Chapitre 1

Par Jupsy

Le rouge avait jailli. De manière brutale d'abord, il avait fini par s'écouler lentement sur la surface. Une main était alors venue se poser sur lui. Elle le trouva poisseux avant de le porter devant ses yeux. Une lueur d'incrédulité apparut aussitôt.

"Enfin…"

Derrière ce mot se cache une libération. Celle d'un flot de sentiments toujours réprouvés. Après des années de silence, ils peuvent enfin s'exprimer. Ils savent tous que cet instant ne va pas durer. D'ici peu, ils devront recommencer à se taire, mais pour toujours cette fois-ci. Pourtant ils s'en moquent. Pour eux, seul le moment présent importe, même s'il est sans avenir. Ils savent que la fin est proche tout comme elle le sait, elle. Depuis plusieurs années, elle l'a souhaité, aujourd'hui, elle l'obtient enfin. Elle va enfin quitter ce monde pour un autre qu'elle espère meilleur.

 

Elle n'est pas une personne banale, même si elle en a toujours rêvé. Elle n'appartient pas à ce monde mais à un autre. La plupart du temps, on choisit de l'ignorer mais des éléments obligent notre mémoire à s'en rappeler chaque jour aux mêmes heures. On prend alors le temps de regarder de manière passive ou active. Parfois on se révolte, on se désole, on s'apitoie, on s'indigne mais cela reste des mots jamais des actes. Au fond, on ne pense qu'à une seule chose : ne jamais se retrouver au milieu de telles horreurs. Ensuite, on oublie, on reprend la vie là où on l'a laissée. On agit de façon égoïste mais est-ce si mal que cela?

 

Si on lui posait cette question, elle vous répondrait que ce n'est pas le cas. Si elle devait justifier cela, elle n'utiliserait qu'un seul argument : cette réaction est naturelle chez un être humain. Elle se tairait ensuite afin de ne pas révéler le reste de sa pensée. Dans le cas contraire, elle aurait sûrement effrayée voir indignée la personne. Agir ainsi aurait été une erreur, or ce genre de chose est impardonnable dans ce monde. Du coup, elle évite les écarts, cache ses faiblesses même si parfois, elle aimerait en commettre une. Elle sait que c'est l'unique moyen d'être libérée de ce monde.

 

Aujourd'hui, elle a commis cette erreur mais ne l'a pas préméditée. Elle était réputée pour son professionnalisme et son talent. Dans son milieu, elle était admirée et crainte, une légende vivante en quelque sorte. Aujourd'hui elle est tombée sur impasse qu'elle n'a pas su dépasser. Elle n'aurait jamais dû finir comme ça. Sa destinée aurait dû être meilleure que cela.

 

 

Entre ses mains se trouve une enveloppe de couleur blanche. Elle est d'une pureté qu'elle ne possède plus depuis longtemps. Aucune écriture n'est encore venue lui voler sa virginité pourtant elle a trouvé son destinataire. Elle n'est pas arrivée ici en empruntant un chemin au hasard. Elle a fini ici parce qu'elle était destinée à cette femme au nom qu'il ne valait mieux pas prononcer et encore moins écrire. Pour beaucoup, elle n'était qu'un mythe car son existence semblait impossible à prouver. Pourtant elle existait belle et bien sinon l'enveloppe ne serait jamais arrivée jusqu'à elle.

D'un geste lent mais calculé, elle commence avec délicatesse à ouvrir l'enveloppe. Elle n'a pas envie de la voir se déchirer de manière inutile. Derrière ce geste anodin, elle veut se prouver qu'elle en est capable. Si elle n'a pas su garder la sienne intacte, elle veut réussir à préserver la pureté de cette enveloppe. Elle se maudit d'agir de la sorte car cela démontre l'une de ses faiblesses. Elle consiste à se raccrocher à l'accomplissement de certains rites lui permettant d'éprouver un sentiment de sécurité. Or se sentir rassuré peut s'avérer être très dangereux pour sa vie.

 

Une fois sa tâche terminée, elle retire les papiers de l'enveloppe qu'elle dépose sur la table de nuit. Son regard s'attarde quelques minutes sur celle-ci avant de venir se poser sur son ancien contenu. Alors elle se met à le scruter afin d'en faire une liste détaillée.

 

Comme d'habitude, elle découvre des feuilles de papier où des phrases sont inscrites pour lui donner les instructions nécessaires. A de rares occasions, elle tombe sur une écriture manuscrite. Avec celle-ci, elle peut spéculer sur la véritable identité de son auteur. En la détaillant ainsi, elle s'évade un peu de la vie qu'elle mène. Elle se met parfois à rêver que son commanditaire n'est autre que son sauveur. Malheureusement ses rêveries ne durent jamais longtemps et le retour sur terre s'avère plutôt brusque. Dans le cas présent, elle n'a pas le temps de s'attarder car ses instructions ont été tapées à l'ordinateur. Aucune fantaisie n'est décelable dans le choix de la police, de la taille ou de la couleur des caractères. Tout est dit de manière claire et concise. L'auteur ne prend pas le temps de s'attarder afin d'éviter toute tentative d'identification de la part du lecteur. Elle devine alors que son commanditaire est un professionnel et pas un simple amateur. Elle peut donc en conclure que l'affaire sera à la hauteur de sa réputation. Une part d'elle se réjouit de cette nouvelle car elle va pouvoir s'amuser. Une autre lui conseille de refuser pressentant un vrai danger même pour une professionnelle comme elle. Si elle avait pris la peine de l'écouter, elle n'en serait sûrement pas arrivée là, aujourd'hui.

 

Après la lecture des instructions, elle passe aux photos. Elle va découvrir sa cible que son commanditaire a pris soin de ne pas nommer. La prudence est son maître mot et elle apprécie cela. De cette façon, elle ne connaîtra sûrement aucune complication par la suite. Elle aura juste à détruire ses pièces avant de filer avec sa récompense loin de cet endroit. Elle pourra alors respirer un peu pendant quelques temps avant de voir son travail la rattraper de nouveau. Avant, elle aurait cherché un moyen de le fuir, aujourd'hui elle avait compris que seule la mort pourrait l'en débarrasser. A une époque, elle avait imaginé mettre en scène sa propre mort mais quand on n'existe pas, comment peut-on faire pour disparaître?

Face à cette pensée, elle se laisse tomber à la renverse sur son lit lâchant les photos par la même occasion. Son regard se fixe sur le plafond dans la pièce mais elle ne le voit pas. Ses pensées sont toutes orientées vers une seule et unique personne, sa cible. Elle est présente sur toutes les photos et il lui aurait été impossible de l'ignorer. A son grand regret, il n'est pas un homme dont la fin semble proche. Il aurait eu toute la vie devant lui s'il n'avait pas fait l'objet d'un stupide contrat. Elle se moque bien des raisons de ce dernier mais elle ne peut s'empêcher de le trouver injuste. Personne ne mérite de mourir ainsi sauf ceux agissant dans l’ombre comme elle…

Un voile rassurant de torpeur était en train d’envelopper tout son corps. La douleur de sa blessure commençait à disparaître tout doucement avant de sûrement s’éteindre en même temps qu’elle. A cet instant, les minutes ne duraient plus soixante secondes mais une éternité. Elle était en train de partir vers sa nouvelle vie lentement mais sûrement. Elle aurait pu ne rien regretter si…

Des mains s'emparèrent de son visage afin de l'obliger à rester ici. Elle aurait voulu leur résister mais son corps n'obéissait déjà plus à ses ordres. Il semblait avoir accepté son destin comme elle semblait l'avoir fait. Pourtant une part d'elle-même continuait à lutter de manière désespérée. Elle refusait d'être libérée de cette façon, certaine qu'il existait encore une meilleure solution. Elle comprit alors qu'elle n'avait jamais cessé d'espérer de connaître une vie meilleure dans ce monde. Le regret commençait petit à petit à se faire une place dans un coin de son cœur sur le point de défaillir. Elle aurait voulu pouvoir s’en défaire avant la fin mais il était déjà trop tard pour cela.

Au même moment, une tâche noire fit son apparition dans son champ de vision. A cause de son état, sa vue s'était troublée de manière considérable l'empêchant de distinguer quoique se soit. Sans en connaître la raison, ses paupières se fermèrent de manière soudaine comme si elles avaient voulu la protéger du monde extérieur. Elles voulaient l'aider à s'en libérer, mais un murmure se fit entendre venant gâcher tous leurs efforts…

- Dark Ice…

 

En entendant son nom, la jeune femme sent son cœur battre à tout rompre. Leurs routes se sont enfin décidées à se croiser après plusieurs années de séparation. Elle voudrait pouvoir se retourner pour découvrir son visage. Elle aurait aimé se jeter dans ses bras afin d’exprimer toute sa joie de le retrouver. Pourtant il lui faut contenir ces sentiments afin de rester concentrée sur son travail, même si elle souhaite croiser son regard. Réussissant à ne pas céder, elle continue à observer sa cible. Cette dernière est toujours occupée à déjeuner avec quelques amis à la terrasse d’un charmant petit restaurant. Entre temps le silence est revenu s’installer. Aucune parole n’est venue le troubler mais elle sent toujours sa présence derrière elle. Après quelques minutes, elle le sent se rapprocher d’elle d’un pas lent mais plein d’assurance. Lorsqu’il se décide enfin à s’immobiliser, elle peut sentir son souffle dans son cou. Avec ses mains, il lui enserre la taille tout en commençant à l’embrasser dans le cou. Elle ne bouge pas d’un centimètre, ne paraissant pas troubler par ses agissements. Répondre à ses caresses lui est impossible.

- Arrête.

En un seul mot, il vient d’exprimer une supplique mais aussi ses sentiments à son égard. A sa place, une autre femme n’aurait pas hésité à céder. Malheureusement pour elle, elle n’est pas une femme banale. Elle ne peut pas laisser parler son cœur car cela signerait son arrêt de mort dans la minute. L’aimer est dangereux mais vivre cet amour relève du suicide.

- Je ne peux pas.

Les mots sortent de sa bouche mais elle ne réussit pas à leur inculquer la moindre froideur. Elle a laissé sa place à un ton beaucoup plus triste mais aussi plus lointain...

- Regarde-le.

- Je suis déjà en train de le faire.

- Tu le regardes comme une proie pas comme un homme. Est-ce que ça te plaît d'être responsable de sa mort?

- Non.

- Est-ce que tu vas pouvoir le tuer facilement? Est-ce que tu vas douter avant de lui porter le coup final?

- Tu connais la réponse à ses questions.

- Je vais les entendre de ta bouche.

- Je n'ai pas envie de te répondre.

- A force de tuer, j'ai fini par ne plus éprouver le moindre sentiment à l'égard de mes victimes. Je ne peux plus être sauvé mais toi si…

- Si j'arrête, ils vont venir me hanter…

- Si tu continues, il va te tuer…

Ces dernières paroles résonnent dans la tête de la jeune femme comme un avertissement. Sans perdre une seconde, elle prend la décision de se retourner prenant ainsi le risque de perdre sa cible de vue. Son regard croise alors le sien toujours aussi profond et mystérieux. L’expression dure de son visage a laissé la place à une beaucoup plus grave. Elle comprend alors qu’il n’est pas venu lui rendre une simple visite de courtoisie. Comme toujours, il a choisi de faire irruption dans sa vie dans le seul et unique de la protéger. Elle aurait souhaité une autre raison à sa visite, même si c’était sans espoir.

- De qui tu parles?

- Tu n'es pas la seule sur ce contrat.

La perplexité gagne alors les traits de la jeune femme. Elle ne doute pas de la sincérité de ses propos. Par contre, l’idée de ne pas être la seule sur ce contrat a tendance à lui déplaire fortement. En général, cela est synonyme de concurrence et donc de complications. Reste à savoir si la menace est sérieuse ou non.

- Qu'est-ce que tu veux dire?

- Ce contrat est une compétition entre Dark Ice et Iceberg.

En entendant le nom de ce rival accolé au sien, une grimace se dessine sur son visage. Les souvenirs de leur dernière rencontre ne font pas partis de ses préférés. L’éviter aurait une solution raisonnable mais elle ne peut pas se le permettre. En agissant ainsi, elle devrait renoncer à son contrat et sa réputation en prendrait un coup. Elle n’a aucune envie de se retrouver dans la liste noire même si elle sait que c’est le souhait le plus cher de ses rivaux mais aussi de son amant et peut-être même le sien.

- Je vais terminer ce contrat.

Elle s’était laissée guider par son orgueil plutôt que par son instinct. Elle avait décidé de ne pas attacher d’importance aux éventuelles conséquences. Au départ, elle avait sincèrement pensé qu’elles seraient toutes positives mais ses regrets prouvaient le contraire. Elle avait souhaité cette fin mais ne l’avait pas préméditée. Pourtant, la culpabilité était en train de gagner du terrain sur le sentiment de délivrance.

En pensant que personne ne se souciait de son sort, elle avait encore fait preuve de naïveté mais aussi d’égoïsme. A cet instant, elle prenait conscience de son erreur. Cette voix lointaine et ces mains étaient en train de lui prouver le contraire. Ils n’étaient pas le fruit de son imagination mais appartenait à un être bien réel. Il était là à ses côtés, prêt à tout pour lui offrir une toute autre fin que celle-ci. Pourtant même en sachant cela, elle continuait de se laisser emporter de l’autre côté…

Sous une impulsion soudaine, elle décida de mettre son orgueil de côté. Réunissant ses dernières forces, elle entrouvrit ses lèvres afin de laisser s’échapper quelques mots. Elle voulait lui demander pardon pour son erreur. Elle voulait s’excuser pour avoir été aussi orgueilleuse et si naïve. Elle voulait lui offrir une ultime concession en cadeau d’adieu, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Après plusieurs tentatives, elle comprit qu’il était encore trop tard. Elle allait devoir accepter de s’éteindre avec ce sentiment de culpabilité sauf si…

- Je sais…je sais…

Assise devant la fenêtre, elle contemple la beauté du ciel, l'ombre d'un sourire sur ses lèvres. Sentir sa présence à ses côtés, lui permet de se sentir rassurée. Avec lui, elle pourra passer une nuit tranquille sans se soucier du danger. Elle sait qu'il va essayer de la convaincre de refuser avant de laisser tomber. Il passera alors la nuit à ses côtés avant de repartir à l'aube avec l'espoir de croiser de nouveau sa route. Il a toujours agi ainsi…et ce n'est pas maintenant qu'il va changer ses habitudes. Elle le connaît trop bien pour espérer un tel changement de sa part.

Son regard se détache de la vitre pour se tourner vers lui. Il est debout dans l'ombre en train de la contempler. Son visage impassible est trahi par l'expression de ses yeux où son attachement pour elle est bien visible. Ils éprouvent tous les deux la même chose, cette volonté de revenir en arrière afin d'effacer cet événement qui les a réuni. Ils n'auraient jamais dû éprouver un tel sentiment. Ils n'ont pas le droit de s'aimer car l'amour est un fardeau dans leur métier. Ils voudraient tant voir leur amour se transformer en haine, mais au lieu de voir la flamme s'éteindre, elle se ravive à chacune de leur rencontre. Ils ont bien essayé de ne plus se voir, de s'éviter mais ils ont toujours fini par se retrouver, comme aujourd'hui.

 

- Tu n'as toujours pas changé d'avis.

L'intonation de sa voix lui fait comprendre qu'il s'est résigné. Le soulagement commence à s'emparer d'elle, mais elle ne le laisse pas éclater. Elle préfère le garder pour elle afin de ne pas le blesser de manière inutile. Son regard se détourne de lui pour fixer de nouveau le ciel étoilé. Elle garde le silence ne trouvant pas de meilleure réponse à ses paroles. Ce dernier s'installe quelques instants avant d'être troublé par ses pas. Elle sent sa main se poser sur son épaule. Elle répond aussitôt à ce geste en venant poser sa main sur la sienne. Elle la serre un peu sans pour autant faire le moindre mouvement pour quitter la fenêtre. Elle retarde le moment où ils se retrouveront dans le même lit.

- Demain…

Elle n'a pas le temps de terminer sa phrase, ses lèvres sont venues se poser sur les siennes. D'un geste, elle tente de le repousser, mais elle finit par céder à ses avances. Elle laisse ses lèvres l'embrasser dans le cou. Elle sent ses mains se déplacer sur son corps avec une infime douceur. Elle s'offre à une tendresse qu'elle n'a plus connue depuis des années. Il est le seul à l'avoir aimée, les autres n'ont fait que la salir. Il est le seul à pouvoir s'en vanter car les autres sont morts. Elle n'a pas hésité à en tuer certains pour l'avoir fait autant souffrir, le reste, il s'en est chargé lui-même. Personne n'a le droit de poser la main sur elle. Personne n'a le droit de poser la main sur lui. Dans les deux cas, ils n'hésitent pas à tuer les imprudents. Par amour, ils se sont jurés de n'aimer personne d'autre même après la mort de l'un d'eux.

Elle le sent la soulever pour la porter dans le lit. Sa tête vient alors se réfugier sur son épaule. Ses yeux se ferment tandis qu'elle s'imprègne de son odeur.

Avant même de l’entendre prononcer son nom, elle avait reconnu son odeur. Elle avait pris l’habitude de s’en souvenir avant de s’endormir le soir. Dès lors ses rêves étaient imprégnés de lui, de son souvenir, mais aussi des instants passés ensemble. Chaque nuit était une occasion de revivre leur amour par procuration. Au final, il était devenu le trésor le plus précieux de son existence et aujourd’hui, elle allait lui infliger la pire souffrance.

Cette pensée lui faisait le même effet qu’un coup de poignard s’enfonçant en plein cœur. Cette douleur était encore plus intense que celle qui était en train de la tuer. Elle aurait voulu la voir disparaître d’un claquement de doigts mais cela n’arriverait pas. Il allait rester à ses côtés jusqu’à son dernier souffle. Elle allait donc devoir faire face à son amour pour elle mais aussi à la douleur causée par sa mort. Cette délivrance était en train de se transformer en véritable cauchemar.

La nuit a été trop courte pour elle. Le matin est arrivé beaucoup trop vite. Un rayon de soleil est venu éclairer son visage. Ses sourcils se sont aussitôt froncés, mais il lui a fallu quelques secondes supplémentaires pour ouvrir les yeux. Son regard a rencontré le sien dans lequel se reflétait une lueur de gravité. Il a dû passer sa nuit à la veiller pendant qu'il pouvait encore la tenir à l'œil. Cette pensée la fit sourire à son grand désespoir à lui.

 

- Une enfant dans un corps d'adulte, voilà ce que tu es.

Ces paroles, il les a prononcés sur un ton presque paternel. Elle déteste quand il s'adresse à elle de cette façon. Dans ces moments-là, elle a l'impression de voir son père, pas son amant. Si elle n'a jamais détesté son père, elle n'aimait pas se souvenir de lui. Quand cela arrive, elle se rappelle son enfance sans histoire et pleine d'amour. Avec son passé, elle n'aurait jamais dû se retrouver dans ce milieu. Ces parents lui ont imaginé un autre avenir , mais elle n'a pas suivi cette voie. Il a suffi d'un événement pour changer sa vie à jamais. Cet événement, elle n'arrive plus à se rappeler de manière claire. Il lui semble trop irréel pour être réaliste. Du coup, elle a fait le choix de le mettre dans un coin de sa mémoire afin de l'oublier.

- Me suis-je comportée comme une enfant cette nuit?

- Non.

- Alors cesse de te prendre pour mon père.

- Si tu me promets d'agir comme une adulte.

 

Elle ferme les yeux en comprenant qu'elle n'arrivera pas à le raisonner. Elle a autant de chance d'y arriver qu'il en a de la faire changer d'avis. L'heure n'est plus aux retrouvailles mais à la séparation.

- Cette discussion ne nous mènera à rien.

Il laisse échapper un soupir, témoin de sa résignation. Sans perdre une minute, il quitte le lit pour aller se rhabiller. Avant, elle aurait esquissé un geste pour l'empêcher de partir, pour le retenir encore quelques minutes. Avec le temps, elle a vite compris que cela ne sert à rien. Il quitte la pièce sans se retourner, refusant de répondre à ses gestes ou à ses pleurs. Elle a fini par renoncer, lui tournant le dos afin de cacher ses larmes. Aujourd'hui, elle aurait dû l'ignorer mais quelque chose l'en empêche. Un pressentiment s'est emparé d'elle.

- Si ton amour pour moi était réel, tu m'aiderais à mener ma mission à bien.

Il s'arrête quelques secondes pour la fixer. Il cherche à comprendre pourquoi elle tente de le retenir aujourd'hui. Ne trouvant pas la réponse dans son regard, il reprend son action là où il l'a arrêté. Lui adresser la parole n'aurait servi à rien sauf à perdre du temps de manière inutile.

- Pour préserver ta réputation, tu ferais mieux de ne plus venir me voir. Dans le milieu, tout le monde est au courant de notre relation. Ils savent aussi que cet amour est notre faiblesse à tous les deux mais personne n'ose sans servir. Nous faisons partis de l'élite, ils n'oseront jamais s'attaquer à nous. Alors pourquoi ne pas rester à mes côtés? Ensemble, nous pourrions accomplir de grandes choses. On deviendrait les meilleurs et on pourrait peut-être aspirer à une vie normale.

 

Un rire sans joie résonne dans la pièce avant de s'éteindre doucement.

- Cesse donc de rêver petite fille. Je ne suis pas ton prince charmant.

- Ne me traite pas comme une enfant.

- Si je doutais des talents de ma Dark Ice, je ne quitterais pas cette pièce. J'ai confiance en elle, mais pas en la femme amoureuse.

- Je croyais que l'amour pouvait sauver des gens.

- Dans ton cas, il t'a perdue. A cause de lui, tu t'es retrouvée prisonnière de ce milieu. Ne le laisse pas t'aveugler sinon il va te tuer.

- Mourir est l'unique issue de ce monde.

- Si tu le voulais, tu pourrais le quitter.

Un sourire sans joie se dessine sur les lèvres de la jeune femme. Elle secoue légèrement la tête avant de laisser échapper un soupir. Il fait parti de ce milieu depuis plus longtemps. Malgré cela, il n'a toujours pas compris l'essentiel. Il est impossible de le quitter, il finit toujours par vous rattraper d'une façon ou d'une autre. Fuir n'est pas une solution. La peur serait toujours là et un jour on finirait par perdre la tête à cause d'elle. Elle préférait mourir plutôt qu'en arriver là.

- Non.

- Je les empêcherai de te retrouver.

- Ta dévotion à mon égard te perdra.

Son regard reste accroché au sien pendant quelques secondes avant de s'en détacher. Elle se retourne dans le lit pour ne plus le voir. Cet échange de paroles n'est qu'une perte de temps supplémentaire, il vaut donc mieux y mettre un terme maintenant. Une éternité s'écoule avant qu'elle n'entende la porte se referme doucement. Il vient de nouveau de la fuir. Elle va encore verser quelques larmes sur lui, se jurant que c'est la dernière fois.

Son agonie était beaucoup trop lente à son goût. Elle avait vu mourir des gens beaucoup plus vite avec une blessure similaire. Elle n'était pas plus résistante qu'une autre personne mais la mort semblait prendre son temps. Peut-être lui laissait-elle une chance de s'en sortir? Peut-être lui laissait-elle une chance de demander à pardon? Elle n'avait aucune envie d'avoir une seconde chance, elle voulait juste mourir plus vite. Pourquoi lui refusait-on ce droit? Etait-elle en train de payer tous les crimes atroces qu'elle avait pu commettre? Pourquoi était-elle encore en train de se torturer l'esprit en se posant des questions complètement inutiles? Il était beaucoup trop tard pour se les poser, pour espérer une réponse satisfaisante.

Ses poumons cherchaient désespérément de l'air tandis que son cœur luttait pour continuer à battre. Si ces organes avaient de plus en plus de mal à fonctionner, son cerveau ne semblait pas encore affecter. Elle continuait à penser à la vie qu'elle était en train de quitter. Elle aurait voulu penser à sa nouvelle vie, mais sa présence ne lui permettait d'imaginer son futur. Dans un sens, elle n'avait plus d'avenir pourtant elle était sûre qu'il y avait quelque chose après. Mais pour l'atteindre, elle devait se débarrasser de ces maudits souvenirs qui ne cessaient de refaire surface. Il fallait les revivre jusqu'à la fin pour espérer s'en libérer enfin. Lutter contre eux, c'était se battre pour vivre...et elle n'en avait plus ni la force, ni l'envie.

 

Elle a pris son petit déjeuner à l'endroit où sa proie aimer prendre un café avec ses amis. Il s'installe à l'extérieur en terrasse. Elle a opté pour l'intérieur afin de ne pas éveiller la curiosité. Elle s'est assise sur une banquette située juste à côté de la vitre. Cette dernière est légèrement teintée, lui permettant ainsi de l'observer en toute discrétion. Son regard n'est pas rivé sur sa proie mais mobile. Elle le surveille juste du coin d'œil afin de ne pas attirer l'attention sur elle.

 

- Tu bois encore du chocolat chaud à ton âge.

- La dernière personne à avoir fait une telle remarque est mort.

 

Elle prononce ses mots sans prendre la peine de lever les yeux au-dessus de sa tasse.

- Tu n'es pas surprise de me voir?

- Surprise par ton arrivée ou surprise de ta participation à ce contrat?

- Il t’a parlé.

 

Un mince sourire se dessine sur les lèvres de la jeune femme qui se décide enfin à lever la tête. En croisant son regard, elle décèle une lueur moqueuse. Cela lui suffit pour comprendre qu'il n'a pas changé depuis leur dernière rencontre. Il continue à sous-estimer ses capacités, se moquant bien de sa réputation. Il est bien le seul à ne pas la craindre. Ce contrat en est la preuve. A part lui, personne n'a osé l'accepter. Ils sont bien trop lâches et intelligents pour s'en prendre à une légende.

- Pourquoi es-tu venu? Pour accomplir une bonne action?

- Si tu ne l'as pas écouté lui, j'ai bien peur que ce ne soit pas le cas.

- Alors, élimine-moi.

Elle vient de lui lancer un défi, certaine qu'il mordrait à l'hameçon. Avec le temps, elle a fini par le connaître. Ses réactions paraissent imprévisibles aux yeux de nombreuses personnes mais pas pour elle. Elle sait comment le prendre mais aussi comment éviter de franchir la limite. Avec lui, la moindre erreur peut être fatale.

- Tu ne m'en crois pas capable?

Elle ne répond pas se contentant de hausser les épaules. Un coup d'œil sur le côté lui apprend que sa proie va vaquer à d'autres occupations. Il est grand temps de mettre fin à sa conversation. Elle sort un billet de sa poche, le dépose sur la table avant de se lever et de quitter la table.

 

- A ta place, je ferais attention à mes arrières.

 

Sans le moindre doute, elle se retourne pour lui faire face. Sur son visage, elle découvre un sourire assez mystérieux. La perplexité se lit quelques secondes sur ses traits avant de disparaître. Une expression de dédain vient de s'y peindre.

- A ta place, je cesserais de faire des promesses que je ne tiendrai pas.

Elle reprend son chemin vers la sortie tout en sentant son regard braqué sur elle. Une sensation de malaise la gagne sans en connaître la véritable raison. En attendant de trouver celle-ci, elle va devoir faire preuve de prudence.

Aujourd'hui, elle comprend enfin que la prudence ne lui a servi à rien. Elle n'aurait jamais pu éviter le piège qu'on lui avait tendu. La seule solution aurait été de l'écouter, de comprendre pourquoi il avait autant insisté. Seulement elle avait pas voulu n'en faire qu'à sa tête. Elle avait refusé de suivre son intuition préférant faire confiance à ce qu'elle semblait vouloir.

Aujourd'hui, elle l'écoute enfin mais il est trop tard. Sa voix est une douce mélodie qui devient de plus en plus lointaine. Par moment, elle devient plus forte afin de l'obliger à rester encore un peu. A ces instants-là, elle saisit certaines phrases sans pour autant en comprendre le sens exact. Ensuite tout redevient lointain afin de permettre à ses souvenirs de refaire surface.

Comme maintenant…

En arrivant devant la porte de sa chambre, elle s'arrête quelques minutes au seuil. Elle hésite à l'ouvrir comme si elle pressentait quelque chose. Elle n'est pas seule, quelqu'un d'autre est présent. Il n'est pas loin d'elle. En fait, seule la porte les sépare, elle en est certaine. En temps normal, elle se serait écartée afin d'éviter de se prendre une balle. Seulement, elle sait que cette fois-ci les choses ne se passeront pas ainsi. Elle sait qui est derrière cette personne. Comme toujours son odeur l'a trahi.

Sa main avance lentement jusqu'à la poignée avant de la saisir. La porte s'ouvre sans le moindre problème. Elle laisse découvrir son visage inquiet pour elle. Sans réfléchir la jeune femme lui saute dans les bras et l'embrasse avec passion. Il ne la repousse pas profitant de ce court instant. Après il devra lui parler, il devra essayer de la convaincre une nouvelle fois d'arrêter, même si c'est en vain.

Ce baiser ne dure pas très longtemps du moins pas assez au goût de la jeune femme. Lorsque leurs lèvres se séparent, elle pousse un léger soupir devant son air grave. Il fait un écart pour lui permettre de pénétrer dans la pièce. Pendant quelques secondes, l'envie de fuir la saisit. Elle n'y cédera pas.

- Tu n'as donc pas quitté la ville, déclara-t-elle en s'allongeant sur le lit.

- Non.

- Pourquoi?

- Je ne sais pas.

Elle se redresse sur son lit afin de le fixer avec perplexité.

- Tu le sais très bien.

Ses paroles sont prononcées sur un ton froid. Il n'est pas là par hasard. Il doit y avoir une raison à ce comportement étrange. Il n'a sûrement pas laissé ses sentiments le guider. Ce n'est pas du tout son genre. Non, ça ne l'était pas.

- Réponds-moi, bon sang!

Son silence est en train de la mettre en colère. Elle ne doit pas céder à cette dernière. Si jamais cela arrive, il n'hésitera pas à en remettre en doute ses capacités. Il utilisera la moindre faille pour la retourner en sa faveur afin d'éliminer ses ennemis. Il n'hésiterait pas à en faire de même avec elle pour la protéger. Elle n'a pas le droit de le laisser faire cela.

- Si tu es venu pour me parler, fais-le maintenant.

- Je t'ai déjà tout dit ce matin…

- Et tu connais déjà mon avis sur la question.

Elle ferme les yeux en laissant un soupir s'échapper.

- Cette conversation ne sert à rien…

- Je sais.

- Alors pourquoi être venu?

- Je ne sais pas.

- Tu n'as pas d'autres mots à la bouche.

Elle lève les yeux au ciel, agacée par cette entrevue. Elle saute hors de son lit pour se diriger vers la sortie de cette chambre. Il l'arrête à mi-chemin en lui attrapant le bras.

- Si tu sors, notre amour n'y survivra pas.

D’abord l’incrédulité suivie du doute. Dit-il la vérité ou est-il en train de jouer avec ces sentiments ? Doit-elle saisir cette occasion ? Mais pour le piéger ? Ou bien dans l’espoir incertain de changer de vie ? Tant de questions se bousculent dans sa tête mais au lieu de l’aider à trouver la solution, elles sèment le doute dans son esprit. Les choses ne sont jamais simples encore moins pour une personne comme elle. Elle a le don de se compliquer la vie pour de multiples causes inutiles. La plupart du temps, elle préfère laisser son orgueil prendre le dessus sur son intuition, même si, elle est sûre de commettre l’erreur de sa vie. A force d’agir ainsi, elle a essuyé de nombreux échecs dans le domaine sentimental. Elle n’a tiré aucune leçon de ces derniers préférant les ignorer voir même les oublier. De toutes façons, ils n’ont pas la moindre importance vu que les sentiments n’ont pas leur place dans la vie qu’elle mène.

- L’amour n’a pas de place dans l’existence que nous avons choisi de vivre. Si tu veux me convaincre, tu ne devrais cesser de suite de te servir de mes sentiments.

 

Elle n’a pas parlé sur un ton glacial. Elle a juste craché ses mots comme l’aurait fait un cobra avec son venin. Son orgueil reprend le dessus. Elle joue les demoiselles outragées avec le talent véritable de la comédie. Sans le moindre mal, elle aurait ébloui le public le plus difficile, elle aurait même bluffé les critiques les plus intransigeantes, mais pas lui. D’un simple regard, il peut savoir si elle est sincère ou non. Mentir ne sert à rien avec lui, mais elle continue de le faire quand même. Elle n’a rien trouvé de mieux pour se préserver, pour le protéger.

 

- Si mes tentatives ne servent à rien, pourquoi es-tu en train de mentir ?

- Je n’ai pas menti.

 

Il hoche la tête en silence avant de faire un pas dans sa direction.

 

- Avant de se connaître, tu étais douée mais après notre rencontre, tu es devenue la meilleure. En plus d’être ton amant, j’ai été ton mentor.

- Serais-tu en train d’insinuer que sans toi, je ne suis rien ?

- Cesse donc de faire l’enfant.

- Je ne suis plus une enfant.

- Alors comporte-toi en adulte.

Cette phrase la touche en plein cœur. Sa réaction ne tarde pas à se faire sentir. Elle le gifle avant de se jeter dans ses bras pour l’embrasser avec violence. Il a blessé son orgueil mais ses sentiments ont pris le dessus. Elle le hait mais elle l’aime aussi. Elle est incapable de choisir entre les deux même si ils sont incompatibles. Elle est complètement perdue ne sachant plus en qui elle peut faire confiance : son orgueil ou ses sentiments à son égard.

 

Entourée par les ténèbres, plus rien ne semblait pouvoir l’atteindre. Elle sombrait doucement de l’autre côté. Ses paupières closes, elle était incapable de jeter un dernier regard au monde qui l’entourait. Aucun son ne parvenait plus à ses oreilles. Aucune odeur ne venait plus troubler son nez. Aucun geste ne venait plus effleurer sa peau. Elle ne sentait plus rien sauf une présence rassurante, la sienne. Il lui était impossible de savoir s’il s’était résigné à la laisser partir ou s’il avait pris la décision de l’accompagner dans la mort sans pour autant en franchir le seuil. Au final, elle se moquait bien de la raison, l’important était son résultat. Il était là auprès d’elle. Le reste ne comptait plus.

Sa cible était en train de déambuler dans des ruelles plus sombres les unes que les autres. A chacun de ses pas, il jettait un regard affolé derrière lui afin de vérifier que personne n’est en train de le suivre. Pendant un court instant, l’idée d’avoir été repérée lui traverse l’esprit avant de laisser la place à une toute autre hypothèse. Elle était née d’une intuition soudaine causée par le souvenir d’une vieille affaire. Si jamais elle était fondée, elle aurait l’occasion de boucler cette affaire avant la fin de la journée. Elle pourrait alors rentrer dans sa chambre d’hôtel pour retrouver ses bras. Ils fêteront ensemble sa nouvelle victoire avant de reprendre leur route chacun de leur côté. Au final cette affaire n’avait pas que des mauvais côtés. Pour la première fois depuis leur rencontre, ils avaient réussi à passer deux nuits ensembles même si la dernière était l’issue d’une dispute. Cette relation n’était pas saine mais elle lui faisait l’effet d’une drogue. Si elle n’avait pas sa dose, elle ressentait un véritable manque. Avec le temps cette sensation s’était accrue dangereusement. Elle se mettait à penser à lui en plein milieu de son travail alors que la concentration était de mise. Cet instant en était la preuve, elle était en train de penser à cette relation en plein milieu d’une filature.

 

Prise sur le fait, elle laissa échapper un léger soupir de ses lèvres. Sa vie ne serait jamais facile à cause de cette relation mais aussi à cause de son travail. Si elle avait écouté son père, elle n’en serait sûrement pas là aujourd’hui. Elle serait une brillante chirurgienne mariée à un avocat richissime avec trois merveilleux enfants. Enfin peut-être pas. Dans tous les cas, une chose serait sûre, sa vie aurait été plus normale qu’aujourd’hui, et surtout plus banale. Ce genre de remords, elle ne pouvait s’empêcher de les éprouver. Elle aurait pourtant voulu les nier afin de les mettre dans les oubliettes de son esprit. Malheureusement pour elle, ces dernières étaient bien trop pleines pour pouvoir contenir davantage. Elle devait donc vivre avec jusqu'à sa mort car rien ne pourrait jamais les effacer, pas même une amnésie. Ce genre de chose vient toujours hanter vos nuits comme le font si bien les victimes innocentes que vous avez assassiné. C'est toujours ainsi quand une part d’humanité est encore en vous.

 

- Mais quelle idée a bien pu traverser son esprit pour donner un rendez-vous dans un endroit pareil ?

 

Une touche d’exaspération s’était faite sentir dans son murmure. Sa cible s’était arrêtée devant une usine désaffectée. Elle trouvait cet endroit bien trop cliché pour le crime parfait. Apparemment, sa conduite était toujours dictée par ses maudits films d’action dont les scénarios étaient complètement irréalistes. Il vivait dans l’illusion d’une fiction et non dans la réalité de la vie. Pourtant sa chance insolente lui permettait encore d’éviter tous les pièges de son existence de tueur professionnel. Un jour ou l’autre, il finirait par tomber et elle comptait bien s’en charger personnellement. Avec un peu de chance, l’occasion se présenterait d’ici quelques minutes, si son intuition restait la bonne.

 

Lorsque sa cible pénétra à l’intérieur du bâtiment, elle attendit quelques minutes avant de le suivre. Elle entra à son tour avec une extrême prudence. Chacun de ces pas était calculé pour ne pas faire le moindre bruit. Si jamais elle se faisait repérer, elle tombait directement dans le piège tendu par son adversaire. Il était sûrement au courant de sa présence dans ces lieux puisqu’il connaissait sa manière de procéder. Il savait que pour éliminer ces cibles, elle devenait leur ombre avant de les tuer en pleine rue. Si cette façon de procéder n’était pas sans risque, elle lui permettait faire une démonstration de son talent lors de chacune de ses affaires. Cette fois-ci, elle n’aurait sûrement pas l’occasion d’éprouver cette soudaine montée d’adrénaline au moment de passer à l’acte. Elle n’aura pas de public sauf peut-être son adversaire mais ce dernier n’aura sûrement pas la chance de rapporter son nouvel exploit. Elle s’occupera de lui juste après l’autre…

Tous ses sens étaient en éveil afin de percevoir le moindre indice sur cet environnement. Un silence de mort aurait pu régner dans ce bâtiment si sa cible avait été plus discrète. Seulement cette dernière était en plein affolement. Malgré son souhait d’être discret, son angoisse lui faisait commettre de nombreuses erreurs fatales. Il était une proie facile car chacun de ces gestes étaient accompagnés d’un bruit parfaitement distinctif. On aurait presque pu entendre chacun des battements de son pauvre petit cœur affolé. Au final, elle avait vraiment pitié de lui, même si au fond cela ne changerait rien à sa triste fin.

- Vous êtes en retard.

La voix d’Iceberg venait de se répercuter dans les quatre coins de l’usine. Elle esquissa un sourire en l’entendant comprenant que son intuition avait été la bonne. Il était l’auteur de cette macabre mise en scène. Le clap de fin retentirait au moment où il ne prendrait plus aucun plaisir à torturer sa victime. Dès l’instant où cette dernière se mettrait à le supplier, un sentiment de puissance se mettrait à couler dans ses veines. Un sourire moqueur ferait alors son apparition sur son visage avant de faire pleuvoir des coups. Il ne savait pas faire le travail de manière propre. Il préférait se salir les mains afin de rendre sa victime méconnaissable. Cette surenchère de violence lui déplaisait. Elle préférait tuer sa victime du premier coup plutôt que de la voir agoniser lentement. Face un tel spectacle, les remords se mettaient aussitôt à la ronger et il lui était particulièrement difficile d’achever son travail bâclé. Cela lui était arrivé au tout début mais à force d’expérience, elle avait appris à porter ses coups en plein cœur ou en pleine tête.

D’un pas lent, elle monta l’escalier la séparant de sa victime et d’Iceberg. Au milieu de sa traversée, elle sortit son arme de toujours afin de porter le coup fatal avant la fin de la conversation. Elle voulait épargner à sa proie la séance de torture de son adversaire. Elle allait en quelque sorte le sauver d’une mort humiliante en lui offrant une autre beaucoup plus rapide, mais tout aussi injuste.

- Que me voulez-vous ?

Le désespoir, la peur, l’angoisse parlait d’une seule et même voix. En l’entendant, le cœur de la jeune femme se serra. Il avait sûrement envie d’entendre que c’était une erreur, un malentendu mais il n’aurait sûrement pas cette chance. Quelqu’un lui en voulait au point de le faire assassiner. En plus cette personne avait le vice de le transformer en trophée de compétition entre deux grands professionnels.

- Rendre service à l’un de vos vieux amis.

Elle ferma les yeux en percevant l’ironie d’Iceberg. Avec le temps, le mot pitié avait dû s’effacer de sa mémoire. Même si elle le savait depuis longtemps, elle n’avait pas pu s’empêcher d’espérer un changement d’attitude de sa part. Cette pensée serait sûrement un argument supplémentaire pour prouver qu’elle était toujours une enfant naïve.

- Qui est-ce ?

Un rire forcé aurait pu se faire entendre, mais elle l’étouffa au fond de sa gorge. La question n’était pas drôle mais elle la trouvait toujours aussi incongrue. Pourquoi chercher à mettre un nom à son bourreau ? Cela ne changerait rien à la situation dans laquelle se trouvait le pauvre homme. Il allait mourir tandis que l’autre continuerait à dormir tranquillement sur ses deux oreilles.

- Peu importe…

La dernière marche venait d’être franchie par la jeune femme.

- Pourquoi refusez-vous de me le dire ?

D’un pas lent, elle s’avança un peu vers l’endroit où se trouvaient les deux hommes.

- Vous voulez la vérité ?

Cachée dans l’ombre, elle commence à lever son arme afin de procéder à l’exécution.

- Oui.

Pendant qu’elle visait sa tête, elle ne put s’empêcher de sourire face à ce oui plein d’espoir.

- Je ne sais pas…

La phrase venait à peine de s’achever quand le coup de feu se fit entendre. La balle traversa le crâne du pauvre homme qui s’écroula sur le sol, mort. Une flaque de sang commença à se former autour de sa tête devant le regard faussement incrédule d’Iceberg. Ce dernier fixa sa proie quelques secondes avant de lever la tête et de poser son regard sur la jeune femme à travers l’ombre de sa cachette.

- Dark Ice, on ne t’a jamais appris à ne pas déranger les gens en plein milieu d’une conversation.

- Tu savais très bien que j’étais là, n’est-ce pas ?

Elle s’avança dans la lumière, l’arme à la main prête à tirer. Il la dévisagea avec un intérêt non dissimulé sans pour autant lui répondre.

- Tu voulais me voir faire le travail à ta place, pour me tuer ensuite.

- Tu as raison…

Un mystérieux sourire se dessina sur les lèvres.

- Seulement, je n’ai pas l’intention de me salir les mains pour te tuer…

- De quoi tu…

Avant d’avoir le temps de terminer sa phrase, un coup de feu se fit entendre dans la pièce…

 

Rêver sa mort est un fantasme commun à tous les mortels même si le sujet reste tabou. Lorsqu’on se laisse aller à ce genre de rêverie, la banalité n’a pas de place. On s’imagine en train de sacrifier sa vie pour son amour, pour sa patrie, pour sauver une autre vie mais jamais pour rien. Derrière ce genre de fantasme se cache bien souvent une quête de reconnaissance. Mourir de vieillesse ne donne que très rarement l’accès à l’immortalité. Après tout certains grands noms du cinéma auraient sûrement disparu s’ils n’avaient pas eu une fin aussi tragique que la leur. Au final, on recherche un seul but, celui de ne pas être oublié par les nôtres car c’est l’unique moyen de survivre.

Pourtant face à ce fantasme, une autre explication s’y cache. Si la mort est si tabou, c’est aussi parce qu’elle fait peur. A force de vieillir, on se rapproche tout doucement mais sûrement de l’issue fatale de notre vie. Peu importe nos origines, notre vécu, on finira tous par connaître une fin identique. Et si certains aspirent tant à mourir jeune, c’est aussi pour être surpris par la mort avant qu'elle ne leur fasse vraiment peur.

Son fantasme avait été de mourir d'une façon héroïque, mais avec le temps une manière plus banale s'était imposée à son esprit. Elle aurait aimé voir la faucheuse lui tendre les bras pendant son sommeil, sans douleur. Elle s'était mise à rêver d'une mort à laquelle on aspirent tous, même si on refuse de l'admettre.

Sa mort, elle ne l’a pas choisie, elle l’a juste subie.

Dans son fantasme, elle meurt en lui sauvant la vie. Dans la réalité, elle meurt à cause d’un simple faux pas.

Dans son fantasme, il l’accompagne dans la mort. Dans la réalité, il se bat pour lui sauver la vie.

Dans son fantasme, la mort est synonyme de délivrance. Dans la réalité, elle est aussi synonyme de regrets.

Dans son fantasme, la mort est rapide et indolore. Dans la réalité, elle est lente et douloureuse.

Dans son fantasme, elle est heureuse. Dans la réalité, elle est malheureuse.

Dans son fantasme, elle connaît l’identité de son assassin. Dans la réalité, elle ne verra jamais son visage.

Dans son fantasme, elle meurt de manière héroïque. Dans la réalité, elle meurt en victime…

Comme elle l’a toujours été dans cette triste vie.

 

Allongée dans l’herbe, les cheveux en bataille, ses beaux yeux fixent les nuages défilant dans le ciel. Son côté enfantin a repris le dessus puisqu’elle s’amuse à essayer de leur trouver une ressemblance avec un objet ou encore animal. Quand elle trouve, son visage s’éclaire d’un sourire. Par contre quand elle échoue, une grimace vient se dessiner sur son visage.

- Ma petite princesse est encore en train de faire des bêtises.

Aussitôt, elle cesse son jeu enfantin pour se lever et courir se réfugier dans les bras de son père. Après, il la soulèvera pour l’embrasser puis la mettre sur ses deux épaules. Ils iront alors se promener afin de découvrir de nombreux horizons, ces paysages dont son enfance a été bercée et auxquels elle se raccrochent quand le ciel est gris;et sa vie morose.

Sous l’ombre d’un peuplier, elle s’abandonne dans ses bras. Sans le moindre mal, sa bouche trouve la sienne afin de s’unir. Dès lors leurs mains commencent à se promener sur leurs corps afin de s’offrir l’un à l’autre. Cet instant, elle voudrait le voir durer une éternité mais elle sait que toutes les bonnes choses ont une fin. Elle prend donc la décision d’en profiter au maximum sans se soucier des conséquences. Après tout leur amour est éternel, du moins c’est ce qu’elle pensait de manière très naïve.

Debout, face à lui, les yeux dans les yeux, ils se jaugent du regard. Sa main droite se tient prête à sortir son arme mais elle hésite. Elle ne sait pas d’où vient ce doute surtout qu’il est né à un moment inadéquat. Face à une telle légende, elle n’a pas le droit de défaillir. Elle doit être capable de se montrer forte et surtout capable de se défendre.

Incapable de résoudre ce dilemme, elle assiste de manière impuissante à ce duel inégal. Une seule certitude, l’issue lui sera fatale si elle ne se décide pas à sortir de son rôle de spectatrice. Malgré ses efforts, son corps refuse de lui obéir et la peur jaillit dans son regard au moment où elle entend l’arme faire feu. Aussitôt, ses yeux se ferment attendant la fin.

- On affronte la mort en face.

Le ton est implacable et sa réaction immédiate. Elle rouvre aussitôt les yeux pour lui jeter un regard indigné sans le moindre effet.

- Vous trouvez ça drôle.

- Ne me remercie pas, je n’en vaux pas la peine.

Il lui fit signe de regarder derrière elle avant de tourner les talons et partir. Elle le laissa faire sans un mot mais un peu perdue. Après quelques secondes d’hésitation, elle prit enfin la décision de se retourner.

Un cadavre gisait sur le sol, une balle en pleine tête. L’expression perdue de son visage disparut pour laisser la place à l’incrédulité.

- Pourquoi m’avoir sauvé la vie cette nuit-là ?

- Pourquoi ne pas avoir tiré sur moi ?

- J’ai posé ma question la première…

- Peu importe, elles ont toutes les deux la même réponse…

- Ah oui ?!

- Bien sûr…

- Je peux savoir quelle est cette réponse ?

- Tu le sais très bien…

Etendue sur le lit, elle semble dormir paisiblement. Les oiseaux chantent une douce mélodie tandis que les rayons du soleil éclairent son visage. Au bout de quelques secondes, elle finit par remuer légèrement. Ses paupières s’entrouvrent, puis se referme avant de finir par céder à la lumière. Avec un léger bâillement, elle commence à se mouvoir après une nuit remplie de doux rêves. Pour la première fois de sa vie, elle se sent vraiment heureuse et elle compte bien le rester encore longtemps.

Finalement, elle se décide enfin à émerger hors de son lit douillet pour faire entrer cette lumière chaleureuse dans sa chambre. D’un pas lent et gracieux, elle se dirige vers sa fenêtre, un léger sourire aux lèvres. Une fois devant, sa main droite s’avance pour l’ouvrir mais un doute l’envahit de manière soudaine. Elle a peur de ce qu’elle va découvrir sans en connaître la raison. Pourtant elle n’a rien à craindre. Ici la vie est paisible et personne ne connaît son passé.

Prenant son courage à deux mains, elle se décide enfin.

Il est là. Il la tient dans ses bras. Enfin non…ce n’est pas elle mais son corps sans vie. Son visage est inexpressif mais elle perçoit la lueur de ses yeux…cette lueur de souffrance que sa mort a causée.

 

Jamais elle ne pourra se le pardonner.

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Anna Ferju
Posté le 07/05/2019
Hello ! Je suis nouvelle par ici et ton texte est le premier que j'ai le plaisir de découvrir. J'arrive un peu 10 000 ans après l'action, mais j'ai trouvé l'histoire bien construite et parfaitement déroutante (dans le bon sens du terme). J'ai donc hâte de voir comment ton style a évolué depuis !
Seja Administratrice
Posté le 06/05/2009
Fiuu, ça faisait longtemps que j'avais pas lu un de tes textes. Depuis Colora en fait (que j'ai jamais reviewé, shame on me...), ce qui remonte à quelques années... D'ailleurs j'ai vu que tu y avais donné une suite, faudrait que j'aille voir ça à l'occasion.
Mais pour en revenir à Dark Ice. En fin de compte, j'ai trouvé pas mal de similitudes avec Colora justement. Pas au niveau de l'histoire, mais dans la manière de l'aborder. C'est flou, c'est très flou, mais les personnages n'en ressortent que mieux dessinés. On ne connait ni leurs véritables noms, ni leur apparence, mais le peu qu'on a suffit amplement à se les imaginer.
L'alternance entre l'exécution du contrat et l'agonie de l'héroïne m'a un peu perturbée au début, mais juste le temps de prendre mes marques. Et finalement, c'est ce qui donne toute cette ambiance. Un mélange d'espoir et de fatalisme, de rêve et de désillusion. On sait Dark Ice condamnée dès le début et pourtant elle n'en parait pas moins vivante, au contraire. Elle déborde de vie sans avoir vraiment conscience de vivre ses derniers instants.
La mort est omniprésente. Sujet tabou dans la culture occidentale, je trouve que tu la traites avec finesse et réalisme. Ni belle, ni héroïque, ni maitrisée. Elle est là où on ne l'attend pas, elle met tout le monde sur un pied d'égalité, elle n'épargne personne. 
En lisant ce texte, je me disais quand même que tout ça me disait quelque chose. N'avait-il pas été publié en téléfilm sur Neo ?
Une belle histoire qui m'a donnée envie d'aller découvrir tes ws de plus près :)
Jupsy
Posté le 06/05/2009
Merci pour ton commentaire. 
Ah Colora...une histoire, qui m'aura donné pas mal de fil à retordre et dont la suite a été terrible à écrire. Pour les reviews, ce n'est grave, tu as lu, tu as survécu, c'est l'essentiel ! ;p
Pour en revenir à Dark Ice, il a bien été publié en tant que téléfilm de NéoWS. Tes souvenirs sont bons ! :)
Sinon que dire de plus à part merci ? Pas grand chose sans doute, si ce n'est que tu me fais très plaisir en m'annonçant que je traite la mort avec finesse et réalisme. Cela me touche beaucoup dans le sens où c'est un sujet, qui m'intrigue beaucoup et que j'aime aborder dans mes textes au même titre que la folie par exemple. J'aimerai bien dire que j'aime bien toucher à ce qui est tabou, mais au fond ce serait peut-être un mensonge, vu que dans ma tête, quand j'écris, il n'y a pas vraiment de tabou. J'aime aborder tous les sujets que j'essaie de traiter avec le plus de réalisme possible, ce qui est peut-être étrange de la part d'un auteur de science-fiction...mais bon, on se refait pas. Quant au flou, c'est quelque chose que j'aime utiliser dans ce genre de texte, je n'aime pas être trop précise, j'aime laisser une place au lecteur. Au fond, c'est peut-être pour ça que ma suite de Colora a été si difficile à écrire, parce que je ne veux pas imposer une interprétation des faits à mes lecteurs, dans ces textes, je veux leur laisser un certain libre arbitre...à eux de décider ce qu'ils voient...
En tout cas, je suis ravie que cela t'ait plu. Et j'espère que le plaisir était pareil à celui que j'ai éprouvé à cet avis que tu m'as offert. :)
Cricri Administratrice
Posté le 12/04/2009
Une très, très belle histoire qui me laisse encore pensive, maintenant que je l'ai terminée. Je trouve que tu vas vraiment au fond de ton sujet : tu n'es pas frileuse et tu donnes une richesse incroyable à tes personnages, malgré tout le flou qui les environne (flou que j'aime bien, car il renforce l'atmosphère bien particulière de cette nouvelle) Une histoire d'amour et une histoire de mort, qui émeut et qui effraie, qui ravit et qui désole. C'est incroyablement intense. J'en ai encore la chair de poule...
Oh, et chapeau bas pour la structure de ta nouvelle qui oscille entre présent et passé, agonie et souvenirs : ça surprend au début mais, au fur et à mesure, ça prend tout son sens.
Bref, un excellent texte qui m'a profondément marquée et qui, je crois, me laissera un souvenir puissant.
Jupsy
Posté le 12/04/2009
*o* Merci pour ce merveilleux petit commentaire auquel j'étais sûre d'avoir apporté une réponse. J'en reste toujours aussi sans voix alors je vais me contenter de te faire un gros câlin ! <3
Flammy
Posté le 10/04/2009
Je viens de tout lire d'une traite et que dire à part que j'ai beaucoup aimé ? ^^ J'avoue que c'est pa follement joyeux comme tu le dis, mais n'empêche, c'est tellement bien rendu que d'un sens, m'en fiche que ça soit triste >< Qui a dit que j'étais logique ?
Au début j'étais légèrement déroutée par le passage agonie/moment du travail mais c'est très rapidement passé, on s'y fait assez vite ^^ Ca reste déroutant, mais les séparer aurait fait trop cloisonné et  non, je préfère comme ça ^^ A la fin, au contraire, la succession est bien marquée mais là, c'est les souvenirs qui s'enchainent sans contrôle, je ne vais pas dire que c'est normal, je ne suis encore jamais morte, mais l'accélération de la fin reste bien dans toute la continuïté, chais pas si je me fais bien comprendre :/ Tout va bien ensemble quoi xD 
Après, l'histoire en elle-même est très bien raconté. Tu ne t'atardes pas sur les "détails" comme les descriptions mais en même temps, tu nous donnes des petites informations comme les méthodes de travail de Iceberg. J'ai l'impression à la fin d'en connaître beaucoup et pas assez, tu aurais fais une suite que je me jetterais dessus sans trop hésiter ^^" En fait, on a énormément le ressentit de DarkIce et, assez paradoxalement, cela la rend très vivante pour moi ^^" Pas normal alors qu'elle meurt, je sais --" 
Je ne sais pas trop quoi dire de plus ^^" Ton histoire m'a laissé une très bonne impression et je me suis laissée portée par ce que tu as écris sans penser à rien d'autre qu'à l'inéluctable qui allait arriver, c'était vraiment bien menée je trouve :D Brefouille, pour résumer, j'ai beaucoup aimé ^^
Pluchouille zoubouille ! 
Jupsy
Posté le 10/04/2009
Merci Flammy !
Je te rassure, tu te fais parfaitement bien comprendre et tu me fais super plaisir. Et j'aime bien ta logique, non, j'adore ta logique. ;) Dans ton avis, tu évoques tout ces petits points, qui me faisaient peur vis-à-vis du lecteur. J'avais la frousse de le dérouter avec la structure (l'évolution) de l'histoire, mais aussi avec l'histoire elle-même qui dit beaucoup et assez peu en même temps. Le fait de voir que tu les as bien reçu, me rassure et me réjouit. :)
Je suis donc ravie de voir que tu as beaucoup aimé ! Et Merci encore pour ce gentil commentaire !<3 <3 <3
Spilou
Posté le 09/04/2009
Salut ^_^<br />
<br />
Je viens de lire Dark Ice, et je comprends pourquoi tu aimes ce que tu as écrit même si cela fait longtemps. Je suppose (comme je te lis pour la première fois) que ton style a évolué avec le temps. Mais cette histoire a un charme certain dont tu peux être fière. <br />
<br />
Tout d'abord, j'ai beaucoup aimé cette ambiance sombre dans laquelle agissent tes personnages. Sombre parce qu'on ne sait jamais vraiment à quoi ils ressemblent physiquement ni ce qu'ils pourraient être dans la vie de tous les jours. Ils sont l'ombre d'eux-mêmes, ils agissent, excellent dans un domaine bien particulier : le commerce noir, celui de donner la mort commanditée par celui qui paiera le mieux. J'aime cette façon que tu as eu de présenter ces missions telles que l'on se fiche de la victime. Car la victime n'était jamais la cible, mais ceux qui abattaient la cible, et ça c'est fort ! Là j'ai été impressionnée. Peu d'auteurs peuvent se vanter d'arriver à mettre de côté l'atrocité du meurtre, à l'éclipser dans le sang-froid des tueurs à gage de sorte que l'on puisse comprendre qu'en réalité, la cible n'est pas la seule à perdre la vie. Non, les tueurs perdent eux-mêmes une parcelle de ce qui les définit. <br />
<br />
Il y a plein d'autre choses qui ont fait que j'ai aimé cette histoire. Par exemple, la façon dont Dark Ice avait de gérer (ou pas) ses émotions, ses sentiments : Celui qui l'aime perturbe autant qu'il apporte quelque chose de fondamentalement bien. Seulement la dureté de l'existence de DI ne l'a pas préparée à répondre à ses attentes sans tomber à cause du déséquilibre. Elle vit son métier, et l'inverse de son métier. Elle subit son job et le revers du job. Comment ne pas péter les plombs et faire des erreurs après ça ? Alors elle use de la seule arme qui ne lui ait jamais fait défaut : son instinct accouplé avec son obstination. Qu'elle se plante ou réussisse n'était pas important du coup. Elle était au-delà de la mort. Elle l'a donné trop souvent pour se limiter à ce détail. C'était changé radicalement qui l'aurait 'tuée' nette. Se remettre en question était le problème. Et la remise en question, chez un tueur c'est fatal. Oui parce que si elle s'était remise en question, elle aurait été aussi vulnérable que si elle s'était laissée aller dans les bras de son amant. Dans tous les cas elle était condamnée. (Je l'ai compris peu après le premier tiers lu)<br />
<br />
Sinon, l'autre aspect que j'ai bien aimé, que ton style de plume rendait pas mal du tout, c'est la désillusion de Dark Ice face à la mort. La mort n'est jamais belle. Elle est laide. Bien sûr on se conditionne mentalement pour tenter d'y apporter de la dignité, mais physiquement, biologiquement, ça craint ! ""Dans son fantasme, la mort est rapide et indolore. Dans la réalité, elle est lente et douloureuse."" ça c'est un parfait exemple de désillusion parmi la liste vraiment bien agencée de tout ce qui est révisé à la baisse.<br />
<br />
Je pourrais continuer longtemps en piquant les détails un par un pour les commenter, mais là, j'ai des trucs sur le feu qu'il faut que je fasse, mdr ! En tout cas, bravo, et c'était bien avisé de poster cette histoire, elle peut apprendre plein de choses au lecteur/auteur qui la parcourt avec ou sans recul. Au plaisir de te lire encore !<br />
<br />
Enjoy, Spilou ^_-
Jupsy
Posté le 09/04/2009
Merci ! <3
Ton commentaire me fait très plaisir dans le sens où tu as su capter les choses, que j'ai essayé de retransmettre au travers ce texte. En plus, tu arrives même à l'exprimer beaucoup mieux que moi...qui peut patauger pendant des heures quand je parle de mes histoires. J'ai beau les avoir écrites, je ne sais pas les résumer. Par contre, je suis toujours émerveillée par les commentaires que peuvent faire les lecteurs. Le tien est super parce qu'il me rassure car tu as reçu le texte comme j'aimerais que chacun le reçoive. Ta manière de parler de mon histoire, de mes personnages, de la mort telle que je la présente, c'est magnifique à entendre pour un auteur, pour moi. Là, je me sens clairement comme une auteure super chanceuse. :)
Je ne peux conclure qu'en te redisant merci pour ce commentaire merveilleux, et j'espère sincèrement que ma plume te séduira encore, si tu lis un autre de mes textes. :)
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