Chap. 27 : Retrouvailles

La mort régnait autour d'elle.

Ils étaient tous là, au sol, étendus, souillant l'herbe de leur sang.
Un silence assourdissant les entouraient, Spencer n'entendait que son cœur battre dans ses oreilles.
« Merde... » souffla Brant.
« Quadrillez le périmètre...QUADRILLEZ LE PERIMETRE » hurla-t-elle à ses hommes. Elle se tourna alors vers le deuxième bataillon. « Vérifiez...Vérifiez, qu'ils sont tous morts... »
C'était un carnage, il n'y avait pas de terme plus adéquat pour définir ce qu'il y avait autour d'elle.
Lewis arriva à sa hauteur, leurs yeux se croisèrent, elle savait, elle savait qu'il était aussi bouleversé qu'elle.
Leurs soldats.
Étaient morts.
« Amirale ! »
Elle entendit la voix d'un soldat envoyé en éclaireur raisonner plus loin dans la forêt, elle courut aussi vite que ses jambes le pouvaient encore, elle entendit que Lewis la suivait.
A genoux, il était là, au chevet d'un de ses camarades qui respirait.
Elle s'agenouilla elle aussi, faisant fit du sang, elle le regardait de la tête au pied. Combien de tirs de blaster avait-il pris dans le corps ?
« Am... »
« Chut ! » lança-t-elle doucement.

Lewis s'était penché lui aussi pour observer le soldat, son regard grave et son petit hochement de tête suffirent à faire comprendre à Enael qu'elle ne pouvait plus rien faire pour lui.
Elle caressa la joue du soldat, couché sur le sol.
« Nous...on a..Pas su...Mission.
- Votre devoir est accompli, soldat...
- Hux...Everson...Vivants...Partis...Est.
»
Elle lança un regard à Lewis.
Ils étaient vivants.

Spencer voulait le réconforter, consciente de ne rien savoir faire d'autre, sa main couverte de sang glissa une nouvelle fois sur sa joue. Elle connaissait cet homme, elle connaissait chacun de ceux qui jonchaient le sol, à ses yeux, ce n'était pas des pions, ce n'étaient pas des soldats.
C'était sa famille.
« Merci... » souffla-t-il.
Ce fut son dernier mot.
Le silence, encore régnait en maître.
Elle ne pouvait pas crier, elle le savait, bloquant ses poumons pour retenir la douleur qui lui comprimait la poitrine. Elle n'avait qu'une envie, vomir. Vomir.
Spencer venait de perdre quinze de ses soldats.
Quinze être humains.
Ce n'était pas la faute de Hux, bien que son premier réflexe l'aurait poussé à le penser, ni d'Everson. C'était les circonstances, c'étaient ces gens qui avaient tués leurs soldats.
« Ils sont tous morts... » sa voix était étranglée par l'émotion. Ses lèvres tremblaient et les larmes coulaient sans même qu'elle puisse les contrôler.
« Amirale... »
Elle n'entendait pas la voix de Lewis, elle n'entendait que son sang battre dans ses tempes, la haine grandissait en elle.
« Je vais les retrouver...Je vais tous...tous les tuer. »
Lewis frissonnait.
« Enael ! » hurla-t-il.
« Ils vont payer le prix, ils le payeront !»
Il l'attrapa par le poignet, retourna l'amirale afin qu'elle lui face, il était en train de la perdre.
« C'était leur mission !
- ILS VONT CREVER !
»

La main de Lewis partit dans le visage casqué de Spencer, à ce moment le choc fut intense. La visière était relevée et la joue prit le coup sans amorti. Elle ouvrit grand les yeux, regardant son capitaine, choquée.
Lewis resta un instant silencieux, il sentait qu'elle basculait, jamais il ne laisserait faire ça.
Il la prit dans ses bras, à ce moment, au milieu des morts, il la serra aussi fort qu'il n'aurait serré contre lui sa propre fille. La tête de Spencer s'enfouit dans sa combinaison et elle hurla comme il ne l'avait jamais entendu un son. Un sanglot inhumain sortait de ses cordes vocales, étouffé par le tissu de sa veste. Tout ce qu'elle avait en elle sortait à ce moment-là. Lewis était bouleversé, ses yeux brillaient de larmes qu'il retint à l'aube de ses yeux.
« Vous n'êtes pas un monstre, vous n'êtes pas comme eux... » Souffla-t-il doucement. « Vous ne le serez jamais. »
Ils se regardèrent un instant, à ce moment Enael fixait Lewis avec intensité. Il était son pilier, son repère, s'il ne lui avait pas foutu cette gifle elle aurait basculé, elle n'aurait pas respecté les principes qu'elle s'était toujours imposés.
Elle n'aurait été capable de mener cette mission.
« Lewis... » Souffla-t-elle.
« Amirale ? »
Ses tremblements s'atténuèrent doucement, un sourire timide apparut sur ses lèvres.
« Merci... Mais ne faites plus jamais cela. »
Il esquissa un sourire.

« Amirale ! »
Brant courut en leur direction, elle porta un bras à ses yeux pour essuyer les dernières larmes qui coulaient encore.
« Regardez l'holovid ! » s'exclama-t-il.
Spencer dégaina l'holovid dans sa poche, la carte du territoire apparut en 3 dimensions, elle perçu un son sourd, un bip.
« Mais qu'est-ce que...
- Ma p'tite dame, ça c'est un fantôme...
» souffla Brant.
« Ce genre de signal ne peut être émis que par un appareil de communication qui a au moins trente ans. » souffla Lewis. « Comment est-ce possible... »
Elle le savait, elle sentait au fond d'elle ce qui était en train de se passer sur la carte.
« C'est eux. » souffla-t-elle.
« Euh, eux ? » hésita Brant.
« Madame, ça peut tout aussi bien être un piège, pourquoi émettre avec ce genre d'appareil ? »
Spencer resta hypnotisée par le bip répétitif...Non ce n'était pas un piège, elle le savait, elle le sentait.
« Localisez le signal... Localisez-le et vite !
- En vérité, je l'ai déjà fait ma chère...
» souffla Brant fier de lui. « Il est à 5 kilomètres à l'Est d'ici.
Elle repensa aux derniers mots du soldat.
*L'Est...*
« Brant, rassemblez votre bataillon, on lance l'opération et on doit rester discrets. »
Il hocha la tête avant de disparaître. Spencer quant à elle se tourna vers Lewis.
« Ils sont vivants, j'en suis sure, et on va les retrouver ! »

 

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« Everson !!! Arrêtez de pleurer trente secondes ! »
La voix de Hux s'était élevée dans le cachot, elle avait coupé sa respiration, non, il n'avait pas rêvé, il n'avait absolument pas rêvé.
Ce foutu boitier bipait.
Elle avait réussi.
« Oh bordel de merde !! » S'exclama-t-elle. « Armitage il fonctionne ! Il ...Euh, enfin, désolée de vous appeler comme ça général, mais ...oh merde on est sauvés !! »
Ils sursautèrent en entendant un bruit métallique de porte qui s'ouvrait.
« Planquez-le, s'ils l'entendent, c'est mort et nous avec. »
La panique, elle regardait autour d'elle après un endroit fiable ou le cacher, rien. Rien ne trainait dans la cellule pour étouffer le son.
Elle lança un regard à Hux. C'était son seul choix possible.
Dégrafant sa combinaison, elle le glissa dans son soutient gorge.
Hux leva les yeux au ciel, extrêmement mal à l'aise.
« Vous êtes sérieuse Everson ?
- Une autre idée ?
»

Il se tut, le soldat arriva, descendant les escaliers avec l'arme au poing, sifflotant un chant étrange.
« Alors, vous ne crevez pas de faim ? »
Roberta défia l'homme du regard, cambrée dans un coin de la pièce, espérant que ses seins étoufferaient suffisamment le bruit du transmetteur. Ce type faisait trois fois sa taille et Roberta ne savait pas trop où elle trouvait encore la force de défier son regard comme elle le faisait.
« T'es décidée à parler encore un peu ? »
Elle demeura un instant, silencieuse, puis, levant sa main, elle adressa à son tortionnaire un geste obscène pour lui signifier sa réponse.
L'homme frappa violemment sur les barreaux, elle sursauta.
« T'as pas l'air d'avoir compris.
- Tu sais déjà tout, j'ai dit à ton copain qui on était.
»
Il se redressa en exhibant son arme.
« Peut être que t'as su entuber mon pote, mais moi... »
Le bip retentit de façon discrète, mais l'homme semblait avoir l'oreille fine. Roberta aperçu derrière l'homme le visage de Hux qui se raidit d'anxiété.
Le soldat se tourna vers Hux.
« C'est toi qui fais ce bruit ?
- De quel bruit tu parles ?
» lança-t-il en feignant l'ignorance.
« Fais pas le con avec moi, tu as entendu ce putain de bruit. »
Il haussa les épaules, la fatigue se lisait sur son visage, mais il ne laissait rien paraître, l'espoir de l'émetteur lui donnait la force de tenir.
« Absolument pas... Je.. »
Il tira au blaster sur le mur à côté de Hux qui sursauta.
« J'ai entendu le bruit !!! » cria Roberta, l'homme se tourna vers elle, le regard inhumain qu'il lui lança lui glaça le sang. S'approchant de la cellule, il lui fit signe de s'approcher également.
Elle hocha la tête négativement.
« T'as trente seconde ou je bute ton copain... » il exhibait ses odieuses dents tel un requin près à fondre sur sa proie. Roberta avait peur, mais elle devait le faire, elle savait que sinon Hux payerait le prix.
Elle s'avança doucement, tremblante. Roberta sentit la poigne de l'homme se refermé sur le col de sa combinaison et ne put retenir un petit cri. Un silence de plomb s'abattit sur la pièce.
*S'il l'entend, je suis foutue...*
Évidemment qu'il allait l'entendre, la cadette le savait, et lorsque le bip retentit à nouveau dans sa poitrine, l'homme devint fou, le sang s'accumulait dans les veines de ses yeux, sa tempe devenait de plus en plus apparente.

« Déshabille-toi ! » Lança-t-il froidement. « Je veux savoir ce que tu caches espèce de petite conne ! »
Elle tremblait alors qu'il relâcha sa prise pour la menacée de son arme.
« T'as une minute, grouille ou je te descends » continua-t-il.
Ne pas craquer, elle ne devait pas pleurer, pas fléchir. Hux quant à lui devenait dingue, il n'avait aucune capacité d'agir, aucune, juste là, à regarder impuissant ce qui se passait dans la cellule en face de la sienne.
Roberta tremblait, elle parvenait difficilement à attraper la fermeture éclair de sa combinaison.
« Dépêche !!! » Hurla l'homme.

« Dis donc... Est-ce bien poli de s'adresser à une demoiselle comme ça ? »

Une voix s'était élevée dans le couloir, Roberta connaissait cette voix, oh oui, elle la connaissait.
L'homme se retourna, tombant nez à nez avec une silhouette toute vêtue de noir, un casque à visière protégeait ses grands yeux bleu azur et une mèche de ses cheveux auburn s'était détachée de son chignon.
« Bouh » cria-t-elle avant d'actionner son arme, le coup partit instantanément, transperçant la tête de l'homme de part en part. Le sang tâcha sa visière, mais elle demeurait impassible. Observant le corps au sol, elle n'hésita pas à ajouter.
« Voilà ce qui arrive quand on touche à mes cadets. »
« AMIRALE !!! » hurla Roberta, elle aussi légèrement souillée par le sang de son tortionnaire. « Oh bon sang, bon sang !
- Situation sous contrôle au cachot, verrouillez le périmètre. Descendez ce qui résiste ... Capturez les autres.
* Reçu*
entendit Roberta, elle ne rêvait pas, elle était là, ce n'était pas la fatigue, la faim ou la soif qui la faisait délirer.
Lewis et Brant descendirent à leurs tours.

« Capitaine ! » cria la cadette enchantée, mais son visage se durcit en voyant son coéquipier.
« Qu'est-ce que tu fous-là toi ??! »
Brant lança un regard dans le cachot, lorsqu'il vit Everson il se sentit soudain très mal à l'aise.
« Salut Roberta, ça fait un bail !
- Vous connaissez la cadette Everson , Lieutenant Brant ?
» lança Lewis suspicieux.
« Longue histoire... » fit-il mal à l'aise.
« Longue histoire ?! » répéta-t-elle choquée.
« Pas le temps, libérez là et emmenez là à l'extérieur ! » siffla Spencer en attrapant les clés. Lorsqu'elle sut Roberta en lieu sûr, elle reprit le trousseau pour libérer le général Hux dans la cellule d'en face.

Elle le voyait affaiblit, mais il était vivant et son cœur se sentait soudainement plus léger.
Ils se retrouvaient enfin.
Hux souriait, et elle ne put contenir elle aussi son sourire alors qu'elle déverrouiller la cellule.
« Votre visière est dégoutante Spencer.
- Vous n'avez pas perdu votre sens du goût, général...
» lança-t-elle doucement. Ça aussi, ça lui avait manqué, elle le savait.
« Vous n'étiez pas sensée venir ici n'est-ce pas ? »
Elle ne répondit pas à la question, du moins pas tout de suite. Ses yeux bleus croisèrent ceux du général puis elle baissa à nouveau son regard sur la serrure.
« Disons que ce n'est pas la première fois que je risque ma place pour vous. »
Hux resta silencieux, ne pouvant cacher un rictus à ces propos.
« A croire que vous y prenez goût.
- Ne rêvez pas trop, général.
»
Elle lui lança un regard espiègle, répondant à son sourire.
« Et puis, je ne prends jamais de risque sans avoir préparé le terrain. » poursuivit-elle tout en s'attelant à l'ouverture du verrou.
« Et quels sont vos plans cette fois pour vous en sortir sans perdre votre poste ?
- Disons que l'erreur est humaine, recevoir un mauvais ordre au mauvais moment ça arrive.
- Je ne vous savais pas si bonne menteuse, amirale.
- Il y a encore beaucoup de choses que vous ne savez pas sur moi, général.
»
Hux la regarda droit dans les yeux, il mourrait d'envie de lui dire qu'il ne souhaitait que ça, la connaître et en savoir plus sur elle.

Mais il se tut, sa fierté avait freiné ses propos, et ce n'était ni le moment ni l'endroit.
La porte s'ouvrit, Hux était bien trop faible pour tenir sur sa jambe.
« Appuyez-vous sur moi. » lança-t-elle en attrapant son bras. Son contact si rapproché avec lui, lui rappela cette fameuse soirée où Sentinelle fut prise d'assaut, elle en eut la chair de poule.
« Spencer, évacuation des blessés, je répète, évacuation, couvrez-nous. »

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Un silence sourd régnait dans la corvette, Roberta et Hux avaient été pris en charge par l'unité médicale et les droïdes s'attelaient à leur offrir les nutriments dont ils avaient manqué ces quelques jours. Spencer avait fini par venir se rasseoir au côté du capitaine Lewis qui observait Brant avec un sourire en coin.
« Dites-moi capitaine. » souffla-t-elle doucement
« Madame ?
- Que pensez-vous qu'il s'est passé entre Brant et Everson ?
»
Son sourire s'élargissait alors, elle avait remarqué que Lewis observait le lieutenant, particulièrement nerveux, assis sur la banquette en face.
« Eh bien, au vu de mes connaissances sur les relations humaines, et sans vouloir vous vexer Amirale, elles semblent plus approfondies que les vôtres... Je dirais qu'ils ont été amoureux.
- Vraiment ?! Mince alors...
»
Lewis hocha la tête avec assurance.
« Et si vous voulez mon avis, ça a plutôt mal fini.
- Mal fini comment, vous pensez ?
- Du genre que notre collègue ici présent a dû gaffer.
» lança Lewis sur un ton moqueur.
« Je vous entends viles commères » siffla Brant de l'autre côté de la corvette. « J'ai envie de vous insulter, ma hiérarchie ne me le permet pas, mais vous ne payez rien pour attendre, rien ! »

Enael ne put cacher son sourire, amusée par la situation. Finalement elle s'était trompée sur Brant, c'était un chouette type, avec de drôles de manières certes, mais ce qu'il avait fait ces derniers temps lui montrait l'évidence. Celle qu'il avait l'étoffe d'être sur le Donnagher. Sans l'ombre d'un doute.

« Je vais retourner voir Hux.
- Ne vous en faites pas amirale, ils sont en sécurité maintenant, tout ira bien.
»
Elle hocha la tête, fermant la porte du compartiment derrière elle. Brant se retourna alors pour vérifier qu'elle était partie et se pencha vers Lewis.
« Vous causez, vous causez, mais elle, elle en pince pour le général Hux. Ça crève les yeux comme une épingle crève un ballon. » Lança Brant plein d'assurance, agrémentant son discours par un clin d'œil complice.
Lewis cligna des yeux plusieurs, un sourire apparut sur ses lèvres alors qu'il haussa les épaules.
« Oh, allons Brant, c'est moi le psychologue de ce vaisseau, n'essayez pas de prendre ma place... Et sinon, c'était quoi votre souci avec Everson ?
-Tssss
» siffla Brant en s'appuyant à nouveau contre le mur. « Vous n'êtes vraiment pas collaboratif capitaine, franchement ! »

Elle lança un regard à Roberta, elle semblait inconsciente et une pointe d'inquiétude lui transperça le cœur.
« Elle dort. » lança la voix de Hux à côté d'elle. Spencer s'avança doucement vers le lit où était allongé le général et pris place sur une chaise à côté de lui.
« Votre cadette a été...Brillante. » reconnu-t-il.
« Je sais. Elle sera parmi les grands du premier ordre un jour, je l'ai toujours su. »
Un sourire fendit les lèvres de Hux. Cette confiance qu'elle avait dans ses soldats le décontenançait. C'est comme si elle les connaissait tous, personnellement.
Tandis que lui n'en connaissait aucun.
« J'ai appris par le lieutenant Brant ce qui était arrivé aux autres...Je suis...Désolé.
- Vous ne devez pas l'être. »
souffla Spencer sans même le regarder. « Ils ont fait leur travail.
- Ils sont des héros.
- Ils sont surtout morts, général.
»

Il ne répondit pas de suite, la regardant droit dans les yeux. Avait-elle souffert de ces pertes ? Oh oui, cela était évident, il l'avait senti dans le tremblement de sa voix. A cet instant, il voulut saisir sa main, lui apporter du réconfort.
Mais il n'en fit rien.
« La guerre c'est aussi ça Spencer, avoir conscience que l'on peut mourir, et que l'on peut tuer chaque jour... Que ça soit une personne ou des milliers, c'est le lourd poids de la culpabilité que nous, soldats, devront porter à jamais. »
Elle le regarda en biais, culpabilisait-il ? Culpabilisait-il d'avoir tué son père ? D'avoir dû en arriver là pour être au poste qu'il occupe aujourd'hui ? Probablement que si son père méritait son sort, il n'était pas du genre du fils d'être aussi impitoyable. Bien qu'il ne laisse transparaître le contraire.
« Je suis là pour qu'on remette les choses dans l'ordre... Il faut que je comprenne ce qui vous est arrivé.
- La cadette Everson a trouvé une pièce particulière dans un des débris récupérés de Sentinelle, ce genre de pièce invisible à nos yeux. On a du au moins passé cinq fois devant sans la voir. Bref, elle était sûre que ceux qui fabriquaient ces pièces étaient liés à ce qui s'est passé. On a été vérifié et nous en sommes là.

« Quelle genre de pièce ? »
Il haussa les épaules.
« Si j'avais mes affaires, je vous la montrerais sans hésitation. »
A ce moment Enael prit conscience que Hux était torse nu et cette situation la mis soudainement très mal à l'aise, balayant cet étrange sentiment de son esprit, elle revint à cette question.
« On a réussi à intercepter un des types qui vous tenait » commença-t-elle. « On en tira peut-être quelque chose.
- Peut être simplement des trafiquants qui ne voulaient pas qu'on se mêle de leur affaire.
- J'ai un doute...
» souffla-t-elle.
Elle se tourna vers Hux, le fixant d'un regard déterminé.
« Figurez-vous que nous avons, nous aussi, subit quelques...blagues sur Bonadan..
- Blagues ?
- Le genre de blagues qui, si elles avaient fonctionné, ne me permettraient pas d'avoir cette discussion aujourd'hui avec vous.
»
Hux haussa les sourcils.
« Vous vous êtes fait piéger ?
- C'est un euphémisme...
» Elle passa une main dans ses cheveux pour dégager la mèche qui tombait sur son visage.
« Le dépôt c'était du bluffe, on n'a rien trouvé, rien à part un piège...Un piège installé par l'un des nôtres j'en suis sure. Et le comble de l'histoire, c'est qu'on a voulu voler notre vaisseau, je ne pense pas que le but de la manœuvre était vraiment de nous le voler, non. On voulait faire diversion.
- Dans quel but ?
- Nous éloigner de l'essentiel.
»

Hux réfléchissait, si ce qu'elle disait était vrai, alors la situation était bien pire qu'il ne l'imaginait. Des espions étaient sans doute parmi eux et ils n'en savaient rien. Mais les espions de qui ? La résistance ? Elle parvenait à peine à rassembler de quoi tenir bon .La Nouvelle République ? Possible, mais ce problème serait réglé quand le projet sera abouti. Il fallait juste gagner du temps.
« Coup de chance, on a gardé un de nos farceurs avec nous, il parlera lui aussi, du moins je ferai en sorte que ça soit le cas.
- Je ne pense pas que vous devriez les interroger.
- Et pourquoi ça ?
» siffla-t-elle piquée au vif par la remarque de Hux.
« Vous n'êtes pas neutre, vous risqueriez d'orienter leur discours.
- Il n'y a rien à orienter du tout, ces types-là on faillit nous descendre et...
- Amirale, le bureau des renseignements se chargera de cela.
»

Elle se tut, sur ce point-là elle ne gagnerait pas contre lui. Mais ce n'était que partie remise.
« A l'heure qu'il est, Ren a probablement déjà mis Snoke au courant de la situation sur Bonadan, je me chargerai de l'informer de ce qui est arrivé sur Sentinelle. Vous, contentez-vous d'essayer de justifier à Jenkins pourquoi vous êtes partie sans autorisation. »
En parlant de Jenkins justement, Enael revenait à son ancienne collègue de l'académie et un frisson de dégoût la parcourut alors.
« Je ne comprends toujours pas ce qu'elle vient faire là...
- Figuration.
» siffla Hux.

Elle n'en était pas aussi certaine que lui. Erasmya était une opportuniste, cette femme tuerait l'amour de sa vie si en échange elle avait la gloire et la reconnaissance. Son admiration pour Pryde n'avait aucune limite, aucune. Et si elle était là, pour Enael, cela pouvait signifier deux choses.
Soit, Pryde se sentait lésé de ne pas être concerné par l'affaire Sentinelle, et y avait envoyé son meilleur élément dans le but de rester dans l'ombre, mais de se garantir une place aux premières loges.
Soit, il était impliqué dans tout ce qui s'était passé, et s'arrangeait pour qu'Erasmya sabote l'enquête afin d'étouffer l'affaire.
Spencer ne découvrirait la vérité qu'en restant proche de Jenkins, sans se faire griffer. Et elle savait ô combien la manœuvre serait difficile.
« Nous n'avons plus rien à faire sur Sentinelle pour le moment. » lança Hux. « Une fois arrivés, nous reprenons nos hommes restés sur place et nous retournons sur le Finalizer. Les interrogatoires auront lieu là-bas. »
Elle acquiesça, Hux avait raison, de la sorte il éloignait Jenkins de ses petites affaires et cela l'arrangeait bien.
Mais pour passer inaperçu, il lui fallait un appui.
Et désormais, elle savait où le trouver...

« Je veux entrer en communication »
La voix de Spencer s'était élevée dans le poste de commandement du Donnagher, celui-ci toujours en suspends attendait les ordres de départ pour revenir sur Sentinelle.
« Avec qui, Madame ?
- Le Supremacy
», je veux que cette communication passe par mon bureau.
Elle fit volte-face, lorsque la corvette avait atterri, Hux et Everson avait directement été pris en charge par l'unité médicale du vaisseau, selon les médecins, ils seraient aptes à sortir dans très peu de temps. Juste ce qu'il fallait à Spencer pour préparer sa manœuvre correctement et définitivement mettre Jenkins à terre pour ce round.
Car elle savait qu'une fois le pied sur le sol de Sentinelle, si elle n'avait pas un appui efficace elle ne pourrait pas contredire Jenkins si elle demandait aux interrogatoires de se dérouler sur la station.
« Vous vouliez me parler ? »
La voix métallique s'éleva dans le bureau, l'hologramme affichait une masse sombre et fantomatique. Ren se tenait là, il avait répondu à ses sollicitations plus rapidement qu'elle ne le pensait.
Inclinant légèrement la tête.
« Est-ce vrai que vous êtes partie de sentinelle sans autorisation ?
- Oh ... Je pourrais vous mentir, mais on ne sait pas mentir à des gens comme vous n'est-ce pas ? »

Le silence.
« Je vous écoute, Tarkin.
- Je suis partie rechercher mes cadets, deux survivants, une hécatombe. Mais cela n'est pas le sujet dont je voulais m'entretenir avec vous. J'ai fait, en dehors de nos prisonniers sur Bonadan, une bonne prise. Et je pense qu'il serait intéressant de l'interroger également.
- Vous pensez que tout ça a un lien. ?
»
Elle haussa les épaules.
« Je n'ai pas de certitude, mais entre ce qui nous est arrivé sur Bonadan et le fait que le vaisseau de Hux, en mission, se crashe comme par hasard, me surprend.
- Cela ne me dit toujours pas pourquoi vous me contactez...
»
Elle haussa les sourcils.
« Je pensais que vous le saviez déjà...
- Ne jouez pas avec ma patience, Spencer...
»
Elle posa son menton sur ses mains, assise face à l'holovid.
« Mon instinct me dit qu'il y a un ou même plusieurs traitres dans nos rangs. On ne peut pas subir une telle débâcle sans cela, c'est impossible...
- Des suspects ?
- Pas vraiment, mais j'estime important qu'on mêle le moins de personnes à nos petites affaires, je parle des prisonniers qui vont passer à l'interrogatoire.
- Hux pourrait faire partie des suspects, hormis nous deux, nous devrions suspecter tout le monde.
»
Elle se tut, l'idée qu'Hux puisse être un traitre revint dans son esprit, difficile à pour le moment de savoir si elle devait le suspecter ou non. Aurait-il été victime de son propre piège ? Serait-ce une mise en scène.
« Je dépends directement du général Hux, je ne suis pas sure qu'il s'agisse d'un traitre. Mais je m'en assurai.
- Et donc ?
- Donnez-moi l'ordre de ramener les prisonniers sur le Finalizer, et je vous laisserai les interroger.
»
Kylo Ren croisa les bras, se déplaçant de part et d'autre de la pièce.
« Cela nous permettra de savoir si les deux affaires sont liées ou non, Seigneur Ren...
- J'en conviens...
»
Derrière son masque, Spencer pouvait lire sa suspicion, il était suffisamment intelligent et la force l'aidait probablement à savoir que la raison de sa proposition était tout autre.
Elle ne voulait pas que Pryde se mêle de cela. L'idée qu'il puisse interroger lui-même les prisonniers et en rendre compte à Snoke le tentait, elle avait visé juste.
Après un moment de réflexion, il balayait l'air d'un revers de main.
« J'envoie l'ordre de rapatriement sur Sentinelle, vous n'aurez pas à justifier votre départ précipité, Spencer. »
Elle sourit.

Jenkins était échec et mat cette fois-ci, mais elle savait à quoi s'attendre plus tard.
L'holovid s'éteignit lorsqu'on vint lui demander audience.
En allant déverrouiller la porte, Hux se tenait devant elle. Spencer ne put qu'hausser les sourcils. Il avait visiblement récupéré bien plus rapidement que prévu, elle supposait donc que Roberta était elle aussi opérationnelle.
Ses yeux entrèrent immédiatement en contact avec les siens.
Un contact presque magnétique.
Lorsqu'il fit un pas en avant, elle fit un pas en arrière, et lentement il entra dans la pièce laissant la porte se refermer derrière lui. Leurs yeux quant à eux ne se quittaient plus. Et à nouveau elle ressentit le même étrange sentiment que ce soir-là, sur Sentinelle.
Le mur l'empêchait d'avancer davantage alors que le corps de Hux se rapprochait d'elle, elle sentait sa main glisser dans son dos et l'attirer à lui, encore plus proche encore.


Il l'embrassa, pas un simple baiser doux et timide, non, il l'embrassa avec une passion si forte qu'elle en eut des frissons.
C'était tout ce qu'elle avait toujours voulu depuis la dernière fois, ses mains agrippèrent alors ses cheveux et elle se laissa entrainer dans ce moment complètement surréaliste. Le temps s'était arrêté, son uniforme avait toujours ce délicat parfum qui l'avait enivrée la dernière fois, ses lèvres étaient toujours aussi douces.
« Amirale Spencer ? »
L'interphone raisonna dans la pièce, il lu fallut un instant pour comprendre qu'on l'appelait.
Rompant alors le baiser, le front de Hux vint se poser contre le sien. Son souffle était saccadé et proche d'elle au point où elle ressentait chaque expiration. Se regardant droit dans les yeux, il n'y avait plus aucune place pour la réflexion.
« Merci... » souffla-t-il.
Et il partit en fermant la porte derrière lui.
Tremblante, elle se hâta à son bureau pour répondre à l'appelle de Lewis.
« Capitaine ?
- Nous arrivons sur Sentinelle.
- Très bien, tenez vous prêt pour l'atterrissage.
- A vos ordres.
»
Alors qu'elle coupa l'interphone, elle s'assit à son bureau, les jambes tremblantes, repensant à ce qui venait de se passer. Était-ce réel ? Avait-elle perdu conscience un bref instant et imaginer ce moment ?
Une seule question hantait désormais son esprit.

Pourquoi venait-t-il de faire ça ?

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MissRedInHell
Posté le 22/12/2020
omg cette fin de chapitre !! Ce baiser !
Je suis tout hypée et en même temps, je suis pas totalement rassurée. Surtout vu comment elle s'interroge à la fin.

Et les histoires d'espions, de traîtres, j'adore ça ! Hâte de voir ce qui se trame derrière tout ça c:
Oly.vier
Posté le 13/12/2020
C'est bien une femme à se poser ce genre de question hihihi ! Les réponses sont pourtant pléthore, hein ? 😉
Très émouvant la decouverte des soldats morts et une gifle est souvent très efficace ! Je suis d'accord !
Enaelyork
Posté le 13/12/2020
Spencer a clairement besoin du manuel "les relations humaines pour les nuls" ;)
Elle avait besoin qu'on lui remette la tête sur les épaules, pas facile de gérer ce genre de situation quand on débute dans l'armée. Heureusement qu'elle l'a eue.
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