Arthur accueille Avril

Par Yeeerzo
Notes de l’auteur : La tristesse dans le bonheur, c'est savoir qu'on n'aura plus l'inspiration d'écrire. Peut-être est-ce un mal pour un bien ? Que ce soit le prix à payer ou seulement un mythe, je l'accepte et y crois d'une foi soumise.

Le printemps arrive et, avec lui, le froid hypocrite d'Avril masqué par un ciel au soleil rayonnant. La révolte de Mai, seule gloire de ce mois qui n'avait sûrement rien demandé et si doux pourtant. Au milieu de cette saison marche Arthur, dans une ville suffisamment grande pour se faire des amis mais suffisamment petite pour ne pas les perdre de vue. Il aime rester avec ce compagnon de route qui n'a jamais semblé bavard. De quelques phrases ils refont le monde mais surtout le contemple de longs regards. Ce n'est pas grave, il a compris que les grands silences faisaient les grands amis. Peut-être cela vient-il de la nature même de l'être humain, de son instinct primaire : se comprendre à ce point avec pour seul échange l'ouverture d'une bouteille et le remplissage d'un verre.

Arthur est de ceux qui s'endorment avec le soleil, qui vivent durant le jour, il n'a jamais été question d'un fêtard. Il ne connaît pas la fièvre de la nuit, calmée par la douce brise du soir. C'est dommage, il parait que la lune brille dans le noir durant tout le printemps. Le garçon ne la voit que lorsqu'elle-même finit par se coucher tard et apparaître dans un ciel bleu entre quelques nuages blancs. Il est de ceux qui aiment renvoyer la balle elle même envoyée jusqu'à leurs pieds par des enfants. De ceux qui savent mais ne croient pas pour autant. Le sourire aux lèvres et heureux, il ne culpabilise pas de l'être. Il est de ceux qui se rendent encore chez le postier pour envoyer de jolies lettres.

Son père a fait la guerre à vingt ans, qu'on ne dise pas de lui qu'il avait le choix. Arthur est heureux et pourtant, lui non plus n'a pas choisi sa voie. Il repense de temps en temps à cet amour qu'il a laissé filer, à cet enfant qu'il n'a pas su protéger et à cette amie qu'il a tout simplement déçue. Le jeune homme n'a pourtant jamais voulu être meilleur en raison qu'en amour, en peur qu'en courage, en regrets qui l'auraient presque abattu. Il a pourtant du bon : de nous-même on ne peint que rarement un joli portrait. Cependant, il continue sa route sans s'en faire, sachant que tout cela passera, c'est presque écrit et presque déjà passé. Les monuments, les œuvres, l'amour, les océans et même le vent et sa brise fine. Ne dit-on pas que Paris elle-même fera de belles ruines ? Enfin, tout cela est derrière lui et il marche éternellement rêveur. Tout va mieux... Peut-être parce que cette fois il ne sait pas où il va mais décide de suivre son cœur.

Arthur pense rarement à la mort qui tranquillement chasse, au temps qui, plus doucement encore, passe, à l'amour qu'on dit plus puissant que ces deux serviteurs de Dieu. Il aime simplement le bonheur surtout quand il se trouve dans les bons yeux. À compter de ce jour, Arthur en est sûr : il ne veut pas côtoyer la nuit mais retrouver son vieil ami le jour. Aujourd'hui, la belle saison vient lui offrir une nouvelle année. Comme chaque fois, il n'ose pas la refuser.

 

 

Mes pensées à Aragon et Eric Rohmer

Yerzo

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Chrys
Posté le 14/10/2021
Bonjour
Je n ai jamais vu de film de Rouler et mes souvenirs d Aragon remontent à l école mais votre texte m' a charmée. J ai aimé en particulier la douceur mélancolique qui s en dégageait et la tristesse élégante, vraiment un très joli moment
Bonne continuation
Yeeerzo
Posté le 14/10/2021
Merci beaucoup pour votre retour ! Ils m'ont un peu inspiré mais les connaitre n'est pas du tout nécessaire pour apprécier je pense:)
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