Chapitre 1

Une pile de dossiers coincée sous chaque bras, Monsieur Lic pressa le pas. Passer devant la fontaine gelée, tourner à droite après la salle des doléances et s’engager dans l’étroit couloir du donjon principal.

Monsieur Lic pesta après les lenteurs administratives du ministère des transports. Cela faisait plus de cinquante ans qu’il avait déposé une requête pour que les marches soient ensorcelées et il avait beau relancer chaque année, rien ne se concrétisait.

Au deuxième palier, un voile de sueur se forma sur son front.

Au troisième palier, une cascade de jurons se déversait de sa bouche.

Au cinquième palier, une respiration chaotique prenait le relais.

Au huitième palier, c’est dans un silence essoufflé que Monsieur Lic parvint à destination.

 

Heureusement que l’inventaire ne s’effectue qu’une fois par an, pensa-t-il tout en s’essuyant le visage avec sa manche pleine de taches d’encre.

Comme toujours, il était le premier arrivé. Il hésita un instant à ouvrir le soupirail pour laisser un peu d’air frais entrer dans cette pièce à l’atmosphère poussiéreuse. Un simple coup d’œil à l’extérieur l’en dissuada.

La salle culminait par delà les nuages, là où pluie et cristaux de neige cohabitent. La pièce ne possédait pas de cheminée et il ne fallait compter que sur l’échauffement de son activité cérébral pour lutter contre le froid. Monsieur Lic n’avait jamais froid.

Monsieur Lic étalait minutieusement les dossiers de l’année écoulée sur la grande table en bois quand il fut interrompu par l’arrivée de l’une de ses collaboratrices, Madame Corne.

Les mains dans les poches, le teint rose et reposé, elle semblait ne point avoir souffert de l’ascension des huit étages du donjon. L’instinct de Monsieur Lic sonna l’alerte.

— Je ne savais pas que vous étiez devenue sportive, siffla-t-il entre ses dents.

— Je ne le suis pas, répondit Madame Orne avec nonchalance, tout en caressant paresseusement l’accoudoir en velours du bout de l’index

— Et donc ?

— Donc quoi ?

— Je suis certain que le ministère des fraudes sera…

— … tout de suite les menaces, détendez-vous, mon ami. Il ne s’agit que d’un échange de bons procédés avec une bonne fée.

— Un échange de bons procédés…

— Oui. Je vous passe les détails, mais je ne dirais qu’une chose. Une fée dans son lit c’est une fée qui distribue sa magie.

Madame Corne lança un clin d’œil provocateur à un Monsieur Lic fulminant.

— Je suppose que vous ne ressentez aucune honte à dévergonder une fée ? grommela-t-il.

— Si vous étiez moins prude, je vous partagerais quelques-unes de leur pratique. Peu commune, mais diablement efficace pour…

— … ça suffit. Je ne veux plus rien entendre. Nous avons beaucoup de travail.

Monsieur Lic détestait les anecdotes grivoises de Madame Corne. Tradition et convention dirigeaient chacun des domaines de vie de Monsieur Lic. Avide de changer de sujet, il parcouru la pièce avant de s’arrêter de nouveau sur Madame Corne.

— Ne deviez-vous pas être accompagné du cousin de notre bien-aimée souveraine ?

Madame Corne bâilla sans retenue, sans prendre le soin de protéger de sa main, la vision de sa glotte glaireuse.

— Si vous parlez du petit stagiaire, il arrive. J’imagine qu’il ne devrait plus tarder. À son âge, ça se parcourt sans faim ces huit étages.

À peine avait-elle terminé sa phrase, qu’une grande tige toute chiffonnée aux cheveux hirsutes s’écroulait sur le palier.

— Quand on parle du loup…, ricana Madame Corne. Allez, au boulot, j’aimerais bien avoir fini avant la nouvelle pleine lune.

De la pointe de son soulier, elle tira la table basse vers elle, s’étira longuement et finit par froncer les sourcils en voyant le jeune garçon toujours étalé sur le sol.

— Ah les jeunes, toujours fatigué.

Monsieur Lic s’agenouilla à coté du stagiaire et approcha un flacon de sel près de son visage. Immédiatement celui-ci se réveilla en grimaçant.

— Je crois que je me suis évanouie.

Un rire sarcastique s’échappa des lèvres de Madame Orne, qui détourna rapidement la tête face au regard furibond de Monsieur Lic.

— Tu te prénommes Poch, c’est bien ça ?

— Oui, Monsieur.

— Installe-toi avec ta plume et ton parchemin et prends des notes pour le compte rendu. D’accord ?

Poch hocha la tête et partit s’asseoir dans le coin opposé de Madame Corne.

Monsieur Lic saisit solennellement le marteau en bois et frappa à trois reprises sur le socle creusé par les multiples coups reçus pendant des décennies.

— Je déclare l’inventaire de l’année, ouvert !

 

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Nathalie
Posté le 26/01/2023
Bonjour Cocochoup

Petites corrections :
Au huitième palier, c’est dans un silence essoufflé → ce fut dans
l’échauffement de son activité cérébral pour lutter contre le froid → cérébrale
il parcouru la pièce → parcourut
Ne deviez-vous pas être accompagné du cousin → accompagnée
Ah les jeunes, toujours fatigué. → fatigués
Je crois que je me suis évanouie. → évanoui

Les personnages sont bien posés. Leurs caractères sont détaillés. Le style est agréable.
Sofhily
Posté le 21/11/2022
Salut, j'aime bien l'univers de ta fiction avec les fées. Par contre, j'étais perdu pendant certains dialogues, mais ne le prend pas contre toi.
Ne te décourage pas c'est cool ce que tu écris !
Cocochoup
Posté le 21/11/2022
Coucou Sofhily !

Merci pour ton commentaire.
Pour les dialogues, tu as raison. C'est parfois peu clair. Il faut que je travaille les incises pour éclaircir tout ça
sifriane
Posté le 17/11/2022
Salut Coco,
Trop contente de te revoir par ici, surtout avec ce registre.
Ca promet d'être drôle et cocasse.
Hâte de lire la suite (lâche pas l'affaire, t'es trop bien partie)
A bientôt :)
Cocochoup
Posté le 17/11/2022
Coucou Sifriane,
Merci beaucoup pour ton commentaire et ton soutien. Ca me touche beaucoup de voir que tu es là, même après une longue absence de ma part ❤
itchane
Posté le 17/11/2022
Ouah Coco !

Tu as déjà ton idée et tu es déjà lancée, mais c'est trop bien ! ♥
Je vois que cet AT t'as vraiment inspirée ^^
Trop drôle M. Lic et Mme Corne, j'adore le clin d'œil, surtout qu'ils ne s'entendent pas du tout x'D
(Attention j'ai l'impression que Mme Corne s'appelle parfois Orne sans le C, à vérifier, si ce n'est pas fait exprès).

J'aime beaucoup le contraste entre les deux personnages, si l'on ajoute à cela l'arrivé du pauvre stagiaire (qui va sûrement en baver x'D) cela donne envie de connaître l'alchimie explosive que tout cela va provoquer !

Bravo pour ce beau démarrage parfaitement dans le thème ♥
Cocochoup
Posté le 17/11/2022
Coucou Itchane,
Ca me fait plaisir de te voir passer par ici ❤
Je vais corriger les Orne et Corne, c'est une faute de frappe 😅
Pour le stagiaire... c'est dans leur lettre de mission de souffrir, non? 😆
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