Chapitre 1

Je marche sur un long chemin, scintillant en blanc. Tout ce qui m'entoure est noir. Je ne suis pas où je suis.

Suis-je mort ?

Suis-je à l'Extérieur ?

Je ne sais pas, mais ce que je sais c'est que ce long ruban de lumière m'éblouit et que j'aimerais bien que cette blancheur se diffuse autour de moi, pour qu'enfin je comprenne où je suis.

Je continue à marcher, droit devant, et je commence à paniquer, à accélérer jusqu'à courir. Je veux sortir d'ici !

Mais, soudainement, le blanc se diffuse dans toute la pièce, comme si quelqu'un avait allumé les lumières d'un seul coup.

Je suis incapable de voir quoi que ce soit, aveuglé par cette blancheur, je ne distingue plus le haut du bas, et, pris de vertige, je tombe, dans ce blanc, balloté à droite et à gauche par des vents invisibles.

- Hérion, j'entends, au loin, ce son étouffé.

"Maman ! Qu'est-ce que tu fais là ? Va-t-en ! Cet endroit est dangereux !"

Je bats des bras, tentant de me débattre, de m'échapper.

- Hérion ! reprend la voix de ma mère, plus proche et plus forte qu'avant.

"Non ! je pense. Pars, mais pars !"

Mais tout effort est vain. J'ai beau me battre, mes ennemis sont invisibles. Jamais je ne pourrais leur infliger le moindre mal.

- HERION ! crie ma mère.

Soudain, j'ouvre les yeux, prenant conscience de sa présence à côté de mon lit, qui me secoue vigoureusement en appelant mon nom. Elle cesse lorsqu'elle comprend que je suis éveillé.

- Cela fait maintenant vingt minutes que les Malus ont chanté le Cri au Soleil, m'informe t-elle.

J'hoche la tête en guise de remerciement, et elle sort de ma chambre pour me laisser m'habiller.

Les Malus sont, selon les légendes, des oiseaux de malheur qui chantent l'arrivée du Soleil. Il est vrai qu'un chant d'oiseau retentit quand le soleil se lève, mais est-ce vraiment un Malus ?

Il parait que toute personne qui le voit meurt immédiatement. C'est une des raisons pour lesquelles nous n'avons aucune certitude en ce qui les concerne.

Et puis, de toute façon, même si qui que ce soit tentait de les chercher, où chercher ? Nous n'avons jamais vu de forêt, nous ne savons même pas à quoi ça ressemble. On nous a juste appris le mot, en nous le décrivant comme une étendue d'arbres, sauf que ça non plus on ne connait pas. On en a juste vaguement entendu parler.

Je regarde autour de moi. Les murs sont blancs, comme le sol et le plafond. Ma chambre fait la même taille que celle de mes amis et de mes parents, c'est à dire qu'il y a juste la place pour un bureau, un petit lit et une armoire.

Je me dirige vers cette dernière et prends un uniforme à l'intérieur. Serré au niveau des poignets, des chevilles et de la taille, le vêtement est globalement large et confortable. Ceux des garçons sont noirs et ceux des filles sont blancs, et, au niveau du cœur, notre numéro de zone est inscrit.

Le mien, c'est 23 501.

Nous vivons tous dans cette zone, et nous n'en sommes jamais sortis.

Si nous sommes la zone 23 501, ça veut dire qu'il y a 23 500 autres zones. J'ai déjà essayé de compter jusqu'à 23 500, et bien je peux vous dire que c'est très, très long. Si long que maintenant je fais ça pour trouver le sommeil.

Je retire mon pyjama, laissant apparaître sur mon épaule nue la Trace. C'est un tatouage de couleur que tout le monde a, ici, mais aucun n'existe en deux fois, en quelques sortes comme une empreinte digitale.

Après avoir enfilé en vitesse le vêtement noir, je sors de ma chambre et arrive dans le couloir. Il y a des portes à droite et à gauche, chacune pour une chambre. Sur chacune d'entre elles est affichée une petite plaquette indiquant le nom de la personne qui l'habite.

Je longe ce couloir, qui me mène à l'extérieur. Dehors, je me dirige directement vers le réfectoire. Un vent léger souffle et l'air est tiède. C'est normal, Floréal arrive. Je mets mes mains dans mes poches. Vu la position du soleil, je ne suis pas en retard. Tant mieux.

Après avoir longé le stade, j'arrive enfin au réfectoire, grand bâtiment rectangulaire et blanc... Comme tous les autres.

La porte est ouverte, j'entre, et aussitôt deux personnes se précipitent vers moi. Ce sont mes deux amis, Liago et Sloane.

Liago est blond et a la peau très pâle, ce qui contraste étrangement avec l'habit noir qu'il porte en permanence. C'est aussi le cas de Sloane, qui est métisse et a les cheveux noirs toujours noués en queue-de-cheval.

Elle habillée en blanc, lui habillé en noir, ils viennent tous les deux me saluer.

- Hérion ! s'exclame la jeune fille, l'air faussement en colère. Sale traître ! On a cru que tu ne viendrais pas !

Je rigole, et Liago esquisse un sourire.

- Allez, dit-il, viens, on t'a attendu pour manger.

                                                                        .oOo.

Après m'être servi généreusement au buffet, je rejoins mes amis, attablés pas très loin. Je mange de bon cœur : je meurs de faim !

Ici, nous sommes très bien nourris, nous ne manquons de rien. Nous ne savons pas vraiment d'où vient ce que l'on ingurgite, mais je crois que personne ne se pose la question. Alors, pourquoi s'en soucier ?

Soudain, toutes les conversations cessent. Même Liago s'est tu. Je ne comprends pas, jusqu'à ce que j'aperçoive l'homme qui se tient debout au milieu de l'immense réfectoire.

Il est âgé, ses cheveux et sa longue barbe sont blancs, et, dans ses yeux, on peut voir briller une intelligence hors-normes, presque effrayante.

C'est le Sage, celui qui gère et dirige la zone. Il est extrêmement respecté, ici.

Il se racle la gorge, même s'il n'en avait pas besoin pour attirer l'attention, et s'apprête à faire un discours.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez