans doute pas la personne la plus causante qui soit, ni la plus affectueuse. C'était un vieillard voûté, à l'image de son chien. Il semblait perpétuellement las de tout, ne parlait que lorsque c'était absolument nécessaire et dormait seul dans une petite bicoque jouxtant l'auberge. Malgré ce caractère bourru et solitaire, Aaron et les Feginn l'appréciaient beaucoup et lorsqu'il disparaissait trop longtemps sous un temps déchaîné pour quelque commission, ils ne pouvaient s'empêcher de s'inquiéter. Mais le vieil homme finissait toujours par refaire surface, le visage dénué d'expression. Il portait à la cuisine les précieuses victuailles que Mme Feginn s'empressait de répartir entre le cellier et la cave. Puis il allait simplement s'installer au coin du feu et sombrait dans le même demi-sommeil que son chien.

Celui-ci regarda passer Aaron avec indifférence, la tête paresseusement posée sur ses pattes, puis replongea dans sa léthargie habituelle.

— Bonnes nouvelles, M. Morvan ? lança le garçon arrivé à destination.

Il déposa la dernière écuelle devant un homme âgé au crâne dégarni et aux yeux si enfoncés derrière ses lunettes qu'on aurait pu le prendre pour une taupe. Le vieillard s'était installé comme à son habitude près du portrait de l'austère arrière-grand-mère de M. Feginn, et s'était plongé avec le plus grand sérieux dans la lecture du Petit Chroniqueur, sa gazette du mercredi.

— Encore des rixes dans les colonies, grommela-t-il en guise de réponse, la pipe entre les dents.

Il tapota du bout des doigts le titre provocateur qui disait :

 

DU GRABUGE AU GOUVERNEMENT : DÉSACCORDS

ENTRE LA CONCERTATION ET LE FÉDÉRATEUR ?

 

Aaron ne put s'empêcher d'en lire les premières lignes : Si les derniers échos en provenance du comté d'Erenn faisaient part de présumées contestations de la part des natifs, sans doute sans gravité, c'est plutôt vers le Septentrion que les regards semblent désormais se braquer. Les ministres et le chef d'État entameraient-ils un bras de fer pour la politique de colonisation de cette région du bout du monde ? Quels impacts dans les relations diplomatiques avec nos voisins du Brünland ?

— J'ai entendu dire que le Brünland allait entrer dans le Septentrion, dit-il de son ton le plus sérieux possible.

Il aimait plus que tout que Morvan parle de politique avec lui. Il lui semblait qu'il faisait partie des rares adultes qui ne le prenaient pas pour un enfant incapable de comprendre ce qui se passait dans le monde ; ça n'était pas désagréable.

— Vous en pensez quoi, vous ? reprit-il. Vous croyez que c'est vrai ?

— C'que j'en crois ? ricana presque le vieillard. Qu'ça présage rien d'bon.

Morvan réajusta sa pipe.

— C'qui m'inquiète plus, fils, c'est c'que foutu journal n'dit pas. J'suis contraint d'lire d'plus en plus entre les lignes ces derniers temps. Et j'aime pas ça.

Son regard se perdit un instant, puis comme s'il prenait soudain conscience de la présence du garçon, il se redressa tout à fait en émettant un grognement ravi à la vue de son dîner.

— Toujours fidèle au poste, hein ? lança-t-il d'un ton bourru mais enjoué, en repliant la gazette.

— Toujours !

Morvan était un client régulier qu'Aaron appréciait beaucoup. Sous ses airs de rustre marchand qui allait et venait de bourg en bourg, se cachait un homme lettré qui avait voyagé aux quatre coins du monde. Enfant du pays, il avait fini par retourner à ses racines en regagnant cette terre à moitié sauvage et éloignée de la côte, mais qui lui convenait tout à fait pour finir ses vieux jours. Il avait vu grandir Aaron et s'était attaché à lui, tout comme Aaron s'était attaché à Morvan.

— Tiens, r'garde donc ce que j't'ai amené aujourd'hui, fit le vieux en repoussant le ragoût fumant et en déroulant un long document sur la table.

— C'est une carte du Gwernorzh ?

Fasciné, Aaron s'assit pour l'observer de plus près.

— Ouais, c'est ça, une carte du pays. Dessinée il y a cent-cinquante ans.

Replaçant sa pipe, Morvan farfouilla dans son veston et déposa devant son jeune interlocuteur un petit objet en cuivre.

— Alors, t'rappelles comment on fait ?

Aaron opina et s'exécuta. Il chercha la rose des vents qui indiquait la direction sur la carte, puis tint l'objet au-dessus, alignant l'aiguille rouge sur la graduation du Nord. Mais pour la première fois depuis que Morvan le laissait l'utiliser, une chose étrange se produisit. La boussole ne réagissait pas comme elle en avait l'habitude.

— M. Morvan, dit lentement Aaron, le Nord se trouve bien vers la cheminée ?

— Pour sûr, répondit celui-ci d'un air distrait, concentré à former des anneaux de fumée toujours plus gros avec sa pipe.

Aaron se leva, tourna trois fois sur lui-même, puis se rassit finalement.

— Je ne comprends pas... oh non, j'espère que je ne l'ai pas cassée !

— Mais non, grogna le vieillard qui abandonna son manège, montr'voir.

Il coinça sa pipe dans un coin de sa bouche et prit la boussole d'un geste un peu balourd. Aussitôt, son expression distraite habituelle déserta son visage. Ses sourcils montèrent si haut qu'on aurait pu les prendre pour des cheveux si son crâne n'avait pas été chauve. Il jeta un coup d'œil derrière lui, regarda la cheminée, puis la boussole, puis la cheminée, puis la boussole, puis la fenêtre à sa gauche. Ses sourcils entamèrent alors le chemin inverse et redescendirent avec lenteur pour se froncer dans une moue inquiète.

L'aiguille rouge ne pointait pas dans la bonne direction.

Il reposa la boussole sur la table et en tapota son couvercle du bout des doigts, l'air grave, prenant quelques instants pour réfléchir. Son regard se perdit dans le lointain.

— Oh non, fils, tu l'as pas cassée. J'ai d'jà vu ça une fois, y'a très longtemps. J'étais perdu dans le désert de Ketyb, nous avions eu une panne avec l'aéronef. Bien cru qu'on allait tous y rester. Alors qu'on survolait une zone peu fréquentée par les nomades. Eux, z'avaient bien essayé d'nous mettre en garde. Ils avaient peur d'un temple maudit, et disaient qu'aller là-bas nous attirerait l'mauvais œil. Évidemment, personne les a pris au sérieux. Mais quand on a volé, les instruments s'sont mis à s'affoler. C'te boussole, ajouta-t-il en la brandissant sous les yeux du garçon, c'te boussole j'l'avais d'jà avec moi à l'époque. Elle aussi est d'venue cinglée. Si on s'en est sorti c'est grâce au soleil et aux étoiles. Non, non, elle est pas cassée pour sûr.

Il prit un instant de pause pour expulser un anneau de fumée de sa pipe, l'air toujours songeur.

— La boussole, t'rappelles comment ça marche ?

— Je crois, répondit Aaron avec prudence. L'aiguille rouge est attirée par le Nord comme un aimant, c'est pour ça qu'elle ne bouge jamais. Et c'est grâce à ça qu'on peut être sûr de notre direction.

— Exact, or là, r'garde bien, elle est presque à l'Est.

Il fit un signe de tête en direction de la fenêtre. Le noir était presque complètement tombé et la pluie empêchait le regard de porter trop loin, mais Aaron devina la masse aux contours inégaux si familière.

— La forêt ? interrogea-t-il.

— En plein dans l'mille.

— Mais qu'est-ce qui pourrait la dérégler comme ça ? Pas les arbres quand même !

— Hm, non, grommela Morvan, non, que'que chose de plus puissant qu'un aimant. Je sais pas trop.

Il se turent tous les deux quelques instants, laissant les bavardages des autres clients couvrir leurs pensées. Morvan continua à former ses anneaux de fumée de son air soucieux.

— Et finalement, reprit Aaron. Vous avez su, après, ce qui avait provoqué ça ?

— À Ketyb ?

Morvan fit un signe de dénégation. Il considéra un instant l'instrument, puis, au bout de quelques secondes, le remit dans la main du garçon.

— Et si t'élucidais c'mystère, hein ? Ça tombe bien, j'voulais t'l'offrir aujourd'hui.

Aaron se leva soudain, pris au dépourvu.

— Me l'off... Mais, M. Morvan, votre... votre boussole, bafouilla-t-il d'un air interdit, vous ne pouvez pas me la donner, c'est trop...

— Trop pour un vioque comme moi ! le coupa Morvan en éclatant d'un rire puissant. J'n'en ai plus trop l'usage maintenant, tu sais. Je n'voyagerai plus jamais comme autrefois. Au moins, elle pourra servir à quelqu'un. Et puis, on a pas quinze ans tous les jours.

Il gratifia le garçon d'une tape dans le dos et disparut derrière son journal pour engloutir son repas. Il n'attendit même pas qu'il le remercie. Ce n'était pas son fort l'étalage de sentiments.

Déconcerté, Aaron ne bougea pas durant quelques instants. Pour une journée qui ne méritait pas d'exister, elle n'était pas si mal en fin de compte.

 

*

 

La nuit dévorait la lande. Le froid assenait des coups de poignards sur chaque parcelle de sa peau. Et comble de désespoir, elle ne voyait plus rien. La pluie et le vent et le noir. Tout s'effaçait.

Un pas. Puis un autre.

Même si elle s'en sortait, elle mourrait sûrement d'une pneumonie ; elle avait marché trop longtemps sous la pluie glaciale.

Un pas. Et encore un.

Elle n'y arriverait pas. Ainsi, c'était comme ça que son escapade se terminerait. Si elle avait su. À bout de force, elle trébucha et sa vint s'écraser dans la boue. Ses yeux se fermèrent. Ses sensations l'abandonnaient. Elle ne sentait plus rien sinon la terre tourbeuse qui collait à sa peau. Et ses jambes... elles étaient si lourdes.

Elle rouvrit les paupières. Une silhouette voûtée se tenait devant elle, une lanterne à la main.

 

*

 

Un souffle. Un baiser sur sa joue. Une main tremblante passée dans ses cheveux. Aaron ne savait pas quoi faire. Des arbres immenses se dressaient devant lui. L'obscurité avait fini par les rattraper. Et cette chanson inintelligible qui ne cessait de résonner dans sa tête !

Il courait. Trébuchait. Et finit par éclater en sanglots. Que pouvait-il faire ? Il n'avait que trois ans après tout...

— Aaron !

Il sursauta. Lorsque ses yeux s'ouvrirent, le visage d'un Elouan affolé se dessina devant lui. Il mit quelques secondes à réaliser qu'il était de retour dans son lit, couvert de sueur.

— Aaron ! Aaron ! suppliait le petit garçon en le secouant dans tous les sens.

— Que... qu... quoi ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

— La... la Dame blanche ! Y'a la Dame blanche dans la lande !

L'enfant pointait un doigt tremblant vers la lucarne de la chambre. Aaron s'extirpa de ses couvertures et colla son visage à la vitre ruisselante d'eau. Malgré toutes les farces d'Elouan dont il était bien souvent la victime, il ne douta pas une seconde de sa sincérité, tant la terreur déformait ses traits. Il plissa les yeux et parvint, à grand peine, à distinguer un vague éclat de lumière blanchâtre se découpant au loin dans l'obscurité et la violence de la tempête. Une silhouette informe avançait vers l'auberge en titubant.

Aaron voulut se lever pour observer avec plus de minutie, mais ses jambes se dérobèrent sous son poids. Le cauchemar qu'il venait de faire l'avait laissé le cœur battant et les membres endoloris.

Un brouhaha leur parvint alors du couloir. Des portes s'ouvraient, des clients grognaient d'être réveillés si grossièrement au beau milieu de la nuit.

— Bon sang ! C'est pas une heure à tambouriner à la porte ça !

— Qu'est-ce qui se passe ? s'affola la voix de Maïwenn.

— Allez ouvrir, M. Feginn ! fit celle de son épouse. Ce doit être M. Ferrec ! Et moi qui me faisais un sang d'encre...

Les coups résonnèrent avec violence contre les murs de la vieille demeure. M. Feginn s'élança dans les escaliers, son bonnet de nuit rebondissant sur son crâne à chaque pas qu'il faisait. Aaron s'était ressaisi et glissé discrètement à sa suite. Lorsque la porte s'ouvrit, après les multiples cliquetis des cadenas, un vent furieux s'engouffra dans l'entrée, les aspergeant de la pluie torrentielle qui sévissait à l'extérieur.

Une ombre voûtée se tenait dans l'encadrement de la porte derrière la lueur incertaine d'une lanterne. Le visage de M. Ferrec apparut, puis celui de la jeune fille qu'il soutenait à bout de bras. Ses yeux noisette presque vides se posèrent sur M. Feginn et Aaron.

Puis, sans bruit, ses jambes lâchèrent sous le poids de son corps.

 

 

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CrocBlanc
Posté le 11/06/2018
Coucou Luna ! 
J'ADORE ton histoire ! 
Je suis en train de lire le chapitre 3 et ça veux dire quoi cerise sur le gâteau ? C'est peut-être une exprétion que je ne connai pas...
Il y a aussi " une lieue " que je ne comprend pas, on ne dit pas " un lieu " d'habittude ?  
Sinon, j'adore le passage avec l'homme vêtu de noir ! 
Et puis il y a aussi le fait que Aaron ai l'impretion de connaître Evanna qui m'intrique !
Ah ! Et il y a aussi, (oui, encore) biniou que je ne connai pas.
Sinon, je te rêpete que j'adore ton histoire ! 
CrocBlanc 
Luna
Posté le 11/06/2018
Coucou CrocBlanc !
Je suis désolée, je te réponds avec beaucoup de retard... mais un grand mercipour ton passage, ta lecture et ton commentaire qui me font bien plaisir :)
"Cerise sur le gâteau" c'est une expression qui veut dire : en plus de tout ce qu'il y a déjà, voilà encore quelque chose pour se rajouter par-dessus. C'est comme l'image d'un gros gâteau sur lequel tu déposes une petite cerise. Là, Aaron a très mal dormi (le gâteau) et en plus il a mal à la tête (la cerise sur le gâteau). Comme expression synonyme tu as : "pour couronner le tout". J'espère que mon explication est claire hihi ;)
Le biniou c'est une petite cornemuse qu'on joue beaucoup encore en Bretagne. Ça ressemble à un petit coussin avec des tubes. L'univers de Kerlann est très inspiré de la Bretagne, donc forcément j'ai utilisé un instrument qui est courant dans la musique bretonne traditionnelle.
Merci encore de ton enthousiasme, ça me fait très plaisir ! J'espère que tu t'en sors bien dans ton écriture. Comme je suis en vacances en ce moment, je vais enfin trouver le temps d'aller lire tes textes !
Je te dis à très vite sur Plume d'Argent :)
Luna
CrocBlanc
Posté le 09/06/2018
Merci beaucoup, Luna !
 
CrocBlanc
Posté le 01/06/2018
Salut Luna !, 
Dans le chapitre deux, je n'ai pas bien compris ce que veux dire volel9 et al8, est-ce que tu pourrais m'éclairer un peu ? 
Merci d'avance,
CrocBlanc 
Luna
Posté le 01/06/2018
Coucou CrocBlanc !
Je suis très contente de te revoir ici :)
Oh la la, ce que tu n'as pas compris était une erreur de frappe au clavier de mon ordinateur ! Je ne sais pas ce que j'ai fabriqué haha ! Merci beaucoup de m'en avoir parlé, j'ai corrigé ça.
Bon courage pour la suite de ton histoire ;) parfois il arrive que dans l'écriture il y ait des moments où on bloque, mais tu verras, à force d'essayer d'écrire et de réécrire, on finit par y arriver. Dès que j'aurais un petit moment, j'irais lire ton histoire pour te motiver et te donner du courage ;)
À bientôt !
Luna 
Isapass
Posté le 01/06/2018
Depuis que j'avais lu ton résumé sur ton JdB, j'avais très envie de découvrir ton histoire. En quelques lignes, déjà j'avais pressenti que j'aimerai l'ambiance celtique et mystérieuse du récit.
Et comme j'ai eu raison ! A la lecture de ce seul premier chapitre je suis déjà totalement sous le charme. Non seulement de l'atmosphère dépeint par cette présentation, mais aussi de ta plume !
C'est bien simple, j'ai tout aimé : Les personnages sont immédiatement attachants. Le dosage entre les traits forts et les finesses de leurs caractères leur donne déjà beaucoup de substance et on a l'impression que tu observes très tendrement ce petit monde. Aaron est moins transparent, pour le moment, mais c'est normal : aucun doute sur le fait que les richesses du personnage vont apparaître petit à petit. Et qu'il va probablement se découvrir lui-même.
Les descriptions sont charmantes et imagées : on s'y voit ! Tout est loin d'être détaillé mais le champ lexical et les détails que tu donnes permettent à l'imagination de faire le reste.
J'ai particulièrement aimé la scène de la boussole et le personnage de Morvan.
Les changements de point de vue sont intéressants : dès le début on sait que l'histoire démarre et qu'elle sera mystérieuse. C'est bien trouvé ! Et ils font un constraste entre la chaleur de l'auberge et la tempête sur la lande qui illustre parfaitement ce que tu annonces dans le deuxième paragraphe (La lande sauvage et abrupte).
Et que j'aime ta plume ! Le deuxième paragraphe est entièrement composé de perles ! C'est beau... Tes métaphores et tes qualificatifs sont poétiques et variés. Et j'adore cet humour tendre que tu sèmes un peu partout. Ton style est recherché sans être trop complexe et c'est très agréable à lire. Je note que tu aimes les phrases un peu longue, avec des propositions imbriquées... comme moi ;)
Quant à la fin... elle est prometteuse ! 
Tu l'as compris, je vais revenir pour la suite ;)
J'ai l'habitude, dans mes commentaires, de noter les détails qui m'interpèlent au fur et à mesure et de les restituer dans une rubrique "détails", comme ci-dessous. Ca peut être des remarques sur l'histoire ou des questions, ou alors des syntaxes que j'ai remarquées, en positif comme en négatif, des coquilles... Or, comme je sais que tu as envoyé ton roman à Galli, tu n'as peut-être pas du tout envie qu'on te fasse ce type de remarques ? N'hésite pas à me dire si ça t'intéresse que je continue à le faire ou pas.
Détails : 
"Après tout, ne s'agissait-il pas du jour où il avait perdu sa mère ?" : il s'en souvient de ça ? J'avais cru comprendre qu'il ne se rappelait de rien. Et pourquoi seulement sa mère et pas son père ?
"— Alors, fils, paraît que t'as quinze ans aujourd'hui, fit soudain le vieil homme." : Ah ok, je m'étais imaginé qu'Aaron avait 12 ans et qu'il était bébé quand il avait atterri à l'auberge ! 
"Jamais vu, peut-être, mais il savait de quoi il s'agissait pour en avoir admiré à maintes reprises les gravures des livres de grands explorateurs." : Je crois qu'il manque un DANS ou un SUR avant "les gravures" 
A très vite !
Isapass 
Luna
Posté le 01/06/2018
Ooooh coucou Isapass !
Je suis ravie de te voir ici :) tu n'imagines pas à quel point ton long commentaire élogieux m'a fait plaisir. J'ai découvert ton commentaire au petit matin hier et grâce à toi j'ai passé une superbe journée ^^ Tu es adorable, merci mille fois !
Je note tes remarques précieusement et les conserve pour mes prochaines relectures et corrections. Concernant le concours Galli, ton attention est très gentille. Mais vu comment j'ai terminé à l'arrache les corrections, je pense qu'il doit rester pas mal de coquilles que je n'ai pas su voir effectivement et donc tes remarques me seraient au contraire très précieuses pour la suite. Donc vas-y, n'hésite pas à me dire tous les trucs moches et bizarres que tu vois hihi ! Et puis bon, je ne me fais pas d'illusions pour le concours ^^ j'ai surtout envoyé le manuscrit pour arriver à un aboutissement de l'histoire et pour ne plus y toucher pendant un certain temps, laisser reposer pour la faire mûrir. C'est le tout premier roman que je parviens à terminer, grâce au concours et surtout grâce à l'élan de Plume d'Argent. Pas certaine que j'y serais parvenue sans ça... ah PA <3
Merci encore pour tout Isa, je rougis encore de plaisir jusqu'aux oreilles et j'espère que la suite te plaira.
À bientôt <3
Luna 
CrocBlanc
Posté le 30/05/2018
Merci pour ton soutien ! 
oui, je me plaît dans Plume d'argent ! Mais, là, je manque un peu d'inspiration pour le chapitre deux... 
Merci pour tout !
CrocBlanc 
shaamallow14
Posté le 29/05/2018
Bonjour Luna,
 Je découvre ton histoir et je suis complètement sous le charme. 
Luna
Posté le 29/05/2018
Coucou shaamallow !
Je suis très contente que ce premier chapitre t'ait plu, j'espère que la suite te plaira également ;)
Merci pour ta lecture et tontcommentaire.
À bientôt !
Luna 
Elia
Posté le 10/12/2017
Coucou !
Ton résumé m'intriguait et je dois avouer que cette découverte a été une agréable surprise ! On est directement plongé dans l'ambiance, le style est agréable et poétique et c'est intriguant.
Je n'ai rien de plus à dire, je pense que l'on se reverra très vite pour la suite :)
Elia 
Luna
Posté le 10/12/2017
Coucou Elia !
Merci d'avoir pris le temps de lire ce premier chapitre et de m'avoir laissé ce gentil petit mot :)
Je suis ravie que ta lecture t'ait plu, ça me motive pour corriger la suite et la poster prochainement !
 
À bientôt ;)
 
Luna
Elia
Posté le 03/10/2019
coucou Luna, FPA ne me permets pas de te poster un nouveau commentaire, alors je reviens ici. Je viens de relire ton premier chapitre et je suis agréablement surprise par cette reprise. J'ai noté des répétitions, surtout au début de l'expression "tout à fait", et sinon j'ai apprécié les points suivants :
- l'introduction de la conscription (si je m'en souviens bien, tu n'en parlais pas dans la précédente version), ça ajoute de la tension, on sent que l'histoire démarre même si tu poses les bases.
- Néanmoins, tu gardes cette ambiance légère du début, tout en alternant avec les passages d'Evanah et en faisant monter la tension progressivement. Pour ma part, je valide totalement :) N'hésite pas à me tenir informée pour les prochaines mises à jour !
Luna
Posté le 06/10/2019
Coucou Elia ! (J'étais persuadée de t'avoir répondu ici, mais en fait c'était sur mon JDB haha !) Je suis très contente que cette nouvelle mouture te paraisse plus dynamique et que tu perçoives bien cette ambivalence entre la légèreté de l'auberge et les passages avec Evanna. Ça veut dire que je ne suis pas passée à côté de ce que je voulais faire, ouf ! Merci beaucoup de m'avoir fait remarqué les "tout à fait", c'est un vilain tic que j'ai d'en mettre partout x') bon les adverbes en général, il faut avouer que j'ai une relation amour passionnel/haine avec les adverbes, j'en mets trop et je n'arrive pas à faire sans hélas... mais bref, j'ai corrigé ça du coup. ;)

Merci encore de ton passage et de ton retour <3 à bientôt !
Rachael
Posté le 09/01/2018
Ah, je retrouve ton histoire avec grand plaisir, Luna ! Cette nouvelle version est encore mieux que l’ancienne. Dès le début, la présentation d’Aaron est très juste et on s’attache tout de suite à sa banalité qui n’en est pas une. Tes descriptions sont très poétiques, on s’y croirait. Et toute ton écriture est vraiment très imagée, avec tous les sens qui sont convoqués, en particulier le nez, qui est trop souvent oublié.
Tes dialogues avec M. Morvan sont très bien, avec leur côté familier et l’accent est bien rendu.
Si je devais faire une petite critique, c’est que les passages avec la femme/jeune fille coupent un peu la narration. Peut-être (mais je ne suis pas sûre) que deux passages passeraient mieux que trois ?
Sinon, c’est vraiment un régal, on se prend tout de suite d’affection pour Aaron, il sonne si juste qu’on n’a pas besoin de longtemps pour le trouver attachant. Je me rappelle (vaguement) que ton premier début était un peu lourd, tu avais du mal à commencer, ce n’est plus du tout le cas à présent.
Bon je vais chipoter sur des détails, hein…
Détails : chipotages et coquillettes
ses courts cheveux clairs aux reflets de cannelle : c’est vraiment du micro chipotage, mais la succession des « c » et la profusion des adjectifs fait un peu lourd.
pour la simple et bonne raison, qu'en dépit de toute sa non originalité, il ne pouvait pas être plus heureux. : pas besoin de la virgule après « raison »
et surprenant la route des plus imprudents : hum, ce n’est pas vraiment la route qui est surprise mais les imprudents (license poétique ?)
Vers l'ouest où les ténèbres engloutissaient le jour, : vers l’ouest c’est là où le soleil se couche alors c’est plutôt à l’est que les ténèbres engloutissent le jour (oui, je sais, je te casse la baraque…)
des bouquets de lavande séchés : de lavande séchée ?
de dure labeur : de dur labeur 
à avoir battu la laine : j’ignorais qu’on battait la laine. C’est pour quoi faire ?
Bonnes nouvelles M. Morvan ? une virgule après nouvelles ?
Vous en pensez quoi vous ?: un virgule après quoi ?
C'qui m'inquiète plus fils, : une virgule après plus ?
si bien qu'il se redresse aussitôt : redressa ?
lança-til d'un ton bourru mais enjoué en repliant son journal : lança-t-il d'un ton bourru mais enjoué, en repliant son journal.
 J'n'en ai plus trop l'usage maintenant tu sais. : virgule après maintenant ?
Ce n'était pas son fort l'étalage de sentiments : là aussi je mettrais une virgule après étalage.
son balais : balai
l'attitude mièvre : c’est assez négatif « mièvre », peut-être c’est voulu, mais j’aurais plutôt vu « attendrie » par exemple.
les nuages s'étaient noircis : avaient noirci ?
Mais le vieil homme finissait toujours par refaire surface, le visage toujours dénué d'expression ; repet de toujours
Allez ouvrir M. Feginn ! une virgule après ouvrir ?
VOilou, je ne promets pas d'être régulière, mais je retrouve ton histoire avec beaucoup de plaisir, et je suis ravie que tu t'y remettes ! 
Luna
Posté le 09/01/2018
Quel plaisir de te revoir ici Rach <3
Je suis contente que cette nouvelle version te plaise, j'ai eu effectivement beaucoup de mal avec le début et finalement je suis ravie de voir que ça passe !
Merci pour tous tes chipotages, ça va me donner de la matière pour mes corrections pendant le PaCo ;) 
Concernant les interludes entre les deux personnages, c'est vrai que ça me pose aussi question. On m'a dit que ça rendait l'ensemble plus dynamique, mais d'un autre côté je peux comprendre que ça "casse" un peu le reste. Ce n'est pas évident, il va falloir que j'y réfléchisse sérieusement ^^
J'ai mis vachement de temps à comprendre ce que tu voulais dire pour l'histoire du soleil qui se couche, et finalement j'ai compris ce que tu voulais dire xD (je suis un peu longue à la détente hein...). Ce que je voulais dire c'était que l'ouest engloutissait les derniers rayons de soleil. Mais tu as raison, c'est un peu tiré par les cheveux. Je me le note comme à corriger.
Pour l'histoire de la laine, le battage sert pendant la phase de lavage à la débarrasser des impuretés résiduelles pour ensuite pouvoir la démêler et la tisser et en faire de vraies pelotes. Je crois qu'au Maroc certaines femmes le font encore. Bon c'est vrai que c'est un décontextualisé amené comme ça dans le texte puisque je n'en parle pas plus que ça, mais j'aimais bien cette image :)
Je note bien tout le reste et le garde sous le coude pour mes prochaines corrections, merci beaucoup ! <3
Elka
Posté le 10/04/2016
Coucou Luna !
Ca fait si longtemps que je voulais poser mes yeux sur ton texte et c'est aujourd'hui chose faite !
Tu as manière de raconter qui est si douce ! J'ai été transportée dans l'auberge, sous le vent, dans les pensées d'Aaron ! Tout se lit si bien, je suis impressionnée par ce lancement d'histoire, comment ne pas l'aimer ? <3
Entrecouper le quotidien d'Aaron, vu à travers son regard mélancolique à cause de la date, par ces scènes de souffrance et de froid, ça attise la curiosité mais ça rythme aussi efficacement le chapitre. Qui est-ce ? Que fuit-elle ? Elle semblait regretter son départ malgré tout ><
J'ai adoré cette famille Feginn ! Quelle énergie et quelle douceur ! Non, vraiment, je suis déjà attachée à chaque personnage dépeint. Peut-être surtout à Maïwenn, qui semble très importante aux yeux d'Aaron et qui m'a donné l'impression d'être l'incarnation même du foyer. 
Je lirai sans trop attendre le chapitre 2, je pense. Il y a trop de questions dès le démarrage ! Chapeau <3
Luna
Posté le 10/04/2016
Coucou Elka !
Je suis assez impardonnable, mais je te demande quand même pardon de te répondre si tard >.< mon IRL m'a éloignée de PA pendant bien trop longtemps et aujourd'hui je rattrape mon retard. Merci beaucoup pour ce commentaire si bienveillant qui me fait énormément plaisir <3 je suis vraiment ravie si le début de mon histoire t'a plu !
Je suis très touchée que tu vois le personnage de Maïwenn ainsi, parce que c'est exactement ce qu'elle incarnait pour moi : la douceur du foyer, le cocon familial... elle est effectivement très importante pour Aaron. Même si c'est sa soeur, elle a une dimension maternelle paradoxalement plus affirmée que Mme Feginn. Elle est aussi un peu son guide, même si tu verras qu'en matière de modèles Aaron est bien entouré. Pour le moment je ne suis pas trop méchante avec lui héhé...
Merci encore pour ta lecture et ce gentil commentaire <3
Toluene
Posté le 28/07/2015
Il à l'air de faire bon vivre chez les Feginn^^
Luna
Posté le 28/07/2015
<br>Salut Toluene !Je suis heureuse si tu as eu ce sentiment-là durant ta lecture, c\'est exactement ce que je voulais faire passer, planter une ambiance rigolote et bon enfant dans une auberge douillette qui donne envie d\'aller y passer un bon moment ;)<br>Merci pour ton commentaire et pour ta lecture, contente que tu aies apprécié :)
CrocBlanc
Posté le 12/05/2018
Dit, t'aurais pas jouer à Arcuz ? 
Non, parce que j'y ai jouer et Aaron c'est le nom du héros...
Bonne continuation.
CrocBlanc 
Luna
Posté le 12/05/2018
Coucou CrocBlanc !
Eh non, je ne connais pas ce jeu, mais la coïncidence est amusante. J'ai choisi le prénom d'Aaron car c'est un prénom que j'aime depuis toujours ! J'ai donc décidé de le donner au héros de mon histoire ;)
À bientôt :)
Luna 
CrocBlanc
Posté le 10/05/2018
Salut Luna !,
J'adore ton histoire, grâce à toi, j'ai appris une expression : au grand dam
Bref, j'aime bien quand tu dis "elle" sans donner son nom, ça donne envie de tout lire pour savoir qui c'est ! je lirai bientôt le chapitre deux, 
CrocBlanc 
Luna
Posté le 10/05/2018
Salut CrocBlanc !
Et bienvenue par ici ;) Je vois que tu viens d'arriver sur Plume d'Argent, j'espère que tu t'y plaira :) n'hésite pas si tu as des interrogations, tu as aussi le forum où tu peux venir discuter de ce que tu écris. (Il faut simplement que tu crées un compte avec le même pseudo qu'ici).
Je suis ravie que ce début d'histoire te plaise et qu'en plus elle t'ait fait apprendre une expression ! <3
Ah ah ! Et oui, cette "elle" est bien mystérieuse pour le moment... mais elle ne le sera pas trop longtemps, je te rassure ;)
Merci beaucoup pour ta lecture et ton gentil commentaire !
À bientôt !
Luna 
Kittylou
Posté le 09/04/2016
Coucou, Luna :D
Ooooooh, l’ambiance qui se dégage dès les premières lignes, c’était comme un voyage dans la lande sauvage <3 Ton univers me faisait penser à un mélange entre la Bretagne et l’Angleterre du XIXe siècle (et les merveilleux romans des sœurs Brontë). Vraiment bravo pour les descriptions =)
J’aime bien le personnage d’Aaron, surtout le fait qu’il n’est pas aussi ordinaire qu’il pense l’être. Lorsqu’il reçoit la boussole, j’ai eu l’impression que c’était un signe et qu’il est destiné à partir dans une quête à l’autre bout du monde ^^ Le mystère qui entoure son passé m’intrigue beaucoup, j’ai hâte d’en savoir plus. En tout cas, c’était une bonne idée d’avoir pris le contrepied du pauvre orphelin souvent maltraité par ceux qui l’ont recueilli. Il semble avoir grandi dans une famille aimante et l’auberge a vraiment l’air chaleureuse.
Bref, c’était un super chapitre et je reviendrai volontiers lire la suite =)
Luna
Posté le 09/04/2016
Coucou Kitty ! Merci infinimment pour ce gentil commentaire :)
Avant tout, je te demande pardon d'avoir mis tant de temps à y répondre. J'ai eu une IRL très compliquée cette année et les dernières semaines ont été bien chargées :(<br />Wahou je suis très contente si l'atmosphère de mon histoire t'a fait voyager dans la lande et t'a fait penser aux soeurs Brontë (que j'aime à la folie <3) ! Ça c'est un joli compliment !
Oui j'ai essayé de m'éloigner un peu du cliché de l'orphelin malmené, même si je reconnais que dans les premiers temps de cette histoire (que j'ai commencée il y a fort longtemps...) c'était un peu un ramassis de clichés haha ! L'idée sera donc plutôt d'éloigner mon héros de son cocon douillet et protecteur héhéhé...
 Encore merci pour ta lecture Kitty, et à très vite ! <3
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