Chap 30. L'insoupçonnable amitié

Le sol venait de s'ouvrir sous ses pieds. Un halo lui donnait l'impression que chaque son était étouffé.
Aucune émission. Son transmetteur, mort.
Les paroles d'Everson raisonnait dans sa tête.... Si le transmetteur n'émettait aucun signal, cela ne signifiait que sa destruction.
Et soudain, il prit conscience qu'il l'avait peut-être perdue.

Hux était tiraillé, les ordres avaient été clairs et limpides. Si un piège avait effectivement été tendu, aucun renfort ne devait se rendre sur Jawa et sous aucun prétexte. Le risque d'embuscade était trop important et le commandant des opérations, debout à côté de lui veillerait à ce que le protocole soit respecté.
Quant à Lewis, il n'avait pas quitté des yeux le général, saisi par la détresse qu'il lisait dans ses yeux. Même si la situation était compliquée et que lui-même était rongé par la peur, il avait l'impression à ce moment-là que Hux vivait la situation plus difficilement que lui et que son monde venait de s'effondrer. Exactement la même impression qu'il avait eu en apercevant son amirale la veille. Et à ce moment, il se disait que s'il était à la place de Hux, il ferait fi de tous ces ordres stupides et qu'il partirait sur Jawa. Cette idée le démangeait d'ailleurs plus que tout, mais c'était lui qui décidait, lui seul.
« Que faites-vous général Hux ? » lança le chef des opérations, cette voix sortit Lewis de ses pensées. Le rouquin avait déjà fait volteface et s'adressait à lui.
« Transmettez les dernières coordonnées GPS émises par le transmetteur de l'amirale Spencer sur ma corvette»
Lewis lança un regard entendu à Hux, rassuré de voir que finalement, derrière son visage de glace, il avait réussi à cerner certains aspects du grand roux. A ce moment, il se souvint de ce jour où il les avait vus danser tous les deux. Ce soir-là, il avait eu une étrange impression. Cette impression qu'il venait, en l'espace de quelques minutes, de confirmer.
Aujourd'hui, il voyait que ce général, prêt à tout pour sa carrière, prêt à tout pour être au-dessus des autres, était sur le point de tout sacrifier pour quelqu'un d'autre que sa petite personne.
« Hux ! » lança le second commandant d'opération « Vous oubliez les ordres ?
- Les ordres ? » pesta Hux visiblement très en colère. « Je viens de donner les miens au capitaine Lewis, pour le reste, faites ce qui vous semble bon et collez-moi un rapport !
- Elle le savait en partant. Et vous aussi !»

Hux n'en avait que faire, et alors que le commandant était sur le point de rajouter autre chose, c'est une autre voix qui cette fois était intervenue.
« Je vous accompagne.
- Capitaine vous êtes sérieux ? »
s'écria Brant, visiblement fort affecté par la situation. « On risque de perdre Spencer, hors de question de vous perdre vous ! » continua-t-il.
« Je connais très bien Jawa ! Le général ne pourra pas y aller seul, depuis les dérèglements climatiques, personne ne s'en est sorti vraiment en y allant seul. » Lewis était déterminé, il avait déjà récupéré son équipement de terrain et attaché sa ceinture armée.
Brant grimaça et lança un regard choqué à Roberta.
« Mais dis quelque chose Roberta ! Bon sang !
- Allez-y capitaine, on s'occupe de tout ici !
- Non ! Pas ce genre de chose Robbie ! »
s'écria Brant outré.
« Le commandement est remis à Brant durant mon absence, je garde ma radio à portée et je vous donne des informations quand cela est nécessaire. »
Roberta hocha la tête, déterminée, et laissa Lewis partir dans les pas du général.
« Tu pouvais pas la boucler ? » siffla Brant contrarié.
« He j'ai dit quoi de mal ? Tu m'as demandé de dire quelque chose ! » lança Roberta visiblement contrariée.
« T'as vraiment du mal à pas dire ce que tu penses, pas vrai ?
- Ah, ça, tu le sais, c'est impossible... »

 

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« On fait quoi avec elle ? »

Spencer était à peine consciente de vivre encore, la seule chose qui le prouvait était la douleur horrible dans tout son corps. Pas un seul de ses membres ne pouvaient bouger sans qu'elle ne ressente une intense douleur irradier son être. Elle voyait ses mains, floues, elle y distinguait des hématomes et du sang. Combien de fois l'avait-il frappée ? Combien de fois avaient-ils shooté dans ses côtes et dans son ventre ? Sa respiration était douloureuse...Et à chacune de celle-ci elle avait l'impression que ses côtes bougeaient d'une façon étrange.

« Elle n'a rien sur elle, je pense qu'elle n'a rien trouvé. »
Son prisonnier la regardait d'un air satisfait, il semblait tenir sa vengeance, mais soudain, le bruit d'une arme dégoupillé raisonna dans la pièce, elle le perçut à travers ses horribles acouphènes.
« Mec, qu'est-ce que tu fais ? » la voix de son prisonnier était inquiète. Semi consciente, elle comprit que l'arme n'était pas pointée vers elle.
Mais vers son « ancien prisonnier ».
« T'as ramené une putain de salope du Premier Ordre ici, et tu comptais t'en sortir comme ça ?
- Je...Je lui ai rien dit, rien du tout ! J'ai sauvé ma peau bordel !
- La ferme ! T'es tellement lâche que t'as préféré nous trahir que mourir...Eh bien, mon petit...voici ta récompense. »

La déflagration raisonna dans la pièce, provoquant un lancement atroce dans son crâne meurtri. Le corps sans vie de l'homme qu'elle avait interrogé quelques jours auparavant s'écroula sur le sol à côté d'elle. Ses grands yeux ouverts croisèrent les siens, la mort avait parfois un horrible visage.
*Justice...* pensa-t-elle doucement. En vérité, elle se félicitait d'être toujours vivante et d'avoir vu mourir celui qui l'avait piégée depuis le départ.
Mais sa mort, n'était plus qu'une question de temps.
« On doit foutre le camp d'ici, rassemblez nos dossiers et les informations importantes, détruisez le reste. »
La voix dictait ses ordres, la grande silhouette de l'homme se penchait sur elle de temps à autre. Elle sentit une semelle se poser sur son épaule et la retourner comme un sac de pomme de terre. Sur le dos, elle regardait toujours le plafond. Sa vue trouble ne lui permettait de distinguer que des silhouettes et un halo lumineux.
« Rien ne doit rester ici, flambez tout.
- Et la fille ?
- Foutez là dans la fosse, les chiens sont affamés... »

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Roberta regarda l'écran, soudain, ses yeux s'éteignirent et Brant compris que quelque chose n'allait pas.
« Si...Spencer ne revient pas ..
- Wow, tu sais on en est pas encore là. Je suis parti en mission avec cette fille, c'est un roc... Quelque part vous vous ressemblez beaucoup sur ce point-là. »

Roberta leva les yeux vers Brant, se demandant si elle avait vraiment entendu ce genre de...compliment.
« Elle va revenir, vivante, et tu le sais ! C'est une grande fille et puis...elle a un chevalier servant. »
Roberta lança un regard intrigué à Brant.
« Hey, d'habitude c'est toi qui vois ce genre de choses !
- De quoi tu parles Hewels ?
- Tu as vu comment Hux est devenu fou lorsqu'il a su que le signal n'émettait plus ? »

Roberta resta un instant dans le vide, repensant à tout ce qui c'était passé ces dernières heures.
« Ah...Euh...Ooooooh ! » s'exclama-t-elle. Brant lui lança un regard amusé.
« T'es longue à la détente.
- Non mais vraiment, je veux dire, c'est tellement...improbable que... Enfin Hux est tellement, euh... »

Les lèvres de Brant s'étiraient dans un sourire amusé.
« Arrête, je vais mourir de rire et je pense que c'est pas le moment.
- Tu sais, il pourrait être l'espion qu'on suspecte depuis toujours
- On pourrait tous l'être, toi aussi ! »
siffla Brant.
Elle regarda l'écran vide, sans vraiment comprendre, elle venait à repenser à tout ce qui c'était passé auparavant, à son briefing lorsqu'elle est montée en grade. En vérité, ils pataugeaient dans la semoule depuis l'attaque de sentinelle et semblait avoir bien du mal à s'en sortir. Des espions au Premier Ordre ? Pour l'instant, elle laissait ça de côté, bien qu'elle suspecte le camps Pryde de mener une mutinerie à l'égard de Spencer et de manière indirecte, contre Hux. Pour le moment, seul comptait la survie de l'amirale. Le problème des espions, elle s'y attèlera plus tard.
Car il y avait encore dans sa tête, quelques questions qu'elle se devait de résoudre.

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Le silence régnait à l'intérieur du vaisseau,

Enfin, pas tout à fait, puisque le vrombissement des moteurs planait au-dessus de leurs têtes. La tension nerveuse de Hux transpirait dans tout le cockpit et Lewis en était presque mal à l'aise. Le général quant à lui, fixait le tableau de bord, ses yeux vert clair semblaient lointain. Il avait l'impression que le vaisseau n'allait pas suffisamment vite et que même la vitesse lumière ne serait pas suffisante pour être là-bas avant qu'il ne soit trop tard. En vérité, c'était sa plus grande crainte.
Qu'il ne soit trop tard.
Combien de temps depuis la perte du traceur ? Une heure ? Peut-être même deux.
Beaucoup trop longtemps.
Il se maudissait de l'avoir laissé partir, il aurait probablement dû la retenir ce jour-là, mais les mots qu'elle avait eu l'avait achevé et, incapable de ravaler sa fierté, il avait conscience de l'avoir probablement perdue à jamais.
« Il faut que je vous parle de cette planète, général... »
La voix de Lewis l'avait sorti de sa torpeur.
« Jawa n'a pas toujours été comme elle est, il y a très longtemps, c'était une planète paisible où toutes formes de vie pouvaient s'y plaire...Mais peu de temps avant la grande guerre, un dérèglement climatique a provoqué une modification totale du milieu de vie. Cette planète est...Schizophrène.
-Schizophrène ? »
Répéta Hux incrédule.
« Disons qu'on ne sait pas trop quel temps on va rencontrer... Les extrémités climatiques s'y croisent...Passant de la chaleur extrême à la tempête, ou même au temps glacial...J'espère que vous avez prévu de quoi affronter tous les climats.
- Comment est-ce possible ?
- De mauvaises langues prétendent ...Qu'elle fut l'objet d'expérimentations impériales lors de la construction de la première étoile de la mort...Qu'on a testé différents processus d'exploitation du Kyber et ...Que ça a fini par rendre la planète folle...
»
Hux regardait dans le vide, apercevant l'astre au loin, s'approchant lentement au fur et à mesure que le vaisseau avançait.
« Comment savez-vous tout cela ? »
Le capitaine leva ses grands yeux bleus vers le général Hux. « L'expérience militaire m'a appris beaucoup plus de choses que l'académie...
- Que sous-entendez-vous ?
- Je dis juste que parfois, le terrain est bien plus riche que les simulateurs, avez-vous déjà combattu ? »

Le général resta un instant silencieux, il est vrai que le combat n'avait jamais été son point fort. En réalité, il était davantage technicien que soldat.
« Je suis un scientifique, plus qu'un combattant.
- Oui, je vois vraiment la différence entre vous et votre père... »

Hux se raidit alors.
« Mais prenez ça comme un compliment général... »
Lewis lui adressa un sourire bienveillant, à ce moment, Armitage sut qu'il pouvait se détendre lui aussi, mais très vite, l'idée de retrouver Spencer vivante revenait dans son esprit.
« Vous vous inquiétez n'est-ce pas ? »
Le général lança un regard surpris à Lewis.
« Qui ne l'est pas ? Vous peut-être ?
- Vous savez que c'est faux... »

Un silence régnait entre les deux hommes.
« Vous savez ce qui m'agace ? C'est que je ne sais pourquoi, il y a cette chose en moi qui me pousse à agir pour elle. Vous voyez ce que je veux dire ? Même moi je ne réalise pas que je suis ici, sur ce foutu vaisseau avec vous, à risquer mon grade et peut être même ma vie alors que...
- Que...
- Oubliez ça ! » siffla-t-il. « Si elle est morte je ne me le pardonnerai jamais... »

Ces mots vinrent se briser sur le cœur de Lewis...A ce moment, il n'avait plus face à lui un général ou un supérieur hiérarchique, mais un jeune homme pris au piège dans des tourments bien pires encore que ceux d'une carrière militaire.
« Vous ressentez ça parce que vous l'aimez, général. »
Les mots éclatèrent comme un coup de feu, Hux se figea, regardant simplement l'espace à travers la fenêtre.
« Et elle sera vivante, pour les mêmes raisons. »
A ce moment, Hux n'eut même pas ma force de répondre, assis, tremblotant dans son siège, il repassait les mots que Lewis venait de prononcer dans sa tête. Et c'était comme si quelqu'un venait d'allumer une lumière au fond de lui.

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La pluie, le tonnerre,

Les hurlements du chien, le bruit des chaines qui le retenaient.

La boue, l'eau, le froid et la douleur.

Ces mots résumaient la condition dans laquelle elle était.

Allongée à même le sol, elle pouvait sentir l'eau glaciale glissée sur sa peau, la boue se coller à elle.
Pas la force de se relever.
La force à rien du tout.
Sa vue était encore trouble, mais elle apercevait au loin la silhouette d'une bête enragée, qu'une chaine à peine attachée retenait encore.
Le sadisme voulait qu'elle prenne bien conscience de ce qui allait lui arriver, une fois que cette chaine serait rompue.
Une mort lente, douloureuse.
Dévorée par un chien anormalement énorme.
La chaine semblait de plus en plus céder sous le poids des impulsions de la bête, à ce moment, elle repensait à tout ce qu'elle avait vécu et à tous ceux qu'elle laissait derrière elle.
Son équipage...Était entre de bonnes mains.
Mais un nom, un seul, revenait comme en boucle dans sa tête.
Armitage Hux.
Elle aurait tellement voulu lui dire à quel point elle était désolée, désolée de ce qu'elle avait dit, désolée de ne pas lui avoir dit ce qu'elle pensait vraiment.
Il valait mieux, finalement, qu'il ne sache rien.
La chaine allait se rompre à tout moment, elle espérait que les choses soient rapides.
Bien sûr, Spencer aurait voulu se lever, se battre, mais désarmée et frappée à maintes reprises, elle ne ressemblait plus qu'à une poupée désarticulée.
Le titillement du métal rouillé qui rompt sous la force de la bête raisonna dans sa tête, elle ferma les yeux. Bientôt, c'était fini.
Et alors qu'elle compta dans sa tête, un hurlement de douleur s'éleva au-dessus d'elle. Le glapissement du chien qui venait de souffrir atrocement.
Puis le silence...


Elle rouvrit les yeux, le corps de la bête était couché à côté d'elle, morte. L'animal venait de rendre son dernier souffle et son sang se diluait dans l'eau et la boue.
Des pieds s'interposèrent entre elle et le corps de l'animal, des pieds fins, visiblement protégés par une couche de métal argenté, bien que souillés par la boue.

« Tu n'arriveras donc jamais à t'en sortir toute seule, n'est-ce pas ? »
Comment était-ce possible ? Avait-elle perdu la raison ?
C'était impossible.
Pourtant, elle devait bien l'admettre...
Cette voix, elle aurait pu la reconnaître entre mille.

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La pluie s'abattait sur leurs uniformes, mais Lewis avait réussi a tenir en main un holonet lui permettant de visualiser la carte des lieux. Hux, quant à lui, tenait sa main aussi près possible de son blaster, en cas de menace.
« Au nord, on n'est pas loin. » s'écria Lewis en indiquant la direction de son bras droit. Les deux hommes avancèrent tant qu'ils purent. Leurs bottes étaient prises au piège de la boue à chacun de leurs pas. Décidément, elle n'avait pas choisi le bon moment pour se perdre sur cette fichue planète, pensa Lewis en regardant à l'horizon. Il faisait sombre, et une lumière intégrée à son casque militaire lui permettait de voir davantage où il avançait.
Il fit signe à Hux de s'arrêter.
« Regardez en bas de la colline... »
Hux protégea ses yeux d'une bourrasque de vent, qui malgré le casque, piquait ses joues. Au loin, il aperçu des bâtiments, visiblement partiellement détruits.
« Ils sont là... » souffla Lewis
« Étaient... Regardez, il n'y a pas de transporteur à proximité, ils ont foutu le camp. Ils savaient sans doute qu'on viendrait. »
Lewis considéra la scène, à cet instant, la question était de savoir si oui ou non ils avaient pris Spencer avec eux. Mais pour lui, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute qu'elle était encore ici, laissée pour morte, ou morte tout court.
« On va descendre. »
Hux acquiesça et suivi le vieux capitaine qui descendait prudemment la pente boueuse. Ils arrivèrent au niveau des bâtiments assez rapidement. Le général braqua sa lampe sur chacune des fenêtres et entrées, blaster en position offensive en cas d'attaque. Mais rien, pas même une ombre ne semblait encore vivre ici.
« Général ! »
La voix de Lewis venait d'une autre partie du bâtiment, lorsqu'Armitage arriva à son niveau, il porta sa main à sa bouche face au spectacle.
La pièce avait été dévastée, probablement que la paperasse qui y était avait été flambée à l'extérieur, les meubles étaient renversés sur le sol...
Sur ce sol plein de sang.
Et alors qu'il comprit à qui ce sang appartenait, il sentait monter en lui la nausée.
« Allons voir dehors, derrière la bâtisse ! »
Hux était déjà en train de gravir les escaliers lorsqu'il entendit une explosion à l'extérieur. Levant les yeux au ciel, il aperçut une lumière s'élever cinq cents mètres plus loin. Lewis arriva à sa hauteur.
« Un faisceau de détresse ? »
Lewis avait raison, ce genre de faisceau était typique d'un tir de détresse.
« Spencer ? » souffla Hux.
Sans attendre, Lewis et lui coururent en direction de la fusée, malgré la boue qui leur faisaient perdre régulièrement l'équilibre, ils parvenaient à se frayer un chemin vers la clairière, plus déterminés que jamais.
« Spencer ! » cria Lewis suivi d'un écho du général Hux.
Un sifflement leur répondit.
« Là ! » S'exclama Hux en désignant un trou quelques mètres plus loin. Et alors qu'ils dégringolèrent la pente, ils n'avaient pas pris conscience de qui se trouvait là.
Ce n'était pas Spencer qui avait tiré la fusée, ou même sifflé.
Le géant de fer était accroupi, au côté du corps de Spencer, inerte.

« Phasma ? » la voix de Hux était à la fois surprise et terrifiée.
Sans attendre, le général posa un genou de l'autre côté, face à Phasma.
« Vivante » lança la voix métallique. « Mais elle a perdu connaissance il y a peu de temps. Vous avez une unité de soin intensif dans votre vaisseau ?»
Hux hocha la tête.
« Alors emmenez-là. » continua-t-elle.
« Que faites-vous ici capitaine Phasma ? » La question de Lewis était pertinente, mais le géant de fer se redressa et s'avança doucement vers lui avant de lui répondre.
« C'est pourtant évident, capitaine Lewis, non ? »
Hux ne cherchait pas à comprendre maintenant la raison de la présence de Phasma ici, ce n'était pas important, à genoux auprès du corps inconscient de Spencer, il la regarda, soudain soulagé de voir sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration.
Elle était vivante.
Mais son état lui brisait le cœur, il sentit une telle colère monter en lui qu'il dut se mordre la lèvre pour ne pas hurler. Délicatement, il glissa ses mains sous elle pour la soulever.
« Ne perdons pas de temps Lewis, partons d'ici. »
Il n'attendit pas de réponse, déjà, le général s'avançait rapidement vers le vaisseau, cherchant à mettre Spencer en sécurité le plus rapidement possible.

 

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Le silence régnait à nouveau, seul le vrombissement du moteur spatial berçait Hux, assis à son siège de co-pilote. Ils ne leur restaient que peu de temps avant de rejoindre le Donnagher, et Spencer avait été mise en soins intensifs le temps que les droïdes médecins sur place ne prennent la relève. Lewis posa une main sur son épaule et il sursauta lorsqu'il le vit s'asseoir à côté de lui.
« Je suis soulagé... » souffla le vieux capitaine. Hux lui lança un regard compatissant, lui aussi l'était, il savait que maintenant, les choses allaient rentrer dans l'ordre et qu'ils pourraient à nouveau discuter comme avant.
Il ne l'avait pas perdue...Et ne laisserait plus jamais ce genre de risque se reproduire.
« Je ne m'attendais pas à cela de vous. » souffla Lewis. Hux le regarda surpris.
« A quoi ?
-A ce que vous venez de faire. Est-ce bien l'impitoyable général Hux que j'ai à côté de moi ?
»
Hux resta un instant sans répondre.
« Je ne suis pas Spencer, je n'ai pas besoin d'un conseiller. » Lui lança-t-il sur la défensive.
« Pourtant, vous lui ressemblez beaucoup. » Lewis avait dit ça avec une voix bien plus posée et mélancolique. « Peut être que vous aussi, je vous ai mal jugé général. »
Hux resta un moment silencieux. Que voulait-il dire par là ? Pensait-il vraiment ce qu'il venait de dire ?
« Merci...
- Pardon général ?
- Merci pour votre aide Lewis.
» .
Et les deux hommes se serrèrent la main. Seuls dans ce vaisseau qui les emmenait à la base. Hux comprenait désormais pourquoi Enael s'était toujours fié à son capitaine de vaisseau.
Et il sut également, qu'il venait de gagner un allié précieux pour les difficultés à venir.

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« Madame l'amirale Enael Spencer souffre de plusieurs traumatismes... »
Le droïde médecin se tenait devant la porte, il tenait devant lui un écran tactile.
« Plusieurs fractures au niveau des bras et des mains. Nous avons également décelé plusieurs côtes cassées. Il n'y a pas perforation des poumons, et heureusement pour elle. Mais nos machines s'activent pour la remettre sur pied rapidement.
- Combien de temps ?
» Lança Hux visiblement impatient.
« Je l'ignore mon général...Elle peut se réveiller dans une heure ou dans une semaine, qui sait ? Les humains...Sont tellement imprévisibles. Mais compte tenu des circonstances, personne ne doit la visiter jusqu'à son réveil.
- Parfait.
- Dois-je vous noter comme personne de référence, général Hux ?
»
Hux se figea en fixant le droïde médecin...Vraiment ?
« Évidemment ! Et si elle se réveille je veux être le premier prévenu, est-ce bien clair ?
- Absolument mon général, nous préserverons la tranquillité de l'amirale Spencer aussi longtemps que cela sera nécessaire pour sa santé. Mais elle est solide, ses constantes sont étonnement bonnes pour quelqu'un dans son état...Probablement a-t-elle survécu car ils la pensaient déjà morte...
»
Les derniers mots du droïde lui glaçait le sang. Après avoir abandonné l'unité de soin du Donnagher, Hux était revenu au poste de commandement, avait fait son rapport et essuyé les remarques sur son manque de loyauté envers les ordres. Mais qu'importe, personne n'était à l'abri d'un écart de conduite. Hux n'avait pas prêté attention à tout cela car son esprit était ailleurs.
Il y avait une chose qu'il voulait absolument comprendre avant le réveil de Spencer.
Après avoir rassuré Everson et Brant, il avait quitté ce vaisseau, qui ne lui appartenait pas, pour se rendre sur celui qu'il avait toujours occupé jusqu'alors. Une visite s'imposait et il savait où chercher.

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Les consignes avaient été donnée à un bataillon sur le départ, et le géant de fer se retira pour un temps de repos, alors qu'elle marcha dans le long couloir du Finalizer, elle perçut les pas qui suivaient les siens, et sans même s'arrêter, devina rapidement de qui il s'agissait.
« Je dois vous remercier ? »
Phasma finit par se tourner vers celui qui venait de prononcer ses paroles, Hux était là, ses cheveux roux plaqués vers l'arrière, son regard de glace transperçant le sien à travers son casque.
Elle haussa les épaules.
« Disons que je n'ai fait que payer ma dette...
- Que faisiez-vous sur Jawa ?
- Je l'ai suivie, je ne suis pas aussi idiote que cette gamine, il fallait être stupide pour penser s'en sortir seule sur Jawa.
»
Hux haussa les sourcils, visiblement peu convaincu par les arguments du capitaine en armure.
« Ne me faites pas croire que vous étiez là-bas pour secourir Spencer tel un chevalier servant, Phasma, vraiment ça ne marche pas...
- Je risquerais de vous piquer votre rôle ?
- Ne jouez pas à ce jeu-là et venez-en au fait.
» siffla le général.
« J'ai suivi Spencer, je savais dans quoi elle s'embarquait et n'oubliez pas que si on est encore là vous et moi, c'est à cause de son mensonge. J'ai effacé ma dette. »
Hux tiqua, évidemment qu'il ne l'oubliait pas, comment pouvait-il oublier que Spencer avait menti dans son rapport d'enquête pour les couvrir, pour le couvrir lui et lui rendre justice ?
« J'aurais bien cru à un soudain élan d'altruisme en vous, capitaine, si je n'avais pas vérifié votre historique de navigation... »
Le visage de Phasma se crispa.
« Laissez ce rôle aux espions...Hux.
- Je répète ma question, visiblement vous avez une audition sélective, que faisiez-vous sur Jawa en sachant que, selon votre historique de navigation, vous y étiez trois jours avant Spencer...
»
Le capitaine Phasma garda le silence...
« Vous savez que les temps sont à la suspicion...
- Ce n'est pas ce que vous croyez.
»
Elle coupa la phrase de Hux comme une lame coupe une feuille de papier.
« Justement, j'étais là pour mener une enquête
- Une enquête ?
» répéta le général incrédule.
« Et sur quoi enquêtiez-vous...Phasma ?
- La vraie question, Hux, n'est pas de savoir sur quoi, mais plutôt sur qui.
»
Hux eut un sursaut, s'avançant vers Phasma qui le dominait toujours d'au moins une tête.

« Qui ?
- Ce ne sont pas vos affaires...
- Oh, détrompez-vous, je crois bien que si, justement !
»
Hux et Phasma se regardèrent droit dans les yeux, une lueur de défi s'allumaient entre eux. Hux devait savoir la raison pour laquelle Phasma se trouvait – heureusement- sur Jawa. Quelque chose au fond de lui savait pourtant que la réponse risquait de faire basculer la donne.
« Phasma, je pense que vous me devez bien ça... » souffla-t-il. « Je vous ai libérée de beaucoup de contraintes en vous aidant à tuer mon père, il est temps de me renvoyer l'ascenseur. »
Les yeux de la grande blonde dévisagèrent le général d'un air désolé. Il avait marqué un point, c'était évident. Au fond, ce n'était que des suspicions, elle n'avait aucune preuve de ce qu'elle avançait, et puis, elle ne se serait pas mêlée de cela si elle n'avait pas reçu les ordres de bien plus haut.
« J'enquête sur...
- Général Hux ?
»
La voix du droïde médecin s'éleva dans son appareil de communication et Phasma entra dans un mutisme qu'Hux savait définitif.


« Pardon de vous déranger, mais vous m'avez demandé de vous prévenir si l'amirale Spencer était réveillée...Et c'est désormais le cas. »

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MissRedInHell
Posté le 12/01/2021
Omg noooon pas une fin de chapitre comme ça ! C'est beaucoup trop frustrant ! Et en même temps, ça me va totalement. J'apprécie cette frustration d'une certaine manière. #maso :')

Phasma, comme toujours, elle est pas nette, mais cette fois-ci... Bah dis donc. ._.

Et j'aime toujours le lien entre Hux et Enael. Y a une petite tension toujours entre eux, un rapprochement sans oser le dire. J'aime beaucoup leur relation et comment ça se développe tout au cours de l'histoire :D
Oly.vier
Posté le 25/12/2020
Cette planète est...Schizophrène. : Jawa est en réalité la Terre lol
"A ce moment, il n'avait plus face à lui un général ou un supérieur hiérarchique, mais un jeune homme pris au piège dans des tourments bien pires encore que ceux d'une carrière militaire." c'est juste super bien écrit, très romantique et d'une vérité tendre...
Quel sauvetage, elle a eu très chaud !!
Petit regret que ce ne soit pas Hux qui la sauve, mais la surprise est d'autant plus réussie :-)
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