Chapitre 1.

Par Aruka

Dans la ville de Misciel se situant à l'extrême sud-ouest de Wataku, Aruka, emmitouflée dans une cape de voyage blanche, traversait les étalages qu'offrait le marché. Elle observait, d'un regard pétillant, toutes les bonnes choses et les étranges merveilles que cette ville pouvait lui offrir. Misciel était une cité aux couleurs hivernales, pourtant, malgré les apparences, c'était un endroit foisonnant de vie. Un marché se déroulait tous les jours sur la place centrale, laissant constamment place à la nouveauté. Les marchands venaient de tout horizon pour vendre leurs marchandises extraordinaires, qu'ils ne pouvaient exposer qu'une seule journée. C'était ce qui faisait tout le succès de cette ville de pierres blanches.

L'homme aux cheveux noirs, qui se tenait aux côtés d'Aruka, ne se préoccupait pas de Misciel. Les yeux posés sur son amie, il était songeur. La brunette aux cheveux naturellement raides, dévisageait de ses yeux couleurs océans, les pâtisseries devant elle. Où allaient-ils ? Pourquoi étaient-ils ici ? Des questions auxquelles il n'était pas sûr d'obtenir de réponse.

Aruka acheta un peu de nourriture. Elle fit signe à son compagnon et alla s’asseoir sur un banc pour dévorer son achat. Elle n'avait pas réussi à lutter contre l'appel d'un gâteau au chocolat.

– Que fait-on ici Aruka ? demanda enfin l'homme.

– On cherche quelqu'un.

– Qui ? questionna machinalement son compagnon de route.

– Quelqu'un de peu recommandable. Roy, tu es sûr que tu ne veux rien manger ?

– Qu'est-ce que tu manigances encore, Arka ? s'enquit-il en l'appelant par son surnom.

La concernée, tout en continuant de grignoter comme un rongeur à la sortie de l'hiver, leva les yeux vers son ami de toujours. Elle n'avait pas besoin de parler, son simple regard suffisait à lui faire comprendre qu'il posait beaucoup trop de questions. Il ne chercha donc pas plus loin, sachant qu'il allait finir par connaître la réponse à un moment donné. Il n'était pas pressé, -il ne l'était jamais-, il avait tout le temps devant lui.

Aruka arrivant à la moitié de sa part de gâteau, le tendit vers Roy. Celui-ci refusa poliment mais la brunette aux reflets chocolat fit la moue, contrariée. Depuis qu'ils étaient partis du village voisin à plusieurs dizaines de kilomètres d'ici, il n'avait rien mangé. Elle décida donc de lui faire avaler de force.

La part fourrée dans la bouche, Roy redressa avec vivacité la tête lorsqu'il entendit un cri qui disait : "au voleur !". Ce fut Aruka qui réagit la première en bondissant du banc pour se diriger en toute hâte vers l'origine du bruit. Roy dont la mâchoire était garnie, se retrouva seul. Il prit le temps de mâcher et de déglutir avant de partir tranquillement sur les pas de sa camarade. Il n'était pas pressé.

Aruka avait réagi instinctivement sans vraiment savoir où elle allait. Les gens autour d'elle s'agitaient, certains d'entre eux accouraient aussi vers la dame en détresse, aux côtés de son mari assommé. Mais impossible de mettre la main sur le voleur. Elle arrêta donc de chercher avec les yeux et les ferma. Les rues de Misciel se ressemblaient toutes pour elle : du blanc du sol jusqu'à la toiture. Elle devait se guider avec un autre sens bien plus développé chez elle : l'odorat.

Ledit voleur courait gaiement dans les petites ruelles, heureux d'avoir privé ce vieux couple de ses biens. Cependant, sa joie n'allait pas durer. Il vit surgir de nul part un bras tendu qu'il ne pouvait éviter, bien trop élancé dans sa course. Se prenant l'avant-bras en pleine mâchoire, l'homme tomba à la renverse. Il n'eut pas le temps de réagir, se faisant empoigner fermement par la main d'un autre voleur portant le nom d'Ethan. Le poing de celui-ci vint le sonner d'un méchant uppercut.

Ethan attrapa le porte-feuille, laissant le sac à main au pied de son confrère. Il ne prit que l'argent qu'il enfourna dans l'une de ses grandes poches avant de s'enfoncer dans la ruelle, rabattant la capuche noire de sa veste dissimulant ses yeux noisettes et cachant sa tignasse blonde. Tragique ironie d'un voleur dépouillé par un autre brigand. A la différence près qu'Ethan ne serait pas accusé de vol s'il venait à se faire arrêter. Intelligent ce garçon. Enfin, presque.

Il fut rapidement cueilli par les amis du voleur assommé quelques secondes plus tôt par ses soin. Malgré les efforts de Byakko, les forces de l'ordre, pour faire disparaître la délinquance, Misciel attirait étrangement ce genre de personnes, -sûrement à cause de son marché unique au monde.

Ethan n'était pas inquiet ; venant des toits, son groupe à lui tomba sur ses adversaires. Une fois que quelques dents furent cassées ainsi que quelques nez, Eria, son bras droit, qui léchait le sang frais sur ses poings, récupéra l'argent qu'il lui tendit. Elle laissa les autres s'occuper de ces petites racailles, s'en allant tranquillement. La femme aux yeux ambres et aux cheveux châtains courts qui encadrés son visage arrondi, comptait sereinement la monnaie. Elle s'engagea dans la rue principale qui menait vers les étals. Elle avait tellement hâte de se mettre quelque chose sous la dent ! Après tout, cela faisait des jours qu'ils mangeaient du pain sec avec un peu de viande. Eria n'avait rien contre la viande, en revanche le pain sec, ce n'était pas ce qu'elle préférait.

Cela l'obnubilait à un tel point qu'elle ne remarqua pas la personne qui la suivait. Lorsqu'elle arriva à un croisement, une main ferme posée sur son épaule la tira dans une ruelle déserte. Eria eut comme premier réflexe de grogner -elle n'était humaine que d'apparence- car du sang d'Inujiyu coulait dans ses veines. Rapidement son odorat lui rappela qu'elle n'était pas la seule à être une créature magique. Cette odeur, elle la connaissait bien car en partie c'était la sienne. La même race, le même sang. De son regard ambre, elle dévisagea Aruka. Son grognement devint plus rauque malgré le silence de celle qui lui faisait face.

Sans crier gare, Eria prit sa forme bestiale. C'était celle d'un canidé proche d'un chien-loup au pelage mi-long et en pétard. Les Inujiyu donnaient toujours l'impression qu'ils avaient mit les griffes dans une prise électrique. Cette race était aussi de taille moyenne mais particulièrement baraquée. De robe bicolore, celle d'Eria était brune aux reflets rouge et noire cendrée. Chaque robe déterminait une espèce, un élément. Eria était une Inujiyu Focus, les Inujiyu du feu. S'approchant d'un air menaçant dans la direction de la brunette, Eria fit claquer bruyamment sa mâchoire. Aruka ne recula pas, son regard d'un bleu digne de la profondeur des océans brillait d'un certain amusement. Elle ne la craignait pas malgré toutes ses menaces. Le pas nerveux d'Eria dans sa direction se transforma en un bond puissant et rapide. Elle visait la gorge, Aruka le savait, elle s'apprêta donc à échapper une mort éclair quoi qu'un peu douloureuse.

Roy surgit de nulle part. D'une main souple et légère, il avait dégainé son katana qui se trouvait dans son dos, le faisant glisser hors de son fourreau. Eria fut surprise. Elle était lancée, l'éviter lui était quasiment impossible. Ce ressenti ne dura néanmoins qu'une fraction de seconde, lui décrochant un sourire. Elle pouvait toujours faire surgir des flammes de sa gueule pour blesser le bretteur avant que la lame de celui-ci ne vienne lui perforer le crâne d'une estoc.

Par chance, enfin disons-le comme cela -parce qu'Eria était une vraie petite teigne bagarreuse-, Ethan n'était jamais très loin. Le grand blondinet sautant d'un toit avait attrapé la créature magique dans son vol tout en sortant un couteau pour bloquer l'arme de Roy. Les deux hommes chacun impressionné par la rapidité de l'autre se toisèrent quelques secondes avant de reculer et de donner le deuxième assaut.

Par aubaine, enfin disons-le comme cela -car il y a un énorme gouffre de force entre les deux hommes- une chaîne vint brusquement s'enrouler autour de la main de chacun d'entre eux, les forçant à lâcher leur arme respective et ainsi mettre fin à cet échange musclé.

Les forces de l'ordre étaient là.

Ethan se retrouva rapidement maîtrisé. Apparemment il avait déjà eu des soucis avec eux. Eria, -qu'Ethan avait posé avant d'attaquer une nouvelle fois-, avait eu le réflexe de fuir dès qu'elle avait aperçue les hommes à la veste arborant le blason de Byakko : le tigre blanc avec des feuilles d'automne laissées derrière son sillage. Quant à Roy et à Aruka, des questions leur furent posées et suite à leurs identifications, ils furent relâchés.

Aruka était assez silencieuse. Elle toisait les hommes des forces de l'ordre qui emmenaient le voleur. Et cela, Roy le remarqua très vite.

– Tu as l'air ennuyée.

– Je le suis, souffla-t-elle. Je me suis dis qu'on aurait pu leur demander où se trouve la personne que l'on cherche en échange de notre silence.

Elle poussa un profond soupir de désespoir qui renfrogna sa mine frustrée.

Ils firent quelques pas pour quitter la ville de Misciel mais la femme finit par s'arrêter. Cela faisait des semaines qu'ils tournaient en rond et même si Roy ne s’impatientait pas, elle, c'était le cas. Elle fixa quelques minutes ses chaussures sales. Elle fatiguait de marcher autant à la recherche d'un fantôme.

Elle leva alors promptement son regard pour venir le planter dans les yeux gris de son compagnon.

– Si tu devais trouver quelqu'un de vraiment peu recommandable, du style liste noire de tous les protecteurs de ce monde... tu ferais comment pour le trouver ?

– Je demanderai à des personnes aussi peu fréquentable que lui pour avoir plus de chances de l'atteindre, répondit-il avec détachement. Généralement, les gens de l'ombre se connaissent bien entre eux.

– Ils sont les premiers délinquants que nous croisons depuis que nous sommes partis, constata-t-elle.

– Je n'aime pas ce que tu sous-entends. Tu ne veux toujours pas me dire qui nous traquons ainsi à l'aveugle ?

– Nope ! affirma-t-elle avec malice. Tous les coups sont permis pour rencontrer celui que l'on cherche. A Valiassus, fais comme les valiassiens.

– Ce n'est pas une bonne idée Arka.

– Je peux me débrouiller sans toi, rétorqua-t-elle.

– Pour commettre des infractions aux lois de Seiryû, ça ne doit pas être quelqu'un de facilement accessible.

– Exactement.

Elle disait cela avec un fin sourire malicieux. Roy soupira longuement. Il n'avait pas vraiment le droit de se mêler de tout ceci. Mais il se devait de protéger cette Inujiyu alors il se plierait à son petit jeu dangereux et immoral. Cependant, cela ne le dérangeait pas pour autant, il n'était pas sous la juridiction de Seiryû, la justice d'Oblivion, et Aruka avait un statut plutôt spécial. De plus, avec un peu de chance, Byakko ne mettrait même pas la main assez longtemps sur eux pour connaître leurs identités, en cherchant dans leur base de données.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Hugo Melmoth
Posté le 18/07/2020
Bravo ! J'adore ton premier chapitre ! Hormis l'oubli de "savoir" dans la phrase "Aruka avait réagi instinctivement sans vraiment ......... où elle allait" (ce qui n'est pas grave, mais je te préviens tout de même), je trouve tout parfait ! Je comprends maintenant pourquoi le pseudo "Aruka"...
Je lis la suite très bientôt ;) !!
Aruka
Posté le 18/07/2020
Ahaha merci ça me fait super plaisir ce que tu dis ^^ Et merci pour l'oubli, je vais le corriger de ce pas !
A bientôt alors ;)
Vous lisez