Chapitre 1 - 1492

Notes de l’auteur : Bonjour / Bonsoir à tous et à toutes !
J'espère tout d'abord que vous allez tous bien.
Moi, ça va fort bien !

Voici mon tout premier chapitre où vous allez faire la connaissance de notre héroïne (et pas la drogue, hein) : Rùmil.
Vous vous demandez sûrement - C'est quoi ce nom pété du slip ? - Beeeeeen, je voulais quelque chose d'original ! Hé puis, ça me plaît, alors chuuut.

Je vous laisse faire sa connaissance en vous souhaitant une bonne lecture ! ^^

~~ Tetrixaz ~~

« — Aujourd'hui, je vous rends vos devoirs sur le sujet de Valaraukar. Dans l'ensemble c'est plutôt bon, certains méritent leur place et d'autres... Beaucoup moins, prononce notre instructeur avec un regard sévère à l'attention d'un de mes camarades. Vous pourriez au moins feigner d'écouter monsieur Lerb.

— Pardonnez-moi si je trouve qu'assister à des cours à vingt-sept ans est ridicule, réplique-t-il en ricanant. »

Notre professeur, Sir Rendhal, qui est aussi capitaine dans l'armée, pose violemment la copie devant mon camarade ce qui le fit sursauter.

« — Je viens à me demander si cela est vraiment ridicule, lorsque je vois vos réponses : Qui est le chef de l'armée Valaraukienne ? Un guignol, lit Rendhal sur la copie du jeune homme. »

Des rires sonores fusent dans la salle et ne font qu'amplifier la colère du capitaine. De mon côté, je reste calme et neutre comme à mon habitude. Un temps, lorsque j'étais encore adolescente, ces bêtises me faisaient rire, mais j'en suis lasse à présent. Lasse de constater que notre armée est constituée de jeunes hommes et jeunes femmes immatures. Et après notre roi s'étonne que nos alliés ne souhaitent plus combattre à nos côtés.

« — Vous avez envie de rire ? Fort bien. Au lieu d'aller vous reposez en ville cet après-midi, vous irez tous en salle d'entraînement jusqu'à 20 heures, des protestations se font entendre. Remerciez votre camarade Barlen. Hors de ma vue pour le moment, allez manger. »

Tout le monde se lève dans un horrible grincement de chaise sur le parquet ciré. Je grimace et me lève à mon tour pour suivre le troupeau gentiment.

« — Mademoiselle Hernn, pourriez-vous venir un instant je vous prie ? m'interpelle le capitaine Rendhal.

— Bien entendu, je m'approche de son bureau en bois me demandant si j'ai fait quelque chose de mal.

— Le concours pour la place de chef est à la fin de la semaine, comme vous le savez, je hoche la tête ne comprenant point où il veut en venir. En toute honnêteté, vous êtes la plus disposée à assumer ce rôle. Votre réflexion, votre vivacité d'esprit et vos techniques de combats sont en tout point remarquables.

— Merci capitaine, cependant, il y a un - mais - à tout cela ?

— En effet, vous réussirez hauts la main vos écrits, oraux et l'épreuve de combat, mais Barlen également. Il fait seulement le pitre lors de mes enseignements pour faire son intéressant, néanmoins vous savez comme moi qu'il est très doué. Et malheureusement, il vous dépasse en combat. »

J'examine Rendhal complètement ailleurs. Mes doutes sur ce qu'il insinue se font plus véridiques et j'appréhende ce qu'il va me demander.

« — Surpassez-vous mademoiselle, vous en êtes capable. Je vous avoue que annoncer Barlen en tant que prochain chef m'irrite, m'avoue-t-il dans un sourire complice.

— Je ferais de mon mieux pour le surpasser, je lui rends son sourire avant de m'éclipser de la salle. »

En marchant dans les longs couloirs de pierres du château, ma cage thoracique résonne bruyamment dans ma tête face à cette promesse. Même si cela me fait mal de le dire, Barlen m'est supérieur au combat et j'angoisse à l'idée de devoir le surpasser en moins d'une semaine. Certes, je m'entraîne d'arrache pied tous les jours depuis des années, mais je n'ai jamais pu le surpasser. Comment pourrais-je y parvenir en seulement une semaine ? Un long soupire s'échappe de ma bouche, signe que je dois me calmer et me détendre.

Hors des murs de pierres, j'atterris dans le jardin Est de la forteresse. Ce bout de verdure est le lieu que je chérie le plus dans cette ville. En son centre se trouve un immense chêne millénaire entouré de petits bancs en pierres. Mon esprit se perd dans la roche grise, mais il est vite rappelé à la raison par une voix qui ne m'est pas inconnue.

« — Nos étreintes sensuelles te manqueraient-elles ? me susurre Barlen au creu de mon oreille. »

Je me retourne vivement et recule de quelques pas pour instaurer mon espace vital entre mon camarade et moi.

« — Barlen, je lui réponds d'un ton agacé et irrité.

— Rùmil, commence-t-il en fronçant les sourcils. Peux-tu arrêter ce petit jeu entre nous ?

— Il n'y a aucun jeu. Rentres toi dans le crâne que c'est terminé. »

Barlen attrape violemment ma main gauche et me la met sous le nez.

« — Cette bague ne signifie pas cela pour moi.

— Notre mariage était seulement une obligation pour moi et un plaisir pour ma mère, je me libère de son emprise d'un revers de main. Ce qu'il y a pu avoir entre nous à une époque n'existe plus.

— Rùmil, n'écarte pas tout espoir de la sorte. Prends le temps d'y réfléchir mûrement, je t'en prie ! m'implore-t-il pratiquement.

— Peut-être qu'il y aurait encore une once d'espoir si tu n'étais pas trompé de lit, dis-je sèchement l'air mauvais.

— Une fois, une fois ! Je n'étais plus moi-même...

— Cela ne t'excuse en rien, une fois c'est déjà trop, je lui tourne le dos. Sur ce, ma mère m'attend. »

C'est d'un pas pressé que je reprends ma route sans me retourner. Certes, je suis restée fière et forte face à lui, mais en réalité je n'en menais pas large. Mon cœur bat la chamade et mes larmes menacent de couler à tout instant. Je me réfugie dans la première ruelle croisée à la sortie du château. Comme une habitude, mon corps glisse tout seul contre les pierres froides des habitations et mes sanglots se font déjà entendre.

Ma main droite serre, tremblante, ma tunique et la seconde recouvre ma bouche pour rester muette le temps que je reprenne mes esprits. Ces larmes salées me font plus mal qu'autre chose. Même si j'essaye par tous les moyens de donner l'impression que cette histoire me passe au dessus, ce n'est absolument pas le cas. Je n'ai jamais autant souffert que ces sept dernières années.

Étant jeune et insouciante, je pensais naïvement que Barlen serait l'homme de ma vie, cependant je me suis méchamment trompée. Pendant cinq longues années, je lui ai voué un amour passionnel et sans égal, mais il a détruit tout cela en une nuit. En apprenant sa trahison, j'avais voulu tout envoyer valser. Je voulais crier, hurler et ne plus jamais avoir affaire avec lui. Seulement, le mariage était déjà prononcé. Puis, pour ne rien arranger, à chaque fois que j'abordais le sujet avec ma mère, son visage s'illuminait et cela me fendait le cœur de détruire son bonheur. Par conséquent, j'ai laissé couler et j'ai tout gardé pour moi, encore une fois.

Mes larmes finissent par sécher et mon rythme cardiaque par retrouver une vitesse normal. Je me lève fébrilement et me rends chez ma mère où je vis encore. Cette dernière voulait absolument que j'emménage avec Barlen, mais je lui ai dit que je préférais rester avec elle le temps de ma formation. En réalité, je tente de repousser le moment crucial au maximum. J'aimerais tellement tout avouer à ma mère, mais je m'y refuse, pour son bien.

« — Mère ! Je suis là ! je referme doucement la lourde porte en bois derrière moi. »

Mes sens se mettent en activités n'entendant aucune réponse de ma mère. Je m'avance prudemment, puis je finis par entendre des rires qui proviennent de la cuisine. Mon cœur se déchire lorsque je comprends. Avant de passer le seuil de la pièce, je prie pour avoir halluciner, cependant ce n'est point le cas. Il est là, tout sourire, en train de plaisanter avec elle. Lorsqu'elle finit par m'apercevoir, elle trottine jusqu'à moi pour embrasser ma joue.

« — Te voilà enfin ! Cela faisait un moment que je n'avais pas vu ton mari, alors je l'ai invité à se joindre à nous, m'annonce-t-elle souriante.

— Oh, joie... je tente de cacher au mieux mes yeux bouffis et mon ironie, mais cela ne passe pas inaperçu aux yeux de Barlen. »

Ce dernier s'approche de moi et m'attrape par la taille pour déposer un baiser dans mes cheveux. Cette interaction décroche un sourire à ma mère, tandis qu'un frisson de dégoût me submerge rien qu'à son contact. Je souhaite de tout cœur que ce moment soit seulement un rêve. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

« — Passons à table, propose ma mère en se dirigeant vers la salle à manger les mains prises par une énorme marmite en cuivre. »

Je m'installe aux côtés de ma mère qui rayonne de bonheur. Ses longs cheveux roux tirant sur le gris tombent dans le bas de son dos. Son certain âge est marqué par les quelques rides qui décorent les traits fins de son visage. Ses yeux d'un vert profond, dont je n'ai pas hérité, me transpercent le cœur. Mon regard se pose sur la place vide en face de moi. Si seulement tu étais encore là...

« — Rùmil ? m'interpelle ma mère.

— Hum, je reviens à moi et déplace mes yeux vers elle. Qui a-t-il ?

— Donne moi ton assiette que je te serve.

— Oh oui, pardonne moi, je lui tends ma vaisselle argentée qu'elle s'empresse de remplir de ragoût. Merci... »

Elle termine en se servant et nous nous donnons tous nos mains pour prier. Enfin, surtout ma mère. Je suis athée. Cependant, jamais je n'offenserai ses croyances alors je la suis toujours dans ses prières.

« — Nous te remercions pour ce repas. Nous te remercions pour le bonheur et l'amour que tu nous apportes au quotidien. Merci à toi seigneur Rauln, finit-elle avant de lâcher nos mains. »

Lorsque ma mère a abordé le sujet de l'amour, j'ai senti le regard insistant de Barlen sur moi, mais ne l'ai pas relevé. Je ne lui accorderai certainement pas ce plaisir. On mange en silence ce délicieux repas. Cela n'a beau être que du lapin avec quelques carottes et pommes de terres, c'est divinement bon préparé par ses soins.

Le repas se termine et personne n'a échangé les uns avec les autres. Ce calme me convient parfaitement et je fais mine de me sentir mal pour m'éclipser dans ma chambre. Je monte rapidement les escaliers et m'enferme pour être en paix. Au moins ici, je ne ressens plus sa présence pesante. Comment as-tu pu accepter cette invitation avec la conversation qu'on venait d'avoir ? M'insurge-je seule.

Je profite d'être ici pour sortir mon épée de son coffre pour les entraînements de l'après-midi. Après l'avoir délicatement déposée sur mon lit, j'entends des accoups contre ma porte et suppose déjà de qui ils proviennent.

« — Entre...

— Merci, il entre et referme la porte derrière lui. Rùmil, je veux te parler sérieusement.

— Je suis étonnée que tu saches ce que ce mot signifie.

— Arrête avec ce ton condescendant ! C'est toi qui n'arrêtait pas de me reprocher de ne pas me comporter comme un homme, maintenant que je le fais prends le au moins en compte, s'agace-t-il.

— On n'a absolument rien à se dire Barlen. Toi et moi, même avec tous les efforts que je pourrais donner, c'est fini.

— J'entends que j'ai commis une erreur, mais ce n'était qu'une seule !

— Un meurtre, ce n'est qu'un meurtre, mais cela fait quand même du coupable un meurtrier.

— Tu exagères !

— Mets-toi à ma place, dis-je en lui faisant l'honneur de me tourner vers lui pour le regarder. Imagines si c'est moi qui était allée voir ailleurs. Comment aurais-tu réagit ?

— Je... Je ne sais pas. répond-il. 

— Parfaitement, tu ne sais pas ! j'accroche mon épée à ma ceinture et le contourne. Si tu veux bien, un cours nous attend à cause de toi. »

Après une courte embrassade avec ma mère pour lui expliquer la situation, je prends le chemin inverse pour me rendre à la salle d'entraînement. Cette fois-ci, la route me prend moins de temps et je suis l'une des premières à arriver au lieu de rendez-vous.

Cette pièce n'est pas imposante ou même fascinante. Elle est plutôt petite et se découpe en deux parties. La première est la zone réservée à l'archerie où sont à disposition des arcs, des flèches et des cibles. La seconde zone est celle prévue pour les combat à l'épée. On enfile une armure et on se bat jusqu'à ce que l'un de nous abandonne. La seule personne face à qui je suis obligée de m'incliner est Barlen. Même si je l'exècre au plus au point, je suis bien contrainte de reconnaître sa force et son talent pour cet art.

Le cours se déroule sans encombre et le capitaine, étant satisfait de la motivation de chacun, nous libère notre prochaine après-midi. Je me hâte de rentrer en sentant déjà la fatigue exercer des pressions douloureuses sur mes épaules.

Arrivée, je découvre un mot à l'encre écrit d'une belle et fine plume : ma mère.  Elle me rappelle qu'elle se trouve chez nos voisins ce soir pour une soirée jeu. Ce rappel m'enchante, ainsi je vais pouvoir directement aller me reposer sans passer par l'option dîner. Je monte, éreintée, jusqu'à ma chambre. Mes muscles sont douloureux et demandent seulement à ne plus fournir d'effort pour les prochaines heures.

Après avoir ranger avec soin mon fer, mon corps s'effondre sur mon lit en plume d'oie. Je m'endors rapidement, espérant dormir paisiblement.

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