Cassandre

Notes de l’auteur : J'ajoute ce chapitre à l'original - sorte d'interlude car Cassandre n'en est pas au 3ème chapitre de sa vie. J'ai beaucoup hésité quant à sa nécessité. L'idée est de brièvement voir les choses du point de vue de Cassandre

« Pourquoi es-tu partie si précipitamment ? J'étais si heureux de te voir ! »

« Je me suis sentie mal, désolée. »

« Les nus ? »

« Non, la vieillesse. Je te rappelle, désolée. »

 

Cassandre se hâta de rentrer chez elle, jeta ses affaires sur le sofa et sortit son violon. Elle se chauffa avec quelques morceaux qu'elle connaissait par coeur et qu'elle joua en déambulant dans la pièce sobre et dénuée de meubles. Un sofa, un tapis, un lutrin. Elle aimait le vide. Et c'est ce qu'elle recherchait à l'instant, le vide. Le vide dans sa tête. Le vide des pensées. Juste la musique pour chasser tout le reste. Elle enchaina quelques pièces baroques tristes puis se mit à l'étude. La trille du diable. Un jour, elle y arriverait. Elle les aurait, ces maudites trilles. Elle adorait ce morceau.

Deux heures plus tard, elle entonna la chanson de Solveig, sa façon de mettre fin à une longue séance de travail, déposa un baiser sur le violon et le rangea dans son étui. Maintenant, elle pouvait réfléchir.

D'abord, à lui. Savait-il ? Non, c'était certainement le hasard. N'empêche. Il l'invitait à son cours de dessin et elle tombait sur sa mère posant nue. Combien de chance y avait-il que ça se produise ?

Et Louise. Sa mère adorée. Sa mère détestée. Louise, la mondaine, la princesse devenue reine, le centre du monde. Louise et ses soupirants. Louise et ses humeurs. Sa coquetterie. Sa façon de jouer les grandes bourgeoises et de donner des coups de pieds dans le premier panier de crabes. Elle l'admirait. La jalousait. Elle qui captait toute la lumière et éteignait tout autour d'elle. Pour exister, elle se devait de la tenir à l'écart. Et voilà qu'elle ressurgissait, nue, insolemment belle dans son âge, au moment où elle ressentait pour un homme ce qu'elle n'avait jusqu'alors ressenti que pour la musique. La partition de sa vie s'emballait et sa mère venait sauter sur les notes comme un chaton sur un clavier.

Elle aurait adoré en rire. Ne lui manquait que le sens de l'humour.

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Fannie
Posté le 27/04/2020
Les émotions de Cassandre sont bien exprimées. Deux phrases sont particulièrement belles et éloquentes : « Et voilà qu'elle ressurgissait, nue, insolemment belle dans son âge » « La partition de sa vie s'emballait et sa mère venait sauter sur les notes comme un chaton sur un clavier ».
Il y a deux choses qui me dérangent dans ce chapitre. D’abord le fait qu’il est un peu hors sujet, même s’il parle finalement de Louise. Je suis d’accord avec les plumes qui pensent que le point de vue de Cassandre devrait être développé dans une confrontation avec sa mère. Ensuite, l’homme qui apparaît sans apparaître : dans le dialogue du début, on ne sait pas du tout avec qui elle parle, puis on comprend tout à la fin, mais le personnage reste mystérieux. Je m’interroge donc sur la pertinence de ce chapitre.
— car Cassandre n'en est pas au 3ème chapitre [Aujourd’hui, l’abréviation correcte est « 3e ».]
— qu'elle connaissait par coeur et qu'elle joua en déambulant dans la pièce sobre et dénuée de meubles [par cœur ; ligature / il serait préférable de remplacer un des deux « et » par une virgule.]
— La trille du diable. / Elle les aurait, ces maudites trilles. [Le trille / ces maudits trilles ; « trille » est masculin.]
— et de donner des coups de pieds [de pied]
— Ne lui manquait que le sens de l'humour. [Pourquoi faire l’ellipse du sujet ? Je trouve que ça n’apporte rien.]
arno_01
Posté le 17/04/2020
La discussion entre Louise et sa mère, à la fin du cours de dessin m'avait un peu interloquée, et je comprenais pas trop. Là tout s'explique.
J'aime bien cette pointe de jalousie à l'écart de sa mère, à l'écart de la vieillesse de sa mère encore 'insolemment belle'.

Même si ça casse un peu le concept, le sujet de ce chapitre, pour moi, est bien Louise.

Si je changes d'avis en fonction des prochains chapitres, je te le dirai.
(je suis en retard sur ma lecture, je sais bien, mais je vais me rattraper).
MbuTseTsefly
Posté le 18/04/2020
Merci Arno, oui, je veux bien. Pas de retard à rattraper :-)
Sinead
Posté le 25/02/2020
" La partition de sa vie s'emballait et sa mère venait sauter sur les notes comme un chaton sur un clavier. " J'adore cette dernière comparaison à la fin de ton court texte, on imagine très bien les Aristochats avec leurs pattes pleines de peinture :)
MbuTseTsefly
Posté le 26/02/2020
:-) Oui je les adore
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 23/02/2020
Hello,
J'ai un peu de mal à écrire ce commentaire car je ne veux surtout pas que tu le prennes mal. Bon, je me lance.
D'un côté j'aime l'idée d'avoir le point de vue de Cassandre, savoir qu'elle avait bien repéré sa mère parmi les modèles nus. Mais d'un autre côté, je suis déçue car je trouve que ça casse le concept de ton récit qui depuis le début suit des personnages qui sont dans le dernier chapitre de leur vie. Le fait qu'elle ait un chapitre à elle ressemble un peu à un hors sujet, c'est mon ressenti.
Tout ce que tu racontes dans ce chapitre est intéressant cependant. Mais je pense que j'aurai aimé le découvrir dans une confrontation entre Cassandre et Louise. Qu'est-ce que t'en penses ?
MbuTseTsefly
Posté le 23/02/2020
Je ne le prends pas mal, je suis moi-même pas trop sûre avec cet interlude qui est nouveau par rapport au reste du texte, d'où la note aux lecteurs pour demander leur avis. En effet, il casse le concept, ce qu'il apporte en revanche c'est un point de vue complètement différent sur Louise. Mais la relation entre Louise et Cassandre vient aussi plus tard, dans deux autres chapitres du coup cet interlude n'est peut-être pas nécessaire. Merci pour ton avis.
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